I VI
Endroits choisis des Livres Spirituels et des Prédicateurs.
[La mort dans le péché.] — Ego vado et in peccato vestro moriemini. De quoi le fils de Dieu menace-t-il les Juifs? Je me retire de vous, comme vous vous êtes retirés de moi, et vous mourrez dans vos crimes. 11 les avertit que leur mort sera jointe à leur péché, comme le dernier accablement de peines, de calamités et de malédictions, et le plus funeste assemblage des deux plus grands maux , et ensemble de tous les maux, dont la justice divine puisse
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r . .1 mi éricorde outragée. Cette menace, Chrétien , e I au i bien pour non i quo pour les Juifs, l 'écheurs, qui différez <!<• jour en jour votre oonversion o\ votre pénitence, vou n'été encore que dan l'un de ces deux grands maux, otdoni il vouse I facile de vous délivrer par la pénitence : ne La différez pas: car, si la mort vous y surprend, vous j demeurerez pour jamais, et le Beoond mal rendra le premier incurable. (L'abbé d'Aubignac.)
Je veux que la pénitence a'ail pas moins d'effet, pour nous obtenir le pardon do nos orimes , dans nus derniers jours que dans nos première mais, répondez-moi je vous prie, qui vous a promis ce délai . Ave/.- vous traité avec Dieu pour avoir ce terme ? Savez- vous bien l'année de votre mort? en savez-voua Le jour? en Bavez-vous l'heure? il faul être, certes . bien téméraire pour présumer ainsi du futur: c'esi entreprendre sur l'autorité de Dieu, (pic de disposer ainsi del'avenir; il n'y a que lui qui Le puisse lai tv, parce qu'iln'yaque lui seul qui le voie: au lieu quel'homme aveugle, qui ne saurait découvrir ce que doil produire Le jour de demain , ni même s'il y aura pour lui un jour de demain , a bien peu de raison do reculer ainsi l'ouvrage de son salut en dos années qu'il no verra peut-être jamais. La mort est un voleur qui l'ait son coup clans l'obscurité, qui nous surprend dans Le repos, et qui n'avertit jamais de sa venue. Hélas! tel peut-être dans sa pensée, a résolu de se convertir à cette fête prochaine , qui n'aura pas assez de vie pour y parvenir ; tel peut-être a formé le dessein de le faire plus tôt, qui n'a pas encore trois jours à vivre ; tel a pris la résolution de commencer dès demain qui ne verra pas ce jour de demain ; tel qui m'écoute, à qui la miséricorde de Dieu ne donnera plus que le reste de cette journée, qu'il achèvera peut-être malheureusement, et cette nuit la justice du Ciel lui demandera son âme et le compte de sa vie. (L'abbé d'Aubignac. Sermons).
[La pénitence à la mort est ordinairement inutile.] — Si , dans nos dernières années, nous courons fortune de n'avoir qu'un repentir inutile , que dirons-nous de celui qui vient au dernier moment de la vie ? Vous imaginez-vous que la pénitence d'un hommemoribond soitassurémenttelle queDiEU lademande? Pour moi , j'avoue que j'ai bien de la peine à me le persuader. Une âme troublée des approches de la mort malaisément se trouve assez libre , pour faire une action méritoire devant Dieu. Les gémissements et les plaintes d'un homme qui va mourir sont plutôt les effets de sa douleur que de l'amour de son Dieu ; et, quand il serepent de sa mauvaise vie, c'est plutôt parce qu'elle est cause de sa maladie et de sa mort que pour avoir violé les lois de son Créateur. Je sais bien que , clans ces occasions, il y en a qui promettent tout à l'apparence extérieure d'une contrition de mourant, pourvu qu'on donne à l'Eglise une partie des grands biens qu'on a volés, ou pourvu qu'on rende une partie des richesses dont on ne saurait plus jouir, ou qu'on fasse quelque mine de réconciliation quand il faut perdre nécessairement les
moyens et les désirs rie se venger. Je ne veux pas décider absolument de ce qui peut arriver d'une telle pénitence ; mais j'ose bien vous assurer qu'il est très-périlleux de se fier là-dessus, et d'attendre son salut éternel par cette voie. (Le même).
[Dieu Irrité;] — Vocavi, et renuistis: ego autem ininteritu vcstrorideboet subsannabo vos. C'est en même temps un reproche et une menace que Dieu fait aux pécheurs. J'ai attendu, leur dit-il, ce temps que vous me demandiez ; j'ai laissé évaporer cette fougue de la jeunesse que vous alléguiez pour excuse; j'ai laissé ralentir le feu de vos passions: je pouvais, au même moment que vous vous retiriez de moi, vous abandonner à mon tour : cependant j'ai eu pitié de vous et de votre faiblesse ; j'ai différé et remis cet abandon trop juste à un terme pluslong; je vous ai suivis jusqu'à la fête la plus proche, comme vous le demandiez. J'espérais que vous reviendriez à moi, que vous feriez quelque chose pour votre salut : cependant vous n'avez rien fait de ce que vous promettiez. Mes prédicateurs ont parlé avec tout le zèle que ma gloire et votre salut leur ont inspiré ; les ministres de la pénitence vous ont attendus dans les tribunaux sacrés; les trésors de mes grâces et de l'Eglise ont été ouverts pour tous les pécheurs ; en un mot, je vous ai attendus pour opérer la justice : Expectavi ut faceret judicium. Mais quel a été le fruit et le succès de mon attente? Et eccetniquifos: c'a été l'iniquité! Un jourde pénitence, et des années de crimes; une confession vague et faite à la hâte, et mille rechutes pendant tout le reste de la vie; quelque légère aumône après mille rapines : El ecce iniquitas. Vous avez méprisé mes grâces, mes avertissements, mes menaces. Ego autem in interitu vestro ridebo et subsannabo vos. (Massillon) .
[Se préparer d'avance. J — Quoi! un homme du monde, un homme qui aura peutêtre consumé toute sa vie dans l'embarras des affaires, qui n'aura aimé que les choses de la terre, pourra prudemment espérer de pouvoir se bien disposer à la mort , principalement si son âge et ses infirmités font que réfléchissant sur ce qui lui peut rester de vie, il ne trouve en soi qu'une réponse de mort, pour user de l'expression de S. Paul, c'est-à-dire l'assurance d'une mortprochaine ? Non: présomption et folie que cette espérance! Il faut qu'il y ait un intervalle entre le temps des affaires de cette vie et le jour de la mort. Que diriez-vous d'un commandant de vaisseau qui ne songerait à voir si ses câbles et ses ancres sont en état que lorsqu'il se verrait battu de la tempête et menacé du naufrage ? d'un gouverneur de place qui ne penserait à réparer ses brèches et à se pourvoir de munitions et de vivres que lorsqu'elle serait investie et que l'ennemi ouvrirait la tranchée? ou d'un économe qui attendrait à marquer ses mises et ses recettes qu'il fût appelé pour rendre ses comptes ? Or, qu'est-ce que la mort ? Si nous en croyons les saintes Lettres, c'est une navigation périlleuse, où l'on passe du temps à l'éternité, parmi les tempêtes et les écueils; c'est un rude siège-
..il l'àuifl se trouve en un m. .ment investie et environnée d'ennemi un.' assignation <l mpte, où l'homme a à pondro poison de toui lei mouvements <!.■ :i \ lo, 'l ■ toutes '•• parole , de touti i ■ , I de toutes
ses ;ic| i.nis.
