Chroniques manuscrites de la ville et pays de Liège
Grand in-f(il., pap., relié en niaroijuin, 186 feuillets, écriture du W' siècle, à deux colonnes.
On lit, au verso du deuxième feuillet de garde : « Se livre est à Godefroy » de Wayaulx, et depuis acheté par le conseillier Jehan d'Oultrem, en .) l'an 1S60. ..
' Une seconde copie de ce manuscrit existe k la Bibliothèque nationale sous le n» 8385. Celle-ci a appartenu à la bibliotlièque de la Gruthnyse; elle est décrite dans \ks Hechciclies de Van IVaet, pp. i2!J9-2GI.
' Voy. Les llililiollièques de Madrid cl Je l'Escurial. yolices el Exlrailxdrs mniinscrifs qui concernent l'hisloirr de Belgique, 1875, in-i", pp. 559-5(!|.
Sur un feuillet de parchemin placé à la fin du volume, il est écrit : « De « la bibliothèque de feu M. le prince de Bournonville. Bibl. Bourn., 42 jan- » vier 1707, n» 5. »
L'ouvrage est divisé en chapitres, qui ne sont pas numérotés, mais qui ont des sommaires jusqu'au fol. 143 v», où l'on lit: Comment Jehan, le noble filz du duc de Brabant, espousat la fille du très-cres(ien i-oij le noble roij de France (1322).
Dans les chapitres qui suivent, les sommaires sont restés en blanc.
L'auteur débute ainsi :
Lan (leir incarnation de noslre première porc .\dan quattres mille et dix-noef hm deslruite par trahyscn la grande Troye, de laquelle s'cnfuyrent par mère les pluseurs grants princes et nobles quant elle fust destruicte. Sy s'en desparlirenl par pluseurs parties et diverses, les ung deehà la mère et les aullres de là. Sy on print et fais maintes habitations pour demorer eux et leurs successeurs, assavoir : premier, Eneas vient dedens Italie là où il trouvit forte guerre, le roy Eviander contre Turnus, le roy de Tuscinie. A cclluy tant dont je parle n'y avoit dechà la mère que trois royalmes, assavoir: le roy de Latiens, le roy d'Vlalie et le roy de Tuscinic. Et quant Eneas y vient, le roy Turnus y fut mort des guerres i|ue il faisoil. Sy evut Eneas de Troye la femme Turnus . Lavinie, fille au roi de Latiens. Sy fut roy de Latiens et d'Italie, et la fist-il faire maintenir et eiteit dedens trois ans. Aprics ce morut son filz li aisnez, lequel fut après luy régnant. Et puis d'icelle génération issyrent quinses roys l'un après laultres. Mais le quinsiesme evut non Anueles l'agréable, et après luy Honiuius et Remus, son frère germain. Sy ne sepeulrent accorder de leur royalme, car chacun en volloit estre denantrement digne. Remus fut deschassié de son frerre Romulus. Sy vient Remus en Champaingne , où il fonda la cité de Rairas.
Les trois premiers chapitres sont intitulés :
Comment Remus fondât Raims en Champaigne. frère à Romulus. premier roy.
Comment Romulus fondât Romme.
Des deux mois, assavoir janvier et février, que le rot/ Minât adjousta au kalendrier.
La chronique se termine de la manière suivante :
L'an mil (|uattre cent et vingt noef , le sixiesme jour du mois île janvier, furent faici
il Bruxelles des grandes jousles , et y esloient le duc Phelippe de Bourgoingne, le duc Phelippe de Brebant et monseigneur 1 evesques de Liège. En celuy temps s'en vindrent en Liège les maistres de Dignant.
