VIII. — La mauvaise coutume, selon S. Ambroise, est
1°. Un sujet d'aveuglement pour les pécheurs, qui ne croient pas mal faire en s'y conformant.
2°. Un sujet de confusion pour l'Eglise, qui voit ses enfants dans le vice et dans le désordre, et qui, après avoir changé et converti le monde, le voit retomber dans son premier état.
3°. Un sujet de tentation aux âmes justes, qui sont plus fortement sollicitées de se ranger du parti le plus fort et le plus nombreux.
IX. — -1°. Faire ce que fait une populace déréglée et suivre les mauvaises coutumes, c'est une grande faiblesse d'esprit, ou, pour mieux dire, une véritable folie : vous le verrez dans le premier point.
2° Suivre ces mauvaises coutumes et se conformer à une multitude qui est dans le dérèglement, c'est encore une plus grande corruption de cœur, puisque c'est chercher l'impunité de ses crimes dans la multitude des coupables, et par-là s'y associer ; applaudir à plus de mal qu'on n'en ferait seul: se réjouir de ce que le vice est si suivi; triompher d'avoir ce prétexte pour éviter les reproches de sa conscience, et par-là tous les jours
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devenir pis : oaf, où il n'.v a plus de remord i, le sœur e I tout-à-faft eor« rompu,
X. — 1°, Le mal qu'il y a d'introduire une mauvaise coutume, puisqu'on se rend coupable d<- tous les désordres que comttettenl ceux qui la suivent.
2°. L'intérêt qu'on a de i'j oppoier prompte nt, de crainte que, dans
la suite, le mal ne devienne irrémédiable. — Intérêt de charité^ ai <>u u'«n est pas autrement chargé ; — [ntérél de justice, eionesl personne publique, on si on a contribué soi-même au danger.
XI. — On pont partager les chrétiens on trois classes. — Les premiers soni il.- certains espriis grossiers, qu'on appelle chrétiens parce qu'ils sont baptisés et qu'ils font extérieurement ce que font les véritables chrétiens : mais ce n'esl ni la foi qui les conduit, ni la charité qui les anime. — Les seconds ont plus d'esprit et de discernement : ils savent ce qu'ils sont obligés de faire; mais ils sont encore irrésolus; ils improuvent le vice, mais ils ne le quittent pas tout-à-fait; et ce sont des demi-chrétiens, encore flottants et chancelants. — Les troisièmes sont ceux qui s'attachent fidèlement à leurs devoirs, et qui seraient désolés de s'en écarter. — Or, il est certain que les mauvaises coutumes font d'étranges impressions sur les uns et sur les autres :
4°. Elles entraînent les premiers sans résistance.
2°. Elles déterminent les seconds, qui suivent le plus grand nombre, et qui croient qu'ils n'ont rien à craindre de ce côté-là.
3°. Elles ébranlent et font chanceler les troisièmes.
XII. — 1°. Il n'y a rien qui doive avoir moins d'autorité dans le christianisme que les mauvaises coutumes, puisque tous les saints et les véritables chrétiens se sont toujours récriés contre elles. (Inculquer, montrer bien cela, par des autorités et par des exemples qui fassent une forte impression).
2°. La mauvaise coutume, par conséquent, ne peut donner qu'une fausse paix et une fausse sécurité de conscience à ceux qui se servent de ce prétexte pour continuer leurs désordres. (Profiter de son avantage et presser vivement le pécheur, déjà ébranlé, pour le faire déclarer contre ces fausses préventions et lui arracher cette malheureuse confiance).
XIII. — On vit de telle manière, disent les mondains : comment se
séparer de la foule qui nous entraîne? Après tout, c'est une nécessité de traiter avec le monde : quel moyen d'agir toujours en étranger? Il faut vivre comme les gens vivent. Pour faire mieux entendre leur proposition, ils pourraient ajouter qu'il faut se damner avec les gens qui se damnent. — Combattre cette fausse prétention, et à leur maxime en opposer deux autres :
La première : — Il faut vivre avec les gens qui vivent bien : ne point tant vouloir être de toutes les compagnies, de tous les divertissements, de toutes les affaires; môme ne point être tant attentif à toutes les modes, à toutes les règles du monde ; vivre plus retiré, et avec ceux qui vivent mieux.
