‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 78 sur 128 · Guerra de Carlos V contra los Luteranos · texte numérisé non relu

Guerra de Carlos V contra los Luteranos

In-fol., pap., 80 feuillets cotés 1-55 et 1-27, écriture espagnole du temps.

On lit au dos : Affaires des luthériens en Allemagne. Sur un feuillet de parchemin placé au commencement du volume, il est écrit, d'une autre main que celle qui a copié le texte : Este libro es del

' Les Bibliotlièques de Madrid el de l'Esnirial, etc., p. 00.

senor Padilla, soldado de la compania de don Juan de Guevara, ce qui veut dire que le livre a appartenu à Padilla, et pas autre chose.

M. Ochoa est porté à croire' que ce manuscrit est une copie de l'histoire, composée par Pedro de Salazar, de la guerre de Charles-Quint contre les protestants d'Allemagne, histoire dont j'ai vu la minute à la Bibliothèque de l'Escurial et qui fut imprimée à Séville en I5S2 '. Je pense plutôt qu'il est une copie ou un abrégé du fameux Comentario de la même guerre, ouvrage de don Luis de Avila y Çûiiiga. Comme celui-ci, il est divisé en deux parties ou livres dont la distribution est la même, et dans les extraits que j'en ai pris , je retrouve les faits qui sont rapportés par d' Avila.

Je me borne donc à transcrire ici le commencement et la fin du manuscrit :

Incipit. Estavan ya las cosasde Alemana en taies lérniinos que abia venido à ser lan grande el poder de los que profesaban la nueva religion, que se via claraniente quan necesario hera que Dios pusiesse rremedio en ellas....

Explicit. La grandeza desla guerra merecc muy mas larga rrelacion que esta mia. Con esta brcbc ayudo â la memoria de los que la an de hazer de loda eila mas parti-

cularmente Y asi totlas las vezcs que a sido convinyenle la fuerca y la dctcrminacion,

se a cxsecutado con ânimo y csfuerco que es menester,para que la fama merozca quedar lan superior â la de los capitanes pasados ; y quanto à la virtud y bondad,loes (el cmperador) à lodos ellos.

' Catàlogo razonado de los manmrritos espanoles exisletites en la Biblioteca rcal de Paris , etc. 1844, iii-4°, p. 102

' Les DiblioOièqucs de Madrid it de l'Eseurial, etc., p. 580.

55. — Journal de la vie de l'empereur Charles-Quint, depuis 1514 jusqu'en 1551.

In-fol., pap., rcl. en maroq., avec vignettes cl filets, 318 feuillets, dorés sur tr.. écriture du XVII' siècle.

Au premier feuillet sont des armoiries au-dessous desquelles on lit : Alexandre Le Blanc, S"" de Mo.\tchi\. Lécu est entouré des quatre quartiers de Le Blanc, RuiTault, de Los, Carlin.

Dupuy 560.

56. — Histoire des voyages faits par l'empereur Charles-Quint depuis l'an 1514 juscfties à sa mort, par JE.4IN DE Vandenesse. — 1641. Dupuy.

In-fol., pap., cartonné, dos en basane, 337 feuillets, écriture de la première moitié du XVII« siècle.

Notre-Dame 152.

57. — Sommaire des voiages faicts par Charles, cincruiesme de ce nom, tousjours auguste, etc.. depuis 1 an mil cinq cens et quatorze jusques le 25*^ de may de l'an mil cinq cens cinquante- ung inclusivement, recueilliz et mis par escript par jEHArs de \ an- DENESSE, controlleur, ayant suivi S. M. en tous lesdits voiages.

In-fol., pap., rcl. en veau, 476 feuillets, écriture de la seconde moitié du XVII' siècle.

Fr. 22981.

58. — Voyages et Instruction de l'empereur Charles V. 1514. 1558.

In-fol., pap., rcl. en veau, filets dorés, \H\ feuillets, écriture du XVII' siècle.

Sous quatre titres différents nous avons ici un seul et même ouvrage : le Journal des voyages de Charles-Quint, de 1514 à 155i, par Jea\ de Vaadei\esse, contrôleur de sa maison.

Dans le MS. 10197 '^■■''- ce Journal est précédé :

I. Des quartiers de la maison d'Autriche avec armoiries enluminées, depuis Raoul, comte de Habsbourg, jusqu'à Philippe le Beau (fol. 2-17);

II. D'une notice historique sur la maison de Habsbourg commençant à Pharamond, roi de Franconie, et finissant à Charles-Quint (fol. 18-32):

III. Des trente-deux quartiers de Charles-Quint (fol. 35-40);

IV. Des armoiries des royaumes et Etats de ce monarque suivies de son portrait (fol. 42-50).

La notice historique et les blasons dont nous venons de donner l'indication ne sont pas dans les autres manuscrits.

C'est d'ailleurs le MS. 10197'''- -^^ qui contient le texte le plus complet de l'ouvrage de Vandenesse : je crois ce manuscrit une copie de celui qui existe à la Bibliothèque nationale, à Madrid, et qui provient de l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras '.

Dans les trois autres manuscrits le Journal des voyages de Charles-Quint est suivi du Journal des voyages de Philippe H à partir du 25 mai 1551, où Vandenesse entra au service du prince d'Espagne, jusqu'au 22 juillet 1560, où il obtint du roi la permission de se retirer dans le comté de Bourgogne, sa patrie.

