‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 35 sur 59 · VII. — On peut faire de dii oour entiers but le i · texte numérisé non relu

VII. — On peut faire de dii oour entiers but le i

l". il faut los éviter tant qu'on peut, et pour cela sacrifl or, pour le bien de la pai s , quelque cho e il bien et de ne intérêt i.

•"'. i in nul on nous i ni cuir des procèi inju <• , et qu'on croit étri obligé de ie défendre, il faut le faire ave» toute la douceurel la modération chrétiennes.

8°. Quand on les juge en notre laveur, il faut épargn< f l'advi principe de charité; et, si nous sommes condamnés, il faut souffrir ci tt< perte sans se plaindre et sans en murmurer.

VI U, — [\ Quelque juste que soit un procès, c'est toujours un grand malheur que d'être obligé de l'intenter ou de le soutenir.

2°. Quand c'est un procès de chicane entre deux personnes entêtées de leur bon droit, c'est une source de grands péchés, et une grande malice de s'j engager.

3°. Quelque procès que ce soit qu'on entreprenne, soit qu'on le gagne ou qu'on le perde, on y perd ordinairement plus que si l'on avait tout cédé d'abord, ou qu'on se fût accommodé avec sa partie en relâchant quelque chose de son droit.

IX. — Dans les procès, quelle qu'en puisse être l'issue, on perd ordinairement trois choses, qui nous obligent à les éviter avec tout le soin possible.

La première est le repos et la paix de l'esprit, par les mouvements que l'on se donne, les inquiétudes que produit l'incertitude du succès, et les difficultés qu'il faut essuyer pour venir à bout de ce qu'on prétend.

La seconde est la conscience, en violant la charité, par les animosités, les médisances, les calomnies, les supercheries, les fourberies dont on use, ci souvent par de grandes injustices que l'on commet.

La troisième est l'argent, par les dépenses excessives qu'il faut faire dans des poursuites et des procédures, dont on ne voit presque jamais la fin : de manière qu'en gagnant son procès il se trouve qu'on a plus perdu que si on ne l'avait jamais entrepris.

X. — l\ 11 faut éviter les procès tant que l'on peut, à cause des divisions et des inimitiés dont ils sont la source.

2". Il faut les terminer au plus tôt, quand on est obligé de les eutret. ni. 22

prendre ou de les soutenir, et la voie la plus chrétienne c'est de choisir des arbitres de part et d'autre et d'acquiescer à leur jugement.

3°. Si on ne peut s'accommoder autrement, il faut plaider de bonne foi, sans fourberie et sans injustice.

XI. — Sur le sujet des procès, je fais deux questions qu'il faut résoudre dans les deux parties de ce discours.

La première : — Faut-il plaider? Les intérêts du salut, du bien temporel et de la réputation conseillent de ne le pas faire. C'est la première vérité, qu'il est facile de prouver, et la première question à laquelle on satisfait.

La seconde : — Quand on est obligé de plaider, que doit-on faire pour plaider sans blesser sa conscience ? 1°. Il faut plaider sans fourberie dans ses procédures ; 2°. Sans haine contre ses parties ; 3°. Sans dureté dans ses poursuites. — En deux mots, les dangers auxquels on s'expose en plaidant, les précautions qu'il faut prendre pour plaider sans péché.

XII. — La loi de la justice et celle de la charité sont les deux balances dans lesquelles nous devons peser nos droits, quand il survient quelque différend. Il faut tempérer la charité par la justice, et la justice par la charité ; s'écarter, en plaidant, de l'une ou de l'autre c'est se damner. Je veux donc aujourd'hui vous apprendre ce tempérament si nécessaire. — Vous demandez au prochain la justice, et le prochain vous demande la charité : voyons, dans les deux parties de ce discours , l'union de ces deux lois entre elles. Dans le premier point, voyons jusqu'où peut aller la justice ; et dans le second jusqu'où doit aller la charité.

XIII. — 1°. La source des procès est l'orgueil et l'avarice : personne ne veut céder à un autre, ni rien relâcher de ses droits, et la cupidité fait qu'on est toujours prêt à envahir le bien d'autrui.

2°. Les maux que causent les procès. Ces maux sont spirituels et temporels, et sont assez connus.

3°. Les moyens d'éviter les maux que causent les procès, quand on est absolument obligé de plaider, sont : — 1°. de tâcher de s'accommoder, — 2°. de tâcher de ne point nuire à sa partie adverse et de n'en point médire, — 3°. de ne point user de fourberie, etc.

XIV. — Comme c'est par le cœur que commencent les divisions et que

PAB LOB M'iii: DB1 lit mi:.

o'est le cœur qui lea fomente et qui les entretient, là qu'elles

causent de plus grandi désordres et les maux les plu» funeste ,pui qu'ellei .mi bannissent la justice, la paix ei la joie, par le moyen desquelles Dibi régnait et avail établi son royaume, ainsi qu'ai lire l'apôtre Si Paul : Regnum Dbi justifia, pax et gaudiutn, Et c'est enquoi consiste la désolation que les dissensions 3 apportent.

1°. Elles détruisenl La justice, en détruisant la charité e1 L'amitié de Dibu, par les crimes donl elles sont la cai

Elles bannissent la pais ei la joie, en divisanl et en partageant ce même cœur par mille passions, e1 en le remplissant de mille chagrins qui lui ôtenl toute la douceur de la vie. Ce sont là les deux choses qui nous doivent le plus Intéresser.

Les Sources.

[Les SS. Pères.] — S. Cyprien, De simplicitate Prœlat. , expose le crime de ceux qui sèment la discorde entre les autres. — ■ Dans la Lettre à Donat, il fait voir quelle était la fureur des plaideurs de son temps, et les injustices qui se commettaient dans le barreau.

S, Augustin, Sermon 37e de ceux qui ont été trouvés par le Père Sirmond, exhorte à la paix et à la concorde, et blâme ceux qui aiment les contentions, les disputes et les procès. — ix des Confessions, 9, il loue sa mère Ste Monique de ce qu'elle s'employait à apaiser les discordes et les dissensions partout où elle le pouvait. — Dans les Règles pour les religieux, il les détourne par de fortes raisons, des dissensions et des querelles.

S. Grégoire, Pastor., admon.%3 et 24, donne de sages avis pour éviter les discordes et les contestations. — 34 in Job : de la paix et de la discorde entre les bons et les méchants. — 21 in Job : sans la patience, il ne saurait y avoir d'union et de paix entre les hommes.

S. Chrysostôme, Homil. 16 in I Corinth., montre qu'on doit s'abstenir, tant qu'il est possible , de plaider , et qu'il faut souffrir plutôt le tort qu'on nous, fait, selon le conseil de l'Apôtre. — In Act. Apost : la séparation de S. Barnabe d'avec S. Paul se fit de crainte qu'étant d'opinion différente , ils ne se brouillassent. ensemble et ne blessassent la charité.

340 DISCOHDK.

L'auteur do l'ouvrage imparfait sur S. Matthieu, attribué à S. Chrysostôme , Homél. 1~, fait un long discours sur les dangers qu'il y a d'entreprendre des procès , et sur les injustices et les fourberies qu'on y commet.

S. Bernard, Scrm. 19 sur les Cantiques, à ce passage, Filii matris me<P. puynaverunt contra me, s'élève fortement contre ceux qui troublent la paix et mettent la dissension parmi leurs frères. — Livre Modus benc vivendi, ad sororem : qu'il ne sert de rien de vivre en communauté, si l'union des volontés ne s'y trouve , et si la dissension et la discorde s'y rencontrent.

[Les livres spirituels et autres.] — Rodriguez, 1. 1 , traité 4, parle des moyens de conserver l'union, et des maux qui suivent la discorde.

Essais de morale, part. 4, il est parlé de la discorde et des procès.

Morale chrétienne sur le Pater, 1.7, sect. 2, art. 3, on montre que les chrétiens ne doivent point avoir de procès , et comment il est permis de plaider.

Cajetanus, Opuscul. 17, traite amplement ce sujet.

Drexellius, in Phaëtonte, parle des contentions et des disputes.

Faber, Conc. 8 in Domin. 5 post Pascha, num. 3.

[Les Prédicateurs.] — Lambert, Discours sur la vie ecclésiastique , en a un sur l'union entre les ecclésiastiques , où il parle aussi de la division et de la discorde.

Le P. Lejeune, a un sermon sur les procès.

Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne.

[Recueils.] — Peraldus, De peccato linguœ, 10. Busseus, Panar., v. Discordia. — Yiridar., v. Pax. Lhoner, lit. Discordia.

«PARACniAPHK TROISIEME.

§ III

Passages, exemples et applications de l'Écriture.

Di.rii Abraham ad Loth : « Ne, quœso,sit lurgium inter me et te, et inter pastores meos et pastores tuos : fratres enirn sumus. » ( tcnes, .mu, .s.

Sex sunt quce odit Dominus, et septimum detestatur anima ejus.... : eum qui seminat inter fratres discordias. Proverb. vr, 16.

Qui meditatur discordias, diligit rixas.

Prov. xvn, 10.

Homo iracundus suscitât ruais, [bid.

xxvi, 21.

Honor est homini qui séparât se à contcntionibus. Prov. xx, 3.

Ejice derisorem, et exibit cum eo jurgium. Prov. xxn, 10.

Inter superbos semper jurgia sunt. Prov. xiii, 10.

Labia stulti miscent se rixis, et os ejus jurgia provocat. Ibid. xvm, G.

Homo apostata omni tempore jurgia

seminat. Prov. vi, 12, 14.

Homo perversus suscitât htes. Ibid. xvi,

Semper jurgia qucerit malus. Prov. xyn,

Non litiges cum honrine patente , ne forte incidas in manus illius. Eccli. vin, 1.

Non contendas cum liomine locuplete, ne forte contra te constituât litem tibi. Ibid. 2.

Cum iracundo non faciès rixam. Prov.

vin, 19.

Homo iracundus incendit litem. Ibid.

xxviii, 11.

Abstine te à lite, et minues peccata. Eccli. xxviii, 102.

17/' sapiens, si cum stulto contenderit ,

non inveniet requiem. Prov. xxix, 9.

Divisum est cor eorum : rame interibunt. Oseœ, x, 2.

Qui vult tecum fudieio contendere et tunicam tuam tollere, dimitte ci et pallium. Matth. v, 40.

