PASSAGES DE QUELQUES AUTEURS PROFANES
Si amicum aliquem existimas cui non tantùm credis quantum tibi,vehementer erras, et non salis nôsti vim verœ amicitiœ. Senec. Epist. 3.
Diû cogita an tibi in amicitiâ aliquis recipiendus sit: cùm placuerit tibi, tolo eum pectore admitte ; cum eo omnia délibéra ; sed de ipso priùs. Id.
Utilitalis causa acceplus amicus lamdiù placebit quamdiù utilis fuerit. Id.
Nullus eligeret vivere sine amicis , habens alia omnia bona. Arist. 8 Ethic.
Non facile fit ut quis sit multis amicus valdè. Id. 9.
Nullœ sunt occultiores insidiœ quùm quœ latent in simulatione officii, aut aliquo necessiludinis nomine. Cicero De Amie.
Est is amicus quidem qui est lanquàm aller idem: nlterum enim acqulrit. cujus animum ila cum suo commiscet, ut efficiat penè unum ex duobus, Id.
In hoc prœstai amicilia propviquitali, qubdex propinquitate benevolenlia tolli potest, ex amicitiâ non potest. Id.
Nulla est excusatio peccali si amici causa peccaveris : rùtm, cùm concilintrix amicitiœ virtutis opinio fuerit, difficile est amicitiam manere si a virtule defeceris. Id.
Solem è mundo lollere vident ur qui amicitiam a vitâ tollunt. Id.
Omnibus rébus humanis anleponenda est amicitiâ. Id.
Àdversa difficile esset ferre sine eo qui cliam illa graoius quam lu ferret. Idem.
Amicitiâ absentes adsunl,ege nies ubun-
SI vous croyez avoir un ami en la personne de celui en qui vous n'avez pas autant de confiance qu'en vous-mênip , vous êtes dan3 l'erreur, et vous n'avez jamais bien conçu le pouvoir de la vraie amitié.
Délibérez longtemps avant d'adopter quelqu'un pour ami ; mais, après que vous l'aurez agréé , recevez-le de tout votre cœur : délibérez avec lui de tout le reste; mais qu'il soit le premier sujet de votre délibération.
L'ami que vous aurez choisi par intérêt ne vous sera agréable qu'autant qu'il vous sera utile.
Nul ne voudrait vivre sans amis, quoique rien ne lui manquât d'ailleurs.
Ce n'est pas une ebose ordinaire, ni aisée à trouver, qu'un homme aime fortement plusieurs amis à la fois.
11 n'y a point de pièges plus difficile? h découvrir que ceux qu'on cacbe sous l'apparence de quelque bon office, ou sous le voile d'une feinte amitié.
Celui-là est véritablement notre ami qui est comme une autre nous-même : car il s'acquiert et il s'attache si parfaitement à notre esprit, il l'unit tellement avec le sien, que des deux on dirait presque qu'il ne s'en fait qu'un.
L'amitié l'emporte en ce point sur la proximité du sang, que l'amour et la bienveillance peuvent disparaître entre pareuts; entre amis, jamais.
On ne peut trouver d'excuses pour justifier une* faute destinée à obliger un ami : car, comme c'est le titre et le renom de la vertu qui a lié cette amitié, elle ne peut subsister quand la vertu eu est bannie.
Ceux qui bannissent l'amitié de la vie humaine ssmldent vouloir ôter le soleil du monde.
L'amitié est préférable à toutes les choses de ce monde.
Sans avoir quelqu'un qui partage notre affliction et qui la ressente plus que uonsm 'nies, il serait bien difficile de supporter les adversités qui arrivent en ce monde.
Par l'amitié, les absents deviennent
dant, imbecilli valent; et quod difflcilius présents, les pauvres sont dans l'abondictu est, mortui vivunt. ld. dance, les malades sont sains, et, ce
qu'on aurait de la peine à dire et à à croire, les morts mêmes revivent.
Ce qu'on peut tirer de la Théologie et de la Philosophie morale.
[Définition]. — L'amitié, selon S. Thomas, est un amour de bienveillance mutuelle, reconnu et déclaré, et qui est fondé sur la communication de quelque bien. Cette notion, qui est la plus commune et la mieux reçue, se peut exprimer en moins de termes en disant que c'est une bienveillance mutuelle qui se faiteonnaître par ses effets : Àmicitia est benevolentia mulua non latcns, Ce qu'où a coutume aussi d'expliquer plus au long en disant que c'est une chaîne sacrée et mutuelle qui lie les âmes et les cœurs de deux personnes, et qui les porte à se vouloir et à se faire du bien par des secours réciproques. De-là on conclut que nos cœurs ne se laissent point toucher d'amitié pour les choses qui ne sont pas animées, ou qui ne sont pas raisonnables : au contraire, nous les regardons plutôt comme des objets de nos besoins et des services que nous en pouvons tirer. Car un homme serait ridicule et insensé qui dirait qu'il a de l'amitié pour son chien ou pour son cheval, parce qu'en matière de bienveillance ces animaux ne peuvent pas répondre à ses caresses, et payer ses faveurs par un juste retour ; et qu'au reste, s'il les flatte et s'il les conserve, ce n'est que pour le plaisir qu'il en reçoit, et pour l'utilité qu'il en retire. Le principe et le fond de cette vérité est que l'amitié, au sentiment de tous les théologiens moraux, est une vertu de justice, qui nous oblige à satisfaire à nos dettes en matière de bienveillance , et à répondre à l'amour d'une autre personne j avec égalité de cœur et avec proportion de bienfaits- et de grâces.
[Différences]. — Il y a de la différence entre l'affection, la bienveillance, l'amour et l'amitié. L'affection est un commencement de l'amour qui n'est pas encore bien formé ni affermi. La bienveillance est une bonne volonté et une inclination qu'on a pour une personne, quoiqu'on ne la connaisse pas beaucoup, ot qu'on ne sent pas pour une autre : comme il arrive quelquefois qu'entre deux combattants on souhaite plutôt que l'un soit victorien v que l'autre, quoiqu'on n'ait pas plus d'habitude avec celui auquel on souhaite la victoire. L'amour est une affection toute formée, qui tend à s'unir étroitement à l'objet que l'on chérit. L'amitié est un amour mutuel •le bienveillance , fondé sur la communication de quelque bien : d'où il
suit que, tous ceux qui aiment ne sont pas amis pour cela; mais tous ceux qui sont vrais amis aiment nécessairement.
Il faut aussi remarquer qu'il y a des amitiés de différentes espèces. — La première, qui s'appelle naturelle , nous est commune avec les bêtes. Ainsi, une mère aime son enfant, et les enfants ceux qui leur ont donné la vie; et cette affection, étant fondée sur la communication d'un même sang, s'appelle amour naturel, et amitié naturelle quand cet amour est réciproque, comme il l'est ordinairement. Quoique cette amitié ne soit pas la plus parfaite, elle est cependant la plus nécessaire, puisque sans cela le monde ne pourrait subsister. — La seconde espèce d'amitié s'appelle humaine, parce que c'est la raison qui la fait. Elle est établie sur les trois biens dont l'homme est capable, savoir sur le bien utile, le bien délectable, le bien honnête. Le bien utile fonde une société parmi les hommes, qu'elle fait entrer en commerce les uns avec les autres : et par-là elle entretient les villes et les Etats, et les met en voie de pourvoir à tous leurs besoins. Le bien délectable est le principe des amitiés qui se forment entre les personnes qui cultivent les beaux- arts et les sciences, comme l'éloquence, la poésie, la philosophie et autres semblables : car on ne compte point comme vertus les amitiés de plaisirs, de bonne chère et de débauches, ni celles qui lient ensemble les personnes vicieuses. La véritable amitié humaine, celle qui est louable, et qui, au sentiment de tous les philosophes, est une vraie vertu morale, est celle qui est fondée sur la vertu même , laquelle est proprement le bien qu'on appelle honnête , lorsque deux personnes s'entraiment, par exemple, pour leur prudence, pour leur courage, leur fidélité, et les autres belles qualités qu'elles reconnaissent l'une dans l'autre. — La troisième sorte d'amitié , dont on doit parler dans les chaires, est non-seulement honnête mais sainte, et un excellent moyen de se perfectionner dans la sainteté : c'est une amitié qu'on peut appeler chrétienne, pour la distinguer des amitiés honnêtes mais purement morales, telles qu'il s'en est trouvé parmi les païens mêmes. Aussi cette amitié est-elle fondée sur les vertus chrétiennes et surnaturelles, sur les dons et les grâces du Ciel que l'on remarque dans ceux que l'on choisit pour amis, et avec lesquels on a une liaison toute sainte, qui leur est à eux-mêmes d'un merveilleux secours pour s'avancer dans la vertu.
[Amitié et charité]. — Quoique l'amitié chrétienne soit toujours jointe , et même assez ordinairement confondue , avec la charité qu'on doit au prochain, on ne peut pas dire néanmoins que ce soit absolument la m'êaae chose, puisqu'elles sont différentes dans leur objet, dans leur motif et dans la notion même que l'on doit se former de ees deux vertus. La charité embrasse universellement tout le monde, au lieu que l'amitié ne doit être, qu'entre un assez petit nombre de personnes : la charité, pour être parfaite, n'a égard ni à la qualité ni au rang, ni aux autres avantages ; au lieu que l'amitié demande du choix, et donne beaucoup à l'humeur el à
l'inclination. La charité ne se doit jamais perdre, pour quelque sujet que ce puisse être; mais dans l'amitié , comme il y a des mesures à prendre pour faire une étroite liaison, il y a aussi des occasions qui nous obligent à la rompre, et à n'avoir plus pour les mêmes gens qu'une charité commune. De manière que l'amitié ajoute quelque chose à la charité , savoir an amour réciproque et quelques considérations particulières qui l'entretiennent. D'où vous voyez que le christianisme, qui fait un commandement si exprès de la charité, ne défruit pas l'amitié qui nous est commune avec les infidèles, mais la perfectionne , et en fait une amitié sainte , qui nous peut être d'un grand secours pour acquérir celle de Dieu.