Le MS. Dupuy renferme, de plus, l'oraison funèbre prononcée par le sulTragant d'Arras, Richardot, aux obsèques de Charles-Quint à Bruxelles, et le MS. 22981 . aux fol. 481-541, Ragionamento di Carlo Quinto impe-

' Les Hihliollikiiies de Madrid ri de l'Esciirinl, etc. , p. 1 5.

CHARLES-QLIISÏ. 109

ratorc al re Filippo suo figliuolo nella consignatione ciel govevno de' suoi Stali et regni, dove si contiene corne si debbe governare in tempo délia pace et délia gnerra. Ce prétendu discours de Charles-Quint n'est qu'une amplification de quelque rhéteur qui a imaginé de prêter ses idées politiques et son langage au plus grand souverain du X\ I^ siècle.

Nous avons, Tannée dernière, publié le Journal des voyages de Charles- Quint dans le tome II de la Collection des voyages des Souverains des Pays-Bas. Le Journal des voyages de Philippe II aura sa place dans le tome III.

Harlay 228.

59. — Discours de l'embarquement et départie de l'empereur Charles d'Austriche, cinquiesme, de ses Pais-Bas. pour aller en Espagne avec les deux Roynes douairières, ses sœurs, mis et rédigé pai' mémoire, à la vérité, pour lavoir veu. et ainsi qu'il a esté récité au très-chrestien roy de France Henri II : le tout, par l'exprès commandement de monseigneur de Bassefontaine , maistre des requestes ordinaire de son hostel , et par cy-devant son ambassadeur auprès dudict seigneur Empereur, et aujourdliuy auprès du roy d'Angleterre, son fds, par moy, Jeain de la Roche, parisien, très-humble et très-obéissant serviteur de Bassefontaine.

Cahier de 22 feuillets placé, sous le n° 15, dans un Recueil de pièces intitulé : Meslanges d'Espagne et de Portugal.

no HISTOIRES, RELATIONS. MÉMOIRES.

C'est une copie faite dans le XV^II» siècle et très-peu correcte.

Monseigneur de Bassefontaine dont il est question dans le titre de ce Discours, était Sébastien de l'Aubespine, auquel M.Louis Paris a consacré une excellente notice en tète des .\égociations , Lettres el Pièces diverses relatives au règne de François II '.

L'Aubespine, né en 1S18, avait obtenu de François I»"" plusieurs bénéfices, et notamment l'abbaye de Bassefontaine dans le diocèse de Troyes, non pas qu'il se fût voué à l'Eglise, mais, ainsi que ledit Brantôme, cité par M. Paris, « parce que, ce grand roy ne pouvant récompenser des » finances de ses domaines les bons services de sa noblesse, il trouvoit » meilleur de récompenser ceux qui lavoient bien servi, de quelques » abbayes et biens d'Eglise »

En 1d45 François I" le chargea d'une mission en Suisse, 'dans le cours de laquelle il l'envoya à la diète de Worms. Plus tard il l'accrédita auprès de la reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas. La guerre qui éclata entre Charles-Quinl et Henri II mit fin à son ambassade. Après la trêve de cinq ans conclue à Vaucelles le 3 février 1536, Henri le renvoya à Bruxelles avec la mission de le représenter, tant auprès de l'empereur jusqu'à son départ pour l'Espagne, qu'auprès du roi Philippe. Il n'y fit pas un long séjour : au commencement de Iod7 l'amiral Coligny rompit la trêve que son souverain avait solennellement jurée, et la guerre recommença, plus acharnée que jamais, entre l'Espagne et la France. Enfin le traité de Cateau-Camhrésis du 3 avril 1539 vint rétablir la paix entre les deux Etats, et l'ambassade de Bruxelles fut encore une fois donnée à l'Aubespine; dans cet intervalle il avait été élevé au siège épiscopal de Limoges. Il suivit Philippe II en Espagne, où il demeura jusqu'au mois d'août 1565.

J'ai fait l'analyse de toute sa correspondance pendant cette dernière ambassade, à partir du 5 juillet 1561; on la trouvera dans la suite de ces !\otices.

Quant à Jean de la Roche, l'auteur du Discours de l'embarquement de Chai'les-Quint, j'ignore ce qu'il était, ce qu'il avait été et ce qu'il devint : il n'est pas question de lui dans le volumineux recueil de pièces publié par M. Louis Paris, et je ne l'ai trouvé nulle part ailleurs.

' Im-4» de xivi ot 980 pages, Paris, imprimerie royale, 1841.

CHARLES-QUINT. lli

On sait que Charles-Quint ne partit point pour l'Espagne imniodiatenient après son abdication, quoiqu'il le désirât vivement, plusieurs circonstances y ayant mis obstacle; que ce fut seulement le 8 août ISS6 qu'il quitta Bruxelles: que, le 28 du même mois, il fit ses adieux à son fils, à Gand, et se dirigea Aers la Zélande, où l'attendait la flotte qui devait le transporter à sa destination; que, le IS septembre, il s'embarqua à Flessingue avec les reines Eléonore et Marie, ses sœurs; qu'il fut retenu, pendant deux jours, par les vents contraires à la pointe de Ramekens, où le roi Philippe vint le visiter; enfin que, le 17, la flotte put poursuivre sa route : j'ai moi-même raconté tous ces faits d'après des documents authentiques '. Mais DE LA Roche les raconte, lui, comme témoin oculaire, et son récit renferme des particularités assez curieuses pour que je croie devoir lui donner place ici.

