‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 79 sur 128 · Cosas de Flândes · texte numérisé non relu

Cosas de Flândes

In-fol., pap., relié en niaroq., écriture du XV'I« siècle; endommagé.

Cet important manuscrit est composé de quatre parties ou cahiers distincts, tous de la même main.

Le premier cahier, dont les feuillets sont cotés 1-30, est un mémoire en espagnol, sans date ni signature, adressé à Philippe II sur les événements qui s'étaient passés dans le royaume de Grenade. C'est une apologie du marquis de Mondejar, qui était capitaine général de ce royaume lorsqu'éclata le soulèvement des Mores.

Le deuxième cahier, coté 1-274, et intitulé Lihro de las cosas que succediéronen Flândes, est une histoire de la révolution des Pays-Bas écrite en espagnol 5 elle commence à la présentation de la requête des confédérés, au mois d'avril lo66, et se termine à la reddition d'Anvers, en 1o8d. On lit à la fin la signature de Jacome Fer.nandez ' ; au-dessus de cette signature il est écrit de la même main : Signe el otro lihro, ce dont on inférerait que l'auteur avait poussé son ouvrage plus loin.

Ce manuscrit, chargé de corrections et de renvois, est évidemment une minute.

Jacomo ou Jacobo Fernaisdez est-il l'auteur du Lihro de las cosas de Flândes? On peut le supposer : je ne trouve pourtant pas ce nom dans la Bihliotheca hispana nova de Nicolas Antonio. L'auteur, quel qu'il soit, a dû écrire d'après les pièces officielles conservées dans la chancellerie de Philippe II, et c'est ce qui donne un grand intérêt à son récit. Çà et là y sont intercalées des pièces qu'on chercherait vainement aujourd'hui dans les archives mêmes d'Espagne : j'en ai extrait, pour entrer dans un supplément à la Correspondance de Guillaume le Taciturne, si je le publie un jour, les lettres que le prince d'Orange et

' Entre les feuillets 61 et 62 est intercalée une lettre originale dont la suscription porte : Al muy magnipco sehor my sehor Jacobo Fernandés , coiilimw de Su Mag^ en Nàpolcs. Elle est écrite de Venise, le 4 novembre 1588. Je n'en ai pu décliiffrer la signature.

iU HISTOIRES. RELATIONS, MEMOIRES.

le colonel Mondragon échangèrent lors de la capitulation de Middelbourg en l.o74. et celles que le prince écrivit, le 3 et le 21 mai 1S76. au gouverneur de Ziericsée , Arnould Van Dorp , pendant le siège de cette ville par Mondragon. L'historien nous apprend comment ces deu.x dernières lettres tombèrent au pouvoir des Espagnols. La première, écrite sur un papier très-fin et mise dans un tuyau de plume de cygne, fermé avec de la cire, avait été attachée à la patte d'un pigeon qu'on lâcha du bord d'un navire en station à une lieue de Ziericsée: le pigeon vint se reposer à moitié chemin sur la digue de Borndam; là il fut aperçu et tué d'un coup d'arquebuse par un soldat espagnol, qui le porta au colonel Mondragon. La seconde, expédiée par la même voie, fut prise de la mèine manière.

Celte Relation des troubles des Pays-Bas mériterait, à mon avis, d'être traduite et imprimée, car elle contient bien des choses qui sont restées ignorées des historiens. J'en ai extrait deux passages dont je vais donner la traduction. Le premier concerne le voyage que don Juan d'.Autriche fit de Madrid à Luxembourg, lorsque Philippe II lui eut confié le gouvernement des Pays-Bas :

« Don Juan, ayant pris congé de son frère, et donnant à entendre

qu il allaita Cartliagène ou à Barcelone pour s'y embarquer, se dirigea vers Fonlarabie, accompagné seulement d'Oclavio Gonzaga et d'Honorato de Silva, gentilhomme de sa chambre. Tous trois étaient déguisés : don Juan avait une casaque ouverte par les côtés et fermée par-devant, des hauts-dechausses de bure, un large chapeau de feutre et le collet de la chemise à l'ecclésiaslique. Lorsqu'ils arrivèrent à Fontarabie, le maitre des postes qui devait les conduire à Paris était indisposé: mais il leur donna un courrier français, homme de confiance, nommé Giau Mené, qui se trouvait là en ce moment. Don Juan et Gonzaga partirent avec ledit courrier, laissant à Fontarabie Honorato de Silva. qui, étant tombé malade, ne put les suivre. A Paris don Juan demeura dans une hôtellerie pendant qu'Octavio Gonzaga allait rendre compte de sa venue à don Diego de Çiiniga, ambassadeur de Sa Majesté à cette cour, et lui demander de quelle manière il pourrait continuer son voyage : ce qui paraissait dillicile. parce que tous les chemins étaient interceptés. Par celte raison les capitaines Diego Felizes et don Alonso de Sotomayor, qui devaient aller aux Pays-Bas,

PHILIPPK II. iW

étaient obligés de rester à Paris, quoiqu'ils eussent des passe-ports du roi très-chrétien pour eux et leurs serviteurs.

n Aussitôt que l'ambassadeur eut appris l'arrivée du seigneur don Juan à Paris, sans en rien dire à ses domestiques, il alla avec Octavio Gonzaga le chercher et l'amener chez lui. Là. sans que personne eût reconnu don Juan, ils discoururent de la manière dont il passerait aux Pays-Bas. Don Juan, ayant fait appeler lesdits capitaines Diego Felizes et don Alonso Sotomayor, se résolut, le l^r novembre 1576, vu que tous les chemins étaient interceptés comme il est dit ci-dessus, à prendre celui de Metz avec Octavio Gonzaga, les deux capitaines et le courrier qui l'avait conduit depuis Fontarabie. Après s'être reposés une nuit seulement dans une mauvaise auberge, ils arrivèrent le 6 novembre à Thionville, première ville et place fortifiée des Pays-Bas; don Juan, y ayant diné, alla coucher dans la ville de Luxembourg, capitale de la province. Octavio Gonzaga avait pris les devants, pour faire savoir sa venue au gouverneur, au conseil et au magistrat, ainsi que la manière dont il venait, afin qu'on ne lui fit aucune espèce de réception, d'autant plus qu'il arriverait à ime heure de nuit; il devait aussi demander, par ce motif, qu'on donnât ordre à la garde des bourgeois qui était à la porte de le laisser entrer. Les choses se firent ainsi. Don Juan alla descendre chez le lieutenant du comte de Mansfelt, parce que les états tenaient ledit comte prisonnier à Bruxelles. Octavio et les capitaines, qui jusque-là avaient été comme ses compagnons, commencèrent à le servir et à lui garder le respect qu'ils lui devaient, se tenant près de sa personne, sans permettre qu'aucun autre entrât dans son appartement; et cela dura jusqu'à la formation de sa maison et l'arrivée des domestiques, qui s'étaient divisés et avaient pris, de Madrid, le chemin qu'ils avaient jugé le plus à propos pour venir le rejoindre.

n Quand le courrier qui avait conduit le seigneur don Juan sut qui il était, et que, si le roi de France venait à apprendre qu'il avait été son guide, il le ferait pendre, il manifesta un vif mécontentement, regardant comnio une trahison ce qu'il avait fait. Pour le calmer, don Juan dut l'assurer qu'il ne lui arriverait aucun mal et lui offrir.de lui procurer le pardon de sou roi , à qui il écrivit par ledit courrier, en lui donnant avis de son arrivée aux Pa>s-Bas. Il l'annonça aussi à Sa Majesté Catholique, son frère, qui

ne se réjouit pas peu en l'apprenant, surtout après le rapport que fit le courrier de ce qui s'était passé dans le cours du voyage : car il avait pris don Juan pour le domestique d'Octavio Gonzaga, le voyant, dans les hôtelleries, donner à manger à leurs chevaux et demander ce dont ils avaient besoin eux-mêmes pour leurs repas, tandis quOctavio s'enquérait du chemin qu'ils devaient suivre.

» Cette même après-midi que don Juan arriva chez le lieutenant (du comte de Mansfeit}, il apprit l'affaire d'Anvers et le sac auquel nos Espagnols l'avaient mis : il s'en réjouit, mais sans le faire paraître extérieurement, car il était neuf dans le pays et ne savait comment la chose serait prise par les états rebelles, qui avaient des espions pour les informer de ce qu'il faisait. .Après avoir soupe, il alla coucher à l'hôtel du comte de Mansfeit. où il trouva tout préparé pour le recevoir.

>) Le jour suivant, dans la matinée, le lieutenant, le conseil et le magistrat se réunirent; et ayant vu les dépêches dont Son Altesse était porteur, ils se réjouirent de nouveau, pleins de l'espoir que sa présence mettrait un terme à cette guerre, à l'avantage de tous, spécialement parce qu'il entrait publiant paix, tranquillité et repos. Ils écrivirent incontinent, par toute la province, aux gouverneurs, barons et gentilshommes, afin qu'ils vinssent baiser les mains à Son .Altesse et lui rendre obéissance, comme le roi son frère l'ordonnait. Le 10 novembre tous s'assemblèrent à Luxembourg. Son Altesse leur ayant adressé un long discours el fait des offres de la part de Sa Majesté, ils offrirent à leur tour leurs personnes, leurs enfants et leurs biens pour le service du roi et de Son Altesse en particulier. Don Juan, monté sur un cheval blanc et accompagné par eux à pied, se rendit à l'église, où il entendit la messe, qui fut suivie d'une procession solennelle : après quoi ils lui prêtèrent serment et rendirent obéissance comme à leur gouverneur général.

» Le même jour de son arrivée à Luxembourg, le seigneur don Juan expédia des courriers à toutes les provinces des Pays-Bas. avec l'avis de son arrivée en celte ville, et une lettre aux chefs des troupes espagnoles, contenant le même avis et l'ordre de suspendre les hostilités, parce que le service du roi l'exigeait ainsi. Les provinces ne reçurent pas cette nouvelle avec peu de satisfaction : nos gens, qui s'apprêtaient à suivre leur victoire el . lorsque cet ordre leur parvint, à marcher sur Bruxelles, qu'ils auraient

prise sans faute, à cause de la division qui y régnait, y obéirent sans réplique ni contradiction aucune. Ils en informèrent le seigneur don Juan, en lavertissant. par une personne expresse qu'ils lui envoyèrent, de létal dans lequel la guerre se trouvait, et en lui remontrant que, s'ils ne poursuivaient pas leur victoire, les choses n'iraient pas bien : car les gens des états se réuniraient de nouveau et tâcheraient d'en venir à leurs fins, qui étaient de se venger du mal qui leur avait été fait.

« Le marquis dllavré. le vicomte de Gand et monsieur de Rassenghien allèrent visiter le seigneur don Juan. La première chose qu'ils lui demandèrent fut s il avait I ordre de Sa .Majesté de faire sortir les Espagnols des Pavs-Bas, l'assurant que, s'il l'avait, on lui rendrait obéissance, comme on lavait fait par le passé à ses prédécesseurs. Son Altesse les accueillit avec beaucoup d'amour, offrant de leur donner satisfaction en tout, comme ils le verraient par les effets si. de leur coté, ils remplissaient lohligalion. quils avaient contractée en naissant, de servir leur seigneur naturel. Ils retournèrent à Bruxelles, menaçant les lieux de cette province par lesquels ils passaient, parce qu'elle ne s'était pas alliée avec les autres : de manière qu'ils allèrent là plutôt pour traiter de guerre que de paix '. »

' « Don Juan, despidi'éndose de su liormano , dando à cnlendcr que liazia el caniino de Car-

tagena 6 Barcelona para cmbarearse, fuc à Fucnlcravia, acompanado solo de Oclavio Gonçaga \ Honoralo de Silva, gentilhombre de su càmara, lodos disfraçados de vcstidos. porquc los que llcvava don Juan cran un capolillo de dos haldas y caiçoncs de buriel , un sombrero ancho de fiellro, y cl collar de la camisa à la ccclesiàstica. LIegados à Fucnlcravia, por eslar indispuesto el maestro de postas que los havia de guiar liasla Paris, les diô un correo franeés, honibrc de coniianra . que a la sazon se hallava alli, llaniado Gian Mené; y dcxando en aquel lugar al diclio Ilonoratu de Sllra (|ue, por havcric sobrevenido una cufermedad , no pudo scguirles, hiziéron su viagc ambos con cl dicho correo basta Paris; y quedàndose don Juan en una hosteria, fué Octavio Gonçaga â casa de don Diego de Çùiiiga, enibaxador de Su Mag"", que residia en aquclla eorte , â darle cuenla de su venida. para que dicsse traça en el salir de alli, (juc con difficultad ^e podia hazer, por cstar toniados todos los caminos; y por esta causa se liallavan alli detcnidos los capilancs Diego Felizes y don .Monsu de Sotomayor, que no podian passar à los Estados, aunquc tcnian passaportes del rey cliristianissinio para cllos y sus criados.

" Lucgo que cl embaxador critendio la llcgada del scnor don Juan à Paris, sin dar à entcndcr nada à sus criados, fué con el dicho Octavio Gonçaga à hazerle venir à su casa ; y sin que nadic le conoscicsse, se tralo del modo y nianera que se havia de lencr para passar à Flàndes, Y assi, embiando don Juan à llamar i los dichos capilancs Diego Felizes y don .\lonso de Sotomayor, se resolviii. al primcro de novicnibre del dicho afio 1 570 , cslando toniados todos los caminos como esta dichu, de scguir el de .Mes de

Le second passage est relatif à la maladie, à la mort et aux obsèques de don Juan :

(1 Don Juan, s'ëtant retiré avec ses troupes en un fort près de Namur,

V fut atteint d'une espèce de peste appelée fièvre pourprée, qui, ayant été au commencement mal comprise du médecin, ne put depuis être quérie. Le jeudi, 2a septembre 1578. ce prince se confessa; et comme, le jour suivant, il devait prendr.' certain breuvage, il ne communia que le dimanche 28. Dans cet intervalle, le général de la cavalerie Octavio Gonzaga et le père fray Francisco Dorante, son confesseur, lui parlèrent de faire son testament, afin de laisser ses affaires en ordre : il répondit qu'il n'avait pas de testament à faire, puisque tout ce qu'il avait était de son seigneur

Lorciia junlamenlc con Octavio Goiiçaga y lus dos capilanes y el correo que los guio desde Fucnteravia ; y sin haver dcscaiisado mas de uiia noche en una venta , llegaroii à Tiumbilla , primera tierra y fuerça de los Estados, à los seys dcl dicho mes; y haviendo aqui comido, passo d dormir â la villa de Lucemburg, eabeça de aquella proviiicia, haviendo ydo delante Octavio Gonçaga à hazer sabcr al governador, consejo y magisirado su venida, y de la mancra que yva, para que no Iiiziessen ningun genero de rccibiniicnto, especialmentc que llegaria d una hora de noclie , y que, por ser larde, se diessc orden à la guardia que tenian los burgeses en la puerla para que le dexasscn entrar. Ilizose assi , y fué se apear don Juan d la casa del teniente dcl conde de Mansfclt, porquc al dicho conde Icnian en prision los estados en Brusselas, y Octavio y los capitanes, que fucron hasta alli como eompaiieros, coniençaron d servirle yd tenerle el respecto que era razon, assistiendo cerca de su persona, sin consentir que ninguna otra entrasse en su aposenlo, hasta que se formase su casa y llcgassen los criados que por lodas partes se havian dividido y tomado , desde Madrid, cl camino que mas d proposito les havia parescido para junlarse con él.

" Quando cl correo que havia guiado al sefior don Juan entendio quicn era y que si lo viniesse à saber el rcy de Francia, le mandaria ahorcar, hizo gran rcsentimicnto, estimando lo que havia hecho d trayclon ; y para apaciguarlo, fuc neccssario asigurarle de todo el dafio que le podria succéder, ofresciéndolc que le haria perdonar de su rey, aquien escrivio con cl dicho correo y aviso de su llegada d los Estados de Kldndcs, y assimismo d la Mag'' Catholica, su hermano, que no se holgo poco dello, mayorniente con la relacion que hizo el correo de lo que se havia passado en cl viage, estimando ser don Juan criado de Octavio Gonçaga, porquc se quedava en las hoslerias d dar la comida d los cavallos y d solicitar la dellos, mientras Octavio tomava Icngua del camino que havia de scguirse.

• Aquella mesma tarde que llcgd Su Alteza d casa dcl Iheniente, entendio el succeso de Anvcres y dcl saco que le havian dado nuestros Espanoles, y aunquc holgo dello, no lo mostrô cxteriormentc, por ser nucvo en el pais y no saber como lo tomarian los estados rcvcldcs, que tenian de ordinario sus espias para ser avisados de las aclioncs dcl seiior don Juan, que, después de haver ccnado, se passô d dormir d la casa dcl conde de Mansfclt, donde hallo todo el recaudo de servicio convinicntc.

• El dia siguiente por la manana se juntaron el teniente, consejo y magistrado; y haviendo visto los

et frère qui le lui avait donné, et à qui il voulait qu'on le rendît, le suppliant de se souvenir de ses serviteurs qui l'avaient suivi sur mer et sur terre, et qui n'avaient pas même reçu leurs gages depuis longtemps. La messe achevée, et après qu'il eut communié avec une grande joie, disant des paroles pleines de religion et de bonté, il nomma gouverneur des Pays- Bas, à sa place, jusqu'à ce que le roi en ordonnât autrement, Alexandre Farnèse, prince de Parme. Il ne s'écoula pas deux heures, après cet acte, que, dans un accès de délire, il parlait de construire des retranchements, d'envoyer de la cavalerie et des munitions, de former des armées et donner des batailles, parce que cela convenait au service du roi: mais, aussitôt qu'on lui rappelait le nom de Jésus et sa passion, il témoignait, avec une

recaudos que llevava Su Alteza, se alegraron de nuevo, confiando mucho en que aquella guerra con su preseiicia se allanaria en bcneficio de todos, especialmcnte eiilrando publicando paz, quiclud y sosiegoj y assi luego escriviéron por toda la proviacia â los govcrnadores, barones y cavalières viniessen à besar las nianos â Su Alteza, y â darle la obediencia y superioridad, como lo emblava â mandar su hcrmano. Y à los diez de noviembre se juntaron todos en la dicha villa de Luceniburg, y havicndoles hecho Su Allcza un luengo parlamento y offcrla de parte de Su Mag"", elles la hiziéron assimisnio de sus personas, hijos y haziendas para servirle, y en particular â Su Alteza, que saliô en un quartajo blanco, acompaûandolc todos â pie, basta la iglcsla, donde oyo missa; y echa una solemne procesion , le juraron y prestaron la obediencia como é su governador gênerai.

n El mismo dia que el senor don Juan llego à Luceniburg, dcspachô â todas las provincias de los Estados corrcos con aviso de su llegada à aquella villa, y una carta â las personas que governavan la gente espafiola, avisândoles de lo mismo, y mandândolcs que suspendiesscn las armas, porque assi convenia al servicio de Su Mag"". No rescibiéron poco contento los Eslados con esta nueva : pero nuestra gente de guerra, que estava puesla en seguir la Victoria y, el mismo dia que les llogô esta ôrden , de yr sobre Brusselas, que sin falta la toraâran , por la division que havia dentro, obcdecio. luego que la rescibio, sin replica ni contradiction alguua. De que dicron cuenta al seûor don Juan, advirlicndole, con persona embiada a ello. del cstado en que se hallava la guerra, y que sise aiçava la mano de seguir la Victoria , no pararian en bien las cosas, porque ellos se juntarian de nuevo y procurarian , teniéndoleslas rnanos à todos, salir con su inlcnto , que no era otro que procurar vcngança del daîio rescibido.

" Fuéron a visitar al seîlor don Juan cl marqués de Habré, visconde de Gante, Mos.de Rasinguicn, y la primera cosa que le prcguntaron fué si llevava orden de Su Mag'' para sacar los Espaiioles de los Estados, assegurando que, si havia esta, se allanarian â darle la obediencia como por lo passade. Su Alteza los recogio con mucho amor, ofîrescicndo darles en todo satisfacion, como lo verian por la obra,side parte dellos correspondian con la obligacion con que havian nascido de servir â su senor natural. Bolvicronse é Brusselas, amenaçando las tierras por donde passaron de aquella provincia, porque no se havian aliado con las demàs de los Estados: de maiicra que ellos fuéron mas para Iratar Je guerra que de paz. »

grande dévotion, qu'il se calmait. Il souffrit beaucoup le lundi et le mardi. Dans la nuit du mardi il reçut le sacrement de lextréme-onction comme s'il n'eût eu aucun mal, prononçant fréquemment le nom de Jésus, et montrant qu'il priait, quoiqu'on n'entendit rien, parce qu'il ne parlait pas clairement. Le mercredi, une heure et demie avant sa mort, son confesseur lui demanda s'il voulait entendre la messe; par des signes de tète il fit comprendre que oui : au moment de l'élévation du très-saint sacrement, les gentilshommes qui étaient à son chevet l'en avertirent ; et quoiqu'il ne vit déjà presque plus rien et qu'il eût perdu le jugement, aidé par eux, il leva ses mains et, avec une grande hâte, il ôta des emplâtres et une coiffure qu'il avait à la tête, pour adorer son Dieu et Seigneur, quoiqu'il ne le pût plus voir de ses yeux. Le reste du temps, jusqu'à son décès, qui eut lieu vers une heure de l'après-midi, fut employé à l'aider à prononcer les noms de Jésus et de sa mère, au grand chagrin de ceux qui se trouvaient présents, mais, d'un autre côté, à leur grande satisfaction de voir des signes si manifestes de la gloire dont il prenait tout droit le chemin. Et ainsi, comme un oiseau du ciel, il acheva sans mouvement sa vie le !<"' octobre de celte année '.

» Non-seulement mourut don Juan , mais encore l'espérance qu'avaient les catholiques de rétablir avec son aide leurs affaires. La mort de ce prince répandit autant de deuil et de tristesse dans notre armée que de contentement entre les ennemis.

» Trois jours après il fut déposé en l'église cathédrale de la ville de Namur dans l'ordre suivant. Son corps fut embaumé et vêtu de brocard avec des chausses très-riches ; il était armé d'armes dorées semées de pierres précieuses et de perles d'une grande valeur ; au cou il avait la Toison travaillée en émeraudes, rubis et diamants; il portait aux doigts plusieurs anneaux formés de pierres semblables, et sur la tète une couronne très-riche où l'on remarquait, outre les pierreries, quatre grosses perles d'un prix considérable. A ses pieds était le casque orné d'un cimier magnifique, avec une autre couronne, et l'épée dorée avec son fourreau de velours

' Les détails qu'on vient do lire ont été ovidcnimcnt empruntés à la lettre que le P. Francisco Dorante, confesseur de don Juan, écrivit à Philippe II le 3 octobre 1578, cl dont nous avons donné le texte , avec une traduction, dans Les Bibliothèqtics de Madrid et de l'Escurinl, pp. 129 et liO.

cramoisi garni dor et de perles. Tout près de l'épée on avait placé deux éperons dorés, et sous le corps un grand drap de brocard bordé de franges d'or. Sur sa poitrine on voyait un crucifix en ivoire très-bien travaillé et de grande dévotion qu'il avait en sa chambre. La pièce où demeura le corps jusqu'à ce qu il fut transporté à la cathédrale était toute tendue de noir, avec beaucoup de torches allumées à l'entour, et deux plus grosses placées, lune à la tète, l'autre au.x pieds du corps. De cette manière, jusqu'au jour de l'enterrement, il reposa là, gardé avec les mêmes honneurs et la même vigilance que s'il eût été en vie , à la douleur universelle des soldats, des gens de sa maison qui tous étaient en deuil, et des prêtres qui priaient sans interruption pour son âme.