Lapremièreloioula première condition de la véritable amitié est den'ètre proprement qu'entre les personnes vertueuses: ce que les païens mêmes qui ont écrit sur cette matière ont unaniment avoué. Voici ce qu'en dit Cicéron dans le livre qu'il en a fait : Hoc primant sentio, nisi in bonis amicitiam esse non posse. Et, quand il explique quelles sont ces personnes vertueuses, il dit que ce sont celles qui vivent et qui se comportent de telle manière, que leur bonne foi, leur probité, l'amour qu'elles ont pour la justice, et leur généreuse franchiseront connus et approuvés de toutlemonde; qu'on ne les soupçonne ni d'avarice ni de débauche, ni de témérité ni de libertinage. Sur quoi cet auteur publie hautement que l'amitié qui n'est point fondée sur la vertu ne peut subsister : et en cela il s'accorde non-seulement avec tous les autres écrivains semblables qui en ont donné des règles et des préceptes, mais encore avec tous les SS. Pères qui en ont parlé. C'est pourquoi, ni la société des voleurs ni celle des gens de débauche, ou de tous ceux qui s'unissent pour de mauvais desseins , quelque étroite liaison qu'ils aient entre eux, ne peut être une véritable amitié, quoiqu'ils se soutiennent, s'entr'aident et se défendent les uns les autres. [Amitiés particulières]. — L'amitié, d'un côté, ne. pouvant être qu'entre très-peu de personnes, et d'un autre côté étant si nécessaire à la vie, quelques-uns n'ont point craint de dire que c'est vouloir ôter le soleil du monde que d'en bannir l'amitié : d'où vient donc que quelques SS. Pères semblent se déchaîner contre les amitiés particulières qui se trouvent entre des personnes qui font une profession publique de vertu , et que d'autres conseillent au contraire comme un moyen de s'animer aux exercices de piété? C'est un point que les maîtres de la vie spirituelle décident par rapport aux différents états que es personnes ont embrassés. Car, à l'égard des religieux qui vivent en communauté, on suppose qu'ils sont tous si bien unis et d'une si parfaite charité, que ce serait violer la charité même que de vouloir se séparer des uns pour se lier avec les autres : ce qui ne peut avoir nul bon motif ni aucun bon effet, et ce. que S. Basile, et les aulre< qui ont fondé ou gouverné des communautés, regardent, non comme, une union, mais plutôt comme une division entre les frères, comme une source de cabales et d'infractions des règles. Mais, pour ceux qi i vive.it dans le inonde et dans l'état séculier, où il y a une infinité de
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personnes qui sont dans le désordre et qui y entraînent les autres, ou du moins qui les détournent de la vertu et des exercices de piété, le plus facile moyen de s'éloigner de ceux qui apportent quelque obstacle à la vie sainte et réglée que doivent mener , dans le monde même, tous ceux qui veulent se sauver, c'est de se lier d'amitié avec les personnes qui conspirent avec eux dans les mêmes desseins : et c'est ce qu'enseigne S. François de Sales dans l'Introduction à la vie dévote. Que s'il y avait quelque relâchement dans une communau té de personnes obligées de vivre ensemble, et que toutes ne fussent pas également ferventes, alors les mêmes pères spirituels ne trouvent rien à redire que quelques-uns plus zélés se lient d'une amitié plus particulière pour donner exemple aux autres, pourvu que cela se pratique avec discrétion, sans rien diminuer de la charité commune qu'ils doivent aux autres, et qu'ils ne leur donnent aucun sujet raisonnable de s'en formaliser.
[Les qualités]. — Avant de lier amitié avec une personne, ilfaut apporterun jugement sain, et bien raisonner sur les bonnes qualités du sujet dont nous devons faire le choix, puisqu'il n'y a rien de plus important que de ne se point tromper en cette matière, où il y va du bonheur de cette vie et de l'autre. Ce choix désigné, il faut se sonder soi-même, et voir si on a pour cet ami qu'on se prépare un vrai fond d'inclination, sans quoi l'attache ne peut durer; une conformité de naturel qui aime les mêmes exercices; un esprit désintéressé pour résister aux lâchetés et à la faiblesse de l'intérêt particulier; un cœur ouvert et sans réserve pour communiquer à cet autre vous-même tous vos secrets, et lui donner toute votre confiance; et enfin un grande sagesse pour contenir les témoignages de l'amitié dans la bienséance, et pour manier adroitement les intérêts de votre ami, sans lui être ni trop indulgent ni à charge. Sans ces qualités, un homme n'est pas capable d'amitié, et ne trouvera jamais personne avec qui il puisse se lier ou qui s'attache fortement à lui.
Les qualités donc d'un bon ami sont : la probité, sans laquelle l'amitié ne sera plus une vertu etne pourra même longtemps subsister ; une humeur obligeante, parce que l'amitié 's'entretient par les bienfaits ou par les services qu'un ami rend à son ami dans l'occasion ; la constance , car comment se lier avec un esprit volage et changeant, qui fera tous les jours de nouveaux amis, et qui n'en aura jamais un seul véritable? la discrétion, que l'on doit éprouver avant que de s'attacher à qui que ce soit, car ce serait en manquer soi-même que de donner sa confidence à une personne indiscrète et sur laquelle on ne pourrait compter ; un naturel complaisant et agréable, c'est ce qui fait la douceur de la conversation. De-là vient qu'on ne peut contracter une ferme et solide amitié avec une personne d'une humeur fière, hautaine, emportée, ambitieuse, fantasque ou orgueilleuse, qui veut dominer partout, et qui ne veut jamais céder ni démordre de ses sentiments, ni rien relâcher de ses droits ou de ses prétentions.
[Amitié détruite]. — Les perfections qui sont nécessaires pour conserver l'amitié sont les mêmes qui l'ont fait naître : comme nous voyons dans tout le reste des choses, que chacune se conserve par les mêmes principes qui lui ont donné l'être. Mais voici ce qui peut la ralentir, et ce qui l'éteint enfin tout-à-fait : l'oubli, la négligence, le mépris, la défiance, l'inégalité, l'impatience et l'infidélité. L'oubli, quand on manque de se voir, de se fréquenter ou de se rendre visite; de manière qu'au bout de quelque temps on ne se souvient plus des protestations que l'on s'est faites d'un mutuel attachement, et, comme on s'est passé l'un de l'autre durant ce temps-là, ou s'accoutume à s'en passer toujours. La négligence n'est pas moins préjudiciable à l'amitié, puisque c'est une marque qu'on n'a pas les intérêts d'un ami fort à cœur quand on néglige de lui rendre service, ou qu'on est d'un naturel lâche et indifférent, qui ne se donne pas la peine de chercher l'occasion de servir son ami , ou qu'on ne fait pas seulement réflexion sur celles qui se présentent. Le mépris, qui est insupportable à un homme de cœur, est tellement opposé à l'amitié, que, comme l'amour naît de restime qui le précède, le mépris est toujours suivi d<j l'éloignement et de l'aversion de celui qu'on juge indigne de son affection : de manière que, lorsque celui qu'on avait choisi pour ami s'en aperçoit, il ne manque guère de changer réciproquement en mépris toute son estime, et son affection en froideur et en indifférence, dont il ne tardera pas à donner des marques dans les occasions qui se présenteront. La défiance et les ombrages qu'un ami commence à prendre de son ami marquent que l'amitié est déjà bien affaiblie, puisqu'elle manque dans l'uni' de ses parties les plus essentielles, qui est la confiance : ce qui fait que la trop grande crédulité aux faux rapports qu'on nous fait contre la fidélité d'un ami est une disposition à une prompte rupture et à une aversion qui éclatera bientôt. Enfin, l'inégalité el l' impatience d'un homme qui ne se conduit que par son caprice produiront bien tôt la discorde et la dissension : car l'amitié deviendrait une étrange servitude si on était obligé d'essuyer toutes les inégalités et tous les travers d'esprit d'une humeur bizarre. Mais Y infidélité etla perfidie sont tout-à- fait incompatibles a vec l'amitié : car ou ne les pas plus tôt reconnue qu'on n'a plus ni confiance ni tendresse, que l'on rompt d'abord tout commerce, et c'est tout ce que le christianisme peut gagner que de conserver la charité envers un infidèle et un traître, qui a violé à notre égard les plus saintes lois de l'amitié.
[Véritable amitié]. — Les effets et en même temps les marques certaines d'une sincère amitié se réduisent à ces quatre choses. La première, c'est la bienveillance, ou l'affection qu'on porte à une personne, pour son mérite et non pour les avantages qu'on en peut retirer ou qu'on en espère, parce que, comme dit S. Ambroise, l'amitié n'est point mercenaire : Virlus est amicitia, non quœstus ; non pecuniâ paratur sod gratta. La seconde, l'accord dtns les mêmes sentiments, selon S. Jérôme, qui a pris cette maxime des
anciens philosophes : Eadem celle, ûadem nolle, ea demain perfecta amicilia est. La troisième, la coinntunication des biens qui sont communs entre les amis: ce que les maîtres de la morale ont exprimé par le nom de bienfait mutuel. La quatrième enfin, la constance et la fidélité dans l'adversité, puisque c'est particulièrement par-là que l'on éprouve et que l'on reconnaît les véritables amis, parce que les faux suivent les changements dé fortune, et nous abandonnent quand ils n'attendent plus rien de nous.
Les devoirs de l'amitié sont assez connus par les qualités qu'on demande dans les amis. Ce qu'on en peut dire en général est que l'amitié nous engage à servir un ami en tout ce qui est en notre pouvoir, pourvu que ce ne hoitpoint contre Dieu et ne blesse point la conscience: car c'est uniquement ce que les païens mêmes ont excepté dans l'amitié considérée comme une vertu morale; à plus forte raison doit-on l'excepter si on regarde cette vertu comme vertu chrétienne, qui nous doit être d'un puissant secours pour devenir plus saints et plus parfaits.
Pour ne rien laisser qui regarde cette matière, on ne peut bien parler de l'amitié sainte et louable si l'on ne connaît celle qui est pernicieuse et mauvaise. On appelle de ce nom celle qu'on contracte avec des personnes vicieuses de gaieté de cœur, ou si absolument qu'elle ne peut manquer de nous rendre complices de leurs désofdres, et de nous envelopper ensuite dans leur malheur. Cette amitié est blâmable et criminelle, et l'on ne peut apporter trop de précaution pour s'en défendre. Elle devient criminelle, parce que ou l'on commet les mêmes péchés par complaisance, ou l'on est entraîné dans le dérèglement par le mauvais exemple de ceux avec qui on est lié d'amitié : on est confident de tous leurs mauvais desseins, et par conséquent participant de tout le mal qu'ils commettent. Ce qui fait que l'Écriture et les Pères regardent cette amitié comme le plus dangereux écueil qui se rencontre dans la vie.