La seconde : — Il faut bien vivre avec les gens même qui viventmal ; pratiquer de hautes vertus pour se prémunir, pour s'opposer au torrent, pour se déclarer et ôter l'espérance, à ceux qui se perdent, de nous entraîner avec eux, pour les ramener et servir d'asile à ceux qui les voudraient fuir.
Les Sources.
[Les SS. Pères.] — S. Cyprien, Épitreà Douai, a plusieurs belles pensées sur ce sujet. — Au livre des Spectacles, il montre qu'en introduisant de mauvaises coutumes on donne aux vices des défenseurs et des protecteurs.
Tertullien, De vekmdis virginibus : les mauvaises coutumes viennent de la simplicité, de l'ignorance et du dérèglement des peuples.
S. Augustin, serm. 18 de Verbis Domini : comment il faut se raidir contre les mauvaises coutumes, et comment on doit se comporter avec ceux qui les suivent. — VI De Civil. 10 : folie , indigne servitude de ceux qui s'assujettissent aux mauvaises coutumes. — III Doctrine chrétienne : d'excellentes règles pour discerner les mauvaises coutumes d'avec les bonnes.
S. Chrysostôme, serm. 23 au peuple d'Antioclie, s'élève contre une coutume superstitieuse qui s'était introduite parmi ce peuple. — Hom.il. 5G in 27 Genesis : la mauvaise coutume n'excuse point le mal ; autrement, il faudrait excuser tous les crimes.
Salvien en parle souvent et fortement dans le livre de Providentid.
r\lt \<.i; M'ili: troisikmi:.
[Lhrei s|iiniiirls.| — Le P. Bonal de l'observance de s. François, livre Intitula le Chrétien du temps, est celui qui <'ii :i le mieux <•( le plue amplement écrit, l partie i
[Prédicateurs.] — Le P. Giroust, Avent, 5* prétexte, ■■> un lermon inr In ooutume, "ù il montre que la multitude e1 la qualité des personnes qui établissent les coutumes, sonl deux faibles prétextes.
Sermons sur les sujets delà murn/r chrétienne, Avent.
Dictionnaire moral : deux sermons et plusieurs réflexions.
[Les compilateurs ont confondu ce sujet avec V habitude dans le péché).
Passages, exemples et applications de l'Écriture.
Non sequeris turbam ad fàciendum ma-
lion, nec, in judicio, plurimorum acquiesces sententiœ, ut à vero dévies. Exodi. xxin, 2.
Omnis caro corruperat viam suam. Gènes.
vi, 12.
Commixti sunt inter geates , et didkerunt opéra eorum... et factum est i/lis in scandalum. Ps. 105
Quis consurget mihi adeersits malignantes! aut quis stabit mecum adversùs opérantes iniquitatem ? Ps. 93.
Omnes declinaverunt , simid inutiles facti sunt; non est qui faciat bonum, non est usque ad union. Ps. 13.
Ergà erravimus à via veritatis... et sol intettigentiœ non est ortus nobis. Sap. v, 6.
Jnterveniente tempore, convalescente vaqua consuetudine, hic error tanquàm lex custoditus est. lbid. xiv, 16.
I/derrogate de semitis antiquis quœ sit via bona et ambulate in cû. Jerem. vi, 10. -
Leges populorum vanœ sunt. Ici. x 3.
Vous ne vous laisserez point emporter à la multitude pour faire le mal, et, dans le jugement, vous ne vous rendrez point à l'avis du plus grand nombre, pour vous détourner de la vérité.
Toute chair avait corrompu sa voie.
Ils se mêlèrent parmi ces nations ; ils apprirent à les imiter dans leurs œuvres, et ce fut ce qui leur devint une occasion do scandale et de chute.
Qui s'élèvera pour me secourir contre les méchants ? ou qui se tiendra ferme auprès de moi contre ceux qui commettent l'iniquité ?
Tous se sont détournés de la vraie voie, tous sont devenus inutiles; il n'y en a point qui fasse le bien, il n'y en' a pas un seul.
Nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité , et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé snr nous !
Cette coutume criminelle s'étant autorisée de plus en plus, par la suite du temps, l'erreur fut observée comme une loi.
Demandez quels sont les anciens sentiers, pour connaître la bonne voie, et marchez-y.
Les lois des peuples de la terre ne sont que vanité.