Omue regnum divisum ebntrà se desolahitur, et omais civitas vel domus divisa contra se non Habit. Matth. xir, 25.

Abraham dit à Loth : «Qu'il n'y ait point» je vous prie, de dispute entre vous et moi, ni entre vos bergers et les miens : car nous soin mes frères. »

11 y a six choses que le Seigneur hait, et une septième que son âme déteste : celui qui sème des dissensions entre les frères.

Celui qui médite des dissensions aime les querelles.

L'homme colère allume des disputes.

Gloire à celui qui s'éloigne des contentions.

Chassez le railleur et les disputes s'en iront avec lui.

Il y a toujours des querelles entre les superbes.

Les lèvres de l'insensé s'embarrassent dans dea disputes, et sa bouche attire les querelles.

Celui qui ne sert pas Dieu sème des querelles en toute occasion.

Un méchant homme suscite partout des querelles.

Le méchant cherche toujours des querelles.

N'ayez point de démêlé avec un homme puissant, de peur que vous ne tombiez entre ses mains.

Ne disputez point avec un homme riche, de peur qu'il ne vienne à vous faire un procès.

Ne faites point de querelle avec un homme colère.

L'homme colère allume les querelles.

Evitez les disputes et les procès, et vous diminuerez le nombre de vos péchés.

Si le sage dispute avec l'insensé, il ne trouvera point de repos.

Leur cœur est divisé : croyez qu'ils périront bientôt.

Abandonnez même votre manteau à celui qui veut plaider pour avoir votre robe.

Tout royaume divisé et opposé à lui-môme sera détruit, et toute ville divisée et opposer ;', elle-même ne subsistera point.

Omne regnum in seipsum divisum desolabitur, et domwt suprà domum cadet. Luc. xi, 17.

Muliitudinis credentium erat cor unum et anima una. Act. iv.

Rogo vos , fratres , ut observetis eos qui dissensiones 6t offendicula, prœler doctrinam quam vos didicistis, faciunt, et declinate ab illis. Roman, xvi, 17.

Non eut dissensionis Deus, sed paris : sicut in omnibus Ecclesiis sanctorum doceo. I Corinth. xiv.

Timeo ne forte contentiones, œmulationes, animositates, dissensiones...., seditiones, sint inter vos. II Corinth. xn, 20.

Inimicitve, contentiones, œmulationes, irœ, ■ dissensiones, sectœ....et his similia

Tout royaume divisé et opposé à lui-môme sera ruiné, et une maison tombera sur l'autre.

Tout ce qu'il y avait de fidèles n'était qu'un cœur et une âme.

Je vous prie, mes frèjps, de remarquer ceux qui font naître parmi vous des dissensions et des scandales au préjudice de la doctrine que vous avez apprise, et de vous éloigner d'eux.

Dieu n'est point un dieu de discorde, mais de paix, comme je l'enseigne dans toutes les églises des saints.

Je crains qu'il n'y ait parmi vous des contestations, des jalousies, des animosilés. des divisions, des médisances, des murmures et des troubles.

Les inimitiés , les contestations, les jalou- . sies, les emportements,jles querelles, les disquœ prœdico vobis, sicut prœdixi, quoniam sensions, les cabales et choses semblables : qui taha agunt regnum Dei non consequen- sur quoi je vous dis que ceux qui font de tur. Galat. v. 20. telles actions ne posséderont pas le royaume

de Dieu.

Tant qu'il y a parmi vous de la jalousie et des démêlés, n'êtes-vous point des hommes charnels?

Cherchons ce qui contribue à la paix.

J'apprends qu'il y a de la division parmi vous.

Faites souvenir de ces choses, et prenez le Seigneur à témoin. Évitez les disputes de paroles.

Un serviteur de Dieu ne doit point être querelleur.

Avertissez -les de ne point être querelleurs.

Ne faites rien par esprit de contention ni par vaine gloire.

D'où viennent les dissensions et les querelles qui sont parmi vous? N'est-ce pas de ceci : de vos seules convoitises ?

Où il y a de la jalousie et de la contention, là il y a du désordre et toutes sortes d'actions perverses.

S'il se trouve quelqu'un qui aime à disputer, nous n'avons point une telle coutume, non plus que l'Église de Dieu.

Le frère plaide contre le frère, et cela au

tribunal des infidèles.

C'est déjà une faute en vous d'avoir des

Quarè non procès les uns contre les autres. Que ne

prenez-vous plutôt en patience le tort qu'on

vous fait? que n'endurez-vous plutôt qu'on

vous fraude ?

Qubd si invicem 7nordetis et comeditis, vi- Que si vous vous blessez et vous man-

dete fie ab invicem consumamini. Galat. v, gez les uns les autres, prenez garde que

vous ne veniez à vous détruire.

Ci/m sit inter vos zelus et contentio, nonne carnaîes estis? I Corinth. ni, 3.

Quœ pacis sunt sectemur. Rom. xiv, 1.

Audio scissi/ras esse inter vos. I Corinth xi, 18.

Commone testificans coràm Domino; noli contendere verbis. II Tim. n, 14.

Servum Domini non oportet litiqare. II Tim. n, 24.

Admone illos non litigiosos esse. Tit. m 2.

Nihil per contentionem neque per inanem gloriam. Philipp. n, 3.

Undè bella et lites in vobis ? nonne hinc : ex concupiscentiis vestris? Jacobi iv, 1.

Ubi zelus et contentio, ibi inconstantia et omne opus pravum. Jacobi m, 16.

Si quis videtur contentiosus esse, nos talem consuetudinem non habemus, neque Ecclesia Dei. I Corinth. xi, 16.

Frater cum fratre judicio contendit, et hoc apud infidèles! Ibid. vi, 6.

Jàm quidem omninb delictum est in vobis, quôd judicia habetis inter vos.

rnagïs injuriant accipitis? Ibid.

Ecce quam bonum et quàm jucundum habitare fratres in unum! Psalm. 132.

Ah ! que c'est une chose bonne et agréable de voir des frères unis ensemble !

KXKMI'J.KS T)K I/i;i M : III I : K

[Abraham et Loth.] — Le saint patriarche Abraham vivait paisiblement sous ses tentes avec Loth son neveu, lorsqu'il arriva un incident qui troubla leur paix, et qui les obligea de se séparer, de peur qu'une entière rupture ne divisât leurs cœurs et leurs volontés. Cette brouillerio vint à l'occasion des grands biens que l'un et l'autre possédaient : car, ainsi que remarque l'Ecriture, la terre où ils habitaient ne pouvait les contenir, et les pasteurs de L'un et de l'autre avaient souvent des querelles entre eux au sujet des pâturages, qui avaient peine à suffire à un si grand nombre de troupeaux. Voilà la première fois qu'il est parlé de richesses dans l'Ecriture, et on y parle de la division, et de la discorde qu'elles causent entre les personnes les plus étroitement unies. Aussi sernble-t-elle particulièrement attachée aux grands biens, et l'on n'en a vu que trop d'exemples dans la suite de tous les siècles : comme, au contraire, on a vu que la pauvreté évangélique et le renoncement aux biens de ce monde est ce qui procure et conserve davantage l'union des coeurs: témoins les premiers fidèles, qui n'avaient qu'un cœur et une âme, parce qu'ils s'étaient défaits de tout et n'avaient rien qui leur appartînt en propre. Lorsqu'Abraham vit les premières étincelles de ce feu si dangereux de la dissension, son âme toujours tranquille en eut horreur ; il ne put souffrir que l'esprit de division trouvât entrée dans sa famille. Aussi, voulant prévenir le maldès sa source, il ditàLoth : Je vous prie, qu'il n'y ait point de division entre nous et entre nos domestiques, parce que nous sommes frères; et ensuite l'amour de la paix, qui est le plus grand bien de ce monde, le porta à faire à Loth la proposition d'une séparation, plutôt que de vivre dans la discorde. Mais, pour marquer que, dans cette séparation, il n'avait que la paix en vue, il lui dit: « Tout est dans votre choix : voyez la terre que nous occupons, et choisissez le pays qui vous agréera le plus: si vous allez à droite, j'irai à gauche : si vous tournez à gauche, j'irai à droite : seulement, séparons-nous, afin de conserver la paix.»

[Isaac] — Isaac, qui fut un parfait i mitateur des vertus de son père Abraham, avait hérité de lui cet esprit pacifique, ennemi des querelles et des dissensions: aussi, pourles éviter, se servit-il du même moyen. Ce fut de céder, et de se séparer des terres de ceux avec qui il pouvait avoir quelque différend au sujet des biens qu'il avait justement acquis ; mais il ne crut devoir ni les défendre ni les conserver aux dépens de la paix. Il vint demeurer dans un lieu désert, où Abraham avait demeuré avant lui; il y fit recreuser les puits

de son père que ceux du pays avaient remplis de terre : par-là il voulait éviter des difficultés avec le roi Abimélech, qui avait conçu jalousie de sa puissance. Mais, quoique ce lieu fût cher à Isaac à cause que son père l'avait sanctifié par sa demeure, les nouvelles querelles que quelques pasteurs lui firent l'en chassèrent encore. Ainsi, ce saint patriarche, que l'Ecriture propose partout comme un modèle de patience et de douceur, ne se contenta pas d'éviter les querelles avec les grands, il ne voulut pas même défendre son droit, ni le contester avec le dernier des hommes, afin d'avoir la paix avec tout le monde.

[Jacob et Esaii.] —Le différend de Jacob et d'Esaii n'eut pas une si heureuse issue, quoique Jacob eût cédé à la violence de son frère. Comme Dieu avait des desseins sur Jacob et que le droit d'aînesse qu'il ravit à Esali avec la bénédiction paternelle était un mystère, je ne m'y arrête pas, quoiqu'il ait été la cause de leur division; non plus qu'à leur combat, qui commença dans le sein de leur mère, parce que ce ne put êfre l'effet d'une animosité dont ils n'étaient pas encore capables; mais aux seuls effets que. produisit cette discorde. Jacob n'eut point de part aux crimes qu'elle fit commettre, puisqu'il ne servit qu'à exécuter l'ordre immuable de la divine Providence sur lui ; mais il éprouva et souffrit les plus fâcheux effets de la haine de son frère. Il fut obligé de quitter la maison paternelle, pour éviter la fureur de celui qui avait résolu de lui ôter la vie ; il en fut persécuté, et renversé dans tous ses desseins, et ce ne fut que par une protection singulière du Ciel qu'il évita les derniers effets de la colère et de la haine de son frère : pour être la figure de ce qu'un jour les bons auraient à souffrir des méchants, avec lesquels ils ne peuvent vivre en paix.

