EXEMPLES DE L'ECRITURE
Ego honàrifico Patron meum (Joan. vin.) — Ce fut la réponse (pic le Fils de Dieu fit aux Juifs qui le déshonoraient par des calomnies atroces. Je n'ai point d'autre intention dans toutes mes actions, que vous condamnez si injustement, que d'honorer mon Père et de lui procurer la gloire qui lui est due. Il faut, Chrétiens, qu'un enfant qui, après Dieu, a reçu de son père la vie, le nom, les biens, et souvent l'honneur qu'on rend à sa naissance et à sa qualité, mette sa gloire à honorer le principe et la source d'où lui viennent ces biens ; et que, par ses mœurs, par ses paroles et par ses actions, il puisse dire comme le Sauveur: Ego honorijico Patrem meum. S'il en a reçu une naissance illustre, qu'il ne fasse rien qui l'en rende indigue, mais au contraire qu'il la soutienne ; qu'il prenne garde de dégénérer et d'attacher par-là quelque tache au nom qu'il porte: Ego honàrifico Pal rem meum. C'est même le motif qu'on emploie pour les y exhorter. S'il n'en a reçu qu'une naissance commune et même assez basse, qu'il tâche de faire remonter la gloire qu'il acquerra sur l'auteur de sa vie; qu'il le fasse connaître et le rende recommandable pour avoir donné naissance à un fils qui s'est rendu illustre par ses belles actions : comme il est arrivé à tant de personnes d'un mérite distingué, dont les pères et les ancêtres ne sont connus que par les enfants, qui ont éternisé leur mémoire et leur nom. C'est rendre à son père et à ses aïeux une vie glorieuse dans le souvenir des hommes, pour une vie de peu de durée, c'est tirer de l'obscurité le nom du père par la gloire du fils qui le fait connaître, et qui, pour ainsi dire, le met au jour.
Si Pater ego sum, ubi est itonor meus? ( Malaeh. i. ) — Ce n'est pas une petite raison pour nous faire concevoir l'honneur et le respect que nous devons rendre à nos parents, que de voir dans l'Ecriture que Dieu prend le nom de père, comme si les titres de Dieu, de créateur du ciel et de la terre, et tous les autres qui relèvent au-dessus de toutes les créatures, n'eussent pas assez sensiblement inspiré la nécessité des devoirs qui lui sont dus: Si peter ego mm, ubi est honor meus? D'où l'on peut connaître l'énormité du crime des enfants qui manquent à un devoir si pressant, et qui perdent le respect envers ceux qui leur tiennent la place de Dieu ; et combien le nom et la dignité de père sont respectables, puisque Dieu même ne dédaigne pas de prendre cette qualité, et d'exiger, sous ce nom, l'honneur et le respect qui lui sont dus à tant d'autres titres.
Oculum qui subsannat patrem et qui despicit partum matris suœ, ejfodinnt ri/u/ corvi de torrentibus, et comedant filii aquilce ( Proverb. xxx. ) — Mes expressions seraient trop faibles pour rendre la vengeance que le ciel tire des enfants qui se raillent et se moquent de leurs pères, lorsqu'ils sont
avancés en âge ou tombés dans quelque infirmité. L'Ecriture-Saintc a trouvé un supplice tout nouveau et tout particulier pour les punir, lorsqu'elle dit: « L'œil d'un enfant qui se rira de son père, je veux que les corbeaux l'arrachent et que les aigles le dévorent. » Ce n'est qu'un clin d'ceil méprisant, ce n'est qu'un front qui se ride, ce n'est qu'un geste qui marque le peu de respect qu'on lui porte, ce n'est qu'un petit mépris ! mais c'est contre un père, c'est contre une mère ! Ejf'odiant cum corvi ! Je veux que cet œil dédaigneux et méprisant serve de proie aux corbeaux les plus acharnés ; je veux qu'il soit la pâture des aigles les plus famélL ques et les plus dévorants, Ces paroles veulent dire, dans le sens naturel, que cet enfant ne mérite pas de voir le jour, qu'il est indigne que la terre le porte, et que, au lieu que les autres sont inhumés après leur mort, il faut que celui-là soit exposé dans les voiries, pour servir de proie aux animaux les plus carnassiers.
