‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 14 sur 59 · APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES

Beatus vir qui non abiit in consilio ùnpiorum, et in via peccatorum non stetit, et in cathedra pestilentiœ nonseditl (Psal. n.) — S. Augustin reconnaît une espèce de mystère dans l'ordre de ces paroles du prophète : Abiit, stetit, sed'it. Car, premièrement, on entre dans la compagnie des gens du monde : Abiit; c'est comme le premier pas et la première démarche que l'on fait dans cette voie large dont parle l'Evangile. Secondement, on lie commerce avec eux, on en étudie les airs et les manières, et ainsi leurs maximes nous entrent insensiblement dans l'esprit. Notre état, la naissance et quelquefois l'alliance et la proximité, nous y engageant, nous ôtent, ce semble, tout sujet de rien craindre et de nous en mal édifier. C'est pourquoi, bien loin d'être en garde contre ces dangereuses maximes, on s'y arrête : Stetit ; on s'y plaît, on les goûte, on les veut suivre : car ce qui frappe continuellement nos yeux passe insensiblement jusqu'au cœur, et l'on s'attache ordinairement à ce qu'on voit le plus souvent approuvé. Mais enfin, ce qui achève de nous perdre, c'est que l'on prend cette même coutume pour une règle de conduite, et on ne peut ensuite la quitter qu'avec des peines et des violences extrêmes ; on s'y affermit, on en entreprend la défense comme on pourrait faire d'un point assuré de doctrine.

Fac nobis deos gui nos prœcedant (Exodi xxxn.) — Les Israélites demandaient à l'homme de Dieu, qui les conduisait à la terre promise au travers des mers et des déserts, qu'il leur fît des dieux visibles, qui marchassent devant eux et qu'ils pussent suivre dans ces chemins inconnus. Ce peuple, qui avait du penchant à l'idolâtrie, voulait voir ses guides et ses conducteurs, de crainte de s'égarer. Mais c'était en cela même que consistait son égarement. Car ces dieux visibles n'étaient que des idoles et des guides qui n'auraient pu marcher eux-mêmes; et, en suivant ces guides aveugles, il n'eût fait que mieux courir à sa perte. Mais croiriez-vous bien que les hommes aujourd'hui, pour la plupart, suivent une idole, et un dieu visible, que l'on peut appeler, avec S. Paul, le Dieu de ce siècle, Dens hujus sœculi excœcavit mentes infidelium ? Cette idole est la coutume, et l'exemple des autres, que chacun veut suivre, et auquel on se fait honneur de se conformer.

Sicut exaltantur cœli à terra, sic exaltatœ sunt viœ meœ à viis vestris (Isaiœ, lv.) — Quand le Saint-Esprit, parlant des coutumes, les appelle les voies des hommes , c'est que rien ne leur ressemble davantage que ces grandes routes par où l'on va parce qu'on y voit aller tout le monde. Les vestiges des uns attirent les autres, sans qu'on prenne garde à deux

PABAM Ai-iir. ntOUIÉMB. 75

ohoses: L'une, que oeua qui s'égarénl peuvenl bien taire in chemin battu, mais non pas qu'il ^« >i t droil ; L'antre, que oe ohemin n'est Le plun battu qu'à cause de trace que chacun dei paosants je lai ées, qui, pour avoir été dei premiers, ne savaient pai mieus le chemin que ceux qui

ut, suivis.

Sua/ in manu fort/, erudivit me ne irem wi via populi huju* (Isaiœ. vm.) — Il m'a pns par la main pour m'empéoher, comme par forée, 'l'aller dans i;i \,.ir de oe peuple i C'est*a*dire que Dibi . par une de i choisies, m'a préservé du malheur où m'aurait précipité La compagnie de oe peuple idolâtre, el un plus long séjour parmi une nation dont les coutumes et les voies perverses m'auraient entraîné dans Le orime : car, oomme si la seule voix n'eût pas Buffl pour m'en détourner, il y a employé laforoe de son liras. Mais ce que ce prophète ajoute nous lait encore mieux sentir la difficulté presque insurmontable de s'Opposer aux mauvaises coutumes, et d'y renoncer quand on s'y est une l'ois assujetti : Omnia enim quœ loquiturpopuius istecoujuratio est. Le consentement public semble avoir changé toutes Les sociétés en autant de ligues formées contre la voie étroite du Seigneur : les proches, les amis, nos égaux et ceux qui sont au-dessus de nous, semblent avoir conspiré tous ensemble de ne tenir, de ne montrer et de no permettre de suivre que la voie large qui conduit à la mort.

Etiamsi omnes scandalizati fuerint in te, ego nunquàm scandalizabor ( Matth. 26. ) — C'est ce qu'un véritable chrétien devrait dire, non par un esprit de présomption comme Pierre, mais par un sentiment de générosité chrétienne et par la fidélité que nous devons au Maître que nous servons. « Quand tout le monde, Seigneur, vous abandonnerait, et quand chacun, entraîné par le torrent de la coutume, suivrait le grand chemin qui conduit à la mort, à la damnation, je m'opposerai seul à ce torrent, et je ne me laisserai point entraîner par la foule. Ainsi, quand tous les autres railleront des choses saintes, ou déchireront la réputation du prochain dans les compagnies, je me raidirai contre une si pernicieuse coutume. Quand je verrai tout le monde courir aux spectacles dangereux, passer le temps au jeu et aux divertissements mondains, je les en détournerai tant qu'il me sera possible, et je demeurerai fidèle à votre service. Quand je devrais être tout seul de votre parti, quand je devrais être délaissé, censuré et méprisé de tout le monde, je tiendrai ferme, et je ne me laisserai point aller à la coutume : Etiamsi omnes scandalizati fuerint, ego nunquàm scandalizabor. »