[Joseph.] — La division entre Joseph et ses frères ne vint pas du côté de ce saint patriarche ; car il n'y eut jamais d'esprit plus doux, d'humeur plus pacifique, ni de naturel plus condescendant et plus aimable. Mais ses frères, qui ne lui ressemblaient ni en vertu ni dans les autres bonnes qualités, ne le pouvaient souffrir, parce qu'il les reprenait de leurs désordres, et en avertissait son père, qui l'aimait plus que les autres à cause de son innocence et de ses bonnes qualités. D'ailleurs, comme Dieu avait de grands desseins sur lui et qu'il lui en donnait des présages pendant son sommeil, cet enfant les racontait innocemment à ses frères et à son père même, qui l'en reprenait sagement, de crainte que cela ne lui attirât l'envie et la jalousie de ses frères; ce qui ne manqua pas d'arriver. Ce qui vient à notre sujet est que, dans cette discorde, dont le sujet était si léger, ses frères ne le pouvaient souffrir, ni lui dire une bonne parole: Non poterant ci quidquam pacifié loqui, dit l'Ecriture. Jusque-là qu'ils prirent enfin la résolution de s'en défaire: ce qu'ils exécutèrent de la manière que tout le monde sait. Mais enfin, l'événement ayant vérifié les présages qui avaient été

l'occasion de la discorde, Joseph pardonna à ses frères, leur fil plus de bien qu'ils ne lui avaient voulu faire de mal, e1 rétablit la paix, l'union et la joie dans la Camille.

[Les Ipôlres.l — Le Nouveau-Testament nous fournitaussi quelques exemples de contestations plutôt que de dissensions, dont nous ne pouvons tirer d'autre instruction, sinon qu'il ne faut pas s'étonner s'il arrive souvent des contestations dans les assemblées et dans les sociétés les plus saintes, et qu'il y faut apporter un prompt remède, de peur qu'on ne vienne jusqu'à la dissension et à une rupture ouverte, qui éloigne entièrement la charité. Je n'en touche que deux exemples. — Le premier est la contention entre les Apôtres avant qu'ils fussent parfaitement instruits des maximes de leur divin Maître, pour savoir qui d'entre eux était le plus grand, et devait avoir la préférence sur les autres. Mais le Sauveur termina leur différend, qu'ils eurent honte de lui avouer, en leur déclarant que, dans son royaume aussi hien que dans son école, le plus grand et le plus considérable était le plus humble et celui qui s'estimait le moindre de tous.

Le second est une légère dissension, rapportée aux Actes des Apôtres, entre S. Paul et S. Barnabe, qui furent d'une opinion contraire touchant quelque point de discipline qu'il fallait observer ou établir. Sur quoi S. Chrysostôme remarque qu'ils se séparèrent de lieu, de crainte que la division ne les séparât de volonté, en altérant la charité. Il n'est pas probable que ces deux grands Apôtres, confirmés en grâce et unis par l'ordre de Dieu pour exercer le môme ministère dans le même pays, en fussent jamais venus jusqu'à une rupture ou à une dissension déclarée, qui eût causé un grand scandale dans l'Eglise, mais c'est pour nous apprendre que le feu de la discorde est tellement à craindre, qu'il en faut étouffer d'abord jusqu'aux moindres étincelles, et que ceux qui ont de la peine à s'accorder ne doivent pas demeurer ensemble, afin d'éviter la discorde.

APPLICATIONS DE L'ÉCRITURE

Ne, quœso, sit jurgium inter vie et te: p-utres enim sumus( Gènes, xm) — Vous savez combien le nom de frère est doux, et combien est puissante l'alliance d'un même sang pour joindre les affections de ceux qui composent une même famille. Mais, comme dit S. Augustin, la fraternité que nous avons en Jésus-Christ est plus forte que celle du sang et de la chair: Melior est fratetvnitas CfirinH quàm sanguinis; et les chrétiens sont frères d'une plus excellente façon, puisqu'ils ont Dieu pour père, et qu'ils

sont animés d'un même esprit de grâce et de sainteté. D'où naît l'obligation qu'ils ont de vivre bien ensemble, de conserver l'union et la charité, et d'éviter les querelles, la discorde et les dissensions. Car, si ce fut autrefois un étrange prodige de voir deux frères, Esaù et Jacob, se battre dans le sein de leur mère, et faire de leur formation le théâtre de leurs combats, c'est encore un monstre plus épouvantable, dans la grâce, devoir des chrétiens se déclarer la guerre dans les entrailles de Jésus-Christ ou dans le sein de l'Eglise, où ils ont pris naissance, et se traiter comme ennemis dans le lieu même où ils reçoivent la qualité de frères.

Ecce quant bonum et quant jucundum habitare fratres in vnum: sicut nnguentum, etc. (Ps. 132). — D'où vient que le prophète compare à un parfum précieux l'union et la concorde de ceux qui demeurent dans une même maison, ou qui composent une même famille ? Qu'ont de commun ces personnes pacifiques avec .un parfum répandu, et qui coule depuis la tête jusqu'au bord du vêtement ; sinon que, comme la bonne odeur de ce parfum ne peut être cachée, mais s'étend partout et se fait sentir de loin, de même rien ne donne plus de réputation et n'est de plus grand exemple (ce qui s'appelle bonne odeur, dans le langage de l'Ecriture) que l'union, la paix et la concorde qui règne dans une famille et dans quelque communauté que ce soit. Telle était l'union entre les premiers chrétiens, qui n'avaient qu'une âme et un cœur : ce qui donnait tant de réputation à la religion chrétienne, que l'on disait communément : « Yojez ces chrétiens, comme ils s'entr'aiment, et comme ils sont étroitement unis ensemble !»Rien, au contraire, n'est plus scandaleux et pour ainsi dire de plus mauvaise odeur que le divorce, la dissension, la discorde entre les frères et les proches, qui doivent être étroitement unis par les liens de la charité.

Zizania autem filii sunt nequam. (Matth. xni.) —C'est une chose assez connue que les justes, dans l'Ecriture, sont comparés au bon grain que le père de famille fait ramasser pour le mettre dans ses greniers ; mais quel rapport les méchants ont-ils avec l'ivraie ou la zizanie, sinon qu'ils sont mêlés avec les bons durant cette vie, comme la zizanie est confondue avec le bon grain quand il est encore dans le champ. Mais, comme tous les méchants ne sont pas sujets aux mêmes vices, on peut encore demander qui sont ceux à qui l'on peut donner plus justement ce nom odieux de zizanie semée dans le champ de l'Eglise? Quelques interprètes répondent que ce sont ceux qui y troublent la paix et qui mettent la discorde entre les autres : — 1°. Parce que ce sont les ministres et les suppôts du démon et de cet ennemi dont il est parlé dans l'Evangile, qui n'a point d'autre emploi que de porter la division partout : Tnimicus homo hoc fecit. — 2°. Parce qu'ils font leur coup durant la nuit, c'est-à-dire pendant que ceux qui doivent veiller pour entretenir l'union sont endormis, ou n'ont pas assez de vigilance pourempêcher la discorde. — 3°. Parce qu'ils empêchent

tout le fruit et tout le bien que L'or pourrait retirer «l'une société, comme la zizanie trouble toute la joie de la récolte.

Von œdificabis al 'l 'are de sectis lapidibm (Exodi w). — , Quel mystère peut être caché dans «■«•l. ordre que Dietj donne pour Lui construire et Lui dresser un autel? et que veut direla précaution qu'il prend de défendre expressément qu'on Le fasse de plusieurs pierres taillées e1 Liées ensemble, mais d'une seule pierre choisie pour cet ouvrage? C'est, dit un iaint l'ère, que lui r veut L'unité dans son Eglise, et que les pierres, qui représentent een\ qui la composent et qui sont consacrés à l'autel, ne soient ni coupées ni divisées par aucune rupture, parce qu'ils ne sont point propres à converser avec Dieu dés qu'ils ne peuvent vivre ensemble et qu'ils entretiennent la discorde.

Divisum est cor eoriirn: nunc interibunt (Oseaîxx). — Personne n'ignore que, dans les choses animées, la division est la cause de la douleur, et que, pour le cœur, qui est la source et le principe de la vie, la moindre blessure cause la mort. Dans une maison, les fentes et les ouvertures, soit au-dedans soit au-dehors, marquent qu'elle menace ruine. Dans tous les corps composés de différentes parties, dès que ces parties se désunissent et se démontent, on ne demande point d'autre indice pour juger qu'ils ne subsisteront pas longtemps. Il en est de même dans toutes les sociétés : si la division ou la discorde s'y met, s'il s'y fait des ligues, des partis, des cabales, ces sociétés ne se maintiendront pas longtemps ; chacun agira de son côté, et la discorde armera les uns contre les autres ; tous enfin s'entredétruiront mutuellement.

Non impedias musicam (Eccle. xxxn). — De quelle utilité est cet avis, pour les mœurs ou pour le bien public, de ne point troubler un concert de musique par quelque voix discordante, ou par quelque intrument qui n'est pas d'accord ? S. Chrysostôme, l'un de ceux qui a le mieux compris et le mieux expliqué le sens de l'Ecriture, vous répondra que l'accord et la bonne intelligence des personnes qui vivent ensemble font un agréable concert, mais que, comme il ne faut qu'une corde d'un instrument mal assorti pour troubler une harmonie et rendre un son désagréable de même il ne faut qu'une personne querelleuse pour ôter tout l'agrément d'une société et pour y mettre la discorde.

I iv.

Pensées et Passages des SS. Pères.

Triumphus dœmonum est dissensio chrtiUanorum. August. Serai. loG de tcmp.

XJndè ista inter fratres discordia, qui,licèl unius uteri, non surit unius animi? Id. Serm. 37 additorum.

Discordiam in corde tuo diabolus séminal : nonne ille est semper discordiarum seminntor, auctor dissens ionis et origo risarum! August. Serm. 10 ex eommunibus.

Hi soient latebras rnalœ defensionis inquircre qui contentionis sunt cupidïores quant reritaiis. Id. Epist. 174 ad Pasccnt.