Je voudrais que ceux qui bornent l'amitié entre deux seules personnes nous fissent grâce en faveur de l'infirmité humaine. Je voudrais que, regardant l'amitié comme le bien le plus doux dont nous jouissons, ils n'en bornassent pas si fort l'usage qu'ils nous le rendissent presque inutile. Il y a tant d'accidents qui nous séparent de nos amis, ou qui nous les enlèvent, il faut tant de temps pour les faire, que de nous réduire à un seul c'est le plus souvent nous exposer à n'en avoir point. L'unité d'ami est un degré de perfection plus merveilleux, plus pur, plus beau à proposer dans les livres : la pluralité d'amis est plus praticable, plus utile, plus commode dans le commerce. Si nos amis doivent rectifier nos vues, redresser nos démarches, favoriser nos entreprises, adoucir nos maux, multiplier nos plaisirs, nous modérer dans la bonne fortune, nous soutenir dans la mauvaise, n'est-il pas évident que nous recevrons ces différents offices avec plus de plénitude et d'efficace de plusieurs que d'un seul?
Ce qui constitue essentiellement l'amitié, ce qui la distingue de toutes les autres liaisons que les hommes peuvent former, c'est la connaissance
du sujet et le désintéressement du motif qui nous y attache. En vain on donne de grands biens à un homme, si on ne connaît ni le besoin ni le mérite de celui qui le reçoit. Pour mériter le nom de libéral, il faut donner ù un homme digne, à qui on ne doive point ce qu'on donne, ou de qui l'on n'espère point retirer plus qu'il n'a reçu: de quelque autre manière que vous donniez, vous donnez sans être libéral. 11 en est de même de l'amitié : pour mériter le nom d'ami, il faut aimer avec discernement et sans intérêt; de quelque autre manière que vous aimiez, vous aimez sans être ami. Mais, pour élever cette amitié et la rendre chrétienne, il faut que Dieu y entre et que le motif en soit naturel.
[Deu'irs de l'amitié]. — Il est du devoir d'un honnête homme de se déclarer pour ses amis, de s'attacher à leur fortune, et de faire pour eux tout ce que l'honneur et la conscience ne défendent pas. Ce n'est pas même assez de servir ses amis : il faut encore le faire de bonne grâce et avec zèle. C'est être parvenu au plus haut point de l'amitié quand on a le même attachement pour ses amis, lorsque tout le monde les abandonne, que dans leur plus grande prospérité. Je crois qu'un des plaisirs de la vie les plus délicats est de pouvoir rendre quelque service considérable à un ami, et d'être en état de lui procurer fortune et de le secourir dans une pressante nécessité. C'est ce qu'enseigne la philosophie morale, qui est commune aux païens et aux chrétiens.
§vi.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Bonheur de l'amitié], — Heureux, chrétiens, celui qui a fait un choix sage et judicieux, et qui ne s'est pas engagé mal à propos dans un commerce particulier avec des gens sans vertu et sans probité: Bealus qui non abiit in coruAlio impiorvm ! En effet, comme l'homme passe la meilleure partie de sa vie avec les amis à qui il s'est attaché, on peut dire que les liaisons qu'il prend dans le monde décident en quelque manière de sa bonne ou de sa mauvaise conduite ; et chacun de nous en est si persuadé, que, quand nous voulons nous informer des mœurs de quelqu'un, nous n'avons point de règle plus infaillible que la conduite des personnes qu'il fréquente. (Cheminais, Sermon sur le choix des amis).
[Les bons avec les bons]. — Nous voyons que, quand les personnes qui menaient ;i iparavant une vie déréglée viennent à être touchées de Dieu, et que leur
esprit, éclairé par les lumières de la grâce, n'a plus ce bandeau fatal que la préoccupation leur mettait devant les yeux, elles commencent par envisager ce commerce qu'elles ont depuis longtemps, et dont elles faisaient si peu de scrupule, comme un obstacle essentiel à leur conversion : elles avouent devant Dieu que c'est la source de tous leurs désordres, et elles y renoncent pour l'avenir. Que si, au contraire, ceux que nous fréquentons, lassés d'uni; vie peu cbrétienne et peu réglée, retournent à Dieu et nous laissent dans nos désordres, ils nous deviennent odieux et insupportables. Xous les r. -gardons comme des censeurs importuns, dont la vie exemplaire nous reprocbe incessamment la nôtre. En vain nous ménagent-ils par une conduite discrète et judicieuse, et par un silence modeste sur les défauts qui blessent la délicatesse de leur conscience : leur vue seule nous chagrine, et nous disons avec les libertins cbez le Sage : Gravis est nobis etiam ad videndum (Sap. xi) : c'est un homme avec qui il faut rompre absolument; il ne me faut point de gens de ce caractère; sa seule vue m'importune.
Comme il n'est point de si méchant homme qui ne soit quelquefois capable d'un bon sentiment, il n'est point au contraire d'homme si vertueux qui ne soit quelquefois suscep tilde d'une mauvaise impression. C'est ainsi qu'une conscience timide auparavant, et tremblante à la vue du crime, est rassurée par un ami corrompu qui vous sert de guide; qu'un homme offensé, qui balance entre la vengeance et l'oubli de l'injure qu'il a reçue, se laisse aller au ressentiment et aux transports violents que lui inspire un ami emporté. C'est par-là qu'un jeune homme qui entre dans le monde avec des principes de religion, et qui ne voudrait pas donner la moindre atteinte aux vérités de la foi, s'accoutume insensiblement, par les doutes concertés et par des railleries étudiées, à se faire aux discours d'un impie. C'est par-là qu'un homme intègre et fidèle à son devoir, qui n'avance pas sa fortune parce qu'il ne veut pas la devoir à ses crimes, est tenté pas un ami sans probité d'entrer dans la voie des méchants, pour aller plus vite à ses fins. C'est par-là enfin qu'une fille vertueuse, à qui une sainte éducation a inspiré de l'horreur pour les fautes les plus légères, devient la dupe d'une confidente peu réglée, qui lui ôte peu à peu tout ce qu'elle a de principes d'honneur et de vertu.
Lorsque vous déchargez vos soins et vos peines dans le sein d'un ami fidèle, que votre cœur, par exemple, se découvre à lui sur un projet de vengeance que la passion vous justifie, alors ce conseil fidèle verse l'huile sur la plaie, adoucit insensiblement un esprit irrité, rappelle au bon sens une raison égarée, se fait partie contre vous-même pour entrer dans vos véritables intérêts, trouve accès dans votre cœur par sa franchise, et en manie tous les ressorts à son gré. Vous suivez sans résistance ce guide assuré, qui vous remet dans le bon chemin ; il exerce sur vous un empire dont vous ne pouvez vous défendre ; et si, dans la chaleur de la passion, vous faites encore quelque résistance au-dehors, il vous laisse l'aiguillon
dans le cœur, et vous donne lieu, en se retirant, de faire réflexion aux raisons dont il a combattu votre passion.
Par les règles ordinaires de l'amitié, ou plutôt du dévouement entre ceux qui se piquent de fidélité, il faut être dans la disposition de tout faire et de tout entreprendre: c'est-à-dire qu'il faut être complice des projets ambitieux, des querelles et des dissensions, des excès et des débauches, des violences et des injustices, des emportements et des vengeances, où le caprice d'un ami sans principes et sans vertu vous peut engager. C'est par cette fatale nécessité qu'on Se rend esclave de toutes les passions de ses amis, et que mille gens qui n'ont point d'autres défauts personnels sont tachés de tous les vices de ceux qu'ils fréquentent. Vous êtes maître de vous-même et vous avez assez d'empire sur vous" pour ne vous point faire d'affaire : un ami vain et emporté vous engage dans sa querelle.
Quand le commerce d'amitié se trouve entre des personnes d'une condition inégale , la disproportion de leur état soumet l'inférieur aux plus lâches complaisances. On se fait un ridicule honneur de suivre tous les caprices d'un grand, et tel, dont l'esprit raisonnable et judicieux voit claii rement la droitude et l'équité de la loi de Dieu et l'horrible aveuglement du maître dont il est le confident, marche néanmoins sous la conduite de ce guide furieux, obéit en tremblant, et fait quelquefois des actions dont il a horreur. En vain pense-t-il reculer: sa fortune dépend de cet homme, elle est attachée à l'exécution de ses ordres, et tous les avantages qu'il en espère doivent être souvent le prix du crime. (Cheminais).
[Avec qui on ne peut lier amitié]. — Le moyen d'aimer, de cet amour que demande la vie sociable, certains caractères de gens, qui, bizarres dans leur humeur, désobligeants dans leurs procédés, désagréables dans leurs manières, rebutants mêmes par leur figure, ne présentent rien à nos yeux que de justes sujets d'aversion, et des raisons de les haïr? Comment aimer un esprit fourbe, un méchant naturel, un mauvais cœur, des gens aigres, contrariants, sans complaisance, sans égards, et pleins de mille autres défauts que tout le monde voit en eux, et qu'eux seuls, aveugles pour euxmêmes, ne veulent ni voir ni corriger ? On ne dit pas que vous soyez obligé de lier une amitié étroite avec ces sortes de gens : c'est assez d'avoir pour eux une charité commune, que vous ne devez refuser à personne. (Le P. d'Orléans, sur la charité envers le prochain).