accordons, si vous voulez, à unhommoqu il ne mourra poini subitement: quelle apparence toutefois de croire que, dans ces dernières extrémités, il soit capable de se disposer «à bien mourir? Un lég d », une
douleur de tête tant soil peu violente: voilà un homme incapable de penser ;'i autre chose qu'à son mal , la douleur, en quelque pari qu'on la souffre, emportanl toute l'application de L'esprit et des sen i, pour ch< pcher d
tient "u pour se plaindre. EU on voudrait néanmoins se persuader qu'un malade, parmi les langueurs e1 les faiblesses qui accompagnent toute le grandes maladies; qu'un homme accablé de douleurs, rempli de triste d'ennuis, ei qui, do quelque côté qu'il tourne lesyeux, se voit environné de sujets de crainte et d'inquiétudes; on voudrait, dis-je, se persuader qu'un malade, dans une si grande confusion de i . soit capable de s'appli-
quera tous les exercices de vertu et de piété qui sont néc< es pour se disposer à une sainte mort ! Y a-t-il donc un aveuglement dans le inonde, si ce sentiment n'en est pas un extrême ! (Le P. Gégou, Préparation à
la mort).
[Prétexte des aiEaires.] — Ce qui retarde la conversion de tant de pécheurs, e'est qu'ils veulent attendre à se convertir qu'ils soient libres de tous les empêchements, de toutes les affaires qui les retiennent dans le monde. Quand je serai délivré de ce procès, dit l'un; quand je serai débarrassé, dit un autre, des soins de mes emplois et de mes biens; quand j'aurai mis ordre à ma famille, quand j'aurai pourvu mes enfants, quand j'aurai fait un petit fonds pour la vieillesse , alors je penserai à me convertir et à faire pénitence. Voilà comment on parle dans le monde. Vous voulez attendre que vous soyez libres de tous ces embarras du siècle, libres de toutes ces affai res temporelles? Vous vous abusez, pécheurs aveugles! vous ne viendrez jamais à cette pleine liberté d'esprit, à ce dégagement de toutes choses, et vous serez toujours esclaves de ces habitudes qui vous entraînent et qui se fortifient de plus en plus. Ainsi , voulez-vous sortir de l'état où vous êtes? ne tardez pas un moment, quand la voix de Dieu vous appelle : quoique vous soyez encore attachés aux biens de la terre, que vous teniez à la corruption du siècle, que vous soyez encore possédés par une passion qui vous domine, écoutez Jésus-Christ qui vous parle , et dès que vous entendrez sa voix, sortez de votre péché, comme Lazare de son tombeau. Sans cela ,' vous ne vous convertirez peut-être jamais. (Attribué à Massillon, Sermon sur V Habitude)*
[Dieu n'a pas promis d'attendre.] — Pécheur, qui diffères sans cesse la pénitence, la piscine de l'Evangile est une figure qui pronostique ton malheur! Tu
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prétextes sans cesse des délais et des remises, et tu diffères de jour en jour: mais sache que l'ange ne remue pas toujours l'eau de la piscine; sache que la grâce de la pénitence ne se présente pas toujours. Elle t'a plusi fois appelé , plusieurs fois sollicité de recourir à la miséricorde de Dieu : mais elle ne t'appellera et ne te sollicitera pas toujours. Et, quand même elle vous appellera, quoique cet ange remue votre conscience, vous serez si faihle, que vous ne ferez que vous traîner au bord de cette piscine ; et, quand vous y serez arrivé, vous y trouverez tant de gens qui vous empêcheront de vous y jeter, que vous n'y songerez plus.
Il n'est rien de si libre que la miséricorde de Dieu dans la disposition de ses grâces. En effet, l'esprit de Dieu souffle où il xeutiSpiritus xibi vult spirat. C'est pour cela qu'il faut écouter la voix de la grâce lorsqu'elle parle au cœur, parce qu'on ne sait pas où elle va, ni d'où elle vient : Vocem ejus au/Us, et nescis undè venio.t aut quàvadat. Ne dites donc pas que vous vous convertirez quand vous voudrez : cela ne dépend pas de vous, mais delà grâce qui est libre et qui agit librement. Comme Dieu est le maître de ses grâces, il les partage inégalement et comme il veut : dividens singulis prout vult. Et S. Ohrysostômé dit que Dieu agit en maître et en souverain quand il distribue ses grâces: il les donne à qui il veut et quand il veut: Cui vult dat gratiam. Comme il agit en maître, il agit avec inégalité; il ne traite pas les pécheurs comme il traite les justes. Il n'abandonne jamais les justes qu'après qu'ils l'ont abandonné, et par conséquent il leur donne la grâce tandis qu'ils lui sont fidèles. Mais il ne traite pas de la sorte les pécheurs : tantôt il leur fait miséricorde, tantôt il les endurcit : Cajus mit miseretur , et quem vult indurat. C'est donc une présomption de s'attendre qu'on aura la grâce de se convertir et de faire pénitence, au temps que l'on aura fixé et déterminé.
Quand Dieu s'est souvent présenté à un pécheur , et que le pécheur a opiniâtrement résisté à ses grâces, ce malheureux ne le trouve plus quand il le cherche : Quœretis me, et non invenietis; c'est la menace qu'il fait luimême. Eh quoi ! pendant toute votre vie vous n'avez cherché que les plaisirs du corps: et à votre mort vous prétendez trouver la grâce dans la pénitence ! Vous n'avez cherché que les biens de la terre, et à votre mort vous prétendriez trouver les biens du ciel ! Pendant votre vie vous n'avez soupiré qu'après les douceurs du monde, et à votre mort vous prétendez trouver celles du Paradis ! Quelle étrange conduite, et quel pitoyable aveuglement ! (Anonyme.)
