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I:'i/n Evangelio non crederem, nisi

tholiCCD ECCksiœ nu/i mO\ -fret tititturiltt::. August. ooiitrà lOpisi. Manichœi.

Ecce Ecclesia tut manifestissimis scripturaiiidi testimoniis cotnmendata , prœdicta et demonstrata : quid tergiversaris? [d. oontra Donatum.

Chris tianus non est qui in Christi Ecclesia non est. Alignât. Serin. 181 de Temp.

Sh/ii est m quâ opus lutin/m fructuosè peragitur. Id. Ibid,

ffec amare Peum nec diligere quis potest, (/ni tu Ecclesia ejus non est. Id. tu de Symb. 11.

l\,vc errantes filios revocat, mortuos graviter du/et, secum persévérantes incleficienter pascit, August. Ibid.

Ecclesia et virgo est et parit; Mariam

imitatur quœ Dominant peperit. Id. Serm. I l!i do Temp.

Duo parentes qui nos yenuerunt ad mortem, Adam et Eva : parentes qui nos yenuerunt ad vitam, Christus est et Ecclesia. Id. Serm. 109 de Temp.

Congruis alimentis Ecclesia pascit quos portât in utero, ut ad diem parties sui lœtos botta perducat. Id. Tract. 4 de Symbole-.

Tota Ecclesia constans ex omnibus fidehbus, quia fidèles omnes membra sunt Christi, habet illud caput in cœlestibus. August. in Ps. m.

Si quis absque Ecclesia invenlus fuerit , (dictas eril à numéro filiorum Dei, nechabebit Deum patrem qui Ecclesiam noluerit habere matrem. Id. iv de Symb. 10.

Teneamus unitatem : prœter unitatem qui facit miracula nihil est. Id. Tract 13 in Joannem.

Latus Christi lanceà percussum est, et sacramenta flmxerunt, undè fueta est Ecclesia. August. in Ps. 126.

Illa quœ per imiversam constituuntur Ecclesiam, ah ipsis Apostolis tradita et commemorata creduntur, quamvis in eorum dictis rel eonciliis non reperiantur. Id. n de Bapt. 7 et v, 23.

Ab Jérusalem <:<epit Ecclesia, et pervenit ml omnes gentes. Id. n in Epist. Joannis.

Ecclesiam accipite, fratres, non ii solùm quipost Domini adventum et nativitatem esse

nom de Jésus-Christ, si voua n'êtes pas dans un Église, vous ne i.ii serez pas de souffrit' un supplice étemel.

i in r Église est une, un il n'y en a poini <\u tout.

.le ne emirais point ;ï l' Évangile même,

si je n'y étais porté par l'autorité de l'Église qui me l'enseigna,

Voilà l'Eglise qui nous est recommandée, prédite et marquée par huit et de si manifestes témoignages de l'Écriture : pourquoi cherchez-vous des prétextes pour ne pas vous rendre à son autorité ?

Celui-là n'est pas chrétien qui n'est pas

dans l'Église de .li':si S-ChwST.

Ce n'est que dans l'Église qu'on peut faire des a;uvres méritoires de la vie; éternelle.

Nul ne peut véritablement aimer Dif.u, qui n'est point membre de son Église.

Cette Église rappelle ses enfants égarés , elle gémit sur ceux qui sont morts à la grâce, et nourrit continuellement ceux qui persévèrent avec elle.

L'Eglise est vierge, et elle donne des enfants ; elle imite en cela Marie, qui a mis le Seigneur au monde.

Adam et Eve sont les parents qui nous ont engendrés à la mort : Jésus-Christ et l'Église nous ont engendrés à la vie.

L'Église nourrit d'aliments propres et convenables ceux qu'elle porte dans son sein, afin qu'elle puisse un jour les enfanter, et leur faire voir heureusement le jour.

L'Église, composée de tous les fidèles, pare? que tous les fidèles sont les membres de Jésus-Christ, a ce même Jésus-Christ pour chef dans le ciel.

Si quelqu'un se trouve hors de i'Église, il sera exclu du nombre des enfants de Dieu, et celui-là n'aura point Dieu pour père qui n'aura pas voulu avoir l'Église pour mère.

Conservons l'unité, car sans l'unité, quand on ferait des miracles, on n'est rien, on ne doit être compté pour rien.

La lance a ouvert le côté de Jésus-Christ, d'où ont coulé les sacrements et c'est de là qu'est sortie l'Église.

Quand les choses sont établies dans toute l'Eglise, on doit croire qu'elles sont venues des Apôtres, quoiqu'on n'en trouve la trace ni dans leurs paroles ni dans les conciles tenus par eux.

L'Église a commencé parla ville de Jérusalem, cL de là elle s'est étendue dans toutes les nations.

Entendez, mes frères, par l'Église, nonseulement ceux qui ont vécu saintement

cœpertmi sandi, sedomnes quotquot fiteruni sancti ad ipsam Ecclesiam pertinent. Aug. Serm. i ï de Divers.

« In sole posait tabemaculum suum » : id est, in manifeste. Tabemaculum ejus Ecclesia ejus; in sole posita est, quia non in nocte

sedin die. Id. in Ps. iS.

Templum Dm'sanctum ipsa est Ecclesia sancta, Ecclesia una, Ecclesia vera, Ecclesia catholica, contra omnes hœreses pugnans : pugnare potest, expugnari non potest. August. i, de Symb. S.

Hoc tenete, ovile Christi esse catholicam Ecclesiam. Id. t'3 in Joann.

Ecclesia catholka, solo corpus est Christi ; extra hoc corpuè neminem vivifient Spiritus- Sanctus. Id. Epist. 50 (ad Bonifac).

Mater omnium hœreticorum est superbia.

August. contra Epist. Manich.

Non posset error oboriri palliât us tannin'1 christiano, nisi de scripturis maie intettectis. Lib. 83 Quaest. i.

Non ad diabolum pertinet sive quis isto vel illo modo erret : omnes errantes vult, quibuslibet erroribus. Id. 1 de Past.

Hoc omnium hœreticorum est, qui rem manifestissimam in luce omnium gentiurn constitutam videre non possunt. August. n contra Parmen.

Non oh aliud sunt hœretici qui scripturas catholicas legunt, nisi quàd, eas non intelligentes, suas falsas opiniones contra eorum veritateta pertinaciter asserunt. Id. vu de Gen. 9.

Inter caiholicos malos et hœreticos hoc interesse, quàd hvretici falsa credunt, illiautem, vera credenles, non vivant ità ut credunt. August. Quœst. Evang. Mat th. 11.

Sub uno capite Petro, omnes membrasunt Ecclesiœ. Id. iv Epist.

Si vis vivere de spirilu Christi, eslo in corpore Christi. August.

Cathedra Moi/sis cogebat eos (pharisœos) bona dicere, etiam non bona facientes. Id. iv Doctr. Christi.

Quisquis falli metuii hujus obscuritate

quœstionis, Ecclesiam de tlld consulat. Id. çontrà Crescon. 33.

Deus judicabit omnes qui sunt extra verilatem, id est extra Ecclesiam. Iraeneus iv de Unitate Eccles. 6.

Sz quis in ared Noe non fuerit, peribit régnante diluvio; quicumqvc extra hanc do-

depuis la venue et la naissance de .h Christ, mais tous ceux qui, en quelque temps que ce soit, ont été véritablement saints; car ils appartiennent à l'Église.

« Il a placé son tabernacle dans le soleil » : c'est-à-dire dans un lieu éminent pour être vu. Or ce tabernacle, c'est son Église : elle est dans le soleil, parce qu'elle n'est point cachée dans les ténèbres de la nuit, mais exposée an grand jour.

Le temple de Dieu est saint, et ce temple est l'Eglise, l'Église qui est une, véritable, catholique, opposée à toutes les hérésies. Elle peut bien combattre, mais elle ne peut être vaincue.

Soyez-en persuades, le bercail de Jésus- Christ, c'est l'Église catholique.

L'Église catholique est le corps mystique de Jésus-Christ : hors de ce corps, le Saint-Esprit ne vivifie personne.

L'orgueil est le père de tous les hérétiques.

L'erreur ne pourrait paraître sous un nom chrétien, sans l'Écriture mal entendue.

11 n'importe au démon de quelle manière celui-ci ou celui-là tombe dans l'erreur ; il souhaite que tous y tombent de quelque façon que ce soit.

C'est le propre des hérétiques de ne pas voir ce qui est manifeste à tout le monde, et de s'aveugler au milieu des plus éclatantes lumières.

Les hérétiques qui lisent les saintes Écritures, ne sont dans l'erreur que parce qu'ils ne les entendent pas : c'est pourquoi ils soutiennent opiniâtrement leurs fausses opinions.

Il y a celte différence entre les mauvais chrétiens et les hérétiques, que ceux-ci croient des faussetés et que ceux-là, persuadés de la vérité, ne mènent point une vie conforme à leur foi.

Tous les membres de l'Eglise sont sou?

un seul chef visible, qui est Pierre.

Voulez-vous vivre de l'esprit de 3és\ s- Christ? soyez unis au corps de Jésus- Christ (qui est l'Église).

La chaire de Moïse (où étaient assis les scribes et les pharisiens) leur faisait dire la vérité, quoiqu'ils vécussent mal et la combattissent par leurs mœurs.

Si quelqu'un craint d'être trompé par l'obscurité d'une question difficile à résoudre, qu'il consulte là-dessus l'Eglise.

Dieu jugera tous ceux qui se sont écartés de la vérité, c'est-à-dire qui sont hors de l'Église.

Si quelqu'un, durant le déluge, n'est pas dans l'Arche de Noé (c'est-à-dire dans l'É-

PARAGRAPHE QUA'I RIÈM] ,

,/ium agnum comederit profanm est, Menon. Epist. 57 ad Damas. Pap.

. portas inferi reor esse hœreticorum doctrinas, per quas illecli homines duc\ ad tartara. M. :s in Maltb.

Quia hœreticorum non in auperbiam extollitur? Id. in c. i Abdiœ.

Hœretici in temetipsos sententiam ferunt arbitrio suo, de Ecclesiâ recedentes, quœ

scientiœ videtur damnatio. Hieronj

Hœretici omnes idololatrias vincunt impietate. Id. in [saiam.

Fateor me nunquàm hœreticis peperetsset et omni egisse studio ut hostes Ecclesiœ met quoque hostes fièrent. Hieron. i contra Pelagianos.

