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IX. — On peut montrer qu'il faut fuir le jeu en général

1". Parce qu'il entretient et fomente l'oisiveté, comme nous voyons en tant de personnes, qui ne pensent qu'à passer le temps, et dont Tunique occupation est le jeu.

2°. Parce que le jeu excite les passions les plus criminelles, la colère, la vengeance, l'avarice.

3°. Parce qu'il est une occasion de plusieurs grands péchés , des jurements, des blasphèmes, des injustices, des fourberies, etc.

X. — Dans le jeu on perd ordinairement trois choses, qui sonteonnues

PARAGRAPHE PREMIER. .'iTI

de tout le monde, mais que nous n'avons peut-être jamais assez pénétrées.

La première est le temps, — C'est ce qui arrive aux personnes quisi font une occupation du jeu, ou plutôt qui en foni leur principale affaire, On sait que le temps est précieux, et que La perte en esl irréparable; mais on ne fait pas assez réflexion combien le jeu on emporte, et combien le temps est mal employé en cette oisive et frivole occupation.

La seconde: on y perd de l'argent et l'on s'y ruine : De quoi il ne faut point d'autre preuve que l'expérience: on n'en connaîl aucun qui s'y soil enrichi, et on en voit une infinité abirnés de dettes, et lés plus florissantes familles anéanties par le jeu.

La troisième est la conscience: par les crimes qu'on y commet, et dont le jeu est la cause ou l'occasion.

XL — Afin que le jeu soit innocent, il faut avoir égard à trois choses.

I". A l'intention avec laquelle on joue; parce que le jeu n'est permis que pour le divertissement, et non pour le gain, ce serait en changer la fin et en pervertir l'usage, qui est de réparer les forces de l'esprit et du corps , pour retourner ensuite au travail avec plus de vigueur.

2°. Au temps qu'on y met: car il devient déréglé, dès lors qu'on y en emploie trop, comme ceux qui y passent les jours et les nuits.

3". A l'argent qu'on y joue : car il n'est nullement licite de s'exposer à y perdre des sommes considérables, qui peuvent incommoder la famille , ou qui devraient être employées à payer ses dettes, et à faire des aumônes du superflu de son bien.

XII. — Dans le jeu on commet ordinairement trois grands crimes qui nous obligent à l'éviter.

Le premier est V avarice : car c'est par le désir et l'espérance du gain plutôt que par divertissement que l'on joue.

Le second est l'impiété^sa le mépris des ordres de l'Eglise et par les jurements qu'on y profère.

Le troisième est le scandale et le mauvais exemple que l'on donne.

XIII. — Parmi les jeux et les autres divertissements, il y en a beaucoup de dangereux, encore plus de criminels, et très-peu qui soient permis. Il faut craindre les premiers, fuir les seconds, user avec une grande modération des troisièmes. La piété, la justice et la tempérance nous sont particulièrement nécessaires en ces occasions.

La piété, pour ne pas s'engager dans des divertissements dangereux.

La justice, pour renoncer absolument à tous ceux qui sont criminels.

La tempérance , pour user avec sobriété et sans attachement de ceux qui sont permis. Piè, juste, sobriè, vvmmus in hoc sœculo.

XIV. — Le jeu étant, dans sa fin, un divertissement honnête, et dans sa forme un contrat entre les joueurs, il n'y a point de jeu, par conséquent, qui ne doive être réglé par deux vertus : la tempérance et la justice. La tempérance doit régler le jeu comme un plaisir ; la justice doit régler le jeu comme un contrat. Or, on peut faire voir que, dans la pratique, il n'y a presque point de jeudanslequelou l'intempérance, c'est-à-dire l'excès, ou l'injustice ne dominent. Ce peuvent être les deux parties d'un discours.

XV. — L'excès du jeu ne peut être élevé par aucun motif surnaturel, ni soutenu par aucun motif d'honnêteté naturelle, ni enfin toléré par aucun motif de nécessité. Ce sont les trois prétextes qu'on apporte pour l'autoriser — \o Les uns disent qu'ils jouent par conscience, pour éviter un plus grand mal. — 2°. Les autres par bienséance, par l'engagement des compagnies et delà société. — 3°. Les autres par nécessité, par une espèce de devoir attaché à certains états de vie, qui semblent n'avoir point d'autre occupation: on peut réfuter ces trois motifs en autant de parties d'un discours.

Les Sources.

[Les SS. Pères.] — S. Cyprien a un traité De Alcatoribus. Que cet ouvrage soit de ce saint ou de quelque autre auteur, on y voit les désordres et les malheurs que cause le jeu.

S. Augustin, ou celui qui est l'auteur du Sermon 56, de tempore, s'élève, dans ce sermon, contre les ieux de hasard, et les condamne absolument.

S. Chrysostôme, Orat. de muliere et pulehrit., fait un assez long détail des divertissements honnêtes et permis.

S. Ambroise, I Offices, donne des préceptes pour l'usage des divertissements permis et nécessaires.

S. Bernardin de Sienne, c. 20, s'élève puissamment contre le jeu, et l'on ne peut rien dire de plus forl que ce qu'il en dit.

S. Antonin, de Florence, l'ait voir que les joueurs négligent ordinairement tous les devoirs de la religion. T-"' partie, en. 2:5, § 0.)

Les SS. Pères qui ont prêché ou écrit contre les jeux et les divertissements de leur siècle se sont attachés aux spectacles, aux danses et aux festins, où se commettaient de grands désordres : comme Tcrtullien, Arnobe, Lactance, S. Jérôme, S. Augustin, S. Grégoire, S. Eueher, S. Chrysostôme, et les autres. Nous en marquerons les endroits, et en rapporterons les passages les plus remarquables, quand nous parlerons de ces sujets au titre des Spectacles.

[Livres spirituels et autres.] — S. François de Sales déclare ce qu'il pense des jeux et des autres divertissements, dans V Introduction à la vie dévote, 2e partie, 32.

Combolas, dans le livre Modèle de la vie chrétienne, a un traité particulier des récréations et divertissements en esprit chrétien.

Le P. Suffren, Année chrétienne, oh. 9, a aussi fait un assez ample traité des récréations, jeux et autres divertissements.

Le P. Cordier, dans la Famille sainte, ch. II, traite cette matière, et parle de chaque sorte de divertissement en particulier.

Du Tremblay a fait un livre entier sur ce sujet, intitulé Conversations morales sur les jeux et les divertissements , où il n'a rien omis.

Thiers, curé de Champrond, a aussi fait un livre sur cette matière, qu'il a intitulé : Traité des jeux et des divertissements, qui peuvent être permis ou qui doivent être défendus aux chrétiens, selon les règles de V Eglise et les sentiments des Pères.

Barbeirac a fait un traité du Jeu, où il entreprend d'en parler par principes, et de suivre les véritables sources de la morale, en s'éloignant également du relâchement et de la rigueur excessive.

Le P. Croiset, Réflexions chrétiennes, traite amplement des divertissements, du jeu et des divertissements du carnaval, etc.

Le livre intitulé la Conduite du sage dans les différents états de la vie, a un chapitre particulier sur les divertissements.

Le P. Pierre le Moine, livre de la Dévot 'ion aisée, ch. 4, montre que la dévotion ne condamne point les divertissements honnêtes, et, dans les chapitres suivants, marque les conditions que doivent avoir ces divertissements.

Le P. Héliodore de Paris, capucin, auteur des Discours sur les sujets les plus ordinaires des désordres du inonde, dans le xie discours, parle des désordres du jeu.

Le P. Nepveu, Conduite chrétienne, ch. 8 : usage des plaisirs et des divertissements.

Pétrarque, dialog. 27e de Remed, Fortttnœ, Be déchaîne contre les

joueurs de profession, et semble les faire les plus scélérats de tous les hommes.

[Prédicateurs.] — L'auteur dos Sermons sur tous les sujets de la momie chrétienne, en a un sur le jeu et un autre sur les divertissements du carnaval.

Dans les Discours moraux, il y en a un sur le jeu.

Ceux qui ont parlé des débauches du carnaval ont dit bien des choses sur ce sujet.

Busée, Peraldus, Lohner, Mansi, Berchorius.

Passages, exemples et applications de l'Écriture.

Sedit populus manducare et bibere et sur- Tout le peuple s'assit pour manger et pour rexerunt ludere. Exodi xxxn, 6. Loire, et ils se levèrent ensuite pour jouer.

Non sedi in concilio ludentium. Jerem. xv, Je ne me suis point trouvé dans les assem- 17. blées de jeux et de divertissements.

Nunquàm cum ludentibus misait me, ne- Je ne me suis jamais mêlé avec ceux qui nue cum lus qui in levitaie ambulant, parti- aiment à se divertir, et je n'ai jamais eu aucipem me prœbui. Tob. ra, 17. cun commerce avec ceux qui se conduisent

avec légèreté.

Exultent fusti in conspeetu Dei, et delec- Que les justes se réjouissent en la présence tentur in lœhtiâ. Ps. 67. de Dieu, et qu'ils- soient dans des transports

de joie.

Gaudete in Domino semper : iterùm dico, Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur . gaudete, modestia vesira nota sit ommibus je le dis encore, réjouissez-vous, que votre hominibus. Philipp. iy, 4. modestie paraisse aux yeux de tous les

hommes.

EXEMPLES TIRES DE L'ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT

[Le veau d'or.] — Rien ne marque mieux combien le jeu et le divertissement qui n'est pas rapporté à une fin honnête est blâmable et pernicieux, que l'exemple des Israélites après leur sortie de l'Egypte. Ce peuple, qui avait un penchant incroyable à l'idolâtrie, oubliant la manière dont Dilu

l'avaM tiré de la servitude, et tous les prodiges qu'il avait faits en la faveur, prit occasion de l'absence de Moï le pour se soustraire à la conduite du Seigneur, pour obliger Aaron a lui fabriquer des dieux pour ôtn guides et peur l'introduire dans la terre promise. Aaron< intimidé par la crainte <\o la mort, condescendit à l'importunité de ces rebelles, qui donnèrent aussitôt ce qu'ils avaient de plus précieux pour en l'aire un veau d'or, qu'ils reconnurent, pour leur Dieu, ei l'honorèrenl par des fêtes, <\f* festins, des réjouissances, des divertissements et des jeux solennels: Sedit populus manducare et bibere,et surrexeruni litdere* Ce peuple ingrat et perfide, après avoir bu et mangé par excès, se mit à jouer et à se divertir. — Voilà d'où naissent tous les divertissements mondains et déréglés, ces jeux profanes et à contre-temps; ce sont des effets de la bonne chère et d'une vie oisive et voluptueuse, des marques d'une âme dégoûtée du service de Dieu, et qui s'est fait une idole de son plaisir, et enfin qui ne reconnaît que ses passions pour règle de sa conduite. C'est ce que répondit Moïse, qui de la montagne où il était, avait entendu le bruit de ces réjouissances impies, et avait été instruit de Dieu même de tout ce qui s'était passé. On voulut lui faire accroire que les cris qu'il entendait, venaient peut-être de ce que le peuple était aux mains avec l'ennemi qui l'avait surpris. — Non, dit ce grand législateur, c'est plutôt un épanchement de joie de gens qui se divertissent,, et qui ne savent pas que le Seigneur qu'ils ont abandonné est prêt à lancer sur leurs tètes les foudres de sa vengeance, si par mes prières je ne retenais son bras.