Après — dit-il — que l'empeieur eut tloiiné ordre aux afl"airesdel"Em|)irp,rci'cu leroj de Bohème , la royne sa femme et enfans, le duc de Brunsviek, duc de [loisteiii et autres plusieurs seigneurs , pour iceulx congratuller et leur recommander le roy son lils, pendant toutes lesquelles choses faisant appcrcevoir son armée de mei- en Zcliande en toute dilligence , et avee(| sy grande apparence d'apprest qu'il sembloil qu'il voulsisl aller conqueslerquel(|ue royaume, pour le nombre des vaisseaux que les commissaires arrestoient journellement, tant en Hollande que en Zcliande, de manière que, de cent l'un ne pouvoit se persuader que ce fcùl seullemcnt pour la conduille de l'empereur, et que cela estoit couverture de quelque autre entreprise cachée pour Angleterre ou autre lieu , et ne pouvoit croire aussy que vonlsist laisser son païs ainsy embrouillé entre les mains de son fils encores peu expérimenté, ayant un roy de France sy puissant de tant près son voisin : nonobstant toutes lesquelles opinions et arbitres, tant continuèrent les apparalifz de ladicte armée, après plusieurs délais , qu'environ la my-aoust tous les vaisseaux furent preslz et munitionnez, tant de vivres, dont la pluspart avoienl esté acheptez en Hollande, que d'artillerie, poudre, boullets et autres munitions requises en cet endroict, pour la deffcnee et conduille desquels furent levez et retenus environ cinq mil mariniers, comprins ceux qui esloient ordonnez pour l'ordinaire desdicts \aisseaux, sans y prendre aucuns soldats, sinon quelques Espagnols des sept naulx ' de doni Louis de Carmiac ^.

' Retraite et mort de Charks-Quint au monastère de Yuste , Introduction; JSS-i. iu-8».

* Aaux , navires.

• Don Luis de Carvajal , capitaine général de la flotte de Guipuzcoa. {Retraite et mort de Charlrs- Qiiiiit au monnstèrc de Yuste. lntroduch"on . p. Ii5.)

il2 HISTOIRES. RELATIONS. MEMOIRES.

Le noinlirc total des vnisseaux de gueire ordonnez pour la conduittc de Tempereur estoit de trente-sept tout au plus. Premièrement, en armement esloient dix-neuf grands vaisseaux , c'est assavoir: dix espagnols el neuf hulques hoUandoises, compris le navire de l'empereur, qu'estoil à un marchand espagnol, fort beau vaisseau et bien faict, environ de f|uatre cens tonneaux, à trois liunes ', auquel on avoil fait faire une chambre pour Sa Majesté, de dix-sept piedzen carré, et bien close et doublée de drap vert, que le vent n'y pouvoit entrer en aucune manière. Ladicte chambre estoit faicte et construittesur le tillac d'en haull, au chasteau de derrière, à l'environet au-dessous de laquelle esloient environ vingt autres chambres pour ses olliciers. A Camfer, el aulrcmeni dicl la V'erre, esloient treize autres vaisseaux, tant grands que moiens, c'est assavoir : huicl grandes hulques à l'empereur, el une autre au sieur de Bèvre *, admirai, et un gallion de quatre-vingts tonneaux que le sieur de Ouacre ', commissaire général el admirai de la flotte, avoit faict faire exprès, la Velléité de Dieppe, el un naviron breton, lesquels avoient esté pris des Flamens durant ces dernières guerres; la Licorne de Dunquerque. Lesquels treize vaisseaux, avecq lesdicts dix-neuf dessus- Mommez, esloient Irente-deux, tous vaisseaux de cent, deux, trois, quatre, jusques à huict cens tonneaux de port; et les autres, comme j'ay dict, petits brigandins, tous générallement bien munilionnez. El n'y avoil navire qui n'eusl esté rehaussé et permise à fleur d'eau , pour y mellrc plus d'artillerie.

El outre les précédens apareils, quant aux compagnons mariniers , esloient tous gens ramassez et de petit effet : tous les plus suffisans esloient jà partis pour aller à la pescherie, craignans eslre retenus, ayans bien plus de proffil en un coslé que en l'autre. Les gages des compagnons mariniers des navires de guerre n'estoient que de (piatre florins, moins cinq palars, par mois, qui ne sont que deux escus, encore pas; les gages des maistres douze escus par mois , et les pilottes dix. Ledict sieur de Ouacre esloit admirai de la flotte, et le capitaine Maiqrel ♦ vis-admiral.

Quand tout fut prest, el que l'empereur eut entièrement donné ordre à tous ses affaires , prit congé des ambassadeurs et, iceux laissez auprès du roy son filz , se partit de Gand le vendredy, vingt cl huiciiesme jour du mois d'aousl mil cinq cens cinquantesix, eslans Sa Majesté dans une littière, veslu d'une saye de drap noir et d'une simple robbette de mesme.

' Il s'appelait El Espiritu Sanlo et appartenait à Martin Ximenez de Bertendona : c'était le fils de celui-ci, Antonio de Bertendona, qui en était le capitaine. Il était du port de 865 tonneaux. ( fle- Intilc cl mort de Charles-Quiiil , etc., p. 145.)

' Maxiniilicn de Bourgogne.

' Adolphe de Bourgogne, dit Chapelle, seigneur de Wackcn.

' Gérard de Meckcre.

CHARLES-QUINT. Ho

Lors je me onqiiis à un quidcnt pourquoi il esloii ainsy simpleineiil vcsUi de noir, avccq si triste chère'. Il me lit response qu'il portoit le doeil d'un qu'il souloil grandement ayiner, qu'il appeloit Plus oiiltre, lequel estoit depuis nagiières trcspassé.

