‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 25 sur 59 · PÉNITENCE DIFFÉRÉE JUSQU'A LA MORT · texte numérisé non relu

PÉNITENCE DIFFÉRÉE JUSQU'A LA MORT

Combien elle est suspecte et souvent inutile Impénitence finale, etc.

Je joins ensemble le Délai de la pénitence avec /Tnipénitence finale, comme deux svjets qui ont une grande connexion, l'un étant la cause et rentre l'effet; outre que l'un et Vautre entrent dans le dessein du Sauveur, qui est de faire appréhender la mort dans le péché; ce qui fait proprement Vimpénitence finale. De là vient que ce sujet a encore du rapport avec la mort des pécheurs, avec l'habitude dans le péché, et avec l'abandon de Dieu, dont nous avons parlé en leur propre lieu, et que Von pourra consulter s'il est nécessaire. Mais je crois que, sans user de redites, on trouvera ici assez de matériaux sur /Tmpénitence et sur le retardement qu'on apporte à sa conversion. Il faut seulement remarquer que nous employons indifféremment ces deux termes, Conversion et Pénitence, pour signifier un changement de vie et un renoncement entier et sincère au crime et aux engagements criminels.

Pour ce qui est de /Tnipénitence, dont on peut traiter séparément, nous entendons par ces termes l'im pénitence finale, à laquelle le retardement qu'on apporte à sa conversion a coutume de conduire, quoique celte volonté déterminée de continuer ses désordres, et la négligence d'expier ses péchés par le sacrement de Pénitence, puisse s'appeler une impénitence actuelle, comme étant une disposition à celle qui met le sceau à la réprobation.

Desseins et Plans.

I. — Si nous faisons réflexion aux causes les plus ordinaires do ces coupables délais cl de ces retardements sans fin de faire pénitence, nous trouverons qu'elles so réduisent à trois. — 1°. Dans les uns, c'est indolence, paresse, dégoûi des choses do Dieu. — 2°. Dans les autres, c'est l'attachement au péché, un engagement criminel, ou quelque passion qui les domine, cl les retient dans une servitude honteuse. — 3°. Dans les autres enfin, c'est aveuglement d'esprit et endurcissement de cœur : ils ne sont touches ni par la crainte des jugements de Dieu, ni par le danger de'leur damnation éternelle. — Sur quoi je dis : — 1°. Que différer sa pénitence et sa conversion par indolence et par dégoût des choses de Dieu , c'est courir risque de mourir dans l'impénitence par surprise ; — 2°. Que différer sa conversion et sa pénitence par attachement au péché, c'est courir risque de mourir impénitent, par un effet de la justice vengeresse de Dieu ; — 3°. Enfin, que différer sa pénitence par aveuglementd'espritet endurcissement de cœur, c'est courir pourainsidire à sa perte, et rendre inévitable la mort dans le péché. — C'est le partage de ce discours.

Première partie. — À l'égard de l'indolence, il est incroyable combien de pécheurs elle endort : c'est elle qui cause cet éloignement habituel des tribunaux de la pénitence, qui les fait toujours différer de fête en fête , et remettre à un autre temps. Le caractère de ces indolents est trop commun pour vous être inconnu. Ce ne sont pas de ces pécheurs d'éclat, qui font murmurer le public de leurs désordres; ce sont des pécheurs secrets, sujets à des vices honteux et à des crimes que la mollesse produit et que l'indolence entretient: ils ne peuvent se gêner ni se contraindre en rien; eteommeilfaut se faire une grande violence pour rentreren soi-même, changerde vie et se priver de leurs divertissements, ils ne peuvent se résoudre, et ainsi diffèrent de jour en jour et d'année en année. Ce n'est pas que ces sortes de pécheurs ne ressentent, par intervalles , des alarmes, des inquiétudes , des remords de conscience; mais le fond d'indolence qui les domine a bientôt tout calmé, tout assoupi. D'ailleurs, comme lacrainte est presque la seule passion dont on soit capable en cet état, on se fait cent difficultés chimériques sur ce retour à la pénitence. Tantôt c'est la honte de porter ses iniquités secrètes à l'oreille d'un prêtre ; tantôt c'est l'appréhension de trouver dans un ministre zélé un défenseur trop sévère des droits de Dieu ; tantôt ce sont les rigueurs et les austérités que la pénitence prescrit; l'obligation de

prier, de veiller, de se mortifier, de se retirer des compagnies dangereuses et de pratiquer la retraite. Tout cela, ne s'accomraodant pas avec leur indolence , les fait toujours différer, et ne prendre jamais larésolution de commencer. D'où il arrive que cette indolence les conduit infailliblement à l'impénitence par voie de surprise, parce que la mort les surprend ordinairement en cet état.