» Le troisième jour toute 1 armée se mit en ordre, chacun faisant son olïice selon le grade qu'il avait. A cinq heures de l'après-midi le corps fut descendu par les domestiques de la chanibre du prince jusqu'à la porte de la maison, où le reçurent les capitaines réformés et entretenus, en deuil, qui le portèrent, sur leurs épaules, jusqu'au quartier de Tinfanterie espagnole. Là ils trouvèrent les mestres de camp et les capitaines des compagnies, également en deuil, qui reçurent le corps et le portèrent de la même manière pendant tout lespace qu'occupaient et gardaient leurs compagnies. Arrivés au quartier de la cavalerie, ils le délivrèrent au général et aux capitaines de celle-ci^ qui à leur tour le portèrent au quartier des Allemands, où vinrent le recevoir les colonels de cette nation, lesquels s'en chargèrent comme les précédents, et le remirent aux îioirs harnas, et les rilmaitres le portèrent jusqu'à l'entrée de la ville. Là le conseil privé de Sa Majesté 1 attendait. Les conseillers, en se relevant de six en six, le portèrent à la cathédrale, accompagné de tout le clergé et des prélats qu'on put réunir, nommément de plusieurs abbés et des évêques de JNamur, Middelbourg, Bois-le-Duc et Arras. Ce dernier, comme métropolitain de la province, fit les cérémonies. Devant les prêtres marchaient cinq compagnies d infanterie espagnole; la première file était composée de capitaines, ayant à leur (été leur mestre de camp don Lope de Figueroa , qui montraient une extrême tristesse : les fifres et les tambours étaient désaccordés; les piques traînaient les bannières noires et tendues vers la terre. Venaient ensuite un grand nombre de pages, tous couverts de deuil, trainant divers étendards : entre ces pages, il y en avait un qui portait le guidon, de damas cramoisi, sur

132 HISTOIRES. RELATIOr^S. MÉMOIRES.

lequel était peint, d'un côté, un crucifix, et de l'autre l'image de la glorieuse Viero-e Marie avec cette inscription : In hoc signo vici Turcos; in hoc signo vincani haereticos. Derrière allaient, couverts de deuil, le prince de Parme, le comte de Mansfelt, le général Octavio de Gonzaga et beaucoup d'autres seii^neurs titrés. Au milieu de la cathédrale, qui était toute tendue de drap noir avec les armes de Son Altesse, on avait construit un catafalque sous un dais de brocard, où l'on mit te corps, entouré d'une grande quantité de flambeaux: et bientôt après le clergé, assisté desdits prélats, officia avec toute la solennité qui convenait à la vie et à la mort de ce prince juste, bénin et affable, jaloux de l'accroissement de l'église de Dieu, zélé pour ses intérêts. Il gouvernait avec beaucoup d'amour et de mansuétude ; il avait une grande valeur et discrétion en ce qu'il acquérait, et de la miséricorde et pitié envers les vaincus. Avant d'entrer en bataille, il était le premier à se confesser, et n'était pas le second à combattre. Il était aussi religieux que soldat, et il se conformait ainsi aux volontés de son père et de son frère : car l'empereur, d'heureuse mémoire, avait voulu qu'il se fit religieux, et le roi son frère, qu'il se fit soldat : de manière qu'il avait une égale inclination pour l'une et pour l'autre chose. Il craignait Dieu, était ami des pauvres et des infirmes : il faisait de grandes aumônes, et il avait souvent à la bouche celte parole de Job, au chapitre l"^ : i\udits egressus sitm de utero matris meae, etc. '. »

' (1 En esla sazon que se aiidava (loreaiido esta gente, hallàndose don Juan con la suya retirado en

un fuerlc junlo à Namur, adolescio de una enfcrmedad 6 gcnero de peste ilamada tabardillo, que por scr al principio mal entendida de los mcdicos, no tuvo después remedio. Juévcs, i5 de seticmbre del dicho aîio 11)78, seconfeso, y porque cl dia siguiente le havian de dar cicrta bevifnda, no comulgo hasta el domingo 28. En este oiedio, tralândole el gênerai de la cavalleria Octavio Gonçaga y el padre fray Francisco de Orante, su confesor, que ordenassc teslamenlo por dexar sus cosas bien entabladas, rcspondio que no ténia para que hazcrie, pues todas eran de su scnor y hermano que se las bavia dado, y que â cl bolviesscn, supplicàndole que se acordasse de sus criados que le havian seguido por mar y ticrra. que ann sus salaries se les dcvian de mucho tiempo. .\cabada la missa y comunion, que la rccibio con gran gnzo, diziendo palabras de gran cbristiandad y bondad, hizo nombramicnto en su lugar de Alessandro Famés, principe de Parma, para aquel cargo, hasta que el rey mandasse otra eosa. No passaron dos horas despues desto, que sin cnlcndiniicnto tratava en proveer trinchcras, cnibiar cavalleria y municiones, formar exércilos y dar batallas , diziendo que assi convenia al servicio del rcy ; y lucgo que le acordavan cl nombre de Jésus y su passion, con gran devocion niostrava quietarse. El lunes y el martes passé con grandes travajos ; y llevàndole el sacrainento de la extroma unclion al martes en la noclic, la rccibio como si no tuviera mal alguno, diziendo « Jésus » niuy de ordinario, y dando scHales

Le troisième cahier, de douze feuillets, dont les six premiers seulement sont cotés, contient une relation du gouvernement du grand commandeur de Castille don Luis de Requesens dans les Pays-Bas. Elle parait avoir été rédigée et fournie à l'auteur de l'histoire précédente par quelqu'un qui avait été attaché au service du grand commandeur.

que rcçava, aunqiie no se entcndia, por no hablar claro. El miércolcs, hora y média àntes de su trénsito, llegoà prcguntarle el dicho su confesor si queria oyr missa ; y haziendoseùalcs con la cabeça, dio à entender que si; y al tienipo de alçar el sanctissimo sacramcnto, los cavalleros que estavan â su cabeçera le advirticron dello ; y aunquc ténia ya easi qucbrados los ojos y estava sin juizio, teniéndole para esto, alço sus maiios y eon gran priesa quito unos emplastos y locado que ténia en la cabcea, para adorar à su Dios y sefior, que ya no le podia ver con sus ojos. El resto del tiempo hasla su fallescimiento, que fué cerca de la una despucs de mediodia , se passo en ayudarle â nombrar el nombre de Jésus y de su madré, con gran làslimade los que sehallavan présentes, aunque por otra parte con mucho contento de ver sefiales tan manifestas de la gloria para donde dercclio caniinava; y assi, como ave del cielo , acabô sin mnvimiento su vida, que fué al primero de octubre destc aFio.

• No solamenle niurio don Juan, pero la cspcrança que tenian los catolieos de restaurarse con su buenaayuda. Causo la muerledesle principe lanlo lulo y tristcza en nuestro cxército quanio contento 3 los enemigos.

" Al tercer dia después fué deposilado en la iglesia niayor de la villa de Namur con esta orden. Su cuerpo fué cmbalsamado y vcstido de brocado con unas calças muy ricas. arraado de unas armas doradas scmbradas de piedras y perlas de gran valor, con su luson al cuello labrado de esmeraldas, rubis y (liamantes, con muchos anillos de semejantcs piedras en los dedos y una corona riquissima en la cabeça que, demis de la pedreria, ténia quatro gruessas perlas de gran estima ; y â sus pies yva el yelmo con una muy galana eimcra y otra corona en él, y el estoque dorado con su bayna de terciopelo carmesi guarnecida de oro y perlas; junto â él bavian puesto dos cspuelas doradas, y debaxo del cuerpo un gran paîio de brocado con franjas de oro, y sobre su pecho un erucifixo de marfil muy bien labrado y de gran devocion que le ténia en su eàmara. La eslancia donde estuvo el cuerpo hasta que le llevaron à la iglesia estava toda enlulada con muchas antorchas encendidas al rcdedor, y dos, una â cabccera y otra à los pies, de niayor grozesa. Desia raanera, basta el dia del enterramienlo, le tuviéron alii con la mismaguardia y vigilaneia que si fuera vivo, con gran dolor gencralmenle de lodos los soldados, de la gcnte de su casa que andava cargada de luto, y de los sacerdotes que de contino reçavan por su anima.

» El tercer dia se puso en orden todo el exércilo, baziendo cada une su officio segun el grado que ténia; y â las cinco de la tarde fué baxado el cuerpo, por sus criados, de la eàmara hasla la puerla de la casa, donde lo rcscibiéron los capitancs reformados y entretenidos, y tomàndole sobre sus hombros le llevaron, rastrando los lutos, basta el quartel de la infantcria espaîiola , donde hallaron ap.irejados los maestros de eampo y capitancs de las companias, tambicn cnlutados, para recibirlo , y lo llevaron con la misma orden todo el espacio de tierra que ocupavan y guardavan sus companias, que fué hasla llegar con la cavalleria, y alli le entregaron al gênerai y capitancs délia que le rcscibiéron con la misma orden y le llevaron hasla encontrar con los Alemancs, donde lo saliéron à rcscibir los coroneles de aquella nacion que se encargaron del. De la misma niancra le cnlregaron à los herreruelos, y los ruilrcmislres lo

i34 HISTOIRES. RELATIOINS, MEMOIRES.

Le quatrième cahier a 149 feuillets cotés 1-129 et 230-249. Il se compose de copies et d'extraits de lettres écrites en espagnol à Philippe II par le prince de Parme, Alexandre Farnèse, depuis le 9 juin iS79 jusqu'au H septembre 1586.

En voici les dates :

1379. Du camp sous Maestricht, 9, 23, 29 juin. — De Maestricht, 25 juillet, 12 août, 2o août, 27 septembre, 10 novembre, 17 décembre, 23 décembre.

1580. DArlon, 31 mars. — De Namur, 15 avril. — De Mons, 5 mai, 13 mai, 7 juin, 9 juillet, 31 juillet, 22 septembre. — De Valenciennes . 28 novembre.

1581. De Mons, 17 janvier, 16 février. — De Tournai, 7 mars, 27 mars. — De JNaves-lez-Cambrai, 28 avril. — De Namur, 14 mai. — De Mons, 6 juin, 17 juillet. 19 août. — Du camp près Valenciennes, 25 août, 17 septembre.

traxcron hasta la puerla de la villa, junto d la quai estava esperaiidoel consejo privado de Su Magestad, y lo rcscibicron y llc'varon los consejcros, niudindose de seys en seys hasta llcgar à la iglcsia mayor, aconipaîlado de toda la clciicia y prelados que se pudiéron juntar, y parlicularmcnle de muchos abbades y de los obispns de Namur, Mcdelburg, Bolducy Arias. Este, conio meiropolitaiio de la proviiicia, liizo las ccrimonias. Delanle de los sacerdotes yvan chico conipanias de infanteria espanola : la primera liilera era do capllans cou su iiiaesse de canipo don Lope de Figueroa, que moslravan grandissima Iristeza, llevando las caxas y pifaiios dcstemplados, las picas araslrando las banderas negras y lendidas por licrra. Scguian después muchos pages, todos cubicrtos de lulo, arraslrando diversos estaiidartes, y entre cstos pages yva uno que Uevava el guion que era de damasco carmcsi, dlbuxado de la una parte un crucifixo y de la otra la imiigen de la gloriosa Virgen Maria, con una letra que dczia In hoc signo vici Tiircos, in hoc sii/tto vincam havrelicos; y atrâs yvan, cubiertos de luto, cl principe de Parma, conde de Mansfell, cl gênerai OclavioGoiiçaga y olros muchos seûorcs de titulo. En mcdio de la iglcsia mayor, que estava toda cubierta de panos negros con las armas de Su Alteza en cUos, se hizo un tablado con un dosel île brocado, donde se piiso su cuerpo, rodcado de gran cantilad de antorchas ; y luego los clérigos, con la assistencia de los dichos prelados, ulTiciaron con tanta solemiiidad como convenia al vivir y morir destc principe justo, benigno y afable, dcsseoso del augniento de la iglesia de Dios, zcloso de sus cosas. Govcrnava con gran amor y nianscdumbrc; tcnia gran valor y discrecion en lo que adquislava, y miscricordia y piedad con los vencidos. Antcs de cntrar en batalla, era cl primero â confesarsc, y no el si'gujido i peloar. Era tan religioso como soldado , y cumplia con las volunlades del padrc y hcrmano, porqiie el emperador, de felizc mcmoria, la ténia de bazerlc religioso, y cl rcy su hcrmano soldado : de iiianera que à ambas cosas estava inclinado. Era tcnicroso de Dios, amigo de pobrcs y cnfermos; hazia grandes limosnas, y tcnia sicmprc aquel dicho de Job en el capitule prinicro lA'udus rgressus sum de utero malris meae, etc. •

PHILIPPE II. J3d

i582. De Tournai, 19 janvier, 12 février, 2S mars, S avril, 30 avril. — Du camp devant Audenarde, 19 mai, lo juin, 4 juillet, 19 juillet. — Du camp près de Bergues-Saint-Winnox, 11 août. — Du camp à Messines, 30 septembre. — Du camp devant INinove, 2 novembre, 16 novembre. — Du camp d'Asschc, 12 décembre.

1d83. De Tournai, 1 S janvier, l<^r f^îy^ipp^ \q niars, 18 avril. — DeNamur, 21 mai. — De Lierre, 6 juin, 14 juin, 4 juillet. — Du camp devant ]\ieuport, 20 juillet. — Du camp près de Dixmude, 2 août. — Du camp devant Ypres, 9 septembre, 27 septembre, 15 octobre. — Du camp à Eecloo. 25 octobre, 51 octobre. — De Tournai, 30 novembre, 17 décembre.

1S84. De Tournai, 9 janvier. 22 janvier, 8 février. 26 février, 31 mars. 4 avril, 3 mai, 28 mai. 16 juin. — De Bruges, 2 juillet. — Du camp à Beveren, 26 juillet. — De Termonde, 13 août, 16 août, 17 août. — Du camp à Beveren , 14 septembre, 17 septembre, 28 septembre. 20 novembre, 18 décembre.

158-5. De Beveren, 26 février, 10 mars, 13 avril, 29 avril. 23 mai. 6 juin, 20 juin, 30 juillet, 25 août. — D'Anvers, 16 septembre, 23 novembre. — De Bruxelles, 30 décembre.

158G. De Bruxelles, 26 janvier, 17 mars, 19 avril. — Du camp devant Venlo, 24 juin, 8 juillet. — Du camp à Nuys, 4 aoxit. — D'Orsoy, 11 septembre.

Outre ces lettres, il y a les relations suivantes, envoyées par le prince de Parme au roi :

Fol. 43.48. Relation de ce qui est arrivé depuis le 15 juin 1583 jusqu'au 19 : auquel temps le prince alla chercher le maréchal Biron et le camp des ennemis à Roosendael, et ensuite à Steenberghe.

Fol. 62-65. Relations du 20 et du 25 juillet, faites au camp de Nieuport.

Fol. 66 v°-67. Relation du 27 août reçue à Madrid avec la lettre du prince du 30 août.

Fol. 114-118. Relation de ce qui arriva le dimanche 26 et le mardi 28 mai 1585.

On trouve aussi dans ce Recueil quatre lettres d'Andrés de Prada, secrétaire du prince . des 10 juillet. 11 octobre, 10 novembre 1579 et 7 janvier

Toutes ces lettres, toutes ces relations, n'ont pu élre copiées que dans

la chancellerie de Philippe II, ou dans celle du prince de Parme, et différents indices ne laissent guère de doute que ce ne soit à la première qu'elles ont été empruntées.

Il y en a plus d'une, dans le nombre, que je n'ai pas trouvée aux Archives de Simancas.

63. — Mémoires des choses passées au Pays-Bas depuis l'an XV*^ septante-six jusques le premier de may

In-fol., pop., cart., dos en parchemin, 246 feuillets, écriture du temps.

Ces Mémoires, dont nous avons ici une copie faite avec soin, et peutêtre même l'original , sont précédés de la dédicace suivante :

EpISTRE DÉDICATOIBE A MESSEIGNEURS MESSIEURS LES LeCTEI'RS DE CESTE PRÉSENTE OEUVRE.

Ayant souvent considéré que des choses passées au Païs-Bas depuis la mort du grand commandeur de Castilie (par lesquelles sont survenues tant de mutations au faictdela religion et aux desseins des Espaignolz), personne n'en avoit escript jusques à présent (|ui soit venu en lumière, à la vérité, les ungs par estre trop parciaulx, les aultres par n'en estre bien imbeu, m'ayant saniblé que le vray du faict ne doibt estre caché ny recelé à personne, pour son importance, principallemcnl durant la vie de ceulx qui les ont veu, traicté et exercé, afin que, mourant iceulx, le récit d'icelles choses ne soit autant mal entendu de la postérité comme jusques ores il at esté mal donné à congnoistre; estant doncqucs (Dieu mercy) autant bien imbeu de tout ce quy est passé en ce faict qu'aultic qui soit, et n'estant si paicial que ne trouve les actions, desseins et intensions des parties fort mal menées, j'ay esté meu de faire ces présentes Mémoires, pour simplement et purement mecire tout le passé devant vos yeulx, comme sy levoiiez en une painture, n'aiant eu regard à personne, puisque je ne irairte que le vray sans nul desguisement ou connivence. Qui m'at meu n'y meetre mon nom ny les dédier à personne singulière, pour éviter ce que dit le proverbe : obsequimn anticos, irritas odium parit. Vous recepvrcz donc, Mcsseigneurs, s'il vous plait, ce mien labeur de bonne part,

attendnnt qu'en qu;ilité d'hisloire, avec mon nom, vous le lisiés nprés ma mort, Dieu aidant, auquel je prie vous donner ce qui est pour le salut de vos âmes. Du lieu où je suis , ce 1 o"" d'aoust 1 o80.

En 1840, compulsant, dans les archives de l'ancienne chambre des comptes de Flandre, à Lille, la série des Lettres missives j, j'y trouvai un cahier d'une quarantaine de pages qui attira mon attention : il contenait une relation . écrite par un contemporain , des événements qui se passèrent aux Pays-Bas en l'année 1577 et dans les premiers mois de 1578. L'auteur devait être un personnage marquant du parti des états : car, à propos du complot que don Juan d'Autriche prétendit, au mois de mars 1577, qu'avaient tramé contre lui des agents du duc d'Anjou et des Ecossais au service des étals, il disait; « Ceux-ci ne pouvaient sortir du camp sans » mon consentement , » et ailleurs : « Je le fus saluer (don Juan), en estant ') accompagné du séneschal de Haynaut, visconte de Gant, seigneur de » Frezin , Bailleul , d'Evre , Moriamé et plusieurs autres gentilshommes » principaulx. »

Je donnai une analyse de ce document dans un rapport que je fis sur mon voyage à Lille '.

Plus tard M. Emile Cachet le copia tout entier et le remit à la Commission royale d'histoire, qui le fit insérer dans son Bulletin '.

La narration dont je viens de parler formait un fragment ou plutôt un canevas d'une partie des Mémoires qui existent à la Bibliothèque nationale.

M. Cachet se demanda à qui il y avait lieu d'attribuer ce fragment historique : par des déductions solides il arriva à conclure que ce ne pouvait être l'œuvre que d'un ami du comte Philippe de Lalaing. gouverneur et capitaine général de Hainaut, sinon du comte lui-même '.

Je ne doute guère, quant à moi , que Lalaing ne soit le véritable auteur des Mémoires des choses passées au Pays-Bas. Mon opinion se fonde nonseulement sur ce que les faits et gestes de ce personnage y sont minu-

' Rapport à M, le Ministre de l'Intérieur sur différentes séries de documents concernant l'histoire de la ISclijique qui sont conservées dans les archives de l'ancienne chambre clés comptes de Flandre, à Lille, «841, in-8», pp. 26-27, 201-205.

' Deuxième série, t. V, 1835, pp. 160-195.

• fbid., t. IV, pp. ÔÔ5-335.

tieusement et soigneusement relatés, mais encore sur ce que. ainsi que lui-même il nous l'apprend, c'était bien lui qui commandait le camp des états au moment où don Juan d'Autriche vint de Marche à Louvain, et qu'il fut envoyé dans cette dernière ville pour veiller à la sûreté du prince.

Si Lalaing parle de lui à la troisième personne', c'est, comme il le dit dans son Épitre dédicatoire. qu'il ne veut pas être connu. Par le même motif les mots, sans mon consentement et je te fus saluer, qui se trouvent dans le canevas conservé aux Archives de Lille, ont été retranchés dans le manuscrit que possède la Bibliothèque nationale.

L'intention de l'auteur, quel qu'il soit, était, on l'a vu. qu'après sa mort ses Mémoires fussent rendus publics et qu'alors son nom fût divulgué. ÎVous ignorons pourquoi elle ne s'accomplit point alors. En venant y donner exécution aujourd'hui, nous sommes certain d'être approuvé par tous les amis de l'histoire nationale: car ces Mémoires sont très-intéressants: ils nous instruisent d'une foule de particularités qui ne sont point parvenues à la connaissance des historiens, et bien que l'auteur s'y montre un adversaire décidé de la réforme religieuse et du prince d'Orange, il raconte généralement avec impartialité les faits dont il a été le témoin.

Un grand nombre de pièces sont intercalées dans les Mémoires : la plupart ayant été publiées, nous nous abstiendrons de les reproduire.

Le roy d'Espaigne, voyant que le duc d'Alve, par son insuportable gonvernemcnl, liiy avoil noii-seullenient perdu es Pais-Bas les provinces de Hollande et Zéelande avec la religion catliolicqiu', mais estoil en branle de perdre le i-esic, s'il eût continué au gouverneincnl , cn\oya pour gouverneur et capitaine général desdicts pais don Loys de ttequescns, grand commandeur de (laslille (lequel arriva à Bruxelles ledix-septiesme de novembre lo75), en remandant en Espaignc ledict due d'Alve.

Icclluy grand commandeur fut à tous d'aultanl plus aggréable (jue l'on le tenoil pour iiomme pacilic(|ue, de police et droiclurier : ncanlmoins, conmie, quelque temps après, par l'asiuco, malice et ambition de Sancio d'Avila, eliastelain du cliasloau d'Anvers, et Jeronimo de lloda, cspaignolz , son bon naturel fut gasic et perverty de telle sorte qu'il commencoit en beaucoup de poiuctz et quasy en tout à suivre les traces de son prédécesseur, tomba en tel mcscontentcmcnt et dcsdaing de tous, que, quelques mois avant sa mon, ceulx de Brabant et aultres avoicnt envoie vers Sa Majesté , pour la supplier de le démcctre cl en envoyer un aulirc de son sang.