Je luy denianday en après pourquoy il estoil ainsy lentemenl perlé dans caste litière, quy ressembloit mieux à un cercueil qu'à nulle autre chose, veu que guéres n'avoitl'on veu voiler sy haull; et me dit semblablement que ce luy estoit contrainte, parce que sou Aigle, qui le soulloit ))ortcr, estoit grandement alUigé du mal de yeux, |)oui' de trop près avoir regardé la spleudein- du Croissant.

En ccste manière partit l'empereur, accompagné de son (ils; et y estoit aussy le duc de Savoye, le due d'Ascoi, le marquis de Renly, son frère, le comte de Aiguemont, le comte d'Astrein *, le comte d'.Aremberg , le comte de Mègue, le comte deiMansfeld. nouvellement arrivé de France sur sa foy , le sieur de Bossu, le sieur de Cîlajon, tous chevaliers de la Toison; et y estoient aussy, des seigneurs espagnols, le duc de Medinaceli, le comte de Melito, autrement Ruy Gomez de Silva, le comte de Chinelion, don Antoine de Toledo , don Loys île Carvijac •'•, don Francesco d'Aguila, don Pieiro de Cordova, don Loys de Avila et autres plusieurs seigneurs de cette nation. Le roy son fils, avecq partie des susdicts seigneurs, le conduit jusques au lieu auquel il devoit aller coucher, nommé Sasq *, distant de quatre lieues de Gand; l'autre partie desdicts seigneurs retournèrent en la ville, après avoir conduit l'empereur hors les portes de ladicle ville.

Le samedy suivant les roynes ses sœurs partirent dudict Gand, pour aller trouver l'empereur; et le lendemain, dimanche matin, partit Sa iMajesté dudiet lieu de Sasq, accompagnée de ses deux dictes sœurs, |)our aller à Meuvar s, autrement \eufhavre, de la paroisse du lieu de leur départie distante demie lieue : auquel lieu le sieur de Ouacre, admirai, l'attendoit avecque heux ^ préparez pour le passer à Walker^, isle principalle de Zellandc, auquel lieu estoient tous ces vaisseaux de guerre susnommez.

Sytost que l'empereur et les deux roynes fm-ent embarqués, le roy d'Angleterre print congé de Sa Majesté et des deux roynes; puis, les ayans veiis faire voiles, les commanda à Dieu et s'en retourna à Gand.

Lèvent fut sy à propos pour le passage de l'empereur, que, estant partye Sa Majesté

' Chère, visage.

' Probablement d'HoogsIraeleu.

' De Carvajal, comme plus haut.

' Sas.

' En flamand : Nieuwvaerl , nouveau canal.

* Heux , bateaux.

' Walcheren.

environ les neuf heures, arriva entre midy et une heure à VVilsinde * : la dislance de l'un à l'autre est de six grand lieues de Flandres. Sytost que ceux de la ville eurent connoissance que l'empereur approchoit , le saluèrent d'assez bon nombre d'artillerie et forces boettes de fer. Luy doncq arrivé, accompagné comme dessus, et descendu sur la jeltée du havre, et receu des principaux delà ville, Sa Majesté, estant soustenu de deux gentilzhommes par dessoubs les deux bras, chemina à pied depuis le lieu de la descente jusques à l'entrée de la forteresse, qui sont environ huict vingt pas de long.

Ce vcii (les inscriptions qui avaient été mises sur la porte du château), entra dedans ladicte forteresse, à l'entrée de laquelle on tenoit prest un fort petit mulet, sur lequel il fut incontinant monté. Au-dessus de l'issue de ladicte forteresse estoit un petit théâtre auquel estoient figurées Force, Persévérance, Concorde, qui nourrissoient Amour, aii-dessoubs de laquelle estoit escrit : Concordia nutrit amorem : le tout désigné

par jeunes gens assez rusticquement accoustrez, et le théâtre de mesme

Toutes lesquelles cérimonies'^, passa oullre la ville , sans s'y arrestcr, et s'en alla ainsy jusques à tm bourg appelle Zumbur ^, pour un assez beau cliastcau selon le pais, lequel estoit préparé pour le plus commode, attendant vent opportun pour son partement. Les deux roynes demeurèrent à Flesingue, semblablement la duchesse de Lorraine, laquelle les estoit venu conduire avecq leurs dames et danioisclles : avoicni les visages pasies et décolorez, car je puis asseurer qu'elles estoient jà assez amargalisées ("?), et leur estoit la prompte retraictc très-nécessaire.

Les roynes furent logées à la maison du bailly de Flessindes, et la duchesse de Lorraine auprès d'elles, laquelle n'y demeura que deux jours, puis s'en retourna à Gand avecq le duc d'Ascot.

.\insy demeurèrent les deux roynes attendant vent propre; et de bonne fortune leur logis estoit devant la principalle église; et n'estoit guères d'heure, au jour, qu'elles ne regardassent de quel costé estoit tourné le cochel*.

Le lundy, dernier dudict mois d'aoust, elles feurent véoir les vaisseaux préparez pour leur voiage, estans lesdictcs dames dans un petit batteau; pour la bienvenue desquelles il n'y eut vaisseau de guerre ny de marchand qui ne les saluasl d'artillerye, semblablement les vaisseaux françois, lesquels pouvoicnt bien cstrc alors jusques au nombre de soixante et dix, tant bretons ([ue normands.

Depuis Icdict jour les roynes alloienl souvent de Sufflcsinde à Zumbour visiter l'cmpereiir (il n'y a que denne lieue de l'un à l'aulrc), jusques au lundy, septième

' Flessingue.