[Jérémie.j — Le prophète Jérémie déclare qu'il a fui et évité la compagnie des joueurs, dans l'appréhension d'être enveloppé dans la punition que Dieu a coutume de faire de ces sortes de gens : Non sedi cum concilio ludentium, quia coi/i minatione replesti me : Je ne me suis point assis, dit-il, avec la compagnie des joueurs, parce que vous avez rempli mon esprit de vos menaces. Il ne dit pas simplement qu'il ne s'est point trouvé dans la compagnie de ceux qui jouent, parce qu'il pouvait s'y être rencontré sans dessein et par surprise, mais il dit : « Je ne m'y suis point arrêté, parce que la crainte de vos jugements s'était emparée de mon cœur, et que j'appréhendais d'être puni comme approbateur des crimes que vous me commandez de punir. »

[Noire-Seigneur.] — Le Fils de Dieu, qui est venu pour déclarer la guerre aux plaisirs sensuels, qui a obligé ceux qui veulent être do sa suite à porter leur croix tous les jours, comme parle un de ses évangélistes, et qui enfin a fulminé des malédictions sur ceux qui se réjouissent en ce monde et qui n'y cherchent qu'à se divertir, le Fils de Dieu, dis-je, ne s'est point déclaré ennemi de toutes sortes de divertissements, et n'en interdit pas l'usage à ceux mêmes qui font profession de suivre ce parfait modèle de sainteté. En effet, lui-même, tout saint, tout sage, tout sérieux et tout

modeste qu'il était, semble avoir pris un singulier plaisir à voir les petits enfants, et s'en être fait une espèce de divertissement. « Laissez-les venir à moi, dit-il dans S. Matthieu ; ne les empêchez pas de s'approcher de moi.» Il les caressait, et leur mettait ses mains sacrées sur la tête ; et cette action, à laquelle on trouverait peut-être à redire dans un homme grave et sérieux, n'était pas indigne d'un Homme-DiEU, qui, pour s'accommoder à la faiblesse humaine, a jugé à propos d'user de quelque relâchement dans les travaux et les fatigues qu'il prenait pour le salut des hommes.

Ce que le Sauveur a pratiqué lui-même si saintement, il l'a permis à ses disciples, et en leur personne à tous les chrétiens : car nous lisons dans l'Evangile que, les voyant fatigués des travaux de la prédication, il les menait quelquefois dans des lieux champêtres et écartés où il les faisait reposer quelque temps, pour se délasser l'esprit par quelque honnête conversation. Et l'évangéliste S . Marc rapporte qu'un jour ses Apôtres s'assemblèrent autour de lui, et lui racontèrent ce qu'ils avaient fait et ce qui leur était arrivé. Ces entretiens familiers étaient un délassement que ce charitable Maître leur accordait avec une aimable condescendance, afin de leur faire continuer leurs travaux avec plus de vigueur et de courage. Pour ce qui est des jeux et des divertissements mondains, il les a condamnés, et il a frappé d'anathème ceux qui les rechercheraient : Vœ volis quiridetis (Luc. vj).

APPLICATIONS DE L'ECRITURE

M&timaverunt esse hisum vitam nostram, (Sapient. xv). Ces paroles qui, dans la Sagesse, s'adressent aux impies et idolâtres, lesquels s'imaginaient que notre vie n'était qu'un jeu et une agréable illusion, ou bien qui regardaient leurs idoles comme si elles eussent eu de la vie et du sentiment : ces paroles, dis-je, sans beaucoup les détourner de leur sens natui'el, se peuvent appliquer aux joueurs, qui passent la plus grande partie de leur vie à manier des cartes et des dés. Ils ont cru que la vie ne nous était donnée que pour jouer, ou bien que le jeu était leur vie: c'est-à-dire qu'ils n'ont point d'autre occupation, et que le jeu est leur passion. Cette manière de parler qui est assez en usage, répond aux paroles qui suivent: Et conversât ionem vitœ compositam ad luenun. (Sap. xv). Us croient que la conversation n'est faite que pour jouer, et pour gagner l'argent les uns des autres. Et oportere undecumque, ctiam ex malo , acquircre : Et leur cupidité leur a persuadé qu'il en fallait amasser par cette voie, qui est la plus prompte et la plus facile, mais qui n'est pas la moins criminelle.

Fiai mensa eorum coràm ipsis in laqueum.... et scandah/m. (Ps. lxviii).

Le Prophète-Roi, transporté d'un juste mouvement de colère contre l'ingratitude et la dureté des Juifs, souhaite, par une espèce d'imprécation, que leur table soi! poureuxun piège et un scandale perpétuel . Mais ces mômes paroles, et celles qui Buivent, peuveat bien s'appliquer aux joueurs. La table du jeu esl un piège continuel à leur égard et, un scandale, parce que le jeu leur est une occasion, un motif et un enchaînement de crimes, par une espèce de nécessité d'en commettre à tout moment. Les malédictions que ce saint roi continue de fulminer contre ce peuple perlide et ingrat ne peuvent-elles pas s'adresser à ces mêmes joueurs? Obscurcntur oculi connu nevideant,et dorsum eorum semper incurva: Qu'ils soient aveuglés, et qu'ils ne voient pas les malheurs dans lesquels ils s'engagent ; qu'ils agissent en furieux, et soient eux-mêmes leurs plus grands ennemis. Dorsum connu souper incurva : Qu'ils soient toujours courbés vers la terre, toujours appliqués et attentifs au gain, et esclaves de leur avarice qui les domine.

Qui ponitis fortunée mensam, et libalis super eaui (Isaiœ lxv). S. Antonin applique ce passage aux joueurs, qui semblent en effet dresser une table à la fortune, pour lui sacrifier, comme à une divinité, leurs biens, leur temps et tous leurs soins. Ils semblent même l'invoquer et la reconnaître comme le seul arbitre de leur sort. Ce qui a fait dire à quelques SS. Pères que le jeu porte à l'idolâtrie, et qu'il en est une espèce. Jusque-là qu'un ancien ne souhaitait autre chose, pour être heureux, que d'avoir la fortune favorable, puisqu'avec sa faveur il pouvait pourvoir à tous ses besoins : Utinàm fortunatus fiam ! nullam aliam virtutem desidero. Outre que, si l'Apôtre appelle l'avarice une servitude d'idoles, et s'il n'y a point de gens plus ardents au gain que les joueurs, lesquels, quoi qu'ils disent et quelque prétexte qu'ils apportent pour cacher cette sordide passion, n'ont point d'autre vue ni d'autre motif, on peut, sans se tromper, juger de la passion qu'ils ont pour l'argent par celle qu'ils ont pour le jeu, et dire qu'ils sont idolâtres de la fortune : Qui ponitis fortunœ mensam, et libatis super eam.

§ IV

Pensées et Passages des SS. Pères.

Christianus quicumque es, et aleà ludis, hoc, -primo in loco, credere debes, quia non christianum sed ethnicum tibi nomen est. Cyprianus (aut quivis auctor opcris de Aleatoribus.)

0 manies crudeles, et ad periculum sut armâtes ! quœ bona patrum, et opes avorum sudore quœsitas, ignominioso studio dilapidant! Idem.

Membra nostra, quœ juin consècrata sunt, lusibus ai que ineptis motibus dore non decett Augustinus. Scrm. 1 de Dccoll. Joan. - Baptist.

Aléas tractare non videtur multis peceatumesse manifestum; sed infinita vitœ mala solet inferre. Chrysostom. Homil. 15 ad pop. Antioch.

Furiosus tabules ludus. August. (aut alius auot. Serm. 56 de Temp.)

Initium et caput iniquitatis evtis, qui tntam diem in tàrn perniciosâ volkptate consumitiSé Chrysost. Homil. 7 in Matta.

Quoi in taxillis sunt puncta, totsceleraex ludo procédant. Antoninus Summ. n, tit. i ,

Non est aliquod vitium quod reddat /mutines ità infâmes et abominabiles sicut ludus. Idem.

Yix est dare actum in quo concurrunt tôt mala quoi in ludo. Antonio. Ibid.

Lusor ludum facit deum suum, eb quàd illurn in amore prœponit ipsi altissimo Deo : nàm illud ab homine colitur, quod in amore prai cœteris honoratur. Bernardinus Senensis, serm. 42. .

Scelesti homines sunt lusores : quid enim est ludus, nisi f ornes iniquitatis et cupid/latis? Id. Serm. 10.

Prima iniquitas ludi, quàd ludus générât cupiditatem in lusore. Id. Serm. 37.

Non impedio libérai» vôluptatem, .sed cum honestate fieri volo. Chrysost.

Chrétien, qui que vous soyez, si voue êtes adonné aux jeux de hasard, vous devez être persuadé que vous ne méritez pas de porter ce nom de chrétien, mais celui de païen et d'infidèle.

Mains cruelles, armées contre elles-mêmes, qui dissipent, par un honteux attachement au jeu, les biens qui sont le fruit des sueurs et des travaux de leurs ancêtres.

Les membres de nos corps, consacrés par la grâce du baptême, ne doivent point être profanés par des jeux immodestes et par des agitations extravagantes.

Plusieurs prétendent que ce n'est pas évidemment péché de manier des dés. Ils doivent du moins savoir que c'est la source d'une infinité de maux et de péchés.

La fureur s'empare de celui qui s'attache à une table de jeu.

Vous commencez et finissez la journée par le crime, vous qui passes le jour entier dans un divertissement aussi pernicieux.

Il se commet autant de crimes dans le jeu de hasard qu'il y a de marques dans les dés que l'on manie.

Rien ne désiionorc et n'avilit autant que la passion du jeu.

A peine peut-on citer une action où se commettent tant de maux tout à la fois que dans le jeu.

Un joueur de profession fait son dieu de son jeu, parce que, dans son cœur, il le préfère au souverain Seigneur : l'homme adore comme son dieu ce qu'il estime et aime plus que tout le reste.

Les joueurs doivent être considérés comme des scélérats : car que fait le jeu, sinon d'entretenir l'iniquité et l'avarice?

C'est le premier désordre du jeu, de faire naître dans celui qui y est adonné la cupidité et le désir déréglé du lucre.

Je ne m'oppose point au divertissement qu'on peut prendre quelquefois, pourvu qu'il soit honnête et bienséant.

[Parum delectationis sufficit advitam, si- [La vie de l'homme a besoin de fort peu

PARAGRAPHH oinqui km B. 37(.)

eut parum salis sufficit ad condinentumcibi. de divertissement, comme bien peu de sel AristoteleSj 4 Ethio. 1 el 3. suffit & assaisonner un mets.

/.(«A» et ioco uti quidem licet, sed sicui On peut bo divertir au jeu, mais il en fan! somno et unifiants cmteris. Clcero i Offlo. user comme l'on use du sommeil el <lu repos qu'on ;i coutume de prendrai Dandum est aîiquod intervallum animo, II but accorder a L'esprit quelque internon ut resolvatur, sed ut mediocriter remitta- vallc de divertissement, non .-clin qu'il se inr, et ml bona revocetur. Seneoa. ] relâche tout-à-fait, mais pour qu'il se délasse

un peu, et qu'il prenne de nouvelles forces pour recommencer à. faire le bien. ]

Ce que l'on peut tirer de la Théologie.

