V. — Les principaux objets que nous avons à craindre
1°. Ce qui est au-dessus de nous : un Dieu, juge inexorable, juste vengeur, souverain et tout-puissant, qui n'a qu'à vouloir pour exécuter ses volontés, à qui personne ne peut résister, etc.
2°. Ce qui est au-dessous de nous : un enfer, une éternité de peines et un abîme de malheurs, où nous sommes en danger de nous précipiter à tout moment.
3°. Ce qui est autour de nous et dans nous-mêmes : des ennemis terribles, la chair, le monde et le démon, qui nous mettent sans cesse en danger de notre salut.
VI. — On peut montrer que celui qui craint Dieu n'a rien à craindre :
1°. Durant cette vie, où il est sous la protection de Dieu, qui le défend et qui fait tout réussir à son avantage.
2°. A la mo?i, puisque, ayant mené une vie innocente, il a désarmé cette mbrt, le seul ennemi présent qu'il pourrait alors craindre, et qui n'a rien de terrible pour lui.
3°. Après la mort : il n'a que des récompenses à attendre de celui qu'il a fidèlement servi, et pour lequel il a toujours eu une crainte filiale.
Vil. — Ce passage de S. Chrysostôme, dans le sermon sur S. Jean-Baptiste, peut servir de division ; Solus est Dei timor qui fugat crimina, Innocentiam servat, omnis boni Iribuit facultaiem.
1°. Il n'y a rien de plus constant, que cette crainte nous empêche de tomber dans le péché.
2°. Qu'elle conserve l'innocence.
3°. Qu'elle nous fait pratiquer toutes les bonnes oeuvres.
VIII. — 1°. Il faut toujours joindre la crainte de la justice de Dieu
aveo la confiance en a mi ôrioorde, de peur de tomber dam La présomp-
liuii.
il oefautjai per cette confiance de cette même crainte,
de peur de tomber dans le désespoir.
l\. — La orainte de Dieu eai nécessaire au pécheur, pour trois choses :
1°. Pour commencer son salut, puisque c'esl elle surtoui <|ui lui fait quitter le péohé,
Pour suivre et avancer son salut après qu'on e I ju tiâé, puisqu'il n'j a rien qui nous avertisse mieux e1 nous presse plus de coopérer aux grâces qu'on reçoil , sans quoi on tomberait bientôt.
3°. Pour l'achever par la persévérance finale, dont cette crainte: salutaire est le gage Je plus assuré.
X. — Les justes et les pécheurs ont également sujet de craindre.
Les justes, pour ne savoir 1°. S'ils sont dignes d'amour ou de haine, s'ils sont en état de grâce, ou en état de péché ; 2°. Si leurs bonnes œu- \ res sont assez pleines pour mériter le ciel ; 3°. S'ils persévéreront et mourront en état de grâce.
Les pécheurs pour n'être pas plus assurés
1°. S'ils ont fait ou feront jamais une véritable et sincère pénitence ;
2°. S'ils ne seront point du nombre de ceux qui sont endurcis et abandonnés de Dieu en cotte vie, pour leurs infidélités, ou s'ils ne le sont pas peut-être déjà.
3°. S'ils ne seront point , enfin , réprouvés , de quelque manière que cela arrive. Cette seule crainte , juste et raisonnable, qui doit l'aire trembler les plus gens de bien, doit bien faire penser un pécheur à lui.
XL — 1°. La crainte do Dieu est un souverain préservatif contre tous les maux, qui sont les péchés.
2°. Elle est la source de tous les biens, pour cette vie et pour l'autre.
XII. — Quoique Dieu ait été plus miséricordieux envers nous qu'envers
une infinité d'autres, à qui il a'a pas fait les mêmes grâces, bien loin de nous fier là-dessus, ou d'en présumer pour l'avenir, nous devons en concevoir un plus juste motif de crainte :
1°. Parce que notre infidélité en est plus grande si nous venons à l'offenser.
2°. Sa justice en sera plus inexorable.
3°. Ses châtiments infiniment plus sévères.
XIII. — 1°. Si Dieu est à craindre pour les châtiments manifestes et sévères qu'il a exercés de temps en temps sur les pécheurs, sur des villes et sur des nations entières, il ne l'est pas moins pour les châtiments secrets qu'il exerce encore tous les jours sur eux, par la soustraction de ses grâces, de sa protection et de ses bienfaits, dont il les prive en cette vie.
2°. S'il est à craindre pour le jugement terrible qu'il fera un jour, soit de tous les pécheurs en général soit de chacun d'eux en particulier, il ne l'est pas moins pour les jugements occultes qu'il fait de leurs actions dès cette vie, par une réprobation anticipée dont il leur fait ressentir les effets.