• Sic dans le nianuscril ou du moins dans la copii' qui en a été faite.

• Souburg, à trois kilomètres de Flessingue.

• Sic.

CHARLES-QUINT. Hd

jour de septembre, qu'il prit einye à l'empereur d'aller aveq les deux roynes ses sœurs véoir le chasteau de Ramequin, un fort scilué sur les digues, de grande importance pour la deffence de l'isle.

Digues, ce sont ramparis qui sont à l'entour de lisle, environ de quatre toises de haull, et de large, par-dessus, d'environ deux toises et demie, autrement diètes dunes ou montagnes de sable; et sont entretenues avecq grand soin et despence, avccq bonne raison : car sy les digues venoicnt à crever et rompre, seulement d'une toise, l'isle seroit perdue, et ineontinant comblée d'eau, parce que, quand la mer est plaine d'eau, est plus haulle que la terre de plus de six pieds. Cette isie a de circuit sept lieues de Flandres , et de long deux et demie.

Estant l'empereur arrivé audit Ramequin dans un chariot, el les deux roynes dans un autre, lesquelles, peu après leur venue, demandèrent aux capitaines et maistres des navires à quoy il tenoit que le navire de l'empereur et les autres eslans encore en Exmue ' n'estoient devant ledict Ramequin aveq ceux de Camfer ^ lesquels y cstoicnt jà passé un mois, les capitaines et maistres dessusdicts, entre autres excuses, ûreni responce que pour l'iieure il n'estoit possible, ayant vent et marée contraires. A l'heure mesme elles leur commandèrent très-expressément, que possible ou non, qu'ils se missent en leur debvoir de le monter, affîn que l'empereur le vit : pour à quoy obéir, prindreni sy bon nombre de petits batteaux que, à force d'hommes et rames, et sans desployer voiles, le montèrent jusques à Ramequin. Il y a, depuis Exmue jusques audict lieu, une grande lieue. Les autres, voyans que ce vaisseau estoit monté, s'efforcèrent de faire le semblable, et en montèrent quatre autres, qui fut chose faicle avei| sy grand travail et peines, tant pour la pesanteur des vaisseaux que pour la contrariété de vent et marée, que tous ceux qui le voyoient disoient n'avoir oncques veu manœuvre faict aveq sy grand excèz ne plus promptement exécuté.

Depuis cedict jour jusques au jeudy, dix dudict mois, ne cessèrent, avecq les marées, jusqu'à ce qu'ils eussent monté le reste des vaisseaux, lesquels, estans tous rangez en bataille, comme près à faire voile, contenoient depuis Ramequin justpies devant ^ lessingue, qui estoit une grande lieue.

Cedict jour le vent se trouva bon sur les six heures du matin : ce qui leui' donna espérance de brief partemcnt; et à l'heure mesme, les roynes firent embarquer leurs meubles, qui n'estoient de petite valleur ; semblablement fut publié que tous mariniers flamens et espagnols l'eussent ineontinant embarquez, sur peine de leurs vies. Mais leinespérance fut de bien petite durée, car, ineontinant après midy, le vent «e retourna contraire aveq tourmente ; pour raison de quoy furent conlraincts retirer les vaisseaux

' Ramue ou .^rmuyden.

* Canfer, ou la Vcre, à une lieue de Middelbourg el deux de Flcssiugue.

les plus iidvanccz vers la mer près diidici Ramequin, lieu plus à Fabry el hors du daiiçer de la (ourmente; et, nonobslant quelque temps qu'il fit, laissèrent lousjours un vaisseau dehors, pour l'aire la garde.

L'empereur, avant entendu le vent estre retourne eontraire, se passionna grandement, el feùt volontiers parly, quelque temps qu'il fist, tant il estoit fasché d'attendre sy longuement : en quoy il démonstroit assez l'envie qu'il avoit de changer lieu. Estant Sa Majesté en celte mélancolie, luy fut remonsiré, par un vieil capitaine espagnol, de Sainct- Sébastien, le danger des bancs, le grand courant de l'eau et plusieurs autres accidens lesquels luy pouvoient survenir, ne prenant le vent arresté et temps oportun : ce qui le modéra aucunement. Depuis cedict jour le temps demeura fort inconstant jusques au lundv, quatorze dudict mois, qu'il se eommenea à tempérer et démonstrcr quelque apparence de bon changement pour le parlement. Aussytosi que l'empereur en fut advertv, ne vouUani Sa Majesté perdre aucune occasion, commanda que incontinant tout le bagaige fût embarqué, semblablement tous ceux de sa suite, voire aveq telle promptitude el dilligence que, commençant à dix heures du matin, falloit que tout fût embarqué à cinq heures du soir. Tellement que, pour le peu d'espace qu'ils eurent, restèrent plusieurs bardes et raffreschissements de vivres. Un petit après quatre heures, les deux roynes arrivèrent sur la jettée du havre, pour attendre l'empereur : cependant elles donnoienl ordre de faire embarquer leurs damoiselles et quelque reste de leur bagage. Elles estoicnt vestues de droguet ' , c'est assavoir : la robbe et le petit manteau à l'allemande par-dessus. L'affublement de la roync Léonor estoil d'une coiffe de soye noire, et par-dessus une large passe de velours noir, un feutre noir, et la royne Marie estoit alTui)lée de linge, et par-dessus un taffetas noir et un feutre noir.