Omnes hœretici tument, omnes scientiam ■fur. Tertull. De Prœscript.

St hœretici sunt, christiani esse [non possunt. Id. Ibid.

Facilius est soletn extingui quàm Ecclesiam obscurari, Ghrysost. Homil. i de Verbis Domini.

Viperea hœreticorum vitate coîloquia, nihil vobis commune sit cum iis qui solo sunt nomine christiani. Lco Serm. 13 de pass. Domini.

Hœreticorum et îchismaticorum venena vitate, meumque circà eos odium sectarpini : scitis ipsi quàd nullus mihi nec pacificus quidem sermo cum eis unquàm fuerit.

(Antonius moriens), Athanasius Vita Anton.

Diversis locis sunt diversa, sed una mater superbia omnes hœreses genuif, sicut una mater catholica omnes christianos fidèles toto orbe diffusos, August. De Pastor. 8.

Ecclesiâ mater est, quœ nos de Christo peperit : hœc martyrum sanguine parturivii, hœc in sempiternam vitam peperit, et fidei lacté nutrivii et nutrit. Id. Epist. 38 (ad Laetam.)

Perhibet teslimonium Christus Ecclesiâ.

August. De unitate Eccles.

llabent illi (alii pastores) sibi assignatos grèges, singuli singuios : tibi universi crediti, uni unus ; nec modo ovium, sed et pastorum omnium unus pastor. Bernard, ad Eugenium.

Doctrina fidei una est,aliis doctrinœ mnliœ sunt, quia à recto multis modis contigit deviare. Thomas in Hebr.

fteatiiusiini tuœ, id est cathedra Pétri,

Il péi Ira . quiconque mangera I Agneau bon de nette maison esl un profane.

Je crois que les portes de l'enfer ne sont autre du i i que les mauvaises doctrine hérétiques, par lesquelles les homme attirés ol conduits dan- l'enfer.

Quel esl l'hérétique qui ne suit poini enflé d'orgueil.

Les hérétiques se condamnent eux-mi en B'écarlanl volontairement du sentiment de l'Église : cel élobj La condam-

nation de leur propre conscience.

Les hérétiques surpassent les idolâtre- en impiété.

J'avoue que je n'ai jamais pardonné aux hérétiques, et que j'ai toujours l'ait, autant qu'il m'a été possible, mes propres ennemis des ennemis de l'Eglise.

Tous les hérétiques sont>orgueilleux, tous promettent d'enseigner ce qu'ils ne savent pas eux-mêmss.

Si ces gens-là sont hérétiques, il est constant qu'ils ne peuvent être des chrétiens.

Il est plus aisé d'éteindre la lumière du soleil que de cacher tellement l'Église qu'on ne voie point où elle est.

Évitez les entretiens empoisonnés des hérétiques, et n'ayez rien de commun avec ceux qui n'ont de chrétien que le nom.

Donnez-vous de garde du poison que les schismatiques et les hérétiques vous présentent ; imitez l'aversion que j'en ai : car vous savez que je n'ai jamais entretenu commerce avec eux, ni liaison d'aucune sorte.

Il y a, selon la différence des lieux , diverses causes des hérésies ; mais l'orgueil les a toutes fait naître : de même que l'Église catholique est la mère de tous les fidèles dispersés dans l'univers.

L'Église nous a enfantés par la vertu qu'elle a reçue de Jésus-Christ, et avec le sang des martyrs elle nous a enfantés à la vie éternelle : elle nous a nourris, et nous nourrit encore.

Jésus-Christ rend témoignage lui-même à son Église.

Les autres pasteurs ont leur troupeau particulier, qui leur est assigné à chacun ; mais à vous, en qualité de Souverain-Pontife, on les a confiés tous ; vous n'êtes pas seulement le pasteur des brebis, mais le pasteur des pasteurs mêmes.

La doctrine de la foi est une, au lieu qu'il y a une multiplicité d'opinions dans les sociétés séparées de l'Église, parce qu'il y a plusieurs manières de s'écarter quand on a une fois quitté le droit sentier de la vérité.

Je suis uni do communion avec von»,

ECLISE.

commit, lion e consoeior. Egoclamito: Si quù cathedra Pétri jungitur, mens est. Hieron.

ad Damasum.

llln subi estcredenda veritas quœ in nullo ab ecclesiasticà traditions discordât. Origenes 29 in .Mail h.

Non potesi abseoiidi civitas suprà montera po.rita : serf donatistis operta est, quia àuditiiii tàtn lucidû et manifesta testimonia quœillamtoto orbe demonstrant, et tnalunt clans is oculis oatendere montent quàm in fatum ascendere. August. ad Donatistas.

Saint-Père, c'est-à-dire avec la chaire de S. Pierre; et je crie sans cesse : a Je suis uni de croyance avec celui qui se tient attaché à la chaire de Pierre. »

On ne doit tenir et regarder comme une vérité que ce qui n'est contraire en rien à la tradition constante de L'Église.

Une ville située sur une montagne ne peut être cachée : or, les donatistes ne peuvent pas ne pas connaître quelle est la véritable Église, dont ils voient des preuves si claires, si manifestes pour tout le monde ; ils aiment mieux montrer, les yeux fermés, cette montagne que d'y monter eux-mêmes.

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Définition.] — L'Eglise, dans le sens où nous la prenons ici, est l'assem blée de tous les fidèles chrétiens, répandus et dispersés partout le monde, qui professent la même foi, ont la même espérance, tendent à la même fin, et sont unis dans la participation des mêmes sacrements, sous un même chef visible, vicaire de Jésus-Christ en terre. C'est la notion que nous en donnent les SS. Pères, et qui estexprimée en ces termes dans le Symbole de notre foi: Credo in unam, sanctaftt , catholicam et apostolicam Ecclesiam. Toutes les parties de cette définition s'entendront assez par ce que nous en dirons dans la suite.

[Nécessité qu'il y ait une Eglise.] — Quand le verbe divin ne se serait pas incarné et qu'il n'y aurait point eu de DiEU-Homme qui fût chef de l'Eglise, il aurait toujours été nécessaire qu'il y eût un corps qui professât la foi du vrai Dieu : aussi y en a-t-il eu toujours un dans tous les siècles, depuis la naissance du monde. Mais cette vérité est encore plus évidente depuis que Dieu a envoyé son Fils pour faire connaître aux hommes sa divinité. Car, supposé, ce qui est incontestable, que Jésus-Christ soit venu pour être le Sauveur de tout le monde et le maltredes hommes, il faut qu'il soit reconnu pour vrai Dieu et qu'il ait des adorateurs suivant et observant sa Loi

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,.| sa doctrine. Or, ceux qui le Peconnalssëni et qui l*honorentde la sorte, ou du moins qui font profession de croire eu lui, cOrnposeni le corps dé le vraie Eglise, donl il est le chef , le principe et là fin. Cette vérité eàt si constante, que tous ceux qui disputent quelle esi la vraie Eglise suppo- Béni la nécessité d'une vraie Eglise, etl'on ne croit rien si fermement que ce nue l'on croit avant toute controverse C'estpourquoi c'esl un desartioles de notre foi : Credo in unam Ecclesiam.

[Deoi significations du nom d'église.] — Avant de parler des qualités et des propriétés essentielles de «elle Eglise, il faut, remarquer que, entre plusieurs significations du nom d'Eglise, il y en a particulièrement deux qui vont à notre sujet, et que nous trouvons dans l'Ecriture. Quelquefois ce nom est pris pour l'assemblée de tous les fidèles depuis la naissance du monde , parce que, comme de tout temps il y a eu une véritable religion , il faut de nécessité qu'il y ait eu une assemblée et une société de personnes qui l'aient professée, soit dans la loi de nature, soit dans la loi écrite. En second lieu, le nom d'Eglise, dans la loi de grâce, se prend en un sens plus restreint, pour l'assemblée des fidèles unis dans la même foi et dans la participation aux mêmes sacrements. Il est bon pourtant de savoir que, quoique dans le langage ordinaire on parle de ces deux sociétés comme de deux Eglises différentes, elles n'en font proprement qu'une , mais sous deux différents états, puisque, l'une étant la figure de l'autre , on y croit les mêmes vérités qui ont été promises dans l'une et accomplies dans l'autre, et qu'ainsi l'unité qui est essentielle à l'Eglise, y est parfaitement gardée.

[Bons et méchants.] — Puisque l'Eglise dont nous parlons est l'assemblée des fidèles, la première chose qu'il faut remarquer c'est que cette assemblée est composée de deux sortes de personnes, les bons et les méchants. Les méchants sont ceux qui, bien qu'ils participent aux mêmes sacrements et qu'ils aient la même foi que les bons, en sont néanmoins différents par leur vie et par leurs mœurs. Et les bons sont ceux qui sont unis ensemble, nonseulement par la profession de la même foi et la communion des mêmes sacrements, mais encore par l'esprit de la grâce et par le lien de la charité; et c'est d'eux que l'Apôtre dit : Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui. (II Timoth.ii.) Or, quoique l'on puisse conjecturer par quelques marques ceux qui sont du nombre des saints, on ne peut néanmoins en avoir une entière assurance. C'est pourquoi il ne faut pas croire que par l'Eglise, à laquelle le Sauveur nous renvoie et à laquelle il nous commande d'obéir, il ait entendu parler de cette partie de l'Eglise composée de justes et de saints, puisque, étant inconnue, il serait impossible de savoir au jugement de qui il faudrait avoir recours et à qui on devrait obéir. Ainsi, l'Eglise comprend les bons et les méchants. Mais , quoique la foi catholique tienne comme une vérité constante que les bons et les méchants appartiennent à L'Eglise,

iJ fautnéanmoins faire connaîtra aux fidèles que la même foi enseigne qu'il

y a une aussi grande différence entre ces deux parties qui composent l'Eglise qu'il y a entre la paille et le bon grain qui sont confusément dans l'aire, et entre les membres sains et les membres morts qui sont dans le même corps.

