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JEUX PERMIS ET DÉFENDUS

Divertissements honnêtes et déréglés

Comme la fin du prédicateur qui traite cette matière n'est pas de porter ses auditeurs à fuir toutes sortes de divertissements , ni de les interdire à toutes sortes de personnes, en tout temps et en toutes occasions, nous nous contenterons de fournir de quoi détourner des divertissements criminels et dangereux, et d'exciter les chrétiens à n'user que de ceux qui sont honnêtes et permis. Pour cela, nous nous abstiendrons d'outrer ce sujet, comme ont fait plusieurs auteurs trop sévères; mais aussi nous ne dissimulerons point les sentiments raisonnables et bien fondés de ceux qui, poussés d'un juste zèle, se sont efforcés de réprimer la licence du siècle sur le chapitre du jeu.

Il est bon de remarquer ici qu'on a jugé à propos de ne pas confondre ce sujet avec plusieurs autres qui y ont beaucoup de rapport et de liaison, et dont nous parlerons en leur lieu; tels que les plaisirs du monde, les débauches des libertins, la vie molle de ceux qui ne pensent qu'à se divertir : ce qui n'empêche pas qu'un prédicateur ne puisse mêler tout cela. Mais V abondance de la matière nous a obligé à les partager ; et on ne peut douter qu'un Sermon n'en doive être plus juste quand on se sera borné à quelqu'un de ces sujets plus en particulier .

Pour ce qui est de celui-ci, où nous noussommes borné aux divertissements eu

général, sans descendre aux divertissements particuliers des spectacles, bals, comédies, danses, etc., qui trouveront aussi leur place dans cet ouvrage, nous n'y comprendrons quele jeu, qui est la manière la plus ordinaire de se divertir, ou la coutume a introduit plus d'abus, et qui est sujet à de plus grands désordres. Nous insisterons particulièrement sur les jeux de hasard, contre lesquels on ne peut s'élever trop fortement. Cependant, le prédicateur ne doit pas se laisser tellement emporter à son zèle, qu il décide, censure et condamne trop facilement, sans avoir égard aux personnes, aux âges, aux conditions, à la bienséance, et sans faire distinction entre ce qui se fait rarement par occasion, et ce qui se fait pur habitude et tous les jours.

Desseins et Plans.

I. — Les divertissements, au sentiment de S. Thomas, sont des remèdes que Dieu, par une espèce de condescendance, a accordés à notre infirmité, parce que, l'esprit n'étant pas capable d'une application continuelle, ni le corps d'un travail trop long et trop violent, il faut nécessairement donner à l'un et à l'autre quelque relâche et quelque repos, afin de réparer les forces épuisées, et d'être en état d'agir ensuite avec une nouvelle vigueur, Cette comparaison, que fait ce saint docteur, des divertissements avec les remèdes, nous marque les règles que nous devons garder dans l'usage des divertissements. — 1°. Les remèdes ne doivent point être nuisibles; 2°. Ils ne doivent point être dangereux; 3°. Ils ne doivent être ni' trop fréquents ni trop continuels. — De même, les divertissements ne doivent point être nuisibles, tels que sont ceux qui sont criminels, dont il faut absolument s'abstenir. Ils ne doivent point être dangereux pour le salut, comme il y en a plusieurs qu'on se permet dans le monde, et qui par cette seule raison doivent être condamnés. Ils ne doivent être enfin ni excessifs ni continuels. C'est le partage d'un juste discours.

Premier Point. — Les remèdes ne doivent pas être nuisibles à la santé: autrement, ils ne seraient plus des remèdes, mais ce seraient de véritables poisons, et ils donneraient le coup de la mort, au lieu de servir à conserver la vie. Les divertissements ne doivent point, pareillement, être nuisibles au salut, et ne doivent par conséquent avoir rien en eux-mêmes de mauvais et de criminel : sans cela, ils deviennent entièrement contraires à la

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fin que nous devons nous proposer Lorsque nous les prenons. Ici, on peut l'aire irae exposition des divertissements criminels, tels que sont les médisances, où l'on se divertit aux dépens de la réputation d'autrui, les conversai ions libres, la leoture des livres impies du qui portent à l'impureté ; les railleries piquantes qui tournent en ridicule le prochain; sans parler des plaisirs désnonnétes, des spectacles sanglants et inhumains, etc. Est-ce avoir de la foi, et menu1 de la raison, de se faire un divertissement de ce qui sera peut-être la matière d'un repentir éternel?