XIV. — 1°. On ne peut aimer Dieu comme on doit, et comme il l'exige de nous, sans le craindre de cette crainte filiale qui est le propre des enfants de Dieu.
2°. Quiconque le craint véritablement, quoique de la manière la moins parfaite, l'aimera bientôt.
XV. — Ce qui fait tomber le juste dans lepéché, c'esttantôtlabonne opinion qu'il a de lui-même, qui lui donne une espèce de certitude de son état, et tantôt la tiédeur à laquelle il se laisse aller, qui lui fait prendre moins de précautions pour éviter le péché, ou qui lui fait négliger ses devoirs. Or, la crainte de Dieu fait éviter sûrement ces deux écueils, parce qu'elle est de tous les moyens, le plus efficace :
1°. Pour nous conserver dans l'humilité ;
2°. Pour nous faire pratiquer la vigilance chrétienne. (Monmorel, 2Ae dim. ap. la Pentecôte.)
PAR KQH \nii: DB1 mi ME. 10!
Les Sources.
[Les 88. Père».] — S.Augustin, sur le Ps. 63*, montre quelle est la bons la mauvaise crainte. Sur le Pi. i~7: différence de la crainte servileetde la crainte chaste el filiale. M. au traité ixc sur la lrc Epitre de S. Jean. Surlf Ps. IIS', expliquant ces paroles, Confine timoré tua cames meas: combien la crainte de Dieu est nécessaire pour réprimer nos passions et nos appétits déréglés. — Sur le Ps. 52e, lllic. trepîdaverunt timoré ubi non erat timor: ce qu'il faut craindre et ce qu'il ne faut point appréhender. — De iiiilunl et gratiâ: qu'il faut travailler avec crainte à son salut, à cause île l'inconstance et de la malice de notre volonté. — Au livre 14e de la Cité de Dieu, 1 1, il explique en quel sens il faut entendre ces paroles de S. Jean : Timor non est in chai itate, sed perfecta charitas foras mit fit timorem. Et dans le mémo livre, sur ces paroles du prophète, Timor Domini sanctus permetnens in sœculum swcidi, il montre quelle est cette crainte qui subsistera toujours.
Le même, Traité 43 sur S. Jean: différence entre la crainte purement servile et la crainte filiale. — Epitre 144 Ad Anastasium ; que celui qui s'abstient du péché par la seule crainte du châtiment n'est point justifié.
Le même parle de la crainte de Dieu en une infinité d'autres endroits; comme sur les Ps. 3G, G3, 96, 149, etc.
S. Ambroise, sur le Ps. 118, la crainte de Dieu accompagnée de discrétion.
S. Grégoire, vin Moralium, 13, expliquant les paroles de Job, Emit-' tet saper eum, et non par cet, montre qu'il faut craindre Dieu, qui est patient mais juste. — Sur ces autres de Job, Terrores Domini militant contra me, vu Moral., 3: que les Justes mêmes ont sujet de craindre. — Sur ces paroles de Job, Aucliet auditionem, in terrore vocis ejus : Dieu commence à épouvanter l'âme par des paroles de terreur, puis il la rassure et la console. — Sur le 1er chap. de Job, à Vir erat in terra Hus... timens Deum et recedensàmalo: la crainte qui n'exclut pas la volonté du péché est inutile et même mauvaise.
S. Basile, sur le Ps. 31, montre comment pour exciter en soi ou réveiller une crainte salutaire, il faut penser à l'enfer et aux dernières fins.
— Homél.55 sur le même Ps. Timete Dominum omnes sancti cjus: la crainte jette les fondements d'une sainte vie, et sans elle il est impossible de conserver l'innocence. — Homél. 8 sur le Ps. 32 : que la crainte des peines c-i bientôt perfectionnée parla charité.
S. Chrysostôme, Homil. V> ad popul. Antioch: que celui qui a la crainte de Dieu pratique toutes sortes de bonnes œuvres. Homél. 8 sur l'Épître aux Philipp. : la pensée de la présence de Dieu en fait naître la crainte. — Homél. 53 sur S. Jean: l'âme fondée sur la crainte de Dieu ne peut être ébranlée parles tentations.
S. Bernard. Sermons 36 et 37 in Cant.
[ Les livres spirituels et autres. ] — Alvarez de Paz, livre 3, part. 2, chap. 4.
Alphonse Rodriguez. P. \, chap. 13 et 14.
Grenade, en divers endroits.
Salien en a fait un gros tome en latin, qu'il a lui-même traduit en français, où il a réuni tout ce qui s'en peut dire.
Petrus Sanchez, De Regno Dei, part. 4, chap. 4.