[Objection calviniste.] — Les calvinistes font une objection injuste et frivole aux théologiens catholiques, de ne définir que le corps deTEglise en ne faisant point mention de la charité, qui en doit être comme l'àme. Ils suppriment donc, disent-ils, une partie de son essence, et la plus notable partie ; et selon eux, ajoutent-ils, on peut reconnaître pour vraie Eglise une société privée de vie et de charité. Voici ce que Bellarmin leur répond. — Il faut remarquer, dit ce cardinal, que, selon S. Augustin, l'Eglise est un corps vivant, composé de corps et d'âme. L'àme de l'Eglise consiste dans les dons intérieurs du Saint-Esprit, la foi, l'espérance et la charité; le corps dans la profession extérieure de la foi et la communion des sacrements. Il arrive de-là que quelques-uns sont de l'àme et du corps de l'Eglise, et par conséquent unis à Jésus-Christ leur chef, et intérieurement et extérieurement : et ceux-là sont parfaitement de l'Eglise, parce qu'ils y sont comme les membres vivants sont dans le corps. D'autres participent à l'àme de l'Eglise, mais ne sont point encore de son corps , comme les catéchumènes, s'ils ont la foi et la charité. Enfin, quelques-uns sont du corps de l'Eglise et non pas de l'âme , et ce sont ceux qui n'ont aucune vertu intérieure , mais qui, par quelque motif que ce soit, font profesion de foi et participent aux sacrements, sous le gouvernement des pasteurs. La définition donc que les théologiens donnent de l'Eglise ne comprend que cette dernière manière d'en être, qui du moins est nécessaire afin que quelqu'un puisse être partie de l'Eglise visible : manière qui est à la vérité la plus imparfaite, mais sans laquelle on n'en est point du tout.

[Fausse définition. | — Ceux delà religion prétendue réformée montrent bien qu'ils ont une fausse idée de la véritable église, lorsqu'ils disent et publient dans leurs écrits que l'Eglise universelle et catholique est l'assemblée générale de tous ceux qui font profession de l'Evangile de Jésus-Christ par tout le monde, et que cette Eglise est divisée en plusieurs églises particulières, dont les unes sont pures et les autres impures ; les unes hérétiques et les autres schismatiques , qui néanmoins sont toutes l'Eglise de Jésus-Christ : comme un homme menteur ne laisse pas d'être un homme quoiqu'il soit menteur. Belle comparaison , sans doute ! Ne voit-on pas que l'essence de l'homme ne consiste pas dans les paroles, mais que l'essence de l'Eglise est d'enseigner la vérité , et celle d'un chrétien catholique consiste à la croire? N'est-ce pas faire du corps mystique de Jésus- Christ un corps monstrueux, composé de vérité et de mensonge, de foi et d'hérésie? Ce principe n'enveloppe-t-il pas une manifeste contradiction

PAR ia9 '■ PHI OINQUIÊMB, .'"^1

puisque être hérétique et schismatique c'esj être hors de l'Eglise? L'unité, l'infaillibilité, la vérité, et toutes les qualités essentielles à l'Eglit Jèsus-Chrîst, ne sont-elles pas dé1 ruites par cette opinion ?

[Il n'y a qu'une seule Eglise.] — C'est une opinion que Les libertins et les hérétiques se persuaderaient volontiers, quetoutesles religions qui reconnaissent le vrai Dieu sont bonnes. Si cela était, personne ne devrait être inquiété d'aucun remords de conscience touchant le choix qu'il a fait de la secte où il s'est engagé , et il serait libre à chacun de servir 1>iku à sa manière et selon son caprice. Dieu étant la vérité par essence, il ne peut être honoré par le mensonge. C'est pourquoi il faut que le culte qu'on lui rend soit établi sur une croyance conforme à la vérité. Or , la vérité est parfaitement une : elle ne peut jamais admettre de contrariétés ni de contradictions; il n'y arien de si simple que son essence, qui est indivisible. L'unité donc étant si intime à la vérité et si inséparable de sa nature, comment la vérité pourrait-elle compatir et subsister avec les grandes contradictions qui devraient nécessairement se trouver dans la croyance de deux religions contraires et de deux Eglises ? Car, enfin, pour faire deux Eglises et deux religions , il faut qu'elles soient différentes en quelque point considérable touchant les choses divines ou touchant les mœurs. En ce cas, il ne se peut faire que l'une et l'autre croyance soient vraies, puisque la vérité est essentiellement attachée à l'unité , et ne peut souffrir de diversité : et par conséquent il ne se peut faire que l'une et l'autre religion soient bonnes, et l'une et l'autre véritables.

[Opinions libres.] — On voit, à la vérité, des opinions différentes parmi les docteurs catholiques, et on agite tous les jours de nouvelles questions dans les écoles sur les plus hautes matières, où les sentiments des plus habiles théologiens sont partagés. C'est une objection que nous font tous les jours les hérétiques. Mais il est aisé de répondre que les catholiques ne diffèrent sur aucun point de ceux que l'Eglise oblige de croire, mais seulement sur ceux où elle laisse à chacun la liberté d'en dire et d'en juger ce que bon lui semble , comme n'étant point décidés ni déterminés par l'Ecriture- Sainte ou par les conciles ou par la tradition : car dans ces choses , tous captivent leur entendement sous l'autorité de la chaire de S. Pierre, qui est celle de Jésus-Christ.

[Dp l'unilé de l'Eglise.] — La première des propriétés de l'Eglise, selon qu'il est marqué dans le Symbole de Nicée, est qu'elle est Une. Or, une si grande multitude d'hommes répandus en tant de lieux, si éloignés les uns des autres, est appelée une Eglise, pour les raisons que l'Apôtre a marquées dans son Epitre aux Ephésiens, qui sont: Qu'il riy a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême ; et qu'elle n'est conduite et gouvernée que par an chef invisible etpar undaef visible. Jésus-Christ est son chef invisible,

le Père éternel V ayant donné pour chef à toute l'Eglise, qui est son corps. Son chef visible est celui qui, en qualité de légitime successeur de S. Pierre, remplit le siège de l'Eglise de Rome : car tous les pères sont dans ce sentiment, qu'il était nécessaire qu'il y eût un seul chef visible, pour établir et maintenir l'unité de l'Eglise. S. Irénée, S. Cyprien, Optât de Mileve, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Augustin, S. Basile, etc., enseignent tous la même chose sur ce point. Ainsi, lorsque plusieurs peuples sont soumis à l'autorité d'un monarque, ils ne font qu'un Etat et un corps. De plus, comme l'âme anime tous les membres du corps, c'est aussi le même esprit qui communique la grâce à tous les fidèles. De sorte que, de même que le corps humain est composé de plusieurs membres, et que tous ces membres sont animés par une même âme, ainsi le corps mystique de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, est composé de plusieurs fidèles en qui un seul et même esprit opère toutes choses, distribuant à chacun ses dons selon qu'il lui plaît. Nous n'avons tous, aussi , qu'une même espérance, à laquelle nous avons été appelés, comme le témoigne le même Apôtre : car nous espérons tous la même chose, qui est la félicité éternelle. Enfin , nous faisons tous profession de garder et de suivre la même foi, afin, comme dit encore cet apôtre , qu'il n'y ait point de schismes ni de divisions parmi nous. Et il n'y a qu'un même baptême, qui est le sceau et le sacrement de lafblehréîienne.

[Sainteté.] — La seconde propriété de l'Eglise est d'être Sainte. Nous tenons cette vérité de S. Pierre : Vous êtes, dit-il , la race choisie, la nation sainte. Or, l'Eglise est appelée sainte. 1°. Parce qu'elle est consacrée au service de Dieu, et qu'on a coutume d'appeler saint tout ce qui est destiné au culte du Seigneur ; et les fidèles sont devenus saints parce qu'ils sont devenus le peuple de Dieu lorsqu'ils se sont consacrés à lui en recevant le Iiâptéme et en embrassant la foi, quoique souvent ils ne s'acquittent pas de ce qu'ils ont promis, de même que ceux qui font profession d'un art ne laissent pas de porter le nom que l'on donne communément à ceux qui l'exercent, encore qu'ils n'en suivent pas toutes les règles. — 2°. L'Eglise est appelée sainte , parce qu'elle est unie à Jésus-Christ comme à son chef, qui est la source de toute sainteté, d'où se répandent sur toute l'Eglise les dons du Saint-Esprit et les richesses de la bonté de Dieu. — 3°. L'Eglise est sainte parce qu'elle seule offre un véritable sacrifice et qu'elle peut user utilement des sacrements, par lesquels, comme par les instruments efficaces de la grâce, Dieu communique la véritable sainteté : en sorte que personne ne peut être vraiment saint , et n'être pas dans le sein de cette Eglise.

[Calholicilé.J — La troisième propriété de l'Eglise est qu'elle est Cal Indique,

c'e^-à-dire universelle. Ce nom lui a été donné avec justice , parce que ,

ne le remarque S. Augustin, elle s'étend à la faveur de la foi, depuis

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l'Orient jusqu'à l'Oecidenl ; en sorte qu'elle u'eit pas seulement renfermée dans les limites d'un seul royaume ou d'une nation, comme les Etats de la terre ou les sociétés des hérétiques, mais qu'elle renferme dans son sein généralement tous les hommes, soit barbares ou Sii/ilics, soit libres on

esclave» , soù hommes ou femmes , c médit l'Apôtre. (Coîoss. m.) Enfin

tous les fidèles qui ontété depuis Adam jusqu'ici, e1 qui séroni jusqu'à la lin du monde, et qui ont l'ail profession de la vraie foi , appartienne^ à la, même BgUse. Et «•elle propriété es1 la marque la plus assurée par laquelle on peul distinguer la véritable Eglise de celles qui sont fausses.

[Apostolicité.] — L'Eglise s'appelle de ce nom parce qu'elle tire son origine des Apôtres qui ont publié l'Evangile : car la doctrine de l'Eglise n'est pas une doctrine nouvelle, et qui ne commence qu'à paraître; c'est celle-là même qui a été enseignée par les Apôtres et qui a été répandue dans le inonde par leur ministère. C'est pourquoi les pères du concile de Nicée, inspirés de Dieu, voulant nous faire comprendre quelle était l'Eglise Catholique, ont ajouté dans le Symbole le mot ft Apostolique .

