‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 63 sur 75 · PARDON DES INJURES · texte numérisé non relu

PARDON DES INJURES

AVERTISSEMENT

Quoique le commandement que Dieu a fait aux hommes d' aimer leurs ennemis soit compris sous le précepte général de la charité qui oblige d'aimer le prochain, cependant l'étendue de la matière engage ordinairement les prédicateurs à traiter séparément ces deux sujets, dont l'un suppose l'autre, ou plutôt dont l'un enchérit sur l'autre et le porte jusqu'à sa plus haute perfection. En quoi ils suivent le dessein du Fils de Dieu même, qui, pour ôter aux chrétiens tout prétexte de se dispenser d'aimer leur prochain, a spécifié en particulier leurs ennemis: Ego autem dico vobis : Diligite inirnicos vestros (Matth. v.)

Ce commandement toutefois, que nous considérons séparément, en tant qu'il fait une partie de celui de la charité, a encore deux principaux membres, que nous confond rons ici à cause de l'étroite liaison qu'ils ont ensemble : savoir, de pardonner les injures et d'aimer nos ennemis : car nous ne tenons pour ennemis que ceux qui nous ont offensés et de qui nous avons reçu quelque injure ; cl, quand nous nous accorderions plus facilement à leur pardonner, toujours aurions-nous une nouvelle difficulté à les aimer de la manière que le Fils de Dieu nous prescrit. Il faut donc nécessairement, pour traiter ce sujet, quelque dessein que l'on se trace, embrasser ces deux choses ensemble, comme peut en genevoise dispenser de parler d'un effet quand on doit traiter de sa cause, ni, réciproquement, parler de la cause, surtout dans les choses morales, sans expliquer la nature del' effet: ce qui n'empêche pas qu'on ne puisse toujours faire quelque précision entre l'un et l'autre. Or, quoique ce soient deux parties d'un même précepte, il y a pourtant différents degrés de perfection à considérer: car il y a des devoirs qui sont absolument commandés, et d'autres qui ne sont que de conseil, et il faut examiner jusqu'où va l'obligation qu'ils nous imposent. Je rapporterai sur tout cela ce que j'ai pu ramasser de plus fort et de plus précis, afin de donner une bonne forme à l'une des plus importantes matières de toute la morale chrétienne, et qu'on ne peut assez rebattre ni inculquer dans les chaires.

§ Ier-

Desseins et Plans.

I. — Prendre pour sujet et pour division deux choses qui sont nécessaires pour faire une parfaite et véritable réconciliation: — La première est de pardonner les injures qu'on a reçues, et d'aimer de cœur ceux qui nous ont fait quelque sensible déplaisir ou qui sont disposés à nous en faire par la haine qu'ils ont conçue contre nous, et. qui sont proprement nos ennemis. — La seconde, de nous réconcilier extérieurement avec ceux avec lesquels nous avons rompu et que nous ne voulons plus voir. L'une nous fera remarquer comment Dieu défend la haine du cœur au-dedans,et l'autre comment il nous ordonne de donner des marques de notre affection au-dehors. — De ceux qui font mine de vouloir pardonner, les uns se persuadent que c'est assez de ne point témoigner de haine à leurs frères, pendant qu'ils conservent une ini mitié mortelle dans le cœur; les autres que c'est assez de pardonner intérieurement, sans se mettre en peine de se réconcilier extérieurement, après une rupture éclatante qui a causé du scandale: — Double erreur qu'il faudra combattre dans les deux parties de ce discours.

