‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 8 sur 59 · EXEMPLES DE L'A IEN · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE L'A IEN

[Dieu à ,\(lam.| — La plus ancienne correction qui ail jamais été faite, - I celle de Dieu à Adam ; mais ce premier coupabje la recul avec orgueil,et il cul de La peine a reconnaître la voix de Dieu même. Il ne manque pas d'excuser son crime et de s,' justifier : il veut qu'Eve soit la seule coupable ; il a l'audace de s'en prendre à Dibu même, et de lui attribuer en quelque manière sa fiante, en disant que La femme qu'il lui a donnée l'a séduit. Voilà ce que font presque tous les enfants d'Adam : ils ne peuvent souffrir qu'on les corrige; ils rejettent sur les autres toutes les fautes qu'ils font; ils veulent mémo condamner ceux qui les corrigent : Omnisqui corripiturquœritin corripientequodeorripiat ,dit S.Augustin; ils se réjouissent quand ils ont reconnu en eux quelque défaut : Plus cjaudent de infirmitate inventa quàm de infirmitate correptn.

[Ilcli.] — Si, par notre molle complaisance, nous laissons misérablement périr nos frères dans leurs vices, nous porterons la peine de leur perte, comme complices et fauteurs de leurs désordres. Il n'en faut point d'autre preuve que ce funeste et fameux exemple d'Héii, je veux dire de ce lâche père, et tout ensemble de ce faible prince des prêtres, qui était en même temps à la tète de toute la république des Juifs, et qui, pour avoir je ne dis pas dissimulé mais repris avec peu de force, d'une manière peu efficace, l'avarice, l'impiété, la violence et les sacrilèges de ses enfants Ophni et Phinces, qui abusaient de son autorité pour violer insolemment tous les droits divins et humains, en perdit l'honneur et les biens pour toute sa postérité, et lui-même la vie : vie qui lui fut enlevée par un accident également soudain et tragique, après le massacre de ses deux fils, la prise de l'Arche, et la défaite entière de l'armée qu'ils commandaient. Il fut puni d'une manière si terrible, parce que, comme Dieu le lui ôtdire par son prophète, il avait fait moins d'état du Seigneur Dieu d'Israël que de ses enfants, dont il avait autorisé les crimes par sa lâcheté.

[Jonalhas.] — Jonathas,filsdeSaùl, voyant son père fort animé contre David, essayaun jour de remettre celui-ci dans ses bonnes grâces: ce qu'il ne put obtenir alors de ce prince. Mais une autre fois il prit mieux son temps, et, le trouvant en bonne humeur, il lui parla de David, lui représentant les grands services qu'il avait rendus à l'Etat, l'assurant que c'était le plus fidèle de ses serviteurs, et lui faisant enfin concevoirle tort qu'il se ferait à t. m. 2

lui-même et à tout le royaume en perdant un homme de ce mérite. Par ces paroles dites à propos, il changea tellement le cœur de son père, que ce prince lui promit de ne plus persécuter David, et lui permit même de le faire revenir en sûreté à la cour. Tant il importe de savoir prendre les conjonctures favorables pour faire une remontrance ou une correction charitable à celui qui s'est oublié dans quelque passion déréglée.

[Samuel.] — Samuel, comme juge d'Israël, établi de Dieu sur tout le peuple, pouvait user de son autorité pour reprendre et punir le vice qui régnait dans cette nation ; mais, afin que les reproches qu'il allait faire aux pécheurs eussent tout leur effet, il les assemble et leur dit : « Avez-vous reconnu en moi quelque chose dont je doive me corriger ! Y a-t-il quelqu'un, entre vous, que j'aie opprimé par violence, dont j'aie ravi le bien, ou de qui j'aie reçu des présents ? Parlez hardiment ; car me voici prêt à répondre de toute ma vie. » Mais tous lui ayant répondu qu'ils n'avaient rien à lui reprocher: — « Je ne puis pas rendre de vous le même témoignage, repritil ; je vous appelle en jugement devant Dieu...» et le reste, qu'on peut voir dans l'Ecriture.

