Histoire et Chronique d'Espagne, par Sancho Cota
Petit in-fol., pap., 151 feuillets, écriture de la première moitié du XVI' siècle.
Ce manuscrit parait être original; peut-être même est-il autographe. Tout ce que nous savons de l'auteur est ce qu'il nous apprenti lui-même dans le cours de son ouvrage, que lorsque Ferdinand le Catholique, après la mort de Philippe le Beau , prit en mains le gouvernement de la Castille, il quitta ce pays avec nombre de personnes qui étaient attachées à l'archiduc Charles, pour venir à sa cour, à Bruxelles; qu'il retourna en Espagne à 1» suite de l'archiduc, en 1517; qu'il était alors secrétaire de la reine Eléonore. Nous n'avons pas vu ce qu'il devint après le mariage d'Eléonore avec François I^f.
Le commencement et la fin dû manuscrit manquent. Il est question, au premier feuillet, de la guerre de Grenade sous les rois catholiques. Le dernier feuillet s'arrête à l'année 1358.
CoTA^ qui se montre très-circonspect dans ses récifs, ne dit rien des démêlés de Philippe le Beau avec son beau-père Ferdinand, ni de ses dissentiments avec la reine sa femme , ni de sa mort. Les seules particularités qu'il rapporte sur Jeanne la Folle sont les suivantes : « La reine avec son » conseil vint à Torquemada, où elle donna le jour à une fille, qui fut ap- » pelée l'infante dona Catalina. De là elle vint à Hornillos. Elle se faisait )) suivre du corps du roi don Philippe, son mari, qui était embaumé et » qu'elle avait fait extraire de 31iraflores, où il était. Chaque jour elle ') allait le voir à l'église, où il était entouré d'une garde nombreuse, et où » on lui faisait par son ordre de grandes obsèques. Elle ne s'occupait point » du gouvernement du royaume, ni ne voulait signer de lettre ni d'autre » dépêche, tant était profonde la tristesse qu'elle avait de la mort du roi » son mari. Le conseil de Castille expédiait les affaires ordinaires avec » quelques gentilshommes qui étaient là et avec l'archevêque de Tolède,
SUPPLEMENT. 4o9
» fray Francisco Xi menés. Et pendant quelque temps en Castille les choses » se passèrent ainsi '. »
L'auteur (fol. 7) nomme tous ceux qui passèrent de la Castille aux Pays-Bas, pour ne pas reconnaître le ifouvernement de Ferdinand le Catholique. Nous voyons figurer dans cette liste : don Juan Manuel; le cardinal évoque de Burgos; don Pedro Pucrtocarrero , qui devint archevêque de Grenade; révèque de Calane, de la maison de Guzman; don Alonso Manrique, évéque de Badajoz, depuis cardinal et évéque de Séville: le maître Mota, qui fut évéque de Palencia; don Juan et don Antonio de Zuniga, etc., etc.
Lorsque Charles eut été inauguré comme souverain des Pays-Bas*, de nouveaux personnages venaient journellement d'Espagne à sa cour : on prévojait dès lors que Ferdinand n'avait plus longtemps à vivre'. M. de Chièvres témoignait peu de bienveillance à ces serviteurs de son maître * ; craignait-il qu'il n'y en eût, parmi eux, qui lui disputassent la faveur dont il était en possession?