[Infaillibilité de l'Eglise.] — L'Eglise ne serait plus l'Eglise de Jésus-Christ si elle avait erré ou si elle pouvait errer dans la foi, parce que la vérité et la pureté de la foi et de la doctrine est essentielle à l'Eglise que Jésus- Christ a établie. C'est sa définition, et pour parler avec les théologiens , sa forme essentielle. Elle ne peut subsister sans cela. Or, comme l'Eglise doit toujours subsister, selon l'Ecriture, elle doit toujours être infaillible dans sa foi. Il faut donc que nous trouvions sur la terre une église dans laquelle se vérifient ces paroles de Jésus-Christ : Et portœ inferi non prœvalebunt advenus eam ; et cette autre promesse , que son assistance ne lui manquerait point jusqu'à la fin du monde. Que sont devenues toutes ces promesses, s'il est vrai, comme disent les novateurs, que la vraie doctrine a manqué aux pasteurs de l'Eglise depuis mille ou douze cents ans, que ses docteurs ont prêché le mensonge, que ses prélats, ses conciles, ses papes ont erré ; et qu'eux, nouveaux prophètes et nouveaux apôtres , ont ressuscité la foi, ramené la vérité bannie, expliqué l'Evangile mal entendu, rallumé la lumière éteinte , rétabli le fondement ruiné , et enfin rebâti le temple et l'Eglise renversée. C'est le langage de quelques-uns de leurs auteurs. Y a-t-il là la moindre apparence de vérité ? Sans cette infaillibilité de l'Eglise, nous serions plus incertains, en ce qui regarde la foi. que les pyrrhoniens ne l'étaient autrefois dans les sciences humaines. Qui estce qui m'assurera des livres canoniques de l'Ecriture, si cette Eglise qui me les présente se peut tromper? Quand je serais assuré que c'est la parole de Dieu et l'Ecriture-Sainte, ce n'est pas assez d'avoir la lettre, puisque S. Paul dit qu'elle tue, et que l'expérience nous fait voir que les hérétiques s'en servent. Il faut donc avoir le sens : et qui est-ce qui me le donnera, Test l'Eglise, puisque j'ai ordre de m'adresser à elle et de l'écouter?

Mais, si cette Eglise peux me tromper en matière de foi, on m'expose k être trompé lorsqu'on m'adresse à elle.

Il fallait que dans l'Eglise il y eût une chaire de vérité, où Dieu nous enseignât la sagesse pour la foi et pour les mœurs, afin qu'on y pût avoir recours dans les occasions et les nécessités pressantes. On ne peut pas dire que c'est l'Ecriture-Sainte , comme font les hérétiques, puisque c'est du sens de cette Ecriture qu'il est question, et que chaque parti prétend être de son côté ; autrement, c'est ne finir jamais la dispute, et mémo ouvrir la porte à toutes les erreurs, si chacun a le droit de l'interpréter selon le sens qu'il se sera imaginé. Comme donc il ne suffit pas que, dans un Etat, il y ait de bonnes lois, mais il faut qu'il y ait des juges pour prononcer selon ces lois et les expliquer par leurs sentences, parce que ces lois ne s'expliquent pas elles-mêmes, ainsi ce n'est pas assez que, dans l'Eglise, il y ait une écriture incontestable et divine; il y faut un juge établi de Jésus-Christ, qui prononce selon le sens de l'Écriture, et qui décide les doutes dans les matières de la foi. C'est ce que la coutume de tous les siècles fait voir, puisqu'on s'y est toujours adressé.

[Esprit des hérétiques.] — La prévention et la ridicule persuasion des hérétiques, que l'esprit de Dieu les inspire sur le vrai sens de l'Écriture, et par conséquent qu'ils sont pleinement assurés de la vérité de leur croyance, et qu'ils ne peuvent pas douter qu'ils ne soient dans la bonne voie , cette prévention, ou plutôt cette présomption, qui s'appelle esprit particulier, est la source de toutes les erreurs, et un principe sur lequel les plus ignorants et les plus entêtés de tous les hommes pourront établir une nouvelle religion et fonder une nouvelle Église, en méprisant l'autorité de celle qui a été de tout temps, et en rejetant les décisions des conciles , la tradition constante et le sentiment unanime de tous les saints docteurs. Les anabaptistes, les trembleurs, les sociniens, ne peuvent-ils pas alléguer qu'ils ont l'esprit de Dieu, et, s'il ne tient qu'à en être fortement persuadé, ils le seront encore plus que les calvinistes. Or, si cela a lieu, il n'y aura plus d'Église ni de lien commun entre les chrétiens , nous serons réduits à un peuple de fanatiques et d'enthousiastes , dont chacun s'assurera qu'il est guidé pur l'esprit de Dieu, sans se mettre en peine de ce qui guide les autres. Plus de raisonnement entre les hommes, plus de moyens de s'éclaircir; le plus impertinent de tous les sophistes, après avoir violé toutes les règles du bon sens, dira qu'il a l'esprit de Dieu et que nous ne l'avons pas. Les réformateurs du xvie siècle n'avaient presque autre chose dans la bouche ; mais on leur fit tant la guerre sur cet esprit particulier, dont ils ne pouvaient avoir de preuve, que leurs successeurs en ont eu honte : ce n'est plus aujourd'hui qu'à l'extrémité, et quand on n'a plus rien à dire, qu'on revient à ce faux-fuyant.

La véritable Église ne peut consentir à aucune réformation de ses dogmes sur la foi ; elle ne serait plus véritable Église si cette réformation

pouvait avoir lieu. Quant à la réforraatioti des abus dans la pratique, non pas générale mais particulière, l'Eglise n'a jamais nié qu'elle n'en ait besoin; et c'est pour cela môme qu'elle s'est très-souvent assemblée dans ses conciles généraux, et qu'elle a ordonné des synodes et des conciles particuliers, qui y travaillent sans cesse. De même, quand on verrait encore maintenant, comme il s'en est vu autrefois, des personnes qui déshonorassent leur caractère par l'infamie de leurs actions et par la honte de leur vie, cela ne saurait être un prétexte de se soustraire à l'obéissance des prélats et des pasteurs qui gouvernent l'Eglise, parce que la vérité ne laisserait pas de se faire entendre par leur bouche : elle est attachée non aux personnes, mais à l'Église qui les envoie, qui les autorise, et qui par elles nous instruit.

i vi.

Endroits choisis des Livres Spirituels et des Prédicateurs.

[L'Eglise esl l'ouvrage de Dieu.] — Si nous jugeons de la perfection de l'Église parce qu'elle est, par celui qui l'a formée, par le prix qu'elle a coûté par l'ordre qui la fait subsister, parles richesses qu'elle renferme, par sa fermeté inébranlable et par la sainteté enfin de ceux qui la composent, nous ne trouverons rien de si grand, de si divin, de si beau , de si accompli, de si riche, de si miraculeux, de si saint, et par conséquent de si admirable, que l'Eglise. Les plus aveugles en deviendront les admirateurs et se récrieront : « Ce merveilleux ouvrage est l'œuvre du Seigneur, et il n'y a rien de si admirable à nos yeux : A Domino factura est istud, et est mhabile in oculis nosfris. » En effet, il n'y a rien de plus grand et de plus divin que celle qui est le corps mystique de Jésus-Christ, et qui a pour ses membres tous les fidèles, et Jésus-Christ lui-même pour son chef; il n'y a rien qui ait coûté davantage, puisque son prix est la vie et le sang d'un Dieu. Il n'y a point d'ouvrage qui ait donné plus de peine à achever, puisque, pour le former et lui donner sa perfection, il a fallu qu'un Dieu mourût par la violence des plus cruels tourments. Il n'y a rien de plus ordonné, puisque son ordre n'est autre que celui du ciel, où est son exem-

plaire ; il n'y a rien de plus riche, puisqu'elle a pour son héritage tous les biens célestes et toutes les grâces ; il n'y a rien qui puisse disputer avec elle en force et en fermeté, puisqu'elle est plus forte que les enfers et que tous les efforts des démons, qui ne prévaudront jamais contre elle : Et portos inferi non prœvalebunt adversus eam. (Sarazin, A vent.)

[L'Eglise royaume de Dieu.] — Il n'y a rien de plus illustre, entre les ouvrages de Dieu, après l'Incarnation de son Fils, que le corps mystique de l'Eglise, dont la sainteté est composée de celle de tous les saints. Tout ce qu'il y a jamais eu d'éclatant dans les empires de la terre n'est rien en comparaison de cette monarchie, puisque son étendue n'a point de bornes, que sa durée égale l'éternité ; ses richesses sont celles de la grâce , qui sont inestimables ; sa force ne peut être ébranlée par tous les efforts de l'enfer ; sa gloire renferme une infinité de victoires qu'elle a remportées sur l'athéisme, sur l'idolâtrie et sur l'infidélité. Il y a tant de différence entre cet empire et ceux des princes de la terre, qu'il vaut infiniment mieux être simple sujet en celui-ci que de posséder tous leurs sceptres hors de lui. Il est vrai que ce n'est pas assez d'être dans l'Eglise pour être heureux ; mais il est aussi véritable qu'on ne peut être heureux sans y être, et qu'il ne tient qu'à ceux qui y sont d'être heureux ; le bonheur même éternel est en leur pouvoir avec l'aide du ciel, qui ne leur manque pas, et ils peuvent tous être des rois, dont Dieu même sera la possession et le sort sans partage. (Livre intitulé La Sagesse chrétienne, ch. 7.)

[ H n'y a qu'une seule et vraie Eglise. ] — Il n'y a point de doute que le Fils de Dieu, ayant une autorité souveraine et un pouvoir indépendant de tout ce qui est créé, n'ait dû établir une Eglise, une monarchie que toute la puissance des hommes et même de l'enfer ne pût renverser. Ce qui ruine les royaumes et les monarchies humaines, c'est la force des ennemis qui les combattent. Il n'y a point de force créée qui ait aucun pouvoir contre la vertu infinie d'un Homme-DiEU : et par conséquent ce qu'il a établi, ce qu'il conserve par sa toute-puissance, doit être inébranlable, invincible, inaltérable. Aussi a-t-il prédit cette force inexpugnable de son Eglise : et, avant de monter au ciel, il promit à ses disciples, qui représentaient cette Eglise, qu'il serait avec eux, par sa protection et par le secours de ses grâces, jusqu'à la fin du monde. Cette vérité est si constante, que tous ceux qui disputent quelle est la vraie Eglise supposent la nécessité d'une vraie Eglise, et l'on ne croit rien si fermement que ce que l'on suppose avant toute controverse. Et ainsi on ne peut nier qu'il n'y ait une vraie Eglise : la question est seulement où elle est, et quels sont les caractères qui la doivent faire recomlaitre.