1°. Il faut montrer qu'il n'y a rien de plus ordinaire que de cacher une haine secrète sous de belles apparences et sous des démonstrations extérieures de bienveillance. Car ce n'est pas seulement à la cour que l'on use de dissimulation et que l'on fait bon visage à ceux que l'on voudrait détruire, c'est dans toutes sortes de conditions, où l'on porte une haine mortelle, les uns à leurs voisins, les autres à leurs proches, ceux-ci à leurs compétiteurs et à leurs concurrents, ceux-là à des gens avec qui ils n'ont point d'autre sujet de division que l'antipathie. N'en avons-nous point quelqu'une semblable ? Il faut absolument l'arracher du cœur pour faire une véritable réconciliation. — Apporter les raisons qui prouvent cette nécessité: exposer le commandement formel et précis du Sauveur, quinenous ordonne pas seulement de ne point haïr, mais d'aimer nos ennemis : Diligile inimicos vestros ; faire voir ensuite combien ce commandement est parfait, et va plus loin que la modération des philosophes, que les règles de la politique et celles de la bienséance. La charité va jusqu'à la source et coupe jusqu'à la racine du mal. Il faut nous réconcilier avec le prochain comme Dieu se réconcilie avec nous: il oublie les injures, il n'en conserve aucun ressentiment, et nous fait le même accueil que si nous ne lui avions fait aucun outrage. Faire voir que, sans cela, on en viendrait à la vengeance à la première occasion; comme ce précepte est juste, et que, sans lui, nous serions sans cesse troublés par la haine et l'envie que nous porterions à notre prochain, etc.

2°. Il n'est pas moins constant qu'il faut se réconcilier entièrement; et, quoique ce ne soit pas une chose qui puisse être contestée, il faut détruire les prétextes qu'on apporte pour s'en dispenser : tels que sont ceux-ci, qu'on n'est pas l'agresseur, que ce n'est pas à nous à faire les premières démarches, que notre ennemi s'en prévaudra, qu'on le recevra bien s'il vient nous trouver ; et tous les autres qui sont connus, et qu'on a coutume de faire valoir.

II. — En sacrifiant à Dieu nos ressentiments et en renonçant à la vengeance, on fait à Dieu l'un des plus grands et des plus agréables sacrifices que l'on puisse faire, et qui a du rapport aux sacrifices qui étaient en usage dans l'ancienne loi.

Le premier était l'holocauste, où toute la victime devait être entièrement consumée. C'est ce qui se fait dans le sacrifice que l'on offre à Dieu de sa vengeance. Qu'on nous ait ravi l'honneur, les biens, notre réputation, et qu'on nous ait mis en état de perdre bientôt la vie même, dès que nous sommes dans la disposition de cœur de tout pardonner et de n'en tirer jamais aucune vengeance, il ne nous reste plus rien à offrir à Dieu: c'est un sacrifice entier, il ne reste plus rien de la victime.

Le second était un sacrifice de propitiation, appelé communément sacrifice pour le péché : Sacrificium pro peccato. Celui qu'on fait de sa vengeance peut justement être appelé de ce nom, puisque, sans accorder à nos ennemis le pardon des injures que nous en avons reçues, nous n'obtiendrons jamais nous-même de Dieu le pardon de nos crimes, et que, tout au contraire, en pardonnant de cœur il n'y en a point de si grands et en si grand nombre dont nous ne devions espérer la rémission. (Cela sans doute ouvre un beau champ à l'orateur) .

Le troisième était un sacrifice qu'on appelle un sacrifice d'honneur: Sacrificivm in honorem: non pas que tout vrai sacrifice n'ait toujours été essentiellement destiné à honorer Dieu, mais parce qu'on veut bien distinguer par-là du sacrifice de propitiation tout le reste des sacrifices différents de l'holocauste, dans lesquels une partie de la victime était réservée pour l'usage soit des ministres du sacrifice, soit des personnes au nom desquelles il était offert. Or, quoiqu'il soit vrai qu'en pardonnant les injures et en aimant ceux dont on les a reçues on fasse au Seigneur le «arrilicc le plus entier qu'on lui puisse faire, singulièrement de ce qui fait le plus de peine en cette manière, qui est, comme on sait, ce qui s'appelle le point d'honneur, cela n'empêche pas néanmoins que le fidèle qui fait les irais de cette offrande généreuse n'ait sa part, que Dieu lui réserve, de cet honneur même qu'il immole avec une affection si pleine; ou plutôt qu'il ne recueille de son action un autre honneur infiniment plus doux et plus noble, qui lui naît, pour ainsi dire, des cendres du premier. Ainsi, oe pardon, cet amour, est infiniment honorable à Dieu et à l'homme: — à Diku, par les raisons qu'on a pu assez voir déjà dans la lro partie,