[Définitions.] — Le divertissement, en général, de quelque nature qu'il soit, comme le nom même le signifie, est une diversion d'un objet qui lasse l'esprit, par une application trop longue et trop violente, à un autre moins fatigant, qui le récrée pour un temps : ou bien, le changement d'un travail pénible, qui affaiblit le corps, en quelque occupation inoins sérieuse. D'où il suit — 1°. Que le divertissement n'est pas un simple repos et une inaction, mais le changement d'une action en une autre moins fatigante; — 2°. Que le divertissement ne doit pas être continuel, parce qu'autrement il deviendraitpônible et cesserait d'être un divertissement; — ■ 3°. Que la fin du divertissement est de délasser l'esprit et le corps, afin de reprendre une nouvelle vigueur pour continuer son travail ou son occupation ordinaire;— 4°. Qu'il y a de la différence entre se divertir et prendre plaisir à quelque chose; tout divertissement est un plaisir, mais tout plaisir n'est pas un divertissement. Car l'étude est un plaisir au savant, la guerre au conquérant, la peinture au peintre; mais ces exercices sont leur travail, et ils prennent leur divertissement à quelque autre chose.

Le jeu, dans le sens où on le prend communément, est une action inventée ou instituée pour se récréer et se divertir, et par conséquent une espèce de divertissement. Les théologiens néanmoins, et les jurisconsultes en donnent une autre idée, et disent que c'est une convention, ou un contrat, par lequel deux ou plusieurs personnes s'accordent pour racheter le môme gain, aux mêmes conditions et aux mêmes risques, et pour céder à celui qui vaincra l'argent (aie chacun aura mis au jeu et exposé au hasard.

Il ajoute que ce contrat est permis de droit naturel, pourvu que les conditions qui y sont requises soient exactement observées, que d'ailleurs il n'y ait nul scandale, qu'il no soit point défendu par une autorité légitime, qu'il n'y intervienne aucune injustice, et qu'il ne donne nulle occasion de pécher. Mais, nonobstant ces conditions qui rendent cette convention et ce contrat licite, les dangers qui se trouvent dans l'usage et dans la pratique du jeu, et l'abus qu'on en fait, donnent occasion à bien des difficultés et des réserves, dont il est à propos que le prédicateur soit instruit pour parler juste en cette matière.

[La récréation permise.] — Il n'y a point de théologien qui puisse', avec quelque apparence de raison, condamner les divertissements honnêtes et réglés; ni l'Evangile ni la religion ne les défendent; l'exemple de plusieurs grands saints les autorise; plusieurs maîtres de la vie spirituelle les conseillent aux personnes mêmes qui font profession de piété et de dévotion. La philosophie morale ne les improuve pas, puisqu'elle établit une vertu qu'elle appelle eutrapélie, qui tient le milieu entre une vie trop triste ou trop farouche et celle qui est trop enjouée: de manière que l'office de cette vertu est de régler les divertissements selon la bienséance. La nécessité même, qui est la première de toutes les lois, nous oblige d'en user quelquefois, parce que la condition de l'homme condamné au travail n'est pas capable d'en soutenir un continuel et sans relâche. C'est pourquoi Dieu, qui nous y a condamnés, a condescendu à notre infirmité en instituant un temps de repos, et en nous permettant de- nous délasser. D'où il suit qu'il y a une nécessité de divertissement, comme il y a une nécessité de repos et de nourriture. Ceux-là, selon mon avis, ont raisonné plus juste, qui onteonsidéré, avec S.Thomas, les divertissements, de quelque nature qu'ils soient, comme des médicaments et des remèdes, dont on ne se sert que dans la nécessité; et qui, faits pour rétablir la santé, lui seraient préjudiciables et la ruineraient entièrement si on en faisait sa nourriture ordinaire, ou s'ils étaient pris sans mesure ni discrétion.

Les divertissements de cette vie ne doivent se regarder que comme des moyens, et non pas comme la fin. Ce sont des secours et des soulagements pour nous faciliter les occupations et les exercices auxquels nous sommes nécessairement engagés ; mais ce n'est pas le terme où il faut tendre, ni la fin à laquelle nous devons nous attacher. Or, les personnes dont tous les jours de la vie ne sont qu'une suite de divertissements n'en font-elles pas leur fin? ne les regardent-elles pas comme leur principale occupation : n'y pensent-elles pas plus qu'à Dieu et à leur salut? no rapportent-elles pa.i presque tout à cela? Et qu'est-ce que faire sa fin d'une chose, si cela ne l'est pas ! Or, au sentiment de S. Augustin, le dérèglement du péché mortel consiste à vouloir jouir des biens dont on ne doit avoir que l'usage, c'està-dire à faire des moyens la fin, et la fin des moyens.

l\\k \i.i;Ai iii<; CINQUIÈME. 881

| Divertissements criminels. | Les divertissements innocents et les criminels ont très-souvent le môme otn'el ; ils ne différent que par les circonstances, que par la modération ou par L'excès. Le jeu, par exemple, est un divertissement, qui peu.1 être innocenl regardé en Lui-même; mais, si on s'en l'ail mu1 occupation, comme il arrive à tanl de gens, si on y emploie trop de temps, si on y a trop d'attache, si cette attache nous fait négliger nos devoirs, si on y hasarde trop d'argent, qui doute que le jeu ne soit criminel ! Or, n'est-il pas moralomenl impossible, dès-là que le divertissement devient une passion, de distinguer jusqu'où vont précisément les bornes «lu juste plaisir? Et quand on le distinguerait, est-il moins impossible de s'en tenir justement là, et de s'arrêter sur le bord du précipice, lorsque tout nous y attire et nous y pousse?

[ Conditions. | — Comme il est constant que la fin du divertissement n'est que de réparer les forces de l'esprit ou du corps, épuisées ou diminuées par le travail, c'est le sentiment de tous les docteurs que l'on n'a droit de se divertir que lorsqu'on a assez travaillé pour en avoir besoin: borscela. le divertissement ne nous est point permis. D'autres ajoutent que les divertissements doivent être réglés par le travail passé ou par le travail à venir: c'est-à-dire qu'il n'est permis à un chrétien do se divertir qu'autant qu'il en a besoin pour se refaire du travail passé, ou pour se mettre en état de supporter le travail à venir : Regulamuraut prœteritoaut futuro labore. D'où il suit que les gens du monde qui ne travaillent point et qui ne veulent point travailler ne peuvent se permettre aucun divertissement, puisque ce ne peut être que la mollesse et la sensualité qui les portent à les rechercher. Et ainsi l'usage des choses permises est criminel à leur égard, parce que leur intention est criminelle. Mais il arrive, par un des plus grands désordres qui régnent dans le monde, que les gens qui travaillent le moins sont ceux qui se divertissent le plus.

Ce n'est pas assez de n'aimer les divertissements que pour nous rendre plus propres au travail, et de n'en user qu'autant que nous avons besoin pour réparer nos forces épuisées et pour relâcher notre esprit: c'est encore une nécessité de faire choix des plus innocents, si on veut conserver la sainteté de son âme et la liberté de son coeur. Car il est constant que, entre les divertissements des gens du monde, il y en a de criminels et d'absolument défendus par la loi de Dieu ; qu'il y en a de dangereux, qu'on ne peut se permettre sans s'exposer au péché; et qu'enfin il y en a d'indifférents, dont on peut bien ou mal user: et ce sont ceux qu'on doit tâcher de sanctifier par une droite intention.

Pour ce qui regarde les ecclésiastiques, qui ont besoin de divertissement aussi bien que les autres, ils sont encore plus obligés à ne prendre que des divertissements que l'Eglise ne puisse condamner, et, de plus, à garder toute sorte de modération pour le temps, de prendre garde aux lieux, comme de ne le faire jamais en publie ; et surtout d'avoir égard à ceux

3g2 DIVERTISSEMENTS.

avec qui ils se divertissent, et se comporter de telle sorte, qu'on ne perde jamais le respect dû à leur caractère et à leur dignité.

Il faut que les divertissements aient un temps réglé ; mais ce temps-là ne doit pas revenir tous les jours ni à toute heure; autrement ils changeraient de nom et de nature, et ce ne seraient plus des divertissements et des passe-temps, ce seraient des vacations et des emplois ; et ils sont déréglés, quand ils sont ordinaires et perpétuels, quand ils tiennent la place des devoirs et des affaires, quand on en fait le capital et l'essentiel. Outre que leur pointe s'émousse, et leur douceur se corrompt, ils perdent ce qu'ils ont de piquant; ils ne délassent plus l'esprit, ils l'accablent, quand on les prend sans relâche, sans mesure. On doit ajouter à cela que les divertissements sont aux actions sérieuses ce que le sel est aux viandes : on ne prend pas le sel à pleines mains. Ils sont au travail ce que les remèdes sont aux malades; ils sont à l'esprit ce que la nourriture et le repos sont au corps : on ne fait pas un ordinaire de médecines; on ne dîne pas à toutes les heures du jour, on ne dort pas toute l'année. Il faut donc que le temps des divertissements soit réglé ; et on no peut y apporter de plus ■justes règles que celles qui se prennent de la nécessité, de la bienséance, de la charité, de la coutume, de l'ordre qui nous est prescrit.

[Bienséances.] — Ce n'est pas assez que le divertissement ne soit ni illicite ni excessif: il ne doit point être messéant,ni faire déshonneur à la personne qui le veut prendre. Les conditions des hommes ont je ne saisquelle bienséance qui ne peut être blessée sans offenser la raison ; tout ce qui serait permis à un homme du commun ne serait pas approuvé par un magistrat et dans un homme qui est en place. Non que ces personnes doivent garder le même sérieux et la même gravité dans leurs divertissements qu'ils ont soin de garder dans les fonctions publiques de leur charge , mais, les qualités des hommes étant comme inséparables de leurs personnes, il y a toujours quelque obligation plus grande de garder la bienséance pour les uns que pour les autres. Ainsi, tel divertissement dont personne ne se cliquerait dans un artisan rendrait méprisable un homme de distinction. Si vous demandez des règles là-dessus, je vous renverrai à la raison, qui parle assez haut quand on la veut écouter ; à la coutume des pays, qui peut passer pour loi; à l'état, à l'âge et à la condition de chacun: c'est de là qu'il faut prendre ses mesures pour ne se rien permettre que l'honneur et la bienséance puisse défendre.

Il y a des divertissements que l'Eglise ne condamne point, et ce Bont ceuxlà que les chrétiens doivent choisir, comme les plus innocents, ou, pour parler plus exactement, comme les moins nuisibles. Car, comme il n'y a point de remèdes absolument innocents, et qui n'affaiblissent toujours le tempérament, il n'y a point non plus de divertissement qui ne dessèche tant soit peu le cœur. Il n'y a guère de personnes, qui , au sortir d'une promenade, d'uneconversation, ou de quelque autre divertissement de cette

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nature, n'aient contracté quelque chose de terrestre. Si donc nous n'ayons pas assez de santé pour nous passer des remèdes, si nous sommes dans la nécessité de relâcher notre esprit, choisissons ceux qui pourront moins

nOUS nuire, et usons-en Le plus rarement qu'il nous sera, possible.