[Trouble à la morl.j — Un homme est alors au même état où se trouve une ville étroitement assiégée et rudement battue par les ennemis. Toutes les fonctions civiles y sont suspendues: les cours de justice, les académies de lettres, le commerce, les arts, tout ees.-:e durant cette calamité ; tout le monde court aux brèches et sur les remparts, où le péril commun appelle. Ainsi une personne assiégée de douleurs à la mort, pour me servir de l'ex-
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mu du | u< . j il !«•««■ , tio ion pi à e douleur i on âme e I tout entière aux parties qui Bouffrent le plus ; o'e ' là qu'elle fait ! efforts
i r repou er l'ennemi prôo dese rendre maître de la place. En ce terni) -
là, elle ne voit plus, elle u'ontend plus, elle ne sent plu que on mal : en ce temps-là, on n'o e plue l'entretenir de mille affaires importantes: et cependant o'est le temp ré ervé pour la grande, pour l'unique affaire, pour l'affaire où il s'agit de tout.pour l'éternité. Malheuf à moi si je suis si mal avisé que d'en user de la sorte! malheur à moi Bi je diffère jusqu'à l'extrémité de La vie ce qui doit être l'occupation de toute la si''! (Le P. de la Colombière).
| Se convertir présentement. | — Toujours balançant entre l'espérance et la crainte, flottant entre deux partis, attendant une décision sur rotr tinée, pouvez-vous quitter le parti le plus bût, qui es1 de sortir de l'état où \ous ne voudriez pas mourir? Quand il n'\ aurait pas pour vous plus de sujet d<' craindre que d'espérer, seriez-vous sages de demeurer dans le calme ! Mais il s'en l'an! bien que les choses soient égales pour vous: vous avez infiniment à craindre, et très-peu à espérer, Tout ce qui peut vous faire souvenir de ces deux propositions si contraires : Mourrai-je dans le péché? n'y mourrai-je pas? doit vous troubler, et vous faire prendre le parti le plus sûr. Or, ce premier parti est bien plus certain, pour un homme qui vit dans le péché. Car, vous savez que vos propres forces ne suffisent point pour vous faire sortir du péché : il vous faut un secours divin et extraordinaire, dont personne ne se peut flatter, au lieu que vous n'avez besoin que de vous-mêmes pour demeurer dans votre péché.
Je sais qu'il ne faut pas désespérer de son salut, quelque grand pécheur qu'on soit: mais l'humble confiance ne compte sur rien, et fait tout ce qu'elle peut: vous au contraire, vous comptez sur tout, sans rien entreprendre. L'humble confiance est la ressource des pécheurs, et vous en faites l'excès de vos crimes : l'humble confiance attend en tremblant, et dans l'amertume de son cœur, le pardon de ses fautes : et vous l'attendez froidement dans un inutile repentir que vous ne ferez peut-être jamais, ou que vous ferez trop tard. Je sais que le repentir n'a jamais déplu à Dieu : mais il est un temps où nous devons le croire inutile, et la confiance que nous fondons sur ce repentir est présomptueuse et criminelle : c'est lors ■ que nous espérons lâchement et témérairement, en attendant des conjonctures plus heureuses, sans faire aucun effort pour le présent. C'est là cette fatale erreur, où vivent la plupart des pécheurs; et c'est une illusion trompeuse, dont le démon se sert le plus souvent pour combattre les sentiments de salut dans une âme.
Quoi donc ! lorsque vous vous promettez que dans un autre temps Dieu vous fera miséricorde, vous croyez qu'il changera votre cœur? Mais pourquoi comptez-vous plus sur l'avenir que sur le présent ? Votre cœur
sera-t-il plus disposé à la pénitence? Et quel sujet avez-vous de croire que les occasions seront plus favorables! Trouverez-vousdans ce cœurplus de dispositions à rompre des chaînes que le temps passé et le temps avenir auront fortifiées? des liens formés parla suite de l'habitude ne seront-ils pas plus difficiles à rompre? Pourrcz-vous plus facilement résister à un torrent qui sera enflé par une quantité d'eaux amassées depuis longtemps? pourrez-vous plus aisément tenir contre une pente que la longueur des années aura faite, et qu'on ne pourra plus redresser? Etes-vous responsable de ces circonstances que vous prétendez devoir être plus favorables avec le temps? Vous ne différez votre conversion que parce qu'il vous en coûterait trop de la faire à présent : mais vous en coûtera-t-il moins à l'avenir, que vous serez plus endurci dans le crime? Vous croyez que plus cette plante grossira, plus vous aurez de facilité à la plier! que plus cette plaie sera envenimée, moins vous aurez de peine à la guérir! Est-il rien de plus insensé? Vous attendez des temps de pénitence plus favorables: et vous ne voyez pas que c'est le temps môme qui vous ôtera toute facilité de la faire?
Il est certain que l'ordre de la divine sagesse ne peut être justifié si le pécheur est en droit de compter touiours sur la miséricorde de son Dieu; et, si cette miséricorde s'accommodait en tout temps à la fausse confiance du pécheur, il suffirait d'avoir un désir de conversion pour être en droit de vouloir l'obtenir à la mort. Le juste qui mortifie ses sens pour obtenir le don de la persévérance finale n'aurait donc rien au-dessus du pécheur endurci et obstiné, qui ne fait rien pour la mériter ! Il serait donc indifférent à tous les hommes de marcher clans les voies de l'innocence, ou de courir sans cesse dans les voies égarées jusqu'à la fin de la vie ! Le sort des uns et des autres serait égal ! Ce serait donc une folie de porter le joug du Seigneur dès sa tendre jeunesse, puisqu'on ne différerait en rien de ceux qui attendraient grâce à la mort. Le repentir renvoyé à la fin de la vie serait donc une sage conduite de la meilleure politique, et l'Eglise, en ordonnant des pratiques de pénitence et des exercices de piété, en nous excitant à la fréquentation des sacrements, ne ferait qu'amuser les pécheurs.
Non-seulement le pécheur qui présume de sa conversion, en la différant de jour en jour, tombe dans une incertitude affreuse de son salut, mais dans une certitude manifeste de sa perte. Car vous attendez que Dieu vous convertisse : et comment l'attendez-vous? en multipliant vos crimes, en négligeant tous les moyens de salut que sa parole, ses sacrements et ses ministres vous offrent; en ne changeant rien à la conduite do votre vie et au dérèglement de vos mœurs. Comment donc vous abuser ainsi sur vos désordres, en attendant que la grâce seule vous en délivre sans y apporter aucun soin de votre part? La grâce que vous attendez au milieu de vos désordres est le fruit des larmes, des soupirs et des violences qu'on se fait : elle veut être longtemps demandée, désirée, recherchée. Or, la
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demandez-vous Ban i ■ e e? ollicitoz-voui lé Seigneur de roui I accorder?
1 1 >e possible pour l'attirer I Voui dltei plut
l»iM , avec une téméraire confiance: i Seigneur, j'espère que roui me convertirez ; qu'un jour viendra que vous romprez mes funestes liens, que vous me défendrez contre les ennemis de mon salut, et <ill(' rou i ma retlde l'abîme où je suis, par vos grand iricorde . » Insensé que
vous êtes ! es1 ce là demander a Dibi votre conversion t El lgnorez*voua qu'il n'y a rien de plus propre à éloigner de vous les bienfaits el le grâces du Seigneur que la témérité avec laquelle on les attend, et qu'aine i oa a'erl .jamais moins assuré de son salut e1 plus cci-tain de sa perte que de passer sa vie dans ce retardemenl criminel? (Massillon).