Item, le sepliesme jour de feuvrier, les maistres de la cité démonslrarent, sur la Violette, comment, le cinquiesme jour de feuvrier, le signcur Jehan Blondeal, pour lors capitanne de Malmaison en Canibray, estoit nuiternalement yssus hors do Boulongne, luy vingtiesmc, et volut assaillir la thour de Monte-Orguelle. Mais ceulx qui en estoient gardes s'en misrent en défense tant que ceux de Dignant sortirent hors. Sy soit salvat le signeur Jehan Blondeal en un bateau sur la rivière de Meuse, et s'en retournât à Bouloiigne, et laissarenl illecque leurs esehelles, lesquelles furent portées à Dignant.
Item, le dixiesmejour du mois de feuvrier, monseigneur de Liège s'en retournât en Liège et dist, quand il entendit, des lettres du chapitre et de la cité, le fait et l'advenue de ceulx de Monte-Orguclle, ils en parlât au duc de Bourgoingne, à Bruxelles : mais il respondit que se n'estoit point de merveilles , car ceux de Dignant alloicnt délie toute à rencontre de la sentence jadis, après la bataille d'Olhey, par son père et son oncle le duc de Hainaut, rendue de ladite thour rédifyée aultrement.
Ce de quoy ils advowoit icelle besongnc. Mais, à la requeste de monseigneur, l'on metist tous ses affaires en dilacionjusques ad ce que monseigneur de Liège en auroit parlé à son pays.
Item, le ireizicsnie jour du mois de feuvrier, la cité conclut que, nonobstant que ceux de Dignant requéroient d'estre mis hors les barrières, que l'on attendisse les séquelles du pays sur ce demandé; et desputa la cité aulcim pour assister les deux maistres en telle manière.
Item, lendcniai[i du matin, ihumat à Saint-Martin une pierre, laquelle pierre occit Pierron le charpentier. Kt sir Godelfroi Mequincle, chanoine de Liège, et aveucque lui Jehan délie Rouge Porte, secrétaire de la cité, lesquels chevalchèrent envers le duc de Bourgoingne, assavoir son intcnclion, à cause qu'il avoit envoyés gens d'armes en la ville de Bouloingne.
Item, lendemain, le vingt-huitiesme jour de feuvrier, monseigneur envoya à Dignant Guillaume Duvillers et Jehan de Vaulx, pour, aveucque Jehan Barre, lequel esloit illec à quarantes clievalx, pour donner assistances à ceulx de Dignant.
Item, le seigneur Thierry de Zcvenbergh s'en allât vers Tuyn.
Item , monseigneur le comte de Namur rescripvit à monseigneur de Liège que, jusque ad ce (pie le fait de Monte-Orguelle fût perpétré, il n'en secu riens et lui desplaisoil moult : mais le duc de Bourgoingne avoit dedens le |)ays et comté de Namur trois fortresses, sçavoir : Bouloingne, la foriresse de Poilvaehe cl celle de Sampson, et luy ont
fait, depuis qu'il vendist la propriétei de sadile comté, serment, et y mette chastelain à son plaisir.
Item, le vingt et uniesme jour du mois de feuvricr, monseigneur mandat aux église et chapitre, s'il falloit tenir des sauldoyez, coment il en volroit sourvenir. Elles respondircnl que pareillement elles avoient faict aux aultres seigneurs.
Item, le vingt-lroisicsmc jour dudit mois après, furent présentés au maistre les deffanses de par le seigneur Englebcrt d'Enghien.
Item, le vingt-cinquiesme jour de feuvrier, les nobles du pays furent tous ensamble, et là dcmonstrat monseigneur de Liège tout le fait de Monte-Orguclle et tout ce que depuis en avoit esté faict. Et fut alors conclu par le pays que, aussy avant que ceux de Dignant auroient droict, ils demourroient ensamble pour et afin de défendre et garder le droict du pays; et desputarent d'aulcuns pour sçavoir se ils avoient juste cause de ce faire , ou non.
