BIENSÉANCES
Accord des devoirs de la Vie civile avec les devoirs de la Religion, etc.
Le monde , comme on sait , peut être pris en trois sens différents , qui servent d'autant de sujets de discours aux prédicateurs. On entend quelquefois par-Iù Iq société civils des hommes, divisés en différents états, conditions et emplois, où il y a des devoirs et des bienséances qu'un chrétien appelé à ce genre de vie est obligé de ne pas négliger. Quelquefois, par ce terme de monde, on veut faire entendre les vanités de la terre , l'inconstance et la fragilité des biens, des honneurs et des plaisirs de ce monde. Et enfin, on entend communément ce monde criminel, qui a mérité les maiédictions du Fils de Dieu, c'est-à-dire ceux qui suivent ses damnables maximes, contraires à celles de l'Evangile, et aux lois de Dieu. Or, comme ce serait un sujet trop vaste de renfermer sous un seul titre ce que j'ai remarqué sur le monde dans ces trois différentes significations, je ne parlerai ici que du monde civil , dont les devoirs, bien loin d'être contraires à ceux de la religion, en sont une partie , et font en même temps un honnête homme selon le monde même, et un homme de bien et vertueux selon Dieu.
Ce sujet a été inconnu aux anciens prédicateurs , quoique plusieurs livres traitent des devoirs des personnes qui rivent dans le monde, et que tous conviennent qu'on y peut mener une vie sainte et chrétienne, exempte de la corruption du siècle. Mais je crois que, si ce n'est pas encore un sujet qui soit
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devenu si commun, il n'est peu un dei moine utile», puisque, outre qu'on y fait voir qu'on peut se sauver chacun dans l'état où la Providence l'a mi* . montre qu'on peut encore tenir son rang, r ton bien, travailler à
l'établissement de sa maison , sans violer les loisde Dieu, n\ manquer aux devoirs d'un chrétien.
Ce tju'il y « rr/imdant à craindre, dans cette matière assez délicate, c'est de donner dans le relâchement, en donnant trop d'étendue aux devoirs et aux bienséances du monde} en roulant accorder Dieu et le monde, comme si ou pouvait servir deux maîtres : ce qu'il sera facile d'éviter en faisant voir que, tans violer le précepte de l'Evangile, on peut rendre à César ce qui lui appartient légitimement et que la religion même nous oblige de lui rendre, son* rien ôter ni retrancher de ce que Von doit à Dieu.
Desseins et Plans.
I. — Il n'y a rien de si solidement établi, ni de si souvent recommandé dans l'Ecriture, que la fuite et la séparation du monde. C'est la première pensée que Dieu inspire à ceux qui veulent sincèrement se convertir ; et, comme c'est la première demande qu'on a faite dans le christianisme, de renoncer aux pompes et aux vanités du monde, c'est aussi le premier pas que doivent faire les pécheurs pour entrer dans la voie étroite du salut, de quitter la voie large qui conduit à la perdition, c'est-à-dire les maximes du monde réprouvé de Dieu. Mais, comme le précepte de se séparer du monde n'est pas d'en sortir tout-à-fait, de renoncer à ses biens ni de rompre tout commerce avec lui, il faut dire qu'il y a un monde civil et honnête où il est permis de demeurer, et où l'on peut vivre en véritable chrétien en quelque état que l'on soit, et en quelque condition de vie où la Providence nous ait engagés. Trois raisons en feront la preuve, et en même temps le partage d'un discours.
La première est que le christianisme n'a nulle opposition avec notre état et notre profession, dès lors qu'ils sont dans l'ordre de la Providence, qui nous y a mis ou appelés; parce que cette Providence, ayant ainsi partagé toutes les conditions pour le bien de la société civile, ne peut être contraire à elle-même, qui a voulu que chaque état et chaque condition eût ses grâ-
210 DEVOIRS ET BlENSÉAîïCES DU MONDE.
ces, ses secours, ses moyens, et même ses avantages pour se sauver et pour y servir Dieu, lesquels ne se trouvent pas dans les autres ; ce qui peut se voir, par une induction facile, des personnes à qui le Fils de Dieu a ordonné de vivre selon les préceptes de l'Evangile, par l'exemple d'une infinité de saints qui ont exercé les mêmes emplois. Or, si notre état et notre condition n'a nulle opposition au christianisme ni aux lois les plus rigoureuses de l'Evangile, qui peut révoquer en doute qu'on ne s'y puisse sauver, et s'acquitter en même temps des devoirs d'un chrétien etd'un honnête homme selon le monde ?
La seconde raison est que , quelque difficulté qu'il y ait de se sauver dans une condition plutôt que dans une autre, l'impossibilité que quelquesuns apportent de vivre chrétiennement dans la leur et de s'y sanctifier est chimérique , et un prétexte pour demeurer dans leurs désordres, puisqu'elle vient de leurs désordres qu'ils ne veulent pas quitter, et de leurs passions qu'ils ne peuvent se résoudre à dompter, et non pas de leurs emplois ou de leur condition, qui, au contraire, les détournent du vice et des débauches, et leur fournissent mille occasions de pratiquer les vertus civiles et chrétiennes.
La troisième est que, étant appelés de Dieu à tel état et à telle vocation, on peut dire que la sainteté et la perfection qu'il demande de nous est d'arriver à la perfection propre de cet état même et de cette vocation : comme d'être un juge intègre, un ecclésiastique attaché à ses devoirs, un marchand fidèle dans son négoce. Et l'on peut dire que tout ce qui nous détourne de nous acquitter de notre devoir en cet état, sous prétexte de dévotion ou autrement, est une illusion.
II. — 1°. On peut être séparé du monde sans le quitter en effet, sans changer ni d'état ni d'emploi ni de condition, mais en s'éloignantde ses vices, de ses maximes pernicieuses, des dangers de se perdre qui sont dans le monde.
2°. — On peut s'acquitter des devoirs et des bienséances du monde auxquels notre état et notre condition nous engagent, sans manquer à ce que l'on doit à Dieu, à la religion et à l'édification du prochain.
3°. — On peut pratiquer de grandes vertus dans le monde, sans participer à ses désordres, et s'y sanctifier malgré les obstacles qui s'y trouvent, et qui rendent la vertu si difficile.
III. — Les chrétiens sont inexcusables si, dans quelque état où la Providence les ait mis, ils n'y vivent en véritables chrétiens, et s'ils ne travaillent à s'v sanctifier.
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pour bien vivre, et qu'ils ne sont pas moins instruits det vérités et <i maximes du chrislianisme qu'ils le i leur étal
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i qu'ils "ut l' pour cela, et que Dieu, qui les a ap-
pelés ;'i un état, leur a <'n même temps fourni les in<. ■ a acquit-
ter, sans préjudieier en chose du monde à leur salut. Bl c'est en cela qu'il t'ait éclater sa providence naturelle et surnaturelle, dans le monde chrétien et civil.
3°. — Parce que, pour les uns et les autres devoirs, il> ont beaucoup de secours extérieurs, d'exemples des personnes de même profession, d'occasions de pratiquer le bien et d'exercer les bonnes oeuvres propres à leur état.
IV. — 1°. La profession du christianisme que nous avons embrassé, et dont nous devons préférer les devoirs et les obligations à toute autre chose, n'éloigne point des affaires publiques ou domestique?, ni des arts, ni des charges ni des professions qui sont établies pour le bon ordre de la société civile; au contraire, elle les fait exercer plus fidèlement, par des motifs plus désintéressés et par des maximes chrétiennes.
2°. — Les affaires, les emplois et les charges ne sont pas d'un petit secours pour pratiquer les devoirs du christianisme: la charité, la patience, le bon exemple, et toutes les autres vertus qui font un parfait chrétien.
V. — 1°. Sans manquer aux bienséances du monde ni aux devoirs de son état, on peut pratiquer les plus nobles et les plus excellentes vertus chréliennes, puisqu'il n'y a à cela nulle opposition.
2°. — Les personnes qui s'acquittent des uns et des autres devoirs, c'està-dire de ceux de leur état, et de ceux du christianisme, honorent en même temps leur état et leur religion ; leur exemple a plus de force et fait plus d'impression sur l'esprit des mondains que la vie de ceux qui sont tout-àfait retirés du monde.
VI. — Les mêmes vertus qui font un honnête homme selon le monde peuvent faire un excellent chrétien puisqu'il n'y a, d'ordinaire, qu'à changer le motif ou l'objet pour rendre ses vertus chrétiennes, sans leur faire perdre leur nom, leur qualité et leur effet. Ces vertus sont particulièrement, la générosité, l'humanité et la bonne foi.
1°. — La générosité est le caractère d'une âme noble, qui ne peut se résoudre à rien faire de lâche et contre son devoir. Or, si cette qualité nous
attire l'estime des hommes, n'est-ce pas aussi un grand avantage pour être un véritable chrétien, puisque pour cela il faut la force et le courage de résister aux sollicitations qu'on nous peut faire afin de nous détourner de notre devoir; pour vaincre le respect humain et les tentations délicates qui se présentent souvent ? En un mot , personne ne peut être un véritable chrétien s'il n'est courageux.
2°. — L'affabilité, la douceur, l'humanité, la civilité, qui rend les hommes traitables, bienfaisants, obligeants, reconnaissants, fait voir que la vertu chrétienne n'a rien de sauvage; et, bien loin qu'elle soit opposée à la piété, à la dévotion, elle sert pour y attirer ceux que nous pratiquons.
3°. — La bonne foi, qui fait passer pour honnêtes gens tous ceux en qui on la reconnaît, et qui leur attire la confiance de ceux qui traitent avec eux, n'est pas moins nécessaire dans le christianisme, qui demande une âme droite, exempte d'hypocrisie, de duplicité, de dissimulation, tant à l'égard de Dieu qu'à l'égard des hommes.
VII. — 1°. Les personnes engagées clans le monde par le mariage et par tout autre engagement sont obligées d'y mener une vie chrétienne, et conforme aux maximes de l'Evangile.
2°. — Leurs charges, leurs emplois et leur condition, loin d'être des obstacles aux devoirs du chrétien, leur fournissent les moyens de s'en acquitter.
VIII. — A considérer la religion et la probité selon le monde, quelque opposition que ces deux choses semblent avoir, par rapport à leur principe, à leur objet et à leur fin, on peut dire cependant qu'elles sont trés-étroitement unies, absolument inséparables :
1°. — Parce qu'il est impossible qu'un homme qui n'a pas une véritable probité ait une véritable religion ;
2°. — Qu'un homme qui n'a point de religion ait une véritable probité. — Ce sont deux propositions qui ont besoin d'éclaircissement ; mais cet éclaircissement en doit faire la preuve. La première convaincra de la nécessité de la religion par rapport aux devoirs du monde ; la seconde montrera la nécessité de la probité par rapport aux obligations de la religion. (Ce dessein est de Bourdalone) .
IX. — Sur l'alliance des devoirs de l'honnête homme avec ceux du chrétien.
La première partie de ce discours vous fera connaître que les devoirs de
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l'honnête homme selon le monde, e\ les devoirs dn ohrétien lelon Dnro , ne sont pas dei Ae\ oirs Incompatiblei.
lu seconde vout apprendrais manière de leirendre compatible!, et qu'ainsi un \r.ii honnête homme selon le monde soit un bon chrétien selon Dibu. O'esi une vérité qu'il but prouver: mais comment? et que faut-il faire pour cela ? {Ce dessein est du I'. <!<■ la Rue .
X. — Il y a deux erreurs qu'il faul détruire, pour établir deux vérités
contraires, dans les deux parties de ce di '"ni'.-'.
La première vérité qui détruira l'erreur contraire, est qu'on peui se sauverau milieu des engagements du monde et dans tous les états de la vie.
La seconde, que les devoirs du chrétienne sont point incompatibles avec les devoirs do l'honnête homme selon le inonde et les bienséances du siècle.
XL — Deux erreurs qui viennent de deux fausses idées que l'on se forme ordinairement de la vertu et de la sainteté :
l°.Les uns la regardent comme une chose impossible, tout-à-fait impraticable à ceux qui vivent dans le siècle ;
2°. Les autres comme possible, mais incompatible avec les qualités qui font l'honnête homme dans le monde.
XII. — 1°. Un chrétien peut accorder les devoirs de sa religion avec les bienséances du monde, être honnête homme et bon chrétien tout à la fois, et enfin satisfaire aux obligations de l'état où la Providence Ta mis et à celles du christianisme : ce qu'on appelle rendre à César ce qui est à César. Nous en verrons les preuves dans la première partie de ce discours,
2°. Nous apprendrons, dans la seconde, combien un chrétien vertueux et honnête homme dans sa profession fait d'honneur à sa religion, par l'alliance et l'accord qu'il fait de ces différents devoirs.
XIII. — 1°. H n'y a point d'état, d'emploi ni de condition dans le monde, pourvu qu'ils ne soient pas contraires aux lois de Dieu et aux ordres de sa providence, où l'on ne puisse servir Dieu et faire son salut.
2°. Jamais on ne satisfait mieux aux obligations de son salut et aux
devoirs de sa condition que quand on tâche de s'y sauver et d'y servir Dieu. De sorte que non-seulement on peut faire son salut dans sa condition, mais encore faire de cette condition même le moyen de son salut.
