DE SA JUSTICE, DE SES JUGEMENTS, ETC
// y a sujet de s étonner que Von traite si rarement cette matière dans les chaire») vu qu'il n'y en a point dont. l'Ecriture et les Pères parlent plus souvent, et d'ailleurs qui soit plus capable de faire impression sur les pécheurs. C'est peut-être qu'il parait trop vague, et que chaque motif qui nous doit inspirer cette crainte peut faire un sujet particulier de sermons et d'exhortations. Mais on en pourrait dire autant de la pénitence, du péché mortel, de l'amour de Dieu et de plusieurs autres semblables. Ainsi, quoiqu'on puisse choisir la crainte de Dieu pour dessein d'un Avent, en prenant les motifs, les effets et les conditions de cette crainte, et donnant à chacun la juste étendue d'un sermon, nous la considérerons ici seulement en elle-même ; et, si on ne la peut entièrement séparer des motifs qui la font naître et des effets qu'elle produit, nous nous contenterons de les indiquer.
Il faut seulement remarquer que , la crainte de Dieu étant nécessaire aux justes et aux pécheurs, il faut prendre garde déporter les uns à la défiance de lu miséricorde de Dieu, et de jeter les autres dans le désespoir. C'est pourquoi. il faut toujours mêler quelque chose de la bonté de Dieu dans les plus grands effets de sa justice, qu'on ne doit faire envisager que comme des menaces qu'il faut redouter pour les éviter.
Quant à l'ordre et à la manière de traiter ce sujet, il est à propos de justifier la conduite de Dieu dans la sévérité de sa justice, des châtiments qu'il exerce sur quantité de pécheurs en cette vie, et qu'il exercera en l'autre sur les réprouvés, et d'insister sur ce qu'un pécheur en est averti, qu'il a encore le moyen et le temps de s'en défendre, et qu'il ne doit s'en prendre qu'à sa propre malice s'il s'attire un mal qu'il a si peu appréhendé.
Desseins et Plans.
I. — La crainte, clans la vie humaine, estla mère delà sûreté; dans lapolitique, c'estla mère de la prudence ; dans la morale, c'est une passion, qui peut avoir de bons et de mauvais effets ; mais, dans la vie chrétienne, c'est le commencement de la sagesse. Le Sauveur lui-même a pris la peine de nous avertir des objets que nous devons craindre, en nous disant : Ne terreamini ab Us qui occidunt corpus, etc. : timete autem eum qui, postquàm occiderit corpus, potest animant mittere in gehennam. Sur quoi l'on peut avancer ces deux propositions : — que nous ne devons point appréhender les hommes, lorsqu'il est question de faire le bien ; — que nous devons toujours avoir la crainte de Dieu devant les yeux, pour ne point faire le mal.
Pour la Première : — on peut en apporter les raisons suivantes. — 1°. Dieu veille à notre conservation : il prend sous sa protection ceux qui sontpersécutéspour lajustice, en sorte qu'ils ne peuvent nous nuire si Dieu ne le leur permet, et, quand il permet qu'ils nous outragent, c'est toujours pour notre plus grand bien. — 2°. Tout ce que peuvent faire les hommes ne s'étend que sur le corps, quelque rage qu'ils aient ; à quelque excès qu'ils se portent, quelque violence qu'ils puissent exercer contre le corps, Dieu le rétablira, et le rétablira d'autant plus parfait, qu'il aura plus souffert. — 3°. Parce que nous avons prêté à Dieu serment de fidélité, et que nous nous sommes engagés à son service, quelque état de vie que nous ayons embrassé. D'où il suit que, comme un soldat qui par crainte de l'ennemi abandonnerait son rang et prendrait la fuite commettrait une lâcheté, de même, appartenant à Dieu, et en qualité de chrétiens combattant sous ses étendards, nulle crainte des hommes ne nous doit faire abandonner son service.
Pour la seconde : — Nous devons craindre Dieu, et avoir cette crainte profondément imprimée dans le cœur : parce que, après avoir arrachél'àme du corps, il peut encore perdre éternellement ce corps et cette âme, et les précipiter dans un abîme de malheurs. La colère et lajustice des hommes, pour sévère et terrible qu'elle soit, a toujours ces trois défauts qui en sont inséparables. — 1°. Elle ne connaît pas tous les crimes qui se commettent; la plus grande partie se dérobent à sa connaissance. — 2°. Elle connaît quelquefois le crime ; mais elle ignore le criminel ; et souvent elle a fait mourir des innocents, pendant que les coupables, qui étaient présents à cette exécution se moquaient de l'ignorance des juges. — 3°. Cette justice
PARAGRAPHE PRBH1SR.
e i extrêmeraenl bornée, el ion pouvoir ne peul i étendre bien loin, puisqu'elle ne pa epaa les limites d'un royaume ; on peut se sou traire juridiotion ''il pa antdans une Dation étrangère. — 4°. On peul corrompre |i i on en voil Bouvenl qui échappenl à la rigueur de loi par le moyen de leur argent. — Mais, pour la justice de Diau, elle connail tout el rien ne lui échappe ; elle s'étend partout, poursuil le criminel en quelque lieu du monde qu'il puisse être : Quà ibo à spintu tuo) et ovà à fa rir tuâ fugiaml.. si detcendero in infsrnum, ade^etc, Enfin la ju ticedivine est incorruptible, etc.
II. — Trois perfections, qui sont infinies en Dieu, doivent inspirer une sainte crainte aux hommes ot les détourner de l'offenser.
1". La hauteur de sa majesté, qui fait trembler les colonnes du ciel, ci un nie parle l'Ecriture, et qui remplit les anges, les bienheureux et les démons de frayeur.
2". La profondeur de ses jugements, qui nous sont inconnus, sans que nous sachions quel sera notre sort et notre destinée pour l'éternité.
3°. L'étendue de sa puissance, qui surpasse infiniment celle des rois.
III. — On peut prendre pour sujet. — 4°. L'utilité et les avantages que nous apporte la crainte de Dieu ; — 2°. Les moyens de l'acquérir.
Les avantages se réduisent à ces trois principaux. — 1°. Elle conserve plusieurs âmes dans l'innocence qu'elles ont depuis le baptême, par l'horreur et la crainte qu'elle leur inspire du péché. — 2°. L'heureuse violence qu'elle semble faire au pécheur en le pressant si fortement de retourner à Dieu par une prompte et parfaite conversion. — 3°. Le surcroît de circonspection qu'elle inspire, de sa nature, après la chute, lorsqu'on en est bien revenu. On connaît mieux le danger : l'effroi, qui continue, fait qu'on se tient mieux sur ses gardes.
Les moyens de l'acquérir sont ces trois, que l'on peut prendre de S. Bernard : — 1°. La connaissance de nous-mêmes, de notre faiblesse et de notre inconstance ; — 2°. La présence de Dieu ; — 3°. La sérieuse méditation des fins dernières.
IV. — La crainte de Dieu est utile et même nécessaire. 1°. Pour réparer le passé par une bonne et sincère pénitence. Tant de péchés commis, tant d'infidélités au service de Dieu, qui nous doivent faire t. m. 7
appréhender sa justice, nous portent à la satisfaire, pendant que nous en avons le temps et le moyen.
2°. Pour régler le présent, dans la crainte du compte que nous devons rendre un jour de toutes nos actions.
3°. Pour mettre ordre à l'avenir : car cette crainte d'un Dieu vengeur nous fait prévenir la sévérité de sa justice et les châtiments qui étaient dus à nos crimes.