‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 4 sur 59 · XXI. — Trois motifs nous engagent à cette pratique · texte numérisé non relu

XXI. — Trois motifs nous engagent à cette pratique

En 'premier lieu : — La charité demande que nous reprenions notre prochain, quand nous le pouvons faire avec quelque espérance de profit, soit pour l'amendement de celui qui pèche , soit pour préserver de contagion les personnes devant qui on pèche. Ce précepte est plus ou moins pressant, selon les besoins auxquels il faut remédier; et, quoiqu'il s'étende à toutes les matières qui regardent la charité envers nos frères , on s'en doit souvenir surtout dans les occasions où il s'agit de leur utilité spirituelle , pour laquelle nous devons être disposés à faire beaucoup plus que pour leurs autres avantages. Cependant est-ce ce qu'on fait? Que coûteraitil à cet ami, à ce parent, à cet homme riche, à cette personne qu'on écoute si volontiers dans les compagnies , de ramener à leur devoir tant de personnes avec qui on est tous les jours? D'autant plus que le précepte même veut qu'on s'y prenne avec douceur, sans témérité, sans orgueil; tantôt d'une manière ouverte, tantôt d'une manière indirecte, ne s'écartant jamais des règles de la prudence.

En second lieu: La générosité demande que cette charité ait son étendue, et qu'un homme ne craigne pas tant de s'exposer, pour une si bonne cause, à perdre ses travaux et ses soins. Ne faut-il rien souffrir pour Dieu, pour le bien et le salut de nos frères ? Pourquoi si tôt désespérer ? Abandonnonsnous ainsi nos autres desseins, quand nous avons résolu de gagner une personne dont il faut essuyer cent bizarreries ? Quelle gloire de négliger,

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oei rebuts, qu'on ne mérite jamais quand la oorreotion eti bien faite ! Par iv moyen nous parviendrons peut-être 6 mire au moini notre devoir en oroyani aller au-delà, e1 noua en seroni plua prêta a agir quand il faudra plus d'attention et plue de courage.

Sn troisième lieu: La justice demande, es plusieurs rencontres, qu'on Casse rctio oorreotion, quoique toujours avec prudenco, sans compter If peine qu'il en coûte, ni le peu de satisfaction qui nous en1 reviendra. Ainsi, cette obligation regarde toul pasteur, tout magistrat, tout supérieur, quel qu'il soit, dans L'étendue de sa juridiction et de son autorité. Dût-il passer pour Un censeur importun, e1 même s'exposer à quelque danger, il doit reprendre, au moins tacitement e1 indirectement, celui qui pèche en sa présence, de peur que le coupable ne crût que sa fausseté est approuvée si elle n'était pas reprise.

Les Sources.

[Les SS. Pères]. — S. Augustin a fait un livre, de Correptione et gratid, où il fait voir que la correction et la répréhension ne sont pas inutiles , quoique Dieu nous avertisse et nous reprenne lui-même intérieurement par ses grâces. — Au livre De Civit.,il montre que les prélats sont commis de Dieu pour reprendre les péchés, et qu'il leur demandera compte de ceux de leurs inférieurs qu'ils auront laissés périr faute de les avertir. — II Sermonum Dom. in monte : que celui qui reprend ou qui corrige doit être hors de reproche sur les défauts qu'il blâme , ou s'en être corrigé s'il y a été sujet. — Épître 19 à S. Jérôme : manière dont il faut reprendre nos égaux, nos supérieurs, sur l'exemple de S. Paul qui reprit S. Pierre. — Sermon 16 de Verbis Domini : correction qu'il faut faire en particulier.

Dans l'Epître 87 ad Felic. et Rusticum , il montre qu'il n'est pas facile de trouver des personnes, qui écoutent volontiers les répréhensions, mais que cela est nécessaire, qu'on est obligé de les faire. — Serm. J5 de Yerb. Matth., il prouve, par l'exemple des médecins, qui ordonnent souvent des remèdes difficiles, qu'il n'y a point d'inhumanité à faire une sévère correction lorsqu'elle est nécessaire.

Le même , ou quelque autre auteur, Serra . H ad Fratres in Eremo , fait un long discours sur l'utilité de la correction fraternelle. — I Civit. 9, demandant pourquoi souvent les bons sont punis avec les méchants, il répond que c'est parce qu'on dissimule les péchés d'autrui. — Traité 10 sur S. Jean : quel est le véritable zèle avec lequel il faut faire la correction.

— Liv. des 50 Homél., homél. 4, il montre les qualités qu'e doit avoir celui qui reprend les autres. — Ibid. , homélie 46, ce que la correction opère dans les justes et dans les pécheurs.

S. Grégoire, X de ses Morales, montre qu'écouter les avertissements qu'on nous donne et les répréhensions , c'est le propre d'un homme sage.

— Au livre 33 , il parle de ceux qui s'excusent quand on les reprend , et qui reçoivent mal la correction. — Pastorale, n , 10, long discours sur la correction qu'on est obligé de faire aux pécheurs. Il y explique en particulier la méthode de les bien corriger.

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