Les occasions et raisons plus |)régnanles que l'on avoit de mesconlenlcnienl en son

cndroict, estiont que, par sa connivence ou pour niieulx dire su|)|)orl, les Espaignolz qui s'estionl mutinez après la dcfaictc du conte Lodewieii à .Moecii, entrarcnt en Anvers, d'où iiz firent sortir le S' de Champaigney, gouverneur d'icelie ville, avec son régiment, n'en sortans qu'ils ne fussent paiez, nonobstant que, durant le séjour en ieelle ville, ilz se firent parles bourgeois nourir en toutes délices à leur discrétion, estant ledict grand commandeur présent à tout;

Qu'il chargeoit les villes et plat pais, voires les plus eslongez de l'enncmy, de garnisons et foules à tous insuportables, et ce à leurs propres despens;

Qu'il prenoit le bien de ceulx qui luy plaisoil, signamment des ecclésiaslicques, estant encoires sur terre, et rappli(|uoil en ce qu'il vouloii, contre leur gré et par force .-par où chascun estimoit que le mesme luy adviendroit;

Qu'il maintenoit les estrangers en leurs insolences, sans chastoy quelconque;

Qu'il prolongeoil la guerre tant qu'il povoit;

Qu'il ne se servoit en ieelle des hommes d'armes ny de nulz du pais pour l'infanterie, que soubs estrangers, aiant , à faulte de leur donner moien, laissé perdre et aller à néant les régimens des S" de Havrech, Monstreuil et Champaigney qu'il avoil fait lever au commencement, du moins tost après sa venue;

Qu'il n'entremectoit les gentilzhommes et seigneurs du pais, mesmes ceulx du conseil d'Estat, en aucunes alfaires d'importance touchant Testât politicquc et de guerre, ains faisoit le tout par la voie desdicts estrangers, et ainsy forcluoit peu à peu ceulx dudict pais.

Et qui augmenta encoires le mal fut que les chevaulx-légers espaignolz, se mutinant à l'exemple de l'infanterie, qui l'avoit jà faict par trois fois sans nulle correction, au temps le plus commode pour du tout achever de ruyner l'ennemy, sorlarcnt des lieux de leur garnison, se jetlans , une partie en Arlhois et l'aultre en Haynnau, sur le plat pais : ce qui sambloil estre fait à propos pour l'achever de ruiner.

Or, comme sur ces enirefaictz mourut ledict grand commandeur, ù Bruxelles, le .1"" de mars, de la peste, ceulx du conseil d'Estat y estans mandarent incontinent tous les gouverneurs des provinces, pour adviser par ensamble au redressement des affaires du pais, qui se commencoit de tous costez fort à s'altérer contre les Espaignolz, tant pour leurs mutineries en temps sy indeus que aultrcs leurs déportemens insuportables, aussy pour la grande quantité de gendarmerie inutile que ledict païs estoit constrainci de nourir, non à aultre usage que pour l'appovrir, suivant le desseing du duc d'Alve.

La conclusion de ceste assamblée fut de dépcscher vers le roy, pour luy advertir lestât du pais et le remède qui sand)loit le plus propre pour assopir le mal : auquel effect y fut envoie le seigneur de Rassanghien.

Le lO™" d'apvril ceulx du conseil d'Estat receurent commission du roy par laquelle il leur donna le gouvernement du Pais-Bas et Bourgongne , en la mesme forme que

l'avoit le grand commandeur, aiani eslably dudict conseil, oultre les due d'Arschol, conte de Herlaymont et conseiilier AssonieviJle, le conte de Mansfelt, seigneur de Rassaniihien , Sasbout , président du conseil privé , et Jerônimo de Roda.

Le 2°" de juillet la ville de Ziericzée en Zéelande, laquelle ledict grand commandeur avoit assiégée au mois d'octobre précédent, se rendit par appoinctement , après que le prince d'Oranges eut faict tout son eflbrt par plusieurs lois pour la secourir : à quoy il ne sceut parvenir, pour y avoir par trop bien artificieusement esté remédié.

En ladiete ville furent mis — par le colonel Mondragon, espaignol, gouverneur de ce qui restoil en Zéelande et général de l'armée de terre qui esloit en icelle isie (car Sancio d'Avila, susnommé, commandoil au fait de In mer, prouvoiant ainsy petit à petit les Espaigiiolz des charges prineipallcs du Pais-Bas, au nicspris et conlemnenient dndiet pais) — cincq enseignes wallones de son régiment, qui esloit de dix-noeuf, et ce eraindant la mutinerie des Espaignolz, qui, avant la prinse d'icclle, avoient menacé et adveriy de ce faire. Touttesfois, nonobstant qu'ilz n'entrarent en la ville, non-seullemenl ne désistarcnt de se mutiner, mais firent aussy tant, par voies extraordinaires, qu'ilz induirent les Walons i\ faire le mesme : chose touttesfois jamais usitée entre ceulx de ladicle nation. De ce résulta que l'on ne eonquist entièrement Hollande et Zéellande, en déchassant d'iceulx ledict prince d'Oranges , car cstiont jà réduitz à telz termes que, perdant tout espoir à leur faict, s'estiont donné entièrement au duc d'Anjou, frère uiiieque du roy de France, à telles conditions, entre aultres, que ledict prince d'Oranges en demcureroit gouverneur et la religion de Calvin en son estre, sans adnieclre exercice de la calholicque : ce qu'ilz révocquarent ou du moins diflërareiil d'exécuter avec ce recouvrement d'espoir à leurs affaires par ces façons de faire , d'aullant plus que lesdicts Espaignolz, oiiblians tous debvoirs de (idelz vassaulx vers leur prince, nonobstant les extrêmes debvoirs que fit le conseil d'Estat pour les contenir en office, comme de leur préscnler les cent mille florins doimez par eeulx de Ziericzée à la rendition de la ville (oultre le secours ordinaire), abandonnarent tous les foriz que l'on avoit faict pour la conservation des isles de Sehanwe cl Duvelandt, et s'en vindrent en Brabant avec intention de se saisir de Bruxelles et de ceidx du conseil d'Eslal, ayans près de Héri-ntals confirmé leur mutinerie.

Audict Hérentals les vindrent trouver, de la part du conseil d'Estat, le conte de Mansfelt c! Jidien Honiero, leur offrant , oultre les cciil mille florins susdicts, trois mois de gaigcs : de quoy touttesfois ne se voulurent contenter, demandant en oullrc aultre gouverneur que ceulx du conseil d'Estat, quelque bonne et prineipalle ville pour se retirer , augmentation de leurs gaiges et plusieurs aultres choses fort impertinentes; faisant au siuplus retirer les siisnotnmez. De là s'acheminareni ù Malines, par laquelle (iemandarent passaige : mais le baron de Ville, qui y estoil envoie pour la garder, nonseullemcnl leur refusa, ains, avec l'aide des bourgeois que l'on lit armer et une com-

paignir d'infanterie que l'on y envoya, défendit si bien la ville qu'elle ne fui prinse d'assault. Par qnoy s'encheminarent de là vers Bruxelles, pour exécuter leur desseing : qui donna occasion d'armer le peuple pour sa juste défense. Ce que venu à la eognoissance desdiets Espaignolz, avec le debvoir que l'on faisoit de leur vivement résister en icelle ville, faisans samblani de voulloir accouster la raison, après avoir séjourné quelque peu au viliaige d'Asche, deux iieuwes de Bruxelles, se jectarent, le vingt-einquiesme de juillet, à l'improviste, sur la ville d'Alost, à laquelle donnant armes par divers costez, (inablement la nuict y entrarent de force, y exereans touttes bostillilez, niesmes ayans faict pendre aucuns officiers de Sa Majesté.

La ville d'Alost prinse, parce (pic lesdicts mutinez courroient tout le plat pais, lesdicts sieurs du conseil d'Ëslat firent approcher es environs de Liedckerke quelques compaignies du régiment du conte du Reulx avec bon nombre de paisans de la terre d'Eughien, pour empescher ledt>g:ist du plat pais.

Sy escripvircnt au conte de Lalaing de tenir apperceu ung régiment de A\'alons,- mandareni aussy à tous les ebiefs d'hommes d'armes de tenir chascun sa compaignie pi'este et la faire monter à cheval ; firent sambiablement s'encheminer vers eulx une partie des vielles garnisons; donnarent aussy, à la réquisition des eslalz de BrabanI, charge de six cents chevaulx-légers à niessire Adrien de Ribempré, S' de Bièvre, et de dix enseignes d'infanterie à mcssire Guillauuie de Horncs, S'' de Hcze : lesquelles trouppes furent paiéi^s par les eslalz de ladictc province.

Touchant la cavaillerie légère qu'auparavant l'on avoit réduict à la raison, craindani qu'elle se joindasse avec lesdicts iTiiitinez , fut répartie, par touttes les provinces, es villes.

Le 2""" d'aoust, après que ccuix du conseil d'Eslat eurent faict tous les debvoirs possibles de réduire à la raison lesdicts Espaignolz, tant par l'authorilé dudici conseil en général que des duc d'Arsehol, conte de Mansfeit et aullres princiiiaulx qui allarent à cesl effecl comniunicquer avec eulx à Liedckerke, voyans qu'ils ne piouffictcroient chose quelconque, ains qu'ilz s'aigrissoient de |)lus en plus, les firent par acte publicq déclairer désobéissans, rebelles et ennemis du roy et du pais*

Bien peu après tnutle la cavaillerie légère sorla de ses garnisons, de son motif, a\ec les chiefz, et se vindrent assambler joindant Valencieiuies, soubs la faveur du chasteau, auquel lieu tenoient leurs convenlicules, n'en veuillans bouger pour nul commandemeni que leur fit le conseil d'Estat par plusieurs lettres : quy donna occasion à ceulx de Haynnau , voians (|ue, sy par bon ordre remède n'y estoit donné, le peuple s'esleveroit, pour ne povoir plus endurer un si pesant faiz de tant de rongerics, niangeries, pilleries, volleries, saccaigerics, encoires contre le gré de ceulx à qui ladicte cavaillerie debvoit toutle obéissance par charge expresse du roy, envoiarenl les abbez

' Par placard ou édit du 2-2 scplcmbrc lîiVG , qui csl auv f'Iiirunh de lirahiinl , I. Il , p. 28i.

de Hasnon cl Camhron, les S" de Freziii et Gongnies et quelques-imgs des villes en court, pour requérir bien instamment et sérieusement y esire promptement pourveu, et qu'il leur pleut pernicctre (comme avoit esté fait à ceulx de Brabant) lever quelques gens pour s'opposer à telle force, violence et tiranie que l'on souffroit des Espaignolz et de leurs adhérens. A quoy ne sceurcnt parvenir, parce que à aucuns du conseil (plus désireux de la demeure des Espaignolz en ce pais, pour leur grandeur et prouffit particulier, que le bien publicque ne requéroit) sembloit que ladicte levée ne tendoit qu'à s'en faire quictes. >'éanimoins, comme eeulx de Brabant avoicnl envoie le S' de Bersele aux estats qui se tenoient à Mons, pour requérir ceulx de Haynnau les vouloir assister et les tirer hors de l'oppression qu'ilz souffroienl, insuportables à tous gens de cœur cl d'Iionneur, ledict abbé de Hasnon, se trouvant vers ceulx de Brabant, leur fil la responsc qui s'ensuit au nom des estats de Haynnau :

« Messieurs, comme il vous a pieu envoler vers les estats de Haynnau remonstrer les foullcs cl oppressions des Espaignols mutinez et aultres soldalz, ensanible leurs menaces tendans à la lotalle ruyne des pais, et que, pour obvier à tels efl'ortz indcuz, vous auriez, par ordonnance de messieurs du conseil d'Eslat, fait gens de clieval et de pied pour voslre juste tuition et défense, pour laquelle estre plus valide auriez fait requérir la conjonction cl assistcnce des estais de Haynnau en cas de besoing, offrant le mesme de vostre part, mesdicts sieurs des estais m'ont enchargé vous déclairer, de leur part, qu'ilz n'ont jamais entendu estre disjoinclz ou séparez de vous ou d'aulcun aullrc estai du Pais-Bas, tous lesquels ensamble feu, de baulle mémoire, l'empereur Charles ordonna, en l'an 1348, se debvoir en toutles occurences mutuellement secourir et aider les uns les aultres, comme membres d'un mesme corps soubs un ehicf, qui est le prince naturel du pais. En conformité de quoy lesdicts de Haynnau offrent libérallemenl de secourir ceulx de Brabant et les aultres estais fouliez, si avant que leur pouvoir s'cxtendroil, pourveu que Dieu y soit honoré, la foy et religion catholicque apostolieque romaine gardée et maintenue, le roy servy et le païs conservé : se confians lesdiclsde Haynnau que leur ferez le pareil en caz qu'ilz en eussent besoing.»

A eecy ceulx de Brabant respondirent, par leur greffier, qu'en tout ce (|u'ilz faisoieni ne prétendoient à aullrc but qu'au plus grand service de Dieu et du roy, avec la tuition, repoz et tranquillité du pais, i)roteslant ne se vouloir jamais départir de l'anehienne religion cal4iolicqne apostolicque romaine, offrant au surplus tout secours mutuel toutes et quantes fois (|ue re(|uis en scroient, avec rcmercimcnt de leur bonne volonté en leur endroict.

Ceux d" Alost ' cependani (s'estans relirez ceulx dessus nommez qu'on y avoit envoie

' C'cst-à-dirc les Espagnols qui s'étaient empares d'Alosl.

pour réprimer leurs courses) ne manquoient en rien de rnyner (oui le plat pais jusques aux portes de Bruxelles, donnant mesme de nuict et de jour l'alarme à icelle ville, estans assistez de tout ce qu'ilz avoient de besoing par Sancio d'Avila, cliastelain du chasleau d'Anvers : envers lesquels ceulx du conseil d'Eslat procédoient de telle façon (nonobstant tous les debvoirs encommencez, cy-dessus mentionnez, qui allirent en fumée) que l'on ne povoil juger aullre chose sinon qu'ilz se commençoient à entendre par ensamble, du moins aucuns dudict conseil, avec indices fort apparens qu'ilz Icuivouliont donner ouverture des villes d'Anvers, Bruxelles, Lière et aultres, oultre ce que lettres furent escriples à ceulx de la cavaillerie légère, estans lesdicls duc d'Arscliot cl niarcquis de Ilavrech absens du conseil, par lesquelles on leur mandoil ne se bouger de Haynnau , nonobstant tant de lettres auparavant escriples au contraire ; aussy que l'on sceut assurément que l'on vouloit oster au sieur de Hèze sa charge et s'asseurer de sa personne. Qui fut cause que ledict sieur de Hèze fit saisir, par le sieur de Glimes, grand bailly du roman pais de Brabant, son lieutenant-colonel, les contes de Mansfelt et de Berlaymont, le président Sasbout, conseillier Assonlcville, et les secrétaires Bcrty et Scharemberger, ensamble aucuns du conseil privé, lesquels toultesfois furent tous relaxez, par l'intervention de ceulx de Haynnau, sauf les deux contes, .Assonlcville et del Rio. Ce saisissement se fit en la court, où ilz esloicnt tous au conseil. Quant à Jerônimo de Roda, espaignol, s'estoit auparavant enfuy en Anvers.

Le 3' de septembre, peu auparavant le saisissement susdict, se tindrent les estais de Haynnau par charge desdicis sieurs du conseil , où fut conclud — pour ne tomber en crime de lèse-majesté sur le poinct d'oubliance de chastier les meschans perturbateurs du bien et repos publicq et désobéissans à leurs supérieurs (lequel crime avoit par le conseil d'Espaigne esté mis sus à pluisieurs de ce pais à la venue du duc d'Albe, les faisans pour ce exécuter — de lever gens de guerre pour la garde et conservation de la religion calholicque aposlolicquc romaine, service de son prince naturel et du pais. Et afin que leur saincle intention fut notoire à touttes les aultres provinces, et qu'ilz les voulussent assister en une tant juste querelle, conmic ilz esloicnt obligez par l'ordonnance susdicle de l'empereur Charles de l'an 1548, fut envoie en Flandres le sieur Ladeuze, en Artois le sieur d'Ëvrc, à Lille, Donay et Orchies le sieur de Longueval, à Namur le sieur de Vilers, à Tournay le sieur de ^^'autimpreau, avec l'instruction suivante, signée par les plus notables desdicts estais au nom et par charge de tous:

« Ne voiani, sur les occurcnces présentes, remède plus singidier que de mainienir l'union des païs de |)ar deçà faicte par feu l'enqjereur Charles l'an 48, les estais de Haynnau désirent une assambléc des gouverneurs provinciaux avec leurs députez, jjour adviser les moiens propices pour le salut des pais de par deçà.

» Que les estais de Haynnau , pour ne tomber en crime d<' lèsc-inajeslé d'obmissiori ,

iU HISTOIRES, RELATIONS, MEMOIRES.

ont résolu lever gens d'armes, pour les emploicr en ce que par une commune résolulion sera irouvé convenir pour Ihonneur de Dieu, religion caiholieque apostolieque romaine, service du roy, prolection et eonservalion de nostre paouvre et désolée patrie.

» Protestant que ladicte levée de gens de guerre ne se faict à aultre liltre.

» Priant que les eslatz de veuillent faire le mesme et advertir ceulx de Hayn-

nau de leur intention et meilleurs moiens sur ce mis en avant, par aucun de leurs députez.

. Faicl à Mons le IS" de septembre ^^)76. »

Quant aux aullrcs provinces, ceulx de Brabant prindrenl à leur charge de leur en advenir en la forme que dessus.

Icelle résolution prinse, ceulx de Haynnau levarent, par auciliorité toultesfois de ceulx dudict conseil d'Eslal, dix enseignes de gens de pied; si entretindrent trois compaignies dhommcs d'armes, sçavoir : du conte de Lalaing, baron de Ville et viconie de Gand. Ce que venu à la cognoissance de la cavaillerie légère qui esloit encoires joindanl Valenciennes, se retira bien serrée hors du pais de Haynnau.

Quoique peu après ceulx du conseil d'Eslat firent eonvocquer à Gand les estais de Flandres, pour avoir leur advis sur le redressement des affaires, ausquels y ayant comparu et assisté, oultre les quaitre menbres et le conte de Roeulx, gouverneur de la province, quasi tout le clergé, la pluspart des nobles et les députez de tondes les chastèlenies, fut conclu et arresté par toutte l'assamblée qu'il n'y avoit plus convenable et meillieurmoicn, pour la pacification des troubles présens, que d'entretenir une bonne union, accord et correspondance avec les aullres estais de par deçà, de faire sortir de ces pais les Espaignolz et toutte aultre gendarmerie estrangère, remectre le pais en tel estât comme il estoit du temps de feu l'empereur Charles V, de faire un bon accord avec Hollande etZéelande, entretenant néantmoins bien sérieusement la religion catholicque romaine et la deue obéissance à nostre prince; pour le dernier, à l'exemple de ceulx de Haynnau', aulhoriser leurs députez qu'ilz envoieroient à Bruxelles pour résouidre sur tous les poinets susdielspar ensandjle; donnant ordre au surplus, pour effectuer ce que dessus, oultre le régiment de dix enseignes qu'avoit le conte du Roeulx entretenu par eulx, et le sieur de Voisin cent chevaulx, de lever ung régiment de dix enseignes de gens de pied, lequel ilz donnarent au sieur de Noyelles d'Arlhois; oultre ce cinq cent chevaulx-légers, desquels furent capitaines les sieurs de Croisilles, Provene, Wackene, Schardau et du Fresnoy; entretenant les compagnies d'hommes d'armes du conte du Roeulx et S' d'Oignies.

Le jour avant l'assamblée susdicte, les Espaignolz d'Alostvindrent brusier jusques aux portes de Gand, ne s'osans touttesfois ou ne povans ceulx du chasteau de ladicte

ville bouger, pour le bon ordre que le eontc de Rouul.x avoil mis en la ville conlie eul\. Ceulx d'Arthois, de Nainur, Lille, Douay, Orehies avanl eu lettres de cculx du conseil dEstat pour s'assambler aulx effectz que dessus (s'eslanl un peu auparavant relire dudict pais d'Artbois don Fernando de Lannoy, conte de la Roche, gouverneur dudicl pais, pour tenir le party des Espaignolz), se lésoukiarent de mcsme que les provinces susdicics. Auquel effect envoyarent à Bruxelles leurs députez et levèrent, seavoir. -ceulx d'ArlIiois dix enseignes de gens de pied soubs la charge du sieur de Ricbebourg, viconle de Gand ; enlrctindrent aussy les com()aignies d"homnies d'armes du sieur de Morbecke, conte de la Roche et sieur de Dailloel ; ceidx de .\amur firent trois compaignies de gens de pied, et ceuk de Lille quallre.

Ceulx de Gueldres et d'Overyssei, qui aussy au mesme tempore se joindarent au mêmes effeet, avec le baron de Ilierges, bis du conte de Rerlaymont, leur gouverneur, tirent levée de mi|le leytrcs soubs la charge dudicl Hiergcs, lequel fit condescendre à les servir ung régiment de A\'alons qu'il avoit, eiisamble un de Bas-Allemans, avec celluy du conte de Meglien, de mesme nation.

Au mesme temps se joindarent aussy les provinces de Malineset Ltrccht , avec le régiment du conte de Boussu, de dix enseignes de Bas-Allemans qui estoicnt audict pais. Si furent levés par ceulx de Brabant deux nouveaux régimens de Walons, de dix enseignes chascun, soubs les conte d'Egmont et sieur de Berscle, et les compaignies d'hommes d'armes du duc d'Arschot, conte de Boussu et marquis de Havrech entretenues.

En ccste conjunclure, parce que touite la cavaillerie légère étrangère, en nombre d'environ dix-huiet à dix-noeuf compagnies, qui s'estoient assaniblécs es environs de Thielemont, tiroit vers Allost, pour favoriser les Espaignolz qui y estoicnt encoires mutinez, ceulx du conseil d'Estat envoyarent le sieur d'inchy , lieutenant de la compaignie d'hommes d'armes du marquis de Havrech, avec trois compaignies d'hommes d'armes, le sieur de Bièvre avec ses chevaulx-légers, et le sieur de Glimes avec quelques gens de pied, pour leur empeseher le passaige. Mais, comme ilz alloienl sans ordre, eu ne s'eniendans point bien ensamble, furent mis en routle : clfccluant par cela ladictc cavaillerie son desseing.

Quant aux ehefz espaignolz et aidlres esirangers, s'estoient tous retirez au chasfeau d'Anvers, auquel lieu Jeronimo de Roda (qu'avons dit esire du conseil d'Esiat) les assambloit (|uand il luy plaisoit, faisant courre le bruicl et publier partout qu'estans loiis ceulx dudict conseil |)risonniers (où toutiesl'ois n'y en avoit (pie trois, en restant quattre en estrc et en leur aucihorité, sans le marcjuis de Havrech, ipie le roy avoil depuis créé), tout ce qui s'ordonnoit par les aultres n'esloit d»; nulle valleur, ains seullemenl les ordonnances provenant de luy. Si procéda son oultrecuidanee si avant qu'il se fil respecter des siisdicls comme chief et obéir en lout ce (pi'il commandoil : dont fit abaii-

donner par don Hcrnando de Tolfdo tout ce que les Espaignolz tenoien't en Hollande, faisant venir son tercio vers luy en Anvers. Et non content d'avoir ccste auclhorité sur les siens, eserivit à plusieurs villes de ces païs, afin qu'elles eussent à tenir correspondance avec luy, le respecter et obéir comme à celluy qui seul représentoit la personne du roy pr deçà, estant lesdictes lettres cachetées d'un cachet qu'il avoitfaict contrefaire après celluy du roy, touttesfois sans l'ordre de la Toison d'or autour des armes. Dont

ceulx du conseil dEslai firent décerner et publier le placart qui sensuyt '

Or voyant ceulx du conseil d'Estat et les députez des provinces assamblezà Bruxelles que ledicl de Roda et les siens ne icndoienl à aultre but que d'usurper une domination impeninente ei niectre ces pais en leur tolalle subjection, escrivirent au roy les lettres suivantes :

« Sire, comme le bruict du grand changement ces jours passez advenu es Païs-Bas de Vostrc Majesté s'est desjà espars en divers lieux de la chrcsticnneté, nous ne doubtons qu'icelluy sera aussy venu à la cognoissancc d'icelle, comme à qui plus il louche. Touttesfois, craindans qu'il ne soit par aucuns malicieusement interprété et rapporté, nous a samblé convenable de représenter par cesles la pure vérité du fait, pour diluer- et csteindre les calomnies que l'on nous vouldroit imposer, et exposer à Voslre Majesté la justification de nostre cause et bonne intention, laquelle supplions vouloir eniendrc et bénigncment interpréter selon sa naye^ bonté et clémence.