[ la dernière heure. ] — Quand .un pécheur ne se tourne vers. Dieu qu'au
moment où il se voM attaqué d'une maladie qui le presse, et qu'il esi me* nacé de la mort, que devons-nous en penser? Je n'en sais rien, répond s. Augustin ; toul ce que jesaisc'esi qu'il yabien 6 craindre pour lui: Von ium seenrus. Il a reçu l'absolution du prêtre, il est vrai ; le prêtre la
lui a dû donner, et il ne s'en pont dispenser lorsque le malade la demande etqu'il témoigne par quelque signe extérieur son repentir: mais cette absolution a-t-e!le été recevable au jugement de Dieu? C'est là, continue le saint docteur, ce qui me paraît fort douteux: Non tum tecurui. J'ai bien pu écouter ce moribond et recueillir ses derniers soupirs; j'ai pu l'animer, l'encourager, lui conférer le sacrement de pénitence : mais que le sacrement ait eu son effet et que la pénitence ait été sincère, c'est de quoi je n'oserais répondre: Pœnitentiam darc possum, securitatetn dore non possum. Ces sortes de pénitents sont-ils donc damnés : Damnabnntur? Il ne m'appartient pas de décider ainsi de leur sort, et je n'ai rien à dire de positif là-dessus; Non dico. Seront-ils sauvés: Liberabunturl Je puis encore moins l'assurer, encore moins le présumer, encore moins l'espérer et le faire espérer aux autres : Non dico, non prœswno, non promitto. Car je ne Veux ni tromper personne ni me tromper moi-même: Nec fallu, 7iec fallor.
Consultons sur ce sujet notre expérience. Combien voyons-nous, tous les jours, combien entendons-nous de malades, former dans l'extrémité où ils se trouvent les plus belles résolutions ? Quel langage tiennent-ils ? quels soupirs poussent-ils vers le Ciel? A les en croire, ils seront des saints, si Dieu daigne leur accorder encore quelques années, et prolonger une vie prête à s'éteindre. Le mal en effet diminue et n'a plus des accès si violents; le feu qui les consumait se ralentit; la santé revient, les forces renaissent: les voilà rétablis: mais en sont-ils meilleurs ? Vous le savez, Chrétiens; vous en êtes témoins: on les voit dans les mêmes habitudes, dans les mêmes débauches. On en est surpris. Pour moi, ce changement ne m'étonne pas; ou plutôt, je dis qu'il n'y eut jamais de vrai changement. Sur le point d'aller paraître devant Dieu, et touchant de près à
leur dernier terme, ils étaient ce qu'ils taraient toujours été, et ce qu'ils sont encore présentement, malgré tant de protestations, malgré tant de regrets apparents : si Dieu les eût pris alors, si la mort les eût enlevés, ils étaient perdus, puisque leurs regrets et leurs résolutions n'étaient pas sincères. (Le P. Giroust, Sermons).
( Le prêtre au lit de l'impénitent. ) — Je conviens qu'un pilote est bien nécessaire dans la tempête, un médecin dans la maladie, et un confesseur habile et vertueux aux approches de la mort: mais hélas! qu'est-il arrivé mille fois? qu'arrive-t-il encore tous les jours? Le confesseur parle, mais le malade ne l'entend pas ; le confesseur, pour l'exciter, lui dit les choses les plus touchantes, lui suggère les sentiments les plus chrétiens; mais c'est un langage inconnu pour le malade, il n'y conçoit rien. « Pensez à vous, lui crie le prêtre; demandez à Dieu miséricorde! » A cela quelle réponse? Souvent pas une parole; le malade est sourd, il est insensible. La raison est que, dans cette extrême défaillance, où les organes sont affaiblis, où l'àme n'a presque plus d'action que certaines réminiscences, on ne comprend que ce qu'on a compris durant la vie, on n'est frappé que de ce qui a frappé durant la vie. Voulez-vous remuer et ranimer ce mourant? voulez-vous lui faire reprendre ses esprits? Retracez-lui les choses du monde : il vous répondra. Mais, pendant que vous n'aurez à lui parler que de son àme, de ses péchés, du regret et de la douleur qu'il en doit avoir, de la crainte des jugements de Dieu, de la confiance en ses miséricordes, d'une autre vie, des sacrements, de la préparation qu'il y faut apporter, ses oreilles seront fermées, sa langue sera muette, et son cœur froid et endurci. (Le même).
[Grâce de conversion.] — Savez-vous que la grâce de conversion, que vous attendez à la mort, est la plus extraordinaire des grâces : et cependant vous voulez avoir droit de l'attendre, vous qui vous en êtes rendu le plus indigne ! Indigne par ce caractère d'endurcissement dont vous connaissez toute l'énorinité ; indigne par les lumières et les inspirations du Ciel dont vous avez mille tois abusé; indigne parle fruit delà sainte parole, des mystères et des instructions , que vous avez négligé ; indigne par les inclinations heureuses que le Ciel vous avait données, et dont vous avez si longtemps fait un si mauvais usage; indigne enfin par la fausse sécurité que vous vous êtes faite, et qui est le pire de tous vos crimes. Je vous demande: S'il y avait un seul pécheur qui dût attendre de Dieu la grâce de sa conversion, serait-ce un pécheur de votre caractère ; et, s'il y a à craindre pour un seul pécheur, ne devriez-vous pas appréhender que la malédiction du ciel ne tombât sur vous, et que vous ne soyez rejeté comme un criminel qui ne mérite point de pardon ? (Massillon.)
Les grands changements du mal au bien ne se font pas en un instant. C'est un grand changement que celui d'une mauvaise vie en une bonne. Le
i \i; 10RAPHB SIXIÈME.
moment de la mort n'.\ suffit pas, el le véritable pénitence ei tsi r ire alors, qu'elle peut po sor pour an mira qae toul ce qui <• ■< diffi-
cile ne so fait que rarement. Or, la conversion du pécheur n'est jamai difficile qu'à la mort. Les douleurs du corps accablent l'e prit, qui n plus presque que par habitude, parce qu'en cette extrémité la nature tombe en défaillance; il no lui reste quasi plus de fi rce qie pour ce qu'elle ;i accoutumé de faire. Celui qui n'a point appris à souffrir ne fait q plaindre lorsqu'il est malade, el trouver à dire à tout ce qu'on fait pour le soulager: celui qui n'a jamais eu de piété ei de religion n'est pa en élat d'en faire Les actes ni d'en donner des preuves solides. (Le P. Nouet, Retraite pour se préparer à la mort).