Qui amat patrem aut matrem plus tjuàm me non est me dignus. (Matth. x.) — Ces paroles signifient, selon S. Ambroise, que le culte de Dieu doit toujours l'emporter sur la piété que nous devons à nos parents ; en sorte que, par l'affection que nous leur portons ou par l'obéissance que nous leur rendons, on ne viole jamais aucun commandement de Dieu. Quand nous leur résistons en ces occasions, ou que nous n'avons nul égard à leurs sollicitations, môme les plus pressantes, c'est alors que nous accomplissons le précepte de les haïr, c'est-à-dire de les traiter avec une dureté extérieure, et de la manière qu'on traiterait des personnes pour lesquelles on aurait ou du mépris ou de la haine, en les quittant ou en leur résistant, dans la crainte d'encourir cette terrible déclaration que le Fils de Dieu prononce contre tous ceux qui préfèrent l'attachement qu'ils ont à leurs parents au respect, à l'amour et à l'obéissance qu'ils lui doivent.
Et erat su bditus Mis. (Luc. n. ) — Le Fils de Dieu était soumis à sa mère et à S. Joseph. Quel prodige de soumission! Dans l'éternité, le Verbe est indépendant de son Père, parce qu'il lui est égal, étant Dieu comme lui, et, s'étant fait homme par sa génération temporelle : non-seulement il dépend de son père éternel, mais encore de sa Mère et de S. Joseph, parce que la Vierge, comme son épouse, est soumise à Joseph. Si bien que celui qui ne pouvait obéir à personne, n'ayant point de supérieur, ayant pris notre nature, prend les ordres, pour la conduite de la vie, de Marie et de Joseph, et assujettit sa volonté à la leur. Mystère inconcevable, de voir un Dieu sujet à se -: ( réatures ! Ali ! qu'on peut bien dire, avec plus de raison que du temps que Josué commanda au soleil de r. m 38
s'arrêter, (pic Dieu obéit à la voix de l'homme. Quelle honte pour vous, jeunes gens, quand vous manquez au respect que vous devez à ceux qui vous ont donné la vie, ayant devant les yeux l'exemple d'un Dieu obéissant à ses créatures !
§ IV
Pensées et Passages des SS. Pères.
Nihilcharius ftliis débet esse queum pater. Angust. ii serai. Dom. in monte.
Mnlos filios, ne de iis erubescant , etiam parentes abdicare salent. Id. Expos. Galut.
Honorandus est pater, sed obediendum est Deo ; amandus est gêner ator, sed preeponendus est Creator. August. Serai. 7, de Verb. Dom.
Amate parentes, sed prœponite parentibus Deum. Id. Ibid.
Amorem parentum et filiorum Christus non abstulit, sed ordinavit : non dixit qui amat, sed qui amat super me. Id. Serm. 3.
Parentes honorare debemus, et eos iamen propter annuntiationem regni Dei nullà impietate contemnimus. Aug. contra Adam. 6.
In eâ re solâ filius non débet obedire pain' suo, si aliquid pater ipsius jusserit contra Dominion Deum ipsius. Id. in ps. 70, serai. 1.
Ornamentajuvenilis œtatis sunt et adolescentium honor timorem Dei Ita.bere, parentibus déferre. Ambras, vin Offie.
Pasce, 6 fiU, parentes :
habes cuidebes quod es. Id.
illi debes quod
Ideà improbum habere meruit filium qui improbus fuerat patri. (De Chamo.) RI. de Noe et ai'câi
Les enfrtiitsMie doivent avoir rien de plus cher que leur père.
Les pères ont coutume de désavouer et de déshériter leurs enfants rebelles, méchants et dénaturés, de peur d'avoir honte de tels enfants.
11 faut honorer son père; mais il faut obéir à Dieu ; il faut aimer celui qui nous a mis au monde, mais il faut lui préférer le Créateur de toutes choses.
Aimez vos parents ; mais donnez en toutes choses la préférence à Dieu.
Jésus-Christ n'a point aboli l'amour des parents envers leurs enfants, ni l'amour des enfants envers leurs parents ; il a seulement réglé l'un et l'autre : il n'a pas dit t'c/.i/ qui les aime, mais Celui qui les aime plus que moi.
Nous devons honorer les parents dont nous avons reçu la vie ; mais, pour annoncer le royaume de Dieu et en mériter l'entrée, nous pouvons quelquefois les abandonner sans commettre d'impiété.