XIV. — 1°. On peut vivre dans le monde, et être séparé du monde d'esprit et de cœur, puisque la séparation d'effet n'est que de conseil et non de précepte. On peut donc s'y sauver, et même y procurer le salut des autres, en leur donnant l'exemple de fuir les maximes du monde, et de suivre celles de Jésus-Christ.
2°. Ceux qui vivent de la sorte dans le monde donnent de grandes marques que, Dieu les ayant préservés de la corruption du siècle, il les séparera un jour du monde réprouvé, et qu'ils sont du nombre des élus.
XV. — 1°. Nous devons travailler à nous sanctifier dans ce monde, en quelque état et en quelque condition que nous soyons, puisque nous ne sommes au monde que pour cela, et que c'est notre première et unique affaire.
2°. Nous le pouvons, puisque nous avons les grâces et les secours pour cela ; que tous les prétextes qu'on apporte pour s'en dispenser sont frivoles et inutiles; et qu'enfin il n'y a point de vertus, et morales et chrétiennes, qu'on n'ait le moyen et l'occasion d'y pratiquer.
Les Sources.
[ Les SS. Pères. ] — S. Augustin, v contre Julien , montre qu'il ne faut pas, à la vérité, aimer le monde, selon le précepte du Fils de Dieu, mais qu'on peut user des biens de ce monde. Différence entre user d'une chose permise et en jouir. — xvm De Civit. 18 : que la séparation du monde à laquelle tout chrétien est obligé ne doit pas tant être une séparation de lieu et de demeure que de mœurs et de manière de vie.
Le même, on l'auteur do l'Homélie 16* sur L'Apocalj p e, & ces paroles, Exite de Babylone, montre que cette sortie, <>u nette séparation, ne doii pas tant être corporelle que spirituelle, ei que lorl Irde Babj lone ne poinl prendre de pari aux rioesdes pécheurs, ei ne point imiter leur dérèglements.
Le même, m contra Parmen.4, 24,* — ni contra Gaudentium; Sermon, 18 de I crois Domini.
S. Ambroise, dans ses Offices, parle en plusieurs endroits des devoirs d'un homme de bien qui vit dans le monde, ei des vertus morales qu'il y peut pratiquer selon son état ; comment il y doit soutenir son rang*, con server sa réputation, acquérir l'estime et l'amitié de toui le monde. — Au livre i, chai). 1?, il décrit les devoirs d'un jeune homme qui entre dans le commerce du monde. //;?>/., il fait la peinture de; la bienséance, et montre comment il la faut garder en tout ce que l'onfait. — Au livre ei, 19, il l'ait voir que la justice, la bienveillance, la civilité et l'affabilité sont nécessaires pour entretenir la société civile. — De fit g à sirculi, 49." que fuir le monde, c'est s'abstenir des vices et des péchés qui se commettent dans le monde ; mais qu'il y a des devoirs et des bienséances dont on doit s'acquitter, et qui ne sont point contraires à la profession de chrétien.
S. Basile. Serm. de rerum abdicat., montre qu'on doit, dans l'étatséculier aussi bien que dans l'état religieux, vivre selon les maximes de l'Evangile, et ne retenir des maximes et des coutumes du monde que ce qui n'est point contraire aux lois de Dieu.
S. Chrysostôme, Homél. sur lechap. 6 de S. Matthieu, en parlant aux gens du monde, montre qu'ils ne doivent pas croire qu'il soit impossible, dans leur état, d'arriver à une haute perfection ; et que, sans rien relâcher des devoirs attachés à leur condition, ils doivent s'efforcer d'avancer toujours de plus en plus en vertu. — Serm. 21 in Epist. ad Ephes. : que les personnes qui vivent dans le monde, ayant à contenter Dieu et ceux avec qui elles sont obligées de vivre, ont besoin de plus de vigilance et de précaution pour ne point violer les préceptes de l'Evangile en s'acquittant des devoirs de leur état. — Homil. 43 in Gènes., en parlant de Loth qui demeura toujours fidèle à Dieu, en vivant avec les habitants de Sodome, il prend sujet de réfuter ceux qui disent qu'il n'est pas possible de vivre saintement ni de faire son salut en demeurant dans les grandes villes et au milieu des pécheurs.
Origène, Homil. 3, in Exod. , parlant de l'ordre que Dieu donna à Moïse d'aller trouver Pharaon de sa part, montre qu'il faut, à la vérité, sortir de l'Egypte, et quitter le monde, non pas toujours quant au lieu, mais en esprit et par l'affection du cœur ; non en changeant de demeure, mais en faisant de jour en jour de nouveaux progrés dans la piété, sans cesser de s'acquitter des devoirs de son état.
S. Bernard, Serm. 40, in ' Cantica, montre la même chose, et de
222 DEVOIRS ET BIENSÉANêES DU MONDE.
quelle manière on peut être séparé du monde sans le quitter de corps, et sans cesser de remplir les devoirs auxquels on est engagé.
Tous les Pères qui ont le plus exhorté à fuir le monde, à chercher la solitude, à aimer la retraite, n'ont jamais prétendu qu'on fût obligé de quitter biens, parents, possessions, et de renoncer à la société civile, mais seulement de ne point s'y attacher de cœur et d'affection ; et aucun n'a cru qu'on ne pût se sauver en s'acquittant facilement dans le monde des devoirs de la religion et de son état.
[Livres spirituels et autres.] — Hieronymus Platus, De bono status religiosi, il, 12, montre que non-seulement les religieux, mais tous les chrétiens qui vivent dans le monde, sont obligés de travailler à acquérir la perfection selon leur état.
Le P. Bonal, dans le Chrétien du temps, ni, 5, montre que, pour vivre chrétiennement dans le monde, il faut y vivre sans attachement, et se considérer comme étranger sur la terre.
Combolas, Le modèle de la vie du chrétien, Traité 1er, 10, que le Christianisme s'accommode à toutes les professions, et que chacun, en s'acquittant des devoirs de son état, peut et doit vivre en véritable chrétien. — Traité n, 5, § 5 ; que les gens mariés peuvent acquérir la perfection chrétienne. Au chap. 6, il fait voir que les gens de bien, loin d'être incapables des charges, sont ceux au contraire qui y sont les plus propres, puisqu'ils se font un point de conscience de s'en acquitter fidèlement.
Dans les Essais de Morale, il y a un traité de la civilité chrétienne, où, dans le 3e chapitre, on montre que la charité peut prendre part aux devoirs de la civilité, et dans le 4e, les avantages que la civilité procure à ceux qui l'exercent.
Livre intitulé Les devoirs de la vie civile, qui contient bien des choses sur le sujet que nous traitons. Nons en rapporterons dans la suite les principales.
Le P. Croiset, Réflexions chrétiennes, traite de l'exactitude à remplir ses devoirs.
Livre intitulé La conduite du sage dans tous les états de la vie, a plusieurs chapitres sur les devoirs du sage chrétien dans la conduite de sa vie, et particulièrement celui où il est parlé des bonnes œuvres.
Dans la Morale sur le Pater, vin, sect. 4, art. 5, il est montré fort au long que l'on peut être séparé du monde sans quitter le monde : c'est-àdire, qu'on y peut vivre chrétiennement sans suivre les mauvaises maximes du monde.
Sainte-Marthe dans ses Traités de piété, i, de l'obligation de fuir le monde : en quelles occasions il le faut fuir, et quand on y peut demeurer et y vivre chrétiennement.
Dans les pièces d'éloquence présentées à l' Académie Française en l'an-
l'AUAi.KAl'IlK I ROI H.Mi:.
n '.■ i r08, il .\ a quatre discour de aite ur l'accord des devoirs de la vie civile avec Les devoirs de la vie chrét ienne,
| Les Prédicateurs. | Dans les sermons attribués au P. de la Rue, il y ru ,i un sur l'alliance des devoirs de l'honnête tomme avec cens du chrétien, lundi de la 3 em. du l !aréme.
Le P. Giroust, pour laféte de Tous Les Saints.
Bourdaloue : lr dimanche de Carême: que sans La religion il n'y a point de véritable probité dans le monde, ai de véritable reli probité : ce qui revienl au sujei que aou i traitons.
Le P. Texier, Ier jeudi de Carême : qu'il n'y a point de condition, pourvu qu'elle suit permise, où L'on ne puisse se sauver.
Le P.d'Orléans.'SerniDiis de la Toussaint et sur l'Education des Enfants, dit beaucoup de choses sur l'allian •<■ des devoirs du chrétien et de la vie civile.
Essais de sermons, Dominicale, 8<-- dim. apr. Pâques, il yen a un sur cette matière.
Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne, Sujets particuliers, •J Sermon : qu'on peut accorder les devoirs du monde avec ceux de la religion, sur cet Evangile : Ileddite quœ sunt Cœsaris Cœsari,et quœ sunt Dei Deo.
[ Il n'y a personne, du moins que je sache, qui ait fait des recueils sur cette matière. 1
Passages , Exemples et Applications de l'Écriture.
Ambula coram me et esto perfectus Marchez devant moi, et soyez parfait. Gènes, xvn, 1.
Divitiœ si affluant, nolite cor apponere. Si vous avez beaucoup de richesses, gar-
Ps. (il. dez-vous bien d'y attacher votre cœur.
Déclina à malo, et fac bonum. Ps. 3G. Détournez-vous du mal, et faites le bien.
Averte oculos meos,nevideant vanitatem. Détournez mes yeux, afin qu'ils ne re-
Ps. 118. . gardent point la vanité.
Beati immaculati in via, qui ambulant in Heureux ceux qui se conservent sans
lege Domini.'lbid. tache, qui marchent dans la voie du Seigneur.
Non. rniin qui operantur iniquitatem in vus ejus ambulaverunt, Ibid.
Utinàm dirigantur vicemeœ ad custodiendas justificatù mes tuas! Ibid.
Tune non confundar, cùm perspexero in omnibus mandatis tuis. P. 118.
Deduc me in semitam mandatorum tuorum. Ibid.
Ab omni via rnalâ prohibui pedes meos.
Ps. 118.
Iniquos odio habui, et legem team dilexi. Ibid.
Omnem viam iniquam odio habui. Ibid.
Declinate à me, malirjni, et scruiubor mandata Dei mei. Ibid.
Servavi mandata tua et testimbnia tua,
quia omues vice meœ in conspectu tuo. Ibid.
Deum time et mandata eju-; observa: hoc est enim omnis homo. Eccl. xn, 13.
Est via quœ videtur homini recta, et novissima ejus ducunt ad mortem. Proverb.
xvi, 23.
Yidete ne et vos similes efficiamini factis alienis, et metus vos copiât in ipsis. Baruch. vi, 4.
Reddite quœ sunt Cœsaris Cœsari, et quœ sunt Dei Deo. Matth. xxn, 21.
Estote perfecti sicut Pater vester cœlestis perfectus est. Matth. iv, 48.
Nt'si abundaverit justifia vestra plusquàm scribarwm et pharisœorum, non intrabitis in regnum cœlorum. Matth. v, 20.
Quœrite priminn regnum Dei, et hœc omnia adjicientur vobis. Matth. vi, 33.
Perditio tua, Israël; tantummodô in me auxilfum tuum. Osée, xm, 9.
Vos estis lux mundi. Matth. v, 14.
Non spiritum hujus mundi accepimus.
I Cor. h, 12.
In vobis judicabitur mundus. Ibid. vi, 2.
Unumrjucmque sicut vocavit Deus, ità ambulet. I Cor. vu, 17.
Unusquisque in quâ vocatione vocatus est, in eà permanant. Ibid, vu, 20.
Reliquum est ut... qui utuntur hoc mundo tanquàm non utantur. Ibid. 31.
Obsecro vos ut digne ambuletis vocatione quà vocati estis. Ephes. iv, 1.
Hœc est voluntas Dei sanctifieatio vestra. I Thcssal. iv, 3.
Non posuit nos Deus in iram, sed in acquisitionem salutis. Ibid. v, 9.
Subjecti estote omni humance créatures
Ceux qui commettent l'iniquité ne marchent point dans les voies de Dieu.
Qu'il plaise au Seigneur de régler mes voies en telle sorte que je garde la justice de ses lois.
Je ne serai point confondu, Seigneur, lorsque j'aurai toujours devant les yeux vos préceptes.
Conduisez-moi, Seigneur, dans le sentier de vos commandements.
J'ai interdit à mes pieds toute voie mauvaise.
J'ai haï les méchants et aimé votre loi.
J'ai eu en horreur toute voie injuste.
Éloignez-vous de moi, vous qui êtes pleins de malignité, et je cherckerai l'intelligence des commandements de mon Dieu.
J'ai observé vos commandements et les témoignages de votre loi, parce que toutes mes voies sont exposées à vos yeux.
Craignez Dieu et observez ses commandements : c'est là tout l'homme.
Il y a une voie qui paraît droite à l'homme, et dont la fin néanmoins conduit à la mort.
Prenez garde d'imiter la conduite de ces étrangers, et de vous laisser surprendre par la frayeur.
Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.
Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
Je vous dis' que, si votre vertu n'est audessus de celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.
Cherchez premièrement le royaume de Dieu, et vous aurez le reste par surcroît.