[Dieu irrité.] — 11 n'y a rien déplus impitoyable que la bonté méprisée et la patience poussée à bout. Vous êtes vieux, et vieux pécheur. La longueur de votre vie n'abrège point la durée de vos péchés; vos années prolongées sont des dons inutiles de la miséricorde de Dieu. Règardez-les donc comme
autant de malédictions de Dieu, dit S. Grégoire, comme autant de gages de votre réprobation: Ipsa prorogatœ pietafis iempora quasi damnationis argumenta teneamus; parce que, en négligeant ces effets de sa bonté, vous méritez qu'il vous refuse des grâces plus fortes pour opérer votre conversion.
Vous voilà peut-être, mon cher auditeur, sur la fin de l'âge; vos infirmités vous annoncent votre mort. Vous gémissez sur la brièveté de la vie : vous voudriez être immortel, pour rendre votre libertinage immortel ; et vous croyez qu'à la mort l'heureuse immortalité voussera préparée, à vous qui avez mis votre bonheur dans l'immortalité de votre péché? Jugez, jugez de Dieu par vous-même. Quelle serait la disposition de votre cœur envers un ingrat éternel, à qui vous pardonneriez tous lesjours,etque vous trouveriez tous les jours dans la révolte ? ne vous lasseriez-vous point enfin de le souffrir? N'auriez-vous nul ressentiment de son ingratitude ? (Le P. de la Rue).
[Incertitude du temps. | — De tant de choses qui sont nécessaires à la pénitence d'un pécheur, il n'en est pas une qu'il puisse dire absolument à sa disposition. Mais celle dont il peut le moins disposer, c'est le temps: ne fût-il question que du lendemain, il ne saurait en aucune manière le garantir. Renvoyer sa conversion, non à ce lendemain, mais à plusieurs années après, et la renvoyer avec un air d'assurance sur le succès, c'est se jouer de tout ee qu'il y a de personnes raisonnables, à qui l'on voudrait faire croire que l'on veut se convertir; c'est se jouer de soi-même, si Ton s'abuse par une espérance téméraire. Il est incroyable que, sur un sujet où il y va de tout ce qu'on a déplus cher, on veuille prendre quelques mesures, lorsque volontairement et de son plein gré l'on se jette dans le danger de n'en prendre aucune. Eut-on autant raison d'espérer qu'on l'a de craindre, encore
la résolut] on dont on se préoccupe serait-elle hors de toute vraisemblance, et l'on a des motifs infiniment plus pressants de craindre que d'espérer. {Remarques sur divers sujets.)
[Nous ignorons l'heure de la mort.] — Combien y en a-t-il dans cette compagnie pour qui le terme de leur vie et l'instant de leur mort est proche ! Et combien de ceux même qui s'en croient les plus éloignés! Si Dieu, au moment que je parle, me les désignait en particulier; et que, m'adressant à chacun d'eux, je leur dise de cette chaire: « C'est vous, mon cher Auditeur, qui n'y pensez pas ; c'est vous qui devez mettre ordre à votre conscience: car vous mourrez dès demain, et voici le dernier avertissement que Dieu vous donne » ; si je leur parlais ainsi, et qu'ils fussent certains de la révélation que j'en aurais eue de Dieu; il n'y en aurait pas un qui ne se convertît, pas un qui ne renonçât dès aujourd'hui à tous ses engagements, pas un qui ne lit sur l'heure pénitence, et qui différât d'un seul moment. Pourquoi ?' Parce qu'ils seraient assurés que leur dernier jour approche, et qu'ils ne voudraient pas perdre le temps qui leur resterait. Ah! Chrétiens, pourquoi ne faites-vous pas ce que feraient ceux-ci? et pourquoi ne font-ils pas eux-mêmes, dès maintenant, ce qu'ils feraient alors ? Avonsnous une caution contre l'inconstance de la vie et l'incertitude de la mort? (Bourdaloue.)
[Ingratitude et imprudence.] — An ignoras quoniam benignitas Dmad pœnitentiatn te adducitï L'Apôtre ne veut pas dire seulement que Dieu donne aux pécheurs le loisir de faire pénitence, qu'il leur laisse le temps et les occasions propres d'user de la grâce qu'il leur présente pour opérer leur salut: mais encore il prouve que Dieu n'a point de moyen plus efficace et plus puissant pour nous persuader notre conversion, que de nous faire connaître sa patience. Car ne faut-il pas dire en effet, que c'est une ingratitude effroyable à un homme de voir un Dffeu si bon, qui l'a attendu si longtemps â pénitence, et d'abuser de sa patience pour persévérer àl'offenser, en différant sa conversion ? 0 Dieu ! que la prédication de Jonas fut puissante sur le cœur des Ninivites! A la simple proposition qu'il leur fait que, pour sortir de leur péché, onleur donne encorequarante jours de délai, ils s'en servent aussitôt pour faire une rigoureuse pénitence. Mais hélas ! que d'années expirées depuis que Dieu attend la conversion de ce chrétien ! et cependant il abuse du délai qu'en lui donne. Ne pouvons-nous pas lui dire avec justice qu'il fait un mépris continuel de la bonté et de la patience de Dieu?
Dieu donne ordinairement aux pécheurs, durant leur vie, beaucoup de temps pour faire pénitence ; il les supporte longtemps, afin de trouver le temps favorable pour les attirer, et pour leur faire entendre cette voix : Pœnitentiam agite : Faites pénitence de vos péchés. Il attend avec patience ce jour; il supporte des vingt et trente années le pécheur , dans cette vue et dans ce dessein. Mais que fait ce pécheur, quand il diffère toujours sa
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conversion? Il s'en serl pour éloigner la pénitence: bien loin de répondre .. hi bonté cl .1 la miséricorde de Dibu, il s'en sert pour irriter sajustico, ri bien loin do travaillera son lalut, il persévère de ai . v> ettree
abuser de la bonté de Dibu, quand, au lieu de lui donner ce qu'elle attend de uoui el à quoi elle nous sollicite avec empre lemeni pour L'intérél seul du pécheur, non seulement il diii'ere, mais il te sari du délai mémo pour des desseins tout opposés, pour continuer ses désordres, pour augmenter le nombre de ses crimes ( (Biroat.)
|Jiisiicc de Dieu.] N'est-ce pa : un assez grand de la bonté et de la
miséricorde de Dieu que de vous inviter au repentir touslcsjours de votre vie, que de vous remontrer la rapidité du temps , et de tous menacer du peril de la surprise '. Tou1 cela ne sen ii a. qu'à vous enhardir au péché, qu'à vous affermir dans le dessein de pou si loin qu'elle peut
aller, ci de ne vous humilier devant lui qu'au point où vous verre/, votre perle inévitable, et son liras suspendu sur vous, prêt à porter le dernier coup «le la mort . Vous a\ ez (lit quand il vous pressait par sa grâce : « A la mort (non pas aujourd'hui), ii la mort nous y penserons; maintenant j'ai d'autres affaires ! A la mort, c'est le temps de songer à Dieu ; maintenant le temps do goûter la vie ! * La voilà passée, cette vie ; cette mort est devant vos yeux. Qu'attendez-vous, sinon que Dieu vous refuse à la mort ce que vous avez refusé durant la vie ? qu'il vous fasse sentir que la vie était le temps de la grâce, et non pas le temps du plaisir? C'est donc une extrême témérité, pour tout homme vivant, de faire aucun fond sur ses derniers jours pour obtenir la grâce de la pénitence.