[Les faux amis]. — Nous sommes dans un siècle d'artifice et de fourberie, où la prophétie de Jérémie trouve son accomplissement dans toute son étendue: Omnis frater supplantons supplantabit, et omnis amicus frcnalulenler inceclel. Le frère n'observe son frère que pour le supplanter; il ne le tâte que pour le blesser, il ne l'embrasse que pour l'étouffer plus à son aise; s'il examine ses paroles, c'est pour lui en dresser un procès; s'il relève ses services, c'est pour le faire tomber dans la confusion: et, après tout, t. i. 15
celui que nous croyions être notre confident devient notre espion et notre ennemi couvert, et, de défenseur en apparence, il devient en effet notre assassin. C'est aussi le règne des fourbes : la fortune leur rit, pendant qu'elle tourne le dos aux personnes sincères, comme si leur franchise était un crime qui doit traîner après soi la pauvreté, la disgrâce et l'infamie, comme les trois instruments de son malheur. La fausse amitié est une monnaie qui a bien du cours aujourd'hui. Quelque fausse et quelque décriée qu'elle soit, elle passe sans résistance de main en main, et sans qu'on en fasse beaucoup de recherche. Son aloi et sa marque ne distinguent pas entre l'imposteur et le vrai ami, non-seulement parmi les citoyens d'une même ville et les membres d'une même communauté, mais même dans les familles, où ceux qui les composent ne craignent point de mettre la division quand ils y trouvent leurs propres intérêts.
Il est constant que les personnes qui ne nous approchent qu'avec des affections vénales et des cœurs intéressés ne peuvent être comptées parmi nos véritables amis, parce que ce ne sont pas gens à nous rendre la réciproque, et du retour à notre amitié. Aimons-les tant qu'il nous plaira : ils s'attachent uniquement à notre fortune et ne cherchent qu'à faire la leur : et, s'ils protestent qu'ils sont à nous de tout leur cœur et de toute leur âme , ce sont des imposteurs, qui démentent leurs sentiments et qui trahissent la vérité. Ils ont, dans la réalité, la main toujours ouverte pour recevoir nos bienfaits, et le cœur toujours fermé pour nous consoler dans nos disgrâces. Un ancien appelait ces gens-là des amis du temps, et non pas des amis de la personne ou de la vertu. Ce sont de faux amis, en un mot, et du nombre de ceux dont parle le Fils de Dieu, qui nous abandonnent au temps de la tentation : Et in iempore lenlalionis recédant. (Anonyme).
[Les vrais amis]. — Salomon a très-bien dit, ou plutôt le Saint-Esprit par sa bouche, que le véritable ami ne change jamais de sentiment et d'inclination. Quelque visage que la fortune montre à son ami, il l'aime toujours également, en toutes rencontres et en toutes saisons ; et il est certain qu'un état de prospérité et un jour de joie n'ont pas plus d'attraits pour gagner son cœur qu'un nuage d'adversité et qu'un jour de deuil : Omni tempore diligit amicus. Le même assure que la vraie amitié attache et lie les âmes avec des liens si forts et si fermes, que le temps, qui rouille l'acier et use le bronze, ne les peut rompre; et que la mort même, qui sépare les couples les mieux unis, ne saurait disjoindre leurs âmes et leurs cœurs, quoiqu'elle ait pu réduire en cendres leurs corps.
Une des propriétés de l'amitié est que d'ordinaire elle ne fait choix que d'un véritable ami, qu'elle fait l'unique dépositaire de ses pensées et de tout le trésor de son cœur. Tous les anciens qui ont parlé de l'amitié s'accordent dans ce sentiment, que nous ne pouvons avoir qu'un seul et véritable ami. En effet, quelles mesures pourrions-nous prendre, quel tempe-
riment pourrions-nous observer, si nous avions un cœur partagé entre plusieurs amis de sentiments différents et d'intérêts contraires? Faudraitil trahir l'un, et être fidèle à l'autre ? Ce ne serait pas être ami de tous les deux. Faudrait-il leur cacher nos sentiments, ou les dissimuler? Ce serait violer les lois de l'amitié, qui abhorre les voiles du mystère et les replis du déguisement. A.près tout, comme la nature ne nous a donné qu'un cœur, le choix raisonnable ne saurait tomber que sur un ami ; et, quand une fois nous nous sommes entièrement donnés à lui, il y a de l'injustice à nous partager ou à reprendre notre présent. C'est pourquoi, quand les anciens nous font valoir les amis qui ont fait la gloire de leur siècle et l'admiration du nôtre, ils ne les comptent que par couples, et deux à deux.
La véritable amitié est une vertu qui met deux personnes en communauté de belles connaissances et de saintes affections , qui lie tellement leurs volontés que leurs consciences ne laissent pas de jouir d'une pleine liberté, et qui ne forme point de chaînes que Dieu même n'en fabrique la matière et n'en dispose les anneaux : Àmlcilia vera non est nisl citm eam Deus agglutinât. « Nos amitiés sur la terre, dit S. François de Sales, doivent être prises sur le modèle de celles des bienheureux dans le ciel : elles sont toujours injustes quand elles combattent l'amour de Dieu, et qu'elles s'opposent à l'exercice des vertus : et comme l'arche du Testament était entre deux chérubins, il faut de même que Dieu se trouve entre deux cœurs qui s'entr'aiment, et que sa grâce soit le nœud sacré de leurs liens et le ciment inviolable de leur amitié. »
La flatterie est une fausse amitié, puisque S. Thomas et tous les théologiens moraux assurent que c'est une extrémité vicieuse qui ruine la sincère amitié, et que de sa nature c'est un art qui n'a point d'autre occupation que de séduire et de tromper, sous le vain appât de fausses louanges et de quelques compliments qui nous font passer l'apparence pour une vérité, et le défaut pour une perfection : Adulatio est fallax verborum, sub specie amiciliœ, deceptio. Or, cette flatterie entretient celui qui la souffre dans son crime et dans ses désordres , et même lui donne occasion, par ces faux éloges, d'ajouter de nouveaux péchés aux anciens : ce qui est contraire à la charité envers le prochain. (Anonyme).
[Infidélité]. — Il arrive ordinairement, parmi les hommes, que ceux qui sortent d'un état pauvre etmalheureux, et qui sont élevés à quelque degré de gloire et de fortune éminente, oublient et méprisent leurs amis, qui ont été les compagnons et les témoins de leurs misères passées. Ils éloignent de leurs yeux et de leur mémoire tout ce qui peut leur retracer l'image et le souvenir de leur malheur. Occupés de leur propre grandeur et de la complaisance qu'ils ont pour eux-mêmes, ils croient faire tort à leur dignité de s'abaisser à des amitiés qui sont devenues disproportionnées ; et, soit qu'il y ait plus de peine à porter la bonne fortune que la
mauvaise, soit que l'égalité soit de l'essence des faibles amitiés humaines, ils quittent leurs amis en quittant leur condition, et croient que ce n'est pas tant une infidélité et une marque e leur inconstance qu'une suite de leur fortune et une bienséance de leur état : tant l'orgueil et l'intérêt l'emportent sur toutes les lois de la raison et de l'amitié. (Fléchier, Sermon pour le jour de la Pentecôte).
[Amilié sainte]. — Ne liez jamais d'amitié qu'avec ceux dont le commerce vous peut être utile pour le salut; et plus vous rendrez ce commerce parfait, plus votre amitié sera parfaite. Si c'est un commerce de science, l'amitié en sera honnête et louable; si c'est un commerce de vertu, de dévotion et de désir de perfection, l'amitié en sera d'un mérite et d'un prix infini , parce qu'elle viendra de Dieu, qu'elle vous conduira à Dieu. Oh ! qu'une amitié de la sorte est sainte ! Se communiquer ses bons désirs, ses saintes résolutions de servir Dieu, les desseins que l'on a pour sa gloire, et n'avoir qu'un cœdr et qu'une âme dans ces vues ! C'est alors qu'il se fait un flux et reflux de saints mouvements ; c'est alors qu'on s'anime à la vertu ; c'est alors qu'on dispute par une noble émulation à qui deviendra plus vertueux, et à qui en donnera des marques plus édifiantes.
L'amitié mondaine et l'amitié chrétienne ont plusieurs différents caractères qui les distinguent. L'amitié mondaine a pour fondement la beauté, la belle humeur, l'enjouement, l'adresse, et de semblables vains avantages : au lieu que la charité chrétienne est fondée sur la vertu. L'amitié mondaine aveugle l'esprit et corrompt le cœur : de-là la tendresse si préjudiciable à l'innocence, les regards trop curieux, les soupirs déréglés, les plaintes d'un défaut de correspondance, les contenances étudiées, les manières douces et insinuantes , les demandes de plusieurs marques d'amitié, présages certains de la ruine prochaine de l'honnêteté et de la pudeur. L'amitié chrétienne, au contraire, n'a que des yeux innocents et des désirs encore plus purs. L'amitié mondaine se termine à des dégoûts, à des ennuis, à des défiances, à des jalousies mortelles, à des reproches et à des injures, quelquefois même à des emportements de fureur : au lieu que l'amitié chrétienne, semblable en tout temps à elle-même, est toujours également honnête, civile, douce, et incapable d'aucun changement. Loin de nous ces amitiés sensuelles et criminelles, ces amitiés où l'on aime jusqu'aux défauts et aux vices de son prochain, comme on les aime dans soi ; ces amitiés où l'on s'unit et l'on s'entr'aide dans ses débauches ou dans ses mauvais commerces ! ce n'est pas là s'entr'aimer pour Dieu et en Dieu; c'est s'entr'aimer pour la damnation éternelle, comme dit S. Chrysostôme. {Dictionnaire moral).
Il est naturel à l'homme d'aimer l'homme ; mais il y a de la vertu a l'aimer parce qu'il est vertueux. Car l'amitié qui est fondée sur la probité, sur la sagesse, sur le bon naturel, sur la fidélité, ou sur quelqu'autrc vrai
mérite, est,une vertu, et il est louable d'aimer ces qualités qui sont ellesmêmes dignes de louanges. Mais, après tout, c'est une amitié de païen que d'aimer ainsi : car les païens aiment ceux qui les aiment, et ceux qui ont des qualités dignes d'être aimées. Qu'est-ee donc qu'aimer en chrétien et cultiver une amitié chrétienne ? C'est donner pour fin et pour motif à cet amour mutuel de s'aider réciproquement à devenir plus saint, plus fervent en l'amour de Dieu, et de s'entr'aider à se rendre plus parfait. (Le P. Rapin, L'esprit du christianisme, 2).