Second Point. — * Les remèdes ne doivent pas être dangereux, : on ne hasarde point sa vie pour recouvrer plus tôt la santé, et une personne Sage ne se déterminera jamais à se servir d'un remède où elle saura qu'il y a du danger, alors surtout que rien ne l'oblige à s'en servir plutôt que d'un autre qu'elle sait ne lui pouvoir faire de mal. Nous devons en user de même à l'égard des divertissements. Comme la Providence nous en a fourni de plusieurs sortes, et que, parmi ceux que la corruption de notre cœur a rendus dangereux par le poison qu'elle y a mêlé, il y en a plusieurs qui sont innocents, il est de la prudence chrétienne d'éviter avec soin ceux qui peuvent être nuisibles. Quels sont ces divertissements dangereux ? Il suffi- * rait de les connaître par sa propre expérience, ou du moins par l'expérience des autres. Ce sont ceux qui portent toujours avec eux un venin secret, qui se répand insensiblement dans le cœur, ei qui, tôt ou tard, donnent le coup de la mort aux âmes les plus pures et les plus innocentes.

Troisième Point. — Les remèdes ne doivent être ni trop fréquents, ni trop continuels : ils cessent d'être des remèdes lorsqu'on les prend trop souvent, et ils ne font presque plus d'effet sur le corps lorsqu'on s'y accoutume; et si on passe même, dans l'usage qu'on en doit faire, une certaine quantité, ils deviennent funestes et mortels. Il faut raisonner de la même manière sur les divertissements : et, quelque innocents et légitimes qu'ils soient en eux-mêmes, ils doivent être pris avec modération ; ils ne peuvent plus être innocents dès qu'on les prend avec excès ou qu'on y donne trop de temps. Les divertissements sont faits pour délasser le corps et pour donner quelque relâche à l'esprit : ainsi, il ne faut pas s'en faire une occupation ordinaire ni un exercice continuel, et ils ne doivent être permis proprement qu'à ceux qui, à cause de leur travail, ont besoin de ce soulagement. Or, tant de jeunes gens, qui ne s'appliquent à rien desérieux et de difficile, ont-ils besoin de se délasser le corps et l'esprit? et peuvent -ils justifier sur leur application et sur leur travail, le temps qu'ils consacrent au jeu et aux autres divertissements?

II. — -1°. Les divertissements sont pour nous rendre notre devoir plus facile, après nous être délassé l'esprit, fatigué d'une trop longue et trop violente application : mais il arrive que la plupart s'y donnent et s'y

attachent de telle sorte, qu'ils se rendent incapables de tout autre soin. 2°. Nous voulons nous divertir pour adoucir les travaux de notre état et de notre emploi, comme c'est, en effet, le moyen de les rendre plus supportables ; mais c'est d'ordinaire ce qui nous empêche d'y vaquer, puisqu'on les abandonne pour mener une vie oisive, et ne penser qu'au jeu et aux divertissements. C'est ce qui se voit dans tous les états et dans toutes les conditions.

III, — |°. Un chrétien doit renoncer à tous les divertissements profanes, mondains, criminels et dangereux. C'est à quoi il s'est engagé par la profession du Baptême ; c'est ce que lui prescrivent sa conscience et la loi du christianisme qu'il a embrassée.

2°. Il doit sanctifier tes divertissements Iqui d'eux-méme sont indifférents par la bonne intention, en les prenant comme des remèdes dont il a besoin, et dans le dessein d'acquérir par-là une nouvelle vigueur pour s'acquitter mieux des obligations de son état.

IV. — Le jeu et les autres divertissements, quoique permis et honnêtes, doivent encore être réglés, et on ne peut y apporter de plus justes règles que celles qui se prennent de la nécessité, de la bienséance et de la charité, qui doivent déterminer le temps qu'on y emploiera.

1°. La nécessité, qui est la première de toutes les lois, veut qu'on se divertisse après l'agitation et le travail, après les afflictions et les maladies; et la dévotion serait indiscrète qui refuserait ce soulagement à un esprit abattu de fatigues et de veilles, et à un corps sujet à beaucoup d'infirmités. Le danger est de se flatter, 'et de passer les bornes de la nécessité par un attachement opiniâtre.

2°. La bienséance, qui est la loi du monde civilisé, veut que l'on contribue au divertissement honnête des compagnies où l'on se trouve engagé par civilité ou par devoir. Mais il faut toujours garder cette même bienséance dans le divertissement.

3°. — La charité s'y peut et s'y doit exercer, en prenant garde de n'offenser personne et tâchant d'édifier tout le monde.

V. — Les divertissements n'étant que des remèdes inventés pour le soulagement des hommes, on peut tirer de-là trois conséquences qui serviront d'autant de règles pour en bien user.