Cet Antiochus, dont l'inutile repentir a frappé tant de fois vos oreilles, était le maître de l'Asie et la terreur de tout l'Orient. De quelle importance n'était-il pas à la gloire du Seigneur d'accepter la soumission du plus grand prince qui fut alors ; de lui voir réparer avec éclat les ravages qu'il avait laits dans le temple, établir la loi du vrai Dieu dans toute retendue de ses Etats, et lui-même s'y soumettre? Quel progrès la conversion d'Antiochus ne semblait-elle pas promettre à la religion? A cela Dieu parait fermer les yeux: il trouve une plus grande gloire et un intérêt plus pressant à détromper les grands de cette fausse opinion, que Dieu les distingue du commun dans la distribution de la grâce, et qu'il se fait honneur de leur pardonner, en quelque temps qu'ils veuillent s'abaisser jusqu'à lui demander pardon. Il réprouve les grands, tout pénitents qu'ils paraissent, et il prodigue, pour ainsi dire, la grâce de la pénitence à un malheureux larron, parce qu'il voit dans les péchés des grands plus de malignité et d'ingratitude.
C'est dans le cœur que doit être la conversion : ce cœur, cette volonté, pour opérer une vraie conversion., doit être libre, sincère, et ferme : toutes indispensables conditions. Or, la volonté du pécheur mourant , bien loin d'être libre, est toujours forcée ; bien loin d'être sincère, est toujours dé-
guisée ; bien loin d'être ferme, est toujours fragile et disposée au changement. Sur dételles dispositions, quelle confiance? Point de conversion sans liberté. Le divorce que vous faites alors avec le monde est-il libre ! n'est-il pas vraiment forcé! Vous quittez vos péchés , dit S. Ambroise : vous vous trompez, ce sont vos péchés qui vous quittent. Preuve : les avez-vous quittés quand vous avez pu les garder? Vous quittez les occasions et les compagnies : abus ! ce sont les occasions et les compagnies qui vous quittent. Preuve : tant que vous avez pu leur être fidèles, hélas! leur avez-vous manqué ? Vous donnez à Dieu votre vie en satisfaction pour vos péchés : ridicule proposition ! c'est Dieu qui vous arrache la vie ! Preuve : Eh ! vous n'avez songé qu'à la vie, tant que vous avez cru la pouvoir encore sauver. Quel gré vous sait-on là-haut de ce sacrifice involontaire? (Le P. de la Rue.)
[Tentation à la mort.] — Est-on. en mourant, à l'épreuve des tentations qui surviennent, et qui alors redoublent leur fureur? Vous n'avez jamais su les combattre durant votre vie: comment les saurez-vous combattre au lit de la mort ? Que faut-il, en pleine santé, pour vous faire perdre la grâce en sortant du tribunal même de la pénitence, et de la table du Sauveur? Rien souvent qu'un souvenir, qu'une imagination légère, qu'un moment d'attention à ces fantômes importuns qui corrompent vos pensées, que l'habitude vous a rendus familiers : rien plus, en pleine santé, pour vous replonger dans le crime. Que faut-il de plus dans l'accablement des douleurs, dans le redoublement des efforts que fait alors le démon pour se mettre en possession d'une âme qu'il a toujours dominée ? Qu'un seul péché d'habitude se présente à la pensée, que le cœur s'y repose un seul moment : c'en est fait ; ce malheureux aura tourné l'œil sur ce fantôme, il y aura pris plaisir : ce sera le dernier souffle de sa vie et le dernier coup mortel. Coup imprévu, mais irrémédiable : il est perdu pour jamais, il n'y a plus de ressource ! (Le même).
[Difficultés après le retard.] — Si c'est la difficulté de se convertir qui nous fait perdre la pensée de le faire , en deviendra-t-elle moindre, cette difficulté, par notre délai? cette habitude sera-t-elle moins invincible avec le temps? la peine que nous trouvons maintenant à la détruire sera-t-ellc moindre dans la suite ? Arrêterons-nous aisément ce torrent, qui grossit tous les jours par de nouveaux péchés que nous commettons ? rompronsnous plus facilement cette chaîne qui se fortifie de plus en plus ? nous dé • chargerons-nous plus aisément de ce fardeau? Le démon sera-t-il plus faible à l'avenir ? et nous , serons-nous plus forts ? Comment nous a-t-il perdus ? Par la vue d'un plaisir qu'il nous a fait goviter; par l'espérance qu'il nous a donnée de grossir notre revenu en faisant une injustice ; en nous montrant la pénitence comme un exercice pénible, et le chemin du ciel comme une route impraticable. Aura-t-il désormais, ce malin esprit .
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moins d'adresse ou moins de fores pour nous tendre le i mêmes piège i ot pour Huns \ faire tomber? Noire esprit, obscurci par le péché, deviendra i-il plus éclairé on vivanl dans le péché ? ootre volonté Bera-t-elle plus forte, et notre appétil plus soumis à la rai ion e1 ï la grâce? Comment donc notre conversion sera-t-elle plus aisée en différanl à noui convertir.
Téméraires que nous sommes ! nous prétendons que, vivant dans un criminel oubli de nos devoirs, dans une molle indifférence pour les choses du ciel, dans un continuel embarras que nous nous bisons à loisir pour contenter nos passions, nous pouvons attendre une heureuse mort, que les sainls toujours attentifs à Dieu , toujours appliqués à eux-mêmes, n'ont presque osé se promettre, et qu'ils n'ont espérée qu'on tremblanl ! Est-ce que ce que nous devons craindre à la mort n'est pas capable d'exciternotre négligence à nous y préparer, et de nous désabuser de ces vains et ridicules prétextes qui nous l'ont difféiier do, jour en joui-, après avoir déjà peut-être différé tant d'années? (Anonyme.)