Quand elles eurent attendu environ demie heure, l'empereur arriva sur ladicte jettée, accompagné de seigneurs et gentilzhommes, et fut apporté dans une chaire ', ainsy vestu qu'il estoit au parly de Gand. Estant Sa Majesté arrivée jusques auprès du lieu où estoit son heux préparé pour le porter à bord de son navire, lequel estoit environ trois cens pas dans l'eau devant Flessinguc, se fit poser en terre près desdictes deux roynes, les(iuelles le receurent ; après devisèrent environ deniy quart d'heure. Cependant ceux qui esioient près le voulurent contempler, pouvant bien dire que jamais ne feut veu prince |)lus blanc, le visage fort meigre el retiré, les mains toutes croehées', la parolle sy débille et cassée qu'il senibloit ne lui rester plus que lesprit.

Après qu'il eust devisé aveq les roynes, ainsi quej'ay diet, s'estans embrassez el prins rongé, commanda que l'on le portast en son heux. Sylost qu'il y l'eut, les deux roynes

' IJroyucI, (le IV'spngnnI ilmi/veli' . ('•loffi" de laine cl fil. ' Cliuire, rautcuil.

* Croclièes. crochues.

CHARLES-QIJIINÏ. H7

ses sœurs ciitrt'iTiil dans un aiilro. Ainsy se séparèrcnl el s embarquoreni cliaouu en son vaisseau, rempereur en celu) dont j'ay faict cy-dcssus mention, el ses deux sœurs dans le navire du seigneur Ouacre, admirai de la flotte , navire de six cens tonneaux, à quatre hunes, espérans le lendemain matin faire veille. Tout ce jour les vaisseaux furent parez de leurs pavillons et enseignes, et se firent quelques fanfares de tambourins et trompettes, avec salve d'artillerye desdicts vaisseaux de guerre, de la royne d'Angleterre appelle le Socre, pour l'empereur, que dix de ses vaisseaux l'allendoient pour rarcom|)agner'.

Ainsy le mardy, quinze dudict mois de septembre, à cinq heures du matin, se partit larmée aveq grand bruict d'artillerie, tant de Flessingues que des vaisseaux : aveeq les susdicls vaisseaux de guerre estoient environ vingt-cinq grands navires de marchands bien esquippez. Tous lesquels vaisseaux assemblez faisoil fort bon vcoir partir; mais un mal y estoit, qu'ils avoienlfort petit vcnl et qui monstroit, ainsy que nous verrons, ne vouloir longuement durer bon, comme tost après advint : car, environ une heure après midy, le vent se tourna contraire. Toute cette matinée le navire le plus advancé n'avoii faict deux lieues.

Il ne fault point ignorer qu'il n'y eût de bien faschez; cl principalleniciu les danioiselles, qui n'avoicnl accoustumé cette dance, estoient sy débilitées du mal de la mer que plus n'en pouvoient, dont tuie mourut, laquelle estoit nouvellement mariée, fille d'un gentilhomme françois, escuyer de la royne Léonor, nommé le seigneur de Fallandres (?).

Ce jour le roy d'Angleterre estoit parly de (Jand, pour aller prendre congé de l'empereur. Luy, estant arrivé à Bicrebliet -, qui est une petite ville dans la mer entre Neufliavre et Flessingue, eut nouvelle que renq)ercur estoit party. Dudict lieu pouvoil bien véoir l'armée, laquelle, comme j'ai dict, n'avoil encore faict grand chemin ; en inesme temps il eut semblablement advis de ladicte armée : ainsy coucha cette nuict audici Biereblict, attendant la marée du lendemain matin. Cependant le sieur de Bèvre, admirai, despècha un gentilhomme exprés devers ledict seigneur roy, pour l'adveriir du relaschcment de l'empereur : que ayant entendu ledict seigneur roy, partit dudit Bicrebliet environ niidy, et arriva au navire de l'empereur à deux heures. Après (ju'il eut communicqué avccq Sa Majesté une hetne et demye et prins congé, et pareillement des deux roynes, ses tantes, se mit en un esquif. Ainsy arriva à Flessingue, accompagné du duc de Savoye, du sieur de Bèvre, admirai, lequel l'esloit ail»; attendre dès le matin au navire de l'empereur, du comte de Berlemont, du sieur de Glajoii, du sieur de Ouacre, admirai de la flotte, et de plusieurs autres seigneurs.

(JoUc plirasc csl é^ idi'iniiiciil (ronquix'; mous lii doiiiiims Icllc i\\ic la coiili( iil l:i ((iiiic du rnanilM rll. Bieivllcl.

Ltiy oslanl arrivé el descendu sur la jettée du havre de Flessingiie, fut receu des principaux de la ville, lesquels iuy firent présent des clefs; l'artillerie, tant des vaisseaux que de la ville, joua de telle manière et avcq telle impétuosité qu'il sembloit que tout deusl fondre. Ces choses faictes, le roy chemina à pied depuis le lieu de la descente jusques à la maison du bailly de Flessingue, en laquelle il print son vin. Tosi après monta sur une haquenée et s'en alla, accompagné comme dessus, coucher à Zumbur, appartenant au sieur de Glajon : auquel lieu avoit résidé l'empereur, attendant l'heure de son embarquement.

Ce mesme jour se tourna le vent du tout bon et asseuré pour faire voille, avecq temps autant oportun qu'il en soil oncques veu : en quoy l'empereur ne voullul faillir le lendemain, jeudy, dix-septicsme dudict mois de septembre, à sept heures du matin, ayant sy bon fresque que en trois heures on perdit la vue de l'armée.

Notez que, depuis que Sadicte Majesté fut embarquée, que fut le lundy, quatorziesme dudict mois, ne descendit en terre, pour quelque rclaschement qu'il eusl, ny les deux roynes ses sœurs non plus.