[Réprimandes], — S'il faut reprendre ou avertir un ami, il faut savoir le secret d'adoucir les avertissements , et d'ôter aux réprimandes ce qu'elles ont de rude et de fâcheux ; y mêler ces tours insinuants dont il faut se servir pour gagner celui qu'on se doit donner de garde de perdre ; il faut savoir l'art de ménager son esprit, prendre le temps et l'occasion favorable, excuser ce que l'on peut, pour ne pas l'aigrir ou le rebuter par des manières aigres, et imiter enfin les médecins, qui, pour guérir un malade dont la santé leur est précieuse, ont soin que tous les adoucissements qu'ils donnent n'ôtent rien de la force de leur remède.
Comme la charité chrétienne doit nécessairement entrer dans l'amitié, elles ont toutes deux les mêmes devoirs et les mêmes obligations, avec cette différence , que l'amitié engage à se les rendre mutuellement, et que la charité y oblige quand même il n'y aurait aucun retour de la part du prochain. Ainsi, les amis ne doivent pas seulement s'entr'aider et se secourir mutuellement dans leurs besoins ; mais l'un doit réciproquement prévenir, tant qu'il est en son pouvoir, les maux qui menacent l'autre, empêcher qu'il ne lui en arrive; le soulager, s'il ne peut tout-à-fait l'en délivrer; le consoler, s'il ne peut pas le soulager; compatir au moins à ses maux s'il ne peut le consoler; être sensible à ses peines, les diminuer en y prenant part, supporter ses défauts avec patience, tâcher de les corriger sans l'aigrir; les dissimuler, s'il ne les peut corriger, etc. ( Anonyme).
[L'amilié naturelle à l'homme]. — L'amitié est sans doute le plus innocent plaisir que les hommes puissent goûter dans la société. Les barbares révèrent son nom ; ceux qui méprisent les lois de la civilité estiment celles de l'amitié, et ne peuvent vivre dans leurs forêts qu'ils n'aient quelque confident qui sache leurs pensées, qui se réjouisse de leur bonne fortune et qui s'ai'tlige de leurs disgrâces. Les voleurs qui entreprennent sur la liberté publique, qui font la guerre durant la paix, et qui semblent vouloir étouffer cet amour que la nature a mis entre les hommes, ne laissent pas d'avoir du respect pour l'amitié: ils ont entre eux quelque ombre de société; ils se gardent la foi, quoiqu'elle soit préjudiciable à l'État. Enfin, Les peuples ne subsistent que par force de cette vertu; et qui l'aurait bannie de la terre, il faudrait raser les villes et renvoyer les hommes dans les défi its. Elle est plus puissante que les lois; et qui l'aurait bien établie
dans les royaumes, il ne faudrait plus de tourments ni de supplices pour contenir les méchants dans leur devoir. (Le P. Senault, Traité de l'usage des passions, 2e p.).
L'amitié est la douceur de la vie et le contentement le plus raisonnable qui se puisse goûter dans le monde, et de tous les plaisirs je n'en trouve point de plus innocent ni de plus véritable : mais il porte ses peines avec lui, et qui commence à aimer doit se préparer à souffrir. Les absences sont de courtes morts, et la mort est une absence éternelle, qui nous laisse autant de regrets que la présence nous donnait de satisfaction. Un homme qui perd son ami perd la moitié de soi-même ; il est mort et vivant tout ensemble, et la mort ne s'accorde avec la vie que pour la rendre plus misérable. Mais, quand leur destin serait assez heureux pour les emporter en un même jour, ils ne sauraient éviter les misères qui accompagnent la vie : il semble que, s'étant liés d'affection, ils ont donné plus de prise sur eux à la fortune , et que leur âme n'est passée en deux corps que pour être plus susceptible de douleur. Il est vrai que ces peines sont agréables, et que, par une juste dispensation de l'amour, elles sont toujours mêlées de quelque contentement : les larmes sont douces quand l'amitié nous les fait répandre, et elles font trouver à deux amis un véritable plaisir dans une misère commune. Ainsi leur mal porte leur remède avec lui, puisque celui qui le souffre et celui qui le pleure sont également assurés de leur mutuelle fidélité. (Le même).
[Dangers]. — Je veux que l'état et la profession de certaines personnes les oblige de voir souvent des personnes d'un autre sexe; que les personnes de piété doivent avoir une parfaite confiance en ceux qui se sont chargés de leur conscience, et dont elles ont elles-mêmes fait le choix; et que le soin que l'un prend de son côté, et de l'autre la parfaite confiance témoignée, soient les marques d'une véritable amitié, hors de tout soupçon et de toute censure. Il y a cependant des mesures à garder : car l'attachement qui irait jusqu'à faire parler le monde ne peut être approuvé, et, pour se tenir dans les termes d'une amitié sainte et spirituelle, il faut se défier et se donner de garde, de part et d'autre, de ces inclinations trop sensibles, de ces tendresses et de ces correspondances trop passionnées, de ces ennuis d'absences trop inquiétants, de ces soupçons, de ces jalousies, de ces regrets, de ces vaines offres de services, de ces compliments, de ces flatteries, de ces protestations inutiles de bonne volonté, de ces plaintes et de ces reproches de n'être pas assez aimés, de ces présents importuns qui engagent à des reconnais-aner-s et qui ôtent souvent la liberté, et de tout le reste qu'on regarde comme dangereux et trop engageant dans les personnes du monde. (Le P. Haineufve).
[L'amilié après la mort]. — S. Ambroise, dans un discours funèbre qu'il prononça quarante jours après lu mort de Théodose-le-Grand : « Drfexi,
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dit-il, et prosequar cum usquè ad regionem vivorum, ilonec fletû et precibus inducam virum quà sua mérita vocant : Je l'ai aimé, ce grand prince, et je l'aime encore, et je ne cesserai jamais de lui donner des marques de mon amitié, pour reconnaître celle dont il m'a honoré pendant sa vie, jusques à ce que, par mes larmes et par mes prières , je lui ouvre la porte du ciel où ses mérites l'appellent. » Suivez, chrétien, ce grand exemple de l'amitié chrétienne; et, puisque vous tirez tant de gloire d'être bon et véritable ami, et que vous l'avez si souvent protesté à cette personne durant sa vie, faites-lui sentir heureusement, dans sa plus grande nécessité, la vérité de vos paroles et la sincérité de votre cœur. C'est au besoin et dans la nécessité qu'on connait.les véritables amis. Miseremini met, saltem vos amici mei. Elle ne s'adresse point à ses proches ni à ses héritiers, parce qu'elle sait bien que les proches et les héritiers ne sont pas toujours les meilleurs amis ; mais un véritable ami est toujours ami ; il aime en tout temps , et surtout en celui de la nécessité et de la misère : Omni tempo re diligitqui amies est. (Anonyme).
[Amitié entre proches]. — C'est une pensée dans laquelle il est aisé dé" se confirmer, que non-seulement la proximité est une source d'amitié, mais encore que nos affections varient selon le degré de la proximité que nous ..y uis avec les personnes qui en sont l'objet. La qualité d'homme, que nous portons tous, fait cette bienveillance générale que nous appelons humanité. 11 est certain que, s'il n'y avait que deux personnes dans le monde, elles s'aimeraient avec tendresse : mais, cette proximité générale -<• confondant avec le nombre infini de relations différentes quenous avons les uns avec les autres, il arrive aussi que cette affection naturelle qu'elle avait fait naître se perd dans la foule des passions que tant d'objets produisent dans notre cœur. Nous ne voyons point en notre prochain la qualité d'homme, pendant que nous voyons en lui un envieux, un ennemi de notre prospérité, comme nous le sommes de la sienne. La proximité de la nature inspire ordinairement aux hommes une bienveillance qui ne se fait point sentir à ceux qui habitent dans leur pays, parce que cette proximité s'affaiblit par le nombre de ceux qui la partagent, mais qui devient sensible quand deux ou trois personnes originaires d'un même pays se rencontrent dans un climat étranger. Alors l'amour de nous-mêmes, qui a besoin d'appui et de consolation, et qui en trouve en la personne de ceux qu'un pareil intérêt et une semblable proximité doivent mettre dans la même disposition, ne manque jamais de faire une attention perpétuelle à cette proximité, si un plus fort motif ne l'en empêche. C'est ce qu'on peut dire de ceux qui sont d'une même famille; de la proximité du sang, et à plus forte raison dans les amitiés chrétiennes entre ceux qui professent la même religion, etc. {Livre intitulé L'art de se connaître soi-même).
Vrais et faux amis]. — Le Sage nous dit que celui qui aime aime en tout
temps, et que le frère se connaît dans l'aflliction, c'est-à-dire que celui qui est véritablement ami dans la prospérité, devient comme un frère dans l'adversité. Le plus souvent nos amitiés ne sont établies que sur des intérêts bas, et ne s'entretiennent que par le commerce de la nécessité de la vie: nous aimons celui dont l'amitié nous fait bonneur, nous procure du plaisir ou de l'utilité. Ainsi tombe-t-il dans la disgrâce, et prévo jons-nous qu'il va nous devenir autant à charge qu'il nous était utile, ne disons pas qu'on reprend un cœur qu'on n'avait jamais donné ; on se retire de lui par les mêmes motifs qui nous avaient attachés à lui. Au contraire, dit S.Chrysostôme, « tout ce qui ruine les amitiés humaines redouble et fortifie les amitiés chrétiennes». En effet, plus un ami tombe dans l'adversité, plus la véritable amitié nous doit unir à lui, parce qu'il a plus besoin de nous; sa vertu, purifiée dans le feu de la tribulation, nous doit donner pour lui une nouvelle estime, et ces marques que nous lui voyons de prédestination nous le doivent faire respecter dans sa misère. Que les autres donc le blâment et l'abandonnent lâchement, -pour nous nous louerons publiquement celui qui a l'estime de Dieu, et nous ferons voir que la charité qui entre dans la véritable amitié ne périt point, et que rien n'est capable d'éteindre sa flamme : Charilas nunquàm excidit. Ainsi , soit qu'il faille parler pour lui ou repousser ce qu'on dit contre lui, le consoler ou l'assister, partager ses malheurs ou lui faire part de notre fortune, avons également pour lui une amitié tendre, ferme, généreuse, invincible. Ce que la vertu a joint ne doit être séparé que par le crime; ce qui est fondé sur un solide mérite ne peut être ébranlé par la perte des biens temporels. C'est ainsi que nous en userons dans la disgrâce de nos amis, si nos amitiés sont chrétiennes (Monmorel, 2e Evangile de l'Avent).