[Jeux permis, jeux défendu.] — <)n distingue ordinairement trois sortes de jeux: ceux d'adresse^ eeux de pur hasard, et ceux qui sont mêlé» de l'un et de L'autre, ("es! ce que les lois expriment par ces termes: Ubi Victoria pro cirtitte est, ubi forluna vincit, ubi virtus et forluna concurrunt. De ces trois sortes, quelques docteurs croient qu'il n'y a que ceux de pure adresse qui soient permis et innocents. Cette opinion est un peu outrée: car ni les lois, ni la coutume , ni la raison, n'excluent ceux qui sont mêlés d'industrie et de hasard, qui ont toujours passé pour honnêtes, parce que ceux qui y jouent comptent plus sur leur industrie que sur ce qu'ils appellent bonheur dans le jeu. Outre que, l'esprit y ayant plus de part que le hasard, ils conviennent aux honnêtes gens ; et quoiqu'il y faille apporter plus d'application d'esprit que dans les autres jeux , et quelquefois autant que dans les affaires les plus sérieuses, ce qui semble empêcher la fin du jeu, quiestlo divertissement, le changement d'occupation passe alors pour divertissement, et le plaisir de vaincre est plus grand et plus digne d'unliommeque si on gagnait par pur hasard. Pour les jeux de hasard, ils sont sujets à de si funestes désordres, que les lois civiles se sont récriées contre eux comme elles auraient fait contre les plus grands crimes. Elles les ont proscrits et défendus sous les plus rigoureuses peines ; elles ont mis hors de leur protection tous ceux qui donneraient retraite aux joueurs ou leur prêteraient leurs maisons pour une si infâme pratique.

[De l'EijIisc.] — Les canons n'ont pas exercé moins de sévérité contre ceux qui jouent aux jeux de hasard , et qui tiennent des académies publiques pour les recevoir ; et nous avons un des premiers conciles qui les frappe d'anathème, et grand nombre de canons qui confirment et réitèrent ces excommunications. Il aie faut point dire que ces canons nesont plus en usao-e et que la coutume y a dérogé : car, quoique l'Eglise n'exerce pas aujourd'hui tant de rigueur à l'extérieur, nous devons toujours regarder quel a été son esprit dans l'établissement de sa discipline. Or, cet esprit ne peut changer, en approuvant ce qu'elle a condamné. Elle hait et improuve encore autant aujourd'hui ces sortes de jeux qu'elle les improuvait en ce temps-là; et, si elle ne les punit pas des mêmes peines, c'est qu'elle sait que ses enfants sont faibles, et qu'elle craint qu'ils ne soient pas en état de porter la sévérité de ces peines. Mais cela ne veut pas dire que le péché en soit moins grand, et le dérèglement moins pernicieux. Or, quoique ces lois et ces canons obligent sous peine de péché grief, il faut cependant y apporter cette modification, qu'une personne qui jouerait par occasion, sans scandale, et uniquement pour se divertir, ne pécherait pas mortellement.

[Désordre do jeu en général] — Tout le désordre du jeu, eu général, vient du désir de aagner : c'est là uniquement la cause de tous les fâcheux accidents et de tous les dérèglements qui le décrient et le rendent si pernicieux au public et aux particuliers. Tant qu'on s'est contenté d'en user pour le plaisir, il a passé comme un divertissement innocent; mais, sitôt que l'avarice s'y est mêlée, il est devenu si dangereux, qu'il est plus aisé de s'en abstenir tout-à-fait que d'y garder la modération nécessaire: et depuis ce tempslà ce n'est presque plus qu'une semence de querelles et un négoce mercenaire. Justinien appréhendait tellement les suites de ce désir du gain, qu'il ne voulut pas même permettre que, dans les jeux de pure industrie, on pût perdre plus d'un sou ; jugeant sagement que, sila cupidité y entrait une fois , elle en deviendrait bientôt la fin et le motif, et y serait, comme partout ailleurs, la cause de tous les maux et de tous les désordres : Radix omnium malorum cvpiditas (I Tim. vi).

[L'allachoraont au jeu.] — Quand il n'y aurait que la passion violente qui attache les hommes au jeu, c'est assez pour nous faire juger qu'il y a du dérèglement, et par conséquent du péché. Il y a en effet, un charme secret et un attrait si engageant, que ceux qui y sont pris, et qui s'y laissent aller, nepeuvent qu'àgrandpeines'en défendre dans lasuite, quoiqu'ils voientbien qu'ils y perdent leurtemps, qu'ils abandonnent leurs affaires domestiques, et que, pour cela, toute leur famille est en désordre. Mais ils n'en sont point touchés, comme s'ils étaient enchantés, et s'ils avaient perdu tout sentiment. Or, qui peut douter qu'un si grand attachement ne soit criminel? Outre qu'on ne peut, sans un grand dérèglement et sans un péché considérable, se mettre clans une impuissance morale de s'acquitter des devoirs attachés à notre état et à nos emplois , de remplir les devoirs propres du christianisme, de pratiquer les bonnes œuvres et les vertus auxquelles la qualité de chrétien nous engage. Or, c'est ce qui fait l'attache excessive au jeu, et la passion violente qu'on y voit dans tant de personnes.

Quand on joue par intérêt et par avarice et que le principal. motif qu'on se propose en jouant est de gagner et de s'enrichir aux dépens d'autrui, c'est une circonstance qui rend le jeu criminel, puisqu'on ne saurait jouer avec cette intention sans abuser du jeu : car alors on ne s'en sert pas pour se délasser l'esprit , mais on en fait une espèce de trafic et de commerce honteux, dit le cardinal Cajétan : Ludere principcdiler propter lucruffi semper est peecatum, quia est dare operam turpilucro. Tous les théologiens conviennent de cette vérité ; et c'est principalement dans cette vue que les conciles et les pères de l'Eglise ont condamné les jeux de hasard.

[De l'argent perdu.] • — Quoiqu'il soit permis d'e.xposerau jeu quelque argent sans quoi le jeu languirait, il n'y a point de casuiste qui ne condamne comme péché grief de risquer des sommes excessives, nécessaires pour entretenir sa maison, payer ses dettes, satisfaire à ses autres obligations. Et

c'est, disant ces docteurs, pécher contre la justice, parce queeequiesi d'obligationet de devoirdoit être préféré a tout le reste, etqu'il ya de la conscience à négliger tics devoirs si justes et si importants pour avoir de quoi fournir au jeu, el même de se mettre en danger de ne pouvoir satisfaire à ces obligations : car, en jouant et en perdant de grosses sommes au lieu do payerjee qu'on doit, on fait de nouvelles dettes, soii pour le jeu, soit pour l'entretien de sa maison. Sur quoi il faut remarquer qu'une somme peu considérable en elle-même peut être considérable à, raison de la condition et du besoin des personnes qui jouent.

Ils disent, de plus, que c'est un péché mortel de causer un dommage notable au prochain par le jeu, et même de le mettre en danger de recevoir ce dommage. Or, quel dommage plus considérable que celui où il s'agit d'une grande partie du bien d'une personne, de la subsistance de sa famille, du paiement de ses créanciers, du soulagement qu'il doit aux pauvres, etc ? S'il n'est pas permis à un homme d'exposer au jeu des sommes si nécessaires, quoiqu'il n'ait pas dessein de les perdre et qu'il ne joue au contraire qu'avec espérance do gagner, il est bien moins permis de souhaiter qu'il perde, et de le dépouiller en effet d'un bien dont la perte est si funeste et à lui et à tant d'autres.

[De la restitution.] — 11 n'y a point de doute que l'on ne soit obligé, en plusieurs occasions, de restituer l'argent qu'on a gagné au jeu : — 1°. Quand on a usé de fraude et de fourberie, car c'est la même chose que si on avait volé cet argent. 2°. Quand on a forcé un homme à jouer malgré lui, ou qu'on l'a attiré par adresse, sûr que l'on était de le gagner. 3°. Quand la partie et les conditions n'ont pas été égales de part et d'autre. 4°. Quand on a joué contre des personnes qui n'ont pas le domaine de leur bien, tels que sont les enfants de famille, qui ne peuvent rien aliéner, les religieux qui ne possèdent rien en propre. Mais, outre ces occasions, plusieurs docteurs enseignent qu'on est absolument obligé de restituer ce que l'on a gagné au jeu quand la somme est tant soit peu considérable. Voici le raisonnement par où ils le prouvent. Nous ne pouvons, disent-ils, retenir une chose que nous ne possédons à aucun titre légitime : car vous savez assez que c'est par les lois des princes de la terre que se divisent et se conservent entre les hommes les biens de fortune, et qu'il faut, pour posséder justement ces biens, avoir un titre légitime, c'est-à-dire une loi du prince qui nous l'adjuge. Or, vous ne trouverez aucune loi qui adjuge à un joueur l'argent qui est au jeu, lorsqu'un dé, par exemple, a tourné d'un côté ou qu'il lui est venu une certaine carte. Vous n'avez donc aucun droit de vous l'attribuer. Les justes titres pour acquérir et pour posséder légitimement un bien sont les successions, les contrats, les donations, le commerce, le salaire des mercenaires. Or, nous ne voyons point qu'entre ces titres le jeu soit compris ; au. contraire, nous voyons que le gros jeu est condamné par les lois, et que, en particulier, les jeux de hasard sont t. m. 25

défendus» le jeu donc ne saurait nous rendre possesseurs d'aucun bien tant soit peu considérable. On répondra que cet argent nous appartient pur la convention qu'on a faite en jouant, de céder au gagnant l'argent qui a été exposé au jeu, que c'est une espèce de donation. Mais, si cette convention est faite contre les lois, cet argent peut-il nous appartenir légitimement? Ce qui est constant, c'est qu'en justice on ne condamne point un joueur à payer ce qu'il a perdu : marque évidente que cet argent n'est pas dû. Je laisse à décider cette question à de plus habiles gens que moi ; mais, si cette opinion est véritable, comme elle semble l'être, elle est capable de jeter bien des gens dans un terrible embarras de conscience. S. Bonaventure semble être dans ce sentiment, puisqu'il soutient qu'on ne peut faire l'aumône d'un argent gagné au jeu , comme étant le bien d'autrui.

[Du temps qu'il est permis d'employer au jeu. | — Les docteurs mettent la perte du temps entre les péchés qui accompagnent ordinairement le jeu. Ce qui peut arriver en trois manières : — quand on emploie trop de temps au jeu, quand on y fait perdre le temps aux autres, et quand on joue en des temps où il n'est pas permis de jouer. — 1°. On emploie trop de temps au jeu lorsqu'on joue sans nécessité ; car, puisqu'on ne doit jouer que pour se divertir, on ne doit point jouer à moins qu'on n'ait besoin de divertissement: autrement, on pèche contre la fin du jeu. Or, on n'a besoin de divertissement qu'après qu'on s'est occupé à des affaires sérieuses, pénibles et fatigantes. Et c'est ce qui condamnera devant Dieu les joueurs de profession, qui, étant sans occupation, en font un jeu. — 2°. Le jeu en devient mauvais, quand il est cause que ceux qui en sont les fauteurs ou les spectateurs y perdent leur temps : car c'est une des principales raisons pour lesquelles les conciles ont défendu aux ecclésiastiques non-seulement de jouer aux jeux de hasard, mais encore d'y regarder jouer les autres et de les y favoriser. — 3°. Supposé qu'on eût véritablement besoin de se divertir et qu'on ne donnât point au jeu plus de temps qu'il ne faut, on doit encore considérer en quel temps on joue : car il n'est pas permis de le faire en tout temps. Les divertissements publics sont défendus aux jours de dimanches et de fêtes plus solennelles. 11 n'y a personne qui ne se doive faire un point de conscience de jouer pendant le carême, aux jours de la Passion, de Pâques, et en semblables temps consacrés à la dévotion et à la célébration de nos plus saints mystères. D'où il suit que c'est un abus, qui faisait gémir S. Augustin, de voir dans le christianisme que les dimanches et les fêtes, destinés à la piété et au service du Seigneur, sont les jours que la plupart des chrétiens destinent au jeu et aux autres divertissements profanes. Nous avons parlé de ce désordre quand nous avons traité de l'observation du dimanche et des fêtes.