Votre perte, ô Israël, ne vient que de vous, et vous ne pouvez attendre de secours que de moi seul.
Vous êtes la lumière du monde.
Pour nous, ce n'est pas l'esprit de ce monde que nous avons reçu.
C'est par vous que le monde sera jugé.
Que chacun en use selon qu'il a été appelé de Dieu.
Que chacun demeure dans l'état où Dieu l'a appelé.
Il reste donc que ceux qui usent des choses de ce monde soient comme s'ils n'en usaient point.
Je vous conjure d'avoir une conduite digne de votre vocation.
Voici la volonté de Dieu, que vous deveniez saints.
Dieu ne nous a pas destinés à être les objets de sa colère, mais à obtenir le salut.
Soumettez-vous, en vue de Dieu, à toutes
PARAGRAPHE 1 ROISIBME.
proptcr Hi'.im... quia ne est voluntas lin, ut irtot do personne : coi c'ctl la volonté
benefacientes obmutcscere facialis impruden- de Diei . qu'en laUonl bien
iiiiui hominum ignorantiam. I Polrl n, lalro l'ignorance d< mi. dépourvui do
i, m on . (qui vou oc u
Satagite ut per bona opéra certain vestram Efforcez-vous do plus on plu do rendra vocationem et etectionem faciatis. Il Pelrl
i 10. ci votre élootlon.
Nolite diligere mundum, neque ea quat in N'aimez polnl le inonde, ni ce qui i t mundo iunt, l Joan< ti. I •
EXEMPLES TIRÉS DE IVANCIKN ET Dl \<u \ k.yi TESTAMENT.
j Ixs Siimis.) — Tous les saints de l'Ancien et du Nouveau Testament ont M'en dans le monde sans y être attachés. Ils ne se sont point engagés par leur choix dans les charges et dans les affaires publiques ; ils ne s'y sont point ingérés par leur inclination ni par quelque passion aveugle ; mais ils ont tâché de s'en acquitter avec fidélité. S'ils ont possédé des richesses et des grandeurs, ils ont gémi do s'en voir chargés, et s'en sont servis selon l'ordre de Dieu : ils ne prenaient part au monde qu'autant que cela était nécessaire pour s'acquitter do leurs devoirs, en conservant toujours un désir sincère de s'en retirer, et s'en retirant en effet aussitôt que Dieu leur en donnait les moyens. C'est ainsi qu'ils ont vécu dans le monde comme s'ils en eussent été entièrement séparés, et qu'ils ont accordé les devoirs de la religion avec les devoirs de la vie civile, et les lois divines avec les lois portées par les princes de la terre.
[Abraham]. — Abraham avait des richesses, des parents, des amis, et une pairie où il était considéré et tenait un rang tout-à-fait distingué; mais il était si peu attaché à tout cela, qu'au premier commandement de Dieu, il quitta tout avec joie pour aller dans un pays inconnu. Et lorsque Dieu lui eut ordonné d'offrir son fils en holocauste, il se prépara très-volontiers à le lui sacrifier, quoiqu'il lui sacrifiât dans ce fils unique toutes ses consolations et ses espérances. Sans parler des autres commandements qu'il reçut et qu'il exécuta ponctuellement, cela suffit pour faire juger avec quelle fidélité il s'acquittait de ses devoirs envers Dieu : et tout le monde sait que c'est par-là qu'il a mérité ce glorieux témoignage de Dieu même : Nunc cognovi quôd timeas Deum. Or, ce saint patriarche, si religieux et si craignant Dieu , ne s'est pas moins acquitté fidèlement des devoirs de son état. Il avait une nombreuse famille , où il faisait servir Dieu ; il eut une telle condescendance pour Loth son neveu, qu'il se relâcha, en laveur de la paix, de ses droits, pour faire cesser la contestation qui arrivait souvent entre les serviteurs de ces deux puissants pères de famille. t. m. 15
Il était juste envers ses domestiques et ses voisins, charitable envers les étrangers, aussi fidèle ami que bon parent, jusque-là qu'il arma ses serviteurs pour retirer des mains des ennemis le butin qu'ils avaient enlevé à Loth et à ses proches : en sorte qu'on peut dire qu'Abraham n'était pas moins observateur des devoirs de la société civile que religieux à rendre ceux qu'il devait à la divine Majesté.
[Joseph, etc.]. — Combien pourrait-on citer de personnes de l'un et de l'autre sexe qui se sont sauvées de la corruption du monde au milieu des honneurs et des dignités suprêmes ? Est-il besoin de rappeler Joseph, qui fut établi chef et gouverneur de l'Egypte entière, et qui eut l'intendance de tous les biens de Pharaon. 11 ne manquait à sa fortune que le nom de roi. — Cependant une grande élévation ne put ralentir sa vertu ; il trouva le moyen de servir Dieu et son prince, en soumettant la politique à la religion. — Les trois enfants d'Israël captifs à Babylone demeuraient toujours fidèles à Dieu, au milieu d'une cour voluptueuse où l'on tâchait de corrompre leur vertu par la bonne chère. — Que dirai-je de David, de quelques autres rois ses descendants, à qui la religion et la fidélité qu'ils devaient au culte du vrai Dieu n'a rien fait perdre de la sage politique avec laquelle ils ont gouverné leurs peuples, ni de la valeur nécessaire pour dompter leurs ennemis et soumettre les rebelles qui troublaient la tranquillité de leur état ?
[EslherJ. — Esther était reine et vivait en reine, c'est-à-dire dans la magnificence d'une grande cour; mais elle n'en était pas moins fidèle à Dieu et à la religion de ses pères. Dans la cour d'Assuérus, épouse d'un roi idolâtre, elle adorait le Dieu vivant et observait sa loi ; parmi les superstitions d'un peuple qui adorait le soleil, elle se couvrait de cendre et de cilice , et mangeait un pain de tribulation , pendant que tous les courtisans de ce roi superbe et voluptueux étaient plongés dans la mollesse et ensevelis dans la débauche. Et lorsqu'elle était obligée de paraître avec une pompe royale en présence d'Assuérus, et de rehausser par des ornements mondains une beauté dont Dieu voulait se servir pour sauver son peuple, elle faisait un hommage et un sacrifice à Dieu du diadème qu'elle portait sur son front, et lui disait : « Seigneur, vous savez que j'ai en horreur tout cet appareil de grandeur qui m'environne; que je ne le porte que par contrainte , et par la nécessité que m'impose l'état où votre providence m'a conduite : Tuscis, Domine, necessùatem meam. Vous voyez, Seigneur, le détachement de mon cœur; vous savez que je n'assiste aux festins du roi que pour la bienséance du rang que je tiens auprès de lui, et que le cœur de votre servante, au milieu des plus sensibles joies, n'a jamais eu que vous seul pour objet. »
l§. Jean-Baptiste]. — Il ne faut point d'autres preuves, pour nous convaincre
i' akai.i; Al'JIK tkuisii'.mk.
qu'oc peut se sauver en boute condition et qu'il n'j en a point où l'on be pui e accorder les devoirs de La vie civile avec la loi do Diki , ai que le grand S. Jean-Baptiste répondit aux publicain et aux oldate qui vinrenl le trouver dan son désert pour lui demander ci qu'ils devaient faire afin de pratiquer la pénitence qu'il leur prêchait. Cet homme, .-i austère dans son genre de vie e1 dan es discours, qui traitait Lee Juifs avec tant de dureté, jusqu'à les appeler des engeances de vipères; ce homme, le modèle de la morale sévère, ne dit pa aux publicains d'abandonner Leurs bureaux et leurs recettes, mais il leur défend de rien prendre au delà de ce qui est permis par le prince; il ne dit pas aux soldats de quitter Les armes el la guerre, comme le remarque 8. Augustin, mais de se contenter de oe qui leur est assigné pour Leur suide e1 pour leur nourriture Pourquoi cela? C'est que Les professions de publicain et de soldat, quelque dangereuses qu'elles soient, ne sont pas néanmoins absolument inau\aises, puisqu'elles sont établies de Dieu et nécessaires à la république, un prince ne pouvant soutenir le poids delà royauté, ni en défendre les droits contre ceux qui les attaquent, sans le secours des subsides et des armes. Ainsi, pourvu qu'on exerce ces professions avec la modération qui est prescrite, il est évident qu'elles n'ont rien de contraire à la loi de Dieu, et qu'on peut les accorder avec les devoirs de la religion.
[Préceptes et conseils]. — Le fils de Dieu, qui a donné l'Evangile aux hommes pour règle de leur conduite et de leurs mœurs , a séparé le Christianisme en divers degrés : ses grâces en plus fortes et en plus faibles, ses instructions en commandements et en conseils. Par exemple, être pauvre en effet, c'est un conseil ; mais l'être d'esprit et de cœur, c'est-à-dire n'être point attaché aux biens de la terre, c'est un commandement. Or, Jésus- Chiiist ayant lui-même mis cette différence entre ce qu'il exige absolument de tout le monde et ce qu'il conseille seulement pour une plus grande perfection, il a laissé libre aux chrétiens le choix de l'un ou de l'autre état. Dès lors donc qu'on a embrassé l'un, par l'ordre et la conduite de sa Providence, on doit conclure qu'il est permis d'y vivre, et que, en s'acquittant des devoirs qui y sont attachés, non-seulement on ne fait rien qui soit contraire à ceux du christianisme, mais qu'ils nous sont même d'un grand secours pour les remplir; et qu'on y fait la volonté de Dieu, en quoi consiste la sainteté.
[Nolre-Seijjneur]. — Jésus-Christ a été sans doute le modèle de la morale la plus sainte et la plus parfaite qui ait jamais été et qui sera jamais ; mais, s'il s'est déclaré hautement contre tous les vices et les dérèglements du monde qu'il est venu réformer, a-t-il jamais blâmé ou improuvé les devoirs de la civilité ou de la bienséance qui se pratiquent parmi les honnêtes gens ? Au contraire, il en a autorisé plusieurs par son exemple. Il n'a point refusé ceux qui l'ont invité à manger; il a assisté avec sa sainte
mère à un festin de noces auquel il avait été convié avec ses disciples ; et, loin de désapprouver l'usage établi de la réjouissance qui se pratique dans ces cérémonies, il voulut y contribuer en changeant l'eau en vin. 11 a même mangé à la table des publicains et des pharisiens, pour marquer que, s'il s'élevait contre leurs désordres, il honorait leurs personnes. Il a souffert que Marthe s'empressât à le recevoir et à le bien traiter; il a permis que les habitants de la ville do Jérusalem vinssent par honneur au-devant de lui, et couvrissent de leurs vêtements les rues par où il devait passer. Si tous ces devoirs de civilité et de bienséance que le Sauveur a reçus et rendus eussent été contraires à la nouvelle loi qu'il était venu donner au monde, il n'eût eu garde de les souffrir, et encore moins de les pratiquer : et par conséquent, si on en bannit l'abus et l'excès, qui peut douter qu'ils ne puissent s'accorder avec la vertu la plus exacte et la morale la plus sévère ?
APPLICATIONS DE L'ÉCRITURE
Multiformisçjraiia Dei. (Ephes., m). — S. Jérôme dit que Dieu, donnant sa grâce selon les sujets qui la reçoivent, et lui faisant prendre des formes différentes, a fait des saints de tous les caractères, autant que la diversité des conditions, des talents, des génies, des inclinations et des humeurs l'exige pour la perfection et pour la sanctification de l'univers. D'où il faut conclure que les coutumes, les différentes manières d'agir qui n'ont rien de contraire à l'Évangile , peuvent sans difficulté faire alliance avec lui, et servent à la perfection et à la beauté de l'Eglise, qui. a des saints de tous les états, de toutes les conditions et de tous les caractères ; et que la grâce, qui peut sanctifier toutes les actions même les plus indifférentes et les plus naturelles, peut, à plus forte raison, rendre saintes ou du moins accorder avec la sainteté celles qui ont déjà quelque bonté morale ; tels que les devoirs de la société civile, qui servent à y entretenir l'union, la paix et le bon ordre, et qu'on peut facilement élever jusqu'au degré de vertu chrétienne, de charité ou de justice envers le prochain.
