PREFACE. XIII
les sujets les plus naturels et qui se présentent d'abord à l'esprit en suivant l'ordre de l'alphabet , et d'un autre côté faire en sorte , autant qu'il se pourrait, que tous les tomes fussent égaux. Or, pour garder cette juste proportion, on voit assez qu'il a fallu bien rêver pour arranger tellement tous ces titres que chacun fût justement placé au lieu où il doit être. Que si l'on ne l'y trouve pas assez promptement, il faudra avoir recours à la table, qui renverra au titre principal, où ce que l'on cherche sera amplement traité.
Voilà ce qui regarde le projet et l'ordre de cet ouvrage. Mais, autant il est aisé de concevoir l'usage que les prédicateurs en peuvent faire et l'utilité qu'ils en pourront retirer, autant est-il malaisé de contenter les goûts de tout le monde, et de satisfaire aux difficultés, et même aux inconvénients imaginaires, qu'on m'a représentés pour me détourner de le rendre public. « A quoi bon, m'ont dit quelques-uns, et même fort sérieusement, à quoi bon rendre la prédication si commune, en la rendant plus facile? Combien de jeunes gens sans science, sans acquit, sans autre talent qu'un peu de mémoire et beaucoup de hardiesse, avec ce secours monteront en chaire, s'ingéreront dans un ministère qui demande tant de capacité, et qui coûte aux autres tant de préparation? Ils disputeront même aux plus habiles le titre de Prédicateurs : car le peuple, qui fait d'ordinaire le gros d'un auditoire, peut-il juger si un orateur de trois jours a tiré de son fond ce qu'il dit? Avec un peu d'esprit, ne peut-on pas joindre si bien les morceaux détachés, qu'on imposera même aux gens du métier, et aux autres qui, contents des bonnes choses qu'ils entendent, ne s'inquiètent guère si ce sont des pièces rapportées? on aurait même de la peine à le reconnaître quand elles sont liées avec artifice. x\près tout, n'est-ce pas fomenter la paresse de bien des gens, qui, dans l'impatience de se produire et de vouloir enseigner les autres avant que d'avoir appris, s'érigeront tout d'un coup en docteurs, en théologiens et en maîtres d'une science où ils ne sont qu'à peine disciples? N'est-ce pas, enfin, donner le moyen à mille jeunes ecclésiastiques de mener une vie oisive, et avec cela de se faire dans le monde la réputation de gens d'esprit et d'une capacité au-dessus de leur âge?» — Certes, si cette objection a quelque apparence de vérité, ou môme de bon sens, il faut faire le procès à ceux qui ont facilité l'usage de tous les arts, et leur reprocher que, au lieu d'avoir rendu un signalé service au public, ils lui ont été pernicieux, d'avoir épargné aux autres, qui ont profité de leurs travaux et de leurs lumières, la peine et l'ennui d'un long apprentissage. Il faudra conclure que de commencer de bonne heure l'exercice d'un emploi difficile n'est pas un bon moyen de s'y perfection-