» N'osire Majesté sçail assez que les premiers troubles de l'an XV° soixante et six ont, la mesmc année, tellement esté redressez par le bon ordre et saige conduicle de madame la ducesse de Parme, lors régente et gouvernante, et les seigneurs naturelz de par deçà, que tout le pais esloit remis en plain repos et tranquillité, la religion calholicque romaine partout observée et l'aucthorité de Vostre Majesté maintenue. Ce nonobstant, le duc d'Alw y aiani depuis esté envoie et, en resjject de \'oslrc Majesté, receu en loutic révérence et obéissance, avec ung grand nombre de gens de guerre espaignolz de pied et de cheval, ont, par l'espace de noeuf à dix ans, tellement foullé et oppressé ledict pais, que les ennemis niesmes ne l'eussent traicté plus inhumainement ne cruellement, maintenans cl déclairans estre venuz par deçà à tel propoz et ferme délibération, que tous noz biens leur apparlenoient et estoieni accordez en proye, estant le nombre quasy infiny des femmes par eulx forcées, des filles viollées, des meurdres et aultres actes exécrables par eulx commis, ei finallernenl, alliénez de toute humanité,

' Le placard du 23 septembre lî)76 qu'on trouve aux Placards du Brabant, t. Il, p. 283. Ce placard dérendail d"obéir aux ordres de Roda.

* Diluer, dissiper, détruire, de dihierK. ■ Kuyc, native, naturelle.

se servy impudemment de nous et de nos enffans, sans quelque lionle ou vergoigne deleur part, ny que justice ou punition en soit esté faite, nonobstant les grandes plaintes, doléances et criz à ceste cause sy souvcnles fois faiclz et réitérez que les oreilles des cliiefz en peuvent avoir esté lassées; n'ayant aucunement espargné gens eeclésiasticques, églises, monastères et aultrcs lieux sacrez, qu'ilz n'aycnt aussi bien pillé cl saccaigé que les aultres, sans avoir respect aux droictz, previié4jes, coustunies, libériez et ancliicnnes usances dont ledict pais a, de tout temps immémorial, inviolablemcnt joy et usé, ne aussy à la crainte de Dieu et vraye religion, de laquelle, selon leur manière de vivre , se sont démonstrcz fort eslongcz : aiant en bien peu de temps despouillé ces pais, peu auparavant très-florissans et fréquentez de touttes partz du monde, de tous biens, marchandises, richesses et honnems que, par la navigation, entrecours de marchandises, industrie des inhabitans et aultrement, ilz avoient de longue main conquiz soubz le gouverncinent, protection et faveur de Vostre Majesté et de ses trèslouablcs progénileurs; sestans finablement gouvernez et maintenus comme s'ilz euisseut juré et conjuré d'arracher à Vostre Majesté ces Pais-Bas , et à ces Ans faire désespérer les peuples, quilz ont iraicté non comme humains, fidelz et plus anchiens subjectz de Vosire Majesté, mais comme créatures irraisonnablcs, et les ontréduictzen extrême paouvrelé et disette, au grandissime intérest et préjudice, non-scullement du service de Vostre Majesté, mais aussy de touttes aultres provinces de la ehreslienneté, et signamment de l'Espaigne. Mesmes il est tout cler et notoire que les excessives et extraordinaires aydes, exactions, grande cruaulté et rigueur du duc d'Alve et de ses soldatz espaignolz ont esté la seule et unicque cause de la révolte de eeulx d'Hollande et Zéelande et de leur aliénation de la religion ealholicque romaine, n'ayans onc (jucauparàvant esté que bons et loyaulx subjectz de Vostre Majesté et observateurs de la mesme religion : ce qu'a causé tous les maulx et guerres depuis ensuiviz, dont portons encoires la pénitence.

» Il n'est besoing de faire icy mention des cruaullez exécrables perpétrez et conunis à Zutphen, Naerden, Utrecht, Malines, Anvers, Alost et aillieurs, pour estre à chascun notoire, mesmement qu'à chascune victoire obtenue par Vostre Majesté, qui donnoit espoir, en la poursuite d'icelle, de parvenir à la fin de la guerre, lesdicts Espaignolz se sont lousjours mutinez, démonstrans évidammcnt la vouloir continuer perpétuelle, au très-grand et irréparable préjudice et desserviee de ^'ostre Majesté. El toultesfois le tout a esté patiemment de nous soulTerl, et par aultres impunément tolléré, de manière que lesdicts soldatz se sont desbordez de plus en plus, et nous ont iraicle de jour à aultre plus inhumainement, menaçant les villes priiicipalles et tous ces pais de sacq, pillaige, massacres, paouvreté et famine, d'exterminer tous, la noblesse, gens de bien, d'aucthorité et honneur, arracher aux femmes eneheintes les fruiclz de leur ventre, laver leurs mains en nostrc sang, sans espargner ny discerner aucun ordre, eaige ou sexe.

148 HISTOIRES. RFJ.ATIOiNS. MÉMOIRES

conimc do faicl ilz onl par diverses fois exéeulé, et, encoires puis peu de jours, sur les paouvres païsans près la ville d'Anvers; aussy lioslillenienl s emparez de pluisieurs villes qu'iiz onl par trop exorbitanimenl composé et branschatlé, et,oul(re ce, les mangé, pillé et ruyné, lellemeni qu'il n'y avoit apparence que d'inie finallc et perpétuelle dépopulation et désolation; mesmement, suivant et prestement l'expugnaiion de Ziericzée, abandonnant dereehief et contemnant le service de Vostre Majesté, se sont encoires mutinez, et s'estans saisiz des artilleries et munitions d'icelle, s'encheminé, la teste baissée, vers la ville de Bruxelles, siège et court ordinaire de Vostre Majesté, pour la saccaiger et piller. A raison de quoy avoit esté de nécessité lever gens de guerre pour défendre et réprimer leur fureur, laquelle ilz avoient depuis exécutée sur la ville d'Alosl, par voie d'hostilité, foreans les murailles et rempars, perturbans par telz actes le repos publicque.

» Oullie ce, connue les elicvaulx-légers , en la incsnie conjunctiu-e et sans occasion aucune, se sont présumez d'abandoiuier leurs garnisons et se joindre, courans, mangcans et ruynans le plat pais, aucuns païsans du quartier du Was en Flandres, par commandement exprès de messieurs du conseil d'Estat et du conte de Roeuix , leur gouverneur, suivant aussy les placcartz de \'ostre Majesté sur ce dressez, se sont assamblez auprès d'Anvers, pour leur empescher lesdictes foulles et mangeries, où iceulx païsans ont, par la compaignie des chevaulx-légers soubz le capitaine Falconnet, assistée de Sanchio d'Avila, estez misérablement tuez et massacrez, et partie diceulx lirez de l'ariillerie du cliasteau d'Anvers, et ce tant seullement pour s'estre emploiez à ce que par la main souveraine leur esloit commandé.

• Tellement que nous, percevans tous les oultraiges et iniquitez susdicts, avons trouvé requis et nécessaire, d'un unanime consentement, adviser les moiens de ciescharger absolutement le pais de telles violences, et le restablir en une pacification avec les provinces d'Hollande et Zéelande, soubz la deue obéissance et auctborilé de Vostre Majesté, et par eemoien conserverie peuple et subjeclz de Vostre Majesté en la dévotion et bonne affection (|ue encoires ilz ont au service d'icelle, et prévenir que, avec succession de temps, partant d'oultraiges et oppressions ilz n'eu fuissent alliénez, et conséquemment par desespoir altérez de nostre sainctc foy et religion catliolicque : bien assurez que Vostre Majesté y recevera grandissime service, et qu'elle ne trouvera estrange sy, usant de droict de nature, et à ce forcez et consiraintz, mesmement à nostre propre défence, avons prins les armes conlre lesdicts soldats espaignolz, pour ne tomber en sy grandz maulx, suivant ce aussy que ceulx du conseil d'Estal par Vostre Majesté commis au gouvernement de ces pais, ne povant plus longuement endurer ne dissimuler telz actes de sédition, rébellion et hostilité, ont, par deux fois, déclairé par édict publicque lesdicts Espaignolz rebelles et ennemis de Vostre Majesté et de ses pais, et que |)our lelz ih fussent iraictcz partout, conforme à ce que par le feu grand comman-

(li'ur de r,.n>lillc, eslant lieulcoaiil, gouverneur et CHpitaine général de voz pais de |)ar dechà, fui commandé aux pais d'Artois, flayntiau et aullres de prendre les armes eontre eulx.

» Et combien qu'il se trouvera pluisieurs calomniateurs pour le l'aire trouver mauvais et poulser \'ostre .Majesté en aigreiu" contre nous, toutteslois, s'il y chict quelque recherce de noz actions présentes ou passées, ne s'en trouvera aultre que d'avoir trop longuement soulFert, en attendant l'ordre que y debvoit avoir esté appliecpié de bonne heure : ce que n"a esté faiel jusques ores, par l'empeschemenl, comme ne fault doubter, des plus alTeclionnez à leur partictdier que providens et vigilans au service de X'osire Majesté et repos publicque, cl par la mise en branle cl périclination de la foy et des pais, que ne sçaurions assez à noslre conlenlement déplorer, pour nous véoir réduictz en telle misère et perplexité, cl à quoy le principal el seul remède est qu'abandonnant le cliemin des rigueurs juscpies à présent exécutées, ayant suscité el ametié tous ces maulx, Vostre Majesté joigne sa clémence, bénévollence cl nayve bonté à la sincère intention et singulière uirection que portons à icelle, veu qu'aullremenl ce seroil la dernière lin et extermination de tout.

» Et comme, en ces perturbations tant dangereuses, le peuple estinioit que aucuns dudici conseil favorisoienl lesdicis Espaignolz déjà quattre à ciiicq l'ois mutinez, pour ne les véoir efl'ectuellemeni cbastier (comme avoit touitesfois esté faicl par le duc d'Alve des soldalz allemans mutinez soubs le conte Lodron), aucuns particuliers, eraindans (|ue par ce moien n'enlrassent en quelque communication desbordée, et pour éviter la l'ureur el viollence qui s'en eust peu causer un véhément, soudain el horrible changemenl tant à la religion eatholieque, obéissance à Voslre Majeslé, que à tous les pais, trouvèrent nécessaire el remède unicque de saisir el séquestrer pour ung temps aucuns dudici conseil d'Eslal : qui avoit coppé le pas à plus grand désastre. Cependant s'eslanl hors cesle ville de Bruxelles, au chasteau d'Anvers, retiré Jerôuimo de Roda, conseillier audict conseil d'Estal, a usurpé et à luy seul attribué l'auelhorilé dudiel conseil cl gouvernement dudici païs, se débordant par trop en cela, au grand coiuemnemenl el préjudice de messeigneurs les président el aullres dudici conseil , assistez de conseillicrs et secrélaircs ordinaires de \ ostre Majeslé, de serment et aux gaiges d'icelle, exerçans el conlinuans légitimement les debvoirs el ollices accouslumez, à la conservation des païs île ^'oslre Majesté, pour l'acquit île leur debvoir el sermcnl : ayant ledict Roda faict fabricqtier à cest elTect el usé d'un nouveau seel de A oslre Majesté, soubz lequel il s'est présumé de commander absolutemenl; ne cessant aussy, avec don Alonso de \crgas, Sanehio d'Avila, .iulien Romero el aulires ses adhérens espaigtiolz, d'attirer et gaigner les colonnels, capitaines el soldalz allemans à leur desseing, complot et conjuration contre ceulx de par deçà : ce qu'avons trouvé fort eslrange el séditieux, et meismes louruer à noslre plus grande désolation el niyne ; et, que plus est, nous

ISO HISTOIRES, RELATIOISS, MEMOIRES.

ont diffamé par loiit l'univers comme hérélicques, ennemis de Dieu cl rebelles de Vostre Majesté.

» Nous avons, pour ces raisons, en racijuict de noslrescrmenl,debvoir et oiïice, esté meuz de procurer que la républicque ne lonibist en telz ineonvéniens : ce que n'estoit possible de faire sans nous premièrement délivrer d'ung joug perpétuel que les soldalz espaignolz nous vouloient imposer, qu'avons emprins soubz l'adveu et congé touttesfois desdicls seigneurs du conseil d'Eslat, puisque lesdicts Espaignolz ne se sont voulu contenter des offres de paiement en loutte raison à eux faictes de nostre part, pour éviter effusion de sang et plus grand inconvénient.

» ^'ous voiez, Sire, que la nécessité inévitable nous a constraincts de mecire la main à la républicque presque ruynée. Par quoy supplions Vostre Majesté, en toutle humilité, ne recevoir de nous, vos très-obéissans subjectz, aucune sinistre suspicion, et ne penser que y procédions à aultre fin ou intention. Protestans, devant Dieu et Vostre Majesté, qu'entendons et voulons persister, maintenir et continuer en nostre saincte foy et religion catholicque romaine, et y persévérer jusques à la mort, sans faire ne souffrir estre faict aucun changement ou altération en icelle ny au service et obéissance deue à Vostre Majesté; la prians et requérans au surplus y vouloir applicquer le remède convenable par la voye dessus représentée, et ne souffrir que ultérieurement nous, voz bons et paouvres subjeclz, demourions à tousjours travaillez et oppressez par les guerres intestines, ains plustost permcetre que le pais soit remis en une vraie, sincère, perdurableet cbrestienne paix avec les provinces d'Hollande et Zéclande et leurs associez, anchien patrimoine de Vostre Majesté, sauve en tout et partout la religion catholicque romaine et obéissance deue à Vostre Majesté, nostre souverain seigneur et prince naturel, et à cest effect faire retirer les soldalz espaignolz de ces païs, vcu qu'aultrcment n'y a moien de parvenir à la pacification et repos publicque. En quoy. Sire, ferez œuvre digne de Vostre Majesté et clémence royalle, serment et obligation, et gaignerez plusieurs âmes de voz subjectz qui, par ces longues guerres bien exécrables et mauvais exemple des soldatz d'un costé etd'aultre, se mectent en imminent danger de la damnation éternelle.

» Flstans tous certains et asseurez que si, à la réaile vérité, tant de misères et déplorables calamitcz qu'avons receu et enduré puis environ dix ans fussent venues à la cognoissance de Vostre Majesté, icelle n'eût voulu souffrir ne permcetre que nous, ses |)lus anchiens vassaulx et subjectz, desquelz elle et ses prédécesseurs ont tiré tant de services, fussions esté ainsi miséi'ablement traictez, ny moins advouer le joug perpétuel, misérable et insuporlable que lesdicts Espaignolz proposoient et nous vouloient imposer, qui nous ont conslrainctz et forcez de laire ceste eniprinsc pour l'anchienne liberté de nostre patrie, religion catholicque et auclhorité de Vostre Majesté, plustost que la remecire ou permcetre à l'indiscrétion populaire.

PHILIPPE 11. iM

• Sirc, espérans que Vostre Majesté s'inclinera à eeslc nosire tant juste et iumible prière, supplions Dieu le Créateur garder et conserver ieelle >'ostre Majesté en longue vie et heureuse prospérité, après noz ircs-humbles recommandations à la bonne grâce d'icelle.

» De Bruxelles, ce xvir d'octobre 1376.

» De Rostre Majesté très-humbles et très-obéissans subjeclz,

» Les Estais du Païs-Bas assamble/ a Bruxelles.

» Par charge expresse desdicts estatz :

• C. Weellemans. »

• Sire, sy jamais peuple indignement Iraicté et presciu'accablé soubs une tirannie esirangére a eu juste occasion de se plaindre à son prince, nous sommes ceulx qui avec raison nous dcbvons présenter devant ^^ostre Majesté, pour espandre devant elle noz très-justes doléances de ce que nous sommes sy indignement tourmentez par les soldatz espaignolz, veu l'incroiable obéissance et loyauté que nous avons lousjoiirs rendue à Vostre Majesté et à tous vos irès-illustres anchestres.

» Que si le temps immémorial et le consentement de toutes le» nations d'Kurope, voire mesme la eognoissance qu'en a Vostre Majesté, n'en rendoienl assez ample tesmoignage, nous rcmeeicrions devant ses yeulx tant de services et sy honnoreux que nous avons l'aictz par cy-devant, avec tant de sang si couraigeusemenl espandu, et tant de noz biens et substances si libérallemcnl olîcrtz, en toutes affaires qui se sont par cy-devant présentées. Mais des choses eslans irès-bien cognues de Vosire Majesté il nous samble i|u'il n'est bcsoing de les luy représenter, sinon pour luy rafreschir la mémoire de la fidélilé de laquelle nous sommes en possession de sy longues années (|ue ne nous samble pas que Vostre Majesté puisse concevoir aucune oppinion sinistre de nous, qui sommes voz très-humbles, très-obéissans serviteurs et subjectz.

» .Nous ne doublons, Sire, que V'oslre Majesté n'aye desjà esté adveriie, tant par les bruiclz que par diverses lettres, des esmotions advenues en ce pais de par dcehà, et qu'il pourra estre aussy que plusieurs auront essaie, sellon leur coustume, dalliéner de nous la bénévolence de \'ostre ^!ajestré, prenans occasion, selon leur natiuel passionné, de charger de blasme et oullraiges vos plus litlclz et plus obéissons serviteurs. .Alais tant s'en fault. Sire, que nous sentions en aucune chose avoir offensé en entreprenant une si haulle et si louable entreprise, que nous sentions nostre conscience grandement chargée d'avoir si loingtemps enduré, à nostre grand regret et desservice de Vosire Majesté, à la foulle de tous les pais en général et particulier, les insolences, tirannies et concussions dont la naiion espaignolle a parey-devani usé en nosire endroiet.

icllcimiii que loutes les nalions de l'Europe, l'aians d'entrée trouvé eslrange, finalleuieiit ont commencé de nous axoir en mespris, estimant que ceste faulie n'advenoit pas tant de ce que nous estions reienuz par la révérence que nous portons à Vostre !\Iajeslé , que par lascclé et fanite de cœur.

» Vostre AFajesié congnoit assez. Sire, quelle a esté de tout temps l'insolence du soldat espaignol, qui a esté cause souvent de rompre le cours des glorieuses victoires de l'empereur, père de Vostre Majesté, et aliéner les cœurs de plusieurs peuples et nations qui, volontairement ou après quel(|ues efî'ortz, se fuissent soubmis soubs son obéissance, comme jusques à présent restent eneoires notoirement les vestiges de ceste hayne invétérée en la nation germanicque, pour les insolences cl braveries dont usèrent les Espaignolz quand, j)ar la proesse et saige conduicte de l'empereur, père de ^'ostre Majesté et prince de haulie et louable mémoire, et par la fidélité de ses bons et loyaulx subjcctz, les principaulx princes de l'Kmpire furent amenez à quelque raison. Vostre Majesté a expérimenté le mesme par pluisieurs et diverses fois, dont sontensuiviz mutineries el rébellions, avec ung déluge de maulx sur le peuple et toulles aultres sortes de gens : car, s'il plail à Vostre Majesté |se remcclre devant les yeulx quel estoit Testai du Pais-Bas lors(pie le duc d'Alve vint dernièrement, elle se souviendra comment, par la saige conduicte de madame la duchesse de Parme el des seigneurs de par ilecà , les affaires esloient remises en Ici estai que, tous vivans soubz l'obéissance de Vostre Majesté, il n'y avoil aucune apparence que sédition ou mutinerie deuist ensuivre. Mais le duc d'Al\e, comine un torrent impétueiilx de maulx, a tellement remply tout ce pais de violences et cancussions, qu'il n'y a eu coing en nostre pais qu'il n'ait veu les insolences et excès des Espaignolz, et qu'il n'ail entendu les cris et larmes des paouvres subjeclz de Vostre Majesté, endurans tous les plus extrêmes oultrages que les plus barbares vaincueuis font souH'rir aux vaincuz.

» El combien que nous pourions produire ung milion d'exemples des déportemens insu|)()rtables du due d'Alve, nous nous conlenlerons d'en proposer im à Vostre Majesté , ceste oullrageuse el ])lus que superbe statue érigée au chasleau d'.Anvers, qui a samblé aulx nalions mesnies les plus eslonguées et qui n'enavoient aucun intéresl, si téméraire que depuis elles oui tousjours eu le duc d'.-VIve en abomination : combien, Sire, pense Vostre Majesté que ce nous a esté un spectacle difficille à véoir el à supporter! Et pour ne reeherccr point les affaires de si hault, la mémoire esl encoirc frcsehc de leur mutinerie cl rébellion de Harlem, de l'assaidi donné à vostre ville d'Utreeht, laquelle ilz eussent pillée el saccagée, selon (ju'ilz avoient délibéré et |)ourpensé, s'ilz n'eussent esté

enqjcscliez par les irès-loiaulx subjeclz de Vostre Majesté; de ' de vostre puis.santc

\ille d'Anvers, dont sont cnsui\iz des maulx infinis, jus(pics là mesme que les soldalz

de ce pais, qui jusques à présent ne sçavoient que c'estoit de se mulincr, ont aprins sy bien le meslier que nous ne voions aullres préparalifz, sinon de perpéluelles rébellions et soubziévemens de gens de guerre, se de bricf n'y est pourveu par ceulx à qui de droict la charge et laucihoriié en appertient.

» Vostre Majesté sçait qu'après les guerres dernières de France, par un consentement général de tout le pais, qui ne povoit plus supporter l'insolence de ceste nation (qui estoit pour lors aucunement disciplinée, comme ainsy soit qu'à présent s'est tellement licenciée qu'elle ne tient ordre ny mesure aucune), fut requise de nous délivrer d'im tel fardeau : ce que Vostre Majesté trouva si raisonnable qu'elle nous l'ociroia. Davantage, depuis l'avènement du duc d'Alve et du commandador mayeur, Vostre Majesté sçait combien de plaintes et doléances luy ont esté faictes, et combien de fois elle a promis d'y niectre ordre et de soulager les pais de par deçà. Mais tant s'en fault que nous ayons senti quelque effect de telles promesses et quelque digne rémunération denosire longue patience, qu'au contraire nous voions devant nos yculx les Espaignolz, qui par leur arrogance et insolence avoient par cy-devant surmonté toutes les aultres nations, maintenant se surmonter soy-mesmes, prenant d'assault les villes de Vostre Majesté, rancbonnani, buiiinnnt tout le monde, et faisant la guerre ouverte contre tous les estats en général des pais de par deçà, tellement que tant s'en fault que nous aions esté aucunement soulagez, suivant les promesses de Vostre Majesté, qu'au contraire, voians les Espaignolz que Vostre .Majesté ne nous donnoit que promesses, en ont esté encoires plus enflez etoultrageux, jiigeans que leurs déportemens estoient aggréables à Vostre Majesté, puisqu'elle ne faisoitaucune raison sur tant de plaintes et doléances de ses subjeclz. » Ainsy doncques, après avoir tant souffert, voyans que les Espaignolz , qui avoient desjà assez ouvertement menacé, durant le siège de Zirixzée, depuis à force ouverte, entreprendre de forcer la ville de Bruxelles, lieu de la résidence de Vostre ÎMajesié et de voz très-illustres ancheslres; qui pilloient les champs, eschelloient les villes, mesprisoient les placcartz, brief vouloient disposer de nous comme de pais conequis, ainsy qu'ilz ont accoustumé d'en parler, il nous a samblé que c'estoit par trop dissimuler et qu'esloit nécessaire de donner remède convenable à ceste maladie. Et d'aultatit que nul aulire moicn ne se trouvoit comode, nous avons prins ceste résolution, suivant nos anchicns previléges et coustumes praticquées de tout temps en tous les païs de par deçà, au nom des eslats, de remédier au mal présent, lequel aultrenient, prenant plus profonde rachine, eust esté avec le temps du tout incurable. ^lais , comme es grandes maladies rien ne sert tant que guarir les causes d'icelles, aussy, puisque les insolences, muiineries et rébellions des Espaignolz sont causes de tant de mal , avons résolu de ne cesser jusques à ce que, par la force des armes , nous les aions consiraincls de wider le pais, puisque leur arrogance a esté telle que de n'avoir voulu amiablement sortir, suivant les offres et conditions qui leur ont esté proposées. Si loutlesfois par quelque

moien nous les povoiis amener à raison, nous entendons, reconnoissans qu'il?, sont aussy subjeclz de Vosire Majesté, ne les renvoier sans leur paiement et enlhière salisfaction, cspérans qu'elle en fera une telle et si exemplaire punition qu'elle servira à jamais à tenir en bride eulx et toutte leur postérité.