[Nathan.] — David était tombé dans un adultère qu'il voulut ensuite couvrir par un homicide. Il ne se trouvait personne qui osât lui remontrer l'énormité de ses crimes. Près d'un an se passa sans que ce prince rentrât en lui-même. Dieu lui envoie enfin le prophète Nathan pour lui faire la correction. Mais comment ce prophète se dispose-t-il à s'acquitter d'une commission si délicate, et où il avait sans doute besoin de beaucoup de précaution? Il ne va pas, dit S. Augustin, avec un zélé imprudent, reprendre publiquement les vices de ce souverain : il use d'adresse, il prend son temps ; il trouve le moyen de lui faire prononcer l'arrêt de sa propre condamnation, par la parabole qu'il lui fait d'un homme riche qui, ayant à traiter ses amis, pour épargner ses troupeaux enleva la brebis d'un pauvre homme, que celui-ci nourrissait seule dans la maison, et qu'il conservait pour sa consolation. « Que mérite, grand Prince, l'homme qui a commis ce crime ? — Il mérite la mort, repartit aussitôt David, et de rendre quatre fois autant que ce qu'il a ravi à son prochain. — Voilà votre arrêt, reprit Nathan : Tu es Me vir : c'est vous-même, vous avez enlevé la femme de votre sujet Uric. » Et on sait l'heureux succès de cette sage remontrance sur l'esprit de David, qui reconnut sa faute, et se soumit aux plus sévères châtiments que Dieu voudrait tirer de lui.

[Elie et Jézabel.] — Quand Elie voit leshorribles sacrilèges de l'impie Jézabel, qui entreprend d'abolir le culte de Dieu, que ne fait-il pas pour s'y opposer ? Il emploie les prières et les menaces, les invectives, les reproches, le feu du ciel, et cent miracles qu'il fait servir à une si juste querelle ; et, voyant que nonobstant ses efforts l'idolâtrie triomphait, et que toutes les

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réprimandes qu'il n'avait point épa itaient inutil .il dans

un disert, résolu de ne pas survivre à. la religion que l'on ruinait, à L'honneur de Dibu qu'il v,,\ ail in inlté de

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prendre !

[La correction repoussée.] — Diei permet souvent que ceux qui ne peuvent souffrir Les personnesqui Les reprennent par zèle el par charité trouvent des flatteurs qui Les trompent el qui Les abusent. Nous avons une excellente i de cette vérité au 3e livredesRois,ch.22.Le prophète Michée, parlant à A.chab roi d'Israël, et voyant ce prince en colère de ce qu'il avait osé parler contre son intention, se fâche aussi lui-même, et lui raconte la vision qu'il avait eue la nuit précédente, «J'ai vu, dit-il, le Seigneur des armées assis sur un tronc de majesté, près de perdre et de ruiner Achab; et comme personne n'osait se charger de l'exécution, le démon s'est approché et a dit: Je le perdrai. Et que feras-tu pour le perdre, lui a dit le Seigneur? Decipiam cum : Je le tromperai, répond Satan. In quo? Et comment estce que tu le tromperas ? Ero, réplique cet ennemi, spiritus mendax in ore omnium propketarum cjus : Je serai un esprit trompeur dans la bouche de ses prophètes. Egredere, et fax ilà. Deeipies,etprœvalebis.Va,, lui dit Dieu, tu en viendras à bout : car, quand l'esprit de mensonge se sera une fois emparé de son âme par la flatterie, l'esprit de vérité n'y trouvera plus d'entrée. » N'est-ce pas là, chrétiens, ce qui vous arrive tous les jours? Vous cherchez un homme qui ne vous reprenne point de vos usures, de votre luxe, de votre jeu, de votre vanité : Dieu permettra que vous tomberez entre les mains tant d'un homme de cette façon que d'autres encore, qui vous flatteront dans tous vos désordres, et qui seront cause de votre perte.