Seconde partie. — Si le pécheur indolent doit craindre l'impénitence par voie de surprise, je dis, en second lieu, que le pécheur d'attachement doit la craindre par voie de vengeance et de justice. Ce n'est ni la honte , ni la timidité qui les retient, les jeûnes, les prières et toutes les rigueurs de la pénitence ne seraient pas capables d'empêcher leur conversion, si elle pouvait compatir avec l'objet de leur passion. Mais, parce qu'il n'est pas possible d'allier la pénitence avec un attachement criminel, ils prennent le parti d'une longue impénitence, quiestde différer toujours. — Etc'estàces sortes de personnes que s'adresse la menace que fit autrefois le fils de Dieu aux Juifs: la peceato vestro moriemïni. Je dis que ce sera par un juste châtiment de la justice de Dieu, 1°. Qui fait ordinairement cette réparation à sa miséricorde outragée, et doit en quelque sorte cette justification à sa Providence. 2°. C'est la punition dont il menace les pécheurs par ses prophètes: Iniquitates suœcapiunt impium; ideo jnorietur, quia non habuit disciplinant. (Prov. v.)Combien de fois est-il arrivé que des pécheurs sont morts au milieu de leurs débauches, d'autresdanslachaleur de leurs crimes? Jamais la justice et la vengeance de Dieu n'éclate davantage que dans ces sortes de châtiments publics, qui servent d'instruction aux autres, et qui font voir que ces pécheurs attachés à leurs crimes par une violente passion meurent comme ils ont vécu, c'est-à-dire dans l'impénitence.

Troisième partie. — Il est des pécheurs aveuglés et endurcis, et qui se sont rendus tels à force de résister aux grâces de Dieu, qui les a sollicités mille et mille fois de se rendre et de penser à leur salut. Ils sont maintenant insensibles àtoutes les touches du ciel; ils se sont eux-mêmes privés de tous les moyens qui pouvaient lesrappeler de leurs égarements ; ils ont étouffé tous les sentiments de religion, éteint toutesles lumières de la foi, assoupi les remords de leur conscience: ce sont des athées, qui ont perdu la crainte de Dieu. N'est-il pas évident qu'ils mourront dans l'impénitence, par l'insensibilité et l'inflexibilité de leur cœur, Dieu les laissant dans l'état où ils se sont eux-mêmes réduits par leur malice ?

IL Sur la pénitence différée jusqu'au lit de la mort. — On peut montrer qu'un pécheur qui ne commence sa pénitence qu'aux approches de la mort ne fait presque jamais une pénitence suffisante pour le salut. En voici les preuves et les raisons.

1°. En supposant même qu'ils nesoient pas surpris par une mort subite.

PAftAMUMl premier. 171

qui leurôtetoul moyen de penier h leur conscienoe, leur pénitence

preique jamais entière pour oe qui regarde la i Cession. Dana lei maladiea

mômes qui laissenl La plua de liberté d'esprit, de quelle frayeur, ei de quel étonnemenl a'eat-on poinl Baiai aux derniera momenta de ce départi Quel embarraa d'affaireadomeatiques auxquelles il faul mettreordrel Comment , ,l;iiis ce troubla <•< cette con(u8ion , repasaer de longues, année8 d'impénitence? Comment rappeler, en ces instante précipitée, le nombre, le a p lea circonstances de sea poches? Commenl faire une diacuaaion exacte ai l'on n'a point de biend'autrui, ei a'assurerde larestitution avant de mourir? Comment réparer tant de médisances et de calomnies qu'on a faites, de scandales qu'on adonnés, de torta et de dommages qu'on a causée au prochain? Que de réflexions naturelles, ei de retour sur les biens dont on jouis- I que Ton va quitter! Tout cela fait une étrange diversion des sentiments d'une véritable pénitence. Où est alors l'intégrité de la confession, dont "ii ne peut rejeter le défaut sur les circonstances de la maladie, ni sur l'abattement du corps: car pourquoi a-t-on tardé si longtemps , et pourquoi :i-i-on rejeté la pénitence jusqu'au moment où elleparaît impraticable?