» Ces eonsidérations donc nous ont esmeu à prendre entre nous une telle résolution, laquelle nous délibérons de poursuivre, et de quoy nous avons bien voulu advertir V^ostre Majesté, pour la supplier très-humblement, comme elle est saincte et louable, aussy de l'approuver et nous aider et favoriser, comme le seul et unicque moien de tenir en paix et repos soubz son obéissance vos trcs-fidelz subjectz, lesquelz, comme ilz sont nez francqs et de libre condition, aussy ilz ont délibéré de ne plus endurer L tirannie et insolence de ce gouvernement. Et davantage il plaira à Vostre Majesté se représenter le nombre infiny , de tous e;iges, sexes, conditions et qualitez, qui sont tous de mesme advis et résolution, lesquelz, suivant l'exemple de leurs prédécesseurs , qui ont espandu leur sang, abbandonné leurs nioiens et facultez pour le service de Vostre Majesté et de ses très-illustres progénitcurs; qui, de fresclie mémoire, en la dernière guerre contre les François, ont furny jusques à la somme de quarante millions, sont encoircs presis de faire leur dcbvoir touttcs fois et quantes qu'il en sera besoing, et, d'aullre part, une petite compaignie de gens mutinée, rebelle et séditieuse, occupant par force encoires les villes et places de Vostre Majesté. Et ne doublons , ces choses eslans meurement considérées, que Vostre Majesté non-seulement approuvera, mais aussy nous donnera plus de moiens que nous n'avons en mains pour chasiier leur obstination , rébellion et mutinerie.

» Et d'aultant que l'expérience nous a assez monstre que pluisieurs, porlans de longue main une hayne invétérée à ce pais, ne failleroiit à eonseillier, comme autres fois ilz ont faict, d'envoyer en ce pais une forte et puissante armée, pour le ranger (comme toujours a esté leur desseing) ainsy qu'un pais de concqucsle, nous supplions très-humblement Vostre Majesté, Sire, de ne croire ces mauvais, sanguinaires et passionnez conscilliers, d'aultant qu'il n'en peult venir qu'une extrême désolation de ceulx (|ui se pouroient présenter pour entrer en ces pais, ou de nous, qui sommes délibérez et résoluz plustosl d'exposer nos vies et ce que Dieu nous a donné de moiens, que d'endurer derechef ce ([ue nous avons souffert par ci-devant : ce que nous espérons que Vosire Majesté, l'ayant bien et diligemment examiné, ne trouvera mauvais, comme estant entièrement |)our son service, le bien et repos du païs. Aultrement nous protestons, devant Dieu et ses anges, tous princes et polentalz de la chreslienneté, cl principallenienl devant le trosne réal de Vostre Majesté, de tous Us maulx qu'en pourront ensuivre et indubitablement ensuivront, que nous en sommes nelz, comme au contraire noz ennemis en seront eoulpables et responsables devant la majesté du Dieu vivant et de toute la postérité.

PHILIPPE II. im

• Là-dessus, Sire, il plaira à Voslre Majesté se représenter devant ses yeulx cest aggréabie et touttcsfois lamentable spectacle, et duquel la mémoire est cncoires tant précieuse à tous ses subjectz de par deçà, quand l'empereur, estant sur le poinct de dire son dernier adieu à ce pais, lorsqu'il le remectoit entre les mains de Vostre Majesté, quand Sa Majesté, cassé d'ans, de travaulx et de maladie, et qui pour sa débilité ne pouvoit à grand paine se soustenir, toutlesfois poulsé de la véhémence d'amour qu'il portoit à ses bons subjectz des païs de par dechà, d'une voix ferme et\irile, ayant remonstré à Vostre Majesté et à toutle nostre compaignie tant de belles choses et nécessaires, finist ses propos rendant ung si beau tesmoignage à nostre fidélité, paines, charges et travaulx, nous recommandant de telle alTection à Vostre Majesté, et l'asseurant que nous estions ceulx ausquelz il debvoit la couronne qu'il portoit sur sa teste. Nous supplions très-humblement Vostre Majesté, Sire, qu'il luy plaise se souvenir d'un tesmoignage sy grand et si autenticque que le monde universel assamblé en un ne nous le peull rendre meiliieur. Que les admonitions et les prières de Sa Sacrée Majesté vous esmeuvent à nous rendre ce que Dieu, nature et les sermens solennels que Vostre Majesté nous a faicts vous commandent !

» Cependant nous supplions trés-humblcment Vostre Majesté de croire que nous ne voulons entreprendre aucune chose contre voslre aucthorité royalle, ains que, soubs ceste espérance que, selon l'obligation que Vostre Majesté a envers nous, comme elle nous a juré et promis, elle nous traictera comme ses bons et loiaulx subjectz, de nostre part nous ne forlignerons aucunement de noz ancheslres, lesquelz nulle nation soubs le ciel ne surpassa, et peu y en a ou point qui se puisse esgallcr à nous en loyauté et fidélité envers ses princes. Mais, sans aucime innovation ny en l'Estat ny en la religion, comme nous avons vescu soubs l'obéissance de Vostre Majesté jusques à ce que nous avons esté molestez sy oultrageusement, aussy nous persévérerons jusques au dernier souspir de la vie.

» Finallement, comme cest affaire est de sy grande conséquence qu'un plus grand n'y pourroit estre communicqué à Voslre Majesté, nous sçavons qu'il eût esté bien à désirer que les seigneurs de plus grand port eussent entrepris de faire eulx-mesmes voiaiges vers Vostre Majesté, pour l'advertir de tout ce que dessus. Mais la mémoire encoires récente de cculx qui ont entrepris telz voiaiges, desquelz aucun n'est retourné par dechà, donne à tous tel estonncment qu'aucun n'a osé entreprendre de se commectre en la puissance de ceulx qui, abusant du nom et tillre de Voslre Majesté, couvrent leurs passions démesurées, à la ruyne de ceulx desquelz ilz ne peuvent endurer la prospérité et splendeur. Cela esl cause que, désirans tenir Vostre Majesté advertie, et ne povans tenir aultre voye, nous luy avons dépesché ce courrier, cjui ne sçait ce qu'il porte.

» Supplians très- humblement Vostre Majesté de vouloir, par sa prudence, bonté et

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• l£Ë EksTATE or FaK-SaF AE&AMBl^Z A BrTXELL^. •

Coi»cluf»iiii aues} de «érieusemeiH eirteoârç au îail de Inur expulKios bon? de eesdiefc pan-. «^ w;8ie Ihj fut le duc dArsciiot estabh çéoéral de I armée et des pei» de |9ierfv du rm et des estatz, le uuiiie de Lalaiuf lieutenant çéoéral, le sieur de Gonenia ntar«i><âta1 de eani|>, le ntarquÎF de Havrecb çéDéral de la ea^-aillene: et le sieor^ Tréloii, qui e«loit çratid luaistre de I artillerie anjara^'anl, demeura andict estaEL F«l au«$»:v résolu de tattadter aux citadellef de» -vîlke que tenoient les E^aifniolE, sAb qw'ite ne se «atsissetit des villes subjeetes à i«5éllef ; «amblablemenl de trouver moien de hiire «irtir des rifles et auhres places les çonvemenrs qui les favorisaiem. Pom- œf «Béeti, parce que le due d Arsebot ne povoit abandonner Bruxelles, pour y e«are «a |iré«eiiee du tout requise afru d'ordonner, par l'ad^'is du conseil et des esitatz, tonas frtn'wioBe loéeeesaires , le eoute de Lalainç fut envoie à Gand avee éeus eorapai^Bes thowmeê ^'anues et quelques eueei^es do régiment as baron de Ville et ceiles ée IJHe« fvar^ «vw le eaate lëe ftociàn (yii snfaÊrsnaaâ.stvat^tstkKm.amt^ÈSsimâmÊâBnt SMMt «eivé le «tncMaii <é»4Be( Gaaà% tv^tia éc ae fâe maûÊrt #iBelB;r :ee fali se il fnr afpnBeMBefB<,«|HéE awMT «lé luÉMi 4eB ÎMBS, j «WB«s ey IwiAes, f«ra«e se fi» retearaer far 4eâ apiû 3 oii ftiret ewMwitt yar m» geiaw— e e« ti—e «muciL

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L«s E«fa%iwb eepembot nrfriadreal fa vflk 4e Maenrickl par le ■aies 4e fdfe»qH<%aw4e»leartyiiaTOÎept4eiiloi«gleBip»«aêeB gnboa ca fafiele vBe, et b ■wrBthaneeié 4ec ABeanoe qui , y estane anssr ea ^vaisaii, abaB4aaaHeni dob-

seullcmint les bourgeois avec lesquelz ilz s'esloienl mis conde les Espaignolz, les aians fail retirer en la ville de Wiek, mais leur donnarcnl moien de s emparer de ladiclc ville, la saccaigeant bien misérablement avec eiilx.

D'aulire eosié, parce que la ville de Tournay ne se povoil résouidre avec les aullres provinces à cause du chasîeaii, que lenoit le sieur de Cuir)chy, gouverneur d'icclle place, adhérent aux Espaignolz, y fut envoie, par charge du conseil d'Esial, le S' de Popieul, qui, avec la bonne eorrespomlance des soldaiz, s'asseura dudicl sieur de Cuinchy, en pourvoiant de ce gouvernement le sénesehal de Ifaynnau. Le mesme fil du baron de Licques, gouverneur de la citadelle de Cambray, le baron d'Inchy, par charge desdicts seigneurs du conseil: lequel fut envolé prisonnier à Bruxelles et son eslat donné audict d'Inchy. Le S"^ de >>'arelles, gouverneur d'Avesnes, fut déposé et en son lieu mis le S' de Bousies. De Marienbourg fut mis hors le S' de Brias, et constitué en sa place le S' de Rongy.

En Arthois fut déposé du gouvernement d'Arras le S' de Vaulx, et y mis le baron d'Aubigny. De Hesdin fut oslé le S' de Helfault par le viconte de Gand, lequel retint pour soy le gouvernement avec celluy d'Arihois , lequel luy fut conféré depuis.

Au pais de Namur fut mis gouverneur de la province, au lieu du conte de Berlaymonl, le S' de Froimont. Et parce que le conte de Meglien, filz dudict de Berlaymont, avoit voulu faire sortir la garnison de Charlemoni, dont il estoit gouverneur, pour en meclre d'aultrcs à sa dévotion, fut arresté audici lieu par les soldalz et envoie, avec son frère, le S'^ de Haultepenne, à Bruxelles, où ilz furent constituez prisonniers par le conseil d'Esial. La place fut donnée en garde au S' de INléricourt.

Du ducé de Luxembourg, au lieu du conte de Mansfelt , fut commis gouverneur le conte Joachin de Manderscheyt. Toulicsfois ladicle province ne se joinda avec les aullres, parce que don Jehan d'Auslrice, fils bastard de l'empereur Charles, y vint à l'improvisle, estant envoie d'Espaigne pour gouverner ces pais : qui empescha ladicte conjonction, qui se commençoit fort chaudement à Iraicler.

Touchant le ducé de Brabant , parce que toutes les villes d'icelluy, excepté Bruxelles, Louvain, Vilvorde, Hérenthals, Diest, Arschot, Sichem et Leeuwe, estoient occuppécs des Allemans,qui adhéroient aux Espaignolz, fut advisé de s'asseurer d'Anvers, samblant à ce l'occasion fort propre l'cslongnement des Espaignolz d'icelle ville, qui estoient tous à Maestricht, excepté les mutinez d'Alosl , qui jusques lors n'en avoient voulu sortir pour chose que leur présenta Roda, s'ils n'cstoicnt du tout paie/- aussy que dedans la citadelle d'Anvers n'y avoit pas deux cents soldalz , et que le S' de Champaigney, frère au cardinal de Granvelle, gouverneur d'Anvers, insisloit à toulte allée afin que l'on se hastast avant que les Espaignolz retournassent de Maestricht. Pour quoy cITcctucr fut mandé du siège de Gand le S"^ de (iongnies, mareschal du camp, pour assister le niarcquis de Flavrech, que le conseil d'Esial avoit faici chief de

ces(e emprinse, menant pour cest effeclavec luy le conte d'Egmont, jivec ce qu'il avoil de son régiment, le S' de Berseie avec ce qu'il avoit du sien (ces deux estoient tout nouvellement levez p.nr ceulx de Brabant, de dix enseignes chascun), les trois du pays de Namur el aucunes du S"^ de Héze , qui faisoient en tout vingt et une enseignes : de cavaillerie y avoit les compaignies d'hommes d'armes du duc d'Arscliot, du conte de Boussu, dudict marcquis et du viconle de Gand. Le S' de Biévres menoit ses six compaignies de clievaulx-légers; les S" de Cappres et d'Esplechin luy assisloient de conseil. Le S' de Floyon, filz du eonle de Berlaymont, colonel de dix enseignes de Walons , qui s'cstoit joincl avec les estais (avecq lesquelz, es guerres contre le prince d'Oranges, avoit maintenu l'isle de Clunart), se debvoit joindre audict marcquis de Havrech en chemin : mais, comme il cheminoit de nuict avec quelques compaignies siennes près de la ville de Lierre, fut par la garnison d'icelle, qui estoit espaignolle, prins prisonniei-, et le S"^ d'Yberghes , son lieutcnant-colonncl, tué, avec quelque nombre de ses gens, se retirant la reste avec les aultrcs compaignies qui estoient demeurées à Hérentals, laquelle ville ledict S' de Floyon avoit prins des Espaignolz à son retour de Climart. [celles compaignies furent envoyées es villes de Diest, Hallen, Leuwc et Tielmont , laquelle, quelque temps auparavant, avoit esté prinse par le S' de Héze , et les Allemans qui y estoient déchassez, s'eslant laid le mesme de deux compaignies de la mesme nation qui estoient à Nivelle et Gembloux.

Ledict sieur marcquis, estant à Malines, eut advertence que ceulx d'Alost s'esloienl accommodez avec Sancio d'Avila et Roda , et qu'ilz avoient advisez trois passaiges, pour par l'un venir en Anvers , assavoir par Tcnremonde, soubs l'asseurance que leur avoil donné du passaige le filz du colunnel Pohvillers, qui y estoit en garnison avec quattre compaignies de son père. Mais, comme les soldatz dudiet Tenrenionde estoient gaignez, ne peurent rien efTecluer par eeste voye : par quoy furent constraincts traverser la rivière de Malines, à quoy ledict marcquis pensoit avoir obvié par la voye d'aucuns batieaux armez qu'il fil dudict Malines; mais, à faulle d'y estre arrivez Irop tard, le passage leur fut libre. Quoi sachant ledict marcquis, s'achemina en diligence vers Anvers, en laquelle ville fut inlroduict avec les trouppes susdictcs par le S' de Champaigney et conte d'Eberslein, lequel, seul des colonnels allemans, obéissoii au conseil d'Eslat, avec Cornelis Van Eynden, qui avoit en ladicte \illc quattre enseignes, oullre les noeuf qui y estoienl dudici conte.

Estant cnirées icelles trouppes, fut donné aux ^^'alons la garde des advenues du costé du chasieau, à Cornelis Van Eynden le eosié de S'-Georgcs, tenans ceulx du conte d'Eberslein le dedans de la ville; la eavalleric eut pour sa place d'alarmes le Marché aulx chevaulx.

Or ceulx du chasteau, entendans l'entrée susdicle en la ville, commencharent, sans mander aux chefz chose aucune, à canonner sur la ville en toullc furie : par quoy la

iiuict on se commencha à irencher contre le chasteau. Le lendemain l'on fut adverly que les Espaignolz s'approchoicnt pour se mectre au chasteau: mais, comme l'on estimoit que ce n'esloicnt que ceulx d'Alost, fut envolé le S'' de Gongnies avec la cavaillerle et quelque infanterie pour leur cmpescher le passaige. Mais, comme lesdicts Espaignolz avoicnt sy bien pourveu à leurs affaires qu'à un mesme temps et heure ceulx dudict Alost, Maestricht et Lière, avec aucuns Allemans des leurs, se trouvarent devant le chasteau avec toutte leur cavaillerie, y entrarent sans nulle difficulté sur le disner, faisans aussytost une saillie pour recognoistre les trenchis. Sur quoy s'estant l'alarme donné par toutte la ville, tost après sorlarent derechef avec toultc leur cavaillerie et infanterie en telle furie qu'en moins de rien forcharcnt le trenchis , se mectans les Walons en vau de route, sans que jamais fut possible à nul chef de les rallier et faire monstrcr teste.

Le conte d'Egmoni , s'estant retiré avec aucuns de ses gens en l'abbaye de Saint-Michiel,y fut sur le soir prins par le colonel Verdougo, qui lui usoit de louttes les courtoisies qu'il put. Samblablement les S" de Gongnies et de Cappres, ayans travaillé tout ce qu'ilz peulrent pour remédier aux désordres, furent la nuict prins, ayant ledict de Gongnies esté trouvé entre les morts , blessé de deux coups à la cuisse et la main perchée d'une niusqueitade. Le S' de Bersele fut prisonnier : mais, n'estant cogneu, cschappa à bon njarché. Le S' d'Esplechin fut tué, le conte d'Ebersteyn et S' de Bièvres noyez. Le marcquis de Havrech et S' de Champaigiicy se jectarent par la muraille hors la ville, se retirans en larmée de mer du prince d'Oranges, qui en cstoit proche.

Les Espaignolz, venans sur le .Alarché, parce qu'ilz y trouvarent quelque résistence de ceulx du conte d'Ebersteyn, mirent le feu à la maison de ville et en plusieurs aulires lieux là autour, pillans au surplus ladictc ville de tout en tout, n'yobmectans nulles cruauitcz possibles, durant le pillaige, tant qu'il leur pleut; se vanlans, longtemps après, avoir fait le plus beau sacq que nulz aulires de leur nation de longues années en çà. Et la vérité fut telle , car de l'or et argent monnoié que l'on sçait y avoir esté prins, la somme excède deux milions et cinq cent mille escuz d'or.

Quelque peu après le régiment de Mondragon, de dix-huict enseignes de Walons, qui estoil demouré à Ziericzée, vint prester obéissance à ceulx du conseil d'Estat : pour lequel tant plus gratifier le duc d'Arschot en voulut estrc colonnel, en faisant le S' de Monligny, frère au conte de Lalaing, son lieutenant.

Le 8°"^ de novembre se conclud à Gand la paix entre les estalz généraulx et ceulx de Hollande et Zéelande, leurs associez et le prince d'Oranges, laquelle le désastre

d'Anvers causa estre tant plus tost advancée. Dont la teneur sensuyt

.\u mesme temps de ladicte paix arriva à Luxembourg avec quattre chevaulx de poste don Joan d'Austrice, frère bastard du roy, estant envolé pour gouverneur de ces païs. Il pensoit se venir mectre en la citadelle de Cambray : mais , entendant à Paris la

prinse du S' de Licqiies, trouva bon se rendre à Luxembourg, parce qu'icelle province n esloit encoires joincte avec les aultres. Auquel lieu estant arrivé, fut dépesché par les cslatz le sieur d'Yssche par la poste, pour congratuler sa bienvenue, et par ceulx du conseil d'Estat le conseillier Fonck. Depuis furent envolez vers luy l'abbé de Maroilles et S' de Grecques, pour luy supplier de s'approcher plus près d'iceulx estatz, afin de tant plus tost remédier aux affaires.

En ceste conjuncture les soldalz walons qui estoient en Frize soubs le S' de Billy, portuguèz , gouverneur d'icelle province , voians et cognoissans leur chef ne porter l'obéissance qu'il debvoità ceulx du conseil d'Estat, ayant faict mectre en prison un que lesdicls du conseil et estais généraulx avoient envoyé vers ceulx de Frize, pour leur faire part de leur intention, se saisirent dudict sieur, le mectant entre les mains des estats. Dont ceulx du pais , estans quiètes de l'obstacle que leur faisoit ledict S' de Biily, envoiarent leurs députez à Bruxelles, d'où, pour donner ordre aux affaires de ce quartier-là, fut envoyé le baron de Ville, lequel y fut sy bien venu qu'ilz le firent leur gouverneur, n'en veuillant estre quictes , pour chose et réquisition qu'en fit depuis ledict don Joan. Le régiment dudict S' de Billy fut donné au S' de Champaigney.

Restoit encores le cliastcau d'Utrecht entre les mains des Espaignolz : pour lequel ravoir y fut envoyé avec son régiment le conte de Boussu , gouverneur d'icelle province (retourné de prison depuis la pacification de Gand), lequel fit si bien son debvoir qu'en peu d'heures il s'en fit maistre.

Le reste de ceste année s'escoulla sans aultre effect notable, fors que des communications et traictez avec ledict don Joan. Le premier se fit, sur le commencement de l'année 1577, à Luxembourg, par l'abbé de Saint-Gislain, esleu évesque d'Arras, marcquis de Havrech, baron de Liedekercke et Adolf de Medekercke. Depuis, pour achever le tout, se fit l'assamblée à Huy, où se trouva ledict don Jehan, l'évesque de Liège de la part de l'empereur, avec le baron de Winnenberch et aultres, ceulx du conseil d'Estat et, de par lesdiets estatz généraulx, l'abbé susdici. S" de Champaigney, Morbecque, Sweveghcm et JMedekercke. Mais rien ne s'y eonclud, nonobstant (|ue la pluspart des députez des estats s'esloient transportez de nicsme à Namur, auparavant de ceste assamblée, pour de plus près commuiiicqucr avec Icdici don Jehan, qui lors estoit à ^Farche.