puisqu'on ne reconnaît jamais mieux sa suprême grandeur et sa souveraine autorité qu'en lui obéissant dans un point si difficile , — à l'homme, puisque jamais nous ne pouvons rien faire ni de plus grand ni de plus héroïque, et par conséquent acquérir nous-mêmes plus d'honneur, et devant Dieu et au jugement même des plus sages : et qu'ainsi nous pouvons encore bien dire à tout vrai fidèle qui se surmonte si généreusement ce que I'Esprit-Saint dit dans l'Écriture des observateurs exacts de la loi qui venaient, dans des temps réglés, présenter par les mains des prêtres leurs sacrifices dans le temple: El epv.laberis in omnibus quœ Dominus Deus tum dederit tibi.

III. — Par le précepte du pardon des injures et de l'amour de nos ennemis, Dieu nous demande et exige de nous des choses grandes et difficiles : mais, en nous y soumettant, il nous en accorde d'autres infiniment plus grandes et qui nous sont plus avantageuses. Ce peut être le partage d'un discours, qui renfermera ce qu'il y a de plus considérable sur cette matière.

lre. Partie. — 1°. Il nous demande un pardon sincère de toutes les injures qu'on nous a faites : et il n'est pas difficile de faire voir la répugnance naturelle que nous y avons, et la peine que nous ressentons à nous vaincre en ce point. — 2°. Un amour sincère envers nos ennemis : toutes nos passions se révoltent contre ce commandement. — 3°. De faire du bien à ceux qui nous veulent et qui nous font du mal. Voilà qui est grand : grandes victoires, grandes actions.

2e. Partie. — Ce qu'il nous promet et ce qu'il nous accorde en échange; — 1°. Le pardon de toutes nos offenses; — 2°. Son amitié, avec l'adoption divine; — 3". Des récompenses et des couronnes éternelles.

IV. — Quelque difficile que soit la loi portée par le Fils de Dieu de pardonner les injures et d'aimer nos ennemis, les motifs qui nous engagent à l'observer sont puissants, et doivent l'emporter sur toutes les considérations que la nature, la coutume et les lois du monde, contraires à celles de l'Evangile, y peuvent opposer.

Le premier et le plus puisant de ces motifs, c'est l'autorité souveraine de celui qui nous impose cette loi; le droit qu'il a de nous l'imposer; ce que nous lui devons ; le pouvoir qu'il a de se faire obéir ; les menaces dont il use si nous lui désobéissons, etc.

Le second est l'intérêt qu'il prend dans no- inimitiés: c'est-à-dire que, comme le bien et le mal que nous faisons à notre prochain il le tient fait à lui-même, nos haines, nos vengeances et tous les outrages que nous faisons à nos ennemis s'adressent aussi à lui, et c'est lui-même que nous persécutons et que nous traitons d'ennemi. Il faut bien étendre et développer ce principe, qui est fondé sur les paroles de celui qui est la vérité même.

Le troisième, le tort que nous nous faisons à nous-mêmes en refusant de remettre une petite dette à notre prochain : persuadés, comme nous devons être, que Dieu sans cela n'usera point de miséricorde à notre égard, et ne nous remettra jamais les dettes immenses que nous avons contractées, c'est-à-dire les péchés que nous avons commis.