In collatione disputât ionis , cavendum est ne perrumpatur in litcm. August. iv contra Crescont.

Concordai in rébus humants magna res est, sed rara; ab omnibus laudatur , à paucis custodifur. Id. Serm. 37 ex recenter inventas.

Alia Tiœreditas litigando acquiriiur : ista, nempe çielestis, litigando umUtitur : nolentes perdere citant litigare. Ibid.

Ille litigal qui adversatno stio malè vult : eum vult pati detrimentum, et se augmentum; illi vult aliquid decedere, et sibi accéder?. Ibid.

Lites aut nu/las habeatis, aut quàm celerrimè /i/tiatis, ne ira crescut in odium, et trabem de festucà et animant faciat Jiomicidam, August. Recula monach.

Si in uno membro tolum corpus violalur, utiquè in uno homine communio totius humanitaiis solvitur ; violatur natura generis humani et sanciœ Eccîesiœ congregatio. Ambros. m, Offic. 3.

Melius est emigrare eum gratta quàm cohalitare eum discordia; melius est abire sine liie quarto eum furgio residere. Id. in lib. Patrfarch.

Les dissensions qui arrivent entre chrétiens sont un sujet de triomphe pour les démons.

D'où peut venir la discorde entre des frères qui, nés d'une même mère, n'ont point le même esprit '>.

C'c^t le démon qui sème la discorde dans votre cœur : n'est-ce pas lui qui la répand partout? [1 est l'auteur delà dissension et la source de toutes les querelles.

Ceux-là cherchent à couvrir leur injustice d'une mauvaise excuse, qui aiment mieux les disputes que la vérité.

Dans les différends que l'on peut avoir ensemble, il faut se donner de garde d'en venirjusqu'aux procès.

L'union et la concorde dans les choses humaines est précieuse mais rare : tout le monde l'approuve et la loue, mais peu de gens se mettent en devoir de la maintenir.

Les héritages de la terre s'acquièrent par les procès qu'on intente : l'héritage du ciel se perd, au contraire, par cette voie ; ceux qui craignent de le perdre doivent éviter les procès.

Celui qui fait un procès à un autre veut du mal à celui qu'il attaque : car il veut la perte ou la diminution du bien de son adversaire, en souhaitant ou procurant l'augmentation du sien propre.

N'ayez entre vous aucun procès , ou , si vous ne le pouvez éviter, terminez au plus tôt; de peur que la colère qui vous pousse à l'entreprendre ne se change en haine, et que vous ne fassiez^ une poutre d'un fétu, et que vous ne vous rendiez par-là homicide de cœur et de volonté.

Si on offense tout le corps en blessant un seul de ses membres , on peut dire qu'on corrompt l'union de toute la société humaine par la dissension avec un seul homme , et que tout le corps de l'Église s'en ressent.

Il vaut mieux sortir d'une maison avec la bienveillance et l'amitié que d'y vivre en discorde avec ceux qui y demeurent, et il est plus expédient d'en sortir sans procès que d'y rester ;\vvr de continuelles querelles.

( 'onlentio est impugnatio ventalis cum con-

'iilrniii'i clamoris. Ambroa.

Quidquid séparât fratres infernus est "i>peUandus. Hicronym. m in Qseam.

Cumpersona per contrarietatem displicet, nec recta quce protulerit, placent. Greg. ix

Moral.

Qui jurgia semblant, in uno malo innumera peragunt: quia seminando discordiam, charttatem, quœ virtutum omnium est mater, extinguunt. ici.

Nunquàm servari concordia nisi.per solatn patientiam valet, Gregor. 21 in Job.

Ut perniciosum est si mm desit bonis, ità perntciosiùs est si non desit maUs, Id. :î'i in Job.

TtiuUâ re amicitiœ faciliùs dissuuntur quàm diverse animonan sententiâ. Basil. Orat. 1 de Pacc.

Conlentiones à principio exiles quidem esse soient, et facile curantur; attprocedente tempore auctœ, insanabiles omninà évadant. Id. Ont!. 9.

Hélium iion indictum inter homincs excitât discordia. Chrysost. Homil. 13 in Matth.

Laqueus est mortis impKcatio litis. Chrysologus serm. 53.

Jubet Christus ne litigemus : vide christianos quomodà prœcepta Christi contemnunt ! Salvian. 4 de Provid,

Contentio lites pascit, faces odiornm accendit, ooncordiam rumpit. Isidor. II Solil.

Cogi débet esse quietus qui suo vitio reniât esse pacifiais. Cassiod. I Epist. 1.

Si filn Df.i vocantur qui pacem faciunt, procul dubio sunt satanœ fila qui confundanl. Greg. Nnzinnz. Orat. 20.

Os diaboli est seminatoris discordice os. S. Bonav. Serm. 2 fer. 4 Pent.

Respice volatiUa cœli, respice bestiai agri, attende pisces in mari : non tantam divisionem in eu invenies sicut in kominibus esse patet. [d. Serm. 8 inf. ocf. Epîphàn.

Qui ah unitate dividitur, ne dubites quin ab co recesserit spiritm vitœ. Bernard, in S. Micltael,

Sicut in pacc fartas est loeus Domini, sic in discordia locum diabolo fieri manifestum est. Bernard. Serm. 3 de Médira!.

I té homiiii illi per '/mon unitutis vinculum turbatur. Id. Serin. 2(1 in Cantic.

Disputer de parole i, c'e 1 1 ombatlrc la \>:rité, et vouloir l'emporter ù force de crier bien haut.

'l'uni ce i|iii tnel ii dh i iion entre Ica Crôrea mérite d être appelé un enfer.

Lorsqu'une personne , pour être d'une humeur contraire à la nôtre, noua déplaît, quoi qu'elle dise de bien, noua no le jm >m yona souffrir.

Ceux qui sèment des qtiterelle i oc se contôntcnl pas de faire du mal, ils en fonl nue infinité : en semanl cette discorde , Lia banniasent ri. éteignent la charité, qui esl la mère de toutes les vérins.

Jamais l'union et, la concorde ne pent, se conserver que par la patience à souffrir les définis d'autrui.

Gomme c'est un grand mal quand il n'y a pas d'union entre les yens de bien, c'en est encore un plus grand lorsque les méchants sont unis.

11 n'y a rien qui rompe plus tôt et plus facilement une étruile amitié que la différence des sentiments.

Les contentions et les disputes commencent par des sujets fort légers, et alors il est aisé d'y remédier; mais quand, avec le temps, elles se sont accrues, il est presque impossible d'y apporter remède.

La discorde allume la guerre entre les hommes avant qu'elle ne soit déclarée.

L'embrouillement d'un procès est unpiégo de mort.

.Té^ls-Ghrist nous ordonne de ne point plaider : voyez comme les chrétiens méprisent les ordres de leur Maître !

C'est l'opiniâtreté qui entretient les procès ; c'est elle qui allume la haine et rompt la concorde et l'union.

On doit obliger celui qui ne peut garder la paix avec les autres de demeurer en repos.

Si ceux qui 'ont la paix sont appelés enfants de Dieu, ceux qui la troublent méritent sans doute d'être appelés enfants du démon.

La langue de celui qui sème la discorde est la langue et l'organe du démon.

Considérez les oiseaux de l'air, les animaux des campagnes et les poissons de la mer : vous n'y trouverez pas, à beaucoup près, tant de guerre et de division qu'il en lia rai t parmi les hommes.

Quand quelqu'un se sépare de l'unité, il ne faut point douter que l'esprit de vie ne se soit retiré de lui.

Gomme le Seigneur demeure là où est la paix, il faut, par une raison contraire, que le séjour du démon soit dans la discorde.

Malheur à celui qui est cause qu'on rompt le lien de la paix et de l'union!

Infelix Victoria est qud superans hominem

succumbit vitio. Idem scrm. ad Milit.

Summoperè jurgia fuge : nàm contra parera contendere anceps est, cum superiorc furiosum, cum inferiore sordidum. Cassiod. Epist. 22.

Concordiâ res parvœ crescunt ; discordiâ maximce dilabuntur. Salust. in Jugurtha.

L Principium discordi<B est commune aliquid .snum fucere. Seneca. ]

C'est une malheureuse victoire , quand celui qui a vaincu les hommes, ses ennemis, est vaincu par ses propres vices.

Fuyez, autant qu'il vou3 sera possible, les disputes et les querelles : avec un égal, c'est imprudent ; avec un supérieur, c'est démence ; avec un inférieur, c'est la honte.

Les moindres choses grandissent par l'union et la concorde ; et les plus grandes viennent à rien par les dissensions.

[ La source des discordes vient de ce qu'on se rend propre ce qui doit être commun. ]

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Définition.] — La discorde est une séparation et une division de volontés entre des personnes auparavant unies par un lien de charité pour les mêmes desseins. Quelques philosophes en donnent une autre notion, et veulent que ce soit une haine qui ne pouvant se tenir renfermée dans le cœur, éclate parune rupture ouverte. S. Thomas dit que, quand cettediscorde ou dissension mutuelle rompt entièrement la charité, elle est de sa nature un péché mortel. La raison en est évidente : car si le disciple bienaimé assure que celui qui n'aime point son frère est mort à la grâce, la division et la discorde, rompant l'union et la charité, ne peut être sans la haine et l'animosité, qui en fait une partie, et qui n'en est différente que parce que l'une est souvent secrète et cachée , et que l'autre est connue et déclarée, et ajoute ordinairement le scandale, qui est un nouveau péché, ou une circonstance aggravant le premier.

Il faut pourtant remarquer, avec le même S. Thomas. — 1°. Que la discorde qui ne détruit pas l'union de la charité, et qui n'est que dans la diversité des sentiments, à moins d'une grande opiniâtreté et d'une erreur dans une chose importante au salut, n'est point péché mortel, vu que les plus grands hommes et les plus grands saints ne sont pas toujours du même avis, et ont souvent des contestations sur des points de doctrine.

. 2°. Que la discorde et la division peut n'être péché que d'un côté : ce

qui arrive lorsque l'un s'opiniâtre dans une chose injuste, qui est contre

l»n:i ou le prochain, et que l'antre défend boo droii et tieni pour la justice. — 3°. Que le plus souvent Le péché est réciproque aussi bien que la

dissension, quand l'un et L'autre s'entête et ne veut ni céder ni s'accommoder mais veut La \ ictoire, à quelque prix que ce soit.