On peut encore se servir de ces paroles pour montrer que, les différentes conditions des hommes étant conformes à l'ordre de la Providence divine, il n'y en a point qui ne se puissent accorder avec le culte de Dieu et les devoirs de piété et de religion qu'il exige de nous, puisque la grâce s'accommode à ces différents états, emplois et conditions. Et sa sagesse a si bien ménagé les choses dans le gouvernement du monde politique, que les devoirs de la piété et ceux de notre état s'entraînent mutuellement, et se servent de soutien et d'appui. Aussi est-ce dans cette vue, que Dieu a voulu qu'il y eût des saints, même reconnus pour tels par l'Eglise, de tous
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ordres el dotons l< étal qui composeni Le monde civil, qu'il en a choisi de pauvres el de riches, d'ignorants el de lavants, de forts et de faibles, dans le mariage el dans le célibat, dans la robe el dansl'épée, dans le commerce du monde el dans la n traita, el même il a pris plaisir à former les plus grands Baints dans les états on la sainteté paraîl avoir pluj de difficultés à vainore. Il a l'ait voir des prodiges d'humilité jusque Bur le trône; d'austérité au milieu des délices, de recueillement el d'attention sur soi-même jusque dans l'embarras et le tumulte des affaires : parce qu'il leur a fourni des grâces pour s'acquitter des obligations de leur étal el de leur religion, et des moyens de saint proportionnés kce qu'ils étaient el au genre de vie qu'ils avaient embra
ffeec est Victoria quœ vincit mundum, /ides nostra ( I Joan. v ). — On voit des personnes saintes dans le monde, parce qu'elles sont victorieuses du monde même, et triomphent de ses charmes, de ses plaisirs et de toul ce qui tient les gens du siècle dans un honteux esclavage. Or, il y a deux sortes de chrétiens fpui remportent ainsi une glorieuse victoire. Les uns qui choquent de front toutes ses maximes, et qui, ne pouvant s'en retirer tout-à-fait, le combattent en toutes les rencontres, prennent des airs et des maximes toutes contraires, dans la conduite de leur vie ; ont peu do commerce avec lui, par une vertu sauvage, qui néglige toutes les règles de la politesse mondaine, et presque de la société civile. La grâce, qui s'ajuste à la sévérité de leur humeur, les rend en quelque sorte victorieux du monde, sans s'intéresser en aucune manière aux agréments de la société civile, et sans partager les liaisons indispensables de la vie, que pour en remplir les seuls devoirs essentiels. Il y a peu d'àmes de ce caractère, qui bravent ainsi le monde sans ménagement et sans aucun égard à ses bienséances. Mais il y a des saints et des hommes vertueux dans le monde, d'un caractère tout différent, qui désarment le monde par leur honnêteté, pour ainsi parler, en s'accommodantàses usages permis et à ses coutumes, qui ne blessent en rien les maximes et les devoirs de la religion. Ils ont une sainteté de commerce, qui combat le vice par l'exemple d'une vie régulière dans leur profession : ils vont à Dieu en y attirant les autres, et, sans manquer à rien des devoirs du christianisme, remplissent fidèlement tous ceux de leur état. C'est vaincre le monde d'une manière glorieuse, en l'attirant à son parti.
Divitiœ si affluant, nolite cor apponere ( Ps. 61. ) — Un des véritables moyens de joindre l'honnête homme avec le véritable chrétien, c'est le détachement du cœur, des richesses que l'on possède. De manière que, si tôt que nous voyons un homme en place, qui tient rang dans le monde, exempt de tout soupçon d'avarice et d'intérêt, on se récrie que c'eai un honnête homme : il est sur le pied de bon ami, homme incapable d'une lâcheté; et dès qu'on a reconnu qu'il ne peut être détourné de son devoir
par l'espérance d'une haute fortune, il n'y a point de jugement si avantageux que le monde, tout injuste qu'il est, ne fasse en sa faveur. Mais il faut remarquer que, pour être en même temps un véritable chrétien, le prophète ne dit pas qu'il renonce à ses richesses, mais qu'il n'y ait point d'attache : en sorte que ce détachement intérieur le fait regarder à Dieu sur le pied d'un homme véritablement vertueux, comme le détachement extérieur le fait considérer dans le monde sur le pied d'un honnête homme.
Pensées et Passages des SS. Pères.
Ornais ad benè agendum provocatur sexua, omnis œtas et dignitas. Nemo igitur publias se excuset actibus. Ambros. Homil. 7 de militiâ.
Quodipsi gérant, officiis suis adscribunt. Id.
Fugere potes anima mundum, quamvïs retinearis corpore. Ambros. de Fugâ saeculi, cap. 3.
<jnid est fugere sœculum, nisi abstinere à peccatis sœculi? Id. Ibid.
Non utiquè iransire in Mgyptwm criminosum est, sed transire in mores MgypHoriim. Hieronym.
Non ftôcuit militanti centurioni palvda-
mentum et balteus et apparitorum turba. Idem, Epist. 99.
Nequaquàm frigida Ma verba proferas:
« Mundanus suât, uxorem habeo, filin m m curant gero. » Chrysost. Serai. 9 contra Ind.
Fal/is teip8um prorsùs aedecipis, siputas aliud à sœcularibus,aliud à monachis requiri : prœter conjugium, in reliquis communis atque eadem ab utrisque vitœ ratio requiriinr. Id. m contra vitac monas. viluper.
Hoc est plané quod orbem universum
Il n'y a ni sexe ni âge, ni condition, qui nous dispense du service de Dieu. Il ne faut donc point qu'on rejette la faute de la négligence sur son état et sur sa condition.
Les hommes rejettent sur leur état et leurs emplois les vices de leurs personnel.
Vous pouvez être bien éloigné des maximes du monde, quoique vous soyez retenu dans le monde.
Qu'est-ce que fuir le siècle, sinon s'abstenir des péchés du tiède?
Ce n'est pas de passer en Egypte qui fait le crime, mais d'y vivre à la manière des Egyptiens, d'en prendre les mœurs et les coutumes.
L'habit d'homme de guerre, le baudrier, la suite du centurion dont il est parlé dans l'Evangile, ne furent point un obstacle à son salut.
Que ces froides paroles ne sortent point de votre bouche. « Je suis engagé dans le monde ; j'ai une femme et des enfants , du soin desquels je suis chargé. »
Vous êtes dans l'erreur et étrangement séduit, si vous pensez qu'on exige autre chose des gens du siècle et autre chose de ceux qui y ont renoncé. Si vous en exceptez le mariage et ce qui regarde cet état, pour le reste Dieu exige des uns et des autres les mêmes devoirs.
Voici ce qui renverse tout l'ordre du
l'AKAOKAniK n! \TI:II MR.
avertit, quèd monachù opus este arbitrantur simmit) benè vivendi diliyentiâ, cteten's autem Ucere negligere vivere. Chrj ost, Ibld,
cimi Christus odisse animam tuam etcafera ejusmodi jubet, nullatn hominum con* ditionem excipit. ld. Ibid.
Annon ti/>i, quand, videntur etiam malridiii/i/, i functis Intit fuisse Evangelia? Basil. I le rerum abdioat.
Christus, film [Patrù sut preecepta promulgaret, apud eos loquebaturquiin mundo étant si communem vites morem sequeèantur, ld. IIimI.
Nihilrefertubi sitis: extra sœculuvn estis. 'IVriiill. ad Martyr. 2
//'»• in his rébus observandum est quœ in
hQC minuit! SIC bonOB finit, lit ttniifii ras
dihgi /uni oporteat. Auguat. contra Julianum, v.
In/ustum est relinqueresoeculorum Condito-
rfiii fi tli/it/fi-f sirriilnih. ld. in Ps. 13.
Omnis humana perversio est, quod etiam vititiiii vocatw; fruendis uti velle, neque utendis /rut. August. 83 Quaest., Quœst. 3.
Si annota niniitli reHnquere non potestis, sic tenete quai hujus mundi sunt, ut tatnen per ea non teneamini in mundo. Grcgor.
llonnl. 3 in Evang.
Mundo ttfituf, sed quasi non utitur, qui et necessariacuncta exteriùs ad vitœsuœ ministerium redigit, et tamen heee eadem non ni/tit sua menti dominari, ld. Ibid.
Inter bonos bonwn esse salutem habet; internmlos verà, etiam laudem: illud tantœ felicitatis est quantœ etiam securitatis; hoc tanto virtutis quantœ difficultatis. Bernard. Epist.
monde : on s'Imagine que li
In ot à uni grande c actiludo pour bien vivre i elon leur état, el qu il esl permit aux autrei de vivre ico de leum devoi
Lorsque Jési s-< ïiiri i oblige de naïr on ftme , 1 1 autre semblables préceptes , il n'excepte aucun état, ni aucune condition; il parle à loul le monde.
No oroyoz-vous pas que les lois de l'Évangile soni auscl bien pour les gens mariés que pour oeux qui vivenl dan le celle
Loi publiai! les commande-
ments de son Père, ne les adre sait-il pa a ceux qui vivaient dans le monde, et qui menaienl mut vie commune cl ordinal
Il n'importe où voua Boyez el de quelle ion : vous n'êtes plus du siècle, voua y avez renoncé.
Voioi la manière dont nous devons nous comporter dans Lea cho ea de ce monde : user tellement de celles qui son! bonnes el permises, qu'on ne s'y attache point d'une affection déréglée.
C'est ebose bien InjuBte d'aimer le siècle, et de quitter pour lui le Créateur des siècles.
C'est en quoi consiste la perversité humaine, et ce qui proprement s'appelle vice, de ne vouloir que l'usage des choses dont on doit jouir, et de jouir de celles dont on ne nous permet que l'usage.
Si vous ne pouvez pas quitter la possession des choses de ce monde, retenez-les, mais de telle sorte que vous ne teniez pas vous-même au monde comme par autant de liens.
Celui-là se sert des Liens du monde comme s'il ne s'en servait point, qui réduit tout au pur nécessaire pour la vie, et qui ne s'en rend point esclave.
Etre bon parmi les gens de bien, c'est être en sûreté ; mais être bon parmi les méchants, c'est être digne de louange : l'un n'a pas moins de bonheur que de sécurité ; l'autre est plus difficile et d'une plus grande vertu.
Ce que l'on peut tirer de la Théologie.
[Devoirs ft bienséances du monde.] — Comme les devoirs et les bienséances du monde ne consistent pas dans un point fixe et dans une seule chose, mais qu'il y a autant de sortes de devoirs qu'il y a d'états particuliers et de conditions différentes, et même que presque autant de personnes qui rendent ces devoirs et à qui ils sont rendus, je ne crois pas qu'on en puisse donner une plus juste définition que celle que l'on donne à la justice, « rendre à chacun ce qui lui appartient » : parce que c'est remplir les obligations que demande de nous la société civile. De là il suit : — 1°. Qu'un homme qui remplit ainsi exactement tous ses devoirs est honnête homme selon le monde; 2°. Que, loin que cela soit contraire à la loi de Dieu, une des premières obligations du chrétien est de s'acquitter des devoirs de son état, de la condition où la providence l'a mis ; et qu'ainsi l'honnête homme et le véritable chrétien ne peuvent être opposés ; 3°. Que le bon ordre du monde, et civil et chrétien, dépend entièrement de se tien acquitter des devoirs de l'un et de l'autre, c'est-à-dire de ce que Ton doit à la religion et à la société civile dont on est membre; 4°. Que, quand le Fils de Dieu nous ordonne de fuir le monde, de ne point aimer le monde, de ne point nous conformer aux lois du monde, il entend seulement par là les lois, les maximes et les coutumes mauvaises du monde, et qui sont contraires aux lois et aux maximes de l'Evangile : car c'est sur cela que tombent les anathèmes et les malédictions si ordinaires de Jésus-Christ contre le monde.
[Devoirs d'élat pour chacun.] — Dieu ayant voulu que le corps politique et civil fût composé de parties différentes, comme le corps matériel; ayant mis les uns dans l'élévation, les autres dans la bassesse ; ayant établi les uns pour commander et les autres pour obéir; ayant destiné par la grâce de la vocation, chaque homme en particulier à chacun de ces états, il est évident que chaque homme étant membre du corps politique, est fait pour remplir les devoirs différents de son état : comme, dans le corps humain, les divers membres sont destinés à différentes fonctions qui leur sont propres. D'où il suit — ■ 1°. Que, les hommes étant liés par une infinité de besoins qui les obligent par nécessité do vivre en société, chacun en particulier ne pouvant se passer l'un de l'autre, cette société el ce commerce mutuel
PARAGRAPHE I INQ1 IBMB.
i i conforme & L'ordre de Dibu, puisqu'il per I ee be oim pouri
Un; 2°. Que toui ce qui es1 néoec aire pour entretenir cette société e< cet ordre établi de Dibu esl aussi commandé de Dibi , el par la loi naturelle', qui oblige chaque partie 6 la conservation de son tout. Or, il esi absolument nécessaire, pour que la société des hommes subsiste, qu'ils s'aiment, se respectent les uns les autres, qu'ils observenl les bienséances établies par l'usage, et sans lesquelles la discorde troublerait bientôt l'union qui doil être entre eux ; enfin, qu'ils s'acquittent des devoirs auxquels les lois les obligent; — 3°. Que Ton peut Jonc, el môme que l'on doit se rendre exact aux devoirs de la civilité ei de la bienséance que 1rs hommes ont établis, parce que les motifs de cette exactitude Boni trèsjustes, comme fondés sur la loi de Dieu. <)h le doit faire pour ôter l'idée du mépris ou de l'indifférence que nous aurions pour ceux à qui on no les rendrait pus, et pour éviter les reproches Intérieurs ou extérieurs, de ceux à l'égard de qui on y manquerait; et enfin pour éviter les sources des divisions qui troublent la paix, qui doit toujours régner dans la société civile.