V. — Dans le commandement que le Fils de Dieu nous fait de pardonner tes injures, nous devons considérer cet adorable législateur comme notre souverain, comme notre père et comme notre modèle : car ce sont les qualités qu'il prend lui-même en nous intimant ce précepte.

1°. Comme souverain, il demande notre soumission dans une chose juste, où il y va de l'intérêt public et du nôtre en particulier, et qui est même nécessaire pour le bon ordre des Etats.

2°. Comme père, il veut que nous lui ressemblions dans la seule chose en quoi nous pouvons avoir quelque ressemblance avec lui : savoir, dans sa miséricorde : Ut sitis filii Patris vestri; et, comme porte un autre endroit de l'Évangile, Ut sitis similes.

3°. Comme modèle, il nous donne de grands exemples de pardonner, et nous engage à les suivre.

VI. — Pour observer ce précepte de la manière que le Fils de Dieu nous l'ordonne, on a à vaincre deux sortes de choses, dont on peut faire le partage d'un discours.

La première, les passions les plus fortes et les plus difficiles à dompter : la colère qui semble quelquefois la plus juste; la haine, avec ses ressentiments; le désir de la vengeance qui nous est naturel.

La seconde, les prétextes les plus spécieux et qui nous paraissent les plus raisonnables. On sait assez quels ils sont.

VII. — Trois sortes de personnes refusent de se soumettre à cette loi portée par le Fils de Dieu, qui a voulu que l'observation en fût indispensable.

Les premiers disent : Nous ne le pouvons pas. A ceux-là il faut montrer que ce commandement n'est point impossible, comme l'ont cru quelques païens et quelques hérétiques, et que, quelque difficile qu'il soit, Dieu nous donne la force de l'observer.

Les seconds disent : Nous ne le devons pas; et opposent la raison, la coutume, les maximes du monde, leur honneur, la bienséance de leur état et les lois de lour condition. Et à ceux-là il faut faire voir combien cette obligation est étroite dans le christianisme, combien cette loi est juste, etc.

Les troisièmes disent: Nous ne le voulons pas. Ce sont des personnes endurcies et vendues à l'iniquité, dont il faut s'efforcer de vaincre l'obstination par l'exemple, les promesses et les menaces du Fils de Dieu.

VIII. — Dieu fait éclater sa miséricorde et sa justice dans le commandement qu'il fait aux hommes d'aimer leurs ennemis et de pardonner les injures.

1°. Sa miséricorde et sa bonté y paraissent, en ce que, pouvant nous obliger par sa seule autorité à accomplir cette loi sainte, il nous y iuvite par l'assurance d'obtenir nous-mêmes le pardon de nos crimes, de rentrer dans son amitié, par la promesse qu'il nous fait de nous regarder comme ses enfants et de nous réserver l'héritage du ciel. Et ainsi, au lieu qu'on regarde communément cette loi comme la plus rigoureuse qui soit dans le christianisme, il faut au contraire, lorsqu'on l'examine, louer et admirer la miséricorde de celui qui nous fait acquérir et mériter de si grands avantages à si peu de frais.

2°. Sa justice n'éclate pas moins dans cette même loi, puisqu'il exerce dès cette vie une si terrible vengeance sur ceux qui refuseront d'obéir. Car il punit les vindicatifs des mêmes peines dont use l'Église envers ses enfants rebelles, qu'elle retranche de son sein et qu'elle excommunie ; il les exclut du sacrifice de l'autel, de la participation des prières, et ne les met plus au nombre de ses enfants; il leur ôte toute espérance du pardon, s'ils ne commencent par pardonner eux-mêmes à leurs ennemis.

IX. — On peut s'arrêter au seul précepte qui nous oblige d'aimer nos ennemis et de leur pardonner, et faire voir :

1°. Combien est grande et indispensable l'obligation d'aimer nos ennemis, et de leur pardonner ; sur quoi elle est fondée, etc.