La seule chose en quoi un fils doit résister au commandement de son père, c'est lorsque celui-ci lui commande quelque chose de contraire à la loi de Dieu.
Ce qui fait la gloire de la jeunesse, et ce qui rend rccomrnandablcs les jeunes gens, c'est la crainte de Dieu et l'obéissance à leurs parents.
Enfants , ne refusez pas la nourriture et l'entretien à vos parents : vous devez tout à ceux de qui vous avez reçu l'être.
Celui-là a mérité d'avoir un fils méchant et rebelle, qui lui-même fut tel envers son père.
PARAGRAPHE 'I KQUIEME.
Jusium est ut jiln reverentiam exhibeant eu per quos sunt. Ambros. in Epbe». 6.
Vtrum admirer et a > ju ttius :
fortemne spiritum patriarchœ AbrahcB in pueri Isaac obedientiam, (/uni/ nec reluctaius est, nec factum cegrè tulit, sed cessit et obtemperavit? Chrysost. in Gènes.
Toile radium à sole, et non lacet- rivùm ii fonte, et desiccabitur ; ramum ab arbore, et arescet : sic sépara filium à devotione paterne, et jàm non erit filius. Chrysologus-
Sola causa, gud non liceat obedire parentibus, Dei s est; ipse enim dicit : Qui amat patrem cf. matrem plusquàm me non est me dignus. Bernard. Epist. !!].
Si impium est contemnere matrem, coniemnere tamen propter Christian piissimum est. kl. Epist. 101.
Perpende quantœ credulitatis sit illbs despiciendo contemnere per quos habes et ipsum esse. Pcli'us Damiani, epist. ad Albertum.
Qui patribus non obsequitur Deo non obsequitur. August. De Obcdientià.
il est juste que [e i enfouis aient du respect et de la vénération pour ceux qui leur ont donné la vie.
Je ne suis pour lequel des deux on doit concevoir plus d'étonncmcnt et d'admiration, ou le courage du saint patriarche Abraham, ou l'obéissance de son fils [saac, qui consentit sons résistance au sacrifice que son père voulait faire de sa personne, et obéit sans chagrin et sans JM
Otez au soleil ses rayons, il ne luit plus; séparez le ruisseau de la source, il ne c plus ; retranchez le rameau de l'arbre, il sera bientôt desséché : ôtez du cœur d'un fils l'affection pour son pore, il ne mérite plus le nom de (ils.
L:i seule raison qui dispense le fils de l'obéissance à ses parents, c'est le commandement de Died contraire au leur. N'a-t-ilpas dit lui-même : Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi?
Si c'est une impiété d'avoir du mépris pour sa mère, cependant la mépriser pour obéir à Jésus-Christ, c'est un acte de piété.
Considérez bien quelle cruauté c'est de mépriser ceux par le moyen desquels vous avez reçu l'être et la vie.
Celui qui n'obéit pas à son père désobéit à Dieu.
Ce que l'on peut tirer de la Théologie.
[Nature de ci' devoir.] — L'honneur et le respect qu'un fils rend à son pèreNet à sa mère, en qualité de fils, est, selon S. Thomas, un acte de piété, laquelle, comme dit ce saint docteur, n'est pas due à toutes sortes de personnes indifféremment, mais seulement à nos parents et à notre patrie. La raison qu'il en apporte est que la piété, en tant que vertu morale, tient son rang immédiatement après la religion. Or, comme la religion rend son culte et sa vénération à Dieu, à raison de son excellence singulière et infinie en tant que premier principe de tout être, la piété, de mémo, rend aux parents et à la patrie le respect et la révérence qui leur est due de
notre part, en tant que seconds principes de notre être. Et, comme il n'y a que les parents et la patrie qui puissent passer pour les seconds principes de notre être, la piété ne regarde proprement que cela ; quoique, dans l'honneur et le respect des parents soit renfermé l'honneur que nous devons à nos proches, en tant qu'ils sont de la même source, aux maîtres qui nous instruisent, à nos directeurs et pères spirituels ; mais alors cet honneur ne s'appelle piété que par analogie, et dans une signification plus étendue.