[La vraie pmdcnce.] — Quoique la prudence du siècle soit l'ennemie de Dieu et réprouvée par l'oracle de la vérité mémo, on peut dire cependant que, comme il y a un monde que Dieu aime et chérit, aussi y a-t-il dans le monde une prudence qui n'est pas incompatible avec celle que l'esprit de Dieu inspire aux fidèles. On ne doit pas, à la vérité, l'appeler prudence du siècle, parce que cette expression se prend toujours en mauvaise part; mais elle ne laisse pas d'être de tous les siècles. Et c'est cette heureuse prudence qui fait que l'on trouve la voie du ciel, au milieu du tumulte du siècle, où tant d'àmes s'égarent et se perdent; et qui fait que les enfants du siècle, j'entends ceux qui ne le sont que par les engagements de leur état, peuvent devenir des enfants de lumière, par une sagesse qui leur apprend à satisfaire aux devoirs de la vie chrétienne sans négliger ceux de la vie civile; gens qui trouvent un chemin pour aller à Dieu en vivant dans le monde sans vivre selon l'esprit du monde; et à qui même on peut appliquer ces paroles du Fils de Dieu, en un bon sens : Filii hvjus scculi prudentiores filiis lucis in generatione sua sunt.
Puisque Dieu n'a imposé l'obligation à personne de quitter le monde pour embrasser la vie religieuse, on ne peut douter que, comme il y a un monde auquel tout chrétien est obligé de renoncer et que l'on connaît assez, de même il faut de nécessité qu'il y en ait un autre où l'on peut faire son salut en s'acquittant des devoirs de l'état et du rang où la Providence veut que nous demeurions. Mais il ne faut jamais oublier qu'on ne s'y sauve, et même qu'on ne s'y peut sauver, qu'à la condition de s'acquitter fidèlement des devoirs attachés à cet état. D'où il suit — 1°. Qu'un homme qui manque aux devoirs de son état, quoi qu'il fasse d'ailleurs, est comme une voix discordante dans l'harmonie de ce monde ; et qu'ainsi il
n'est ni honnête homme selon le monde, ni un véritable chrétien selon Dieu — 2°. Qu'il arrive assez souvent, par une illusion étrange, que ceux qui s'acquittent de tous les autres devoirs négligent ceux-ci, qui sont les plus essentiels , sans faire réflexion que les omissions en ce point se commettent aisément, qu'on ne s'en aperçoit qu'à peine, et par conséquent que c'est rarement qu'on les répare : qu'on se met peu en peine de s'en corriger, parce que ces sortes de péchés ne consistent pas en de méchantes actions, mais à négliger ce qu'on devrait faire.
[Séparés du monde.] — Il est certain que, pour être un véritable chrétien, il faut avoir le cœur éloigné du monde, en haïr les maximes, et en éviter les désordres ; mais cela ne nous oblige pas de vivre dans le désert. Ce qui est si vrai, que S. Paul déclare aux Corinthiens que, quand il leur a commandé de n'avoir point de commerce avec certains.pécheurs, il ne leur a point parlé des païens, parce que, le monde en étant alors rempli, il aurait fallu en sortir et renoncer entièrement à la vie civile pour n'avoir point de commerce avec eux. Or, ce que l'Apôtre dit du monde païen, nous pouvons le dire aujourd'hui de ceux qui vivent dans le monde comme des païens : il nous est permis de vivre avec eux, de nous employer à leurs affaires, de leur donner le soin des nôtres , de les voir et de converser avec eux, autant qu'il est nécessaire pour nos divers besoins; mais il faut, en cela, observer la règle que le même S. Paul prescrit aux premiers chrétiens, de communiquer de telle manière avec les personnes du monde, que nous en demeurions séparés d'esprit, et que nous ne prenions aucune part à leurs œuvres infructueuses de ténèbres, c'est-à-dire à leurs péchés : il faut que , loin de marcher avec eux dans la voie large , nous condamnions leur conduite et leurs mœurs par la pureté de notre vie. De ce sage conseil de l'Apôtre on infère. — i°. Qu'il n'est ni nécessaire ni même à propos de sortir de notre état sans de grandes raisons, comme pourrait être l'intérêt de notre salut, afin de nous soumettre à l'ordre commun du monde quand il n'est pas contraire à celui de Dieu. — 2°. Que, quelque grande que soit la nécessité qui nous oblige de demeurer avec ceux qui suivent les maximes du monde, nous devons nous séparer d'eux d'esprit, et résister à leurs violences ou à leurs flatteries , quand ils s'en servent pour nous porter au péché. — 3°. Que nous devons veiller avec tant de soin sur nous-mêmes, que nous évitions les pernicieux effets de leurs mauvais exemples. — 4°. Que nous devons toujours nous souvenir que, si nous sommes contraints de demeurer avec eux, il n'y a jamais aucune nécessité de les suivre dans leurs désordres, puisque la seule nécessité d'un chrétien est de s'abstenir de tout péché.
[Piélé rendue aimable.] — C'est une chose qui nous est fort recommandée par les Apôtres, de rendre la piété aimable aux personnes mêmes du monde, afin de les y attirer doucement. Or, il est impossible qu'elle soit aimable
PARAGRAPHE SIXIÈME. 'J.'t"
si elle est rarouehe, Inoivile, grossière, e1 il on n'a soin de témoigner an hommes qu'on les aime , qu'on les oonsidôre, qu'on désire lés servir, e\ qu'on est plein de tendresse pour <'u\. si on oe les seri pas par ces marques de civilité, qui Boni les liens de la société oivile, an moins <>u ne les ohoque p.-is, ei on prépare toujours par-là les esprits à oous écouter et s être favorables à nos bons desseins, il faul donc tâcher, <'ii vhranl dans le monde, de purifier les manières polies, e1 non ps de les bannir; o<, pour joindre l'honnête lu m une avec le véritable chrétien, il t'aui s'attiivr l'affection des hommes, non pour y prendre une mauvais.' oomplaisanoe, mais afin que eotto affootion nous mette eu étal de 1rs servir. A quoi on peut ajouter quo cette civilité et honnêteté est une humilité extérieure, et qui devient intérieure et chrétienne quand nous l'exerçons par des vues spirituelles, comme 8. Paul l'ordonne : Honore invieem pnewtnientes. (Rom., xn.)
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Vertu dans le monde.] — Il est constant que le monde corrompu est regardé comme l'empire des ténèbres, et est trop opposé à l'esprit de vérité pour en allier les maximes impies avec les règles saintes de l'Evangile : gardons-nous bien d'affaiblir les anathèmes que Jésus-Christ a si justement prononcés, et de vouloir accorder le culte de Baal avec celui du Dieu d'Israël. Mais, à considérer le monde comme une société de personnes qui remplissent différentes professions , comme un assemblage de conditions plus ou moins élevées, où les hommes engagés par leur naissance ou par leurs talents se prêtent des secours mutuels, veillent chacun à son état, à leur sûreté, à leurs commodités, à la gloire et au bonheur de la patrie , ce commerce, cette liaison, cette utilité réciproque, qui forme les mœurs, qui polit la raison, qui nous rend nécessaires les uns aux autres, est sans doute, dans l'ordre naturel, le chef-d'œuvre de la sagesse divine, le caractère particulier, et le plus glorieux apanage de la nature humaine. Et, dans ce sens, c'est une erreur de prétendre que les maximes de l'Evangile et la pureté de sa morale soient manifestement incompatibles avec les devoirs et les bienséances de chaque profession. (Recueil des pièces d'éloquence présentées à l'Académie Française, en 1703. 1er Discours.)
Ne pensons pas qu'un véritable chrétien se retranche tous les divertis-
sements de la vie, ni qu'il dédaigne toujours les assemblées où Ton donne quelque chose aux sens ; ne pensons pas qu'il rejette toujours, et en toutes sortes d'occasions, la magnificence, et ce qui a de l'éclat. Les mêmes choses qui coi rompent les âmes vulgaires et voluptueuses sont toutes pures pour lui et elles ne lui nuisent point, non-seulement parce qu'il ne les recherche pas, mais encore parce que sa raison, toujours dirigée par la foi, est toujours la supérieure. Comme honnête homme, il ne manque à rien de ce qui regarde la société ; il garde les bienséances, il s'accommode aux us?ges généralement reçus: comme chrétien, il modère ses affections; il cherche le Créateur dans les créatures ; il donne à chaque chose son juste prix; il se propose une fin plus noble que le monde entier. L'honnête homme paraît au-dehors, l'homme chrétien est caché au-dedans ; l'honnête homme est applaudi parce qu'il s'accommode à tous, l'homme chrétien s'humilie parce qu'il sent toujours l'imperfection de sa charité et le fond de ses misères. C'est une môme personne en deux états différents, mais dont l'une s'accorde parfaitement avec l'autre : c'est un homme qui dans la vie commune n'offre rien qui le distingue, mais c'est un homme dans lequel Dieu qui pénètre jusqu'au plus intime de notre âme, voit les dispositions les plus sublimes (2e Discours).
[ Honnête homme et chrétien, j — L'honnête homme, même selon le monde, et le parfait chrétien sont si semblables, qu'on ne se méprend point, même en les confondant. Car enfin, quelle est l'idée qu'on se forme d'un honnête homme dans le monde ? C'est un assemblage des qualités les plus essentielles du chrétien. L'honnête homme a le cœur bon, les intentions droites; son esprit est éclairé pour discerner le bien, et sa volonté s'y livre sans réserve ; ses sentiments sont nobles et élevés. Attentif à la justice plus qu'à ses propres intérêts, il n'a point de juge plus sévère que lui-même : S'agitil des avantages de l'Etat? ses biens deviennent les trésors publics, ses services n'ont pour principe que la grandeur d'âme, et pour but que la gloire ; son obéissance est l'effet de sa raison, et non d'une crainte servile. Mais est-ce le portrait d'un honnête homme selon le monde, ou le portrait d'un chrétien, que je viens de tracer? Et la morale de Jésus-Christ ne m'a-t-elle point fourni les couleurs dont je le représente? Quelle conformité de mœurs, de conduite, de sentiments, entre l'honnête homme et le parfait chrétien, dans ces circonstances essentielles de la vie qui sont les points décisifs de la probité et de la religion? — Mais, me dira-t-on, comment accorder les lois sévères du christianisme avec ces manières liantes que le monde demande dans un honnête homme; ces égards, cette complaisance, cette attention, ce tour d'esprit agréable? On ne peut faire descendre le chrétien dans tous ces détails du grand art de plaire. Vous vous trompez : la charité fait en l'un ce que la politesse fait en l'autre. Le parfait chrétien est d'un commerce fort aisé ; ses mœurs sont douces, ses manières prévenantes ; il n'aime point à dominer dans les assemblées ; son
PARAOR M'iii:
ontrotien ei i oxempl d'aigreur e1 d'amertume; ion cœur ne connaît point louvoraonts do l'em io, o1 ne rei senl jamais cette joie maligne qnc les ■,. d'autrui répandent ur ! ■« i âge el dan les di coure. I î'e i donc en vain que voua prétendez mettre une barrière insurmontable entre l'honnête homme selon le n de el Le véritable chrétien : il ne Eaul que
onterl'un et l'autre : même paix, même li uéme conduite
Ajoutons un trait à l'honnéto homme, el nou en ferons nn chrétien : c\ I le motif qu'un chrétien doil avoir en touti Ions.
| Il n'\ ii que la religion qui puisse affermir notre ?ertn dans ce meDde. | — Il faut, pour
faire un liomi le bien, des efforts qui agissent souverainemenl sur l
prit el Bur la volonté, et qui commencent ft former une belle àme. Or, quel sera ce principe secret de toutes nos actions, qui puisse répondre de leur réalité el de leur confiance! Sera-ce l'estime des hommes? mais que peut produire un met if si vain, si fragile? qu'a de solide et d'avantageux ce qui dépend presque toujours du caprice et passe comme une fumée? Serace l'amour d'une gloire pure et désintéressée? mais qu'est-ce que cette gloire ? est elle bien pure et désintéressée? N'est-ce point un intérêt plus délicat, et une cnpiditémoins grossière? Qui pourra donc affermir le cœur de l'homme dans lavertu? Iln'y a donc que la religion qui puisse répondre du cœur de l'homme, et donner de la consistance à ses vertus; elle seule peut fixer nos vues, par le caractère de vérité qui l'accompagne, peut enchaîner nos passions par les punitions dont elle nous menace, peut exciter notre indolence par la grandeur du prix qu'elle nous propose, ( Même recueil, 1er Discours ).
[Obstacles au salul partout.] — C'est un principe dont il faut convenir d'abord, que l'on trouve de grands obstacles au salut dans les différentes conditions du monde : car à Dieu ne plaise que je veuille élargir la voie étroite de l'Evangile ! les routes de la vertu sont toujours rudes et épineuses, en quelque état que ce soit. Mais prétend-on se sauver sans qu'il en coûte? le ciel ne mérite-t-il rien, et le monde seul mérite-t-il qu'on fasse tout pour lui? Ainsi, quand on dit qu'on peut se sauver dans le monde, on ne prétend pas soutenir qu'il en coûte moins que dans l'état religieux, ni même qu'il soit plus agréable de travailler pour le monde que pour Dieu et pour son salut. L'expérience apprend aux mondains tout le contraire : car, si l'on veut faire fortune, si on veut s'avancer auprès des grands, quelle contrainte, quelle sujétion, quelle assiduité ne faut-il pas ? Que de concurrents à écarter! que de débauches à éviter! que de chagrins à dévorer? Voudraiton que le plus excellent de tous les biens, et le seul qui puisse rendre heureux, s'acquit sans peine, tandis que les moindres avantages de cette vie mortelle et de peu de durée ne s'achètent qu'à force de constance, de soin et de travail ? Il est donc vrai qu'il n'est pas impossible de se sauver dans le monde, mais il est impossible de s'y sauver sans peine.