[Amitié chrétienne rare]. — Si l'on considère aujourd'hui les amitiés des chrétiens, on verra que presque toutes les amitiés ne sont établies que sur des intérêts bas, et ne s'entretiennent que par le commerce des nécessités de la vie. Si vous voulez reconnaître ceci, il ne faut qu'examiner les sujet's différents qui causent des divisions parmi vous et qui vous rendent ennemis les uns des autres. Car, lorsque l'amitié n'est fondée que sur des avantages humains et passagers, elle ne peut être ardente et perpétuelle : elle s'évanouit au moindre mépris, au moindre intérêt, à la moindre jalousie, parce qu'elle n'est point attachée à l'âme par cette racine céleste qui seule soutient nos amitiés, et qui les rend fermes et inébranlables. L'amitié qui est entre des personnes unies en Jésus-Cuiust est solide, elle est constante, elle est invincible; elle ne s'altère ni parles soupçons ni parles calomnies, ni par les dangers, ni par la mort même. Celui qui n'aime que parce qu'on l'aime cesse d'aimer aussitôt qu'il reçoit quoique mécontentent de son ami. (S. Chrysostôme, Exhortât, sur le ch. 8 de 6. Matthieu).
[Douceur de l'amitié]. — Quoi de plus utile que le commerce de deux par-
l'ARA GRAPHE SIXIÈME.
faits amis, qui se parlent, pour ainsi dire, esprit à esprit, ou plutôt cœur à cœur! C'est dans ces entretiens libres et sincères qu'il se fait un échange réciproque de pensées et de connaissances, où de part et d'autre on se communique ses lumières sans diminution de la part de celui qui les communique, et où l'on enrichit autrui sans s'apauvrir soi-même. Mais le plaisir que l'amitié nous cause se fait bien mieux sentir qu'il ne se peut exprimer. Voir à fond le cœur d'un ami, pouvoir lui découvrir le sien avec autant de confiance que de sincérité, le prévenir dans les services qu'on lui rend, en être prévenu dans ceux que l'on reçoit, avoir la même joie de l'obliger ou d'en être obligé, éprouver que notre chagrin diminue par la part qu'il y prend, et que notre joie augmente par celle qu'il en ressent, lui procurer un prompt secours dans ses besoins les plus pressants, et faire même sa fortune et son bonheur, ne trouvant point de plus grande douceur dans la prospérité que d'en faire part à un ami : peut- on concevoir un plaisir plus sensible et plus grand? (Anonyme).
[Perte d'un ami]. — Rien n'approche de l'état où l'on se trouve après la perte de son fidèle ami. Toute la nature paraît avoir changé de face; les jours les plus sereins sont obscurs pour vous; vos réflexions sont tristes, vos songes sont funestes; tout ce qui vous environne vous déplaît ou vous paraît étranger. Sans cesse occupé de ce que vous avez perdu, on dirait que vous comptiez pour rien tout ce qui reste. En vain l'on s'empresse de faire diversion à votre douleur : les soins les plus tendres vous importunent; en quelques lieux qu'on vous entraîne, votre douleur vous suit; de quelque pensée qu'on cherche à vous occuper, vous en revenez toujours à vous dire que pour jamais vous êtes séparé de votre ami. Dans vos rêveries, vous le cherchez comme s'il vivait encore; une douce habitude conduit vos pas dans les lieux que vous aviez aimés le plus; mais à peine y êtes- vous arrivé qu'ils vous attristent. La solitude est pour vous la plus charmante compagnie; et si vous en pouvez souffrir une autre, c'est celle de celui qui, loin de combattre votre douleur, la nourrit, la flatte et la partage avec vous. Ceux qui ont le cœur sensible, et qui ont fait de telles pertes, entendent ce langage. (Sacy, Traité de l'Amitié).
[Correction fraternelle]. — L'un des plus importants devoirs des amis, c'est de se reprendre, de se corriger réciproquement, et de recevoir l'un do l'autre des avertissements et des répréhensions. Loin d'ici ces amis aveugles qui approuvent sans discernement tout ce que font leurs amis; ces amis flatteurs qui excusent et qui justifient les défauts de leurs amis, et qui, par une compassion mal entendue, craignent en les corrigeant de les attrister! Loin d'ici ces amis délicats qui ne peuvent, sans se chagriner, recevoir de Leurs amis les avis les plus salutaires! Ces amitiés aveugles, flatteuses et délicates, sont le caractère des amitiés mondaines: mais les gêna de bien ni usent d'une tout autre manière. Comme ils ne cher-
client, en s'entr'aimant, qu'à avancer dans la vertu, d'un côté on ne peut leur faire un plus grand plaisir que de leur remettre devant les yeux leurs fautes afin qu'ils s'en corrigent, et de l'autre ils sont persuadés que d'avertir leurs amis, quand ces amis s'égarent, c'est leur rendre un service essentiel. « Reprenez, dit Salomon, votre ami, de crainte que, s'il a péché sans y penser, il ne se croie innocent, ou que, s'il connaît son péché, il n'y retombe et n'y persévère faute d'en avoir été repris. »EtS. Ambroise ajoute que, quand nos amis seraient un peu sensibles aux répréhensions, nous ne devons point pour cela cesser de les reprendre. Et quand bien même nos amis nous reprendraient à tort, il faut, au lieu de s'en formaliser, louer leur zèle et leur en savoir bon gré : car, s'ils ne nous aimaient beaucoup, ils se mettraient peu en peine de veiller sur nous et de nous reprendre. (Anonyme).
Pour garder dans notre amitié cette liberté généreuse que S.Augustin témoignait tant estimer : Ubi est libertas amiciliœ ? quand nous voyons notre ami dans l'erreur, nous devons aussitôt tâcher de l'éclairer. S'il fait quelque faute sans la connaître, nous devons la lui représenter avec douceur et l'en avertir. Nous ne devons point lui complaire lorsque ce qu'il désire est contre Dieu, et que ce qu'il fait le pourrait perdre. C'est être vrai ami que de résister alors à son ami, et ce serait le trahir que de le suivre. « Quoique nos répréhensions puissent être un peu pénibles d'abord à celui que nous reprenons, dit S. Augustin, il s'en tiendra néamoins trèsobligé dans la suite, et il reconnaîtra que, si nous ne l'avions contredit, nous l'aurions fait tomber, et nous serions nous-mêmes tombés avec lui.» Ceux qui tiennent une autre conduite, et qui mesurent leurs paroles selon qu'elles plaisent ou qu'elles déplaisent à ceux à qui ils désirent de se rendre agréables, à cause que leur autorité est grande et que leur amitié n'est pas inutile, sont proprement ceux qui scandalisent et qui font tomber les âmes, parce qu'ils les excusent en tout, et qu'ils justifient l'injustice même, afin de flatter l'injuste. Ces personnes peuvent paraître sages de la sagesse du monde, et être louées par des personnes qui n'auront, comme elles, pour onduite que leurs passions, et pour fin que leur intérêt; mais elles seront en horreur à tous ceux qui aiment la vérité, et elles seront détestées un jour de ceux-là mêmes qu'elles perdent par leurs lâches complaisances. (Instructions chrétiennes).
' AVERTISSEMENT
Voici un des sujets où la multitude et la variété des choses qui peuvent y entrer est plus capable d'accabler et de confondre un prédicateur que de lui fournir de quoi remplir son discours. Comme ce sujet est grand, rien n'y doit être mis en œuvre s'il n'est exquis. Il est vrai qu'il serait difficile de trouver quelque chose de nouveau sur celte matière, après que presque tous lesSS. Pères, tous ces livres spirituels et tous les sermonnaires se sont épuisés et ont mis par écrit tout ce que leur esprit a pu inventer et ce que leur cœur a ressenti. Pour mettre donc quelque ordre dans ce sujet, la première chose qu'il faut supposer, c'est qu'on ne parle ici que de l'amour que nous devons avoir pour Dieu, et non de celui que Dieu a pour les hommes: car ce sont deux sujets différents, quoique le second puisse entrer dans le premier, comme un des principaux motifs qui nous doit exciter à aimer Dieu : et ainsi c'est retrancher une partie des choses qui grossissent les recueils des autres. La seconde est qu'on se borne ici à la charité envers Dieu, sans parler de celle que l'on doit au prochain, que nous traiterons séparément, quoique ces deux vertus soient inséparables. Il faut supposer, en troisième lieu, que tout ce qui doit trouver place dans un discours sur l'Amour de Dieu se rapporte à l'un de ces chefs: à l'excellence de celte divine charité, au précepte que Dieu nous en a donné, à la manière dont nous devons l'accomplir, aux motifs qui peuvent l'exciter et enflammer davantage, aux grands effets qu'elle produit en nous, aux moyens d'entretenir et de conserver ce feu sacré, et enfin à l'acte et à l'exercice actuel de celle vertu, ou à l'habitude que l'on confond assez ordinairement avec la grâce sanctifiante. C'est par rapporta tous ces chefs que nous avons recueilli ce que nous plaçons ici sur cette matière.
Divers Desseins et Plans.
I. — On peut prendre pour dessein d'un discours ces paroles de S. Bernard : Duplicem ob causam diligendus est Deus : quia nihil justiùs, et quia nihil diligi fructuosiùs potesl ; suo scilicet mérita et nostro commodo.
236 AMOL'R DE DIEU.
1er. Point. — Il n'y a rien déplus juste. — 1°. Parce que c'est une action de justice de donner notre affection à tout ce qui la mérite, à tout ce qui est bon et parfait, Or, c'est un grand champ qu'on a pour s'étendre sur les perfections de Dieu, qui sont l'objet le plus digne de nos affections : d'où l'on peut conclure que c'est la dernière et la plus criante de toutes les injustices de lui refuser notre amour. — 2°. Parce que Dieu a droit sur les affections de notre cœur, en qualité de créateur, qui nous a donné l'être, qui nous le conserve, et sans lequel nous ne pourrions subsister un seul moment. Sur quoi on peut rapporter les principaux bienfaits que nous avons reçus de sa bonté infinie, et dont il n'y en a aucun qui ne mérite tout notre amour. — 3°. Parce qu'il nous a aimés le premier : car il n'y a rien de plus juste que d'aimer ceux qui nous aiment, et c'est même le meilleur moyen de se faire aimer que de prévenir un autre. Or, quel a été l'amour de Dieu envers les hommes, et envers nous en particulier ?