[But des divertissements.] — On doit supposer, comme un principe de la reli-

PARAGR M'ili: 0INQ1 [ÊME. 387

gion, qu'un chrétien, ayani renoncé au inonde, a ses pompes e1 & ses plaisirs, ne peul rechercher l<i plaisir pour Le plaisir, ni le divertissement pour le divertissement. Il faut, afin qu'il en puisse user sans péché, qu'ils lui soient nécessaires en quelque manière, el qu'il s'en serve avec la modération de celui qui en use, et non avec la passion de celui qui les aime : Utentis modestiâ, non amantis affectu. Or, comme la .seule utilité du divertissement est de renouveler Les forces de l'esprit et du corps 1 i qu'elles sont abattues par le travail, il est clair qu'il n'est permis de se divertir, tout au plus, que comme il est permis do manger. D'où il est aisé de conclure que ce n'est point une vie chrétienne, mais une vie païenne et mondaine, de passer la plus grande partie de son temps dans le divertissement, puisque le divertissement n'est pas permis pour soi-rnci;,.'. i oulement pour rendre l'âme et le corps plus capables de travail.

En quelle qualité un Chrétien pourrait-il prendre part aux diverti ments profanes? Car, s'il se considère comme pécheur, il doit reconnaître qu'il n'y a rien de plus contraire à cet état, qui oblige à la pénitence, aux larmes, à la fuite des plaisirs, que la recherche des divertissements dangereux. S'il se considère comme enfant de Dieu, comme membre de Jésus-Christ, illuminé par sa vérité, enrichi de ses grâces, nourri de son corps, héritier de son royaume; il doit juger qu'il n'y arien de plus indigne d'une si haute qualité que de prendre part à ces folles joies des enfants du siècle.

[Autres principes.] — Voici quelques principes par lesquels il faut juger des divertissements. — -i°. Tout plaisir ou divertissement que nous ne pouvons rapporter à la gloire de Dieu est un plaisir criminel et défendu, parce que le plaisir et le divertissement ne peut être recherché pour lui-même. — 2°. Tout plaisir et tout divertissement qui est une occasion prochaine au péché, qui nous y fait tomber souvent, et qui est à notre frère un sujet de chute et de scandale, est aussi absolument défendu. — 3°. Tout plaisir qui va à un grand excès est toujours criminel.

Si l'on veut examiner les choses de bonne foi, on trouvera que ie besoin que les hommes ont de se divertir est beaucoup moindre que l'on ne croit, et qu'il consiste plus en imagination ou en coutume qu'en une nécessité réelle. Ceux qui sont occupés aux travaux extérieurs n'ont besoin qne d'une simple cessation de travail ; ceux qui sont occupés dans des affaires pénibles à l'esprit, et peu laborieuses pour le corps , ont besoin de se recueillir de la dissipation qui naît naturellement de ces sortes d'emplois, et non pas de se dissiper encore davantage par des divertissements qui attachent fortement l'esprit.

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[Modération.] — Quelque bon et honnête que soit le divertissement, il doit être modéré : il en faut user comme d'un remède, et se persuader qu'il y a autant à craindre des remèdes, à celui qui en prend sans nécessité, que des maladies mêmes. Ils ruinent la santé, et l'expérience nous fait voir tous les jours que ceux qui usent si souvent de médicaments, outre qu'ils ne sont jamais robustes, sont encore extrêmement sensibles à tous les accidents de la vie. D'autres ont dit que le divertissement doit être confine le sel, qui donne du goût et de la saveur aux viandes ; mais il en faut peu, et on ne peut en prendre par excès qu'il ne nuise plus qu'il ne profite. C'est une espèce de sommeil, qui répare les faiblesses de la nature; mais, s'il est pris sans mesure, il nous charge de mauvaises humeurs et appesantit le corps 'pour tous les emplois. Si nous prenons le divertissement comme un secours contre notre faiblesse, nous n'en userons jamais que dans les termes d'une juste modération ; nous y regarderons plus la nécessité que le plaisir; et, pour une heure que nous y donnerons, nous emploierons un jour pour le travail.

Quoique le travail ait de grandes utilités et qu'il ne manque pas de plaisirs, comme néanmoins il est plus pénible qu'il n'est agréable, il ne serait pas supportable s'il n'était quelquefois interrompu. Certainement il faut bien en user de la sorte : car, comme il n'y a point de corps si robuste qui ne se ruine par un travail continuel, il n'y a point pareillement d'esprit qui ne s'épuise dans une trop longue application ; et, comme ce serait une espèce d'inhumanité de ne point accorder de sommeil à unhomme qui travaillerait beaucoup, il y aurait bien de la dureté de refuser un honnête divertissement après le travail d'esprit. Nos forces sont limitées, et, si on ne les ménage avec adresse, on se fatigue et on s'épuise bientôt. Il est vrai que notre âme, qui est destinée pour les plus nobles fonctions de la vie, est moins dépendante de la matière dans ses opérations, mais elle n'agit point sans le secours des facultés corporelles, qui se lassent par l'excès, la continuité, la contention. Les organes se blessent quand ils sont trop tendus, les esprits se consument, notre attention se perd, et, pour vouloir trop faire, souvent nous nous mettons en état de ne faire pas assez, ou de ne pouvoir plus rien faire du tout.

Il faut mettre quelque différence entre le repos et le divertissement. Celui-là est une cessation de travail; celui-ci n'est pas une simple inaction, c'est plutôt un exercice de plaisir, qui,'nous détachant pour an temps d'une occupation sérieuse, donne une honnête relâche à notre esprit, lui permet de se défaire de cette morne mélancolie qui ett inséparable de la solitude et dos affaires trop sérieuses. Celui-là n'accorderait que la moitié de co qu'il faut à un homme d'esprit, qui ne lui voudrait accorder que le repos ou l'interruption de son travail. C'est suffisamment soulager le corps, de lui permettre de ne pas continuer son ouvrage; mais c'est trop peu pour l'esprit: sa nature est de toujours agir, et on ne le peut, laisser oisif sans l'exposer aux dangers qu'attire l'oisiveté. (Le P. Cordier, La famille sainte.)

[ Passion du jeu. ] — Il est incontestable que le jeu n'est plus un simple délassement dès-lors qu'on s'y porte par quelque passion violente, ou qu'il est suivi d'un dérangement notable dans nos emplois, clans nos biens, ou dans nos obligations de chrétien. Or, je soutiens que, parmi les gens du monde, de la manière dont on joue aujourd'hui, le jeu est presque toujours tel. Pour la passion, n'est-il pas vrai qu'on s'endort sur les cartes, qu'on se fatigue au lieu de se délasser, lorsque le gain ne réveille pas l'attention des joueurs? A moins qu'un gros intérêt n'anime la lenteur mélancolique d'un jeu trop sérieux, il se termine à une rêverie chagrine. Ainsi, iouer, pour le commun du monde, c'est chercher tout ce que la passion d'avarice a de plus piquant; c'est rappeler dans son cœur tout ce que le pur amour du gain a de plus engageant et de plus vif. De-là naissent successivement les mouvements différents d'une passion toujours violente: tantôt l'emportement dans le malheur, tantôt la joie immodérée que donne un bonheur inespéré. Jouer de la sorte, c'est exposer sur son visage, comme sur un théâtre, mille passions bizarres. Quel dérèglement!

« Pour moi, dit-on, il n'en est pas ainsi: je joue pour jouer, et le jeu n'a point d'autre conséquence que celle du jeu même. » Eh ! n'est-ce pas assez pour se rendre criminel : les conséquences du jeu sont la perte d'un argent mieux employé en des œuvres de piété, à soulager la disette d'un parent, que sais-je, moi ? aux besoins peut-être d'une famille. Les conséquences du jeu sont la perte d'un temps dû à Dieu ou à ses affaires, au règlement de son domestique : car que devient une fille tandis que la mère passe la meilleure partie de la nuit à manier des cartes ? Quelque surveillante qu'on lui donne, quels yeux valent ceux d'une mère attentive? Quel désordre parmi des valets, tandis qu'un maître s'obstine encore au jeu après ses pertes? Non, Chrétiens: hors ces petits jeux domestiques, qui se bornent au père avec ses enfants, et que l'innocence assaisonne de gaieté, il n'en est presque point d'innocents. (Anonyme.)

(Jeux de hasard.] — Toutes les lois condamnent les jeux où l'on hasarde

des sommes excessives, parce que ces jeux ne sont, à vrai dire, ni d'honnêtes exercices pour le corps ni d'agréables divertissements pourl'esprit. Ce sont des voleries autorisées, des banques ruineuses à ceux qui gagnent et à ceux qui perdent; ce sont des brigandages privés, où les parents, les alliés et les amis se détruisent de gré à gré et tour à tour. Bien loin de s'y délasser l'esprit, on y tremble et on y pâlit comme dans un vaisseau battu de l'orage : on y cric et on s'y tourmente, comme dans un embrasement ; on y a des emportements et des fougues, on y a des colères et des rages, comme dans un combat, à outrance. Non-seulement on y perd le bien, et les familles en sont ruinées ; on y perd encore la conscience, et toutes les lois du christianisme y sont violées, on y apprend à jurer de sens rassis, à inventer des imprécations inouïes et des impiétés de nouvelle forme, à trafiquer de faux serments et de tromperies.

Il faut que quelque considération chrétienne et quelque réflexion sérieuse empêche que l'esprit ne se dissipe, et les rapporter en soi-même par quelques pensées semblables à celles-ci: — Je joue, et, quoique je gagne, je perds le temps, et ce temps est un bien dont il ne se peut faire de fonds ni de rente; un bien qui ne se vend ni ne se prête; et, quand je pourrais gagner tous les trésors du monde, avec tous ces trésors gagnés je ne rachèterais pas une heure perdue. Néanmoins avec cette heure perdue je pouvais acheter une éternité bienheureuse ; je pouvais acquérir une couronne dans le ciel; je pouvais acquitter les dettes que mes péchés m'ont laissées. Je joue, et peut-être que la justice de Dieu a la main levée sur ma tète. (Le P.Lemoine, Dévotion aisée, chap. 7.)

[ Temps perdu. ] — Peut-on, sans un grand péché, mener une vie qui nous met dans une impuissance morale de remplir les devoirs attachés à notre condition^ notre état et à la qualité de chrétiens que nous portons? Une trop grande attache au jeu et aux divertissements ne nous met-elle pas dans cette impuissance ? Un juge qui aime passionnément le divertissement ne fuira-t-il pas le travail ? ne se fera-t-il pas une peine de l'étude nécessaire pour acquérir la capacité sans laquelle il ne peut s'acquitter de son emploi, ni par conséquent y demeurer? Apportera-t-il toute l'application qu'il faut pour examiner une affaire embrouillée, et pour s'en instruire à fond ? Un ecclésiastique, un pasteur qui aimera à se divertir, aura-t-il le zèle dont il ne peut manquer sans être prévaricateur de son ministère ? Une femme entêtée du jeu, qui ne pense qu'à se divertir, pourra-t-elle s'assujettir à prendre tous les soins nécessaires pour s'appliquer au règlement de sa famille, à l'éducation de ses enfants, à veiller sur la conduite de ses domestiques ? Tout cela ne renferme-t-il pas les devoirs essentiels à un chétien ! Et si l'attache aux divertissements empêche de les remplir, ne met-elle pas dans l'impuissance de se sauver? (Le P. Nepveu, Réflexions C/irét.)