Ce mesme matin, estant l'empereur party, le roy son fils alla ouïr la messe à Midelbourg, ville principallc de cette isie et bien marchande, en laquelle il feust très-humainement receu des principaux de la ville et salué d'artillerye; puis alla au Camfer et au chasteau du sieur de Bèvre, admirai, qui estiez de ladicte ville, place fort récréative. Après qu'il eut visité les lieux principaux de ladicte isle, s'en retourna à Gand.

Le vendredy, dix-huitiesme, l'armée passa devers Calais; en cet endroicl se rencontrèrent lesdicls vaisseaux de la roy ne d'Angleterre desquels j'ay cy-dessus parlé, lesquels saluèrent Sadicte Majesté de maints coups d'artillerie. Ceux de Calais ne se mirent en debvoir de despendre une seulle livre de poudre : de quoy la royne d'Angleterre ne fut guèrcs contente.

Environ le dimanche suivant, l'armée arriva à l'isle de Wic, auquel lieu Iuy convint séjourner pour quelque mutation de vent ; et le mardy suivant se partit.

Depuis, l'empereur eut, tout le reste de son voiage, sy bon vent qu'en peu de jours il arriva en Espagne.

Paici et achevé ce pénultiesme jour d'octobre 1556.

Saint-Germain 47.

60. — Premier livre de l'Istoere mémorable et universelle de toutes choses advenues, tant en Flandres que èz autres provinces de la Basse Germanye,ès années mil cinq cens soessante-cinq et soessante-six.

Iii-folio, pap., cartonne, dos en maroquin, 1 i9 feuillets cotés 1-ôC et 1-113, écriture du temps.

L'Histoire des choses arrivées en Flandre remplit les feuillets 1-Ô6 et 1-47; les autres contiennent des fragments dune histoire générale de la même époque.

Entre les feuillets 26 et 28 ( l"^» série) il y a un cahier de six feuillets qu'on a coté du seul chiffre 27, et qui se rapporte, soit à la même histoire générale, soit à une histoire de France.

Dans l'ancien catalogue de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, dont ce manuscrit provient, il est attribué à Jacques de Montaigne, président de la cour des aides de Montpellier. Nous n'avons trouvé, dans le manuscrit même, rien qui indique le nom de lauteur : ce qui est certain, c'est qu'il n'était point des Pays-Bas, car il dénature la plupart des noms propres. Ainsi il écrit : Nochenne pour Noircarmes , Fene pour Fiane, S" de Harirocoiirt pour S' de Hachicourt , Collamberg pour Ciilemhourg , etc.

L'ouvrage est divisé en chapitres : mais les chapitres ne sont pas numérotés et sont dépourvus de sommaires.

Le texte parait être, du reste, une première mise au net : on y remarque des lacunes, et aussi des ratures, des additions, des indications qui devaient servir à un nouveau copiste.

L'auteur entre en matière de la manière suivante :

CiuiM'iTRE.... — Combien que la seule souvcnanee des grans maus et exirêmes calamilés advenues au royaume de France par la guerre civille que nagiières y a esté émeup et poursuivie, avec si grande annimozité et ardeur, pour la diversité des oppinioiis en la religiofi . on :iii moins souz eouleur et prclexle d'ieelle, deùl avoir esté plus

que suffizanto pour modérer les afîeccions tlésordoniiées des habitans des provinces voézincs qui oui élé spcelaleurs de si horrible tragédye, et refrocdir les esprilz boulians de eeuz qui par leurs nouvelles invencions gèiet la semance de ces doinniajables troubles et divizions, si èt-ce que la considéracion dudit exemple prézani et la frèche mémoere que les Flamans ont peu avoer des dommages irréparables de nostre cage advenus pour même occazion èz royaumes de Bohême, Polonie, Dannemarc, Angleterre, Escosse, et ijénérailcmcnt en toute la Germanye, de laquelle ilz sont si proches voezins, n'a peu empêcher qu'ilz ne se soet voloniêremeni engouffrés en ceste commune calamité qu'on ne peut nommer qu'un irés-rigoureux fléau de Dieu, pour la punicion des grans et horribles péchés des hommes (|ui en ce siècle mizérable régnet en toute habandon par toute la chrélianté, et par consécant du tout inévitable à ceuz lesquelz Sa Divine IVfajesté veut ])unir et châtier, la prudence humaine se trouvant en sa manque ou du tout inutile, comme on pourra évidemment conoetre par le discours que je veuz fère en ce lieu des grans troubles pour le même fèt de la religion advenus en Flandres dès le commencement de cèle année mil cinq cens soessante-sis, ayant prins leur source de ce que madame Marguerite d'Autriche, famc du seigneur Oclavio Farnès, duc de Palme et de Plèzanee, sœur naturelle du roy Filipcs d'Espaine, dcpuys que le duc de Savoye se relira en ses pays, la pès fêle entre le roy très-chrestien et catholique, ayant esté employée par ledit seigneur roy, son frère, au gouvernement de ses pays de Brabanl, Flandres, Zellande, Olande, Frize, Haynautet autres provinces comprinses souz le nom des Pays- Bas ou de la Basse-Germanye , lesquelz communément on nomme Flandres, prenani une parlye pour le tout, à cauze de l'excellance des villes qui sont en ladite province, donques rcprézantant ladite dame en tous lesdils pays la personne dudit seigneur roy,

comte de Flandres, dès lors qu'elle fut establie audil gouvernement, commansa à se

montrer fort affectionnée à fêre estroetemcnt et curieuzcment garder et observer èsdits pays toutes les constitutions, ordonnances et sérémonies de l'Eglize calolique et rommaine, fczant à ces fins renouveler les placars rigoureux que long tans auparavant l'empereur C-b'-îrles cinquiesme, son père, avoet fèt publier et afficher èsdits pays pour le fèt de la religion, etc.