[Causes.] — La discorde et la dissension entre les personnes de même rang, «le même emploi, ou qui doivent conspirer à un même but. naît d'ordinaire de l'orgueil et de la vaine gloire: on ne veut céder en rien à son concurrent ; on veut toujours avoir la victoire. Elle tient quelquefois de l'envie et de la jalousie : on ne peut approuver ce que dit ou ce que fait un autre ; on le contredit en tout. D'autres fois, c'est un secret dépit qu'on a conçu contre une personne, une humeur chagrine qui ne peut rien souffrir et qui s'offense de tout. Cela peut venir encore d'un esprit de vengeance, qui fait qu'on s'oppose à tout ce qu'une personne qui nous a choqué veut entreprendre ; ou la rebute on la chagrine, on est ravi de lui avoir fait quitter la partie ou de l'avoir obligée à se désister de ses prétentions. Mais, le plus souvent, c'est la cupidité qui fait intenter des procès, Le tien et le mien a toujours été la cause de la discorde, et met encore la division partout.

[ Des querelles. ] — La querelle n'est pas la même chose que la discorde, quoique l'une soit souvent la cause et l'effet réciproque de l'autre. S. Thomas l'appelle et la définit « une guerre entre particuliers, qui se fait sans autorité publique, par le seul dérèglement de volontés personnelles.» Or, comme cette petite guerre est injuste, en tant qu'elle se fait sans autorité légitime, et qu'elle se termine aux voies de fait, comme la contestation se termine aux paroles, il s'ensuit que la querelle est toujours accompagnée dépêché; en sorte que l'agresseur qui outrage son adversaire injustement ne peut s'excuser de péché mortel pour le tort qu'il cause à son prochain ; mais, de la part de celui qui est attaqué et offensé injustement, la querelle est sans péché, lorsqu'il ne se défend que modérément, et autant qu'il est nécessaire pour repousser l'injure. Elle n'est que péché véniel lorsque le mouvement de haine ou de vengeance qui s'excite sur-le-champ n'est que léger, ou qu'on ne s'emporte que fort peu au-delà de la défense modérée ; mais elle est péché mortel lorsque, par un mauvais courage plein de haine ou de vengeance, on fait effort pour ôter la vie à son adversaire, ou pour lui causer quelque grand dommage.

[Des procès.] — On ne peut nier que les procès, qui sont souvent tantôt la cause et tantôt l'effet de la discorde et de la division, n'aient toujours été permis dans l'ancienne et dans la nouvelle loi, puisque c'est l'unique moyen d'avoir justice du tort qu'on nous fait; mais il faut aussi avouer qu'il est bien difficile de poursuivre son bien en iustice sans blesser la charité, et qu'il faut bien des conditions et des précautions pour ne la point perdre .

352 discorde.

en plaidant. Il faut donc remarquer — 1°. Que, quand on dit et qu'on prêt lie qu'il faut fuir, éviter les procès, ou quand S. Paul nous avertit qu'un serviteur de Dieu n'en doit point entreprendre, on ne prétend pas dire qu'il soit absolument défendu d'en avoir; on sait qu'il peut y avoir des raisons justes d'en soutenir ou même d'en intenter ; mais on veut dire qu'il ne faut tenter cette voie qu'à l'extrémité, quand on ne peut autrement avoir raison de sa partie. — 2°. Que, pour les choses de conséquence et dans des occasions importantes, par exemple pour éviter des pertes et des dommages considérables, pour se tirer d'une oppression violente, pour arrêter le cours de quelque injustice signalée qui pourrait avoir de fâcheuses suites et donner lieu à de semblables entreprises, mais, par-dessus tout, pour obliger celui duquel on est maltraité de rentrer en lui-même, par la modération avec laquelle on soutiendra ses propres intérêts. — 3°. Qu'il faut, avant d'en venir à la rigueur, prendre tous les moyens possibles pour terminer le différend par les voies de la paix, par la médiation des amis communs et des arbitres. — 4°. Que ce n'est pas assez que le procès soit juste, qu'il faut encore plaider justement, ou se donner de garde de croire qu'il nous soit permis d'user de supercheries, de falsifications, de détours ou de mauvaise foi, de fortifier son bon droit par des calomnies ou des médisances, de ne ménager nullement les intérêts de sa partie, de la traiter inhumainement, et de porter toutes choses à la rigueur pour s'efforcer de l'accabler. — 5°. Enfin, qu'il est difficile, et même très-rare, de plaider sans péché, et de ne pas violer les lois ou de la justice ou de la charité.

[Moliîs de concorde] — C'est une puissante raison, pour chérir l'unité et pour éviter avec soin toutee qui la détruit, de se souvenir que Dieu a uni tous les fidèles qui le servent pour ne faire qu'un même corps. // n'y a parmi vous, dit S. Paul aux Ephésiens, qu'un corps et un esprit, comme il rCy a qu'une espérance à laquelle vous avez été appelés. Mais, s'ils sont convaincus qu'ils ne sont qu'un même esprit, comme l'assure l'Apôtre, c'est une raison encore plus forte pour engager les fidèles à avoir horreur de toute division. Ensuite, le même S. Paul expose aux fidèles les plus importantes maximes de la religion, pour en tirer toujours la même conséquence : // n'yaqu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême ; il n'y a qu'un Dieu, père de tous. (Ephes. iv.) Y^)ici les conséquences. 11 n'y a qu'un Seigneur, etee Seigneur veut que tous ses serviteurs soientun entre eux. Il n'y a qu'une foi : un des principaux articles de cette foi, c'est que Dieu veut que tous ceux qui le servent soient parfaitement unis. Il n'y a qu'un Baptême : nous devenons les enfants d'un père qui ne recommande rien plus fortement à ses enfants que d'être inviolablement unis. Il n'y a qu'un Dieu père de tous ; c'est de ce Dieu que nous sommes les enfants. 11 est un : il veut que nous soyons tous un ; il veut même que l'unité parfaite qui est entre lui et son Fils, qui lui est consubstantiel et éternel, soit le modèle de l'unité qu'il reconiruande à tous les hommes.

Endroits choisis des Livres Spirituels et des Prédicateurs.

[Nécessité delà concorde.] — Les plus grands ouvrages du monde ne se conservent que par l'union, et la division est leur perte et leur ruine, Ces palais magnifiques, où la nature et l'art font paraître à l'envi tout ce qu'ils ont de plus rare et de plus précieux, ne seraient que des masses confuses et do tristes masures, si l'union ne soutenait et n'arrangeait les parties qui les composent. Les plus grandes rivières qui arrosent les provinces, et qui portent l'abondance et la fertilité partout, ne seraient que des torrents passagers et des ruisseaux sans nom, si on divisait leurs eaux. Les armées les plus florissantes et les plus redoutables ne seraient qu'une troupe de victimes conduites à la boucherie, si la division partageait les esprits des soldats. Il en est de même de l'Eglise de Jésus-Christ, qui est son royaume sur la terre : elle ne peut subsister dans sa perfection que par une double union, l'une arec son chef qui est Jésus-Christ, qui la gouverne, et l'autre entre les fidèles parla concorde, la paix et la charité. De là il suit que les chrétiens qui, par des divisions, des discordes et des haines, détruisent cette union, ruinent autant qu'ils peuvent ce royaume spirituel : Omncregnum in seipsum divisum desolabitur. (Luc. xi) De manière que ces mauvais chrétiens sont des criminels d'Etat, je dis de l'Etat de Dieu, qui est l'Eglise : ce sont des criminels de lèse-majesté divine, puisqu'ils s'opposent à l'esprit de Dieu et à la personne même de Jésus-Chbist, qui sont les liens sacrés qui font cette union. (Le P. Texier, 3e Dimanche de Carême.)

[La discorde opposée à l'espnl de Dieu.] — Le S.-Esprit est un esprit d'amour et d'union ; c'est pour cela que Jésus-Christ demandait à son père que ses disciples ne fussent qu'une même chose, et fussent unis ensemble , comme il l'était avec lui : Sint icnum sicul et nos nnum sumns. Et c'est pour cela aussi qu'il n'y a qu'un Dieu, qu'un baptême et qu'une foi: Unus Deus, iina fides, nnum baptisma. C'était l'admirable effet que le Saint-Esprit produisait dans les premiers chrétiens, qui n'avaient qu'un esprit, un cœur et une âme. Tous les chrétiens, étant les membres de Jésus-Christ, doivent être unis comme les membres le sont avec le corps. Mais que fait la divit. m. 23

sion et la discorde ? elle détruit cette grande union, elle met le divorce de tous côtés. (Essais de Sermons.)

[Les divisions sont pernicieuses.] — On sait assez que les guerres domestiques et civiles sont plus dangereuses que les guerres étrangères: l'expérience nous fait connaître les funestes effets que la mésintelligence et la discorde produisent dans les familles. Dieu veut détruire le superbe dessein des enfants d'Adam, qui , pour satisfaire leur orgueil et leur vanité, avaient entrepris de dresser un monument qui rendît leur nom célèbre dans toute la terre en bâtissant une tour qui fût élevée jusqu'au ciel. Il ne fait que confondre leur langage, et les peuples , ne s'entendant plus les uns les autres, sont obligés de se disperser dans tous les pays du monde, et d'abandonner leur entreprise. S. Pierre a remarqué que l'union est si nécessaire, qu'il fallait même qu'elle se rencontrât parmi ceux qui allument en tous lieux les flambeaux de la division : car il dit que les démons ne se condamnent point les uns les autres, avec aes paroles d'exécration et de blasphème. Et, selon la réponse que le Sauveur fit à ceux qui l'accusaient de chasser les démons au nom de Belzébuth, Belzébuth travaillerait lui-même à la destruction de son empire s'il agissait de concert avec celui qui le chasse , et qui ne vient en ce monde que pour délivrer les hommes de sa tyrannie.

Dieu est un, et il veut que nous soyons tous un : il veut même que l'unité parfaite qui est entre lui et le Fils qu'il engendre dans l'éternité soit le modèle de l'unité qu'il recommande à tous ies hommes. C'est pourquoi S. Grégoire de Nazianze soutient que ceux qui aiment la paix et qui ont de l'aversion pour tout ce qui la peut troubler approchent plus près de Dieu et lui ressemblent davantage. 0 précieuse unité, ô trésor admirable, que tu es cher à ceux qui connaissent ta valeur ! Que ne doivent point faire les hommes pour te conserver, et à quoi s'exposent ceux qui sont assez malheureux pour te perdre ! Perdre l'unité , se séparer de ses frères par la division, c'est n'être plus membre de ce corps que Jésus-Christ a formé ; et, n'appartenant plus à Jésus-Christ, on est son ennemi , [et on ne peut plus être que membre du démon, à la tyrannie duquel on s'est malheureusement assujetti.