[ Ce que nous sont nos parents. ] — Dieu est le principe universel et souverain de notre être, et nos parents en sont comme les seconds principes particuliers : d'où il suit qu'après Dieu nous sommes obligés à nos parents par préférence à tous les autres hommes. D'où S. Thomas conclut que le précepte qui nous ordonne de porter honneur et révérence à nos parents est placé dans le Décaloguc immédiatement après les commandements qui regardent le culte et le service de Dieu. Aussi y a-t-il une telle liaison et une telle affinité entre les devoirs, que Philon le Juif témoigne que le commandement d'honorer son père et sa mère était en partie écrit dans la première table qui contient ce que nous devons rendre à Dieu, et en partie dans la deuxième qui regarde le prochain, parce que nos pères nous représentent sur la terre l'autorité que Dieu a sur nous.
JPréceple du Décalonue.] — Dans ce précepte du Décalogue, Dieu a renfermé toute l'obligation des enfants en ce peu de paroles: Honore ton père et ta mère, afin de vivre longtemps. Paroles qui contiennent les trois principales obligations des enfants: la première d'honorer et d'aimer leurs parents ; la seconde, de leur obéir; la troisième, de les nourrir et de les secourir dans leurs besoins. Or, ces obligations sont si étroites, que Dieu donne sa mélédiction à tous ceux qui y manquent, et les condamne à mort comme indignes de jouir d'une vie dont ils ont outragé les auteurs. Et enfin, il a ce commandement si fort à cœur, que c'est le seul auquel, dans sa foi, il promet récompense dès cette vie. C'est la remarque de S. Paul: Honorez votre père et votre mère, c'est le premier commandement auquel il y oit une promesse attachée. De sorte que la longue vie n'est pas seulement promise dans la vie future de la gloire à ceux qui honorent leurs parents, mais encore dans la vie présente ; quoique, selon l'ordre secret de la Providence et des jugements de Dieu, quelques-uns de ceux qui sont respectueux envers leurs parents ne demeurent pas longtemps sur la terre, de crainte que la malice ne les corrompe ; et au contraire, quelques-uns de ceux qui maltraitent leurs parents et les déshonorent vivent plus longtemps que les autres, pour leur donner le loisir de se convertir.
| Raison de ce précepte. | — Entre les devoir.- que nous sommes obligés de
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rendre à nos pères et à nos mères, le principal, qui contienl éminemment tous les autres et qui est en particulier recommandé par S. l'uni, est. [•obéissance. Enfants, dit-il, obéissez à vos pères ci à vos mères, à cause que le Seigneur nuis le commande : car cela est juste. La raison fondamentale de ce devoir est un certain droit do principauté, comme dit S. Chrysostômc, que la nature leur donne sur nous: ce qui a fait dire au Sage que les cnlants leur doivent obéir comme à leurs propres seigneurs, qui ont tout pouvoir sur eux: et il en rend aussitôt la raison, quand il dit: « Souvenez-vous que, sans eux, vous ne seriez pas nés ; puis donc qu'en cela vous ne pouvez leur rendre ce que vous en avez reçu, acquittez-vous du moins de ce que vous leur devez comme des sujets à leurs seigneurs. »
Il faut que tout le monde convienne que Dieu a établi un ordre constant et immuable dans ce qui regarde la charité, et, quoiqu'il soit l'objet unique de notre amour et qu'il doive en être la fin comme il en est le principe, cela n'empêche pas qu'il n'y en ait de plus éloignés qu'il nous est permis d'aimer, et par lesquels il faut que nos affections passent, comme par un milieu, pour remonter jusqu'à lui en qualité de fin dernière. Car, si nous aimions qcelque chose hors de lui que nous n'aimassions point pour lui, nous l'aimerions avec dérèglement, comme dit S. Augustin. Ainsi, c'est par rapport à ces divers objets qu'il y a un ordre certain, selon lequel ils occupent dans nos mœurs des places différentes, et que les uns sont préférables aux autres: ce qui fait la distinction et l'inégalité dans nos devoirs. Dieu est donc ce principal objet, et tient le premier rang dans la charité. On ne parle point de ce que nous nous devons à nous-mêmes ; nos pères viennent ensuite, puis nos frères, nos proches, et tout le reste. Ces obligations sont universelles ; rien ne les change et ne les détruit ; jamais l'une ne préjudicie à l'autre.