[Reprendre en secret.] — Il faut, en faisant la correction, épargner tant que l'on peut la honte à celui qu'on reprend, en même temps qu'on lui procure le remède dont son àme a besoin : Iniendens correctioni, parcens pudori. Voyez l'admirable conduite du patriarche Joseph sur ce point, que ces paroles semblent peindre. Il veut se faire connaître à ses frères, et il ne le peut faire qu'en leur rappelant le souvenir de leur crime et de leur infâme trahison. C'est pourquoi il commande à toutle monde de se retirer, afin qu'un éclaircissement de cette nature, qui ne peut être sans un reproche manifeste de la perfidie et de la dureté des coupables, se passe sans témoins. Après quoi, comme s'il n'avait rien eu de fâcheux à leur remettre devant les yeux, au sortir d'une déclaration si peu attendue et si délicate, il leur

fait rendre l'honneur qui leur est dû comme à ses frères; il les reconnaît pour tels en présence de toute la cour, et met ainsi admirablement des deux côtés son amour en œuvre : en public pour les honorer, en secret pour les corriger. C'est la manière dontil en faut user régulièrement dans les répréhensions : que la passion n'y ait point de part sous prétexte de zèle, mais qu'on agisse partout par un esprit d'amour et de charité fraternelle.

Nous voyons dans l'ancienne loi un grand nombre de corrections ; les unes pleines de douceur et de circonspection, les autres vives et ardentes, selon la qualité descrimes et des personnes auxquelles elles ont été faites. Abraham reprit Abimélec pour un puits que les serviteurs de ce roi avaient usurpé par violence. Jacob fit une forte réprimande à Ruben, Simon et Lévi, ses enfants. Noé la fit encore avec plus de sévérité en donnant sa malédiction à Chanaan. Jéthro reprit Moïse avec plus de bonté et de douceur, et Abigail Nabal son mari. Ce serait une chose infinie de rapporter en détail toutes les espèces et tous les exemples de correction fraternelle que peut nous fournir l'Ecriture. Ajoutons seulement quelques traits tirés de la loi nouvelle.

EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT

[Jean-Baptiste.] — Nul n'est plus dangereusement malade que celui qui tire de l'usage même des remèdes un surcroît de mal. Ceci a lieu particulièrement en ceux qui, étant repris, soit par les hommes soit même de la part de Dieu, au lieu de prendre enbonne parties avis salutaires qu'on leur donne et d'en faire leur profit, s'élèvent et entrent en fureur contre ceux qui les reprennent charitablement. Nous en avons un exemple célèbre en S. Luc, où il est dit qu'Hérode ayant été repris par S. Jean-Baptiste sur le sujet d'Hérodiade femme de son frère, il ajoutaàtous ses autres crimes celui de faire mettre ce grand saint en prison, et ensuite de le faire mourir.

[Notre- Seigneur.] . Nous voyons, dans l'Evangile, plusieurs exemples de réprimandes et de corrections, les unes plus douces et les autres plus sévères, que le Sauveur a faites à ses Apôtres. L'une des plus remarquables entre ces corrections, et des plus charitables, est celle qu'il fit à son disciple S.Thomas, à qui il montrases plaies après sa résurrection, en l'avertissant de n'être plus incrédule. Il n'abandonne pas, dans sa faiblesse, ce disciple égaré; il le cherche avec soin; il se présente à d'autres, afin de disposer celui-cipar leur témoignage ; il se présente àlui-même, afin dele ramener charitablement et de le convaincre par ses propres yeux : pour nous apprendre qu'il faut aller au-devant des pécheurs, et qu'il n'y a de véritable pontife que celui qui sait compatir aux infirmités. Il le corrige

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aveo douoeur, el Lui pardonne de bonne grâce; il raéni iputation,

ci le reprend dans la maison, lei portes fermées. Comme b fiante n'était oonnuequedea Apôtres, il ae Lui en parle qu'en leur pi-' en e. Ce a ■ par de longs discours, par des plaintes aigres ou par des reproches amers, qu'il le réduit à la soumission : trois mots d'exhortation, plutôt que do réprimande, réveillent dans le cœur de S. Thomas la foi et la charité presque éteintes.