Si nous considérons ce qui doit servir de base et de fondement à la vraie religion, nous verrons clairement qu'il n'y en peut avoir qu'une. Cette base et ce fondement est la vérité, en ce qui regarde les choses divines :

I'.m; IGRAPHI SIXIKMK. 527

,-.ir, Dieu étanl la vérité par essence, il ne peul être honoré par le mensonge; il faul nécessaireinenl que le culte qu'on Lui rend soil établi sur une croyance conforme & la rérité; or, comme la vérité est parfaitement Une, elle ne peu! jamais admettre de contrariété ni de contradic- : et, de toutes les choses donl l'unité est inséparable, il n'y enapas uneà laquelle elle soil plus intime qu'à la vérité. Comment donc la vérité poùrrait-elle compatir et subsister avec les grandes contradictions qui devraienl nécessairement 3e retrouver en la croyance de deux religions et de deux églises contraires? Pour faire deux religions et deux églises, il l'a ni qu'elles soient différentes en quelque notable point de la doctrine, touchant les choses divines ou touchant les mœurs, et, en ce cas, il ne peut se l'aire que l'une et, l'autre croyance soient vraies, puisque la vérité est essentiellement attachée à l'unité et ne peut souffrir de diversité.

Toute la diversité en fait de religion ne saurait faire deux vraies Eglises. La raison en est, que cette diversité ou détruit la fin de la religion, ou non: si elle ne la détruit pas, comme les différentes cérémonies extérieures, qui peuvent changer selon les temps et les pays, elle ne fera pas une distinction essentielle, et ne rompra point l'unité, qui est inséparable de la vérité. Si elle la détruit par quelque chose qui lui soit contraire, elle mettra le parti qui l'embrassera au nombre des hérésies et des schismes que Dieu ne saurait approuver. Et non-seulement un tel parti n'est pas une véritable Eglise, mais même, étant ennemi de la vérité et de l'union, il est nécessairement ennemi de Dieu, et, faisant une fausse profession de l'honorer, il lui est plus opposé que l'ignorance de ceux qui ne l'ont jamais connu. {Le même.)

[L'Eglise est visible.] — S. Chrysostôme a eu raison de dire que le soleil cespi utot de nous éclairer que l'Eglise d'être visible et connaissable à tous les hommes. Dieu n'a pas voulu que nous fussions dans l'incertitude touchant un point de notre salut aussi essentiel que celui-là. Sa Providence, qui s'étend à tous les besoins de ses créatures, n'a pas voulu manquer à l'homme dans une chose si nécessaire à sa conduite, ni lui refuser les lumières qui lui doivent faire connaître le chemin de son bonheur éternel. Il a voulu faire connaître son Eglise par des caractères si bien marqués, qu'elle est comparée tantôt à une haute montagne, tantôt à une ville située sur un lieu éminent, tantôt à un royaume étendu par tout l'univers, tantôt à la lune et au soleil, qui sont les choses les plus éclatantes dans ce monde visible. Si Dieu en avait usé autrement, serionsnous criminels pour avoir suivi des routes écartées? et, notre prudence n'étant pas assez éclairée pour faire un juste eboix lorsque tout paraîtrait incertain, serions-nous coupables d'avoir pris le faux pour le vrai? Non : cette colonne de nuée qui marquait aux Israélites, durant le jour, la voie qu'ils devaient suivre, et celle de feu qui les conduisait pen-

riant la nuit, n'étaient que des figures de l'Eglise, qui doit être visible et tellement marquée, qu'on ne paisse la méconnaître que par un aveuglement volontaire. {Le même.)

[Pèrpéluilé def Église] — S. Augustin, pour prouver aux donatistes que l'Eglise Romaine est la seule véritable, leur apporte pour une démonstration sans réplique la succession de tous les Souverains-Pontifes depuis •JÉsus-CiiRisTet S. Pierre jusqu'à celui qui tenait la chaire de son temps. Or, si une suite de trois cents ans, sans aucun intervalle, était une preuve invincible, au sentiment de ce saint docteur, qui appuyait ce raisonnement sur ce principe que la vraie Eglise doit être perpétuelle, combien maintenant cette preuve doit-elle être plus forte et plus incontestable que cette même Eglise est infailliblement la seule véritable, puisque cette perpétuité est plus sensible et plus remarquable, y ayant plus de seize cents ans depuis son premier établissement? Comparez maintenant la durée de toutes les autres sectes avec celle-ci. Elles sont passées comme des torrents, qui, ne tirant point leur origine d'une vive source, sont d'autant plus tôt desséchés qu'ils ont un cours plus rapide et plus violent. Elles ont fait voir qu'elles n'étaient que des erreurs et des illusions, puisque la vérité doit toujours subsister. Et non-seulement elles ont paru fausses lorsqu'elles ont cessé d'être; mais, lors même qu'elles duraient, elles portaient la marque visible de leur condamnation, en ce qu'il était évident qu'elles n'avaient commencé que depuis peu d'années; on savait les auteurs qui les avaient inventées, l'occasion qui y avait donné lieu, le temps auquel on avait commencé à publier ces erreurs, les troubles qu'elles avaient causés, et toutes les circonstances qui avaient contribué au progrès de ces dangereuses nouveautés.

Quand il se forme quelque comète en l'air, quoiqu'elle ne se dissipe pas tout aussitôt, comme font quelques autres météores, on sait cependant que ce ne sont pas de véritables astres du ciel, non-seulement parce qu'elles ont des effets très -pernicieux, tels que l'intempérie de l'air, les mortalités, les pestes qui dépeuplent quelquefois les provinces entières, mais encore parce qu'elles ne sont formées que depuis quelques jours ou quelques mois. Il en est de même de ces sectes que l'Eglise condamne. Quand même celles qui sont déjà évanouies subsisteraient encore, on pourrait manifestement reconnaître que ce ne sont pas des astres qui soient attachés de la main de Dieu dans le firmament immuable de la vérité, non-seulement par la malignité de leurs effets, qui sont les discordes, les révoltes contre les puissances légitimes, le libertinage et les cruautés, mais encore plus particulièrement par la nouveauté inopinée de leur naissance, qui les a fait paraître tout-à-coup, comme en l'air, après que tant de siècles se sont déjà écoulés sans qu'on ait rien vu de semblable. La véritable Eglise ressemble à l'assemblage des vraies étoiles qui sont dans le firmament: toutes ses vérités sont autant d'astres et de

parà'Crapue sixième. "20

lumières qui subsi t< le même éclat. L'enfer et tout ce qui

est ennemi do la vérité les a voulu obscurcir par de fausses doctrines ; L'éclal 1!'1 ces brillante lumières a toujours dissipé toutes ces épaisses uuées. Qu'est-ce qui n'admirera en cela la vertu divine, sans laquelle un vain éclair, si celui de l'Eglise avait été tel, se serait évanoui depuis longtemps? Il n'y a que Dieu seul qui donne la perpétuité au bien : et par conséquent la perpétuité d'une Eglise si sainte montre évidemment qu'elle a Dieu pour principe et que c'est Lui qui la maintient.

Quand S. Paul disait aux Corinthiens :« Il faut qu'il y ait des hérésies», il semblait, à juger humainement, que cette prédiction pouvait préjudiciel* à celle par laquelle Jésus-Christ avait assuré la perpétuité de son Eglise; car, chaque hérésie détruisant toujours une partie du tout, et souvent une très-considérable, il était à craindre que ce tout ne vînt enfin à être réduit à rien, par tant de retranchements et de diminutions. Combien de fois est-il arrivé que des nations entières, et quelquefois plusieurs nations ensemble, se sont séparées de ce corps? et cependant son intégrité n'a point été détruite. Au contraire, cette perte a été toujours accompagnée de deux grands biens, qui n'ont pu être que des effets d'une providence supérieure à tous les conseils des hommes. Car, premièrement, ces divisions ont contribué à confirmer la vraie doctrine, et ranimé le zélé des fidèles qui commençait à se ralentir : c'est pourquoi l'Apôtre, ayant dit « Il faut qu'il y ait des hérésies », ajoute: « Afin qu'on voie manifestement parmi vous ceux dont la fermeté aura pu soutenir l'épreuve des contradictions: Oportet hœreses esse, ut qui probati sunt manifesti fiant in vobis (I Cor. n). » En second lieu, le retranchement et la diminution que ces divisions ont causés à l'Eglise ont été réparés par de nouveaux accroissements, et souvent par de plus grands progrés. Il est arrivé dans ces pertes la même chose que dans l'obstination des Juifs: Numquidincredulitas eorum fïdem DEievacuaèiïi Absit. (Rom. m.) Leur incrédulité ira-t-elle jusqu'à l'anéantissement de la foi divine? demande S. Paul: à Dieu ne 3 ! au contraire, le refus des Juifs de croire en Jésus-Christ a fait 1er les païens en leur place, et les a fait entrer dans l'Eglise. La mémo chose, dis-jc, est arrivée lorsque les peuples qui croyaient en Jésus-Christ se sont séparés de son Eglise par des schismes et par les hérésies ; Dieu a éclairé en mémo temps d'autres nations de la lumière de la foi. et leur conversion a compensé, même avec avantage, le dommage que ces divisions avaient causé.

C'est une remarque que plusieurs personnes ont faite, que jamais les hérétiques n'ont eu le zèle ou le pouvoir de faire quelque conquête sur les infidèles, mais seulement de pervertir ceux qui n'ont point eu de ferdans la foi qu'ils avaient reçue dans l'Eglise. La raison de cela est que le mal, comme dit S. Denis, n'a. d'autre pouvoir que de détruire et de ruiner, non d'édifier et de produire, parce que cela n'appartient qu'au T. III. 3-1

bien. L'expérience l'a fait voir de nos jours dans la conversion du Nouveau-Monde et de tant de royaumes à la foi de Jésus-Christ : toutes ces conversions se sont faites et se font encore par les prédicateurs de l'Eglise catholique, sans que jamais les hérétiques, qui y vont pour trafiquer, aient attiré un seul de ces barbares à la foi. ( Même ouvrage. )

'L'Eglise invincible. J — Les chrétiens de la primitive Eglise attiraient les païen? par leur généreuse et invincible patience et par la sainteté de leur vie, et les hérétiques, aussi corrompus dans leurs mœurs que dans leur "Foi étaient cause que le nom de Jésus-Christ était blasphémé parmi les Gentils , et que l'innocence de l'Eglise était noircie d'une infinité de calomnies. Lisez l'histoire ecclésiastique, et vous ne trouverez point de siècle où l'Enfer n'ait vomi quelque nouvelle hérésie, et où le démon n'ait trouvé moyen de séduire quelque membre de l'Eglise, pour l'armer et le faire combattre contre le corps. Vous verrez qu'il n'y a aucun article de notre croyance qui n'ait été combattu, aucune vérité de foi pour la destruction de laquelle on n'ait même voulu faire servir l'Ecriture Sainte et la force de la parole de Dieu. Pour moi, je vous avoue que je ne vois rien qui me fasse davantage paraître la vertu d'un Dieu, et une protection miraculeuse, que la conservation et l'augmentation de l'Eglise au milieu des hérésies.