Rappelons dans notre mémoire la conduite des grands hommes qui nous ont précédés ; parcourons les annales où sont écrites les vies de ces héros chrétiens que la religion nous propose pour modèles ; remontons de siècle en siècle, et considérons cette foule de saints de tout sexe, de tout âge et de toute condition : demandons-nous à nous-mêmes pourquoi, courant la même carrière où ils ont couru, possédant les mêmes emplois, occupant les mêmes postes, nous ne pourrions pas nous sanctifier dans le siècle, comme ils s'y sont sanctifiés.
Mépriser les pompes et le luxe du monde n'est pas un don tellement attaché au cloître et au désert, qu'on n'en puisse trouver des exemples jusque dans les conditions les plus élevées. Au milieu de la cour, qui est, pour ainsi dire, le centre de la vanité mondaine, où cette figure du monde brille avec plus d'éclat et présente des objets plus propres à séduire les cœurs et à exciter la vivacité des passions, David, Esther, S. Louis, ont eu la force de s'élever aux pensées de l'éternité, d'entretenir un commerce secret avec Dieu, de lui ériger un trône dans leur cœur, où lui seul régnait souverainement, où il était adoré en esprit et en vérité ; où, malgré les fausses idées du monde, malgré les sollicitations de tout ce qu'il y a de plus engageant, la raison était toujours écoutée, et la loi de l'Eternel toujours suivie.
Pour donner les derniers traits au modèle que l'honnête homme se doit proposer, le chrétien est un homme qui exerce un empire absolu sur tous les mouvements tde son âme. 11 est modeste dans la prospérité, constant dans l'adversité, religieux observateur de sa parole, sincère dans ses amitiés, affable dans ses entretiens, zélé pour le bien de l'Etat, fidèle à son prince, désintéressé, sans respect humain, charitable sans orgueil, dévot sans hypocrisie ; toujours d'accord avec lui-même, toujours disposé à réparer les fautes qui lui échappent; officieux envers tout le monde, et d'une bonté à faire le bonheur des uns et à soulager les peines des autres. ( Le même.)
[On peut vivre bien dans le monde.] — Presque toutes les vertus peuvent se pratiquer dans le monde comme dans les plus sombres retraites , puisque l'on peut vivre parmi les hommes sans participer à leur corruption et à leurs vices, s'élevant par la grâce au-dessus de la nature, et suivant les lois d'une vie commune quand on n'est pas appelé à une vie plus sublime. Il est vrai que l'Ecriture déplore le malheur des gens du monde, qui suivent la voie large ; mais en même temps elle les exhorte d'entrer dans le chemin étroit. Le mal n'est pas d'exercer une charge publique , de posséder une éminente dignité, de commander une armée; mais on se rend criminel quand on abuse de ces emplois pour contenter son ambition et sa cupidité, pour faire sa fortune aux dépens des malheureux que l'on écrase sous le poids d'une injuste puissance.
Sans qu'il soit besoin de renoncer au commerce des hommes , on peut
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avoir une piété à L'épreuve de boutée loi tentations du siècle ; accorder Loi devoirs de la \ ie oivile aveo oeui de La oon cience: s'élever a Dibi parla foi, se communiquer au prochain par La charité, et, si L'on tombe dans quelque égarement, se purifier par La pénitence. On peut même se faire une espèce de retraite au fond de son oœur, pour le garantir de La dissipation que cause L'embarras des affaires. Si Le nombre a'< it pas grand âmes prh ilégiées, on trouve encore des chrétiens qui eivenl dans Le monde sans en prendre L'esprit, el qui eombattenl continuellement les mouvements de la convoitise. (4« Discours^ mente recueil,)
| L'Iiiiinn'ii1 liniiiiiic] — Cette qualité d'honnête homme est un éloge accompli; c'est un titre qui efface tous ceux que le rang et la fortune peuvent donner. Mais, pour la mériter, il es1 nécessaire de posséder toutes les vertus dans un éminenl demi'', puisque la véritable probité suppose un désintér ment pariait, une droiture inflexible, une générosité sans faste, avec une modestie qui se répand surtout ce que l'on dit, et sur tout ce que l'on fait. Un honnête homme observe toutes les bienséances de son état, sans sortir de son caractère ni des règles que son devoir lui prescrit; il ne peut être détourné des voies de la justice, non plus que le soleil de sa course.
Il ne faut pas se persuader qu'une raison soit assez exempte de désordres pour régler toute seule les sentiments du cœur, ni que l'on soit capable d'une bonne conduite sans un secours surnaturel. Depuis que l'homme, par sa désobéissance, est sorti de l'ordre dans lequel il avait été établi, toutes ses démarebes sont fausses et dangereuses, et on le voit tomber à tout moment s'il n'est soutenu par une main invisible. Disons donc qu'on ne saurait être honnête homme si on n'a de la religion : c'est par là qu'il faut commencer. Le moyen, si l'on est infidèle à Dieu qu'on a infiniment plus intérêt d'honorer et de servir, si l'on ne se fait une affaire essentielle d'être exact et fidèle dans l'observation de ses lois; le moyen, dis-je, qu'on se mette en peine d'avoir une conduite sincère pour les hommes , et qu'on s'établisse un principe d'honneur de ne manquer en rien à ce qu'on leur doit?
Quelle règle, quel fondement pourrions-nous avoir pour établir notre probité, si elle n'était établie sur la religion? Nous devons considérer la religion comme une chaîne qui nous attache et qui nous unit à Dieu. Or, comment se pourrait-il faire que nous soyons unis à Dieu, si nous n'étions unis ensemble, puisque l'union avec Dieu suppose l'union avec les hommes, et qu'elle renferme tous les devoirs qu'ils exigent de nous. C'est par cette raison que, lorsqu'il est dit que nous adorerons et servirons Dieu seul, nous devons comprendre dans ce commandement tous les devoirs de la société civile., parce que nous ne pouvons être dans l'ordre dans lequel Dieu nous demande à son égard, que nous, ne le soyons à l'égard des hommes. Les obligations qui nous engagent à eux sont comme autant de
t 240 devoirs et bienséances du monde.
dépendances de ce premier devoir qui nous unit à Dieu, et comme autant de petits liens qui tiennent à cette grande chaîne qui nous attache à lui. (Les devoirs de la vie civile.)
[De la science du monde.] — Quand on parle de la science du monde, ce mot est équivoque et a deux sens. Il y en a une mauvaise et damnable ; mais il est une science du monde qui règle les devoirs de la société, et qui apprend à s'en acquitter avec politesse et agrément. Qui possède cette science sait ce qu'il doit au grand et au petit, à l'inférieur et à l'égal. Envers les grands, respectueux sans bassesse, agréable sans flatterie, complaisant sans aflectation, il sait recevoir leurs faveurs sans abuser de leur privauté, s'attacher à eux sans s'en rendre esclave, se consacrer à leur service sans se dévouer à leurs passions. Modeste à l'égard des petits, il sait tenir le rang que lui donne sa naissance et sa dignité, plutôt par le bien qu'il leur fait que par l'ascendant qu'il prend sur eux. Exact à cultiver ses amis, il sait assaisonner les devoirs d'une vertueuse amitié avec tous les agréments de l'entretien et du commerce. (Le P. d'Orléans, Sermon sur l'éducation des enfants.)
[On peut devenir sainl dans le monde.] — Après tout, dites-vous quelquefois , comment accorder la sainteté chrétienne avec les engagements du monde? comment être saint et vivre en certains états du monde? Comment? il est bien étrange que vous ne le sachiez pas encore, ayant tant d'intérêt à le savoir, et il est bien indigne que vous l'ignoriez , ayant dû l'étudier et le méditer tous les jours de votre vie. Il faut donc vous l'apprendre. Vous vous figurez que votre état a de l'opposition ou qu'il est même incompatible avec la sainteté. Erreur. Si cela était, ce que vous appelez votre état deviendrait un crime pour vous, et sans autre raison il faudrait par un devoir de précepte, le quitter et y renoncer. Mais puisque c'est votre état, puisque c'est l'état que Dieu vous a marqué , vous offensez la Providence et vous faites tort à sa sagesse en le regardant comme un obstacle à votre sanctification. Il n'y a point d'état dans le monde, qui ne soit et qui ne doive être un état de sainteté.
Entrez en esprit dans le ciel : vous y verrez des saints qui ont tenu dans le monde les mêmes rangs que vous y tenez aujourd'hui; qui se sont trouvés dans les mêmes engagements , dans les mêmes affaires , dans les mêmes emplois, et qui non-seulement s'y sont sanctifiés, mais, ce que je vous prie de bien remarquer, qui s'en sont servis pour se sanctifier. Parcourez tous les ordres des prédestinés : vous en trouverez qui ont vécu auprès des princes, et qui n'ont jamais mieux servi leurs princes que quand ils ont été attachés à leur religion et à Dieu. Tous en trouverez qui se sont signalés dans la guerre, parce que la sainteté, bien loin d'affaiblir leur courage, n'a fait qu'augmenter en eux la vertu militaire et la vraie bravoure. Vous en trouverez qui ont manié, comme vous, les affaires :
,•1 i vous n'été pa au i saint qu'eux, ne ?oui offen ez pa de ce 'pic je dis, rYsi qu'ils les "ni maniées plus dignement et plus irréprochablement 'i'"' v"" '• Vous «'ii trouverez que leur seule probité ri maintonu à la cour, qui s'j sont avancés sans avoir recours aux artifices do la i»"i i tique mondaine, el qui n'onl dû !«• crédil qu'ils y avaient qu'à leur droiture et ;i leur probité. En un mot, vous en trouverez qui ont été tout '■•■que vous (''tes, et qui, de plus, ont él
Les saints n'ont été saints que parce* qu'ils ont rempli leurs devoirs, et ils oui rempli leurs devoirs parce qu'ils étaienl suints : deux choses dont l'enchaînement porte avec soi un caractère do raison et de vérité qui fait sentir. Saints parce qu'ils ont, rempli leurs devoirs : c'est-a-dire parce qu'ils ont su parfaitement accorder leur condition avec leur religion, mais en sorte que leur religion ;i toujours été la règle de leur condition, et, que jamais leur condition n'a prévalu sur les maximes de leur religion. Saints parce qu'ils ont rendu à chacun ce qui lui était dû : l'honneur à qui était dû l'honneur, letributàqui était dû le tribut, l'obéissance à ceux que Dieu leur avait donnés pour 'maîtres, la complaisance à ceux dont ils devaient entretenir la société; l'assistance à ceux qu'ils devaient recourir ; le soin à ceux dont ils devaient répondre; à tous la justice et la charité, parce que nous en sommes à tous redevahlcs. Saints parce qu'ils ont honoré, par leur conduite, les ministères dont ils étaient chargés» les dignités dont ils étaient revêtus, les places où Dieu les avait mis.
Il est avantageux, mais il n'est pas absolument nécessaire pour vivre en chrétien et [pour faire son salut, de se retirer dans un désert ou de se renfermer dans un cloître. Comme les Israélites ont vécu parmi les Egyptiens sans être idolâtres, on peut vivre dans le monde sans être mondain. C'est en cela que la Providence de Dieu est également aimable et adorable, de nous avoir donné, en chaque état et en chaque condition, autant d'idées de sainteté qu'il en fallait pour composer cette variété mystérieuse dont l'Epouse de Jésus-Christ, qui est l'Église, tire, selon le prophète, son plus bel ornement. C'est pour cela que Dieu a pris plaisir à former les plus grands saints, dans les états mêmes où la sainteté paraît avoir plus de difficultés à vaincre; des prodiges d'humilité jusque sur le trône, d'austérité au milieu des délices, de recueillement et d'attention sur soimême jusque dans l'embarras des affaires et le tumulte des soins temporels; et enfin, par un secret de prédestination que nous ne pouvons assez admirer , il n'a pas voulu qu'il y eût une seule profession clans le monde , de celles qui sont permises par les lois et qui ne sont point contraires aux bonnes mœurs, qui n'eût des saints dans le ciel , reconnus comme saints dans l'Église. (Le P. Giroust.)
Dieu et le monde ont des maximes contraires : à Dieu ne plaise que
vous tâchiez de les accorder. Mais sachez que , sans les accorder, vous
pouvez vivre en honnête homme et en bonne réputation dans le monde;
sachez que, sur de telles maximes, vous pouvez, comme beaucoup ont fait,
blâmer la conduite du monde, et mériter l'approbation du monde ; condamner les désordres du monde, et acquérir la bienveillance du monde ; vendre le monde méprisable, et vous en attirer le respect. Tant s'en faut que la dévotion même condamne toutes les manières du monde, qu'il y en a qu'elle étudie au contraire, et s'en fait de solides devoirs. J'entends, par ces manières du monde l'honnêteté du monde, l'affabilité du monde, le savoir-faire du monde; qualités sans le secours desquelles il est impossible de traiter et de converser avec le monde. Non pas la finesse du monde, non la duplicité du monde , non l'affectation du monde : manières à la vérité dont use le monde, mais manières pourtant généralement condamnées par le monde même qui en use. Que si la véritable dévotion ne réprouve point les manières louables du monde, le monde ne réprouve pas non plus les manières de la vraie dévotion. (Le P. d'Orléans, Toussaint.)