Il n'usa pas d'uno moindre condescendance envers deux de BOB disciples qui allaient au village d'Emmaus, chancelant dans la foi, tristes et d lés de la mori de leur Maître. Car, s'étant joint de compagnie avec eux et leur ayant demandé de quoi ils s'entretenaient, il'n'eut pas plus tôt entendu de leur bouche le sujet de leur tristesse, savoir ce qui s'était passé dans Jérusalem à l'égard de Jésus de Nazareth; qu'ils espéraient bien qu'il pourrait être ressuscité comme il l'avait promis, mais d'une espérance si faible que son bonheur mémo la troublait, et qu'ils tremblaient de s'avouer ce que d'autres en avaient vu : que ce charitable Sauveur, touché de compassion pour l'égarement de ces deux disciples, se mit à.lcur expliquer le sens de l'Ecriture et à leur développer ce que les prophètes avaient prédit touchant sa passion et la gloire de sa résurrection, qu'il avait fallu qu'il méritât par ses souffrances; qu'il les affermit dans la foi, en les reprenant de leur incrédulité, et ralluma dans leur cœur le feu de la charité dont les restes allaient tout-à-fait s'éteindre. Et ensuite, après s'être fait connaître dans la fraction du pain, il disparut à leurs yeux, les laissant pleins de foi et de vraie espérance.

Quand on amena à Jésus-Christ une femme surprise en adultère, il se pencha pour tracer avec son doigt quelques lettres sur la poussière, et fit venir les accusateurs pour leur dire que celui d'entre eux qui était sans péché jetât à cette femme la première pierre. Il nous avertit, par là, de tourner avant toutes choses la rigueur de notre zèle contre nous-mêmes, d'examiner ce en quoi nous sommes coupables et de nous en corriger. « C'est ainsi que parle la justice, dit S. Augustin, dans ce jugement particulier qu'on prononce contre son prochain, lorsqu'on entreprend de le corriger. Il faut que la femme coupable soit punie; mais il serait à propos qu'elle ne le fût pas par des gens autant et plus coupables qu'elle. Il faut que la loi soit accomplie ; mais il serait à souhaiter, en cette occasion, que ce ne fût pas par les mains de ceux qui ne se font aucun scrupule de violer cette loi sainte. C'est pourquoi on croit que Jésus-Christ, en se penchant, écrivit sur la terre les péchés de ceux qui accusaient cette femme, et que ses dénonciateurs, couverts de bonté en les lisant, se retirèrent l'un après l'autre. Et alors le Sauveur, voyant la confusion qu'avait soufferte celle qu'on accusait, la délivra du supplice auquel la loi la condamnait, et se contenta de l'avertir de ne plus pécher à l'avenir. »

| Autres exemples.] Il y a, dans l'Evangile et dans les Actes des Apôtres, plu-

sieurs exemples de corrections, les unes pleines de douceur, et les autres accompagnées de sévérité. S. Jean-Baptiste reprit avec zèle les Juifs, en les appelant « race de vipères, Genimina viperarum. » S. Etienne les traita d'endurcis, d'indociles et de cœurs incirconcis. Le Sauveur a souvent repris les scribes et les pharisiens de leur hypocrisie. Il reprit avec des paroles fortes S. Pierre, qui voulait le détourner de souffrir. De quelle sévérité n'usa point S. Pierre lui-même envers Ananias et Saphira, envers Simon-le-Magicien ; et S. Paul envers Elymas, pareillement magicien?

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