Un nombre infini d'hérésies ont attaqué l'Eglise, mille tempêtes l'ont agitée • mais au milieu de tant d'orages, ce vaisseau battu de tant de flots n'a point été brisé ni submergé. La vérité demeure, les erreurs passent ; toutes ces hérésies, portées par l'éloquence, par la doctrine et par la subtilité de leurs auteurs, appuyées par le crédit des grands et des puissants du monde, soutenues même par les armes des empereurs; toutes ces hérésies ont fait beaucoup de bruit, et par l'impétuosité de leurs flots elles ont emporté tous ceux qui ne se sont pas fortement attachés à l'Eglise , mais elles ont passé comme des torrents, dit S.Jérôme: Feruntur hœreses prono éloquent iœ cursu ; quemeumque obvium et levem invenerint, secum trahunt: sed, fanquàm torrentes, vélocité?' transierunt. En voici la raison : c'est que ce sont des torrents qui prennent leur naissance de l'invention des hommes, et non pas des fleuves qui procèdent de Dieu, lequel est la fontaine et la source de la sainteté : Quia non creavit flumina perennia de Deo, veritatis et sanctitatis fonte.

Si les Apôtres et les personnes apostoliques, éminentes en sainteté, eussent été, non pas les instruments de Dieu, mais les propres auteurs de l'Eglise, ces hommes apostoliques et vertueux n'étant plus, l'Eglise eût manqué. Or, il ne faut point le dissimuler, combien de fois a-t-on vu que ceux qui tenaient la place des Apôtres n'étaient pas héritiers de leurs vertus, mais au contraire vivaient d'une manière tout opposée à la leur? Leurs vices néanmoins n'ont jamais fait glisser l'erreur dans la doctrine dont ils étaient les dépositaires et les oracles, et la corruption de leurs

PARAGRAPHE SIXIÈME. ,",:;i

i urs n'a jamais corrompu la sincérité de la religion qui leur avait été

commise. Chose étrange ! dans toutes les autres sectes, la doctrine est conforme aux mœurs de ceux qui l'enseignent : il n'en est pas ainsi dan ; la religion chrétienne: il faut donc nécessairement avouer que sa conservation ne dépend pas des hommes, et qu'il y aune vertu secrète, une vertu divine, qui la maintient dans la sainteté, et qui la fait subsister parmi les efforts continuels de tous ceux qui conjurent sa perte, soit au-dedans soit au-dchors. ( Le P. Texier, Carême.)

[ L'Eglise annoncée par les prophètes. ] S. Augustin remarque que les prophètes ont parlé plus clairement de l'Eglise que de Jésus-Christ: car, lorsqu'ils parlent du Messie, c'est ordinairement sous des ombres et sous des figures; maist pour l'Eglise, ils en parlent ouvertement : Penè u tiqué Christus in aliquo sacramento à prophetis prœdicatur: Ecclesia aperta. En voici un exemple, dit ce saint docteur, dans l'histoire du sacrifice d'Abraham. Jésus-Christ portant sa croix est signifié par Isaac, qui porte le bois destiné pour lui servir de bûcher; sa mort est représentée par le sacrifice du bélier: voilà des figures. Mais, quand le Saint-Esprit parle de l'Eglise, qui doit être la postérité d'Abraham selon l'esprit, il parle clairement : il dit que ce sera une postérité bénie et multipliée au-delà du nombre des étoiles et des sables de la mer : Cùm cœpit Spiritus Domini prœdicare Ecclesiam, abstulit figuras: « Benedicam tibi, et multiplicabo semen tuum. sicut stellas cœli. » Or, pourquoi parle-t-on plus clairement de l'Eglise que de Jésus-Christ, sinon pour deux raisons, répond S. Augustin. C'est, en premier lieu, qne les prophètes prévoyaient qu'il y aurait plus de disputes touchant l'Eglise que touchant Jésus-Christ : Illud clariàs et ùpertiùs prœdicatum undè majores lites futur ce erant. C'est, en second lieu, que le Saint-Esprit savait que, en ayant une véritable idée de l'autorité et de l'infaillibité de l'Eglise, on ne pourrait se tromper en suivant la doctrine qu'elle nous enseignerait touchant Jésus-Christ et les autres mystères de notre salut. « Toutes les erreurs et les hérésies, dit S. Cyprien, ne viennent que du refus qu'on fait d'obéir à la doctrine des prélats qui composent l'Eglise. » {Le même.)

[Primauté de S. Pierre.] — Le Seigneur, dit S. Cyprien, a établi son Eglise sur Pierre seul ; et, quoiqu'il ait donné une pareille puissance à tous ses Apôtres, après sa résurrection, en leur disant : Comme mon Père m'a envoyé, de même je vous envoie; néanmoins, pour montrer l'unité, il en a établi par son autorité l'origine sur une seule chaire, et a fait descendre cette unité d'un seul. Les autres apôtres étaient ce qu'était S. Pierre, et ils jouissaient tous avec lui d'une même puissance et du même honneur ; mais l'on commence par l'unité, et la primauté est donnée à Pierre, afin qu'il n'y ait qu'une Eglise et une chaire épis^opale. Ils sont tous pasteurs, mais il n'y a qu'un troupeau, que tous les Apôtres doivent paître

d'un commun accord. » Ce sont les propres paroles de S. Cyprien. (Monmorel.)

[Infaillibilité de l'Eglise.] — Quand il serait vrai que Dieu, par une assistance particulière, ne prendrait aucun soin de conserver dans son Eglise la véritable foi que les Apôtres ont enseignée, quand nous ne prendrions aucun avantage du témoignage que l'Apôtre rend à l'infaillibilité de l'Eglise, qu'il appelle la colonne et la base de la vérité, c'est-à-dire quand nous ne regarderions les chrétiens que comme une société de gens comme les autres hommes : il est évident que tous les points de foi dont ils conviennent entre eux, et dont ils ont une croyance parfaitement uniforme, sont venus depuis Jésus-Christ jusqu'à nous par la voie de la tradition, sans que qui que ce soit y ait rien mêlé de ses imaginations ou de ses opinions particulières. Il n'est pas possible qu'un particulier, ayant ou rêvé ou raisonné à sa manière, répande une nouveauté dans toutes les Eglises du monde, et l'y fasse recevoir en qualité d'article de foi ; quiconque oserait l'entreprendre trouverait des oppositions qui l'arrêteraient tout court. Comment donc se pourrait-il faire qu'une infinité de gens suivant naturellement et sans affectation, chacun, ou leur imagination ou leur raisonnement, eussent tous donné dans la même pensée ? Quand deux témoins déposent d'un même fait et des mêmes circonstances de ce fait, on ne doute point qu'ils ne disent vrai, pourvu qu'ils n'aient point concerté leur déposition, parce qu'il n'y a que la vérité, qui, étant une, puisse faire l'uniformité de leur témoignage. S'ils avaient inventé, visant chacun de leur côté à dire quelque chose de vraisemblable, comme ils auraient eu des vues différentes, ils auraient nécessairement varié dans les circonstances dont ils ne seraient pas convenus. C'est pourquoi le témoignage uniforme de tous les chrétiens, qui font profession de croire un dogme comme ils l'ont reçu de Jésus-Christ par le ministère des Apôtres, est une preuve évidente que la raison humaine n'y a point de part, qu'elle n'y a rien ajouté du sien, et que c'est un dépôt que la simplicité de la foi nous a conserve sans altération et sans mélange, les disciples des Apôtres n'ayant rien enseigné précisément que ce qu'ils avaient appris de leur Maître ; et ainsi de main en main et de siècle en siècle jusqu'à nous. (Anonyme. )

Il ne faut qu'un peu de sens commun pour juger que l'on ne peut faillir en suivant les lumières de l'Eglise, puisque l'on ne suit que les lumières de l'Esprit de vérité, dont l'Eglise est toujours éclairée. Quel est encore l'esprit raisonnable qui en puisse douter? Y a-t-il raison de croire que le Saint-Espuit enseigne toute vérité à l'Eglise, s'il la laisse dans quelque erreur? Quelle société entre la lumière et les ténèbres? quel rapport entre Jêsus-Chiust, et Déliai? Pourquoi S. Paul a-t-il écrit que l'Eglise du Dieu vivant est la colonne et le fondement de la vérité? Certes, on ne peut dire sans blasphème, ni même sans extravagance, que Dieu nous

oblige ii suivre une règle qui puisse nous conduire à l'erreur, cl qno lumières, qu*il fait luire sur nous pour nous instruire en la foi <\<'+ vérités divines, soient pour nous Jduire et pour nous égarer. Dieu, qui est la vérité même, nous jetterait dans l'erreur si L'Eglise pouvait errer en an seul point, puisqu'il veut. que nous l'éeoutions Bans jamais refuser do lui obéir. 11 faut donc avouer qu'elle est toujours infaillible et immuable dans la foi.

S. Augustin nous fait voir combien se-: pensées sont contraires aux imaginations de l'hérésie, quand il a écrit qu'il ne croirait point à l'Evangile s'il n'y était comme forcé par l'autorité de l'Eglise. Cet illustre docteur nous a déclaré, en un mot, qu'il tenait pour constant que l'Eglise a une autorité divine et infaillible, puisqu'il dit qu'autrement il n'aurait pas cru à l'Evangile, comme à une écriture sainte. Ce n'est pas qu'il ait voulu dire que l'Eglise autorise d'elle-même l'Evangile et les autres Ecritures, d'où elle tire plutôt son autorité ; mais c'est que l'Eglise , par l'autorité qu'elle a reçue de Dieu, nous déclare infailliblement quels sont les livres divinement inspirés, qui lui ont été mis comme en dépôt par les Apôtres, et qu'elle nous oblige de les recevoir avec une autorité divine.

