‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 9 sur 75 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

qui ont recueilli les pensées et les passages des mêmes SS. Pères, sur quelque sujet que ce soit, comme Grenade, Busée, Peraldus, Joannes Lopez, Dandinus, et tant d'autres, aient eu cette délicatesse? Ils ont cité les auteurs sans avoir égard au temps, de quoi il n'est point question, ni au rang qu'ils tiennent, ni à ceux dont l'autorité est de plus grand poids dans l'Église. Ils ont cité, comme j'ai fait, les auteurs, les passages, les faits, à mesure qu'ils se sont présentés ou qu'ils les ont lus dans leur source, et ont borné toute leur exactitude à ne rien mettre ni citer dans leurs écrits qui ne fût propre à leur sujet. — Je me suis abstenu de faire connaître les auteurs par leur profession, sans les désigner autrement que par leur nom et par leurs écrits, de peur qu'en répétant souvent de tel ordre ou de telle profession on n'en fît comparaison, et qu'on ne s'imaginât que j'aurais voulu marquer par-là qu'en matière de sermons il y aurait eu plus d'habiles écrivains dans un ordre que dans les autres : au lieu que, n'indiquant les principaux que par leur nom ou par le titre de leurs ouvrages, j'ai cru que j'éloignerais toute pensée de partialité, dont je n'ai jamais été capable. — 2° J'ai cité plusieurs livres inconnus, et même quelques-uns qui n'ont pas été favorablement reçus du public : au lieu, dira-t-on que je ne devais rapporter que ceux du premier ordre dans leur genre, ou du moins ceux qui sont les plus estimés. J'aurais sans doute, par-là, beaucoup abrégé mon ouvrage ; mais je n'aurais pas fait un grand amas de matériaux, qui a été mon principal but : outre qu'il y a peu de livres de piété où l'on ne trouve quelque chose de remarquable et d'utile pour mon dessein. Pourquoi donc, sans blâmer ce qu'on y trouve à reprendre, ne se pas servir de ce qu'ils ont de bon? — 3° J'ai encore cité des livres anonymes et des manuscrits dont j'ignore les auteurs, ou qui ne m'ont pas permis de les faire connaître, parce que je n'ai eu en vue que de faciliter le ministère de la prédication, sans envisager la gloire de ceux qui y ont contribué par les matériaux qu'ils m'ont fournis. Pour ceux qui n'ont pas jugé à propos de mettre leur nom à leurs écrits, comme cependant ils ont eux-mêmes jugé qu'ils pourraient être utiles au public, c'est assez pour me donner droit de m'en servir. < — 4° J'avoue pourtant que j'ai supprimé à dessein le nom de quelques-uns, dont les ouvrages, étant décriés, n'auraient servi qu'à décrier le mien. Que si l'on m'objecte, par la même raison, que je ne devais pas en extraire des endroits qui pourraient faire naître l'envie de les connaître et de les lire, avec danger de passer de l'estime des auteuis à l'estime de leur doctrine : qui peut trouver mauvais que j'aie tâché d'orner le tabernacle des dépouilles de l'Egypte? et, pour précaution contre le danger d'être infecté de leurs erreurs, n'en est-ce pas une assez bonne que de les

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laisser inconnus ? Si je n'ai pas usé de la même réserve à l'égard de quelques-uns, suspects d'erreur et de nouveauté, j'ai cru que, n'étant ni censurés ni défendus, et d'ailleurs étant entre les mains de presque tous les prédicateurs, ce serait ôter l'occasion de prendre ce qu'ils ont de mauvais que d'épargner la peine de les lire, et donner la satisfaction à ceux qui liront ce recueil de ne trouver rien que d'orthodoxe dans les extraits qu'on leur présente. — 5° Ne peut-on point du moins m'accuser d'injustice dans le choix que j'ai fait des livres spirituels et de quelques autres, qui ont traité les sujets dont je parle ; d'en avoir omis plusieurs qui ne cèdent peut-être point en mérite à ceux qui sont cités avec éloge, et qui auraient fourni d'aussi bonnes choses pour remplir les discours? Que puis-je répondre à ce reproche, sinon que le nombre de ces sortes de livres, dont il paraît tous les jours quelqu'un de nouveau, étant infini, il m'a été impossible de les rapporter tous, et que je me suis borné à ceux que j'ai pu trouver et qui sont venus à ma connaissance, et que je me suis particulièrement attaché aux traités spéciaux sur chaque matière, parce que ce sont ceux qui en ont parlé plus amplement et plus à fond, qui ont examiné et recueilli ce que d'autres n'ont dit qu'en passant et par occasion. Je ne me suis guère servi que de ceux qui ont écrit en notre langue : car, comme c'est pour prêcher à notre manière que cet ouvrage est composé, et que j'y ai trouvé assez de matière pour suffire à plusieurs discours, je n'ai pas eu besoin d'en emprunter des auteurs qui ont écrit dans une langue étrangère. Mais peut-être ne serait-ce pas une idée à négliger, que quelque habile homme voulût travailler, sur le même plan, pour fournir aux prédicateurs de sa nation de semblables matériaux, tirés de ceux qui ont écrit en leur propre langue. J'ai même appris que la manière de prêcher de France ne déplaît pas aux étrangers, et que plusieurs commencent à s'en accommoder, et apprennent notre langue pour ce dessein.

Sur ce que nous avons recueilli des SS. Pères dans le IVe paragraphe, si l'on trouve à redire que l'on n'ait pas rapporté plus au long les endroits des traités, sermons et homélies dont les passages qu'on cite ont été tirés, comme ont fait tant d'auteurs qui ont rempli les marges de leurs livres de longues citations, quelquefois même insérées au mlieu du texte en différant caractère : cela serait bon s'il s'agissait de quelque point de doctrine ou de controverse, où l'on juge de la pensée d'un auteur par ce qui précède et par ce qui suit le passage qu'on allègue ; mais cela serait inutile aux prédicateurs, qui n'ont besoin que de passages fort courts, qui aient quelque chose de vif et de singulier dans le sens et dans l'expression, soit pour autoriser ce qu'ils disent, soit pour servir d'ornement à leurs discours ; outre que cela eût

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