2°. La manière dont Dieu veut que nous les aimions et que nous leur pardonnions, prise sur le modèle de la douceur avec laquelle il nous reçoit et nous donne des marques de son amitié quand nous implorons sa miséricorde.

X. — Ces deux propositions peuvent servir de sujet d'un discours. Première proposition: Dieu est un sévère vengeur à l'égard de ceux qui

se vengent.

Seconde : C'est un Dieu de miséricorde à l'égard de ceux qui pardonnent. — Et ainsi, il se montre tel envers nous que nous nous montrons envers nos frères qui nous ont offensés.

XL — Voici deux autres propositions qui ont du rapport aux précédentes :

La première : que, pour pardonner à nos ennemis, nous devons nous régler sur le pardon que Dieu nous a accorde pour les crimes que nous avons commis contre sa divine Majesté. Il nous a pardonné de grands péchés; il nous a pardonné une infinité de fois, ce qui est figuré par les dix mille talents que le père de famillo remit à ce mauvais serviteur ; enfin

il nous a pardonné, quelque indignes que nous fussions de sa miséricorde. Voilà la règle et le modèle que nous devons suivre.

La seconde : que, pour les péchés que nous pourrons commettre à l'avenir, Dieu se réglera lui-même sur le pardon que nous aurons accordé ou refusé à ceux qui nous auront offensés.

XII. — Sur ces paroles de l'Écriture : Mïhi vindicta, et ego retribaam ; on peut demander ce que Dieu rendra et ce qu'il promet de rendre, et ensuite répondre et déclarer de sa part :

1°. A ceux qui se vengent ou qui ont formé le dessein de se venger, qu'il leur rendra vengeance pour vengeance, mais une vengeance infiniment plus terrible. Il faut expliquer quelle sera cette vengeance.

A. ceux qui nous auront offensés , qu'il s'engage de nous rendre justice, pourvu seulement que nous le laissions faire et que nous n'entreprenions point sur ses droits en nous faisant justice nous-mêmes.

3°. A ceux qui pardonneront et qui étoufferont tous les sentiments de vengeance, qu'il leur fera miséricorde et qu'il leur donnera une récompense éternelle.

XIII. — Les deux lois particulières qui sont renfermées dans le même précepte, savoir celle de pardonner les injures et celle d'aimer nos ennemis, donnent lieu à développer deux belles vérités.

La première : que de remettre les injures et de pardonnner à ceux qui nous ont offensés, c'est rendre à Dieu la plus grande marque de soumission et le plus grand hommage qu'on puise lui rendre.

La seconde : que d'aimer sincèrement ses ennemis, nonobstant les outrages qu'on en a reçus et les raisons naturelles qu'on aurait de les haïr, c'est s'élever à la plus haute perfection où un chrétien puisse atteindre.

XIV. — Pour montrer la grandeur du crime que l'on commet dans la vengeance, on peut prouver solidement ces deux propesitions, qui donneront lieu de dire sur cette matière ce qu'il y a de plus capable de faire impression.

La première : que celui qui se venge commet un plus grand péché que celui qui a offensé le premier son frère. Il n'y aura qu'à en rapporter les raisons que le P. Lingendes a touchées dans le sermon sur l'amour des ennemis.

La seconde : que son péché est plus difficile à pardonner et plus grièvement puni.

XV. — Les conditions que doit avoir le pardon qu'on accorde à ses ennemis. On les peut rapporter particulièrement à trois:

^a première. Ce pardon doit être sincère, comme le doit être l'amour

que nous devons à notre prochain. Sur quoi l'on peut rapporter les illusions où sont la plupart des chrétiens , qui croient pardonner et qui ne pardonnent pas. (Joly les a recueillies dans le prône pour le 22e tlim. ap. la Pentecôte).

La seconde. Ce pardon doit être universel, à l'égard de tout le monde, dans toutes les occasions et pour toutes sortes d'injures.