2e. Point. — On peut considérer les avantages que nous recevons de notre amour envers Dieu. Quoique ce motif semble intéressé, cela même fait qu'il estl'un des plus puissants pour nous porter à l'aimer. — 1°. Le premier avantage donc que nous en recevons est que la charité fait tout notre mérite et notre grandeur devant Dieu ; c'est encore la mesure de l'estime qu'il fait de nous, de l'amour qu'il a pour nous ; et ensuite, c'est la source de tout notre bonheur sur la terre et dans le ciel : ce qui a fait dire à S. Bernard que la charité est la quantité de l'âme qui devient plus ou moins grande à proportion de cette charité. — 2°. C'est en ceb^que consiste notre perfection et notre sainteté : de sorte que, quelque talent et quelque avantage que nous ayons d'ailleurs, si nous n'avons plus encore de charité, nous n"en sommes pas plus saints. — 3°. La mesure de notre charité sur la terre sera la mesure de notre gloire dans le ciel. — Les preuves de toutes ces vérités sont aisées à trouver et à étendre, et la morale naturelle qu'on en doit tirer doit être affectueuse et pressante. — La conclusion sera que l'amour de Dieu doit faire notre première et principale occupation en cette vie, pour continuer cet heureux exercice durant toute l'éternité.
II. — Un autre plan de sermon, c'est de prendre: — 1°. Les plus puissants motifs que nous avons d'aimer Dieu; — 2°. La manière dont nous devons l'aimer. Ce qui peut faire les deux parties d'un juste discours.
lrf>. Partie. — Les motifs que nous avons d'aimer Dieu sont renfermés dans ces trois paroles de l'Evangile : « Diliges Dominum Deum luum. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. » Le bien qui est l'objet de l'amour peut se considérer en trois manières, qui fondent aussi trois sortes d'amours : car, si on l'envisage en lui-même, il s'appelle Perfection, et exige de nous un amour de justice que nous devons à tout ce qui est bon et parfait en soi. Si ce bien éclate et se produit au-dehors, en sorte qu'il plaise, qu'il charme et qu'il attire, alors il se nomme Beauté, qui n'est autre chose qu'un bien qui plaît, qui invite et qui force en quelque manière à se faire aimer. Si
enfin ce bien se communique et se répand au-dehors, il s'appelle Libéralité, qui vient d'une inclination bienfaisante, et qui demande un amour de reconnaissance de notre part. Or, comme Dieu est non-seulement Bon, mais le seul Bon, comme dit l'Évangile ; non-seulement le Bien, mais encore tout le Bien, comme il dit lui-même à Aloïse ; il est aussi l'objet de ces trois sortes d'amours, de Justice, d'Inclination, de Beconnaissance. Son être souverainement parfait mérite toutes nos affections : c'est la notion que nous nous formons de Dieu : Diliges Deum. Sa beauté est capable de s'assujettir tous les cœurs : car c'est par-là qu'il y établit son empire, comme dit le propbète : Specie luâ et pulchri Incline luâ, etc. C'est ce que nous pouvons entendre par ces paroles : Diliges Dominum. Enfin, ses bienfaits infinis méritent toute notre reconnaissance, puisque c'est par ce moyen qu'il est tout à nous: Deum tuum. Ces trois motifs, bien développés, ne peuvent manquer de nous exciter à l'amour de Dieu.
2°. Partie. — La manière dont nous devons aimer Dieu est comprise dans le commandement même que Dieu en a fait et dans ces paroles de l'Évangile: Diliges ex loto corde tuo, ex tolâ anima luâ, ex omni mente tuâ. Nous devons l'aimer de tout notre cœur : expliquer comment cela se doit entendre ; de même, ce que c'est que de l'aimer de tout notre esprit, et en apporter les raisons, qui se trouvent dans tous ceux qui ont traité ce sujet; et enfin, ce que c'est que de l'aimer de toute notre âme et de toutes nos forces : ce qui revient à cette pensée de S. Bernard, que la véritable mesure de notre amour envers Dieu est de l'aimer sans mesure.
III. — Voici un troisième plan, qui est — dérégler notre amour envers Dieu sur celui que lui-même a eu pour nous, et de donner par proportion les mêmes dimensions à notre charité que S. Paul donne à celle de Dieu, en ces termes: Ut possitis comprehendere, cum omnibus sanctis, quœ sit latiludo et longiludo, et sublimitas et profundum (Epbes. 3). — Ier. Point. Dieu nous a aimés de toute l'étendue de son cœur, puisqu'il nous a aimés du même amour dont il s'aime lui-même, et il demande toute la capacité du nôtre: Diliges ex tolo corde. C'est-à-dire qu'il ne veut point de partage ni de réserve : il demande notre cœur tout entier, en sorte qu'on n'aime rien que pour lui et par rapport à lui, etc. — 2e Point. La durée de son amour comprend toute l'éternité : In charilate perpétuel dilexi te (Jerem. 31), n nous a aimés dans toute l'éternité qui a précédé, et il continuera durant toute l'éternité qui suit : et il exige que notre âme, qui est immortelle, capable de le connaître et de l'aimer, l'aime toujours ; que son amour soit constant et éternel, parce que rien ne nous peut ravir la charité, si nous ne le voulons : Diliges ex lotà anima tuâ. — 3°. Point. La hauteur et la profondeur de son âme se prend de ce qu'étant ce qu'il est il a daigné jeter eux sur nous et nous aimer sans aucun mérite de notre côté: et il veut que notre amour s'élève au-dessus de tout ce qui est créé, pour
l'aimer préférablement atout. C'est ce qu'il faut entendre par ces paroles: Ex omni mente tuà ; un amour d'estime et de préférence.
IV. — Dieu est notre premier principe et il est notre dernière fin : Principiv/m et finis. C'est en ces deux qualités que nous devons aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toutes nos forces.
1er. Point. — Dieu est le premier principe de notre être, et en celte qualité nous lui appartenons. Il a droit sur toutes les affections de notre cœur, qui ne peut même rendre à Dieu tout ce qu'il lui doit. C'est ce que la nature même nous enseigne, ce que toutes les lois divines et humaines nous prescrivent : et comme, dans l'ordre de la charité, ceux qui nous ont donné l'être et la vie doivent être préférés, il est évident que Dieu doit tenir le premier rang dans notre cœur.
2e. Point. — Il est notre dernière fin : nous y devons tendre par un amour nécessaire; mais ce n'est que par un amour libre que nous y devons parvenir. Ainsi, jamais nous ne serons heureux qu'en aimant Dieu. Il faut ensuite s'étendre sur ce que Dieu a créé notre cœur pour lui et qu'il est sa fin, et que ce cœur est toujours dans le trouble s'il ne se repose en Dieu seul.
y. — s. Chrysostôme, sur le Ps. 21, dit qu'il y a trois choses qui ont coutume de gagner l'affection des hommes : savoir les perfections d'une personne, ses bienfaits, et l'amour qu'elle a pour nous. Or, nous pouvons montrer dans quel degré d'éminence ces trois choses se trouvent en Dieu. 1° Quelle force ses divines perfections doivent avoir sur notre cœur pour exciter notre amour ; 2°. Par combien de bienfaits, comme par autant de liens, il doit nous attacher à lui ; 3°. De quel amour il nous a prévenus pour mériter le nôtre.
VI, — Montrer comment on doit observer le précepte que Dieu nous a fait de l'aimer.
1°. Nous devons l'aimer d'un amour de plénitude, en observant toute la loi : Pleniludo legis dileclio (Rom. 13) ; parce que quiconque manque à un seul point détruit la charité. S'étendre à ce sujet sur les paroles du Sauveur, que celui qui l'aime est celui qui observe ses commandements.
2°. Il faut l'aimer d'un amour unique. Et quel est cet amour qui n'est dû qu'à lui seul? C'est que, comme il y a un culte qui lui est dû uniquement, il y a aussi comme un amour d'adoration et de désir, de recherche continuelle, que l'Être infini peut seul terminer. Expliquer quel est cet amour, qui n'est autre chose que ce tribut continuel de désir et d'attention que nous devons à notre fin dernière, et comme quoi toutes nos vues et nos actions doivent tendre de ce côté.
3° Nous devons l'aimer d'un amour de préférence, en sorte que la fidélité
que nous lui devons l'emporte sur les autres considéaations, quelles qu'elles puissent être. (Bourdaloue).
VII. — Deux raisons pourquoi nous n'aimons pas Dieu, quoique la nature et la grâce nous y portent. — La première est notre aveuglement: nous ne connaissons pas combien Dieu est aimable, ni la nature de l'amour que nous lui devons. Or , il faut porter la lumière à ces yeux aveugles, en leur faisant voir combien Dieu est aimable et comment nous devons l'aimer. — La seconde est la dureté et l'ingratitude de notre cœur, qui préfère les choses de ce monde à Dieu. Il faut tâcher d'amollir la dureté de ces cœurs par la pensée des bienfaits de Dieu et de l'amour qu'il nous a porté le premier.
VIII. — 1°. Le tort et l'injure que nous faisons à Dieu, de lui refuser notre cœur qui lui est dû par tous les titres imaginables, en tant qu'il est notre créateur, notre souverain, notre rédempteur, et celui qui par la possession de soi-même doit faire notre souverain bonheur. Nous violons tous ces droits à la fuis.
2°. L'e tort que nous nous faisons à nous-mêmes. Nous nous perdons sans ressource; nous ne pouvons être contents, même en cette vie, etc.
IX. — Le précepte d'aimer Dieu renferme deux principales obligations. — La première est d'aimer Dieu souverainement et par-dessus toutes choses, par un amour de préférence à tout le reste. — La seconde, d'aimer Dieu uniquement, c'est-à-dire de n'aimer aucune autre chose avec lui qu'on n'aime point pour l'amour de lui.
X. — 1°. Ce que c'est qu'aimer Dieu comme l'on doit, et en quoi consiste la charité que Dieu demande de nous et qu'il nous ordonne : Diliges ex tolo corde, etc. — 2°. Considérer l'équité etla justice de ce commandement, en rendant les raisons de cette obligation.
