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DIVISION, PROCÈS, DISSENSION ETC

On voit d'abord que ce sujet , qui traite d'un vice directement opposé à la charité envers le prochain, et qui n'est guère sans haine et sans inimitié, ne peut être compris sous le litre de la charité, quoiqu'en plusieurs autres endroits nous avons joint ensemble la vertu et le vice qui lui est opposé. Le sujet dont nous pmrlons ici est assez ample et assez important pour être traité séparément, sans parler que fort indirectement de la charité, du pardon des injures et de l'amour des ennemis.

La discorde et la division règne souvent dans les Etats, dans les familles et dans l'Eglise, et quelquefois même parmi les gens de bien, et Dieu sait quels maux et quels désordres elle cause partout où elle se trouve ; combien il est difficile d'y remédier, et de combien de péchés elle est la source. C'est pourquoi rien ne doit être plus capable d'exciter le zèle d'un prédicateur. Et d'ailleurs, comme ce désorche est commun dans toutes les villes et dans toutes les sociétés, son discours ne peut jamais ni porter à faux ni manquer d'être utile. J'ajoute même que jamais il ne s'acquittera mieux de son ministère que lorsqu'il travaillera de tout son pouvoir à assoupir les dissensions.

Il faut ici pourtant remarquer que les ruptures entre les personnes auparavant unies ne sont pas toutes de la même nature et ne viennent pas d'une même source. Nous nous arrêterons particulièrement à celle qui est la plus ordinaire et la plus connue, le procès, qui, bien que juste , et même le seul moyen permis de tirer raison du tort qu'on nous fait, est la cause et l'occasion des plus criantes injustices et des plus cruelles inimitiés. Ce sujet est délicat ; d faut beaucoup de circonspection pour ne point outrer la, matière, et, d'un

autre côté, pour ne point taire les abus qui se commettent dans les procédures, tant de la part de ceux qni intentent ou qui soutiennent des procès que de la part des ministres de la justice, qui peuvent pécher en une infinité de manières contre la justice même qu'ils sont obligés de rendre aux parties.

Desseins et Plans.

I. — Le premier dessein qui se présente est contre ceux qui sèment la discorde, qui en sont les auteurs, ou qui la fomentent par leurs discours, ou de quelque manière que ce soit. On peut prendre pour texte ces paroles de l'Evangile : Inimicus homo hoc fecit (Mattli. xm), et faire voir que ces personnes sont véritablement — 1°. Les ennemis de Dieu, qu'elles offensent grièvement ; — 2°. Les ennemis des hommes et de la société humaine, par la division qu'elles mettent entre des personnes unies par les liens les plus étroits; — 3°. Les ennemis d'elles-mêmes, par les malheurs qu'elles s'attirent et qu'elles se procurent.

Premier Point. Celui qui met la division et la discorde entre des personnes auparavant amies est l'ennemi de Dieu : Inimicus homo hoc fecit:

— 1°. Parce qu'il détruit et renverse son royaume en ce monde, qui consiste, selon S. Paul, dans la justice, la paix et la joie. C'est par-là que Dieu règne en nous, puisqu'il établit son royaume dans la charité, et que celui qui sème la discorde détruit cette charité en rompant l'union qui doit être entre des chrétiens. C'est pourquoi le Saint-Esprit nous assure qu'il y a six choses qu'il hait, mais qu'il y en a une septième qu'il a en horreur : savoir, celui qui sème la discorde entre les frères. D'où il suit qu'étant l'ennemi de Dieu d'une manière toute autre que par les autres péchés, Dieu se déclare réciproquement son ennemi d'une manière particulière.

— 2°. Il est ennemi de Dieu, parce qu'il détruit l'ouvrage du Fils de Dieu, qui est la paix et l'union qu'il est venu apporter au monde, qu'il acimentée de son propre sang, qu'il a si particulièrement recommandée. — 3°. Parce que, la discorde et la division étant opposée à la paix, qu'il n'y a que Dieu qui nous la puisse donner, c'est prendre en quelque manière Dieu à partie que de rompre la paix, c'est révolter ses sujets contre lui ; ou, si vous voulez, c'est devenir son ennemi domestique, plus dangereux et plus pernicieux que les étrangers qui l'attaquent ouvertement, etc.