[Amour et obéissance.] — Nous les devons aimer d'un amour singulier. Souvenez-vous, dit le Sage, que vous tenez (Peux la naissance, et soyez reconnaissants de ce grand bien. Vous ne pouvez l'être qu'en les aimant. Mais remarquez que cet amour ne doit pas être seulement un amour naturel et, sensible : il faut que ce soit un amour raisonnable et selon Dieu ; il faut les aimer, et parce que Dieu le veut et comme Dieu le veut, c'est-à-dire en sorte que vous aimiez principalement leur bien spirituel et leur salut, et que vousleleur procuriez par vos prières et par tous les autres moyens qui vous seront possibles.
Nous leur devons obéir, S. Paul le prescrit: Filii, obedite parent ibus per omnia: hoc enim plaeitum est Domino... Obedite parentibus vestris in Domino: kûc enim justum .est. Mais il faut leur obéir en Dieu, in Domino, c'est-àdire parce que Dieu le veut, en regardant Dieu qui nous commande par eux : car c'est lui qui nous commande de leur obéir ; et, quand nous le faisons, nous obéissons à Dieu, comme au contraire nous désobéissons à
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Dieu quand nous refusons de leur obéir. De plus l'Apôtre nous apprend cpue la soumission d'un enfant envers son père est un acte de justice: Hoc enimjustum est. En cela il semble qu'il y ait un rapport et une liaison nécessaire entre l'obligation des pères et celle des enfants. Car, si les pères sont chargés de la conduite et de l'éducation de leurs enfants, en sorte qu'ils en rendront un compte rigoureux au jugement de Dieu, il s'ensuit que les enfants sont obligés de recevoir les ordres de leurs pères et de leur obéir, et ne sauraient vivre dans l'indépendance. Il faut cependant toujours supposer qu'ils ne nous ordonnent rien contre la loi de Dieu ou contre notre bien : car, si nous avions une entière conviction qu'eu ces deux points leur volonté fût contraire à celle cle Dieu, on devrait abandonner l'une pour s'attacher à l'autre, parce qu'enfin Dieu est notre premier Père, etlesalut de notre âme nous doit être plus cher que tout le reste. L'Apôtre ajoute : Obedite parentibus vestris per omnia : en toutes choses, qu'elles soient bonnes et saintes ou qu'elles soient indifférentes, car alors notre obéissance les rend méritoires devant Dieu. Pour ce qui est de celles qui sont évidemment mauvaises, nous avons déjà dit que nous sommes dis. pensés d'obéir comme s'il s'agissait d'une injustice, d'une vengeance, etc. Les pères et les mères ont droit de commander à leurs enfants : — ■ 1" • Dans les choses qui regardent le culte et l'honneur de Dieu : et un enfant est obligé de leur obéir sous peine de péché mortel: par exemple, d'assister au sacrifice de la Messe les jours d'obligation, et de s'acquitter des autres devoirs essentiels à son salut; et, si cet enfant refuse d'obéir, il est doublement criminel de violer le premier commandement, et de ne pas rendre la soumission et l'obéissance qu'il doit à son père. — 2°. Dans celles qui concernent la vie civile. Par exemple, le père commande à cet enfant de s'appliquer à l'étude, de vaquer à telles et telles fonctions, afin de devenir honnête homme : si cet enfant est fainéant et vagabond, il pèche mortellement il n'en faut point douter. — 3°. La plus importante affaire de notre vie étant le choix d'un établissement, un enfant ne doii rien faire en ce point, après avoir consulté Dieu, sans consulter aussi ses parents ; il doit même suivre leurs inclinations, à moins que Dieu ne l'appelle à un autre état, ou qu'il n'ait une répugnance invincible pour celui où ils le veulent, qu'il ait de grandes marques qu'il n'y ferait pas son salut ou qu'il n'y vivrait pas heureux: alors un père n'a pas droit de l'y forcer. Ainsi, les théologiens, après S. Thomas, permettent aux enfants de choisir un état en général, et ne les obligent point de suivre les mouvements d'un père ou d'une mère pour le mariage ou pour la religion, d'embrasser l'état ecclésiastique ou de demeurer dans l'état séculier. Ils croient que ces conditions sont trop onéreuses ponr les en charger contre leur gré, et que, là où il y va de toute la vie, le choix doit être libre. Mais ils ne nous dispensent point, après avoir consulté Dieu, de rendre cette déférence à nos parents, d'avoir du moins leur agrément, si nous ne pouvons pas suivre leurs inclinations.