Cota nous dit comment Charles-Quint prit cette devise. Plus outre, qui devint si fameuse : « Le prince don Carlos résolut d'avoir sa devise comme » les autres princes; il l'écrivit avec son poignard sur la vitre d'une fenêtre » de sa garde-robe, à Bruxelles. Cette devise était : Plus outre". »
' « La rreyna e su consejo se viniéron d la villa de Torqucmada , dondc vino cl tiempo dcl
parir, é pariù una fija, que fué llamada la ynfaiita doîia Catalina; é dcsde la dicha villa se vino la rreyna â un lugar que se llania Hornillos ; c ya traya consigo el cucrpo dcl rrey don Felipe su niarido, cl quai eslava balsainado, c lo fizo sacar de Mirallores, donde estava ; é cada dia lo venia â ver d la yglesia, donde le ténia con muchas guardas é grandes obscquias que cada dia le fazia. É la rreyna no ciirava de la govcrnacion del rreyno, ni queria firniar carta ni otro dcspacho ninguno, tanta fué la tristeza que tuvo de la muerte dcl rrey su niarido. El consejo de Castilla despachava los négocies ordinarios, é algunos cavalleros que ay cslavan, é asiniysrao cl arçobispo de Toledo , fray Francisco Ximcncs. E asi estuvo cicrto tiempo Castilla >> (Fol. 0.)
' Le 5 janvier 1515.
' .... ^' Cada dia venyan d su scrvicio algunos mas cavalleros cspanolcs , porquc veyan que cl rrey don Fernando eslava enfcrnio y no podia niucho vivyr.... » (Fol. 25.)
* 0 .... Mosiur de Xevres fuc muy poco grato à los cavalleros cspanolcs primeros que venimos
al scrvicio del principe... « (Fol. 26.)
' u El principe don Carlos acordô de poner su devysa como los otros principes suelen Icnerla,
quai puso en su guardarropa de Bruselas en una vidriera, cscrita con su puiïal. la quai devysa dezia Plus outre. « (Fol. 25 V.)
Suivant l'auteur le courrier que le doyen de Louvain, Adrien d'Ulrecht, expédia à Charles, pour l'informer de la mort du roi Ferdinand, ne mit que neuf jours à faire la route du fond de l'Andalousie à Bruxelles. Deux heures après l'arrivée de ce courrier, arriva un messager, envoyé par le duc d'Albe, qui apportait la même nouvelle. (Fol. 28.)
Ce fut alors qu'on vit alTluer dans la capitale des Pays-Bas des courtisans et des solliciteurs, non-seulement d'Espagne, mais d'Italie, de Naples, de Sicile et d'ailleurs. Jamais, à Bruxelles, la cour n'avait été aussi nombreuse ni aussi brillante '.
Le chroniqueur rapporte avec beaucoup de détails la cérémonie des obsèques de Ferdinand le Catholique qui furent célébrées à Bruxelles et à la suite desquelles Charles-Quint se Ht proclamer roi. Selon lui il n'y en avait pas eu de pareilles depuis celles que Jules-César fil faire à Rome pour sa mère ^
On a vu que Cota revint en Espagne à la suite de Charles-Quint, quand ce monarque y passa pour la première fois. Il raconte en ces termes l'entrevue que Charles eut avec la reine sa mère àïordesillas : «Le roi et madame » Eléonore logèrent au palais de la reine. Aussitôt après leur arrivée, ils » allèrent lui présenter leurs respects et se mirent à genoux devant elle. » La reine demanda par trois fois au roi s'il était bien son fils : il lui ré- » pondit chaque fois que oui, et la pria de lui donner sa main à baiser. » Elle lui dit que, depuis la mort de son malheureux père, elle ne l'avait n donnée à personne, et le baisa à la joue, ainsi que madame Eléonore. Elle » dit ensuite : Jllez votis reposer, car vous devez être bien fatigués. Et » ainsi ils se retirèrent dans leurs appartements ^ »
' Comcnçaron à venir muchos cavallcro.s y iicgocianles de Ylalia, de Nàpolcs c de Sicilia y de
otras parles, asimismo muchos scfiores de Espaûa é cavalières é fidalgos c otras {j;entcs, tarilo que cslava en Drusclas una cortc niuy Iriuiifante y de niuchas nacionos » (Fol. 29.)
* a Fuéron taies las obscqiiias que, de.spiiés que Julio César lizo en Uoma las de su madré, otras
no fucron vislas laies.... « (Fol. ôO.)