Item , le vingt-septiesme jour de feuvrier, sur les nomès Jehan Mequinele ' et Jehan délie Rouge Porte s'en reviendrent en Liège, lesquels venoient de par devers le duc de Bourgoingne, et rapporiarent que le duc de Bourgoingne mectoit tous ses besoingnes en saulve conduicte jusques à trois sepmaines , nonobstant qu'il s'en plaindoit moult grandement du damoisel Évrart de ce que fait lui avoit.
Item, aussy ceulx de Dignant, lesquels se disoient que, en despit de ceulx de Bouloingiie, ils reflèroient reffaire leurs chasteel et leur forteresse de Monte-Orguellc.
Itein, de la pension que ils luy debvoient en nom de son jadis oncle de Hainaut, ils en avoient avis et conseil.
hem, que ils sosticnnent ses ennemis à Dignant, à sçavoir Bertrem Dech et Jehan de Dignant, dit de Beaurain.
Item, le vingt-huictiesme jour après, fut cryés et publiés au perron que nul ne nulle ne fourfasse rien aux ambassadeurs dudit duc.
Item, le dernier jour de feuvrier, un varlet au seigneur de Thines rapporta en Liège que plusieurs capitaines du duc s'en alloient vers le siège que les Englès et Bourguignons avoient mis par-devant la cité d'Orléans, car le dauphin le voloit dessiéger.
Item, le premiers jours de mars, les despuiez de par les nobles et bonnes villes dénionstrarcnt ens chapitre, prèsens les abbeiz, qu'il conviendroit bien tenir ensemble la somme de quatorzes à quinze cents hommes armés et sept cents arbalestriers pour la ileffense et garde du pays, se touttc la ciergerie y voloit aidicr à eoniribuer. Et adone les prélats et les églises respondirent que ils avoient sur ce respondut à l'aultres fois à monseigneur.
' PIu« haut GoJi'froi Mcquincic.
llem, en cclu) jour vient le seigneur Jacque de Viesvilles, chevalier, et niaislre l'helippe Longart, docteur, envoyez en Liège de par le duc de Bourgoingne.
Ilcm , lendemain ils exposarent leur descharge, comment ledit duc demandoit, selon une sentence jadis rendue, de desmoulier toute la thour de Monte-Orguelle, et voloit aussy ravoir les dix-sept villes, car il ne les povoit laisser pour son honneur, veu que la comté de Namur estoit présentement à luy escheuz, et en ensuyant l'achapt que jadis en avoit faict de la propriétei d'icelle.
Item demande encore cinq cent coronnes de France que ceux de Dignant dévoient à son jadis oncle Jehan de Beawier, dont l'action par sa cousine de Hollande, aveucq mille coronnes de bonne rente hériltable , lesquelles encore devoit à son père et oncle dudit duc de Haynau.
Item est assavoir que ledit duc Jehan, comte de Namur, morul le premier jour du mois de mars.
Item, le troisiesme jour du mois de mars, fut respondut ausdis ambassadeurs, de par inesseigneurs du chapitre et les despulès des estats, que, veu que ils nestoient point soufBsamment chargié dudit duc, on envoirroit al quinzaine aulcun en la ville de Malines, pour respondre à ladite pétition et aussy pour rendre responses et demandes sur les déplaintes que ledit pays voldroit faire.
Item en doit wuidier Bertrem Dech et Jehan de Beaurain de la ville de Dignant.
llem , se le duc ou le pays de Liège le weullent de rien attempter , il leur doive laissier sçavoir quinze jours devant le copt.
Item, que le duc rescripvit que il ne garderoit point la journée de 3Ialines, mais il se Irouveroit, au troisiesme jour du mois de mars, à Namur. Se il leur pooit de sembler bons , ils y envoirront des desputés du pays de Liège '.
A la suite de la Chronique, après quelques feuillets en blanc, on trouve, transcrites de la même main, des lettres de Philippe le Bon du 20 septembre 1433 contenant le traité conclu à Arras entre lui et le roi Charles MI.
' Copie certifiée conforme par M. Louis Paris, directeur du Cabinet historique.