Luther a dit nettement, en un lieu, que l'Eglise universelle ne peut errer: Universalis Ecclesia non potest errare. ( Respons. ad Diat. Sytr :) Impossibile est illam errare in minimo articulo de servo arbitrio. Et Calvin a écrit que, quand S. Paul appelle l'Eglise la colonne et le fondement de la vérité, il veut dire qu'elle est la fidèle gardienne veillant à ce que la vérité de Dieu ne périsse pas dans le monde, et qu'elle est l'unique instrument pour retenir la vérité : Ne intereidat vert tas Dei in mundo, Ecclesiam esse ejus fidam custodem, quia unicum est instrumentum retinendœ veritatis: (v Instit \, 10. ) Voilà comment les plus déclarés ennemis de l'Eglise sont convaincus de la vérité qu'ils osent combattre : ils lui rendent témoignage contre eux-mêmes, confessant qu'elle ne peut faillir dans un point de foi: de même que les démons dans l'Evangile sont contraints de confesser que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, pour leur confusion. ( Morel, l'oracle de la vérité. )

[ S'en rapporter à l'Eglise, ] — Quelle consolation les hérétiques peuvent-ils trouver dans les promesses que Jésus-Christ nous a faites, d'être toujours avec nous?C'est aux catholiques de se nourrir de cette foi, eux qui croient que jamais l'Eglise n'a pu être vaincue par l'erreur, quelque violente que soit l'attaque, et qui, en effet, l'ont trouvée toujours invincible. Mais comment peut-on s'attacher à cette promesse dans la nouvelle réforme, dont le premier fondement, quand elle rompait avec l'Eglise, était que Jésus-Christ l'avait délaissée jusqu'à la laisser tomber dans l'idolâtrie? Mais, quoiqu'il soit vrai que la vérité demeure toujours dans l'Eglise, cependant, à force de disputer, elle échappe aux particuliers. Il n'y a

point d'erreur si prodigieuse où l'ardeur de la dispute n'entraîne un esprit emporté. (Bossuet, Variations, II.)

[ Reprendre l'hérétique avec douceur.] — On ne gagne presque jamais rien sur les hérétiques par les disputes et les contentions. Vous avez beau les battre avec les canons des conciles et les foudres de l'Eglise : leur orgueil fait gloire, en ces occasions, de ne pas céder; ils ont trop de honte d'avouer qu'ils sont tombés dans l'erreur : plus on les presse, plus ils se raidissent contre la vérité et s'obstinent à ne la pas voir ; ou, s'ils la voient, ils ne veulent pas la recevoir d'une main odieuse, qui les a obligés à rendre les armes. C'est pourquoi, quand il est question de détromper ces opiniâtres et de ramener au giron de l'Eglise ceux que le malheur de la naissance en avait séparés, il faut se servir de tous les ménagements que nous peuvent suggérer le zèle et la charité, les instruire en paraissant instruire les autres, avoir pour eux toute la douceur, la sagesse et la complaisance possible. Il ne faut pas, dit S. Chrysostôme, les accabler avec dureté, mais les avertir avec douceur; ni les charger d'injures, mais les aider d'un bon conseil; ni s'élever contre eux insolemment, mais les corriger avec amour. On gagnera plus sans doute, par ces voies de douceur, que par des disputes acres et contentieuses, où l'on se répand en injures qui les aigrissent davantage et qui ne servent qu'à les rebuter ; et, si on les ramène par ces voies de douceur, c'est alors qu'on pourra dire ces paroles de l'Evangile : Lucratus e?is fratrem tuum. (Anonyme.)

[ Eglise toujours reconnaissante. J — Dans cette confusion de sectes qui se sont vantées d'être chrétiennes, Dieu n'apasmanqué à son Eglise :il a|su lui conserver un caractère d'autorité que les hérésies ne pouvaient prendre. Elle était catholique et universelle, elle embrassait tous les temps, elle s'étendait de tous côtés; elle était apostolique : la suite, la succession, la chaire de l'unité, l'autorité primitive lui appartenaient; tous ceux qui la quittaient l'avaient premièrement reconnue, et ne pouvaient effacer le caractère de leur nouveauté ni celui de leur rébellion. Les païens eux-mêmes la regardaient comme celle qui était la tige, le tout dont les parcelles s'étaient détachées, le tronc toujours vif que les branches retranchées laissaient en son entier.

Chose étrange, que les païens ne persécutaient que l'Eglise qu'ils voyaient s'étendre par toute la terre, et ne reconnaissaient qu'elle seule pour l'Eglise de Jésus-Christ! Qu'importe qu'on lui arrachât quelque branche? sa bonne sève ne se perdait pas pour cela; elle poussait par d'autres endroits, et le retranchement du bois superflu ne faisait que rendre ses fruits meilleurs. Cette Eglise, toujours attaquée et jamais vaincue, est un miracle perpétuel et un témoignage éclatant de l'immutabilité des conseils de Dieu: au milieu ries agitations des choses humaines, elle se

soutient toujours avec une force Invincible: en sorte que, par une suite non interrompue depuis plus de dix-sept cents ans, nous la voyons remonter jusqu'à Jésus-Christ. ( Bossuet, /fis/, univers. )

| Aveuglement des hérétiques. | — Quel aveuglement, (pic chaque hérétique se forme une idée de sa religion selon son propre sons, en refusant de souscrire au sentiment de l'Eglise ; que chacun devienne le juge et l'arbitre des vérités éternelles ; que des particuliers se fassent un culte et des cérémonies pour adorer la grandeur de Dieu ou pour apaiser sa justice ; qu'ils entreprennent de réformer, d'interpréter et de renverser même les préceptes de la loi et de la morale chrétienne que Dieu a révélée à son Eglise, et que les hommes divins nous ont laissée par écrit ! Les hérétiques ont compris cotte injustice : car, après avoir refusé d'obéir au légitime successeur 'de S. Pierre, pour qui Jésus-Christ a prié afin que sa foi ne manquât point, ils ont été obligés d'établir des chefs de leurs sectes: de sorte qu'ils cherchent dans leurs synodes, qu'ils tiennent sans aucun droit et sans aucune forme ancienne, la même puissance qu'ils no peuvent souffrir dans l'Eglise catholique ; et après avoir refusé les Àugustins et les Ambroises, ils reconnaissent des rebelles et des hérésiarques pour leurs maîtres et pour les interprètes de leur religion. (Fléchier, Vie du cardin. Commendon.)

[J.-C. fondement de l'Eglise.] — L'Eglise est comparée à un édifice. Un édifice a un fondement, sur lequel un habile ouvrier place plusieurs pierres. Il les unit ensemble selon les régies de son art, et ces pierres ainsi jointes composent un bâtiment. Le fondement sur lequel l'Eglise est bâtie, c'est Jésus-Christ. L'apôtre S. Pierre appelle le Fils de Dieu la pierre vivante. S. Paul ajoute: Personne ne peut poser d'autre fondement que celui que f ai mis, qui est Jésus-Christ. Le Fils de Dieu est lui-même le principal architecte qui a bâti cette Eglise. Quoiqu'il fût tout-puissant; quoiqu'il n'eût pas besoin du ministère des hommes, il les aappelés;il s'est servi d'eux; il les a envoyés dans tout le monde ; et par-là il a montré sasagesse etsapuissance: car comment des hommes faibles auraient-ils pu conduire , aussi heureusement qu'ils ont fait, l'ouvrage le plus difficile et le plus important qui ait jamais été, si un Dieu tout-puissant n'eût pas été leur protecteur? Jésus-Christ est donc le solide fondement sur lequel l'Eglise est bâtie ; ceux dont il veut bien se servir pour l'exécution de ce grand dessein participent à cette auguste qualité, qui, à proprement parler , ne convient qu'à lui seul.

Le dessein du Fils de Dieu a été d'élever un grand édifice. Les fidèles sont les pierres qui composent cet édifice. C'est pourquoi S. Pierre, après avoir dit que Jésus-Christ est la pierre vivante, ajoute en parlant aux fidèles : Entrez vous-mêmes dans là structure de l'édifice, comme étant des pierres vivantes, pour composer une maison spirituelle. (I Pet. xi.) Ceux-là sont

des pierres vivantes, ceux-là composent une maison spirituelle, qui, instruits de la parole de Dieu, sont fidèles à la pratiquer. Ah ! le merveilleux édifice que celui qui est composé des fidèles unis ensemble par les liens de la mémo foi et par les nœuds de la charité ! C'est là la véritable Eglise, c'est la maison spirituelle, c'est le temple du Diel vivant. Tout ce que Jésus-Christ a fait ne tend qu'à la conservation de cet édifice. C'est pour cela qu'il a établi Pierre chef de son Eglise ; c'est pour cela qu'il a ordonné à ses apôtres de parcourir toutes les parties du monde ; c'est pour cela qu'il a voulu que, dans toute la suite des siècles, l'Eglise fût gouvernée parles évéques et par les autres pasteurs. Il les a chargés d'instruire les peuples, de dispenser ses mystères et ses sacrements. 11 y aura toujours des docteurs qui enseigneront la vérité, qui combattront l'erreur, qui nourriront les fidèles du pain de la parole , qui les soutiendront en leur administrant les sacrements. Le Fils de Dieu l'a ainsi voulu, parce que c'est là la voie par laquelle il conserve les vrais fidèles. (Lambert, Jfomêl. 78e.)

[Les pasteurs de l'Etjlise.J — Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. S. Pierre, comparé aux autres apôtres, est le principal fondement; il est la première pierre, il est le chef de toute l'Eglise. Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu qu'il y eût dans son Eglise un chef qui fût audessus de tous les autres pasteurs? C'est que la qualité et l'autorité de chef, qui devait être perpétuelle dans l'Eglise, et qui a passé de S. Pierre à ses légitimes successeurs, a toujours été nécessaire pour soutenir l'Eglise , pour conserver cette unité si précieuse au Sauveur du monde, et pour aider les fidèles à discerner quelle est la véritable Eglise de Jésus- Chris r. C'est à l'Eglise fondée par S. Pierre, gouvernée par ses successeurs, que toute l'Eglise doit se réunir, à cause de la prééminence de cette Eglise première et principale. Tel a toujours été le langage des pères de l'Eglise, dès les premiers temps.