[On cache aux malades leur état] — Voulons-nous savoir ce qui arrive presque toujours? C'est que, dans les maladies ordinaires, le malade cherche d'un côté a s'étourdir sur le péril où il est; et, d'un autre côté, on lui dissimule la vérité dans les premiers jours, où il aurait eu de la force et de la connaissance pour pensera lui; et quand enfin on lui parle de recevoir les sacrements, au lieu du moins de lui dire, comme le prophète Isaïe dit au Roi Ezéchias : Dispone domui titœ, quia morieris tu, et non vives ; on cherche des détours pour lui faire entendre que la maladie n'est point mortelle, et on lui ôte ainsi le plus puissant motif de faire un dernier effort pour retourner à Dieu. Tantôt la fausse tendresse d'une épouse où d'un ami , quelquefois même le vil intérêt d'un lâche héritier, qui craint que des legs pieux, ou qu'une restitution nécessaire n'altèrent une succession qu'il dévore déjà des yeux, sont la cause qu'on cache toujours au malade le danger de sa maladie, et font qu'on ne le lui découvre que quand il est à demi mort. D'où il arrive que cette mort, quoique naturelle , est pour lui une mort subite, et que si les sacrements qu'il reçoit alors peuvent être de quelque consolation pour les vivants , il y a tout lieu do craindre qu'ils ne soient souvent inutiles aux mourants. (Montmorel, 15^ dimanche après la Pentecôte).
[Prétexte des affaires.] — Pour vous persuader à vous-même que vous voulez tout de bon et sincèrement vous donner à Dieu et vous convertir, il ne faut point différer; mais commencer maintenant: Hodie si vocem ejus audie ritis , nolite obdurare corda vestra. Ne vous excusez point sur les affaires." « Quand nos besoins spirituels nous pressent, dit S. Chrysostôme, les affaires temporelles ne sont point des affaires, elles ne peuvent nous servir d'excuse. » Ne me dites pas que vous emploierez au soin de votre conscience le premier loisir que vos affaires vous donneront. Si vous ne prenez T. III. 14
du loisir, les affaires ne vous en donneront jamais. Elles se suivent les unes les autres; elles s'engagent les unes dans les autres, et s'engagent de telle sorte, qu'avant d'en voir une finie vous en avez toujours quatre commencées. C'est une chaîne dont vous ne sauriez trouver le bout, et dont vous ne vous tirerez jamais si vous ne la rompez. Ce fut le conseil que donna autrefois S. Eucher à Valérien ; et je prends la liberté de vous le donner aujourd'hui : rompez cet enchaînement infini d'affaires ; que votre première et votre souveraine affaire, qui est celle de vous sauver, ait désormais vos premiers et vos plus grands soins. (Le P. Le Valois, Lettre sur les Retraites.)
(L'arbre tombe.) — Ubi ceciderit arbur, ibï erit. Malheureux arbre, fallait-il balancer si longtemps pour tomber enfin si mal à propos ? faut-il qu'il n'ait occupé la terre durant tant d'années, et qu'il ne soit chargé de tant de branches, que pour fournir au feu un aliment éternel ? Hélas ! à quoi a-t-il tenu qu'il ne soit tombé d'un autre côté ? Il avait été si fortement poussé par le vent de I'Esprit-Saint ? on l'avait vu si souvent penché du bon coté ! On a négligé de le redresser, on a cru qu'on y serait toujours à temps : on ne pensait pas qu'il dût tomber si tôt ni si vite; on est accouru pour le faire tomber du bon côté, mais on y a été trop tard, il fallait prévenir le mal ; Ubi ceciderit, ibï erit.
Quoi! une foi naissante, les principes d'une pieuse éducation, des remords qui ont encore toutd leur pointe, la grâce moins rebutée, tout cela cède maintenant à notre malice : et vous voulez que, lorsque la foi sera à demi éteinte, qu'il ne restera plus nulle trace de la première éducation, que les remords seront étouffés sous un amas effroyable de crimes, et qu'on sera insensible à la grâce par le long mépris qu'on en aura fait, vous voulez que votre conversion soit plus aisée, votre volonté plus docile et votre coeur moins mauvais ? Un âge mûri dans les désordres corrompt trop le cœur, pour ne le pas mettre dans une espèce de nécessité d'être toujours méchant. Mais, ajoute-t-on, un âge mur donne du sens. Mais il ne donne pas de la piété à qui a vieilli dans le libertinage : on est moins fou, c'est-à-dire on comprend plus aisément ses désordres; mais on n'est pas plus sage pour réformer ses moeurs. L'esprit est d'ordinaire la dupe du cœur ; la corruption de celui-ci n'éteint pas toutes les lumières de l'autre; mais elle les rend inutiles. Au souvenir des dérèglements de votre jeunesse, vous avouerez froidement que vous avez mal fait, mais vous ne ferez pas mieux.
Mais le temps viendra qu'on se fera homme de bien. A entendre les gens du monde, ne dirait-on pas qu'ils sont les dépositaires des décrets éternels de la Providence ; que leur conversion ne doit être que leur ouvrage, et qu'ils fixent eux-mêmes le nombre de leurs jours ? Le temps viendra? Voudriez-vuus être garant de ce temps à venir? Sur un temps si incertain on n'oserait risquer la vie d'un de ses enfants ; et l'on risque
l-Ai; A'.i: \iiii: BIXIÂMB. V I I
tranquillement lo salut de ion àmel Le temps viendra qu'on se fera Im'Ih in«' de bien ! Cela veul dire qu'on espère avoir le temp de se repentir de ce qu'on fait présentement : el pourquoi faire ce donl on ei pi pentir un jour? On se flatte d'avoir le temps de déplorer) de sa jeunesse, d'en condamner les joies Licem I ir surtout
oe donl "H se fail un plaisir. Quelle plus criante folie, que de n'employer Les plus belles années de sa vie qu'à creuser une sour e intari able de ■s et de repentirs? On espère qu'on se fera homme de bien aprè B'ôtre Lassé d'être méchant, Combien es! curieux Le fondement sur lequel on appuie cette présomptueu le confiance ! On n'e I pa ;e, dit-on,
pour se détromper de si bonne heure des faux charmes qui enchantent. Eh ! peut-on espérer •!<' le devenir a force de s'étourdir, el d'être fou plus longtemps? Les plaisirs du monde dégoûtent enfin: sans doute; tuais ce ne peul être qu'après nous avoir fail perdre le goûl des bonnes cho (Croiset).
[Conversion à la mort.] — Quand le corps commence à mourir, le cœur peutil conserver assez de vie pour former un mouvement de la nature de celui qu'il est nécessaire de concevoir pour s'élever vers Dieu? Quand les membres ont perdu toute leur vigueur, le pécheur peut-il en avoir assez pour faire une démarche aussi grande et aussi prodigieuse que celle de l'enfer au paradis? Lorsqu'il est prêt de rendre le dernier soupir, peut-il pousser une voix assez forte et assez puissante pour être entendue, du profond de l'abîme où il est, jusqu'au ciel? Peut-il enfin, dans l'extrême faiblesse où il se trouve et dans l'étrange emploi dont il est rempli, entreprendre de faire tête à tous ses ennemis, et se flatter de l'espérance d'en triompher? C'est ce qui fait dire à S. Augustin que la pénitence que demande une personne qui est dans la faiblesse de la maladie est bien faible, et qu'il a bien peur que celle que demande une personne mourante ne meure ellemême.