2°. La pénitence faite à la mort et différée jusqu'à cette extrémité n'est presque jamais sincère quant à ce qui regarde la volonté et la ferme résolution de quitter le péché. Ce n'est pointvolontairementqu'on abandonne le péché, c'est par nécessité qu'on le quitte; ce n'est point une véritable conversion d'un cœur qui change d'objet avec détermination , c'est impossibilité de conserver des biens que la mort enlève ; c'est , enfin, un sacrifice forcé que Dieu n'accepte point.

3°. La pénitence qu'on fait dans ces derniers moments n'est presque jamais surnaturelle : la crainte humaine d'un avenir incertain en est souvent le seul motif, et la grâce de Dieu y a rarement quelque part. C'est le sentiment de S. Augustin. Que le pécheur, dit-il, ne s'attende point à la grâce de son Dieu pour ces derniers moments : la mort dans la justice est le pur effet de la miséricorde du Ciel, et le Seigneur s'est fait comme une loi de la refuser atout pécheur qui l'a méprisée pendant la vie.

111. — Trois choses sont à craindre en différant la pénitence et sa conversion au lit de la mort.

1°. La colère de Dieu, qui a coutume de se réserver cette heure pour punir nos délais, nos tiédeurs, le mépris de ses grâces, parla soustraction de ces mêmes grâces et le refus de la plus importante de toutes, qui est celle de la persévérance finale.

2°. Nos passions et nos mauvaises habitudes , qui sont alors d'autant plus fortes pour nous perdre que toutes les facultés et du corps et de l'esprit sont plus affaiblies.

3°. Le démon enfin, qui, voyant qu'il n'a plus de temps à perdre, n'ou-

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blie rien pour empêcher la conversion du pécheur, tantôt en ôtant la pensée du péril, tantôt en détournant celle de la pénitence , tantôt en effrayant le moribond, en le portant au désespoir, etc.

IV. — Un puissant motif d'embrasser la pénitence et de se convertir à Dieu sans délai est de penser qu'en différant on devient toujours plus vicieux et plus criminel, et par conséquent on se met en danger de ne le faire jamais. Les preuves s'en tirent:

1°. De la part de Dieu, qui, lassé d'attendre ceux qui font la sourde oreille à sa voix, retire ses grâces quand on en abuse , et abandonne enfin les âmes qui lui résistent par leurs infidélités.

2°. De notre côté, parce que, plus l'on remet et l'on diffère, plus la pénitence et la parfaite conversion devient difficile, à cause des mauvaises habitudes, quise fortifient toujours, et des engagements qu'on a contractés, auxquels alors on ne renonce qu'à regret.

3°. Du côté du temps , dont nous n'avons pas un moment d'assuré , et sur lequel nous ne pouvons compter.

V. — 1°. La pénitence à la mort est très-difficile d'elle-même. Le temps y est moins propre; le pécheur y est moins disposé; les douleurs de la maladie nous empêchent; on est accablé de mille autres soins , qui y mettent autant d'obstacles.

2°. Cette pénitence est encore infiniment plus difficile à ceux qui ont différé jusqu'à ce temps-là, à cause du peu de temps qu'il leur reste, de l'embrouillement de leur conscience, et du peu de moyens et de secours qu'ils ont alors.

VI. — Deux propositions peuvent faire le partage d'un discours.

La première. — Qu'il n'est point d'espérance plus mal fondée plus téméraire et plus insensée que celle du pécheur, qui, sans travailler à sa conversion pendant que la grâce lui en fournit le moyen et l'occasion, diffère toujours, et présume qu'il viendra un temps où la grâce et l'occasion lui seront favorables.

La seconde : — Qu'il n'y a rien de plus injurieux à Dieu que laprésomption de ce pécheur, qui remet saconversion à. contre-temps. (Massillon, De la fausse confiance des pécheurs).

VII. — 1°. Le délai de la pénitence lasse enfin la patience de Dieu , après qu'il a longtemps attendu les pécheurs.

PAHAGRAPHB PREMIER. 178

Les pécheurs tarii lent ta ource des miséricordes ei des bontés de Dibu , ;ii>us;uit ilu temps et des moyens qu'il leur donne pour sortir du malhouroux état où ils se sont mis.

ils bravent sa justice. Mais ce ne sera pas impunément, puisqu'elle sera mi jour d'autant plus sévère qu'elle aura été plus tardive e1 plus lento à punir.