Les susdicts retournez à Bruxelles, pour obvier à toutte division qui eût peu survenir par quelf|ue disjonction ou séparation des provinces les unes des aultres, ou bien d'aulcuns particuliers, ensamble pour donner à cognoistre à tout le monde l'intention des estais louchant la prinse des armes conire les Espaignolz et leurs adhérens,et pour remédier à tous inconvéniens qui eussent peu survenir, fut advisé de faire une lièsoii, ronjunction cl union sy bonne, ferme et stable par ensamble, que nul ne se povoit séparer, en général ny en particulier, l'un de l'aullre, sans perpétuel blasnie et déshon-

PHILIPPE 11. IGi

neur, iiy de nicsnie attenter chose au contraire dicelle '. Laquelle, estant ratifiée par ceulx du conseil d'Estat commis au gouvernement des Pais-Bas, comme dit est, fut jurée et signée de toulte Tassambléc et envoyée à louttes les communes, magislratz des villes, consaulx et finances du roy, tous gouverneurs généraulx et parliculiei-s, ensamble toutes personnes notables des provinces et villes, pour faii'c le mesme : ce qui fui exécuté partout. Bien est vray que ceulx de Holla/ide et Zéelande firent protesl, louchant la religion catholicque apostolicque romaine, que ce seroil conforme à la pacification de Gand.

Cependant fut trouvé expédient, pour de plus près serrer les Espaignolz et par-là parvenir à une bonne paix, de former le camp et se jecter sur Lierre. Pour lequel effect le duc d'Arschot vint à Malines, pour assister à la monstre généralle qui s'y fit, d'où le camp, soubz la conduicte du conte de Lalaing, se vint niectre à Xoslre-Dame de Wavre, une lieuwe dudiet Lierre, estant lors audict lieu les forces des estais telles que s'ensuyt : dix enseignes du duc d'Arschot , dix de monsieur de Noyelles d'Arlhoys, huict du viconte de Gand, sept de monsieur de Ville, irois du conte d'Egmonl, .six de monsieur de Hèze, huici de monsieur de Berselle, quallre de Lille, sept de Timpel, huict de Bertel-Enlens, trois françoises soubs le S"^ de la Garde; de la cavaiilerie, les compaignies d'hommes d'armes des contes de Lalaing et de Roeulx, S"^ de Aloirbecque, d'Oignies, de Ville, Baillieul et d'Evre, celles du S' de Croisilles et de Vilers de chevaulx-légers. La reste desdictes forces esioil distribuée es lieux propices, si comme, pour défendre la Flandre des courses d'Anvers, le régiment du conte du Roeulx avec cent chevaulx-légers du sieur Voisin, au fort de Bureht, qui esloit fait en un villaige du mesme nom vis-à-vis d'Anvers : les régimens du S' de Floyon, ceulx qui furent à Mario Carduini et de Verdugo furent mis à Tielemont, Diest et aux lieux convenables pour, avec la cavaiilerie de Flandres et les deux cens chcvaulx du S' d'Immersel, qui esloient à Indoven, et celle du S' de Glinies à Jodoigne, empescher l'aller el venir des Espaignolz d'Anvers cl Lierre à Maeslriclit. Le régiment des Escossois soubs le colonel Balfour, de dix-sept enseignes, fut envoie, avec quallre cens reyires du commandeur de Bernissem, au pais de Limbourch, pour empescher les atlenlalz de ceulx qui esloient à Macstricht : lesquclz Escossois, ayans passé la Meuze, furent acconunis 2 par les Espaignolz dudiet Macstricht au villaige de Jupille, pais de Liège, fort furieusement, mais soustiendrent si bien leur effort qu'ilz les constraindirent se retirer avec perle de plus de qualtre cens hommes.

' Il s'agit de l'acle d'union du 9 janvier I b77, qui a été imprimé plusieurs fois, notamment à la suite du Discours sommier dos justes causes et raisons qui ont canirainet les Estais généraulx des Pais-Bas de pourvéoir à leur dcffeticc contre le seigneur don Jehan d'Austricc. .\nvers, Sylviu.s, 1 577. In-i».

' Accommis, attaqués, du verbe espagnol acometer.

162 HISTOIRES, RELATIOxNS. MEMOIRES.

Et d'aultant que ceulx d'Anvers, avec leurs galères et aultres petits balteaux, incommodoient fort les vivres qui venoient, par la rivière de l'Escaull, à Malines, fut faicl un fort à l'oposite de Rypelmondc, à l'embouchure de la rivière de Malines dedans l'Escault, et un aultre plus hault en un lieu appelle le Tolhuys, lesquelz ayans estez assailliz par le mestre du camp Valdez avec bon nombre d'Espaignolz et Allemans, ballant ledict Tolhuys avec qualire canons, et celiuy de l'embouchure susdicte, appelle la Marguerite, avec les galères, fut sy bien reçu que force luy fut se retirer de nuict avec grande confusion , où peu s'en fallut qu'il ne perdit son arlillerie, y laissant sur la place quelque quantité d'hommes, et ses gallères sy mal traictées qu'elles furent cons- Irainetes donner en terre pour se sauver.

Durant que le camp s'aniassoit audicl lieu de Wavre pour l'eflFecl susdict, arrivarent à Bruxelles l'évesque de Liège avec les aultres ambassadeurs de l'empereur et subdéléguez du duc de Clèves, et le sieur Octavio Gonzaga de la part de don Jehan, pour parvenir à un final traicté, lequel, après plusieurs disputes, fut finalement conclu, arresté et publié soubs le nom d'édici perpétuel'

Après la publication de l'édict susdici, don Jehan vint par Namur à Louvain, accompaigné et en la garde du duc d'Arschot et marquis de Havrech : auquel lieu debvoil demourer, sans rien commander au païs, jusques à la sortie des Espaignolz de toutles les places qu'ilz tenoienl et la rendition des prisonniers.

Le .. de mars vint le duc d'Arschot au camp, d'où partit avec dix enseignes pour se

mecire au chasteau d'Anvers et le recevoir des Espaignolz, lesquelz en sorlarent le ,

ayans, contre le 6°"" article du traicté, alliénéla pluspart des munitions qui y estoienl, menans aussy avec eulx six pièces d'artillerie : demourans en la ville d'Anvers les colonnels Fronsiberger et Fouckcr avec aucunes de leurs enseignes. Si fut attaché par tous les carrefours de la ville et publié, de la part de don Jehan, et signé de sa main ce qui s'ensuyt :

« Por quanio aviendo ordenado Su Mag"" que la génie espanola, italiana y borgognona salgan destos Eslados, assi por lener necessitad délia en ciras partes como por averselo sup|)licado los dichos Eslados, y en el tiempo que ban estado en ellos han succedido algunos alborolos por falta de las pagas, y agora yéndose es jusio que enlienda cada une la satisfacion que Su Mag** tiene de sus servicios, por la présente dey fe à todos los que la présente viéren,que toda la dicha gente ha servido bien y fielmente â Su Mag*", y que harà merced à cada uno segun su calidad y servicios, sin embargo de averse hallado alguna parte dclla en los alborolos passados, especialmente en el de

' Du 12 février 1577, publié le 17 à Bruxelles. Il csl à la suite du Discours sommier, etc., cité à Ii page précédente.

PHILIPPE H. i63

Alost. Y sy nccessario es, anulo y revoco cl placcarte conira ellos pronunciado en 26 de julio del ano pssado, y los declaro por buenos y leales y que como taies han servido Su Mag^ «.

. Feeha en Lovain é los 8 de março 1377. ^ {Signé)l)oy Juan. .

De cest acte se facharent fort les estais , comme contrevenant du tout au 7°" article de l'édict perpétuel ; aussy s'usurpant ledict don Jehan par icelluy l'auclhorité du gouverneur, auquel estai n'esloit encoires accepté : mais il fit response que, sans le faire de telle sorte, il n'cstoit en son pouvoir de faire sortir les Espaignolz du pais.

Quelque peu après leur sortie d'Anvers et Lierre, estans encoires à Maestricht, vint à Bruxelles, de la part dudict don Jehan, Octavio Gonzaga, pour advenir les estats que Son Altèze esloit bien et deumcnt acertainée qu'il y avoit quelque machination contre sa personne, et que la chose debvoit estre effectuée en dedans trois ou quattre jours, estans les chefz de l'emprinse les sieurs de Bonivet et de Berengueville, qui, passé quelque temps, avoient esté envoyez vers les estats par le duc d'Anjou, frère au roy de France ; icculx, à son dire, avoient gaignez une partie des Escossois et, avec quelques François qu'ilz avoient faict venir secrètement, dehvoient d'une nuict escheller Louvain, se saisir de sa personne et le mener secrètement au roy de Navarre, pour, par son eschange, ravoir du roy d'Espaigne son royaulme. Sur quoy, encoires que tous ambassadeurs doibvent estre inviolables, et que l'apparence touchant les Escossois estoil bien pelitte, parce qu'ilz ne pouvoient sortir du camp sans le sceu de tout le monde, ny aussy les François, touttesfois lesdicts estats, pour monstrer leur bonne et sincère volonté à l'endroicl de Son Altèze et luy oster toutte occasion d'arrière-pensée de leur costé, arrestarent lesdicts sieurs à Bruxelles, et envoiarent à Louvain le conte de Lalaing le mesme jour, pour, avec autant de forces qu'il trouveroit convenir, garder Son Altèze. Se diligenta ledict conte de telle sorte que, le lendemain , de bonne heure, arrivarent aux portes de Louvain huict enseignes desquelles ledict conte se fioit le plus : touttesfois Son Altèze lui commanda renvoyer les six au camp, disant qu'il se contentoit de deux en la ville, encoires que le terme ne fût expiré qu'il avoit advcrty la

' Traduction : • Sa Majesté ayant ordonné que les gens de guerre espagnols, italiens cl bourguignons sortent de ces États, tant parce qu'elle a besoin d'eux ailleurs que pour condescendre aux supplications desdils États, comme, pendant le temps qu'ils y ont été, quelques mutineries sont arrivées par faute de paye, et qu'il est juste, au moment où ils s'en vont, que chacun d'eux sache la satisfaction que Sa Majestéa de ses services, je certifie, par la présente, que tous lesdits gens de guerre ont bien et fidèlement servi Sa Majesté, et qu'elle fera faveur à chacun d'eux selon sa qualité et ses services, bien que quelque partie d'entre eux se soit trouvée dans les mutineries passées, spécialement en celle d'Âlost. Et, s'il en est besoing , j'annule et je révoque le placard publié contre eux le 21) juillet de l'année passée , et je les déclare bons et loyaux et ayant, comme tels, servi Sa Majesté. •

164 HISTOIRES. RELATIOINS. MEMOIRES.

chose se debvoir faire; et quoyque les estais insistassent de sçavoir les accusateurs, pour les confronter avec eulx, n'y sceurent parvenir. Qui fut cause que ceulx du conseil d'Esiat les firent relaxer.

En ceste conjoncture fui mis en liberté le conte de Berlayniont, et depuis le conte de Mansfelt, par la grande instance qu'en avoient faict juscjucs alors le conte de Lalaing, séneschai de Haynnau, marcquis de Richebourg et aultres; sambiabiement sortarenl de prison le conte de Meghen, S"^ de Ilaultepenne et le conseillier d'Assonlevilie, après que l'on avoit mis en liberté, du costé des Espaignolz, le conte d'Egmont, les S" de Floyon, de Cappres et de Gongnies.

Les Espaignolz estans sortis de Macstricht, le seigneur don Jehan requist les estais de povoir venir à Bruxelles : à quoy icculx estais, nonobstant que les Espaignolz n'estoient encoires sortis du pais, durant lequel ternie Son Allèze ne povoit entrer en son gouvernement, comme dit est, condcscendarent très-volontiers, supplians néanlmoins ne se meclrc en chemin avant que tout fùl prest pour le deuement recevoir. Il fit son entrée le premier jour de may, avec aultant d'allégresse d'un chascun et magnificence en la ville que se povoit quasi faire au prince naturel, le venant trouver à Louvain la pliisparl des gouverneurs des provinces, accompagnez quasi de toutle la noblesse dicelles, si comme le S"^ de Ilierges, gouverneur de Gueidres; le conte du Roeulx, de Flandre; vieonle de Gand, d'Arlliois ; le conte de Lalaing, de Haynnau; de Fromont, de JNamur; baron de Rassenghien, de Lille, Douay et Orchies; séneschai de Haynnau, de Tournay et Tournésiz; conte de Boussu, d'Utrechl, qui n'csloit encoires rendu au prince d'Oranges. Oullre iceulx s'y trouvarenl le duc d'Arscliot, prince de Chimay, les contes d'Egmont, d'Arcnberg, de Berlaymont, de Meghen, de Hautkerke, de Herlies, marcquis de Havrech et quasi tous les aultres du pais. Hors de la ville luy vindrcnt au-devant plusieurs enseignes de bourgeois fort bien en ordre, avec un chariot triomphant orné des armes des dix-sept provinces, avec louites sortes d'armes qui se convertissoienl en inslrumens de laboureurs, veuillanl signifier que par sa venue les provinces, en lieu de guerre, jouiroient d'une paix perpétuelle. Entrant en la ville entre le nunee du pape et l'évesque de Liège, ambassadeur de l'empereur. Son Alléze fut reecu avec une fort bonne musicque, et depuis avec une fort belle salve d'artillerie, estant la irouppe qu'il avoii menée de Louvain en nombre de plus de quinze cens che- \aulx. Depuis la porte jusques à la court y avoit, à tous les quarefours, des spectacles de diverses représentations, et sur le Marché des arcqs iriumphaulx faicls de verdures : faisant toutle la nuicl force feuz de joye.

Et encoires que, par le traiclé faict avec ledict don Jehan, article IG™", les estais ne le debvoicnl recevoir pour gouverneur sinon après la retraicte des Espaignolz, si est-ce (|uc, pour monsirer leur bonne vollonlé en son endroicl, trois jours après son arrivée :'i Bruxelles, le receurent pour lel, faisant à cesieffect, en l'assamblée de tous les estais,

présens le nunce du pape et ambassadeurs de Tempcreur, sur les saincles évangiles que lenoit 1 evesque de Bois-le-Diic , le serment qui s'ensuyt, le.. ' jour de may lo77 :

« Nous, don Joan d'Austrice, chevalier de Tordre de la Toison d'or, lieutenant, gouverneur et capitaine général du roy catholicque d'Espaignc, mon frère, en ses Païs-Bas, promccloiis et jurons, en foy et parolle de prince, sur les sainctes évangiles, aux prélalz, gens d'Église, seigneurs, gentilshommes, magistralz et loix, villes, chastellenies, membres et communaultez faisans et représentans les estats géncraulx desdicts Pais-Bas, que, durant nostre gouvernement, serons bon et fidèle administrateur de justice et ne ferons ny permectrons faire ou estre faicte violence ou oullraige aux subjectz et inhabitans d'iceulx Païs-Bas , ains les gouvernerons en tout droict et justice, selon leurs statuts et coustumes diceulx Pais-Bas, villes, chastellenies et communaultez, tant en général qu'en particulier, et ne nous servir, en conseil ny aultremeni, pour le droicturier gouvernement et administration publicque desdicts Païs-Bas, daultres que de naturelz; pareillement d'inviolablement observer et faire observera tousjours mais, par tous et cbascun cui ce poura toucher, le traiclé de paix faicte, conclue et arrestée, en la ville de Gand, le liuicliesme jour de novembre 1576, entre lesdiets estatz généraulx, d'une, et messire Guillaume de Nassau, chevalier de l'ordre de la Toison d'or, prince d'Oranges, et les estats d'Hollande et Zéelandc avec leurs associez, d'aullre part, ensamblc l'édict perpétuel sur l'accord entre nous faict, au nom de Sa Majesté, et lesdiets estais généraulx, publié à Bruxelles le 17^ de febvrier XV' septante sept, en tous l'X chascun poincts et articles. Ainsi nous ayde Dieu et tous ses saincts ! »

Et pour estre le iraicté susdici* tant plus ferme et stable, en donna auxdicts eslatz la ratification, approbation et confirmation faicte par le roy le 7' d'apvril, signée de la main de Sa Majesté et seellée de son grand seel.

Or, comme ledict don Joan, après sa réception, se servoit , es affaires d'importance de par deçà, du conseil et advis secret d'Octavio Gonzaga, Jehan-Baltista de Tassis, son maisire dhostel, et secrétaire Escovedo, et qu'il donnoii fort grand crédit aux rapportz lelz quelz que liiy faisoil le sieur de Gasté, bourgoignon^ directement contre le lO' article de son traieté, luy fut souvent, par les estatz en général et plusieurs personnes d'auclhorilé en particulier, remonstré le grand mal que cela pouroit causer. Sur quoy Ion ne sceut tirer aultre responce, sinon qu'il nestoil vray qu'il traictoit des affaires du païs avec eulx : faisant, pour appaiser ces mescontentemens, entrer au conseil quelques trois ou quattre fois aucuns gouverneurs des provinces cl le sieur de Champaigney. Mais

' En blanc dans le manuscrit. Ce fut le i mai que don Juan d'Autriche prêta serment. ' Le traité entre les états et don Juan , c'est-à-dire Tédit perpétuel. ' N. de Marmier, seigneur de Gastel.

cela causa plus de mal qu'auparavant, d'aultant que par-là se cogneut manifestement la force et forme dudici arrière-conseil, estans les exécutions qui s'en suivoient toultes contraires aux résolutions qui y cstoient prinses. Ce qu'estant manifeste aux estats, oultre ce que le nombre de ses domesticques s'augmentoit de plus en plus, estans tous espaignolz (entre lesquelz furent reeogneus plusieurs qui avoient esté soldatz et exécuteurs des sacqs perpétrt^z es villes d'Anvers, Maestricht et aultres, où au contraire avoit esté stipulé, par ledict traicté, que sa maison se feroit de naturelz de cedict païs), le mescontcntement d'un chascun s'augmenta si avant , voyant que tant de remonstrances pour ces faiclz n'avoient eu lieu, que plusieurs du peuple délibérarent chasser hors de la ville les susnommcz. Sur quoy, comme l'on advcrtil ledict don Jehan de l'inconvénient qui par ce en pouroit advenir, se mit en une telle diflidence du peuple (avec ce qu'y adjousloient les susnommcz pour demeurer avec luy), qu'il cherça tous les moiens de se retirer Iionnestcmeni de Bruxelles, estimant qu'estant arrière des estats, il pourroit plus librement fré(]nentcr avec ceulx qu'il luy plairoit. Pour quoy, comme les estats avoient prins à leur charge de licencier et paier les Allemans restans au païs, leur mit en avant qu'il se faisoit fort les faire partir promptement, moiennant quattre mois de gaiges avec assignation du surplus de leur deu à certains termes , et que pour cest effect envoyassent leurs députez à Malines, pour traicter avec lesdicts eolonnels allemans.disant qu'ilz n'oscroyent venir à Bruxelles, aussy qu'il ne le trouvoit convenir, pour s'estre trouvez au sacq d'Anvers et avoir esté fauteurs des misères du païs, et que, pour tant plus accélérer l'affaire et la rendre tant plus aucthoriséc, il se voulloit aussy transporter audict lieu : ce que lesdicts estats trouvarent bon , pensant à nul mal. Dont partit de Bruxelles au mois de juing.

Touttesfois, comme sa présence debvoit donner chaleur à tout, l'on fut estonné de véoir lesdicts eolonnels et capitaines plus obstinez qu'ilz n'avoient esté auparavant, demandant choses du tout eslongées de ce que ledict don Jehan s'estoit fait fort d'obtenir d'eulx, comme dessus dit est. Et comme il fut manifeste qu'il traictoit de nuit et hors d'heure avec lesdicts Allemans, craindant que l'on s'aperceùt de sa menée, et pour faire tant mcillieur samblant, un jour que les choses cstoient comme en totalle rupture, leur dit, en présence des députez, avec une mine farouche, que s'ilz ne s'accommodoient à chose sy raisonnable que les estats leur préscntoient et qu'ilz ne sortasscnl, en dedcns le 2.1""'' de juillet , des places qu'ilz occupoicnt, qu'il le leur feroit faire par force : ce qu'ap|)rouvarent aussy les ambassadeurs de l'empereur, estimans que ce n'estoitque par la malice (lesdicts eolonnels que le tout alloit en longueur, ignorans aussy les secrètes menées (juc ledict don Jehan trammoit avec lesdicts chefz allemans, qui cstoient de les divertir enihièrement de s'accommoder avec les estats, leur asseurant que iceulx estats ne taschoient qu'à les circumvenir, tromper et les défrauder non-seulement du surplus de leur deu |)ar culx promis de satisfaire, mais qu'ilz cstoient d'intention

(sortiz qu'ils seroieni des villes par eulx occiippées) les faire meclre en pièces : ce que ledict don Jehan escripvit samblable à tous les soldatz, leur pronieclant parlant que, nonobstant la convenance faicte avec les cslats, pour ne vouloir le roy perdre soldalz de ([ui il faisoit tant de compte , qu'il les feroil paier de tout leur deu.

Eslans par ce mis en avant les ehefz condescenduz à son intention, pour esirc choses fort facilles 5 croire (encoires que faulses et jamais par les estais pensées), il commença à leur meclre en avant son desseing, et conclure avec eulx la forme pour y parvenii-, qui esloient comme s'ensuit, assavoir : quant au desseing, de rompre la paix faicle avec le prince d'Oranges par les meilleurs moiens qu'il pourroit excogiter, et d'aultant qu'il ne voyoit apparence d'y induire les estats, tascheroil de les y faire condescendre par nécessité, en commenchant lui-mcsme le faict. La forme estoit, en premier lieu, de s'asseurer de la ville et citadelle d'Anvers : pour à quoy parvenir avoit trouvé moien de lirer hors de ladiote citadelle le sieur de Willerval, qui y commandoit en absence du duc d'Arschol, et y meclre le sieur de Trélon, duquel il s'asseuroit qu'il ensuivroit ses intentions et commandemens. Quant à la ville, il la tenoil comme sienne, pour avoir à sa dévolion les Allemans qui y esloient dedans et cculx de Cornelis Van Eyndcn, (ju'il y pensoil faire entrer, conmie il avoit conclu et arresié avec leurs chefz et sieur de Hiergcs; de inesme esloit asseuré des villes de Bois-le-Duc, 13erglies, Breda, Ter Tholen , Sieenberghe, Campen , Devenler et Ruremonde, qu'ilz oecupoieni , ayant donné ordre que ceulx (|ui esloient à Termonde n'en sortassent, nonobslani que, par acie du li" de juillet signé de sa main, il avoit avec les estais dénommé commissaires pour les faire sortir du pais, estant avec ceulx de Flandres convenu pous les paier; eslimanl aussy avoir tout le païs de Gueidres, pour estre es villes d'icelluy les régimcns de Wallons cl Bas-AIIemans du sieur de Hiergcs et comte de Meglien, desquelz les chefz esloient à sa dévotion, mesmes le sieur de Hiergcs, l'un des principaulx auiheurs de la menée. Avec ce cuidoil aussy avoir attiré à soy, par les asseurances que luy en avoicni donné les chefz, les régimcns de ^\'alons du sieur de Floyon, ceulx qui furent à JMario Carduini, italien, cl à Verdougo, espagnol, ne restant en eslre, de toutles les forces (jue les estats souloicnl avoir, que les régimcns du duc d'Arschol et sieur de Champaigney et quelque peu de compaignies des régimcns du conle d'Egmoni cl sieur de Hèze fort mal complets et en ordre, desquelz il ne s'asseuroit du tout , sinon de celluy du duc d'Arschol par son moien. Avec ces forces et l'assrurance qu'il se promectoil que le conte du Roeulx, viconle de Gand, auquel il avoit promis faire avoir du roy le tiltre de marquis de Richebourg, conte de Lalaing et sieur de Rassenghien luy corresponderoient, et par leur moien les villes de leur gouvernement, après avoir encommencé la feste, il estimoit de ronq)re, comme dit est, avec ledicl prince d'Oranges; cl pour faire trouver ceste rupture bonne aux princes voisins de ces païs, despesclia vers l'empereur, roy de France et roync d'Angleterre, se plaindanl vers eulx bien griefvcmenl dudici

prince dOranges, avec tout aggeneissement de langaige qu'il povoit trouver pour les animer contre ledict prince, et faire trouver ses actions contre icelluy bonnes. Et comme les estais avoienl prié Son Altèze de leur permectre d envoler quelqu'un vers la royne d'Angleterre, pour obtenir d'icelle quelque somme d'argent en prest, afin de tant plus losi licencier les Allemans, leur donna pour responee que le mesme personnage qu'il y envoioit pouroil faire rollice de leur part; néanlmoins, au contraire, donna charge au viconie de Gand (qui y fut envoie de sa part) de requérir ladicte royne n'assister les estais de ses finances.