[Vaines excuses.] — C'est en vain que, convaincus de notre lâcheté, nous en rejetons la cause sur la difficulté de vivre chrétiennement dans un monde si corrompu, nous laissant aller sans scrupule à ce torrent d'iniquité qui entraîne presque tous les hommes, et prétendant vainement que nous n'avons point assez de forces pour lui résister. Car, si nous veillons exactement sur nous-mêmes, ni les dérèglements de nos pères ni la mauvaise éducation qu'on nous a donnée, ni le lieu où nous vivons, ni toutes les raisons que nous alléguons d'ordinaire pour nous excuser, ne pourront point nous nuire. Abraham avait un père impie et idolâtre, et il ne fut pas héritier de son impiété. Ezéchias était fils du détestable roi Achaz, et cela ne l'empêcha pas de devenir ami de Dieu. Moïse vécut en Egypte, et tant de saints dans tous les endroits de la terre, sans que leur vertu ait été moins parfaite pour avoir toujours été parmi les méchants. C'est donc une excuse frivole, et qui ne sera point reçue de Dieu , d'alléguer qu'on ne peut être homme de bien et se préserver de la corruption du siècle, en vivant et traitant continuellement avec ceux qui en suivent les maximes, et qui n'ont point d'autre règle de leur conduite. (Montmorel, viie Dim. opr. la Pentec.)
[Vices cachés sous un vernis.] — Un homme qui saura déguiser des attachements criminels, qui commettra en secret ses méchantes actions, si nous parlons de lui sans aucun rapport à l'Evangile et à la foi , nous pouvons le traiter d'honnête homme, quand nous remarquerons en lui des sentiments nobles et des manières polies et agréables : mais à moins qu'il n'ait une conscience pure , il ne sera point véritablement chrétien. Le philosophe peut être orgueilleux sans perdre son nom ; l'homme du monde peut soutenir sa réputation sans étouffer l'envie, la vengeance et les mouvements déréglés de diverses passions. Il est même des états qui demandent de grandes qualités, et ne se démentent point par des qualités mauvaises. Un
PARAGRAPHE BIXIÉME. VI.';
ir:ii pourra adminj trer La justice aveo une habileté profonde el une intégrité inviolable, et cependant entretenir des liaisons qui le rendent
coupable devant Dibi : et ainsi des autn c litions. Mai le chré
tien ne peul être que chrétien, et, s'il
il ne s'en iuN pas quetoutes les conditions aienl une liai on inséparable du
chrétien. {Remarque* sur divers sujets de religion et Je morale)
{ Huit s ili in!i'.| — c^> 1 1 1 ■ reul dire un pécheur, quand il dit qu'il es! un
homme du monde, qu'il n'esi pas obligé de vivre en religieux, sinon qu'il vit dans 1<- monde réprouvé, qu'il est dans une terre qui dévore ses habitants, qu'il a eu le malheur de naître dans une situation qui l'éloigné du soleil de justice, et qui lui pend son salut presque impossible? Voilà Bur quoi vous vous excusez, gens du monde . dites-vous, quand on vous parle de conversion : mais c'est pour cela même que vous devez être plus attentifs à la voix du Seigneur qui vous appelle. Si vous viviez dans le désert ou dans un cloître, vous auriez bien [dus d'avantage pour votre salut que dans le monde, vous auriez bien moins besoin de secours: cependant vous vous défendez de penser et de travailler à vous sauver parce que vous êtes du monde : peut-on imaginer un plus pitoyable raisonnement ?
Vous êtes du monde, dites-vous : ah ! c'est là peut-être votre crime, et vous en faites votre excuse ! Votre patrie est dans le ciel, et vous voulez demeurer attachés à la terre ! Vous êtes concitoyens des saints, et vous habitez dans la corruption ? Le chrétien, destiné pour le ciel, en quelque état et de quelque profession qu'il soit, ne doit vivre que pour le ciel. Son corps doit suivre les mouvements de son âme, et son cœur doit se trouver où est son esprit. Il est dans le monde, mais il ne doit pas vivre pour le monde. Ne dites point, comme autrefois on disait à S. Chrysostôme : « Pour se sauver, il faut donc se retirer dans les cloîtres ? » Quoi ! est-ce donc que le renoncement à soi-même, le pardon des injures, la tempérance, la modestie, l'humilité, le détachement des choses de la terre, ne sont plus que des vertus de cloître? Si l'on prétend que, pour vivre dans le monde, on en doit être dispensé, il faut dire qu'en vivant dans le monde l'on renonce à la qualité de chrétien. (Massillon).
[Obligations du monde.] — Quand Dieu nous commande de l'aimer , et d'aimer le prochain, bien loin qu'il exclue aucun devoir de la vie civile, il les embrasse tous; bien loin qu'il les détruise , il leur donne un appui et un fondement inébranlable. Car, en vertu de cette loi qui m'attache à Dieu, je rends à chacun ce qui lui appartient, l'honneur à celui à qui je le dois, le secours à celui qui en a besoin, la justice atout le monde : je suis fidèle à mon roi, modeste envers mes égaux, respectueux envers les grands, traitable envers mes inférieurs, charitable envers les pauvres, exact à conserver les droits de chacun. Pourquoi? parce que je trouve toutes ces obligations renfermées dans le commandement que Dieu me fait d'aimer mon
prochain ; je les regarde comme autant de dépendances des devoirs que je doislui rendre à lui-même, et la soumission que je dois à ses ordres fait que je m'assujettis et me captive à tous ces devoirs. Voilà l'excellente raison de laquelle Tortullien se servait autrefois pour effacer de l'esprit des païens les mauvaises impressions qu'ils avaient conçues contre les chrétiens en les faisant passer pour des gens rebelles à toutes les lois et pernicieux à l'Etat. « Tant s'en faut, leur disait-il, que notre religion préjudicie aux devoirs de la société, que c'est elle au contraire qui nous y engage plus puissamment, puisque c'est une des premières maximes de notre religion d'être soumis aux puissances, et de ne donner sujet à personne de se plaindre de nous.
Vous me direz qu'indépendamment de toute religion il y a des personne s justes, sincères, charitables, à qui la nature a donné tout ce qui est capable de faire un honnête homme. tTe sais que c'est un prétexte dont les, libertins se servent pour garder une certaine bienséance ; mais, c'est un prétexte qui est combattu par l'expérience de tous les siècles. Car, je vous le demande, s'il n'y avait pas de religion, où trouverait-on un homme qui se piquât d'un grand zèle de rendre la justice aux autres? Un avare , un ambitieux, un vindicatif, un homme passionné pour la gloire ou pour l'argent, ne pousserait -il pas toutes ses passions jusqu'aux derniers excès, s'il savait qu'il n'y eût point de Dieu? Il se regarderait comme sa dernière fin, il rapporterait toutes choses à lui-même; il serait sa divinité ; il se sacrifierait et l'honneur et les biens et la vie de ses frères. Or, le moyen qu'étant prévenu de ces détestables opinions , il vécût en honnête homme ? Quand on manque de religion, on se licencie sans peine à toutes sortes de désordres; on manque de bonne foi à ses égaux , de modération envers ses inférieurs, de respect et de fidélité envers ses supérieurs : et ainsi on manque à tous les devoirs de la société civile, dès lors qu'on n'a point de religion. (Bourdaloue, -!cr Dira, de Carême).
[l'n vrai chrétien.] — Qu'est-ce qu'un vrai chrétien ? C'est un homme dans le monde , cependant séparé du monde et uni à Jésus-Christ ; c'est un homme, dit S.Paul, enseveli avec Jésus-Christ dans la mort par son baptême ; c'est un homme qui met son bonheur dans la pauvreté, l'humilité et la patience, et son malheur dans l'orgueil, la joie et les plaisirs: car voilà les béatitudes et les malédictions proposées par Jésus- Christ. Mais voici comment on en abuse par un faux raisonnement. Le vrai chrétien est un homme séparé du monde: donc il faut qu'il renonce à toutes les bienséances, les coutumes, les commerces, et tout ce qui peut entretenir la société civile entre les hommes. Fausse conséquence. Le vrai chrétien est uni à Dieu: donc il faut qu'il soit uniquement appliqué au service deDiEU, abandonnant ses affaires temporelles pour ne vaquer qu'à la prière. Est-ce là ce que l'Evangile prescrit, et ce que S. Paul prétend? C'est un homme qui aime la pauvreté : faut-il donc pour cela qu'il soit indifférent à la perte
PAS LOB \ in i i \ ii mi .
le e biens, qu'il ouffre toutes sortes d'injustices, qu'il s laisse dépouiller de les héritages san murmurer? G'esl un homme qui aime l'humilité : il faut, par conséquent, qu'il n'ai! au. -un égard aux devoir de -a 'liai".'.' . il'' sa famille, il.' ami . Enfin, o'< -i un h un- crucifié <•( morl au monde: faut-il inférer de-là qu'il ne doil savoir ni coutumei ni bienséances, ni manières civiles el raisonnables ? 1 a homme de ce caractère sera-t-il honnête homme selon le monde? Non sans doute ? Sera-i-i] un vrai chrétien? Encore moins. Car, pour vivre de la sorte, il faudrait être ans ch sans biens, sans parents, Bans domestiques : el toutes ces qualités ne con- \ ic u m- nt qu'à an homme du désert, el non pas a an homme du monde. (Le P. de la Rue.
[Il faut se faire violence.] — Quelle gêne el quelle contrainte, dira-t-on, d'être un chrétien régulier dans le monde! quelle difflcnlté de plaire à Dieu et aux hommes, et d'acoorder tellemeni les devoirs de sa profession avec ceux de la religion , qu'on ne choque ni les uns ni les autres ! Il est difficile, il est vrai: mais, puisque vous avez choisi cet état, que la Providence vous y a appelé, et que vous ave/, les grâces nécessaires pour remplir ces devoirs quelque difficulté 4110 vous y trouviez, c'est à vous à la vaincre, et à vous mettre au-dessus de tous les respects humains. Mais, encore une fois, si cela est difficile, prétendez-vous vous sauver sans violence? Où est donc cette croix que vous devez porter dans le monde, aussi bien que dans l'état religieux? La voici: c'est de vous réduire à cette contrainte. Cette croix vous paraît dure; mais, si vous la comparez à celle dont Dieu charge tant de pauvres ecclésiastiques, tant de religieux mortifiés, qui la portent patiemment, vous avouerez que la vôtre est bien douce: car enlin, quelle comparaison de la vôtre à la leur? La vôtre est cachée : Dieu seul la verra, Dieu seul en sera le témoin : heureux de pouvoir gagner le ciel à si bon marché ! Si vous refusez de vous servir de ces salutaires réflexions, sachez qu'il n'y aura point d'excuse pour vous au dernier jour. Vous vous plaignez de la difficulté de votre salut: que voulez-vous que Dieu vous fasse pour vous le rendre plus aisé? Ne vous serait-il pas plus difficile de le faire dans la misère et dans la pauvreté ? Dieu n'a pas voulu vous y réduire : et vous ne voudriez pas vous faire de violence dans l'état où il vous a mis ! ( Le m chic).
[La voie étroite dans le monde.] Il y a des personnes qui sont obligées de demeurer dans le monde malgré elles, ou par une nécessité inévitable, comme les femmes dont les maris y sont attachés par leurs dignités ou parleurs emplois ; et d'autres par leur condition , qui les attache à leur travail pour subvenir aux besoins d'une famille. Si ces personnes veulent vivre chrétiennement, elles doivent chercher, dans le monde même, la voie étroite hors de laquelle il n'y a point de salut, et espérer que Dieu la leur fera rencontrer, pourvu qu'elles gémissent de ce qui fait la joie des autres, et-
que, regardant les vanités et les pompes avec les yeux de la foi, elles n'en conçoivent que du mépris, de l'aversion et de l'horreur. Ils faut qu'elles se rendent solitaires au milieu du monde, comme elles le feront en effet lorsqu'elles vivront autrement que les gens du monde, et qu'elles auront des exercices et des desseins qui y seront opposés. Que si elles s'emploient au travail pendant que les autres sont dans l'oisiveté, si elles combattent leurs passions, si elles s'appliquent à entretenir, à prier et à écouter Dieu, pendant que les autres passent leur temps en des conversations inutiles ou des médisances; enfin si elles font tout leur possible pour ne prendre aucune part aux dérèglements du siècle, Dieu, qui est tout-puissant, les éclairera de ses divines lumières; au milieu de cette malheureuse Egypte , elles se sanctifieront, elles y conserveront leur innocence.
Le monde est plein de gens qui ont beaucoup de bons désirs, et il se trouve peu de personnes tellement endurcies dans le péché qu'elles ne témoignent quelquefois vouloir vivre chrétiennement : mais si, avec ces désirs, on demeure dans une vie molle et relâchée, sans rien faire pour en sortir, c'est une marque qu'ils ne sont point dans le fond du cœur, ni capables de produire dé bons effets. Mais quand Dieu, par sa miséricorde, inspire de véritables désirs de mener une vie nouvelle, il ne manque jamais de nous donner les moyens de les exécuter. Or, avec ces désirs, demeurer dans des engagements pernicieux ou dangereux au salut, ou différer toujours de commencer à mener une vie plus réglée, ce n'est pas vouloir sincèrement se sauver, mais marquer qu'on se flatte, et qu'on ne le désire pas tout de bon. ( De Sainte-Marthe, Traité de la fuite du monde) .