S. Cyprien, ou quiconque est l'auteur de ce beau traité qui se trouve

l'AK.UîKAIMIK SIXIÈME. 801

parmi Les ouvrages de ca Pape, me suggéra une pensée qui vtait un sermon entier : savoir, que o'est une invention du démon, qui a pâmasse dans le jeu les crimes et l<is désordres de tous l<is états. C'est un trafic : car il y en a qui en vivent, et qui n'ont point d'autre revenu que ce qu'ils gagnent au jeu; aussi y voit-on les mômes fourberies, les mêmes supercheries, Les mômes artifices. C'est un procès, où l'on conteste de quel côté est le droit ; les pièces y sont produites et contestéea; on juge, on examine; les témoins et les raisons de part et d'autre sont écoutés. C'est une guerre el an eombatj où Ton dispute la victoire, etoù elle est souvent funeste et sanglante, etc. ( [uteur italien).

[l'argent qu'on joue.] — Vous n'avez point, dites-vous, de famille ; vous vivez Bans charge et sans soin ; mais n'avez-vous point de dettes? et ces dettes ne vous chargent-elles point? Cela est bien étrange. — Une ville entière, marchands, artisans, domestiques, travaillent pour les besoins d'un particulier: il n'aura soin de payer personne, et cependant il se persuadera que le bien qu'il joue est à lui. Hé ! comment serait-il à lui? l'habit qu*il porte n'est pas à lui; ses meubles ne sont pas à lui, mais à ceux qui, pour lui faire crédit, se font violence et s'incommodent. Non, je ne comprendrai jamais l'injustice des gens du monde, qui, gueux et misérables à l'égard de leurs créanciers, ont toujours de l'argent à l'écart pour le commerce du jeu: un argent sacré, dont le plaisir seul est l'économe, et où les plus pressantes nécessités n'obligeraient pas de toucher. Si vous avez le moindre sentiment de conscience, osez-vous jamais confesser vos péchés sans joindre ces deux choses ensemble : « Je dois beaucoup et je joue beaucoup» ? et si vous le faites avec cette sincérité, trouvez-vous par le monde un confesseur assez ignorant ou assez faible pour vous absoudre?... Vous n'avez, dites-vous encore, ni dettes ni bien d'autrui: tant mieux; mais, en troisième lieu, n'avez-vous point le bien des pauvres? N'est-ce rien chez vous que l'obligation de la charité? Ce que vous jouez, c'est votre superflu ou votre nécessaire. Si c'est votre nécessaire, n'ètes-vous pas bien désespéré de vous en dépouiller par le jeu? mais si c'est votre superflu, vous êtes bien sourd à la voix de Dieu, de ne pas concevoir que vous le devez aux pauvres, et que le superflu du riche est le seul fonds destiné par la Providence à la subsistance des malheureux. Vous demandez si souvent ce que c'est que ce superflu que l'on dit être la matière de l'aumône : c'est ce bien même que vous jouez; c'est cet argent qui sort àpleines mains quand il est question de l'exposer, et qui a tant de peine à sortir quand il faut le consacrera Dieu. Car, pour vous dire mes sentiments, je ne puis me persuader qu'un riche, ou qui que ce puisse être, ne soit criminel devant Dieu quand il expose plus d'argent au jeu qu'il n'en emploie au secours des pauvres ou en œuvres de piété. Voici ma raison invincible: puisque les charités et le jeu doivent être prises dans la même source, je veux dire dans le superflu, de quel droit osez-vous prétendre

que le partage ne doive pas être au moins égal ?.. Faire autrement, c'est être plus joueur que chrétien. Ah ! mon cher frère ! dit S. Cyprien, Esta potiùs non aleator, sed Clmstianus ! Changez je vous prie, de conduite, et ayez plus de soin de votre foi que du jeu. (Le P. de Larue.)

| Désordres qui suivent. ] — Je ne sais si vous faites réflexion aux malheurs que le jeu peut causer à vos enfants. Je souhaiterais pour vous que vous n'en eussiez point, du moins ne seriez-vous pas coupahles de la perte de leurs âmes, qui s'élèveront sans doute contre vous au jour du jugement : car, de deux choses l'une : ou vous les abandonnez pendant que vous jouez, xmrticulièrement vos filles, Mesdames ; ou, si vous les menez avec vous, quel exemple leur donnez-vous? En les abandonnant, de quels péchés ne sont-elles point capables? et, si elles viennent à en commettre, pensez-vous n'en être point responsables devant Dieu ? Pour moi, je ne vois pas qui vous en pourrait dispenser, non plus que de la malédiction du Sauveur contre ceux qui les scandalisent... Les effets funestes de ces jeux passent à vos serviteurs, dont vous négligez le salut pendant que vous jouez, ne songeant pas que le démon joue son jeu cependant, et je ne sais si Dieu ne vous imputera point les paroles déshonnêtes qu'ils profèrent, les ivrogneries et les autres débauches auxquelles ils se laissent aller durant que vous jouez, puisqu'en effet vous en êtes en quelque façon la cause, en se persuadant qu'il faut qu'ils passent ainsi leur temps, puisque vous passez bien le vôtre.

S. Chrysostôme nous assure que ce n'est point Dieu qui incite personne au jeu, mais le démon. Il se sert de plusieurs moyens pour cela, mais particulièrement de l'orgueil, de l'avarice, de la paresse. L'orgueil fait que vous voulez toujours jouer gros jeu au préjudice non-seulement des pauvres mais de votre famille. L'avarice fait que vous voulez toujours gagner au préjudice non-seulement de votre prochain, mais souvent même de votre conscience. La paresse fait que vous voulez toujours continuer à vivre de la sorte. Un seul de ces péchés est capable de vous perdre.

Quelle occasion de libertinage, Mesdames, en jouant continuellement avec des hommes, quelquefois seul à seul, ayant toujours les yeux attachés sur vous, lâchant à tout propos mille paroles trop libres, se laissant même gagner pour vous perdre ! Je ne sais point quelles sont vos pensées durant ce temps-là; mais je ne puis me persuader qu'elles soient de Dieu. Ah ! que ces occasions sont dangereuses, quelque mine que vous fassiez, et vous n'êtes point innocentes devant Dieu en vous exposant ainsi à ce danger. Vous savez de quelle manière on joue d'ordinaire avec les jeunes filles, combien on se relâche de ses intérêts, combien on fait d'injustice aux autres pour les faire gagner : les pères et les mères le voient et n'en rougissent point de honte. Il faut, en vérité, qu'ils soient étrangement aveuglés sur le point d'honneur, ou qu'ils y soient étrangement insen-

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Bibles. Je no parle point des engagements fâcheux qui se forment souvent par ces complaisances au jeu, ou que 1" jeu sert à entretenir, qui déshonorent quelquefois les familles.

Le jeu est un plaisir qui peut être innocent, regardé en lui-même; mais, si on s'en fait une occupation, comme il arrive à tant de gens, si on y emploie tropde temps, si on y a trop d'attache, si cette attache nous fait négliger nos devoirs, si on y hasarde trop d'argent, qui doute que le jeu ne soit criminel? Or, n'est il pas moralement impossible, dès-là que le jeu devient une passion, de distinguer jusqu'où vont précisément les bornes du juste plaisir ? Quand on le distinguerait, est-il moins impossible de s'en tenir précisément là, et de s'arrêter sur le bord du précipice? (Anonyme.)

[Des scandales que l'on donne dans le jeu. j — Il est presque impossible que tous les vices d'un emporté n'éclatent pas dans le jeu; les passions l'agitent avec des irrégularités si violentes, qu'il ne se peut faire que tout ce qu'il a dans le cœur ne paraisse aux yeux de tout le monde. Les paroles vaines échappent dans la joie et dans l'espérance ; les mensonges et les faux serments dans la crainte, les blasphèmes dans la douleur et dans le désespoir ; les emportements découvrent tout le fond de ce cœur : l'avarice, la colère, l'impiété se montrent sans retenue; et ce mélange de péchés n'offense pas moins Dieu qu'il scandalise les hommes.

Un homme peut s'emporter par surprise dans le jeu ; quand vous savez qu'il ne continue pas, vous n'avez aucune part à sa faute, vous ne l'avez pas prévue; vous n'avez pas contribué par votre obstination à le faire jurer et blasphémer. Mais, quand vous savez qu'un homme s'emporte d'ordinaire ; quand vous êtes assuré qu'il ne joue presque jamais sans jurer et sans blasphémer, vous participez à ses péchés, non-seulement quand vous contestez contre lui, ce que vous ne devez faire qu'après que sa fureur est passée , mais vous vous en rendez participants , si vous continuez de jouer avec lui, jusqu'à ce que vous sachiez qu'il est plus modéré, qu'il a plus de force sur lui-même. (Le P. Héliodore, capucin.)

[Les ecclésiastiques.] — On ne doit pas s'étonner que les idolâtres aient été sujets à toutes les passions, et entre autres à celle du jeu; mais ce qui doit surprendre est de voir qu'un empereur l'ait reproché aux ecclésiastiques de son temps, et même aux ecclésiastiques de tous les ordres. Nous le voyons dans la préface d'une constitution deJusiinien, laquelle est rapportée dans la loi dernière, au Code. « Nous sommes fort persuadé, dit ce Prince, que la pureté des prêtres, l'innocence de leur vie et la ferveur de leurs prières continuelles contribuent beaucoup à attirer sur nous et sur notre état la faveur du Ciel; mais nous avons été surpris d'apprendre des choses que l'on aurait peine à croire, que quelques-unes do ces personnes qu'on ne doit regarder, qu'avec respect n'ont point de honte de

jouer aux dés. » Qu'aurait dit ce sage prince s'il avait été témoin de ce qui se passe dans ce dernier siècle?

[Le jeu fomente l'avarice.] — Ce n'est que l'avarice qui fait naître, qui fomente la passion du jeu, et qui la fait croître jusqu'à tel excès qu'elle devient une fureur, comme l'appelle un savant auteur: Furax dementia. Mais aussi le jeu à son tour, fomente l'avarice, et la rend beaucoup plus vive et plus ardente. Rien n'invite davantage la passion que la présence des objets etla facilité apparente d'en jouir. Tous les hommes naturellement aiment l'argentée sentiment de leurs besoins les porte à rechercher sans cesse ce qui les peut soulager : or, il n'y a point de moyen plus prompt ni plus facile d'en gagner qu'au jeu, et par conséquent le jeu irrite nécessairement l'avarice.... Un homme qui a de la hardiesse pour hasarder perd ou gagne: s'il gagne, sa passion s'allume davantage, il croit qu'il n'est rien de tel que de hasarder, et il regarde déjà tout l'argent des joueurs comme à lui; s'il perd, l'envie de regagner ce qu'il a perdu ne lui donne point de repos : il faut qu'il joue encore : s'il a perdu, il faut réparer sa perte. De cette manière, en gagnant et en perdant, sa passion pour l'argent se fortifie, et devient enfin si vive et si forte, qu'elle s'enflamme à la moindre occasion... S'il joue d'abord peu de chose, le petit jeu réveille la passion, et, lorsque la passion est émue, le joueur n'est plus le maître de faire ce qu'il avait résolu ; dans cet état, il ne se souvient pas même de ses résolutions ; et, si elles lui reviennent dans l'esprit, la passion les fait évanouir en un moment.