Theophilus Bernardinus, Debono Perseverantiœ, livre 5, chap, I et seq.
Raymundus Sebundius a fait un livre latin De timoré Dei.
Le P. Antoine de la Porte, religieux carme, 3e partie, traité 6, chap. 6, où il montre que la crainte de Dieu est une disposition à la conversion du pécheur.
Monita Sacra Adriani Mangotii, Monit. 5.
Recupitus, De signis Prœdestinationis, chap. -I.
Jacobus Marchantius, Mort. Past. Tract. 1, lect. 7, prop. d et seqq.
[Les Prédicateurs. ] Matthias Faber, Coac. in domin. \t>post Penl.; Cône. 7 indom. 18 post Pentecosten.
Reina, Conc. 31 Quadrag., num. "23 et 24.
Joly, dans ses Œuvres mêlées, lre partie du discours sur les devoirs des peuples envers Dieu et envers les rois.
Dans les Discours Moraux, il y en a un sur la crainte de Dieu. — Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne.
Domin. serm. pour le 5e Dim. resté après l'Epiphanie: sur la Réprobation, et sur la crainte de Dieu.
Le P. Texier, Domin. serm. pour le dern. dim. apr. la Pent.
Le P. Duneau, Avent, a cinq sermons sur la crainte de Dieu.
Grenade, Peraldus, Labatha, Busée, Lohner, etc.
l'AKAOllAriir THOIB1KMK.
I III
Passages, exemples et applications de l'Écriture.
/' nUàn non esttimor Dm in loco itto, et interficieni me. Gènes, w. 11.
/// Dei tùnore permansit. Tobis. n, il-
/•'///', omnibus dtebtu viia tua, in menti habeto Dei m, et cave ne aHquandà peacato consentias. Tob. iv, c>.
Dominum Deum //«</// timebis}et illi soh servies, Dftuter. vi, 13,
.Vu// timere,filt: pauperem qutdem vitam gerimus, sed multa bona habebimus, si timaerimus Deum. Tob. iv, 23.
Precepit nobjs Domtnus ut tuneatnus Dominum, ut béni sit nobis cttnctis diebus vitu' nostrœ. Douter, vi, 24.
Et mou: Israël, quid Dominus Deus tuus petit ii te, nisi ut timeas Dominum Deum tuum, et asnbules in mis ejus? Deuter. x,
Ecce timor Domini, ipsa est sapientia. Jobi. xxviu, 28.
17/' timens Deum et recedens à malo. Jobi, i,l.
I > cœh contremtscunt, et pavent ad
nutum ejus. Jobi. xxvi, 11.
Non est timor Dei ante oeuloe eorum. Ps.
Time Deum, et recède à malo. Proverb.
in, 7.
Venite, filin, nudité me: tûnorem Domini docebo vos. Ps. 33.
Vohmtatem timentiurn se fnciet, et salvos faciet eos. Ps. 114.
Beat m- rir qui timet Dominum, in mandatis ejus volet nimis. Ps. 111.
Misericordia Domini ad eeterno et usque in eeternum, super timentes eum. Ps. 102.
Eece oculi Domini super metuentes eum.
Ps. 32.
Timor Domini principium mpientiœ. Proverb. i, 7.
Il n'y a peut-être poinl de crainte de Dieu en ce paye, et Ils tueront.
Il demeura renne dans la crainte du Seigneur.
Mon Qui, ayez Dtau dans l'espril ions les jours de votre vie, el gardez-vous de oonsentir jamais ;iu péché.
Voua craindrez le Seigneur; vous le servirez lui seul.
Ne craignez point , mon Dis ■. il est. vrai que nous sommes pauvres ; mais nous aurons beaucoup de bien si nous craignons Dieu.
Le Seigneur nous a commandé de craindre le Seigneur notre Dieu, afin que nous soyons heureux tous les jours de notre vie.
Maintenant, Israël, que demande de vous le Seigneur, sinon que vous craigniez le Seigneur votre Dieu, et que vous marchiez dans ses voies ?
La souveraine sagesse c'est de craindre le Seigneur.
Cet homme craignait Dieu et s'éloignait du mal.
Les colonnes du ciel tremblent devant lui, il les fait trembler au moindre clin d'œil.
La crainte de Dieu n'est point devant leurs yeux.
Craignez le Seigneur, et éloignez-vous du mal.
Venez , mes enfants , écoutez-moi , et je vous enseignerai la crainte de Dieu.
Le Seigneur accomplira la volonté de ceux qui le craignent, et les sauvera.
Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui a une volonté ardente d'accomplir ses commandements.
La miséricorde du Seigneur est de tautc éternité , et demeurera éternellement sur ceux qui le craignent.