j De l'état religieux, j -— Dans l'obéissance que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents, il y a une oooasion qu'il faut excepter; savoir, quand Dieu les appelle à L'état religieux, et qu'un père ou une mère s'oppose à cette vocation. C'est le sentiment de S. Augustin, qui répond à L'hérétique Adimante, leque] était venu jusqu'à cet excès d'impiété de blâmer l'Evangile pour ce sujet, et de maintenir qu'il combattait en ce poinl la loi de Dieu. Car ce saint docteur lui répond que l'Evangile ne défend pas de rendre l'honneur et l'obéissance qui sont dus aux parlents, mais que, lorsqu'il s'agit du service de Dieu ou de l'avancement de son royaume, on peut sans impiété les abandonner, et môme, s'il est besoin, les mépriser, parce que l'honneur que nous leur devons leur doit être rendu avec ordre ; et comme il n'est pas comparable à celui que nous devons à Dieu, s'il arrive qu'il lui soit contraire ou qu'il y mette obstacle, on peut l'abandonner sans scrupule pour soutenir celui de Dieu. Une autre raison que ce saint docteur en apporte est que, comme le droit paternel n'est qu'une participation de l'autorité de Dieu, dont toute paternité tire son origine ( Ephes. in ), comme parle l'Apôtre, les pères ne sont que les ministres et les lieutenants de Dieu, et leur pouvoir est toujours dépendant de son autorité souveraine. Si donc Dieu commande une chose, et le père une autre, ou que le père veuille empêcher d'obéir à Dieu, qui doute que la puissance du père est défectueuse en ce point, puisqu'elle est contraire à celui dont elle relève? et c'est de cette occasion qu'il faut entendre et expliquer cette parole du Fils de Dieu : Quiconque aime son pare ou sa mère plus que moi, n'est pas digne demoi.
[ Pareils coupables. ] — Les enfants sont inexcusables s'ils refusent à des pères vicieux, épuisés de débauches, accablés d'années et de maladies, les assistances qu'ils n'en ont pas reçues eux-mêmes. Car le commandement d'honorer les pères et les mères comprend ceux même que leurs vices, leurs débauches ei leur mauvaise conduite semblent rendre indignes de respect ; et de même que l'amour dont [nous sommes redevables à Dieu nous oblige d'aimer nos ennemis, quand ils nous auraient donné tous les sujets imaginables de les haïr, ainsi l'honneur et le respect que nous devons a Dieu suffit pour nous obliger à rendre aux pères et aux mères celui que notre ressentiment voudrait nous persuader qu'ils ne méritent pas. Les enfants qui manquent à ce devoir ne se justifieront pas devant Dieu en alléguant pour excuse la mauvaise conduite de leurs pères. Ce commandement est général; il n'en a pas dispensé les enfants ruinés par les débauches de leurs pères, et ceux qui n'ont pas obéi à ce commandement seront du nombre de eeux que Dieu punira pour l'avoir violé.
[ Péchés des entants en ce (|enre. j — Comme les pères et les mères tiennent la place de Dieu à l'égard de leurs entants, il faut raisonner des fautes et
des péchés qu'on commet contre eux, avec quelque proportion, comme de ceux que l'on commet contre Dieu, et Ton en doit conclure; — 1°. Qu'on ne fait point do petites fautes en cette matière, et, quoique le mépris soit petit, l'offense est toujours grande à cause de la personne qui est intéressée. De même que la théologie nous apprend que tous nos péchés ont une malice en quelque façon infinie, quoiqu'on les appelle légers et véniels, à cause qu'ils s'en prennent à Dieu, qui est relevé infiniment au-dessus du pécheur, ainsi le nom de père est un titre si honorable dans la nature, qu'il tient de l'infini, et il y a quasi la môme différence entre un père et un fils qu'entre le Créateur et la créature. Ce qui est constant est que, quand un fils manque à quelque devoir envers son père, il est plus criminel que s'il commettait la même injustice contre tout autre homme. — 2°. Celui qui méprise ou qui offense son père commet une faute qu'il ne pourra jamais réparer, parce que, quelque honneur qu'il lui rende dans la suite et quelque regret qu'il en ait, un homme ne peut payer une dette quand il n'a rien en propre et que tous ses biens appartiennent déjà à son créancier. De même, un fils, quoi qu'il fasse par ses soumissions, ne peut rendre à son père ce qu'il lui a été.