Deuxième Point.Celm qui sème la discorde, ou qui fomente des divisions, est ennemi des hommes et de la société humaine, puisqu'il commet les uns

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oontre Les autres, qu'il désunit ceux qui doivent être liés par Lei noeud i le plus étroits de la nature el du I il ennemi ne peul causer plus de

mal ni de plus grands désordres. - On peut s'étendre ici Ire :

les inimitiés que ls division entretient, Les procèi qu'elle suscite, le tort, les outrages, Les querelles, el iouveni les meurtres, etc. N'est-ce pai ta divisi [ui s ruiné les plus florissants Etats, lee familles les plus opulentes, les armées Les plus invincibles, Les républiques let mieux poli qui n'onl pu être détruites que par leurs propres sujets, armés el animés Les uns oontre les autres I Celui donc qui excite ces troubli (ions

'•i ces mésintelligences, dans les villes, dans les familles el dans Les sociétés, es! La cause de tous Les malheurs et do tous les désordres qui en son! des suites inséparables : Inimicus homo hoc fecit. — On peut; ensuite, faire voir Ls difficulté qu'il y ;i d'éteindre le feu qu'on a allumé, et d'apporter le remède au mal qu'on a eau lé par une parole indiscrète, par un rapport qu'on a l'ail, vrai ou faux, et par les autres moyens dont on s'est servi pour causer un si grand incendie, qu'un n'a pas toujours prévu. Troisième Point. L'auteur de la discorde entre les autres est encore le plus grand ennemi de soi-même; et, quoiqu'il cherche et qu'il trouve quelquefois son intérêt particulier dans la division de ceux qu'il croit être contraires à ses desseins, il se procure à lui-même plus de mal qu'il n'en l'ait. Car — 1°. De combien de péchés est-il la cause, et par conséquent coupable et responsable devant Dieu ! Comment réparer le tort qu'il fait ? etc. — 2°. Ces semeurs de discorde s'attirent non-seulement la haine de Dieu, mais celle des hommes, et sont en horreur à tout le monde; et, comme ils ont rendu ennemis ceux qui étaient amis auparavant, lorsqu'on découvre leur intrigue et leur malice, ceux qu'ils ont divisés réunissent leur haine et leur aversion contre les auteurs de leur division. Malédiction de Dieu et des hommes. Au lieu d'être reçus après cette vie dans le ciel, qui est le royaume de la paix, ne doivent-ils pas s'attendre à aller tenir compagnie aux démons, dont ils sont les agents et dont ils ont imité la malignité ?

II. — Omne regnum divisum conirà se desolabitw . (Matth. xn, 25). — Dieu a particulièrement trois royaumes, que la discorde a coutume de ruiner et de renverser, où du moins elle cause une étrange désolation.

Le premier est le royaume de Dieu en nous-mêmes : Regnum Dei intra vos est. C'est la charité, par laquelle il règne dans notre cœur et sur toutes les puissances de notre âme. La discorde trouble et renverse ce royaume, par les passions qu'elle excite, l'envie, la haine, le inimitiés, etc.

Le second est l'Eglise, qui est proprement le royaume de Dieu sur la terre. Quel trouble, quel désordre n'y cause point la divison des sentiments ! Combien le schisme a-t-il perdu d'âmes ! Quel mal ne fait point l'hérésie et la différence d'opinions en ce qui regarde la foi !

33(5 DISCOUDE.

Le troisième est le royaume du ciel que nous espérons tous, et sur lequel nous avons de légitimes prétentions. Mais, comme ce royaume de paix n'est destiné qu'aux pacifiques, dit le Fils de Dieu, la discorde et la division entre chrétiens en exclut une infinité, et par-là y cause une aussi grande désolation que celle qu'y fit autrefois l'ange rebelle.

III. — 1°. Nécessité de l'union et de la concorde, dans quelque société et quelque communauté que ce puisse être, puisque sans cela elle ne peut subsister,

2°. Malheurs qui suivent delà discorde et de la division.

IV. — 1°. Mettre la division et semer la discorde dans une famille, ou entre quelques personnes que ce soit, est une extrême imprudence ou une extrême malice.

2°. Savoir assoupir les querelles, terminer les différends et accorder les personnes qui sont en dissension , c'est une grande sagesse et une grande charité.

V. — 1°. Mettre la division et la discorde entre des personnes unies ensemble par le lien de la charité, c'est un péché diabolique et infiniment pernicieux.

2°. C'est un crime, source d'une infinité d'autres, qui se multiplient et se perpétuent dans les familles et les sociétés.

VI. — 1°. Causes des divisions et des discordes. — 1°. L'orgueil, ou la vaine gloire. On conteste, on veut l'emporter; on ne peut souffrir de concurrent et de compétiteur ; il faut rompre ; on dispute un rang et une prérogative, etc. — 2°. L'envie et la jalousie , qui n'est pas moins ennemie de la paix et de l'union. — 3°. L'avarice et le désir des biens de ce monde , qui fait intenter des procès et qui met la discorde partout.

2°. Effets qu'elles produisent, infiniment pernicieux. — 1°. Elles troublent la paix du cœur, par les chagrins, la colère et les plus funestes passions, qu'elles excitent dans les personnesqui sont en procès. — 2°. Les querelles, les contestations et les violences au-dehors. — 3°. Les guerres et les inimitiés mutuelles, etc.

PARAGRAPHE E'UBMIl II.

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