Au lieu de croire qu'à l'extrémité de la vie le pécheur soit plus fort et que le péché soit plus faible, il peut être que quelques passions soient alors plus vives et plus violentes : car il y en a qui ne s'éteignent qu'avec la vie, il y en a même que la mort ne peut faire mourir, que les feux de l'enfer, avec toute leur activité, ne sauraient vaincre, que l'éternité, avec toute la suite infinie de tous les siècles, ne détruira jamais. Mais, quand il serait vrai que la mort ferait les mêmes impressions sur elles que sur le corps, je ne vois pas que cela pût faire que le pécheur fût moins criminel. Un peintre dont le pinceau est gâté, ou qui a la main blessée, n'est pas pour cela moins savant. Je trouve, au contraire, le pécheur beaucoup plus coupable, de ne point cesser d'être esclave du péché dans le temps même que vous croyez que le péché a moins de force. Yous supposez d'ailleurs que le péché puisse remporter quelque victoire sans la grâce, sous prétexte qu'il n'a qu'un faible ennemi à combattre. Si la faiblesse de l'homme est
toile, que, dans le temps do sa plus grande vigueur, il ne puisse faire le moindre Lien sans la grâce, tombc-t-il sous le sens qu'un pécheur, dans cette langueur extrême où la proximité de la mort le réduit, puisse espérer de vaincre le plus cruel et le plus puissant de ses ennemis sans le secours d'une grâce puissante ?
L'Apôtre S. Paul nous assure que le péché a un corps : Corpus peccati. Le pécheur, pendant sa vie, forme, pour parler ainsi, toutes les parties de ce malheureux corps. Il lui donne une tête par sa vanité, par son orgueil et par son ambition ; il lui donne des yeux par ses regards lascifs, indiscrets et insolents ; il lui forme une langue par ses mensonges, par ses médisances et par ses blasphèmes ; il lui fait des mains par ses meurtres, par ses vols et par ses usures ; il lui fait un cœur par ses pensées impures ou téméraires, par ses affections déréglées et par ses haines injustes: en un mot, il lui forme un corps par ses débauches infâmes et par ses actions criminelles. Or, ce qui vient à notre sujet, c'est que, pendant la vie du pécheur, ces parties sont comme divisées, parce qu'elles ne se forment que successivement; mais, à sa mort, elles s'assemblent et elles s'unissent: c'est ce qui fait qu'alors le corps du péché est parfait et accompli. Le péché, pour ainsi dire, prend naissance avec le pécheur; il croît, il se fortifie, et il fait ses progrès à proportion que celui-là avance dans les différents âges de sa vie : il a toute sa grandeur et toute sa force et il arrive au terme de sa consommation lorsque, dit S. Augustin, le pécheur arrive à sa fin. Or, si ce misérable n'a pu, lorsqu'il avait toutes ses forces, surmonter séparément cette tête, ces yeux, cette langue, ces mains et ce cœur, peut-il, sans présomption et sans extravagance, espérer que, dans l'extrême faiblesse où le mal qui lui doit ôter la vie réduira son corps et son âme, il triomphera de ce monstre, lorsque, toutes ses parties étant assemblées et unies, il aura, comme je viens de dire, toute sa grandeur et toute sa force ? S'il n'a pu étouffer ce malheureux enfant lorsqu'il n'était encore que dans le berceau, comment ose-t-il se promettre de le faire mourir, quand il sera devenu un géant? S'il n'a pu enfin résister durant sa vie, lorsque les péchés ne l'attaquaient que les uns après les autres, comment ose-t-il se promettre de soutenir l'assaut général qu'ils lui livreront à lamort?Les méchants, dit le S. -Esprit dans la Sagesse, paraîtront alors pleins d'effroi, dans le souvenir de leurs offenses, et leurs iniquités se soulèveront contre eux pour les accuser et pour les faire périr.
Ce qui fait que l'on se persuade si facilement qu'un pécheur qui a témoigné à la mort quelque douleur des désordres de sa vie a obtenu miséricorde, c'est qu'il n'y a presque point de vérité, dans la religion, que l'on inculque plus fortement et plus fréquemment que celle-ci : Que Dieu est un père plein de bonté, qui a toujours les bras ouverts pour recevoir ceux qui ont un désir sincère de sortir de leur égarement : que David, qui était un adultère et un homicide, en confessant qu'il avait péché, eut aussitôt la consolation d'apprendre de la bouche du prophète Nathan que le Seigneur
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a\:iii transporté son péché; que le publicain, en disant ces eule parolei dans I'' Temple : Seigneur, je suis un pauvre pécheur, ayez pitié de mm . s'en retourna justifié dam bq mai on; que I Enfant prodigue fut rétabli dans ht maison de son père en se jetant ; oulement à ses pieds et en Lui (]is;uii : Mon père, j'ai péché contre. le Ciel et contre voue \ et qu'un voleur enfin, attaohé a une crois auprès du Fils de Dieu, ne lit que Lui dire : Sei gneur} souvenez-vous de moi; et <|iul en tira aussitôt eette bionheui assurance: Je mu* dis eu vérité que voue serez aujourd'hui avec moi dans le paradis. C'est donc sur ces témoignages <•( sur ces exemples que se fondent ''''iik (|ui jugent si favorablement de la pénitence des pécheurs mourants. Niais permettez-moi de dire qu'ils ne raisonnent pas tout-à-fait ju ite, quelque bonne opinion qu'ils doivent :i\<>ii de la miséricorde de Dieu <'u- M'i's le prochain. .le ne puis, à la vérité, disconvenir que, la miséricorde divine ('tant infinie et no pouvant pour ce sujet être bornée ni prescrite par aucun temps, ne puisse, quand il lui plaira, sauver un pécheur à la mort ; mais c'est fort mal raisonner que de conclure qu'elle le fera parce qu'elle le peut faire.
Un exemple particulier, et surtout en matière de morale, ne met point d'exception à une règle, et un privilège ne détruit point une loi ; au contraire, il la confirme. Ces sortes de conversions, dit S. Bernard, ne sont pas tant des exemples que des miracles; Non tàm exemplum quàrn miraculum. Et, il est bien étrange que nous ne trouvions que le seul bon larron, dans tous les livres sacrés, qui ait reçu miséricorde à la mort. Il y en a eu un, afin que les pécheurs, qui sont près de sortir du monde ne se désespèrent pas ; et il n'y en a qu'un, afin que les pécheurs, pendant la vie, ne conçoivent point de présomption. « Que qui que ce soit, dit S. Chrysostôme, ne tienne ce discours; J'aurai toujours assez de temps pour me convertir. Songez qu'il y a une infinité de pécheurs qui ont été surpris par la mort. Craignez donc que le même malheur vous arrive. » {Entretiens de l'abbé Jean et du prêtre Eusèbe.)