• u ...:. El rrcy y madania Lconor se aposcntdron en el palacio do la rreyna su madré, é, asi de eamino como venian, la entràron a fazer el acataniiento devido, y se pusiéron de rrodillas dclantc dclla, la quai pregunto al rrcy si cra su fijo 1res vezes,à las qualcs cl rey respondio que si, y dcmandolc la niano para se la besar. La rreyna respondio que, dc.^pués de la mucrle del desdichado de su padre, nunca la avia dado a ninguno, y besôlc en cl carrillo, c asimismo a niadama Lconor, y dixolcs : « Yos ârrcposar, que venis cansados. " É asi se fucron a su aposenlamienlo » (FoLVIv".)
Sur celle première entrevue de Cliarles-Quint avec sa mère nous avons (les ilctails bien plus intéressants et plus complets clans la Relation de Laurent Vital, que j'ai fait connaître à l'Académie '.
Du reste, l'ouvrage de Cota nous apprend peu de chose de nouveau sur les événements qui se passèrent, même en Espagne, dans le temps de l'auteur; aussi conclurons-nous en faisant connaître le jugement qu'il porte de Luther et du luthéranisme, dont il parle après avoir raconté le couronnement de Charles-Quint à Aix-la-Chapelle : « En ce temps, dit-il, apparut » en Allemagne un moine de l'ordre de Saint-Augustin, qui commença à » prêcher toute sorte d'histoires contre le pape et contre le siège aposto- » lique, lesquelles je passerai sous silence, parce qu'elles ne méritent pas » d'èlre écrites. Beaucoup de monde en Allemagne, et des princes de ce » pays, y ajoutèrent foi et les adoptèrent, et encore aujourd'hui ils y con- » forment leur opinion On donne le nom de secte luthérienne abominable » à ceux qui y adhèrent. Ils ont été et ils sont cause de grands maux dans » le monde *. »
Cota n'écrivait pas seulement en prose, mais il était aussi poète : on trouve intercalés dans son Histoire (fol. 31 v»-6d) un poème présenté par lui à Charles-Quint après son avènement à la couronne d'Espagne, et (fol. 4U-li5) des vers qu'il adressa à l'archiduchesse Marguerite, lorsqu'elle eut conclu la paix de Cambrai.
' Voy., dans les Uulleliits de l'Académie, 2*^^ série, l, XXIX, Jeanne la folle et Charles-Quint, i" partie.
' « Medianlc este tieinpo se levanto en Alcmana un frayle de la orden de San .\gustin, cl (|ual
commencé à predicar niuchas ystorias contra cl papa y contra la scdc apostolica, de las quales aqui no faré mcncion, ponjuc no son dignas de se cscrivir. Las quales ystorias muchas gcntcs de Alcraana y principes délia creyérou y siguiéron y siguen fasla oy, que son llamados seta lutcrana abominable; y han scydo y son causa de grandes malcs en cl mundo » (Fol. 78 v°.)
147. — îlistoria del invictissimo emperador Carlos Quinto, rey de Hespanha, composta por Sua Mag. Cesarea, como se vee do papel que vai em a seguinte fol ha. Traduzida da lengoa francesa e do proprio original, en Madrid, aiino 1620.
In fol., pap., relie en parclieni., 68 feuillets, écriture du temps.
Nous avons ici les Commentaires de Charles-Quint, traduits en portugais, que les amis de l'histoire ont l'obligation à M. le baron Kervyn de Lettenhovc de leur avoir fait connaître dans une nouvelle traduction française '.
Le titre d'Histoire qui leur a été donné est le fait du traducteur portugais.
Il est à remarquer que celui-ci a laissé dans son texte original la lettre d'envoi de Charles-Quint au prince Philippe, laquelle est en espagnol, langue dont l'empereur se servait toujours en écrivant à son fils, qui savait peu le français.
Suppl. franc. 1093.