[In chrétien dans le monde.] — Un homme de bien et véritablement vertueux dans le monde, c'est un homme qui sait concilier les devoirs de la vie civile avec ceux de la conscience ; qui sanctifie le commerce et les bienséances du monde par le bon usage qu'il en fait; s'accommodant aux temps et aux coutumes, toujours par raison et avec prudence ; sensible aux amitiés raisonnables,- et les réduisant toujours à la charité qui en est le principe , et à l'utilité de ceux qu'il aime, qui en doit être la fin. On ne le voit jamais donner dans aucun excès ; il rend à Dieu un culte intérieur et parfait , mais prudent et raisonnable, selon le conseil de l'Apôtre. Quelque humble sentiment qu'il ait de lui-même, il ne refuse pas à sa dignité certains dehors que l'usage semble exiger, quand il n'y a rien de contraire à l'ordre. Il porte dans les compagnies une vertu gaie et modeste, qui charme tousles gens de bien, et qui du moins les édifie ; et, dans toute sa conduite , on remarque une simplicité sans affectation , une prudence sans déguisement, une dévotion sans faste, une conversation où parait la douceur de son esprit et la pureté de sa vie. 11 garde une pratique l'églée et uniforme de piété; et enfin il use du monde comme n'en usant pas, avec cette sobriété que l'Apôtre recommande à tous les fidèles. Il fait les mêmes choses que
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les autres, mais il 1rs (ait bien autrement qu'eux ; et, la charité conduisant jusqu'aux moindres actions « I « * m fie, il ne l'ail rien d'extraordinaire, et oela même qui s b1 extraordinaire dans un homme solidement vertueux. (Fléchicr, .s'. François de Salei.)
[lyaencore aujourd'hui, par II miséricorde de Dibu, plusieurs p qui vivent chrétiennement, qui observent les commandements de Dibi et qui ne manquent a au. ■un de leurs devoirs, et, si vous l'ignorez, je ne m '«mi étonna pas, puisqu'Elie croyait être seul lorsque Dibu Lui di1 : Je me mû réservésept mille hommes qui n'ont point fléchi le genou devant Baal. Cei exemple nous doitconvainorequ'ilj en aencore aujourd'hui iiui.au milieu du monde, sont exempts de la corruption «lu monde, el qui Imiteni les premiers chrétiens. Tour vous, mes Frères, si vous n'êtes pas encore parvenus à ce haut poinl de perfection, commencez du moins à vous efforcer d'y atteindre; retranchez ce qu'il y a de mal, résistez au torrent de l'exemple, ei ne pensez point à acquérir de bien que par un travail et un emploi Légitime. Nous voyous que S. Jean-Baptiste ne recommande d'abord aux publicains e1 aux soldats que de se contenter de leurs gages. Son zèle eût bien voulu passer plus loin, et les élever à une plus haute perfection: mais, n'en étant pas encore capables, il se contente de leur proposer ce premier avis , de peur que, en leur en voulant donner déplus importants, ils ne pussent ni s'élever jusqu'aux seconds, ni observer les premiers dont ils étaient plus capables. C'est ainsi que, dans le monde, il y a différents degrés de vertu , comme parmi ceux qui se consacrent au service de Dieu dans l'état religieux il y a des commençants , d'autres plus avancés, et d'autres d'une vertu consommée. (Tiré en partie de S. Chrysostôme, Homélie sur le ch.6e de S. Matthieu.)
[Le monde estime la vertu. J — Vous savez, Chrétiens, que les hommes les plus déréglés ne peuvent s'empêcher d'aimer les gens de bien. 11 semble que , ■ plus ils sont esclaves du vice, plus ils admirent dans les autres la vertu qui le leur fait surmonter; ils regardent comme quelque chose de divin une qualité qui rend aisé à d'autres ce qui leur paraît entièrement impossible. Ainsi Joseph fut favori du roi d'Egypte, Daniel de Balthazar, et Hérode respecte dans S. Jean-Baptiste jusqu'à la liberté qu'il prenait de le reprendre. Au lieu que les plus riches, ceux qui sont les plus considérables par le rang qu'ils tiennent dans le monde , s'ils ne sont vertueux, ne peuvent se garantir de la haine, du mépris, et surtout de la médisance. Si on les honore en public , le cœur désavoue toutes les marques de respect qu'on donne à leur condition; on les loue à regret en leur présence, et, dès qu'on est en liberté, On se lait un plaisir de les blâmer , on se déchaîne contre leurs dérèglements. Il est certain que personne n'a tant d'amis ni moins d'ennemis que les gens de bien; on s'empresse pour avoir part à leur société, parce qu'on sait qu'elle sera sincère et constante , et qu'on n'en peut attendre que des conseils désintéressés, qu'on peut sûrement répan-
dre son cœur dans le leur, leur confier les secrets les plus importants; qu'il n'y a pas lieu de craindre qu'on en soit jamais trahi. De plus, les gens debiennefontdemalàpersonne,ils dissimulent, ils pardonnent le mal qu'on leur fait, et, par cotte conduite prudente et chrétienne ils vont au-devant de ces inimitiés éclatantes qui fatiguent et ruinent les familles ; de ces dissensions qui remplissent la vie d'amertumes, qui exposent à recevoir tous les jours de nouveaux chagrins, qui font tant de préjudice et aux affaires et à la réputation. De-là il suit que les personnes vertueuses sont celles qui remplissent le mieux les devoirs de la vie civile. Aussi à qui est-ce, je vous prie, que l'on confie plus volontiers les charges et les emplois importants, qu'à ceux qu'on prévoit qui les exerceront avec justice et avec fidélité, qui se feront une loi inviolable de leur devoir , et qui n'en seront jamais détournés ni par l'oisiveté ni'par la débauche? (Le P. de la Colombière, Sermon 23e.)
[Faux prétextes.] — Vous êtes engagé dans le mariage: Moïse l'étaitaussi. Hé! qui vous empêchera de vous retirer chaquejour, commelui, pour traiter avec Dieu de l'affaire de votre salut, et pour demander ses grâces? Vous avez nombre d'enfants : la mère des Machabées en avait sept, et elle n'a pas laissé pour cela d'être sainte, et de préférer, quand il l'a fallu, l'amour de Dieu à celui de son sang. Vous êtes noble, engagé par votre naissance à paraître avec éclat dans le monde : David, Josias et Ezéchias, l'étaient du moins autant que vous ; la conduite des peuples et le gouvernement des Etats ne les a pas empêchés d'avoir un grand commerce avec Dieu par la prière; ils ont conservé l'humilité dans la grandeur, et ils ont vécu dans leur cour sans être infectés de ses vices. Vous êtes juge : cela vous oblige d'autant plus à pratiquer la vertu ; voilà justement quel était l'emploi de l'incomparable Samuel. Imitez cet exemple , et vous serez irréprochable dans votre charge : elle vous servira de matière et d'occasion de pratiquer les plus héroïques vertus. Vous êtes riche : Abraham l'était peut-être plus que vous. Eh bien, soyez, comme lui, le père des orphelins, l'hôte des étrangers, le défenseur et le nourricier des pauvres , et vos richesses ne vous seront pas d'un petit secours pour devenir un grand saint. Vous êtes pauvre, et votre pauvreté vous attire des maladies: voyez le pauvre Lazare, que la pauvreté a sanctifié et placé dans le sein d'Abraham. Vous êtes artisan, et vous travaillez tout le jour, et une partie de la nuit pour entretenir votre famille : S. Joseph, le glorieux époux de la mère de Dieu, ne l'était-il pas? et, dansl'exercice de son métier, par ses incomparables vertus il s'est rendu un des grands saints du ciel. Vous avez embrassé la profession des armes : souvenez-vous de ce brave officier dont parle l'Evangile, qui allait à la guerre comme vous : et néanmoins vous voyez qu'il avait tant de foi, de zèle et de charité, que le Fils de Dieu l'admira et parut en être surpris. C'est l'induction que fait S. Chrysostôme , pour prouver que, en quelque état que l'on soit, on y peut parfaitement observer la loi de Dieu.
PA1U0B tPHH imi.mi .
Dn'.i' :i donné à toui Les états el ;'i toutw le i profea ion an appui et un soutien inébranlable, quand il leur a donné sa loi. Gardez cette loi dan votre cœur, et elle affermira vos pa , quelque glissant que soit le chemin par où vous marchez: Lex Dbi ejus in corde iprius, $t w>n supplantctbtmtur grenus (jus. Parmi l'embarras d'une famille, les soins du négoce el le trouble mémo de la guerre, l'amour inviolable de cette loi tiendra votre, cœur dans la paix, cl il n'y aura point de scandale qui vous pui e arrêter: Pax multa diligentibus legem tuam, et non est Uto scandalum. Voulez-vous vivre saintement dans votre état I lorsque vous verrez les fourberies qui se pratiquent a la cour, la corruption -i commune dans Injustice, les tromperies ordinaires dans letrafio, la mauvaise foi el les hircins dans les métiers, écriez-vous avec David : Viam iniquitatis amoue à me, Eloignez de moi imites ces voies d'iniquité que les pécheurs suivent ordinairement dans la condition que je professe.
Lo Fils de Disu, qui est le souverain législateur, élève les conditions les plus viles dans un ordre surnaturel en quelque manière, puisqu'il les fait servir de moyen pour se sanctifier. Ainsi, soyez gentilhomme, juge, soldat, marchand, artisan, je le veux: vous êtes encore quelque chose de plus, puisque vous êtes chrétien, et, c'est la première et la plus noble de vos qualités. Donc, puisque l'état de chrétien est un état de sainteté , et que d'ailleurs vous ne pouvez le séparer des autres états, que vous le portez à la guerre, au palais, dans le commerce, partout où vous allez et quelque profession que vous embrassiez, il faut que, par une heureuse nécessité, ce christianisme porte la sanction partout, et qu'il fasse un soldat saint un juge saint, un marchand saint. C'est ce que disait Tertullien:il importe peu où vous soyez ni quelle profession vous exerciez, puisque, dans tous ces états, si vous êtes chrétien, vous êtes hors du siècle. (Le P. Texier, 1er Jeudi de Carême).
[De la civilité.] — Nous remarquons parmi les hommes, des civilités humaines, des civilités politiques et des civilités chrétiennes. Il y a de la bonne foi et de la sincérité dans les premières, de l'intérêt et de la dissimulation dans les secondes, de la charité dans les troisièmes. La civilité humaine est une espèce de devoirs par lesquels nous tachons d'attirer l'affection du prochain en lui témoignant nous-mêmes notre amour , son estime en l'honorant, et son secours en lui offrant notre service. Car , dès-lors que nous avons besoin d'être aimés et secourus , la nature nous en donne lo désir et en suggère les moyens dans la civilité, qui fait proprement l'homme honnête. La civilité politique prend les démarches et l'extérieur de la première, mais par un esprit d'intérêt, qui ne défère aux autres que pour prendre l'ascendant quelque jour. La civilité chrétienne consiste à prévenir les autres par amitié, et à aller au-devant de leurs nécessités; à leur céder autant que l'ordre du monde le peut permettre, et à les aimer sincèrement Elle attire l'affection du prochain, non par une complaisance criminelle.
mais par l'affection qu'on lui porte, afin que cette affection nous rende plus capables de le servir. Elle honore lesautres: car, si la religion nous apprend à honorer Dieu sur nos autels, la civilité chrétienne nous apprend à l'honorer dans nos semblables. Elle apprend, par les devoirs, la déférence que l'on doit aux mérites, et, par la démonstration de son amour, la complaisance que Ton doit aux vertus. (Livre intitulé La Conduite du Sage.)
Si vous voulez connaître et pratiquer la véritable honnêteté, elle consiste à faire paraître une grande équité dans toutes vos actions, à donner volontiers votre approbation à ce qui le mérite, à reconnaître de bonne foi toutes les qualités des autres, à ne pas mettre dans un fauxjour celles mêmes de vos ennemis, et à ne leur pas refuser les témoignages d'estime qu'ils méritent ; enfin, à avoir des égards et de la bonne volonté pour tout le monde, moins pour vous l'aire valoir vous-mêmes que pour vous acquitter de ce que les hommes se doivent les uns aux autres. Il faut, enfin, être persuadé que ce n'est pas assez de s'éloigner du mal par un motif de conscience et de religion, mais que nous avons besoin d'une certaine conduite honnête, qui soutienne la bonne réputation que le Sage nous conseille de conserver dans l'esprit des gens de bien. Car, de tous les caractères d'esprit, il n'y en a pointde plus à craindre que ceux qui sont capables de soutenir une conduite irrégulière et peu sensée, contre le jugement public, et de le mettre au-dessus de la censure des honnêtes gens, sans être appuyés sur autre chose que sur la bizarrerie de leur goût, et sans se mettre en peine de ce que les personnes sages et vertueuses en pourront dire. (Anonyme).
[)AvOTION. MM