Le jeu est un si malheureux commerce, que c'est une nécessité de souhaiter la perte d'autrui, puisque nous ne pouvons souhaiter autrement notre profit, ne pouvant gagner que les autres ne perdent, et les autres, de même, ne pouvant gagner que nous ne perdions. Voilà la cruauté du jeu : et c'est sans doute pour cette raison qu'Aristote traite les joueurs de larrons et de voleurs, puisque leur volonté est aussi injuste que la leur ; et, comme la cupidité n'a point de bornes, si on a cette mauvaise volonté pour un écu, elle peut toujours croître, et enfin aller jusqu'à souhaiter la ruine entière de celui contre lequel on joue.

Encore si les joueurs jouaient avec toute sorte de justice, si les parties étaient toujours autant égales qu'elles le peuvent être -, mais cela ne se rencontre presque jamais ; et, si cela se rencontre, c'est contre leur intention. Les joueurs ne tàchent-ils pas toujours de faire leurs parties si fortes, qu'ils ne puissent perdre ? Lorsqu'on voit dans une compagnie ce qu'on appelle une dupe, n'est-ce pas à qui jouera avec lui, parce qu'on croit que c'est de l'argent sur ?N'avez-vous jamais remarqué comment on le tourne pour l'embarquer ? Comment peut-on appeler cette finesse? mais si cette finesse n'est qu'un tour d'habile-homme selon le monde, je puis assurer que ce n'est pas d'un homme quia de grands sentiments de religion. (Du Tremblay, traité des jeux.)

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I (jiic de |m'tIm;x!| — Il ost incontestablement vrai que tous lêf divertissements déréglés sont des péchés; H ,j<- ne suispas moins persuadé qu'il n'y en ;i point, •!•' la manière dont vous les prenez, où il no se trouve beaucoup di' dérèglements, Pour quelle raison ! Vous l'allea apprendre. Les plaisirs et les divertissements se règlent par Leur fin. Par rapport au travail passé, ce sont des relâches ; et par rapport an travail a venir, et sont des dispositions cl, des préparatifs» Us ne vous sont donc permif qu'autant qu'ils sont nécessaires ou pour vous délasser, ou pour vous donner de nouvelles forces, En voilà la mesure. Tout ce qui va au-delà est contre les desseins de Dieu, et par conséquent défendu. Mais qui ne voit pas que les divertissements du monde ne sont communément ni précédés par le travail, ni suivis du travail? qu'on ne les recherche que pour eux-mêmes, sans autre vue que d'en goûter la douceur et de mener une vie commode ? qu'on y consume tout le temps, sans modération et sans bornes, et que c'est se rendre coupable que de renverser ainsi l'ordre de la Providence ?

J'avoue qu'il y a certains jeux innocents, pourvu qu'ils soient sans excès. C'est quelquefois une récréation due et à l'esprit et au corps, pour remettre l'un de son application, et l'autre de ses fatigues. Mais des jeux de profession, jeux de tous les jours et presque de toutes les heures de la nuit et du jour, hors celles que le repos et le sommeil occupent ; des jeux qui sont l'unique entretien et comme le fond de la vie, lorsque c'en devrait être un des moindres accessoires; en un mot, des jeux tels que nous les voyons dans le monde; voilà ce que je condamne, et ce que j'ai raison de condamner. Je ne trouve point là les desseins de Dieu sur vous; ce n'est point même là ce que la nature vous enseigne. Je ne vous demande pas si c'est vivre en chrétiens, mais si c'est vivre en hommes. Un amusement si vide a-t-il été fait pour arrêter toutes les pensées d'une âme raisonnable? (Giroust, Avent.)

Vous aimez le jeu ; et ce qui perd votre conscience, c'est ce jeu même, un jeu sans mesure et sans règle; un jeu qui n'est plus pour vous un divertissement, mais une occupation, mais une profession, mais un trafic, mais une attache et une passion; mais, si j'ose ainsi parler, une rage et une fureur : un jeu dont on peut bien dire à la lettre, que c'est un abîme qui attire un autre abîme, ou même cent autres abîmes : Abyssus abyssum invocat. Car de-là viennent ces innombrables péchés qui en sont les suites. De-là l'oubli de vos devoirs ; de-là le dérèglement de votre maison ; de-là le pernicieux exemple que vous donnez à vos enfants ; de-là la dissipation de vos revenus ; de-là ces tricheries indignes, et, s'il m'est permis d'user d'un terme plus fort, ces friponneries que cause l'avidité du gain; de-là ces emportements, ces jurements, ces désespoirs dans la perte; de-là souvent ces honteuses ressources où l'on se voit forcé d'avoir recours; de-là cette disposition à tout, pour trouver de quoi fournir au jeu. Retranchez f,e jeu ; et, parce qu'il est plus aisé de le quitter absolument que de le

modérer, quittez-le: faites-en une déclaration publique. (Bourdaloue, Sermon sur In pénitence).

[Bals.] — Ces représentations profanes, ces spectacles où assistent tant de mondains oisifs et voluptueux; ces assemblées publiques et de pur plaisir où sont reçus tous ceux qu'y mène soit l'envie de paraître soit l'envie de voir ; en deux mots, pour me faire toujours mieux entendre, ces bals , sont-ce des divertissements permis ou défendus ? Les uns éclairés de la véritable sagesse, qui est la sagesse de l'Evangile, les réprouvent; les autres, trompés parles fausses lumières d'une prudence charnelle, les justifient ou s'efforcent de les justifier; chacun prononce selon ses vues et donne ses décisions. Pour moi, il me semble d'abord, que, pour m'y faire renoncer, il ne faudrait rien davantage que cette diversité de sentiments : car pourquoi mettre ma conscience au hasard, dans une chose aussi vaine que celle-là, et dont je puis aisément me passer? D'une part , on m'assure que ces sortes de divertissements sont criminels ; d'autre part, on soutient qu'ils sont exempts de péché : ce qui doit résulter de-là, c'est qu'ils sont au moins suspects ; et puisque ceux qui soutiennent que l'innocence y est blessée sont du reste les plus réglés dans leur conduite, les plus attachés à leur devoir, les plus versés dans la science des voies de Dieu, n'estil pas plus sûr et plus sage que je m'en rapporte à eux, et que je ne risque pas si légèrement mon salut ? (Bourdaloue, Dominicale.)

Que voient, par exemple , les gens du monde dans un bal ? Une assemblée de personnes agréables qui ne songent qu'à se divertir, à prendre part, et à contribuer au plaisir commun ; des femmes qui fonttout ce qu'elles peuvent pour se rendre aimables, des hommes qui font ce qu'ils peuvent pour leur témoigner qu'ils les aiment. Ils y voient un spectacle qui frappe les sens, qui remplit leur esprit, qui amollit leur cœur, et qui y fait entrer doucement et agréablement l'amour du monde et des créatures. Mais qu'est-ce que la lumière de la foi découvre, dans ces assemblées profanes, à ceux qu'elle éclaire, et à qui elle fait voir tout le spectacle qui est véritablement exposé à leurs yeux, et que les angesy voient? Elle leur découvre un massacre horrible d'àmes qui s'entretuent les unes les autres ; elle leur découvre des femmes qui font à de misérables hommes mille plaies mortelles, et des hommes qui percent le cceurde ces femmes par une idolâtrie criminelle. Elle leur fait voir les démons qui entrent dans ces âmes par tous les sens de leur corps, qui les empoisonnent par tous les objets qu'ils leur présentent, qui les lient de mille chaînes, qui leur préparent mille supplices, et qui se rient de leur illusion et de leur aveuglement: Elle leur fait voir Dieu , qui regarde ces âmes avec colère, etc. {Traité de la crainte de Dieu.)

[Assemblées mondaines.] — Bon Dieu ! Quelle vertu à l'épreuve de tant de pièges? Quelle innocence persévérera au milieu de tant de périls? si le

monde est une grande mer pleine d'orages, on peut dire que les assemblées mondaines en sontles plus dangereux écueils, <>n ne s'en défie pas, parce que tout y rit, tout y paraît tranquille. Mais il y a dos tempêtes mu< on no périt pas seulemgnl par des coups de vent; les naufrages qui arrivent dans un grand calme, sont les plus tristes ;et on péril sans ressource quand on périt sans avoir prévu le danger, quand on périt sans bruit : et personne no se délie de ces assemblées. L'esprit du monde qui y préside, y étale toutes ses maximes, comme autant de lois. Quelque dures, quelque gênantes, quelque irreligieuses quelles soient, il n'est pas permis d'y trouver à redire. On dirait que le monde est l'idole de l'assemblée ; et c'est à cette idole que des mères chrétiennes vont cliaque jour immolerleursfillcs! C'est dans cette école qu'elles leur vont faire apprendre tout ce que la vanité a de plus raffiné, tout ce que l'esprit du monde a de plus malin, tout ce que les passions ont de plus sensible : et l'on s'étonne, après cela, s'il y a si peu de piété, si peu de religion au milieu du christianisme ? C'est à ces assemblées mondaines qu'on doit la perpétuité de l'esprit du monde, du relâchement et de l'irréligion. (Le P. Croiset. Exercices de pieté.)

[Du carnaval, clc. ] — L'Eglise et la religion défendaient d'abord aux premiers chrétiens les désordres publics qui se commettaient dans certains temps; mais, la ferveur de ces premiers siècles s'etant ralentie à mesure que la foi et la religion s'est étendue, la cupidité l'a enfin emporté sur la charité ; la passion a prévalu sur les lois qui s'observaient dans la vigueur de la première discipline; et tous les anciens canons n'ont pas empêché que la coutume n'ait passé jusqu'à notre temps , comme un témoignage de ladisposition que le cœur de l'homme a eue dans tous les siècles pour le plaisir. Vous m'avouerez qu'il faut que ce penchant soit bien fort et que nous y ayons une étrange disposition, puisqu'on se rend sans résistance et qu'on se prépare même de longue-main aux divertissements publics, qu'on prend ses mesures, qu'on lie des parties ; que chacun se fait honneur de régaler les autres à son tour en ces saisons de joie et de plaisir, de donner le bal, et d'inventer quelque nouveau moyen de passer plus agréablement ce temps. Or, qui pourra se persuader que, dans cette disposition d'esprit de se bien divertir et de contribuer aux divertissements des autres , on gardera la modération chrétienne, qui est de prendre un simple relâchement d'esprit ou un salutaire exercice du corps, seuls motifs qui peuvent rendre les divertissements honnêtes et permis ?