Nos legem habemus, et secundùm legem débet mori ( Joan. xix. ) — C'est ce que dirent les Juifs transportés de fureur contre le fils de Dieu, pour porter Pilate à faire mourir celui qu'ils avaient amené comme criminel à

son tribunal. Mais c'est ce que la plupart des chrétiens disent encore aujourd'hui, sinon de bouche, du moins de cœur: qu'ils ont une coutume qui leur tient lieu de loi, selon laquelle le Sauveur doit mourir. Quand je dis a cette personne, qui vit dans le luxe et dans les plaisirs, que cette manière de vie est contraire à l'Evangile, que telle coutume ou telle pratique blesse la conscience, et par conséquent donne la mort au Fils de Dieu, puisque tout péché mortel est la cause de ses douleurs écrite sur sa croix, et qu'il lui ôte encore une autre sorte de vie que ce divin Sauveur a dans nos âmes par le moyen de la grâce, cette personne me répondra froidement que c'est la coutume, et qu'on ne vit point autrement aujourd'hui; qu'il faut faire comme les autres, qu'elle n'est pas pour réformer le monde et pour lui prescrire de nouvelles lois, mais plutôt pour suivre celles qui sont en usage: Nos legem habemus, et secundùm legem débet mori. Ce monde pervers a une infinité de lois de la sorte, c'est-à-dire de coutumes et de manières d'agir qui causent la mort du Fils de Dieu, puisque ce sont autant de coutumes criminelles.

Secundùm legem débet mori. Quand je demande à cette mère mondaine, indévote, pourquoi elle veut que sa fille le soit comme elle; à ce père, homme ambitieux, tout aux affaires et à l'intrigue, sans beaucoup de crainte de Dieu, homme de plaisirs et de compagnie, pourquoi il veut que son fils le suive; à ces faux amis qui ne peuvent souffrir qu'une personne jusquelà sage reste vertueuse depuis qu'elle les fréquente : n'est-ce pas assez qu'ils se damnent eux-mêmes? pourquoi veulent-ils que ce fils, cette fille, cet ami se damnent aussi ? Nos legem habemus, et secundùm legem débet mori ?

PARAGRAPHE <■< ai Kii.Mi:.

Pensées et Passages des SS. Pères.

/ ■nijiid fiuntqua esse jàm facinora destileruntj lenoeinante ml vitia pubOca nuctoritatis >/m/i>, Cypriani Cpist. 1.

Undè non j'àm vifiis excusatio sed aucloritasdatur. Id. De Spectaoulis.

Consueiudo sine verttate vêtus error est : relicto ergà errore, sequamur veritatem, Id. Bpist. ad Pompon.

Hotnieidhon cùm admittunt nnguli, crimen rs-t ; virtus vocatur cùm publiée geritur. Cypr. Kpist. ad Donatom.

Consensére jura peccads, et cœpit Hcitum esse quod publicum est. kl. ibid.

Dominus noster Christus veritatem se3 non i onsuetudinem, cognominavit. Tertull. De veland. Yirg.

Non prœvaleat Evangelio ncque privilegium nationum, ncque patrocinium personaruui. Id. ibid.

Consueiudo , initium ab aliquâ ignorantiâ vel simpHcitate sortita , in uswn per successionem corroboralur. Tertull. Ibid.

Sanitatis patrocinium insanientium turba est. August. 6 Civit.

Consuetudo non débet impedire veritatem Dr.i. Id. Ps. 30.

Invadens omnia consuetudo, pro lege observatur. August. De deeem chordis, 4.

Peccafa quamvïs magna et horrenda, cùm in consuetudinem venerint , aut parva aut nulla esse creduntur. Id. De Fide, Spe et Charitatc. 8.

Vœ tibi, flumen maris humani! Quis résistif fibi? quamdiù non siccaberis? August. Confess. 16.

Nùm aliorum peccata virtutes tut; sunt?

an malorum tuorum putas solatium si multos tui similes habcas? Ilicronym. Epist. 46.

Les actions qui, dans l'opinion des hommes, ont cessé <!•' pas-er pour d

pai ''ni maintenant pour des exemples, Fapprobation publique donnant de l'autorité et de l'attrait au naaL

(in a' excuse pas seulement le vice, on l'autorise par la coutume.

Laooutume ([ni n'est point appuyée sur la vérité n'est qu'une vieille erreur. Quittons

donc l'erreur, et attachons-nous à ce qui est conforme à la vérité.

L'homicide, qui est un crime quand un particulier le commet, passe pour une vertu dès que, commis publiquement, la coutume semble l'autoriser.

Les crimes sont devenus justes par la coutume, et ce qui se fait publiquement semble être permis.

Jésus-Christ Noire-Seigneur a dit qu'il était la vérité : il ne s'est jamais appelé la coutume.

11 ne faut pas que la loi particulière de quelque nation, ni la faveur ou l'autorité des personnes, l'emporte sur la loi de l'Évangile.

Une mauvaise coutume commence par la faiblesse ou par l'ignorance ; elle croit par l'usage et se fortifie par la succession des temps, cl établit à la fin son empire.

La multitude des insensés fait qu'on se croit sage de les suivre.

La mauvaise coutume ne doit point entraver la vérité divine.

La coutume, qui s'empare de tout, nous devient une loi.

Les péchés, pour grands et pour énormes qu'il soient , quand ils sont passés en coutumes, nous semblent, légers, ou ne paraissent, nullement ce qu'ils sont.

Maudit soit le cours de ce fleuve de la coutume, auquel si peu de personnes résistent ! quand est-ce qu'on le verra à sec ?

Les péchés des autres sont-ils des vertus pour vous? ou bien est-ce une consolation dans vos fautes d'avoir de nombreux compagnons?

Page 1