Dieu, qui nous a laissé ses Ecritures, a voulu qu'elles vinssent à nous de pasteur en pasteur, de main en main. On sépare sa sainte doctrine d'avec cette chaîne de succession : c'est séparer le ruisseau d'avec le canal. Se vanter de l'intelligence de l'Ecriture quand on reconnaît qu'on a perdu la suite de la tradition dans les pasteurs, c'est se vanter d'avoir conservé les eaux après que les canaux sont ou rompus ou détournés. Ces faux pasteurs qui ont prétendu réformer l'Eglise, ou plutôt qui en ont voulu faire une toute nouvelle, d'où sont-ils venus ? peuvent-ils se flatter d'une mission légitime? où est leur vocation? où sont leurs miracles? de qui tiennentils le ministère? l'ont-ils reçu de Dieu même? ont-ils succédé aux Apôtres? où est leur tradition, eux qui ne la peuvent souffrir ? ont-ils parlé des langues inconnues? ont-ils prophétisé ? ont-ils ressuscité des morts? Ils devaient être revêtus de quelqu'un de ces dons miraculeux, pour avoir droit d'introduire un nouvel Evangile. (Le même.)

[De la sainteté do l'Eglise, |— Toute religion et toute église qui [n'est pas sainte no vient pas do DlBU, et celle qui vient d'un autre principe n'est pas une religion, ni la véritable église : car Dieu no saurait approuver ce qui a quelque tache d'impiété, et bien moins d'en être la cause. Il est saint en toutes ses œuvres, et par conséquent il no saurait se démentir dans celle dont la l'orme est la sainteté mémo. Tellement qu'il y a preuve évidente qu'une église est fausse et ne tire point de lui son origine, quand la sainteté y manque. Et au contraire la sainteté est une marque trèsassurée que la religiou où elle se trouve est véritable et vient de Dieu, puisqu'il no peut y avoir d'autre cause d'un tel effet que celui qui est saint par essence. Mais, pour juger de la sainteté de l'Eglise, il ne faut pas considérer la vie et les moeurs do ceux qui font profession de la religion catholique, ni même de ceux qui sont les principaux membres de l'p]glise, puisque comme nous avons déjà dit, elle est composée de bons et de méchants, et qu'il peut arriver que ceux qui la gouvernent ne soient pas les plus saints. Mais il faut examiner la grandeur et la majesté des mystères qu'elle nous enseigne, la pureté de sa morale, le culte qu'elle rend à Dieu, et regarder tout le reste comme des faiblesses inséparables de la nature humaine.

Nous disons tous les jours, dans le Symbole: « Je crois que l'Eglise est sainte ; » mais notre cœur s'accorde-t-il avec nos paroles? Nous croyons qu'elle est le corps mystique de Jésus-Christ, et nous vivons comme si nous étions les membres du démon ; nous croyons que c'est une assemblée des saints, car c'est le nom que S. Paul donne à ceux qui la composent, et nous menons une vie déréglée et criminelle. Nous la croyons un temple mystique consacré aux divins mystères, et nous la profanons par nos dérèglements et nos désordres, Pouvons-nous nous flatter d'être encore ce sacerdoce royal, comme le Prince des Apôtres appelait les premiers chrétiens; et, par rapport à notre conduite, pourrait-on dire, avec S. Paul, que l'Eglise est sans tache et sans ride, sainte et irrépréhensible ?

Consolez-vous, à la bonne heure, d'être enfants de l'Eglise; mais voyez en même temps si vous êtes saints comme elle est sainte; voyez si vos mœurs et votre conduite répondent à sa sainteté, et si, prétendant au bonheur qu'elle vous promet, vous renoncez avec soin au siècle présent, pour en mépriser les faux biens et pour en éviter les crimes et la corruption. Quand vous nommez l'Eglise sainte, ne y ous, condamnez-vous point? En augmentant le nombre des vicieux, ne renoncez-vous pas à la communion des saints ? Il est vrai que le corps de l'Eglise vous renferme avec les justes et les élus ; c'est l'aire du Seigneur, où la paille se trouve mêlée avec le bon grain ; on y rencontre des vicieux, des profanes et des intempérants, avec ceux qui craignent Dieu, qui l'aiment et qui l'adorent ; mais que sert de vivre avec les gens de bien, si l'on ne se rend pas imitateur de leur justice ? Ne vous y trompez pas: fnssioz-vous persuadés de toutes les vérités

célestes, cette foi seule ne sera pas capable de vous procurer le salut : elle ne servira qu'à vous confondre, si les œuvres n'y répondent, et ne l'accompagnent. (Anonyme.)

[la soumission à l'Eglise est nécessaire.] — Quand vous mèneriez la vie du monde la plus régulière et que vous répandriez partout l'éclat de vos vertus par le bon exemple que vous donnez, cela ne suffit pas si vous n'y ajoutez une parfaite soumission d'esprit aux sentiments de l'Eglise : pourquoi ? parce qu'il n'y a point du tout de solide vertu ni de sainteté sans la foi, qui est le fondement de tout et sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, selon cette parole de S. Paul : Sine fide impossibile est placere Deo. Or, cette révolte d'esprit contre les décisions de l'Eglise détruit entièrement la foi, par le schisme et par l'hérésie: par le schisme en le séparant de l'unité, par l'hérésie en combattant la vérité, qui sont les deux propriétés de l'Eglise et inséparables l'une de l'autre.

Puisqu'il est impossible d'être sauvé hors de l'Eglise, ô funeste aventure, sort malheureux attaché injustement à l'opiniâtreté de ceux qui renoncent à la chaire de vérité pour adhérer à de nouveaux évangélistes d'une doctrine condamnée ! Eh quoi? sont-ils donc vos sauveurs? ont-ils donné leur vie pour assurer la vôtre dans l'éternité ? vous ont-ils rachetés de leur propre sang, pour vous obliger, en quittant le Vicaire de Jésus- Christ, de quitter Jésus-Christ lui-même, pour vous attacher à des particuliers sans mission, sans caractère, sans autorité, et qui ne sont devenus fameux que par leur révolte ! O insensati, quis vos fascinavit non obedire veritati ! (Galat. ni.) — O déplorable aveuglement de tant de personnes, d'ailleurs si raisonnables et si éclairées ! par quel charme avezvous perdu la raison, l'esprit et la conscience, pour ne pas voir la vérité qui brille avec tant d'éclat, et pour ne vous pas soumettre ensuite à son empire ? (Maimbourg, 2e mardi de Carême.)

[ L'Eglise interprète de l'Ecriture. ] — L'hérétique veut bien se soumettre à la parole de Dieu ; mais sa peine est de se soumettre à cette parole expliquée par l'Eglise. Il semble sacrifier les lumières de sa raison à la parole divine, mais il se réserve la meilleure partie de ce sacrifice, en suivant sa curiosité naturelle, en voulant creuser dans l'abîme des Ecritures, en se faisant le juge et l'interprète de ses ordres. C'est ici que je ne puis assez admirer la Providence de Dieu, qui, après nous avoir appelés à la foi, nous a voulu fixer au centre de l'unité qui ne se trouve que dans l'Eglise qu'il nous a donnée pour mère et pour règle. Sans cela, quelle confusion et quelle diversité de doctrine ! Je sais que l'Ecriture-Sainte est l'oracle qu'il faut consulter ; mais enfin cet oracle ne parle pas, il ne s'explique pas sur les difficultés qui peuvent naître. Je vois les paroles de l'Ecriture les plus ckiires sur lesquelles on forme des contestations et des disputes ; ie vois de part et d'autre des raisons qui semblent antoriser le sens que

chacun y donne ; les partis les plus opposés se servent des racines armes pour les détruire ; je trouve de grands hommes des deux côtés : que fera le fidèle pour démêler, au travers de ce chaos, la véritable doctrine sans laquelle il n'y a point de salut? L'esprit particulier %st un guide que l'on doit reconnaître évidemment pour trompeur, parce qu'il dicte des articles de foi qui sont opposés; on ne sait si c'est Lucifer transfiguré en ange de lumière ou l'esprit de vérité qui parle; souvent même cet esprit, Consulté, ne répond rien qui arrête les fidèles. Que feront-ils donc dans cette étrange perplexité. Ah! Seigneur l'oserai-je dire ? vous avez beaucoup fait pour l'Eglise votre épouse, en lui laissant le saint livre des Evangiles et des autres Ecritures; c'est une source do lumière pour elle : mais après tout, si vous n'aviez encore établi un juge pour éclaircir ce qu'elle a d'obscur, qu'auriez-vous laissé dans ce dépôt sacré, qu'une occasion de schisme, de scandale, de partialité et de libertinage de croyance? Vous auriez moins pourvu au repos, à l'union, à la foi de votre Eglise que le législateur le moins éclairé, qui ne se contente pas de donner un volume de loi, mais qui établit des juges légitimes pour décider des différends qui naissent tous les jours sur le vrai sens de la loi. Ce n'est donc qu'en nous attachant à suivre ce guide inspiré du ciel pour conduire le troupeau de Jésus-Christ que nous pouvons trouver un repos assuré. (Essais de- Sermons, Avent.)

[Sentiments particuliers.] Certainement rien n'est plus étonnant que de voir les illusions d'un esprit entêté de son opinion, quand elles sont autorisées du prétexte de religion: sentiments naturels, lumière de la raison, décisions infaillibles, lois divines et humaines, tout cède, tout est sacrifié à l'esprit particulier; et, par un pitoyable renversement, effet nécessaire de l'illusion, les injustices les plus criantes, les duretés les moins chrétiennes, la plus amère animosité, sont applaudies et passent même pour des vertus. On voit des personnes de probité, gens d'esprit d'ailleurs, que la prévention rend esclaves, marcher par des sentiers épineux dans les ténèbres épaisses, qui ue servent qu'à les écarter tous les jours davantage de la vraie voie. L'illusion de l'esprit produit cette opiniâtreté aveugle; et nonseulement elle égare, mais elle fait même aimer l'égarement où l'on est, et regarder en pitié ceux qui les veulent redresser. (Croiset, Reflexions spirit.)

i-10 ÉGLISES MATÉRIELLES.

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