De même, dit S. Chrysostôme, que dans un bâtiment, lorsque toutes les pierres qui composent une voûte sont parfaitement unies, le bâtiment est solide ; on y peut demeurer en toute sûreté, et sans rien craindre ; mais , s'il arrive qu'une pierre se sépare de l'autre, alors tout est à craindre; la moindre séparation donne lieu de tout appréhender, et elle est ordinairement suivie d'une ruine entière : il en est de même des divisions qui naissent parmi les hommes, et elles ne sont pas moins dangereuses. Quelle horreur tout chrétien ne doit-il donc point avoir de la division ! et que ne doit-il point faire pour conserver la paix ?

L'empereur Constantin savait combien toutes les divisions sont dangereuses, et ce fut le fondement de la sage conduite qu'il garda lorsqu'il se

PARAGRAPHE si \ ik.mk. 355

trouva au concile de Nioée. Plusieurs lui apportèrent des écrits dam lesquels ils s'accusaient les uns les autres avec aigreur. L'empereur, touché do ces divisions, et considérant combien les suites pouvaient en être funestes, indiqua un jour auquel ils devaient tous se présenter devant lui. Ce jour arrivé, l'empereur fit allumer un grand feu, dans. lequel il jeta tous les écrits qui lui avaient été donnés, il fit paraître à teus les évêqm sentiments de bonté, dont il était difficile que ceux-là mêmes qui étaient les plus animés ne fussent, touchés. Il leur dit que Dieu, qui est notre véritable juge, nous examinerait un jour, et que ce serait à ce tribunal sacré que toutes les prétentions des hommes seraient décidées avec une souveraine justice. Cependant il les exhorta à l'union et à la concorde, etleur fit voir de quelle conséquence il leur était d'oublier leurs différends particuliers pour s'appliquer uniquement à la grande affaire qui les assemblait. (Lambert, 3e Dim. de Carême.)

| Eviter la zizanie.] — L'obligation du chrétien est de faire tout ce qui dépend de lui pour conserver la paix. Jugez de-là du crime de ceux qui, bien loin d'entretenir la paix, allument le feu de la discorde, excitent des querelles et nourrissent la division. Ce n'est qu'une parole que vous avez prononcée, et qui a été dite avec beaucoup de promptitude et de légèreté ; mais vous deviez prévoir les suites funestes de cette parole dangereuse. Quelle qu'ait été votre intention, jugez du mal que vous avez fait et du désordre dont avez été la cause. Vous avez divisé les frères : vous êtes donc de ceux que le Sage déteste : Il y a, dit-il, six choses que le Seigneur hait : son âme déteste la septième. Cette septième chose, laquelle est nonseulement haïe mais détestée, doit être sans doute un crime énorme. Quel est-il? c'est de semer des dissensions entre les frères.

Quoique toutes les passions soient la cause funeste des dissensions, néanmoins l'orgueil est une des principales : car, comme il veut toujours s'élever au-dessus des autres, et que ces autres ne veulent point céder ni se mettre au-dessous, il faut nécessairement en venir aux querelles, aux contestations, aux procès. Cet amour de préférence et de domination l'emporte souvent au-dessus des biens de la terre ; on aime mieux qu'il en coûte pourvu qu'on soit le premier, et on ne croit pas avoir mal employé de grandes sommes d'argent pour acquérir une prééminence imaginaire. Si l'orgueil est la cause ordinaire des divisions et des querelles, il est encore un des plus grands obstacles à leur accommodement et à leur fin. Si l'on fait à un orgueilleux quelques propositions de paix, si on lui représente qu'il se consume en frais de justice, et que, quand même il gagnerait son procès, il lui en coûterait toujours plus qu'il n'en pourrait tirer : « Il est vrai, dira-t-il, mais je ne veux pas qu'il soit dit que j'aie cédé à ma partie ; et, quand il devrait m'en coûter tout mon bien, je veux lui faire sentir qu'on ne me brave pas impunément. » (Le P. Le Jeune.)

[Conserver la paix.] — Comme lo Fils de Dieu condamne les dissensions et les animosités qui régnent parmi les hommes, aussi est-ce son dessein de nous recommander la paix et la concorde. C'est à quoi le Saint-Esprit nous exhorte par la bouche du Prophète-Roi : Tnquire pacem et persequere eam: Cherchez la paix, et ne vous lassez point en cette poursuite. L'Apôtre pareillement, dans FEpître aux Romains : Si fieri potest, quantum in vobis est, cum omnibus hominibus pacem kabentes: Je vous conjure, mes frères, si cela se peut et autant qu'il est en vous, d'entretenir la paix avec toutes sortes de personnes. S. Chrysostôme pèse cette parole: Si fieripotest, s'il est possible : car, dit-il, il arrive quelquefois qu'il n'est pas possible de conserver la paix avec certaines personnes et en certaines rencontres ; comme lorsqu'il s'agit de la vérité ou de la piété chrétienne, qu'on veut corrompre ou renverser. L'Apôtre dit : « Faites votre devoir en tout et partout ; ne donnez à qui que ce soit aucun sujet de discorde ni d'inimitié; mais, si on attaque la piété, si quelqu'un entreprend d'en corrompre les règles, laissez la paix pour défendre la vérité, et la soutenez jusqu'à la mort, en sorte néanmoins que vous conserviez toujours la charité envers celui contre lequel vous disputez. Vous ne le traiterez pas comme votre ennemi, mais vous agirez avec lui en ami, en lui représentant doucement et charitablement son erreur, et la vérité telle qu'elle est : car c'est ce qu'il veut dire par ces paroles : Quantum in vobis est, cum omnibus hominibus pacem habentes. Conservez pour lui l'affection d'un parfait ami, en sorte néanmoins que vous ne trahissiez pas la vérité. (Homélies morales.)

Afin d'éviter la dissension, il faut apporter bien des soins pour nous tenir en garde contre ceux qui nous poussent, qui nous aigrissent, et qui disent des choses capables d'allumer le feu de nos passions. Quand on se trouve donc embarqué avec des gens bizarres, querelleurs, qui ne gardent point cle mesure, et qui nous disent en face des choses très-choquantes et rudes à digérer, il faut se retrancher dans le silence, et le meilleur parti c'est de ne point répondre à des gens si déraisonnables. Ceux qui nous outragent et nous traitent brutalement souhaitent qu'on leur réponde avec dépit : le silence qu'on affecte alors les désespère, et ils ne peuvent empêcher que leur chagrin ne paraisse : ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous aigrir et pour nous faire parler ; mais la meilleure méthode de les déconcerter, c'est cle ne rien dire, de ne point contester, et de les abandonner à leur emportement. Cette fierté les désarme, et leur fait connaître qu'on les néglige ou qu'on les méprise. {Offices de S. Ambroise, chap. 5.)

[Exemple.] — Le grand S. Grégoire de Nazianzc, voyant que les évoques assemblés dans la ville de Constantinôple étaient dans le trouble et dans la division au sujet de son épiscopat, qu'il n'avait accepté que par contrainte, non-seulement il s'en démit volontairement pour le bien de la paix, mais il fit tant par ses instantes prières auprès de l'empereur

PARAGBÀPHB SIXIEME. 357

Théodose, qu'il agréa sa démission. « Je ne vous demande, lui dit-il, qu'une seule grâce : qu'il vus plais*! de nie décharger du poids du travail mi je suis. Vous avez triomphé de* barbares; mais votre gloire et le grand trophée de votre empire est d'établir la paix et la concorde entre les évoques. Ils sont divisé-s les uns des autres : l'unique moyen do les réunir, c'est une déposition. Le vaisseau de l'Eglise est agité : puisque c'est à mon occasion que cette tempête s'est élevée, jetez-moi dehors, et aussitôt elle Sera apaisée. » L'empereur et tout le sénat, qui connaissaient l'éminente vertu, et la profonde doctrine de ce saint prélat, furent si surpris de cette demande et de ce discours touchant, qu'ils eurent une extrême peine à lui accorder sa retraite et sa déposition. (Homélies morales.)

[De l'cspvil de chicane.] — Je sais qu'il y a des contestations justes, et fondées sur des choses qui semblent le mériter: mais souvent, soit en matière civile, soit en matière criminelle, on plaide pour de modiques sommes, pour de légères injures, pour des choses qui font connaître aux juges l'avidité et le pitoyable dérèglement des plaideurs. Car combien y en a-t-il qui, par un esprit de chicane, intentent des procès pour une niaiserie ! Combien qui, au lieu de payer de petites dettes, se laissent poursuivre, et aiment mieux se ruiner que de s'acquitter de bonne foi et sans frais envers leurs créanciers? Combien y en a-t-il qui, pour un refus de civilité, pour une parole désobligeante, pour un vrai ou faux rapport, forment de longues et d'aigres contestations ! Combien qui , sur une équivoque, dans un contrat, sur une légère inégalité dans une société ou dans un partage, s'échauffent et veulent plaider quoi qu'il en coûte : tant leur cupidité est ardente et insatiable. Mais elle n'en demeure pas là : non-seulement elle anime les hommes les uns contre les autres pour de légers intérêts, parce qu'elle est avide et opiniâtre ; elle leur suggère encore mille ruses, mille friponneries, mille intrigues, mille mauvais détours, parce qu'elle est ingénieuse et subtile. Quoiqu'une cause ne vaille rien, on cherche les moyens de la revêtir de quelque apparence de justice. Pour cet effet, il n'y a point de mystère dont la cupidité ne s'enveloppe, point de chicane dont elle ne s'avise, point de délai et de faux-fuyant qu'elle ne cherche, de conjoncture dont elle ne profite. Ce qu'il y a de plus clair, elle le rend obscur ; ce qu'il y a de plus aisé à décider, elle l'embarrasse ; ce qu'il y a de plus faux, elle le couvre et le déguise. Quelque bonnes que soient les raisons des autres, elle tâche de les affaiblir et de les détruire ; quelque mauvaises que soient les siennes, dès qu'il y a des vraisemblances, elle les fait valoir infiniment, elle les orne de belles paroles, elle les enfle d'un amas de citations inutiles, et, ne pouvant corrompre les juges, elle tâche du moins de les éblouir et de les surprendre. Elle appelle industrie les détours qu'elle oppose, elle appelle défense et application à se pourvoir contre les parties la jouissance d'un bien qui ne lui appartient, point, et qu'elle tâche de conserver par ses ruses et ses friponneries. Or, c'est lace que la loi de Jésus-Christ ne peut

jamais permettre, elle qui défend tout ce qui est contraire à l'innocence et à la simplicité chrétienne. (Essais de Sermons.)