XI. — Comme tout amour se produit en nous ou par la connaissance du mérite de la personne que nous aimons , ou par la reconnaissance des bienfaits que nous en avons reeus, nous aimons ce qui est aimable, et nous aimons ce qui nous aime. C'est pourquoi, pour nous exciter à aimer Dieu, nous verrons, dans le 1er point, que celui qui demande notre amour est infiniment aimable, et, dans le second, qu'il nous aime infiniment.
XII. — Sur ce commandement d'aimer Dieu : — i°. Ce commandement es1 grand dans son étendue: il oblige généralement tous les hommes, et nul prétexte n'en peut dispenser. — 2°. Il est grand par rapport à sa durée : il embrasse tous les temps. — 3°. Grand par rapport aux avantages que nous en retirons.
XIII. — Pour aimer d'un amour parfait, — 1° Il faut un objet qui ramasse toutes les perfections imaginables : et cet objet ne peut être autre que Dieu. — 2°. Il faut un modèle qui nous montre la perfection de l'amour où nous devons tendre : et ce modèle est le même Dieu, dans l'amour qu'il nous a porté. — 3°. Il faut un savant maître qui nous dirige et qui nous conduise : et c'est le Fils de Dieu, qui nous dit : Diliges ex loto corde, etc.
XIV. — 1°. Rien n'égale la force de l'amour de Dieu, comme nous voyons dans les martyrs, dans tous ceux qui ont véritablement aimé Dieu. 2°. — Rien n'égale la douceur que cet amour fait ressentir à ceux qui aiment Dieu véritablement.
XV. — Ce que doit faire en nous l'amour de Dieu. — 1°. Il doit l'emporter sur toutes choses: biens, parents, amis, etc. — 2°. Il doit influer sur tout: car sans la charité nous ne sommes rien, et avec la charité nous avons tout, et tout est bien reçu de Dieu. — 3°. Il règle tout, et tout doit être réglé par l'amour de Dieu, etc.
Les Sources.
[SS. Pères]. — S. Augustin est celui, entre les Pères, qui en a le plus souvent parlé, dans une infinité d'endroit.-; de ses ouvrages. Il a un livre entier, Desubsl. dileclionis; et quoi qu'on ne croie point que ce livre soit de lui, il contient plusieurs choses remarquables. -C'est là, entre autres, qu'on peut voir la division de l'amour, pris en général, en amour déréglé, que l'auteur appelle cupidité, et en amour qui est dans l'ordre, qu'il appelle charité. — Dans le livre De conflictû vil/orum et virtulum, qu'on ne croit-pas non plus être de lui, il est parlé du combat des deux amours : de l'amour de Dieu et de l'amour du siècle. — Le même, au Serm. 54, De verbis Domini, parle des effets de l'amour de Dieu et de l'amour du monde. — Dans le livre De moribus Ecclesiœ, ch. 15, il explique au long comment la charité seule contient et renferme toutes les vertus. — Dans son Enchiridion, il montre comment la foi et l'espérance sont vaincs sans la charité, et comment tous les préceptes se réduisent à celui d'aimer Dieu. — Il a fait un traité De laudibus charilalis, où l'on trouvera tout ce qu'on peut dire à l'avantage de cette vertu. — Dans le livre des 50 Homil., 37, il traite de l'ordre que doit avoir la charité, comment elle croît et comment elle se perfectionne. — Au livre De caiechizandis rudibus 4, il montre comment nous devons
aimer celui qui nous a aimés le premier. — Au livre appelle Manuale, qui est d'un auteur inconnu, 24, il y a des sentiments très-pieux pour nous exciter à l'amour de Dieu. — Il en parle encore en plusieurs endroits, au livre xv De Tri ni tu le, 18: Sur les Ps. 34, 39, 53, 55, 66; dans son Traité 123 sur S. Jean; dans le chap. 4 du xe livre de la Cité de Dieu, et dans le livre iv, ch. 28; dans le livre De agone christiano; dans le Serm. 72 De lempore, et dans plusieurs autres endroits.
S. Basile, homil. 16, in Psalm. 114, parle de la force de la charité, et s'étend sur ces paroles de l'Apôtre : Quis nos separabil à charitate Christi, etc. — Le même, au liv. De Regulis fusiùs disput.; et au liv. De verâ virginitate.
S. Grégoire, 25 Moral., montre combien nous devons être enflammés en l'amour de Dieu. Le même, lib. 28, en expliquant ces paroles de Job : Quis conclusil osdis mare.
S. Jérôme, in Epist. 22 ad Eitstochiam, montre que la charité adoucit tous nos travaux et toutes nos peines.
Théodoret a un discours sur la Charité, où il dit de très-belles choses.
S. Ambroise, Oral. De fide resurreclionis.
Origène, Homil. 2, expos, in Cant., nous enseigne l'ordre qui doit être dans l'amour de Dieu. — Le même, Homil. 3, expos. 2. — Le même, sur TEpitre aux Romains, montre comment l'amour de Dieu rend le joug du Seigneur plus doux et plus léger.
S. Chrysostôme. Homil. 52 in Acta Apost., s'étend sur ce qu'il est glorieux de souffrir pour l'amour de Jésus- Christ. Le même, Homil. in EpisL ad Roman., prouve que rien ne peut nuire ni être contraire à un homme qui aime Dieu.
S. Bernard a fait un très-beau traité De diligendo Deo, où il traite cette matière à fond; mais, entre autres choses, il s'étend sur la multitude des bienfaits de Dieu , pour nous exciter à l'aimer. — Le même traite différentes choses qui regardent ce sujet : Sermons 1, 10, 28, 43, 52, 74, 79, sur les Cantiques.
Denys-le-Chartreux, 2e partie de ses Opuscules, liv. IV, qui est tout entier sur ce sujet.
Si l'on veut savoir les effets différents que l'amour opère dans les âmes, il faut lire les ouvrages qu'on attribue à S. Denys-l'Aréopagite, les œuvres de Ste Thérèse, et les auteurs mystiques, qui ont sur cette matière un langage particulier qu'un prédicateur ne doit employer qu'avec modération.
[Les Livres spirituels], — Didacus Stella, lib. De amore Dei. Bernardinus Rossignolus, De disciplina religiosâ, III, vi. Petrus Sanchez, De regno Dei.
•lacobus Alvarez, Tom. II, lib. III, cap. 5.
T. 1. lu
S. François de Sales en a fait un gros volume plein d'onction , et dans lequel il n'a rien laissé à dire sur ce sujet.
Louis de Grenade en a aussi fait deux amples traités, où il parle des excellences et des avantages de la charité, des vertus et des exercices par où on l'acquiert, et des motifs qui doivent l'exciter.
Le P. Saint- Jure a aussi fait un livre De la connaissance et de l'amour de Notre-Seigncur, où il parle, dans lalra et la 2e partie, des exercices de cet amour et de ses effets.
Boudon, au livre III9 du Chrétien inconnu.
Le P. Croiset dans le 2e tome de ses Retraites pour un jour de chaque mois.
Il y a encore une infinité de livres spirituels sur ce sujet : il serait bien difficile de les rapporter tous.
[Les Prédicateurs]. — Biroat, dans son Avenl, a un sermon sur l'insensibilité du monde condamnée par l'Incarnation, qu'il appelle un mystère d'amour, où il montre combien les hommes sont obligés d'aimer Dieu.
Le même, dans le sermon du 3e Dim. de Carême, parle du partage de notre cœur à l'égard de l'amour que nous devons à Dieu , et montre premièrement qu'il est impossible de diviser l'empire de Dieu sans le détruire et sans le désoler; secondement, qu'il est injuste de faire ce partage, puisqu'on ôte à Dieu ce qui lui appartient et qui lui est dû.
Parmi les Sermons de Grenade, il y en a un pour le 17e Dimanche après la Pentecôte , dans lequel il parle de la dignité et de l'excellence de l'amour de Dieu, en expliquant comment le commandement que Dieu nous fait de l'aimer est le plus grand et le premier commandement de la loi ; ensuite, comment nous devons aspirer à la perfection de ce divin amour.
Parmi le peu de sermons que nous avons du P. Coton, si fameux prédicateur, il y en a un sur ce sujet qui approche fort de la manière de prêcher de ce temps.
Il y en a aussi un très-beau et très-solide parmi ceux qui sont imprimés sous le nom du P. Bourdaloue ; un dans les Sermons moraux, dont nous avons déjà rapporté le plan et le dessein.
Le P. de la Colombière; — l'auteur des Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne; — Lambert dans l'homélie sur le 12e Dim. ap. la Pentec; — le P.Duneau, le P. Texier, De la Volpillière, et une infinité d'autres, en ont fait des discours ; il n'y a presque point de sermonnaire qui n'ait un discours sur ce sujet.
[Recueils], — On trouvera aussi un grand nombre d'auteurs qui ont recueilli les passages de l'Ecriture et des Pères sur l'Amour de Dieu. Voici ceux qui m'ont semblé en avoir ramassé de plus choisis. — Les Lieux communs de Grenade. Le Viridarium de Busée. Lhoner, auteur allemand. Outre
les passages des Pères, on a recueilli une infinité ds choses sur cette matière; il n'y a qu'à en faire le choix.
La Vega dans le li^re De virtutibus et vitiis. — Dandinus dans un livre qui a pour titre Elhica Sacra. Comme cet auteur est fort judicieux, il n'a rien que de bon sur cette matière.
Le P. Nepveu, dans ses Réflexions chrétiennes, tome Ier, fait plusieurs réflexions sur le commandement d'aimer Dieu.
Dans le tome IIe, il parle de la multitude des bienfaits de Dieu, et de l'amour de reconnaissance que nous lui devons rendre. Un peu plus loin, il parle de l'étendue du commandement de l'amour de Dieu. Dans le IVe tome, de ce que fait en nous cet amour et du partage de notre cœur.
Passages, exemples et applications de PÉcriture-Sainte.
Diliges Domimim Deuu tuum ex ioto corde tuo, et ex totâ anima tua, et ex totâ fortitudine tua. Deuter. vr, 5.
Hoc tantùm diligentissimè prœcavete, ut diligatis Dominum Delm vesirum.
Josue. xxin, il.
Diligam te, Domine, fortitudo mea :
Dominus firmamentum meum et refugium meum. Ps. xvn.
Cttstodit Dominus omnes diligentes se.