Je n'approuve point les excès, medirez-vous, qui se commettent dans certains temps de désordres, dans des bals, dans des danses, dont les hommes font leur principale occupation. Vousdevez donc aussi condamner les occasions qui vous y portent , et éviter le danger qui vous y expose. Or, ces occasions , ce sont ces plaisirs mêmes que vous êtes disposé à vous permettre. Vous défendez-vous mieux des excès du jeu, auquel vous êtes plus porté en des temps où l'on y passe les nuits entières , après avoir passé

souvent les jours à mille autres folies ; pour lequel on a souvent fait

des épargnes de plusieurs mois , ou emprunté des sommes considérables , sur l'espérance de regagner ce que l'on a perdu en d'autres temps? Le bal, et les autres spectacles du temps que Ton nomme Carnaval, seront-ils plus innocents et'plus exempts de danger, dans ces jours où l'esprit est dissipé par toutes sortes de divertissements, le cœur amolli et corrompu parle plaisir des compagnies plus libres, plus enjouées, et même plus déguisées et travesties, comme pour couvrir la honte qu'elles auraient de paraître en des divertissements si peu honnêtes ! Bien des personnes n'oseraient s'y trouver, si le temps ne favorisait l'inclination qui les y porte, et ne leur procurait le moyen de la satisfaire avec plus de liberté. Nous pouvons donc dire hardiment que , si les excès sont blâmables , comme personne n'en peut disconvenir, c'est, par une suite nécessaire, un crime que de s'y exposer, et de se mettre en danger de s'y laisser emporter. Or, ce danger ne peut être plus grand que dans le temps des divertissements publics, puisque, outre la grande disposition que tout le monde y a, la saison même, autorisée par une coutume générale, la favorise et l'y invite plus fortement.

Il est évident que tout ce qui nous doit faire le plus appréhender le péril de nous abandonner à la joie et aux plaisirs dans les fêtes du siècle, et surtout dans celles qu'on appelle Carnaval, qui est comme le cloaque de tous les désordres ; tout cela, clis-je, nous y pousse et nous y précipite, et semble même justifier devant les hommes ceux qui se laissent aller à ces dérèglements, et tenir lieu d'excuse quand on y est tombé. Car n'est-il pas vrai que , quand nous ne serions pas portés de notre naturel à ces sortes de divertissements, ou que notre âge, notre rang, notre emploi, nos affaires, nous en détourneraient en tout autre temps , tout cède à la coutume en celui-ci? On surseoit aux procès dans le palais; les artisans interrompent leur travail et leurs ouvrages , et les autres donnent trêve à leur négoce ou à leurs occupations ordinaires. 11 semble que l'unique affaire de ce malheureux temps soit de se divertir. Si c'était pour recommencer ensuite avec plus de force et de vigueur, et qu'on prît ce relâche avec modération dans cette vue, ce serait être trop sévère que de condamner les divertissements en cette saison plutôt qu'en une autre : mais qui peut approuver qu'on autorise des désordres et des débauches sur le temps et sur la coutume , et que l'on franchisse les bornes de ce que la raison accorde à la faiblesse humaine ? Car c'est sous ce prétexte qu'on se laisse plus facilement aller à ces excès, parce que, dit-on, la coutume est un torrent qui entraîne ordinairement les plus forts et les plus constants ; et , comme si cette coutume avait prescrit contre la raison et contre les lois les plus justes du christianisme, on l'allègue pour se justifier. La crainte qu'on a de la raillerie et de la censure des autres, si Fon est plus retenu qu'eux, n'a-t-elle pas souvent plus de force que l'amour de la vertu et rattachement au devoir? Les compagnies, qui ne sont jamais plus nombreu-

PARAGRAPH! BIXIBME. l'.'J'J

sos ne semblent-elles pal mettra à couvert do tout blâme ceux qui les suivent el qui les Lmitenl '. Ne se croit-on pas exempt de reproche quand on dit que o'est pour faire voir qu'on est, de belle humeur, qu'on sait le inonde, et qu'on se fait une loi de faire ce que font les honnêtes genâ ? Quand tout cela se joint ensemble, coutume, exemple, compagnies, crainto de choquer ou de déplaire par un refus qui passerait pour malhonnête et pour incivil ne se croit-on pas assez justifié si l'on se laisse aller à quelque excès, puisqu'il peine même y prend-on garde en ce temps et en ces occasions? Cependant, qui ose avancer qu'ils sont innocents, et que la coutume puisse les autoriser devant Dieu? (Se?,mons sur tous les sujets etc.)

[Même sujet.] — On peut dire avec justice que les désordres où l'on se laisse aller, surtout dans les saisons que la coutume a consacrées aux dérèglements, sont beaucoup plus fréquents et plus grands par rapport aux personnes qui les commettent. Car, si ces personnes sont sujettes à quelque vice, elles ne manquent guère de s'y abandonner alors avec plus de liberté, clans la vue et dans la pensée que le temps qui doit suivre réparera tout, et suppléera à toutes les obligations qu'elles ont négligées durant ces jours de dérèglements. C'est assez de dire que c'est jun temps de débauches, auquel régnent les puissances des ténèbres, pour s'imaginer que tout y est permis. Vous diriez que, comme Dieu, après la création du monde, se réserva un jour pour être uniquement employé à son service, de même le prince des ténèbres, qui veut imiter en tout la Divinité et usurper son culte, comme il a fait durant tant de siècles parmi les païens, banni qu'il est du monde, selon la parole du Sauveur, semble y avoir encore ses jours destinés, comme Dieu y a les siens; et le nom même que portent ces temps de divertissement et de débauche marque assez nettement qu'il en est venu à bout: jours où la plupart des hommes étouffent tous les remords de la conscience, les lumières même de la raison, en s'abandonnant à des débauches outrées qui vont jusqu'à l'extravagance et à la folie; et, ce qui passe l'imagination, faisant même gloire de tous ces excès. {Ibid.)

[Danger de l'illusion. ] — Quand on s'est une fois laissé aller au dérèglement si ordinaire dans les assemblées de bals et de danses, on n'est pas toujours le maître de lui prescrire des bornes. Quelque modération que l'on se propose de garder, le passage est trop glissant pour se promettre de se contenir dans ces termes, sans passer plus avant. On tombe ou l'on est entraîné lorsqu'on y pense le moins; et c'est ne pas assez se connaître que de croire que Ton résistera à toutes les sollicitations, à toutes les instances, à toutes les tentations qui se présenteront, lorsqu'on se sera une fois engagé. Le passage de ce qui est précisément permis à ccjqurestjabsolument défendu a souvent peu d'étendue, et il n'y a pas si loin de l'un à l'autre pour pouvoir répondre qu'on ne franchira point les bornes. Si bien

qu'il n'arrive que trop souvent ce que S. Augustin rapporte de son ami Alypius, lequel s'était laissé entraîner aux spectacles des gladiateurs, défendus en ce temps-là: ce ne fut qu'avec répugnance que ce jeune homme y alla, et comme forcé par l'importunité de la compagnie, qui lui fit violence. Mais il n'y fut pas longtemps sans y prendre plaisir, sans y applaudir, et sans s'y récrier comme les autres: et ensuite il se montra le plus ardent à y retourner. C'est ce qui arrive à ceux qui prétendent assister auxbalset aux danses, et qui se flattent qu'ils ne s'oublieront jamais de leur devoir, de leur rang, de leur profession ; qu'ils sont trop bien instruits des règles de la religion. Ali ! dans cette occasion, no vous liez pas à vousmêmes; vous n'en serez pas les maîtres ; et il est beaucoup plus aisé de s'en abstenir que de s'y conserver quand on y est une fois engagé. ( Ibid. )

[Des bals.] — Quoiqu'il y^it plusieurs occasions qui portent à l'impureté, et plusieurs causes extérieures qui contribuent à embraser ce feu extérieur de la concupiscence qui n'est déjà que trop allumé de lui-même, je n'en trouve point ni de plus ordinaires, ni de plus périlleuses que ces assemblées profanes de personnes de sexe différent, qui se font pour danser, et qu'on appelle communément bals. C'est comme une académie publique pour apprendre l'impureté aux jeunes gens, pour leur donner des leçons de cette malheureuse science qui ne s'apprend que trop tôt d'elle-même. C'est d'ordinaire un lieu où les jeunes hommes s'accoutument à prendre des libertés avec de jeunes personnes de l'autre sexe, qui, jusque-là ayant toujours vécu dans la retenue et dans la modestie, en viennent enfin peu à peu à perdre la pudeur et cette modestie qui conviennent si bien à leur sexe, et qui en sont un des plus beaux ornements. C'est, en un mot, dans ces lieux infortunés et consacrés aux plaisirs, où jamais telle personne fut introduite qu'elle n'y ait tout-à-fait perdu ou altéré de beaucoup sa pureté ; puisque c'est un des endroits du monde où le dérèglement semble avoir établi son règne, et où il est presque permis à toute personne de prendre telles libertés qu'il lui plaira. (Le P. Le Jeune.)

Les paiens même ont jugé la danse indigne de personnes qui ne seraient pas folles, ou que l'excès du vin n'aurait pas mises hors de leur bon sens. Nemo enini, dit un d'entre eux (Cicéron), saltat sobrins, nisi insanit. Mais les SS. Pères en détournent les chrétiens parla considération des dangers d'offenser Dieu inséparables de la danse. Ils la regardent comme une des œuvres de Satan auxquelles nous avons renoncé par notre baptême, comme l'écueil de la pureté et de la pudeur, et comme une invention pernicieuse pour réveiller beaucoup de passions. Car, quoique la danse ne fasse peutêtre pas toujours cet effet dans toutes les personnes qui l'aiment, il suffit qu'elle le fasse quelquefois pour être obligé de l'éviter comme une occasion de péché très-dangereuse. Dieu, dit saint Chrysostôme, ne nous a point donné des pieds pour un usage si vain et si déréglé, mais pour mar-

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cher avec modestie. [1 dit ailleurs que Jésus-Christ a'est point dans les lieux où L'on introduit Les musiques profanes. Les personnes pesantes de cœur, amateurs du mensonge, disenl : « Quel mal y a-1-il à se relâcher L'esprit <'t à se divertir? En quoi lu symphonie ou La danse est-elle mauvaise? » Sur ([uni ;i s'écrie: «<> mauvaise pensée ! ô folieextréme ! Jésus- Çhrist n'appelle point les pécheurs à de grands repus ni à faire bonne chère, mais aux jeûnes, aux veilles et aus oraisons ; ni à des dansesetà des musiques profanes, mais aux pleurs, aux tribulations et aux angoisses.» (Le Tourneux. Année chrétienne.)

[Faux prétextes.] — Un peu de divertissement est permis, je l'avoue : mais appelez-vous se divertir, de no penser à autre chose? passer d'un divertissement à un autre, sans être arrêté par l'es devoirs de l'état, par les besoins du domestique, par les bienséances de la modestie? Appelez-vous se divertir, assister aux spectacles les plus dangereux ? exposer sa pudeur aux libertés d'un enjouement dissolu? ne retenir que des apparences de piété, pour se livrer sans scrupule aux dérèglements scandaleux du jeu et des assemblées ? Appelez-vous se divertir se mettre, par une dissipation étrange, hors d'état de prendre un sentiment de dévotion et de faire une réflexion salutaire sur ses devoirs ? étudier toutes les aises, tous les goûts d'une chair voluptueuse et criminelle ? veiller avec inquiétude aux moyens de ne point languir dans sa joie, sans jamais tourner son cœur du côté de Dieu? Si c'est là, selon vous, se divertir, je vous assure que ce n'est point là, selon Jésus-Christ, être chrétien. N'endurez pas tous les travaux et toutes les souffrances de ce divin législateur": il y consent. Ne vous privez pas, comme lui, de tout plaisir : il vous le pardonne. Mais donner à la joie autant de temps que vous pouvez, sans ménagement, sans modération, sans crainte et sans honte, c'est violer ouvertement la loi. 11 ne vous reconnaîtra point pour ses disciples, tant que vous serez plongés dans les mouvements agréables et licencieux du monde. (Le P. de la Pesse.)

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