Voici comme il raconte la présentation de la requête des confédérés à la duchesse de Parme :

Le seignciu- de Brederode, le comte Ludovic de Nausau, frère du prince d'Orange, le comte de Vande Bergue et le comte de Collamberg, députés pour faire la remonstrance, étant venus à Bruxelles, où se tenoel ladite dame de Palme, régente, étant accompaniés de dcuz cens geniiizliommes ou environ, et portant leur rcqueste, signée de plus de deux mil, comme ilz étoet au paies, un des conseillers de ladicte dame, qui leur étoet fort

PHILIPPE II. i2d

fonfrcie, estanl en une fenestrc dudit paies, dit lout haul, en langage flanian, à un seigneur du pays à qu'il pailoel : Voelà mes gueuz! parlant desdits seigneurs qui vouloel prézaiiier ladite rcqueste: estanl ledit nom de gueuz sy vile et ignominieuz que audit pais de Flandres on dit, en proverbe comun, que vint et catre niéclianlz bélitres font ung gueuz. Ce qu'estant venus depuis à la eonnoissance desdiis ségnieuis, sans en faire aueune démonstration de mesconlanlemeni, mes le convertissant en rizée, ilz résolurent dès lors de prandre ce nom, qui fut comun à tous cens qui estoent de leur parly pour empescher ladite inquizicion. Et parainsy, comme en France eeuz quy fezoel profession de In religion qu'iiz nommoet redormée, étoet nommez hugucnotz, aussy furei-ilz dès lors nommés gueus en Flandres (Fol. 4 v°.)

A propos (les éciielles de bois que les gueux attachèrent à leurs chapeaux, l'auteur dit :

Il advint que, quelque tans après, ayant esté prins en la mer de Holande un poesson tout couvert de écheles (écailles) quy avoct la ligure fort aprochante à la Aisson desdites petites eseueiles, lesdits gueuz dizoet que ledit poesson avoet esté envoie de Dieu pour tcmoniage de la justice et sainteté de leur entreprinse. (Fol. a V.)

Dans le dernier chapitre l'auteur, après avoir raconté la soumission d'Anvers, de Maestricht, de Bois-le-duc ^qu'il écrit Molduc) conclut ainsi son livre :

En somme, toutes les villes et lieuz des Pais-Bas quy avoet aucunement vacillé pour raison des troubles précédans, furet entièrement remizes en l'obéissance de Sa Majesté et randues du tout pèzibles et au premier estât, moienant les bonnes garnizons que ladite dame mit en chacune d'icelles; et aussi (ainsi) prindrent fin les troubles dudit pays flamanl.

Gaignières 2778.

61. — Histoire de ce qui s'est passé aux Païs-Bas , 1566, et à Arras, 1578.

Iii-l", pap., relié en veau, 221 tcuillets non cotés, écriture du XVII' siècle.

On lit, sur l'un des feuillets de garde : Discours en bref des choses mémorables advenues en ces Pays-Baz depuis la requeste présenté (sic) au

mois d'apvril i 566 , seignameni de ce que s'est passée (sic^ en la ville d'Arras, ville capifalle du pays et contée d'Arthois, depuis les dernières altérations.

Au-dessous il est écrit, dune autre main : Discourt (sic) de M' Walera.nd Obert, conseiller de S. M. en son conseil provincial d'Arthois , touchant les troubles advenues (sic) en la ville d'Arras, IS78.

Le livre est précédé dune dédicace de dix pages, sans date ni signature, « à hault et puissant seigneur monseigneur le conte de Henin, viconte et » baron de Barlin, etc., gouverneur et capitaine des ville et citée d'Arras, n et messieurs maieur et eschevins de ladicte ville. »

L'auteur débute ainsi :

Ce n'est pas sans cause que ce grand et illustre personnage messire George de Selve, évesquc de Lavaur (que l'on pcult à bon droict dire et nommer le parangon de touttes vertus et la vraye source et fontaine de loutte science et doctrine), après avoir fait recherche exacte de la source, etc.

Le texte se suit sans aucune division.

L'auteur termine son œuvre à la publication, qui se fit à Arras, du traité de réconciliation des provinces wallonnes. Ses dernières lignes sont les suivantes :

Je prie nostre bon Dieu que ceste paix s'entretienne et observe inviolablemenl, à l'honneur de Sa Majesté Divine, conservation de son Église, deue obéissance à S. M., repos et iranquililé île la chose publique.

Des manuscrits des Mémoires de Walera>d Obert existent dans les Bibliothèques d'Amiens et d'Arras.

On a quelquefois confondu ces Mémoires avec ceux de Pontus Payen, que M. Alexandre Henné a publiés ' dans la Collection de mémoires relatifs à l'histoire de Belgique. Ce point a été discuté, avec la sagacité qui lui était propre, par feu .M. Emile Cachet, dans plusieurs rapports adressés à la Commission rovale d'histoire '.

' Deux volumes in-8", 1800 cl 1861.

' Voy. les Uullelins de la Coniiiiissioii royale, 'i' série. I. I, p. 106; t. Il, p. 187; t. IV, p. 322; l. V . pp. bO, 59 , 78 , 79.

Suppl. franc. 4047.

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