Et comme il luy sambloit qu'en commençant la rupture susdicte, il se debvoit trouver en quelque lieu eslongé des estais où sa personne fût asseurée, craindant que, voyant un ehascun ceste inopinée rupture, l'on ne s'atlachast (comme on luy faisoit acroire) à sa personne, et qu'il ne fût tenu, estant eslongé, comme dit est, de respondre pcrtinamment à ce que les estais luy povoient requérir de sçavoir les occasions d'icelle rupture, et que par-là il povoit trouver quelque subterfuge et cependant faire son faict, fut avisé, entre ceulx qui tramoient ceste menée, que le lieu de Namur seroit fort propre. A quoy luy vint très-bien à propos l'arrivée en ces pais de la royne de Navarre: car, soubs prétexte de l'aller recevoir audict lieu de Namur, il y fit transporter tout ce qu'il avoit de meubles (lesquelz estoient très-excellens et en grandissime quantité), pour la concurrence des gens qui se debvoient trouver à ladicte réception; fit entrer en ladicte ville bon nombre de soldalz, pour y estre le plus fort, si les bourgeois se fuissent opposez à ses desseings, ne doublant que, s'estant emparé du cliaslcau par la forme que sera dit ev-aprés, il eut fait condescendre à son intention tous les seigneurs de par dechà , dcsquclz n'eslimoit aucun debvoir faillir de venir audict lieu.

Ladicle dame entra au pais par Cambray, laquelle le eonle de Lalaing allit recevoir de la part de Son Altèze, qui la menna jusques à Nivelle, auquel lieu la vint trouver le marcquis de llavrech pour la menner ù Namur, où fui receue par Sadicte Altèze en loulle magnilicence possible.

■ Ladicie royne partie pour Liège, estimant Son Altèze bien avoir asseuré ses affaires par les menées susdictes, encoires que ne se trouvarent audict lieu la plupart des seigneurs qu'il pensoit avoir, .soubs umbre d'aller à la chasse, se trouvant, le âo"" de juillet, devant le ehasteau , laissant aller devant ceulx qui l'accompaignoient, commanda au duc d'Arschot de le suivre, disant vouloir véoir dudict ehasteau la commarque du pais ; auquel entrant, trouvarent à la porte le sieur de Hierges, conte de Meghen, sieurs de Floyon et de Haultepenne, frères, qui luy tenoient le passage ouvert; et mectant pied à lerre, sacqua sa jjislolle, disant, comme il fut entré dcdens : A ceste heure esse le jiremirr jour de mon (/ouverneuient, et du coup fit incontinent asseoir les gardes, par tout le ehasteau, de ceulx de sa suite et maison, lesquelz estoient, comme dit est, la pluspart soldalz.

PHILIPPE 11. i69

Il faut noter qu'en ladicle place y avoil fort peu de sokiatz : ce que sachant très-bien les frères susnomniez, faindirent d'aller desjeinier avec le sieur d'Ive, gouverneur d'icelle, accompaignez de beaucoup plus grand nombre de gens à ce choisis qu'il n'y avoit audicl chasieau : à quoy ledict d'Ive ne (il nulle diflicullé de les laisser entrer, d'aultant qu'il ne se doubloit de nul mal. Iceulx seigneurs, voyans Son Altèzc approcher du chasteau, faisans samblant l'aller trouver, s'asseurarent de la porte, encoires qu'il ne fut besoing de procéder de telle façon : car, eslant gouverneur des pais, les entrées de touttes places luy cstoient libres et ouvertes.

Asseurc qu'il fut de la place, assambla tous ceulx qui se trouvèrent avec luy, qui estoient en assez bon nombre (car la pluspart de ceulx qui le précédoient, entcndans qu'il csloit monté au chasteau, le suivirent), où il leur fit une remonstrance de la longue et extrême patience qu'il avoit eu de si intollérables indignilez par luy souffertes des estais du pais, et qu'il n'estoit résolu de l'avoir plus longtemps, mais gouverner absolulement, selon la charge qu'il avoit d'Espaignc; disoit en oultre que, pour l'asseurance de sa personne, il s'estoit là retiré, parce que, suivant le contenu de deux lettres qu'il monstra, sans signature, il y avoit conspiration dressée contre sa personne.

Or, la nuict devant le saisissement du chasieau, fit mectre en l'abbaye de FlorefTe, au villaige de Perruwez et aultres lieux qu'il jugeoit convenables, plusieurs compaignies du régiment du sieur de Floyon, faisant aussy approcher dudict Namur les compaignies du colonnel Foucker et celles qui avoient esté chassées de Valcnciennes, et aultres du mesme régiment qui estoient au pais de Luxembourg; samblablement fit haster les régimens susnommez des sieurs de Ilierges et conte de Meghcn qui estoient au pais de Gueidres et es environs. Quoy achevé, envoia à Bruxelles les sieuis de Rassenghien et de Grobendonk avec la copie des lellres sur quoy il fondoit sa retraicte à Namur, ensamble les poincts ensuivans, lesquels il mandoit vouloir estre effecluez avant son retour à Bruxelles.

Copie des lettres de Son Allèze.

Messieurs, ceste ne servira que pour vous dire que veullcz bien entendre, considérer et4Jeser ce que, par mon ordonnance, le baron de Rassenghien va vous rcmonstrer, et y prendre la résolution que je soubailte et que lant convient pour voslre bénéfice, repos et tranquillité du païs, et vous asseurerque je n'espargneray jamais travail pour vous procurer. A tant, Messieurs, Noslrc-Seigneur soit garde de vous.

De Namur, ce 25' de juillet 1577.

Sujnv Jf.iun, et plus bas Br.RTY.

Copies des lettres d'adiertence faite à Son Altéze par ung incogneu.

Monseigneur, j'ay par plusieurs lettres adverly Vostre Ailèze des conspirations que se dressent contre sa personne, et principalement pour s'asseurer d'icelle. El comme, à cest instant, je viens estre adverty de bon lieu qu'ilz n'attendent aultre chose que le retour de Vosire Ailèze, soit à Bruxelles ou Malines, pour meclre leur mauvaise vollonlé à exécution , n'ay voulu faillir, pour mon debvoir, le faire entendre à Vosire Altéze, à celle fin qu'elle se pourvoie de remède convenable, d'aullant que, s'ilz se saisissent de sa personne et d'aultres qui sont allenlour d'icelle, conmic ilz se promcctent povoir faire , ces Pais-Bas sont à l'abandon , et la religion caiholicque du tout anéantie et perdue. A tant, Monseigneui, je finiray ceste priant Dieu donnera Vostre Ailèze toulie prospérité et contentement.

De Bruxelles, ce 19' de juillet 1577.

De Vostre Altéze très-humble serviteur.

Monseigneur, je suis asseurémeiit informé que , sy Vostre .Altéze mcct pied hors de Namur pour venir en chà, l'on est presl à se saisir de sa personne; voircs, à ce que puis oyr et apperchevoir, je ne la tiens asseurée à Namur, ny ceulx qui sont allentour d'icelle. Je supplie V'ostre .Altéze pourvéoir avec toulte briefveté à sa seurelé, puisque d'elle dépend tout le bien et salut de ce pais. Monseigneur, je finiray ceste priant le Seigneur vous donner en sanlé bonne et longue vie.

De Bruxelles, le 21' de juillet lo77.

De \ostre Altéze très-humble serviteur.

(Suivent : 1" les points proposés aux étals généraux par don Juan le 27 juillet et exhibés de sa part, en leur assemblée, le 29, par le seigneur de Grobbendoncq; 2° la lettre de don Juan aux états du 27 juillet, pour servir de créance au baron de Rassengliien et au seigneur de Grobbendoncq. qu'il leur envoie; o° la réponse des états du 50 juillet; 4° la déclaration de don Juan aux états du 10 août; 5° la réponse des états du 12; 6" une autre réponse plus développée du 14. — Nous avons analysé foutes ces pièces dans notre A'o//ce chronologique el analytique des actes des États généraux, de 4S16 à iS83, t. I", p. 209 et suiv. Le texte de plusieurs d'entre elles est dans le f'éritable Récit des choses passées es Pays-Bas depuis la venue du seigneur don Jehan d'^ustrice; Luxembourg, 1577. In-4».)

PHILIPPE II m

Pour tant mieulx accorder les choses et tant plus monstrer la bonne intention des estais alicndroict de Son Altèze, iuy fut despesché en la mesme conjoncture le conte de Boussu, pour Iuy déclairer la pure et sincère vollonté qu'ilz Iuy portoient, le requérant vouloir oster tous soubçons mal fondez, remédier par son retour aux inconvéniens apparens s'il demouroit là, et vouloir nommer cculx qu'il disoit vouloir attenter contre Iuy, promeclans à cest elTect d'en faire chastoy tel que méritoii leur nieschancelé et d'eslre rigoreux vengeurs de tous aultres qui vouidroient attenter chose contre Iuy et les siens; jurans au surplus d'exposer corps et biens pour la seurelé de sa personne et que tous gens de guerre feroient le mesme; en oullre, que sy l'on povoit prouver le prince d'Oranges avoir infrainct la pacification de Gand, qu'ilz Iuy feroient la guerre en cas d'insatisfaction.

Or, durant le séjour dudict conte de Boussu à Namur, les estais, voyans qu'en tous ces traictez don Jehan ne taschoit qu'à prolonger le temps, pour s'asseurer de la citadelle d'Anvers, et cslans deument advertis que quattre compaignies de Cornelis Van Eynden marchoicnl en diligence pour se mettre dedans Anvers, les debvant suivre le sieur de Hiergcs avec ses gens, fut ordonné au sieur de Champaigney d'enipescher ausdicts Allemans l'entrée avec son régiment : ce qu'il ût, les mectant en vau de routte. De quo\ estans adverties les compaignies walonnes qui estoient en ladicte citadelle, et que don Jehan taschoit par ses lettres réduire les capitaines et oiïicicrs à sa dévotion , estans invitez par les estats de ne contrevenir à leur serment, qui estoit de garder la place pour le service du roy et desdiets estais, après estre certiorez que l'une des quattre compaignies susdictes, avec le sieur de Trélon, chief en ladicte citadelle, s'cntendoit avec lesdicts Allenians, craiiidant que le jourqu'ieelle estoit de garde, leur donnasse ouverture dudict chasteau, la firent par force sortir dehors, se saisissant le sieur de Bours, l'un des capitaines dicelles, dudict sieur de Trélon, lequel il envoia aux estais : de quoy les compaignies allemandes qui estoient en la ville furent sy intimidez, qu'ilz l'abandonnarent, se retirant le colonnel Fronsbcrger à Breda et le Fouckre à Berghes avec leurs gens. Ce faiel estonna don Jehan de telle sorte qu'il commença à iraicter avec les estats de façon plus modérée qu'il n'avoit fait auparavant, estans envolez vers Iuy les évesques d'Ippre et d'Arras. Cependant, ces nouvelles entendues, le duc d'Arschot et marcquis de Havrech l'abandonnarent sans mot dire : dont il fut tant fasché qu'il envoia Octavio de Gonzaga pour les ramener vifz ou mortz, mais ne les seeut raitaindre, renvoiant cependant ledict conte de Boussu sans aultre despesché.

D'aultre costc, comme les deux régimens du sieur de Ilierges et celluy du conte de Meghen approchoient fort Anvers, eraindant qu'ilz y entrassent de nuict parle mesme lieu qu'avoient fait les Espaignolz mutinez l'an 1374, ce qui estoit facil, fut envoie, pour la garder, le conte de Lalaing et sieur de la Motte, lesquelz, n'ayant aultres forces à la main que le régiment dudict sieur de Champaigney, firent armer les bourgeois et en

diligence fortifier la ville du costé snsdict : ce qu'enlendans les susdicls, ne s'avancharent davantage; mesme s'usa envers eulx de telle rusequ'ilzcommençarentà prester l'oreille pour servir les estais, et de fait ne voulurent marcher plus oultre (je dis les Bas-Allemans, car les Walons arrivarent bientost à Namur), en laquelle ville furent introduiciz, contre ce que don Jehan avoit promis aux bourgeois, après qu'il se fut asseuré du chasteau.

Au mesme temps le baron de Hèze fut envoie d'Anvers pour s'emparer de quelques chasteaulx proche de Berghes : ce qu'il fit. Cccy s'exécuta pour réduire les Allemans estans en icelle ville à la raison, comme les aullres, sy l'on povoit, tant pour les actes d'hostilitez qu'ilz avoient commis en Anvers à leur sortie, que pour ne vouloir rien tenir du capitulé à Malines, oultre ce qu'en lieu de traicter lors à la bonne foy, ilz s'estoient accordez avec don Jehan pour faire la guerre au pais. Lesdicts chasteaulx saisiz. Ion feit approcher de Berghes le sieur de Champaigney avec son régiment; et encoircs qu'ilz ne fussent quasy non plus que cculx de dedens, sy firent sy bien qu'ilz emportareni la ville par composition telle que touttes les compaignies se retireroient en Allemaigne, se contenlans de deux mois de gaiges pour tout leur deu , excepté celle qui avoit esté au sacq d'Anvers qui n'auroit rien, el leur colonnel mis entre les mains du sieur de Champaigney. De là ledict sieur chassa les Allemans qui estoient es villes de Sieenberghe et de la Thole. Et comme don Jehan sollicitoit fort le régiment du duc d'Arschot, qui esloit au pais de Luxembourg, pour le ranger de son costé, fut envoie vers ceulx dudict régiment le baron de Monligny, lequel le ramena deçà la Meuse, et, en passant pour venir vers Bruxelles, rcprint, ores que sans artillerie, la ville de Gembloux, où y avoit deux enseignes du sieur de Hierges, cnsamble tous les chasteaux estans entre Namur, Louvaiu et Bruxelles, desquelz s'estoient saisiz ceulx dudict régiment. Au mesme temps se réduirent aussy du costé des estats les régimens du sieur de Floyon et de Mario Carduini,lesquelz furent donnez aux conte d'Egmont et sieur de Ca|)pres.

Don Jehan, de son costé, n'avoil oeuvre laissée pour réduire à soy les soldatz des \illes (|ui ne luy obéissoient: néantmoins n'en emporta aultre que Mariembourg, paiant les soldatz de tout leur deu, qui esioii de plusieurs années, comme aussy il fil ceulx de Churlemonl, laquelle ville avoit esté donnée en gouvernement au sieur de Hierges, par la résignation qu'en fil le sieur de Méricourt, au mesme tempore que Son Altèze se saisit du chasteau de Namur. Et conime l'on craindoit que par ce moien il se pourroit asseurer des citadelles, fut arreslé les abattre touttes, pour ne tomber en l'inconvénient apparent de perdre les villes par icelles : dont furent dépeschées lettres au roy, pour luy en donner l'appaiscmcnt requis, comme aussy l'on avoit fait auparavant, luy donnant à entendre l'innocence des estats et les justes causes qu'ilz avoient de se douloir dudict seigneur don Jehan.

Pour toiiitcs ces choses, l'on ne laissoil, de la part des cslats, de solliciicr ledict don Jehan, par tous les moiens possibles, à une bonne réconciliation : mais Ton ne sceiil obtenir aultre chose fors parolles, avec une lettre qu'il envoia ausdicts estats, du V de septembre, qu'apportarent les députez de l'évesque de Liège et duc de Clèves, par laquelle il mandoit aux estais que, sur la réquisition qu'il avoit fait au roy d'esire déporté du gouvernement de ces pais. Sa Majesté l'avoil licentié, et que de brief icelle en envoicroit par deçà ung aultre de son sang, et que cependant, pour ensuivre le commandement de Sa Majesté, il feroit cessation d'armes. Surquoy, les estais trouvant expédient que les choses fuissent rcduictes comme il appartenoit avant l'arrivcment du nouveau gouverneur, après plusieurs envois et communications faictes de leur part par les évcsques d'ippre et d'Arras, finabicment fut envoie par le seigneur don Jehan le seigneur de Grobcndonck vers les estats.

Sur quoy iceulx renvoiarent vers Icdict don Jehan ledict de Grobcndonck, cnsamble dépescharent l'évesque de Bruges et sieur de Wiilerval, lesquelz iraictarent au surplus sy bien avec luy que linahlement l'accord fut signé.

Mais comme, au retour des susdicts, le prince d'Oranges arriva à Bruxelles, estans lesdicts articles leuz en l'assamblée des estats, icelluy d'Oranges trouva moien de faire altérer et changer aucuns articles de ladicte résolution. Avec lesquelz estant retourné le sieur de Wiilerval à \amur, fut renvoie par ledict don Jehan sans aultre chose que la lettre suivante, du S' d'octobie :

« .Messieurs , les nouvelletcz apportées par vostre dernier escript que nous ont délivré l'évesque de Bruges et le sieur de Wiilerval, ensuivyes de tant d'aultres desraisonnables demandes et actions, nous font du tout apparoir qu'au lieu de donner moien pour conserver la religion catholicque romaine et aucthorité deue à Sa Majesté, vostre but est de donner occasion que et l'ung et l'aultre se vienguenl à anéantir, voires jusques à là qu'il samble que n'entendez laisser à Sa Majesté, en ses païs, fors que le filtre, par l'érection principallemeni d'un conseil conduict par pluralité de voix. .V quoy se joinct qu'avez faiet venir entre vous le prince d'Oranges , que doublons Sa Majesté ne sçaura gouster aucunement, et ce de tant moins (|u'est précédée la démolition de ses ehasieaulx sans son congé, et une infinité d'aultres indignitez que les princes sy grands comme luy sont aecoiistumez de souiïrir mal vollontiers. Par quoy nous nous sommes rcsoluz de luy en faire part, veu que c'est chose que luy importe sy avant. Et ce pendant, comme je vous \oys si peu considérez que, sans avoir aucun respect a\i lieu que tenons sur vous, osez vous démonstrer si mal inclinez que d'intenter contre nous hostilité, comme voyons joiu-nellement, nous nous portons vers le pais de l>uxcmhourg, pour doiz là entendre à nostre gouvernement, suivant la charge qu'en avons, et y atteiulre les ultérieurs commandemens de Sa Majesté. D'où nous obéissant , ferez ce à quoy estes teniiz

I7i HISTOIRES. RELATIONS, MEMOIRES.

t't suivant l'obligation qu'avez à vosirc prince naturel, qui, pour faire le contraire, ne vous a oncques donné la moindre occasion du monde, mais trop bien vous départy grâces sy notables que pour icelles seulies iuy debvriez estre à jamais très-humbles ei obéissans serviteurs et vassaulx. A tant, Messieurs, iVostre-Seigneur soit garde de vous. » Du chasteau de Namur , ce deuxiesme jour d'octobre 1 o77. »

Signé Jeha.n et Bertv.

Se parlant aussy Son .Vltèze le mesnie jour pour Luxembourg, aucuns disent que ce fut par courroux de l'arrivée dndict prince à Bruxelles, et que, pour la divertir, estoit condescendu à ces conditions; aultres, que pour estre desjà les Espaignolz en chemin, et l'envie qu'il avoit de faire guerre audict d'Oranges, ce peu de ehangemens aux articles Iuy servirent de couleur de faire la rompture, dont tantdemaulx en sont survenuz.

Sur quoy les eslalz généraulx escripvirent au roy la lettre qui s'ensuyt :

« Sire, Vostre Majesté aura entendu, par les noslres du vin"" du passé ', le tort que le seigneur don Jehan d'.AusIrice nous a faict, s'estant retiré de nous sans aucune raison ny occasion, après avoir esté à sy grande joye et avec sy grand respect receu de tous. Dont les pais de par deçà se troeuvent en grande confusion, et nous nous voions du tout esloiugnez de l'espoir que nous avions conceu de ferme repos an gouvernement général de ces païs, suivant les traictez acceptez et jurez par Iuy et ratifiez depuis |)ai- \'ostre Majesté : dont le service d'icelle ne pourrat à la longue sinon s'en resentir grandement et le païs, si tost n'y est pourveu. Et par les lettres inlerccptées, tant du seigneur don Jehan que d'Escovedo, dont nous avons envoie copies à Vostre Majesté, afin ([u'elle cogneùt que nous sçavons certainement rintenlion du seigneur don Jehan et la mauvaise volonté ([ue le secrétaire Escovedo porte à ces païs, nous avons veu comme ilz ont informé Vostre Majesté tant appassionnément. De cecy Vostre Majesté peult juger comme ces provinces sont mal contentes et animées, signammenl ayant veu, par aullrcs lettres venant d'Espaigne, qu'on at adjousté foy à samblables advertissemens , contre la sincérité et loiaulté des vassaulx que Vostre Majesté a par deçà, ayans esté rmlez, et en général et en particulier, fort indignement et contre toulle raison. La continuation aussy de samblables façons d'escrire nous doibt asseurer que ce malentendu est pour passer oullre , meismes s'estant retiré ledict seigneur don Jehan vers Luxembourg, à la lin que nous |)ovons comprendre, et de ses dernières lettres, et de ses menées, et des forces esirangères de anchiens ennemis de ces païs et de la maison loiallc de Vostre Majesté qu'il faict assambler de tous eosiez.

' Dans celte Iclire, (|ui a élc publiée plusieurs fois, les états demandaient au roi le remplacement ik- don Juan d'.Aulrichc.