[Eviter les procès.] — Ii serait souvent plus expédient de venir à un sage accommodement que do s'engager dans des contestations infinies, où l'on risque tout, quelque bon droit que l'on croie avoir, et où, avec tout le gain que l'on fait, on est plus pauvre que lorsqu'on a commencé à plaider... Quand on est en état de plaider, on se trouve comme à l'entrée d'un labyrinthe : dès qu'on y est engagé, on s'égare à mesure que l'on marche, et plus on cherche de voies pour en sortir, moins on y trouve d'issue... Exploits, requêtes, saisies, interventions, oppositions, causes de récusations, descentes, confrontations de témoins, surprises, défauts, nullités, arrêts sur requêtes, conflits de juridiction, incompétences de juges, contestations de qualités, reprise d'instances, nouvelles informations, contredits, griefs, réponses à griefs, fin de non-recevoir, que sais-je ? mille fatras de papiers entrent dans une affaire quelquefois si claire qu'un juge de village l'eût d'abord décidée. Que fait souvent la justice 1 Lit es sic decernit ut seminet,àit Zenon de Vérone; legibus suis leges impugnat; elle laisse, aux procès qu'elle semble terminer, de certaines semences qui les reproduisent, et elle ne retranche pas tellement les tôtes de cette hy;-re, qu'elles ne renaissent, tantôt par des interprétations d'arrêts, tantôt par de nouveaux incidents qui surviennent ; quelquefois elle attaque ses lois par ses lois mêmes ; les unes détruisent ce que les autres établissent.

Si d'abord vous aviez songé à un accommodement raisonnable, sans vous engager dans ce fâcheux embarras de procédures, si vous aviez pris pour arbitre un homme savant et désintéressé, que de repos et de bien n'auriez-vous pas? Ainsi, ce que vous avez fait par vos sollicitations, vos assiduités, vos applications, vos veilles, la perte de votre famille, et peutêtre de votre conscience, n'a servi qu'à enrichir des procureurs et d'autres officiers de justice. 0 Dieu! quel aveuglement! tout le monde se plaint de Tinjustice du barreau, et cependant tout le monde y a recours! Tout le monde dit qu'on y dépouille et qu'on y fait périr les plaideurs, et cependant presque tout le monde aime le procès, et s'opiniàtre à plaider. ( Discours moraux).

Salomon, le plus sage des hommes, considérant les procès par rapport au monde, dit que la gloire d'un homme est de ne s'y point embarrasser, et qu'une évidente marque de son imprudence est quand il s'engage mal à propos dans des contestations, qui ne peuvent lui attirer que de la honte : Honor est homini qui séparât se à contentionibus (Proverb. xxn) ; qu'au reste, le vrai moyen de devenir misérable et d'appauvrir une famille est d'aimer la chicane, et qu'au contraire marcher dans la simplicité est le grand secret pour laisser des enfants heureux. Mais il ne s'est pas contenté de ces expressions, quand il a porté ses pensées plus haut, et qu'il a regardé les procès par rapport à notre salut et à nos principaux devoirs. Car tantôt

il il if quo l'ambition est l'une dos premières causes de ces contestations aigres e1 opiniâtres qui se forment dans les barreaux; que les orgueilleux ne peuvent s'accorder ensemble, qu'ils ont toujours quelque chose à démêler 3 et qu'un homme ne doil peint intenter de pr quand ils oni de si mauvais principes: Tnter superboi gemper jurgia tunt (Proverb. xm.)

Nous n'avonspascc généreux désinl ' til de ceux qui quittent toul

peur Jésus-Christ ; mais gardons-nous bien aussi de tomber dans eette insatiable avidité des autres, qui veulent tout posséder. C'est pourquoi nous devons nous tenir dans un juste milieu entre ces doux extrémités ; et, parce que nous penchons plus du coté de la cupidité que du côté du désintéressement, [affines cupiditati deprehendimu?, dit un saint Père), Dieu, qui veut nous sauver dans la condition où il nous a mis, ne nous accorde que très-rarement et à certaines conditions la liberté de plaider : il nous traite comme on fait un arbre qui penche du mauvais côté, e1 qu'on a toujours soin de courber de l'autre. Je veux dire que, nos procès provenant de nos vices et de nos convoitises, l'Apôtre nous donne pour conseil do perdre plutôt ce que nous avons que de plaider, de crainte qu'en plaidant nous ne perdions tout-à-fait cette droiture sans laquelle nous ne pouvons jamais lui plaire : Quarè non magie injuriam accipitix ? quarè von ma <ji$ fraudem patimim? (Cor. xi).

Il n'y a dans la justice qu'un sentier qui mène à la vie, et, pour peu qu'on s'en éloigne, on prend un chemin qui conduit à la mort. Quand même une cause serait bonne, il n'est jamais permis de la rendre meilleure pur le moindre mauvais détour, ne fût-ce qu'un mensonge. Pourrait-on, par conséquent, dans le christianisme, souffrir, soit dans une bonne soit dans une mauvaise cause, ces falsifications, ces soustractions de pièces, ces malignes évasions et ces faits supposés, ces longs embarras, ces procédures inutiles, pour ne pas dire ces faux témoignages, ces collusions, ces parjures : car qui ne sait que l'artifice et la chicane rend obscur ce qu'il y a de plus clair, embarrasse ce qu'il y a de plus aisé à décider, couvre et déguise ce qu'il y a de plus faux? Quelque bonnes que soient les raisons des autres, on tâche de les affaiblir et de les détruire ; quelque mauvaises que soient les nôtres, dès qu'il y a de la vraisemblance, on les fait valoir infiniment, on les orne de belles paroles, on les enfle d'un amas de citations inutiles.

Les procès, dit S. Bernard, éloignent la paix du cœur, rompent les liaisons les plus étroites ; ils ne produisent que des querelles, ne sont soutenus que par des médisances et des calomnies, n'allument que des haines, et ne laissent que des semences d'aversion et d'iniquité. Or, Jésus-Christ, qui est Dieu, et Dieu qui est charité, ne peut souffrir le moindre de ces péchés; et, s'il permel les procès, ce n'est qu'à condition que les injures, que les jugements téméraires, les mauvais services, les (aux rapports, les

aigreurs soit publiques, soit secrètes, en seront bannies. Jésus-Christ, dit ce Père, est la paix du monde, et dans le barreau il n'yaque division et discorde : Christus est pax, in foro discordia. Jésus-Christ est la souveraine justice, et dans le barreau il n'y a souvent que de l'injustice : Christus jus~ titia est, in foro injustitia. Jesus-Christ est la fidélité et la simplicité même ; et dans le barreau il n'y a que fraude et perfidie : Christus fuies est, in foro fraus atque perfidia. Enfin Jésus-Christ est la charité essentielle, et dans le barreau on ne dit que des injures et on ne conserve que des inimitiés : Christus chantas est, in foro obtrectatio. (Anonyme.)

[Noire-Seigneur.] — Les SS. Pères s'étonnent de ce que, un homme ayant prié Jésus-Christ de dire à son frère qu'il partageât avec lui la succession qui leur était échue, il n'en reçut point d'autre réponse que celle-ci: «Mon ami, qui m'a établi votre juge, et suis-je venu pour faire vos partages? » Jésus-Christ, disent-ils, n'était-il pas le maître et le souverain législateur de tout le monde ? Le jugement de tous les différends des hommes ne lui appartenait-il pas de plein droit? et n'est-il pas le seul qui a de son fond cette sagesse, cette pénétration, cette intégrité et cette autorité requises pour terminer tous les procès de la terre ? D'où vient donc qu'un homme apparemment bien intentionné, et qui lui faisait, ce semble, une demande si juste, en est rebuté par cette réponse : Quis me constituit jïidicem super vos? C'est, répond S. Chrysostôme, que Jésus-Christ est venu au monde pour accorder les hommes entre eux, et non pas pour leur apprendre à plaider. C'est qu'il est venu au monde, non pour leur dire «Partagez vos successions, et saisissez-vous de tout ce que vous pourrez,» mais pour dire au contraire : « Si quelqu'un veut vous oter votre manteau, abandonnez-lui encore votre robe. » C'est qu'il est venu au monde pour établir les règles d'une charité parfaite et d'une inviolable paix, vertus qui ne se trouvent presque jamais dans ceux qui plaident. La cupidité aveugle et précipitée connaît mal Jésus-Christ, dit ce Père, elle prend pour arbitre des procès du monde celui qui conseille aux parfaits de n'en point avoir. (Anonyme.)

[Evuses el règles.] — « Mais quoi ! dira-t-on, faut-il donc tout perdre et souffrir qu'on nous ravisse notre bien ? Si cela est, les méchants triompheront et fouleront aux pieds les gens de bien ; le monde ne sera plus qu'un brigandage, s'il n'est pas permis de se défendre par les voiesde la justice. » Cette plainte est véritablement raisonnable, et nous y avons déjà satisfait. Mais outre cela, il faut dire ce que Notre-Seigneur dit au sujet des scandales : Il est nécessaire qu'il en arrive ; mais malheur à V homme par qui le scandale arrive7. De même, il est nécessaire qu'il y ait des procès; mais malheur à ceux qui les entreprennent mal à propos, par esprit de cupidité ou de vengeance ! et malheur à ceux qui ne craignent point, en plaidant, de se mettre en danger de perdre la charité pour un intérêt temporel!

