VI. — Effets et suites de la curiosité
4° La curiosité semble un défaut léger, dont on s'avoue facilement coupable et qu'on excuse aisément: elle est cependant l'occasion des plus grands péchés.
2°. Elle corrompt les meilleures actions; elle a cela de commun avec la vaine gloire : quelque louable que soit l'action entreprise par l'un de ces deux motifs , elle n'est d'aucun mérite devant Dieu, et même nous attire souvent sa colère, et ses plus sévères châtiments.
3°. Elle fait que le cœur, s'épanchant tout au-dehors, se vide et perd ce qu'il peut avoiracquis de vertu, de mérite et de sentiments de piété.
VU. — La curiosité étant l'effet ou la causede ladissipation d'esprit et de l'épanchement du cœur vers les biens extérieurs :
1°. Elle met un grand obstacle aux lumières du ciel et aux grâces intérieures par lesquelles il leur éclaire l'esprit et leur touche le cœur, pour les faire rentrer en eux-mêmes et les faire revenir de leurs égarements.
2°. Elle inspire un dégoût habituel des exercices de piété, de la prière, de la parole de Dieu et des plus saintes pratiques de la religion.
3°. Elle cause ensuite un profond oubli, une entière négligence du salut, et un mépris des plus salutaires avis qu'on pourrait nous donner sur une conduite si déréglée.
VIII. — La curiosité est opposée particulièrement à deux préceptes que nous donne le Fils de Dieu pour la conduite de notre vie.
1°. De veiller sans cesse sur nous-mêmes, pour nous garantir des pièges de nos ennemis, des surprises de nos passions et des charmes des objets extérieurs.
Or, qu'y a-t-il de plus opposé à ce précepte que la curiosité, qui nous dissipe, nous distrait, et applique notre esprit à toute autre chose?
2°. De renoncer, du moins de cœur et d'affection, aux choses de la terre. Or, quelle marque plus visible qu'elles nous plaisent, qu'on les aime, et qu'on est fortement attaché aux pompes, aux joies et aux divertissements du monde, que de les rechercher, de s'en remplir l'esprit, et d'y passer la meilleure partie de son temps ?
IX. — On peut montrer, dans les deux parties d'un discours : 1°. Que la curiosité est une passion ennemie du repos, tant du corps que de l'esprit, de celui* qui en est possédé. Elie lui cause mille inquiétudes, lui fait entreprendre de longs et de périlleux voyages; elle lui attire quantité d'affaires fâcheuses, l'engage dans des intrigues dont il apeine à se tirer, et lui cause enfin des troubles et des embarras de conscience dont il ne se délivre qu'en renonçant à cette passion inquiète. Ajoutez que la curiosité est insatiable, aussi bien que l'avarice, dont elle semble être une espèce, parce qu'elle n'est jamais contente: on passe d'un objet à un autre, et on ne dit jamais c'est assez : Non saturatur oculus visu, nec auris auditu. (Eccl. i).
2° Que, pour jouir de la paix et du repos, qui fait le plus grand bonheur de cette vie, il faut réprimer notre curiosité par une mortification continuelle parce que cette passion dure d'ordinaire toute la vie. Je dis par une mortification intérieure et extérieure de tous nos désirs déréglés et de tous nos sens, des yeux, des oreilles, et des autres qui excitent cette curiosité, et enfin par une attention continuelle sur nous-mêmes.
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L'avenir, puisqu'on j trouve des faits et des exemples qui peuvent être aui:int de Leçons.
\ L'égard des ohoses d venir, c'est une curiosité criminelle de prétendre connaître, par le moyen des astres, les destinées des hommes et les choses qui dépendent de leur liberté; mais c'est une curiosité superstitieuse ci détestable de les vouloir connaître par des moyens diaboliques, en consultait Les devins ou les démons.
3°. A l'égard des choses présentes, soit générales qui se passent dans tout lo monde, soit particulières dans les familles, c'est une curiosité inquiète, qui nous distrait, et qui empêche l'attention que nous devrions avoir sur nous-mêmes.
XI. — On distingue assez communément la curiosité en trois espèces, toutes dangereuses et préjudiciables à notre salut, et cela par rapport aux trois objets qui ont coutume de l'exciter. Le premier regarde les choses divines, les secrets de la Providence et les mystères qui sont au-dessus de notre esprit et de notre intelligence. Le second objet sont les choses gui sont au-dessous de nous, c'est-à-dire qui sont indignes de l'application de nos esprits, et qui ne sont propres qu'à corrompre le cœur après avoir corrompu l'esprit. Le troisième enfin sont les choses qui se passent autour de nous, c'est-à-dire les moeurs et les actions du prochain. Sur quoi l'on peut montrer :
1° Que la curiosité en matière de foi, et en ce qui regarde les secrets et les mystères que Dieu n'a pas voulu nous révéler, nous expose à perdre la foi, et à être aveuglé par l'éclat de la majesté de Dieu. C'est ce qui a fait tous les hérétiques, qui n'ont pu croire ce qu'ils n'ont pu comprendre.
2°. Pour les choses qui sont au-dessous de nous, nous devons entendre par là la connaissance du mal, qui, vu la pensée et l'inclination naturelle que nous y avons, ne sert qu'à irriter la convoitise, et nous porter à connaître par l'expérience ce que nous avons appris par l'étude et la spéculation : et il est constant que de vouloir savoir le mal par une curiosité indiscrète, c'est n'être pas éloigné de le commettre : et c'est le danger à quoi elle nous expose.
3°. La curiosité des choses qui se passent autour de nous n'est pas moins dangereuse : c'est-à-dire d'examiner la conduite et les actions des autres ;
parce que c'est une source de péchés contre la charité. C'est ce qui donne occasion aux médisances, aux soupçons, aux jugements désavantageux, et ce qui cause l'inapplication à nos propres devoirs.