Les yeux du Seigneur sont arrêtés sur ceux qui le craignent.
La crainte du Seigneur est le principe de i .' cesse.
Timor Domini odit mahim. Prov. vin, La crainte du Seigneur hait le mal. Timor Domini apponet dies. Ibid. x, 27. /// timoré Domini fiducia. Prov. xiv, 26.
Timor Domini fons viiœ. Prov. xiv, 27.
Timor Domini disciplina sapienliœ. Prov.
xv, 33.
Per timorem Domini déclinât omnis à malo. Prov. xv, 27.
In timoré Domini esto totà die, quia habebis spem in novissimo. Prov. xxm, 17.
Sapiens timet, et déclinât à malo. Ibid. xiv, 16.
Melius est parum cum timoré Domini, quàm thesauri magni et insatiabiles. Prov. xv, 16.
Fallax gratta et vana est pulchritudo : millier timens Domiuum, ipsa laudabitur. Ibidem xxxi, 30.
Qui timet Deum nihil negligit. Eccl. vu,
Deum Unie, et mandata ejus observa: hoc est enim omnis homo. Eccl. xn, 13.
• Initium sapientiœ iimor Domini. Eccli. i, 13.
Corona sapientiœ, timor Domini. Ibid.
Timor Domini expellit peccatum. Ibid.
Sapientia et disciplina timor Domini. Ibid.
Sta in justitiâ et timoré. Eccli. n, 1. -
Da locum timori Altissimi. Ibid. xix, 18.
Gloria illorum timor Dei. Eccli, xxv, 8. Timor Dei super omnia. Ibid. 14.
Beatus homo ciri donation est habere timorem Dei ! qui tenet illum, cui assimilabitur? Eccli. xxv, 15.
Ptenifudo sapientiœ est timere Deum. Eccli. i, 20.
Timenti Dominwm benè erit in extremis.
Ibid. 13.
Raclix sapientiœ est timere Dommum. Ibid.
In totà anima tuà time Dominant. Eccli. vu, 31.
Timor Domini delectabit cor , et dabit lœtitiam et gaudium, et longitudinem dierum. Eccli. t, 12.
Quàm magnus qui invenit sapientiam et scientiam ! sed non est super timentem Domiuum. Ibid. xxv, 13.
Qui timet Dominum nihil trepidabit et non pavebit, quoniam ipse est spes ejus. Eccli. xxxiv, 16.
La crainte du Seigneur prolonge les jours.
Celui qui craint le Seigneur est dans une confiance pleine de force.
La crainte du Seigneur est une source de vie.
La crainte du Seigneur est ce qui apprend la sagesse.
Tout homme évitera les maux par la crainte du Seigneur.
Demeurez ferme dans la crainte du Seigneur pendant tout le jour : car vous aurez ainsi de la confiance à votre dernière heure.
Le sage craint, et il se détourne du mal.
Peu, avec la crainte de Dieu, vaut mieux que de grands trésors.
La grâce est trompeuse, et la beauté vaine : la femme qui craint le Seigneur, voilà celle qui sera louée.
Celui qui craint le Seigneur ne néglige rien.
Craignez Dieu et observez ses commandements, car c'est là tout l'homme.
La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.
La crainte du Seigneur est la couronne de la sagesse.
La crainte du Seigneur chasse le péché.
La crainte du Seigneur est la sagesse et la science véritable.
Demeurez ferme dans la justice et dans la crainte.
Faites place en vous à la crainte du Très- Haut.
La crainte de Dieu est leur gloire.
La crainte de Dieu est au-dessus de tout.
Bienheureux l'homme qui a reçu le don de la crainte de Dieu ! A qui compareronsnous celui qui la possède?
La crainte de Dieu est la plénitude de la sagesse.
Celui qui craint le Seigneur se trouvera heureux à la fin de sa vie.
La crainte de Dieu est la racine de la sagesse.
Craignez le Seigneur de toute votre âme.
La crainte du Seigneur réjouira le cœur ; elle donnera la joie, l'allégresse et la longue vie.
Combien est grand celui qui a trouvé la sagesse et la science ! mais rien n'est audessus de celui qui craint le Seigneur.
Celui qui craint le Seigneur ne tremblera point; il n'aura point de peur, parce que Dieu même est son espérance.
PAKAiiKAPiir. tuoisikmi:
Timor Domini tieut paradisut benedtdio* in*. Eooll; m.. 28.
\ihil melius est quàm timor Dm, et nthtt (lulotut quàm respicere in mattdatù Domini Eooll. wiii, :n.
St Htm m timoré Domini tenueris te ôwtantsr, oiià subvertetw domiu tua. Ecolli wvii, ;.
Twtritti Dominum non oocurrent mata. M.