La première est qu'ils ne doivent point être pris ni recherchés pour euxmêmes ; mais, comme les remèdes ne sont que pour la santé, de même les

divertissements doivent être pris pour réparer lea forces du corps et de

l'esprit : cl- dans celle \ ne on doitchoisir les plus propres pour cela.

La seconde est qu'il en faut user avec beaucoup de modération: on ne fait pas sa nourriture ordinaire des médecines; on lès prend avec précaution et par pure nécessité.

La troisième : On doit toujours choisir les [dus innocent», c'est-à-dire les moins violents et les moins dangereux: de même, il ne faul pas prendre indifféremment toutes sortes de divertissements, mais faire choix des moins capables de nous dissiper, ou de nous porter à quelque désordre.

VI. — Le jeu est un de ces divertissements, qui peuvent se régler. Il est vrai que, par l'abus qu'on en fait, il est peu de personnes qui se tiennent sur ce point dans de justes bornes , et qu'il serait beaucoup plus aisé de s'en abstenir que de garder la modération qui convient. Voici les règles qu'on doit observer, afin de n'y point offenser Dieu , et de faire qu'il soit à notre égard un vrai divertissement innocent.

1°. On ne doit point se permettre les jeux de hasard : ils sont défendus par les lois civiles et ecclésiastiques. On en apportera les raisons ciaprès et les autorités.

2°. On ne doit pas faire du jeu, quelque honnête et permis qu'il soit, une occupation de tous les jours, ni même y employer un temps trop considérable. Ainsi, les personnes 'qui passent une partie des nuits à jouer doivent se persuader qu'elles n'intéressent pas moins leur conscience que leur santé. C'est aller directement contre la fin pour laquelle ces sortes de divertissements sont établis.

3°. Il ne faut pas s'exposer au hasard d'y faire de grosses pertes : le jeu ne doit pas être un trafic, mais un divertissement; et, par la même raison, on doit moins jouer pour gagner que pour se divertir honnêtement. Peut-on, sans dérèglement très-blàmable, se mettre au hasard d'incommoder sa famille pour contenter la passion qu'on a pour le jeu ?

VII. — Les conditions qu'il faut observer dans le jeu afin d'en faire un divertissement innocent où Dieu ne soit point offensé et notre conscience blessée :

1°. Le jeune doit point être un obstacle à l'accomplissement de nos devoirs, soit de ceux qui sont attachés à notre état et à notre emploi, soit de ceux qui sont communs à tous les chrétiens. C'est pourtant ce qui arrive le plus ordinairement , et ce qui cause le plus grand désordre du jeu.

2°. On ne doit point jouer avec trop d'attachement, mémo aux jeux x. m. 24

les plus honnêtes : car l'attachement marque la passion , ou du moins la fait naître, et, dès que le jeu devient une passion, ce n'est plus un simple divertissement, c'est bientôt un funeste dérègle ment.

3°. Le jeu ne doit point être une occasion de jurement ni d'emportement, comme il arrive à ceux qui jouent gros jeu et qui perdent : c'est pourquoi ceux qui sont sujets à tomber dans ces excès lorsqu'ils jouent ne peuvent s'engager à jouer sans péché.

Y1II. — 1". Le jeu est un plus grand mal que le commun des hommes ne s'imagine. — 2°. Quand il n'y aurait point d'autre mal que l'oisiveté et l'inutilité dans cette vie qui se passe au jeu , ce doit être assez pour le condamner, et pour faire voir combien cette sorte de vie est éloignée de celle que doit mener un chrétien.

Première Partie. — Exposerles désordres qui naissent du jeu. — \°. De l'inclination qu'on y a se forme la passion, de la passion l'habitude, de l'habitude l'attachement, qui est aussi dangereux que celui qu'on a aux biens de la terre et aux autres plaisirs. — 2°. L'injustice y règne : on y trompe, on use de fourberie; autant d'injustices qui obligent à restitution. — 3°. Il est une occasion des plus grands emportements, des jurements, des blasphèmes, des querelles, des disputes, etc. — '4°. On y est responsable du temps qu'on y perd, et de ses obligations indispensables qu'on néglige. — 5°. On y perd son bien, pendant qu'une femme pleure, que des enfants gémissent et manquent souvent du nécessaire. — 6°. Enfin, le jeu est cause de la décadence des familles, et des plus grands désordres qui y arrivent.

Deuxième Partie — Onsaitquelaviedesjoueursestunevieoisive,queccs personnes sont inutiles à l'Etat; des chrétiens de nom, qui ne s'acquittent d'aucun devoir de la religion comme ils le devraient.

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