‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 54 sur 59 · PEINE DU DAM ET PEINE DU SENS · texte numérisé non relu

PEINE DU DAM ET PEINE DU SENS

Éternité Malheureuse

Nous n'avons point encore traité de sujet plus ample , plus abondant et en même temps plus difficile que celui de /'Enfer. Tous les prédicateurs en ont fait quelque discours , et n'auraient pas cru s'être acquittés de leur ministère s'ils n'avaient parlé de cette effrayante matière ; presque tous les livres pieux en traitent ; et comme c'est un des principaux articles de notre foi et l'un des plus difficiles à concevoir, les théologiens s'efforcent de -résoudre et d'expliquer les difficultés que l'esprit humain y a fait naître. Bans cette multitude de choses qui regardent ce sujet, nous ne choisirons, selon notre dessein, que ce qui est propre à la chaire, et les matériaux que le prédicateur peut mettre en œuvre pour inspirer à ses -auditeurs une crainte salutaire de l'Enfer, et du péché qui y conduit.

Comme tout ce qui peut entrer dans ce sujet se réduit à la privation de Dieu, qu'on nomme communément la peine du dam, à la peine qu'on appelle du sens, causée par le feu et les autres supplices qu'on souffre dans ce lieu infortuné, et à la durée éternelle de ces deux effroyables tourments , on ne doit pas être surpris si les desseins de semions que nous suggérerons, ou que nous avons recueillis de divers auteurs, sont plutôt des tours différents d'un même sujet que des desseins différents, parce que, de quelque biais qu'on les prenne, on ne peut dire autre chose.

Du reste, il n'est pas nécessaire d'avertir que l'exagération que l'orateur t. ni. 39

chrétien doit éviter en foule sorte de matière n'est point à craindre en celle-ci, puisque l'esprit humain ne peut même concevoir la grandeur des peines de V enfer : mais ce qu'il est nécessaire de bien faire comprendre , c'est qu'un seul péché mortel nous rend dignes de ce supplice, et qu'il est facile d'effacer maintenant par la pénitence ce qu'on ne pourra expier dans l'autre vie par tous les supplices imaginables.

Desseins et Plans.

1. — Comme nous avons déjà averti que tout ce qu'on peut dire de l'Enfer se réduit à la peine du dam, qui est la privation du souverain bien, à la peine du sens causée par le feu et par les autres tourments, et enfin à la durée éternelle de ces deux inconcevables supplices, le premier dessein qui se présente, entre les différentes manières de tourner et de traiter ces trois sortes de peines, c'est de les joindre ensemble dans un corps de discours, et de ne point séparer ce qui sera toujours joint ensemble dans ce lieu de tourments : ce qui peut fournir les trois points d'un solide et pathétique discours.

Le premier point regarde la peine du dam, par l'éloignement et la privation de Dieu, dont la vue fait le souverain bien dans le ciel. La grandeur de ce supplice, qu'on peut appeler le capital et l'essentiel d'un réprouvé, se doit mesurer ; — 1°. Par la grandeur du bien auquel il pouvait prétendre, et dont il est privé; et comme cette perte est infinie, elle cause aussi une inexplicable douleur; — 2°. Par la violence du désir qu'en conçoit ce malheureux, et par les efforts qu'il fait nécessairement pour s'y joindre comme à sa fin, mais dont il est toujours repoussé ; — 3°. Par la réflexion sur les choses pour lesquelles il a perdu un si grand bien par sa faute, pour des choses de néant, qu'il a préférées à son bonheur éternel, lorsqu'il lui était facile d'éviter un si grand malheur.

Second Point : — C'est la peine du sens, causée par un feu allumé du souffle de la colère de Dieu, et élevé au-dessus de sa nature par une vertu surnaturelle : — 1°. Qui le fera agir sur l'àme et sur le corps d'un damné ; 2°. Qui ramassera dans son être simple la force de tous les autres tour-

PARAGRAPHE PREMIER. lil I

ments ; — 3°. Qui causera une douleur immense, dans son étendue universelle et insupportable.

Le troisième point regarde la durée éternelle de l'un $1 de l'autre supplice. — 1" On en peul faire voir lajustice et l'équité par di lides raisons. — ~" Combien la pensée d'une durée éternelle est.capable de rendre insupportables les moindres douleurs, à plus forte rai douleurs

inconcevables. — 3°. Comme, dane celle durée infinie, il n'y aura pas un seul moment de relâche, on conclura par l'étrange aveuglement des hommes, de penser si peu à ce qui leur arrivera peut-être un jour, et à prendre si peu de précaution pour éviter un supplice éternel.

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