Pour réussir dans une action aussi louable et aussi chrétienne qu'est

celle de pacifier les différends, on ne peut apporter trop de soins à demeurer toujours médiateur, à ne point épouser Les intérêts de l'un plutôt que de l'autre; sans quoi, voudrait-on jamais de irons \»>nv arbitre? Quaiwl vous aurez été choisi nommément pour cette fonction, appliquez-voue à n'avoir que des manières honnêtes et obligeantes, sans vous impatienter jamais , quoique vous voyiez, déjà de quel côté est le tort. Il faut alors tempérer les choses, et ménager doucement l'imagination des gens émus, leur donnant le temps de se reconnaître et do rentrer en eux-mêmes, Pour ce qui regarde les différends qui naissent de l'intérêt des biens, il faut tâcher de gagner sur les deux parties qu'elles choisissent un arbitre qui leur soit agréable, ou qu'elles s'obligent à s'en tenir à sa décision. Mais, parce qu'il n'est pas aisé de porter les hommes ù se relâcher sur leur intérêt, efforcez-vous de leur persuader, ce qui est très-véritable, qu'un accommodement, quel qu'il soit, est toujours avantageux ; du moins vaut-il beaucoup mieux qu'un procès qui traîne en longueur, et où il n'y a rien de certain, que les avances excessives qu'il y faut faire ; de sorte que, même en le gagnant, on perd tout. En effet, les procès sont de telle nature, que le premier en attire un autre, et puis encore un autre: ce qui forme un abîme, d'où il est aussi difficile de se tirer dans la suite qu'il était aisé de ne s'y point engager d'abord . (Croiset, Réflex. chrét.)

[Les premiers chrétiens.] Que l'Eglise était heureuse, dans ce premier siècle auquel elle prit naissance, où tous les fidèles qui la composaient n'avaient qu'un cœur et qu'une âme! Leurs intérêts étaient communs; leurs biens se partageaient également ; leurs nécessités étaient secourues d'une même main. Chacun ressentait le mal de son prochain par la compassion intime qu'il en avait, et le soulageait par sa charité. Et comme ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, les mêmes affections et les mêmes désirs, de-là venait que chacun était sensible à tout ce qui causait la joie ou le déplaisir des autres. Cette paix et cet accord faisait la force de l'Eglise pour résister aux tyrans, et l'admiration des infidèles, qui, voyant cette union des cœurs et des volontés , disaient, au rapport de Tertullien : « Voyez comme ils s'aiment les uns les autres, et comme ils sont disposés à donner jusqu'à leur propre vie pour leur prochain ! » Mais que ces choses sont maintenant changées, et que la face du christianisme est différente, puisqu'on ne voit souvent, parmi ceux qui se disent fidèles enfants de l'Eglise et membres de Jésus-Christ, que des querelles, des divisions et des procès, qui vont quelquefois jusqu'à se détruire les uns les autres, et jusqu'à s'ôter même la vie par le fer avec la dernière inhumanité : de sorte que l'on trouverait plutôt un pa}rs sans bêtes sauvages que sans ces malheureuses divisions. (Le P. Le Jeune, Tome 5e de ses Sermons.)

[Source et durée des divisions.] — Tant qu'il n'y a rien à partager entre deux frères, entre deux parents, entre deux voisins, ils vivent en très-bonne

intelligence: ce ne sont que visites mutuelles, compliments, offres de service. Mais, s'il survient un héritage à partager, si un des voisins empiète sur le champ de l'autre, il n'y a plus ni lien du sang ni amitié : ce ne Boni plus que procès, divisions, discordes. Il faut donc renoncer à cet attachement et à cet amour déréglé des biens de la terre, si nous voulons conserver la paix avec le prochain ; il faut s'en rapporter à un tiers sur les différends que nous pouvons avoir ensemble. On peut dire cependant que l'orgueil est la cause la plus commune qui produit et qui entretient les discordes et les procès. Il se trouve des personnes qui veulent toujours l'emporter, qui ne cèdent jamais; qui prétendent avoir toujours les premières places dans les assemblées ; que dans les délibérations leur sentiment soit suivi plutôt que celui des autres ; qui veulent primer partout : et tout cela ne vient que d'un orgueil insupportable. On adhère opiniâtrement à son sens, même dans des choses indifférentes et de peu de conséquence, non parce que notre sentiment est vrai, mais parce que c'est le nôtre. On le propose et on le soutient avec chaleur. Un autre aime le sien par la même raison, et s'y attache aussi fortement, sans en vouloir rabattre. De cette contrariété d'avis naissent les disputes , qui s'allument par la chaleur et l'emportement des paroles. Des paroles on vient aux injures, des injures aux outrages, et de-là les divisions, les discordes, les procès, qui ne se terminent guère sans la ruine totale de l'une des parties.

Les querelles, les inimitiés et les procès ne se terminent pas bien souvent entre les personnes qui sont en division : ces sortes de différends sont la plupart héréditaires dans les familles; ils passent jusqu'aux descendants, et quelquefois jusqu'à leurs derniers neveux. On communique ses différends et son aversion à ses enfants; on en parle en leur présence ; on les entretient des injures que l'on prétend avoir reçues des parties avec lesquelles on est en division. Un tel, dit-on, est ennemi déclaré de notre maison ; il ne cherche qu'à nous nuire ; nous avons toujours eu quelques différends ensemble ; il y a un très long temps que nous plaidons, et nos affaires ne sont pas prêtes à se terminer. De jeunes enfants, susceptibles de toutes les impressions qu'on leur veut donner, écoutent avec attention ces discours, prennent part à l'aTersion de leurs parents ; ils entrent dans les passions de leurs pères ; ils sucent avec le lait, pour ainsi dire, leurs inclinations corrompues ; et à peine ont-ils reçu d'eux la vie temporelle, que, par leurs mauvais discours, ils reçoivent des dispositions à la mort éternelle. De plus, on leur défend même de fréquenter leurs cousins, leurs parents ; on les menace même, s'ils ont la moindre attache pour eux. C'est ainsi que les inimitiés se multiplient et deviennent immortelles : elles passent ainsi de père en fils, de génération en génération, et ce misérable procès, qui a commencé à naître avec l'origine des personnes, devient tellement immortel, que descendant de degrés en degrés jusqu'à la fin de tous les siècles, non-seulement il ne peut se terminer avec le temps, mais il continue encore pendant l'éternité malheureuse, (Le P. Le Jeune.)

PARAGRAPH1 sixik.mi:. 808

|Mo(lrriiiinii iliin-; les posta.] — s. François de S&lef dil que, s'il se trouve quelqu'un qui garde la modération dam Les procès, on peut dire de lui que le procès de sa canonisation <■■■» toul hit. Mais je dis plus volontiers, ajoute iv grand évoque, que plaider ei conserver Le bon sons, la raison, la retenue, c'esi une prérogative si difficile et si rare quTà peine peut-on

l'accorder aux saints tapirons donc à l'héritage du ciel, pour lequel il

pas besoin de plaidor. On acquiert quelquefois les possessions de la terre en plaidant, et l'on perd souvent par ces plaidoiries l'héritage du ciel. Laraison de cette différence, c'est que l'héritage du ciel est si vaste et si étendu, que, quoique tous le possédassent en son entier, chaque particulier ne laisserait pas de le posséder entièrement. Ainsi, comme en ce point on n'ôterait rien ;'i qui que ce fût, il n'y aurait nulle matière à procès. Mais, comme les héritages de la terre sont bornés, et que deux personnes ne peuvent posséder le même, chacun voulant exclure son compagnon, c'est ce qui fait la matière inépuisable de tous les procès. (Le P. Le Jeune.)

S. Paul, voyant que les dissensions étaient comme inséparables des procès, en parle comme si c'était un péché que de plaider, disant aux fidèles de son temps : « C'est déjà une faute en vous que d'avoir des pr les uns avec les autres. Que ne prenez-vous plutôt en patience le tort que L'on vous fait ? Que n'endurez-vous plutôt que l'on vous fraude ? » Il parle de la sorte pour nous faire sentir combien, dans la loi évangélique, on doit être éloigné de tout ce qui s'appelle procès. Non que ce soit un mal de redemander son bien en justice, mais parce qu'il est très-difficile et trèsrare de le faire en gardant les règles de la charité fraternelle. Tout le mal vient de ce que nous ne faisons pas assez d'attention à ce que nous sommes à l'égard de Dieu, et à ce que Dieu est en lui-même et à notre égard. Car quelle est la première et principale cause de tous les procès ? Ce n'est autre chose qu'un attachement outré et trop vif aux biens de la terre. Or, si nous comprenions bien ce que nous sommes et ce que c'est que d'avoir Dieu pour père, notre attachement à la terre cesserait bientôt, et bientôt nous sentirions naître en nous un saint et généreux mépris de tout ce qui n'est point Dieu. Notre héritage, dirions-nous, n'est point ici-bas, mais dans le ciel, où est notre commun père. Deus meus, et omnia, disait le grand S. François d'Assise : mon Dieu m'est toutes choses, et il est dans le ciel ! Tout ce que j'ai sur la terre me doit donc paraître comme rien. Je ne dois donc pas me mettre beaucoup en peine d'en empêcher la perte; et, si je me trouve engagé à le faire, ce doit être toujours avec la parfaite modération, et la sainte indifférence que doit avoir pour ces sortes de biens celui qui ne doit faire fond que sur ceux du ciel. {Manière de réciter I 0 raison Dominicale.)

[Le grand procès de l'éternité.] — Si nous étions toujours occupés, comme nous le devrions être, de la grande et unique affaire que nous avons à soutenir

au jugement de Dieu, de ce grand procès où il ne s'agit de rien moins que de notre éternité, nous ne nous amuserions pas, comme nous faisons, à troubler la paix de notre cœur, à rompre l'union où nous devons toujours être avec le prochain, pour des affaires de néant, pour le plus vil intérêt. Ce plaideur de profession, qui poursuit avec chaleur un procès où il ne s'agit que d'un petit bien temporel, qui s'en occupe jour et nuit, qui est dans un continuel mouvement, pour solliciter ses juges, pour gagner son rapporteur, instruire son avocat, faire agir son procureur, et chercher des amis afin de réussir dans son entreprise, deviendrait insensible et indifférent à ce procès , s'il envisageait avec un peu de religion la grande affaire du salut, qu'il a à terminer en cette vie. Que cette grande affaire, qui demande tous nos soins, occupe désormais notre cœur: qu'elle soit le principe de toutes nos actions. Réglons, par rapport à cette grande affaire, les différends que nous pouvons avoir avec nos frères pour des choses périssables, et ne pensons qu'à nous rendre favorable le juge qui doit décider cette grande et unique affaire. (Le P. Le Jeune. )]

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