VIII. — Sur la pénitence différée à la mort. Quwretit nw, et non invenietis.

l". Us chercheront Dieu, ces pécheurs qui l'ont rebuté et méprisé du-

rantleur vie: et ils ne le trouveront pas, parce qu'ils ne le chercheront pas comme il faut, ni au temps qu'il le faut chercher.

2°. Ils ne le trouveront pas, parce que Dieu se retirera d'eux à son tour et se cachera: ils auront beau Tappcler , il s'enfuira. C'est la menace qu'il leur fait.

IX. — 1°. Quel horrible malheur c'est de mourir dans le péché et l'impénitence: mal infini, sans ressource, et qui conduit à un malheur éternel!

2". Qui sont ceux qui meurent dans le péché et dans l'impénitcnce. Ceux qui diffèrent de jour en jour à faire pénitence, et qui attendent jusqu'à la mort.

3°. Comment ils meurent dans leur péché et dans l'impénitcnce finale.

X. — Le délai de la pénitence, et la négligence affectée de sortir de l'état habituel du péché, est une marque presque évidente et comme infaillible de réprobation.

1°. Parce que ce retardement n'est autre chose qu'une impénitence continuée laquelle, plus elle est longue, plus elle approche de l'impénitence finale, qui met le sceau à la réprobation "du pécheur, qui diffère de jour en jour sa conversion.

2°. Parce que ce délai et ce retardement est l'effet d'une sécurité habituelle et du repos que l'on trouve dans le péché : car celui qui pèche sans crainte et sans remords demeure et persiste dans son péché, sans se mettre en peine d'en sortir. Or, quelle plus grande marque qu'on mourra dans son péché, que d'y persévérer jusqu'aux derniers moments de sa vie, où l'on est incertain si l'on aura le temps, les moyens, et la volonté même d'y renoncer?

3". Parce que ce retardement porte sans cesse à de nouveaux péchés , qui rendent la conversion plus difficile, et qui attirent enfin la A'engeànce de Dieu, dont l'effet le plusterrible en cette vie est la réprobation.

XL Ceux qui différent de jour en jour à se convertir. — 1°. Abusent de la miséricorde de Dieu qui les attend à pénitence parce que, la mort étant due au pécheur dès le moment qu'il a commis le crime , autant de moments il les souffre en vie et diffère à les punir, autant de grâces il leur fait.

2°. Ils abusent de la miséricorde de Dieu qui les appelle ; car combien de lumières intérieures étouffent-ils ! Combien de grâces et d'inspirations méprisent-ils, etc.

3°. Ils abusent de la miséricorde de Dieu, qui offre de leur pardonner s'ils veulent sincèrement se convertir, parce que l'espérance du pardon et la confiance téméraire en sa miséricorde leur fait refuser de faire pénitence, et différer jusqu'à la fin de la vie. (Biroat , 2e Sermon pour le 2e Mercr. de Carême.)

XII. — Montrer que les espérances des pécbeurs qui diffèrent à la mort à faire pénitence sont ordinairement trompées.

1°. Parce qu'ils sont surpris par le temps qu'ils se promettent, et qui n'est pas en leur pouvoir.

2°. Surpris par la grâce que Dieu leur refuse justement, après qu'ils l'ont si longtemps rejetée.

3°. Surpris par leur propre volonté, qui ne renoncera pas alors sincèrement ni efficacement au péché. {Le même).

XIII. — Sur la mort dans le péché et clans l'impénitence, on peut distinguer trois sortes de personnes qui meurent ainsi, dont la conduite inconsidérée est capable de nous faire rentrer en nous-mêmes, par la diversité de leurs caractères et les suites de leur malheur.

Les premiers meurent dans le malheur actuel de l'impénitence: savoir, dans le désespoir ou dansla défiance de la miséricorde de Dieu.

Les seconds meurent dans la privation de toute sorte de pénitence , sans douleur, sans sacrements, sans assistance.

Les derniers meurent dans l'exercice de la fausse pénitence. (Bourdaloue, Lundi de la 2e semaine.)

XIV. — J'entreprends de vous développer deux vérités importantes sur ce sujet :

La première : Que différer de jour en jour à faire pénitence c'est se mettre dans un danger manifeste de ne le faire jamais.

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