La troisième. Il doit être prompt, et non pas différé longtemps ; car, si vous devez l'accorder un jour, pourquoi pas maintenant? (Le P. de Lingendes, 1er sermon sur l'amour des ennemis.)

XVI. — H y a deux lois portées par deux différents législateurs , touchant la vengeance et la manière dont il faut se comporter envers les ennemis.

La première est celle du monde : qu'il ne faut supporter aucune injure , mais se venger de tous ceux qui nous offensent. Montrer combien cette maxime est injurieuse à Dieu, pernicieuse à la société humaine, et injuste à l'égard de chaque particulier.

La seconde est celle du Fils de Dieu, qui nous ordonne de pardonner les injures et d'aimer nos ennemis. Faire voir la nécessité et la justice de cette loi; que, sans cela, les villes et les Etats ne pourraient se maintenir, et tout le christianisme serait renversé. (Le même, Serm. 4).

XVII. — Le Fils de Dieu est notre maître, notre modèle et notre

juge.

1°. Comme Maître, il s'est servi de toute son autorité pour nous commander une chose aussi difficile que l'est le pardon des injures.

2°. Comme Modèle, il nous en a donné les plus beaux et les plus héroïques exemples.

3°. Comme Juge, il nous promet les plus grandes récompenses si nous observons cette loi, et nous fait les plus terribles menaces si nous refusons de lui obéir. (Joly, XX* Dim. ap. la Pentec.)

XVIII. — 1°. Il n'y a rien de plus difficile, en un sens, que d'aimer ses ennemis.

2°. U n'y a rien de plus doux , de plus consolant , à quoi nous devions nous soumettre de plus grand cœur.

XIX. — Dieu, pour nous obliger à aimer nos ennemis, emploie trois voix, qui se font entendre à tous les hommes.

La première est une voix d'autorité, par laquelle il nous commande de pardonner.

La seconde, une voix d'amour, en nous apportant, pour motif de ce pardon, l'amour qu'il a eu pour nous, et qui mérite bien qu'on lui accorde cette demande.

La troisième, une voix de menace et de promesse, en nous promettant le pardon de nos offenses si nous pardonnons nous-mêmes, et nous menaçant des plus grands châtiments si nous refusons ce pardon. (Biroat, Carême).

XX. — Opposer les lois de l'Évangile à celles du monde sur le sujet de la vengeance.

1°. Le monde conçoit le désir de la vengeance avec facilité, pour la moindre injure et presque pour rien. Il l'exécute avec violence, en s'exposant à tout et ne ménageant rien. Il le nourrit et le conserve avec obstination.

2° Le Fils de Dieu, dans l'Évangile, nous fait trois préceptes tout contraires : — Il ne veut pas qu'on se ressente des injures, mais qu'on supprime aussitôt son ressentiment. Il défend absolument qu'on se venge des injures qu'on a reçues. Il ne veut pas qu'on en conserve même le souvenir. (Le même, Avent).

XXI. — On se dispense de pardonner, ou sur ce que la loi est injuste, ou sur ce qu'elle est trop difficile, ou sur ce qu'on en restreint l'obligation à certains devoirs dont on se contente : or, on peut faire voir :

1°. La justice de cette loi : qu'elle est juste autant que la vengeance est injuste : et cela, à l'égard de Dieu, à l'égard du prochain, à l'égard du magistrat et à l'égard de celui-là même qui se venge.

2°. La facilité dans le fond, quand on pèse bien toutes choses, de l'obser vation de cette loi : qu'il n'en est pas de plus commode. Montrer les peines et les dangers qu'il y a de tirer vengeance , et les autres motifs capables d'adoucir la rigueur d'un précepte de foi si favorable à tous, mais qui ne présente d'abord, lorsqu'on l'envisage, rien qui ne soit dur pour un esprit vindicatif.

3°. L'étendue de cette loi, qui n'excepte aucune injure que nous ne devions pardonner, etc. (Le P. Cheminais).

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