» Pour nous justifier de lout eccy, Sire, nous nous rnpporierons aux négociaiions cl escriptz passez d'une part et d'aullre doiz que le seigneur don Jehan s'est saisy du chasleau de iNaniur, soubs umbrc de quelque cmprinse que on auroil voulu faire sur sa personne, de quoy il n'a faici apparoir aucunement, comme Vostre Majesté pourra entendre particulièrement par ce que nous envoions avec ccsie. Et, comme il a faict publier quelques escriptz contre nous, nous avons aussy esté constraincts, pour nostre honneur, de dresser une justification telle que nous envoions à \'ostre Majesté', pour faire cognoistre à icelle et à tout le monde la vérité, non sur vaines conjectures, mais sur actions de Son Altèzc notoires et prouvées, et lettres dont les originelles ont esté examinées, par-dessus l'assamblée des estats qui sont icy présentement, encoires par aulcuns du conseil d'Estat de ^'ostre Majesté envoiez par Son Altéze vers nous; de plus par les ambassadeurs de l'empereur el subdéléguez des princes de Liège et Juliers. » Certes, Sire, on ne fait pas tort à nous seulz, mais très-grand et indicible à \'ostre Majesté : car, quant à nous , oultre ce qu'il est notoire à tous comme nous avons esté opprimez, nostre souffrance et noz actions, noz protestz et la vérité meismes nous défendront devant tout le monde, et la conduiclc de feu l'empereur Charles \, de saincie mémoire, père de Vostre Majesté, nous justifiera, oultre les signalez services que ces pais ont faict à Vostre Majesté, lesquelz encoires l'ont deschargé à leurs fraix trop excessifz d'une bonne paiiie des gens de guerre que les gouverneurs généraulx espaignolz ont levé pour nous opprimer, avec la grande raison que nous avons de non vouloir estre esclaives des Espaignolz ny de leurs samblables, eslans plus anchiens \assaulx palrimoniaulx de la maison d'Auslrice qu'eulx, qui nous vouldroient traicier connne aullres provinces quilz dient avoir eoncquestées, et meismes encoires comme celles qu'ilz ont peu empiéter. Et sy est-ce que Grenade et aultres royaulmes acquis des Mores par force d'armes, pour estre de leur langue et nation, ilz les laissent user de leurs previléges, loix el immunitez, aussy nous sommes très-contens qu'ilz se gouvernent à leur poste : mais nous supplions très-humblcmenl \ ostre Majesté qu'elle nous consente que nous soions gouvernez suivant noz previléges, droictz, franchises et anchiennes coustumes, comme \ osire Majesté l'a juré et nous avons esté du temps de ses devanciers. Aussy l'empereur susdict aura à jamais gloire immortelle pour avoir peu régir paisiblement tant de diverses nations, avec amour réciprocque, non seul en son endroict, mais de ses ministres; et sy l'on a veu icy quelque malentendu, qu'on se souvienne des coitiunidades d'Espaignc , lesquelles tcndoicnt à ostcr ces roiaulmes-là à l'empereur et à changement de prince, dont il n'y cuit oncques icy penscment contre Vostre Majesté : lesquelles ce prudent enqjcreur appaisa fort bien par ceulx d'Espaignc, sans appcller aultres , entendant assez (|iic eella se faici aiKsy

' Le Discours sotnmier qui est cilc p. 161. note I.

plus paisiblement, justement et pour durer, que où la jalousie et prélensions de nations de diverses humeurs s'y meslent.

B Or il n'y en sçauroit avoir nulles qui fuissent plus différentes que celles des Ëspai- <»nolz et des naiurelz de ces pais. Mcsmes, quant les Espaignoh auroient domination, aussv avant que cela soit, nous voulons bien dire à Vostre Majesté (jue nous y niectrons les vies et nioicns jusques au dernier, et nous aiderons de tous ceidx que nous pourrons avoir, soit au dcdcns ou au dehors des pais, à nostrc très-grand regret si inconvénient en advient, comme nous avons protesté, par noz lettres, contre ledict seigneur don Jehan, et que la coulpe sera sienne de tout ce qu'il pourroit advenir contre la vollonté de Vostre Majesté , comme il i'at en tout ce que s'est J'aict présentement. Car nous voulons maintenir les deux poinctz, tant qu'en nous sera, que nous avons tant de fois aussy protesté, et, contre vérité, nous insimulent ' ceulx qui veullenl persuader le contraire, soit à Vostre Majesté ou aultres : car, sy nous euissioiis eu aullre intention depuis que les estais se sont unys, et mcsmes à ceste heure, considéré le voisinage duquel nous sommes bornez, la diligence des adversaires de nostre saincte foy et religion catliolicquc romaine, que partie de ces pais a esté distraicte de la couronne de France, que aultres dépendent de l'Empire, et pluisieurs se sont volontairement unis aux pais pairimoniaulx des devanciers de Vostre Majesté et faictz quasy de leur nature, avec ce que les Païs-Bas et la conté de Bourgoigne font ung cercle snubz la protection de l'Empire, qu'il y a de sy puissans princes voisins, les uns ennemis hérédilaires de la grandeur de Vostre Majesté, les aultres aussy animez contre les Espaignoiz que nous debvons csire à juste raison, lesquelz sont alliez à ces pais par diverses sociéiez de si longue anchienneié, jà pièça on seroit venu à ces changcmens. Et sy ne les pourroit empescher l'Espaignc, qui est trop loing, eiieoires (prelle le voulût essaier.

» Partant, Sire, nous supjtlions Irès-humbicmcnt Vostre Alajesié que, sans donner plus foy à advcrlissemcns dérogans à nostre loianté et fidélilé, elle eonçoipve de nous l'oppinion (|ue nous méritons, et qu'elle nous donne aussy le moien de maintenir, comme nous avons jusques icy, les susdicts deux poinctz tant qu'en nous at esté; s'asseurant eerlainement (|ue celle-là seule at esté la cause de nostre assamblée, et que nous ne tendons à aultre chose et à nostre juste défence : maintenant le procéder sy hors de propos du seigneur don Jehan l'enqjesche et I'at empeselié merveilleusement. Par ainsy nous supplions de mesme à Vostre Majesté que il luy plaise faire incontinent poser les armes au seigneur don Jehan, et rap|)cller ou licentier l'amas qu'il faicl marcher de louites partz : nous promectant un prince exiraict légitimement du sang d'Austrice pour nous gouverner, et duquel nous soions hors de suspicion qu'il aye à suivre le désir d'aucuns d'Espaigno; |)ar (piy nous puissions aussy cstre asseurez de toutte liratinie

' Insimiilviil, accusenl à loil.

et violence indeiie. El nous promeclons dcrecliief à Vostre Majesté de faire lout extrême debvoir pour conserver ce que lant de fois nous avons promis, et pour appaiser les pais et les meetre en tranquillité et repos, pour plus grand service et bénéfice de Vostre Majesté et pour sa plus grande gloire.

« Sire, prions iVosire-Seigneur la permectre éternelle à Vostre Majesté, et à nous, par le moieii de la clémence de Vostre Majesté, y pouvoir servir, donnant à icelle toutte prospérité, et accroistre ses royaulmes et Estatz, à la confusion des ennemis de noslre foy et pour la paix et repos de ses subjeclz.

• De Bruxelles, le vi"" d'octobre 1577.

» De Vostre Majesté très-himibles et obéissans subjectz et vassaulx, » Les Estats généraulx des Païs-Bas. »

Quant au prince d'Oranges, il fault entendre qu'il avoit un extrême désir de se véoir par deçà, et pour cest efTect avoit faict solliciter, par toutles les voies qu'il trouvoit plus propres, non-seullcment plusieurs seigneurs et gentilshommes, pour faire trouver bon sa venue, mais avoit faict meetre en teste au peuple et à la plupart des gens d'Église, par ses suppostz, que sans sa venue rien de bon ne s'efFcctueroit.

D'aultre costé, les estats , leur semblant qu'ilz ne povoient avoir près d'eulx trop de personnes qualifiées et bien entendues ci expérimentées es affaires polilicques et de guerre, ne se doubtans de ce que depuis s'est manifesté estre en la pensée dudict sieur prince, Irouvarent de lout expédient (après avoir juré entre les mains de l'abbé de S"'-Gertrude, sieur de Champaigney, docteur Leoninus et Lisfîelt, ce quy s'ensuyt *, et signé de sa main), le requérir s'cncbeminer à Bruxelles, n'estimant en rien mesfaire allendroict de Sa Majesté, veu que par la pacification de Gand il estoit remis en tous ses honneurs et estats. Dont tost après icelluy prince vint en Anvers, où l'allarenl trouver, pour le mener à Bruxelles, de la part des estats, les abbez de Villers et Maroilles, séneschal de Haynnau, sieurs de Frezin et de Cappres 2. Auquel lieu de Bruxelles fut receu avec autant d'allégresse du peuple que faire se peult : où estant arrivé, se rompa le traicté signé par ledict seigneur don Jehan et les estats, comme est dict cy-dessus.

Or, don Jehan, se retirant de Namur, comme dit est, y fit entrer le régiment du

' L'instniclion donnée par les états généraux à l'abbé de SainleGerlrude et à leurs autres députés, ainsi que la réponse du prince, sont imprimées dans les Recueils d'ArélOphiles, Lyon, lt)78, in-i*. M. Groen van Prinslerer les a reproduites dans le tome VI, pp. lS5-l6l,de \3 Correspondance inédite de la ynaisnn d'Orange-Nassau. Dor a aussi publié les deux pièces en hollandais.

• Nous avons publié les instructions que les états généraux donnèrent à ces députés, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. IV, p. 21.

178 HISTOIRES, RELATIOîNS, MEMOIRES.

baron de Chevreaulx de dix enseignes de Bourgoignons nouvellement levez, oullre aucunes enseignes de Wallons qui esloient auparavant en ladicte ville, et quelques aultres d'Allemans qui esloient campez en bas du cliasteau joindant la Sambre : pour lesquelles empeseher qu'elles ne ravaigeassent le pais, furent envoyez à une lieue de Namur le viconte de Gand avec quelque cavaillerie, et le sieur de Montigny, avec le sieur de Gongnics, pour faire le mesme avec l'infanterie. En laquelle conjuncture de temps le sieur de Hèze, qui avoit esté envoie devant Breda avec quelques trouppes, réduict la ville par appoinctement au pouvoir des estais, retenant prisonnier le baron de Fronsberger, qui y estoit avec six enseignes siennes, lesquelles furent renvoyées en Allemaigne. Le samblable fit le sieur de Champaigney de la ville de Bois-le-Duc, où y avoit quatlre enseignes d'Allemans.

Or, estans les estais asseurez des forces que don Jehan faisoit venir d'Allemans, Espaignolz. Italiens, François, Lorrains, Bourgoignons et aultres, trouvarent expédient de faire part de leur innocence au roy et à tous les princes chresliens. Sy avisarent, pour ne point esire prévenuz, de faire levée de quelques reytres, de dix-sept enseignes d'Escossois, de quelques Bas-Allemans, avec les vielles eompaignies, mectant en leur place des recreutes, desquelles fut faict chief le conte de Boussu, de quelques gens de pied nouveaux et chevaulx-légers de par deçà, faisant leur général le conte de Lalaing, le vieonle de Gand de la cavaillerie, le sieur de Gongnies mareschal du camp, et le sieur de la Molle général de l'artillerie.

Et d'aullant que la machine des affaires de par deçà ne pbvoit supporter icelles estre régies sans ung chef d'esloffc, aussy que le crédit du prince d'Oranges s'augmenloit de telle sorte vers le peuple que, contre le gré de tous, le vouloicnt avoir pour président du conseil; craindant aussy que, puisfjue le roy avoit licencie don Jehan, il envoyast icy ung gouverneur espaignolisé, fut advisé requérir l'archiduc Mathias, frère de l'empereur, d'emprcndre le gouvernement de ces pais, avec ferme espoir que Sa Majesté le Irouveroit bon, veu qu'estant sy caiholicque, ne povoit faillir de maintenir la religion, ensamble sa dcue obéissance, pour luy estre sy proche.

Ledict seigneur archiduc, ayant accepté l'offre susdietà luy faict, arriva bienlost par deçà : dont se troubla sy fort le prince d'Oranges, pour n'en avoir oy parler jusques alors, qu'il se retira ineonlinent en Anvers, ayant toutlesfois préalablement trouvé moien se faire constituer gouverneur de Brabant, lequel eslat n'avoit néanlmoins jamais esté donne à personne, ains l'estoit de loiiiie anchieimeté le gouverneur général des PaïsBas. La chose se passa de ceste sorte : que, ayant esté mis par main interpusite en teste au peuple (|ue les foulles des .soldalz esiaiis au pais de Brabant ne cesseroicnt s'il n'y avoit un gouvernein- particidier pour les garder, comme esloient (ce disoient-ilz) les aultres provinces, lui |)réscniéc requesle aux estais pour avoir ledict prince. Sur quoy, comme ny le clergé ny la noblesse n'y veuillont consentir, mcsmes que le conte d'Egmont et

sieur de Hèze protestarent ne vouloir obéir à celluy qui seroit de contraire religion à la calholieque, cnlra soudain en la chambre telle multitude de peuple que les estais furent consirainets s'accommoder à son vouloir, à condition, néanimoins, que ce ne seroit que par provision, jusques à ce qu'il y eull gouverneur général; aussy qu'il se régleroit suivant la paciGcalion de Gand, nommément selon le 4'" article d'icelle et la déclairation signée dudicl prince avant sa venue à Bruxelles, en datte du 15'' de septembre , et qu'il ne souffriroit aueim alternai ou scandale cstre faict contre la religion calholieque romaine et repos publicqiie. Sur quoy, le lendemain, ledict prince l'ut intronisé audiet eslat, après en avoir faici le serment suivant la condition.

Or, pour retourner à l'archiduc, furent envolez au-devant de luy le conte d'Egmont et séneschal de Haynnau avec le docteur Leoninus, qui l'amenèrent de Maeslricht à Lierre; et parce (ju'il esloii mis en avant n'estre convenable qu'il vint à Bruxelles avant eslrereceu au gouvernement par les provinces, à quoy il failloit du temps pour lesconvocquer; comme ceulx de Flandres le désiroient à Tenremonde, et qu'aux estais de ladictc province, qui se tenoient lors à Gand, se debvoit trouver bonne partie de ceulx qui avoient esté cause de sa venue, fut exploicté de telle sorte par le prince d'Oranges, pour se vanger des susdicts , que le duc d'.Arschol (lequel ceulx de Flandres, et nommément de Gand, avoient choisy pour gouverneur de la province) fut constitué prisonnier par ung Jehan Van Hembize, aecompaigné de quelque quantité du menu peuple, avec les éves(|ues d'Ippre et de Bruges, le sieur de Mouscron, grand bailly dudicl Gand, le sieur de Swevegbem, gouverneur d'Audenarde, le sieur de Rassenghien et tous ceulx de la noblesse qu'ilz peuircnl avoir, avec aucuns du conseil provincial de Flandres, s'eschappans de leurs mains le prince de Chimay, le sieur de Champaigney, le président de Flandres, avec aucuns aultres.

Sur ce le prince d'Oranges envoia à Bruxelles le sieur d'Ohain, pour faire ses excuses qu'il n'avoil esté autheur d'une sy belle acte, faisant relaxer, quelques mois après, ledict duc tant scullement, après avoir eniendu que le conte de Lalaing se vouloil acheminer avec une partie du camp audicl Gand, pour mectre ledict duc en liberté, luy faisant néanlmoins signer que jamais il ne s'en resenliroit.

Et comme les forces de don Jehan eommençoient à se joindre, mesmes que quatue mille François, que le conte Charles de Mansfell avoit levé pour luy, esloient preslz d'entrer au pais, avec un régiment de Lorrains du sieur de Saini-Belmont, le conte de Lalaing fut envoie vers Namur pour s'opposer à eulx, s'ilz voidoicnt passer la Meuze, faisant l'assamblée de son camp en un villaigc appelle Templou, une lieue de Namur, avec les forces qui s'ensuivent, sçavoir : qualtre compaignies d'hommes d'armes, aultanl d'har(|uebousiers à cheval , de cent chevaiilx ehascune, une cornelte de reyires , dix enseignes du conte d'Egmont, aultanl du sieur de Ltimé, sept du sieur de Hèze, aultant du baron de Montigny et du sieur de Champaigney, huict compaignies vielles soubs

le conte de Boussu, avec six de Bas-.\llemans, dix-sept escossoiscs et trois françoises.

Estant la plusparl des forces de don Jehan arrivées, allil lever le siège qu'avoil devant Riiremonde le conte de Hoilach ; et d'aullant que les forces dndict conte n'estoient basiantes pour résister à l'ennemy, ne le povant secourir le conte de Lalaing, parce que les estats ne voulloienl qu'il quillast le passaige entre Namur et Bruxelles, icelluy conte fut constrainct céder la place et se retirer deçà la rivière : dont craindant que l'ennemy ne s'aitachastà Maesiricht, qui lors n'estoil aucunement fortifiée, et en laquelle n'y avoit aucuns gens de guerre, y fut envoie le sieur de Hèze avec son régiment.

Du coslé des estais, comme un cliascun désiroit avoir l'archiduc pour gouverneur, le prince d'Oranges, qui ne désiroit rien moins , cercha tous les moiens du monde pour faire dilayer son acceptation : mais, voianl ne le povoir faire sans se manifester trop que e'csioit luy qui l'empeschoit, trouva nioien de le tirer de Lierre en Anvers, afin que, l'ayant par -là en son povoir, ne se fit riens allendroict d'icelluy sans son consentement. Par quoy, pour en avoir tant mcillieur marché, fit insérer aulx conditions de son aceeptalioii plusieurs articles servans à ses pourjeciz. Et afin qu'icelluy ne fil rien dont il ne sceùl à parler, luy fit, par ses menées ordinaires, donner un tel nombre de conseillicrs et telz (|u'il trouvoit expédient pour ses intentions, soubs le nom de conseilliers d'Estat, assçavoir le conte de Boussu , abbez de S"-Gertrude et Maroilles, les sieurs de Froimont, Frezin, Willerval, Eslienbecke, S'^-Aldegonde, docteur Leoninus, iMedekercke, Liesfeli et Bèvre; et d'aullant que les estats en vouloient d'aultres, aussy que ceulx qui avoient commission du roy y fuissent contiimez, fit le tout renverser par voye du peuple. Du surplus induict les estais de promectre, par acte, de tenir en leur protection ceulx qiai s'esloient séparez de l'Église romaine (qui sont les motz de l'acte), moieimant qu'ilz se maintinssent suivant la pacification de Gand , comme de mesme il promeetoit, au nom d'eidx, de prendre tous les calholicques, en quelz lieux que ce fût de son povoir, en sa protection et sauvegarde. Mais cela n'estoit que pour endormir les catliolic(iues, comme il apparut soudain à Amstredam, où , nonobstant toutes ces asseurances, le gouverneur de >'oort-nolhinde, appelé Ileullinge ', cuida , par la charge dudiet prince, s'emparer de ladicie ville; et procéda la chose sy avant qu'elle fut gaignée par .'^es gens jusques au Marché: mais les bourgeois firent sy bien leur deb\oir qu'ilz le repoulsarent, avec la mort de plusieurs, ensamble du cliief, ne recevant, pour ce mésuz, dudict prince aultre saiisfaciion, après luy en avoir faict les plaintes, sinon que ceulx qui estoiciU eschappez furent désadvouez.

Ainsy, soubz les conditions suivantes S fut ledict seigneur archiduc accepté et advoué de tous

' Van Mctcrcn le nomme Ifcllini). L'affaire dont il est question ici cnl lieu le 13 novembre 1577. * Voir notre Notice chronohijique el analytique des actes des Etats généraux des Pays-Bas , 1ÎS76- 1585, t. I", p. 296.

Avec ce s'achevit ccsie année, samblant cesie nonvclleté estre un prélude des misères que le prince d'Oranges avec eeulx de la religion réformée causa l'année suivante.

Au eommencemcni de cesle année, l'archiduc Mathias vint avec le prince d'Oranges à Bruxelles, et, le 20' de janvier, flt, sur le Marché, devant tout le peuple et les estats, le serment ensuivant :

• Ego Mathias, Dei gralia archidux Aiistriac, dux Burgundiae, Stiriae, Carinthiae, Carniolae, etc., etc., cornes de Habsburg et Tirolia, etc., régis catholici nomine praefectus, gubernator ac mililiae dux generalis liarum suarum diiionum inferioris Germaniae seu Belgii, promiito ac jure, in fide ac verbo prinripis, super hacc sancta Dei evangclia, vobis , pracsulibus seu praelatis totiipie ordini ccclesiasiico, necnon viiis principibus nobilibusque, denique magistratibus , legalis provinciarum ac civilatum (qui ordines universales dictarum regionum constiiuunt ac referunt), reiiquis eliam ordinibus seu nicmbris oppidorum, arcium, villarum, castcllencarum ac communitatum earumque incolis, univcrsis ac singulis, qiiod (juanidiu pênes me dicta praefeclura ac gubernatio harum diiionum erit, exacte et adamussim observabo, et obscrvari quantum in me erit curabo, omuia ae singula privilégia, consuc(udines,jura ac immunitales dictarum onmium provinciarum, oppidorum, arcium, villarum, castellenearum ac communitatum Belgii, tam parliculares quam universales, praclerea omnia ea quae in scripto mihi exhibilo ac per me approbato et manu mea, Aniwerpiae, die 17° mensis decembris ullimo elapsi, subsignato mihiiiue nunc denuo in latinam linguam translalo, praelecto ac pcr me subsignato, coniiiientur, nec aliqua ratione aut praetextu contravcnturum directe aut indirecte, omni denique posthabita exceptione vcl excusatione, quibus reimnlio omni mcliori ac efficaiiori quo possum modo, ac taniquam omnes illae exceptiones sigillatini hic forent enumeralae, ex|)ressae et insertac. lia me Deus adjuvet et omnes sancti cjus. »

Le prince d'Oranges, ayant esté fait son lieutenant général par les mesmes menées qu'il parvint au gouvernement de Brabant, encoires que soubs le bon plaisir de tous les estats en particulier, fil ncantmoins au mesme lieu le serment ensuivant :

« Ego Guillelmus, princeps Auraniae, cornes a Nassau, Catzenellebogen, etc., régis catholici nomine praefectus ac gubernator Brabanliae, llollandiac,Zeelandiaeac ditionis Trajectensis , promitto ac juro, in fide ac verbo principis, ut locum tcnens ac vices gerens serenissimi principis Matthiae archiducis Ausiriae, tamquam régis catholici no-

mine praefecii, gubernatoris ac mililiae ducis generalis haruni siiaruin dilioiium iiiferioris Germaniae seu Belgii, vobis, praesulibus seu praelatis totique ordiiii ecclesiastieo, necnon viris principibus nobilibusque, deniquc magistratibus, legatis provinciarum ac civitatuni (qui ordines univeisales dictaium regionuni constituiiiu ac refeiuiit), reliquis ctiam ordinibus seu membris oppidoriim, arciiim , viilarum, castellencarum ac commiinilatum earumque incolis, universis ac singulis, quod qiiamdiu praedicto iocum- Icncniis fungar niuncre, exacte et adaniussini observabo, et observari quantum in me erilcurabo, omnia et singula privilégia, consuctudines, jura ac inimunilates dielarum omnium provinciarum, oppidorum, arcium, viilarum, castcllenearum ac communitatum Belgii, tam particulares quam universales, praeterea onmia ea quae in scripto mibi exhibito nunc palam lecio et per ipsum archiducem approbato, subscripto ac jurato continenlur, nec aliqua ratione aut praetextu conlraventurum directe aul indirecte, onuii denique postliabila exceplionc vel excusalione, quibus renuntio omni mclioii et ellicatiori quo possum modo, ac tamque omnes illae excepliones sigillatim hic forent cnumeratae, expressae cl inserlae. lia me Deus adjuvet. »

Ceulx dudict camp, après le partement du conte de Lalaing, duquel il s'estoit retiré, pourestre sa charge expirée par l'acceptation de l'archiduc au mesnie estât, esloient allé loger 5 Ilémyne. Voians l'incommodilé du lieu, pour estre en une plaine, et qu'ilz n'avoient guères plus de cinq cents chevaulx où, au contraire , don Jehan en avoit jusques à trois mille; entcndans que ledict don Jehan, aiant ravictuaillé Ruremonde et ravagé le pais de Lembourg, retournoit vers Namur, d'aultant que les estais ne vouloient que ledict camp s'eslongeàt d'entre Namur et Bruxelles, délibérarent de se retirer à Gembloux et s'y fortifier, ayant la ville à dos : mais , pour ce faire, parce qu'ilz avoienl grandissime faulle de chariotz, furent constraincts par plusieurs jours fil à fil envoler tant leurs malades que munitions andicl Gembloux, avec le peu de chariotz qu'ilz avoienl, allans et venans. De quoy don Jehan adverty,et que le lendemain le camp debvoit déplacer, fit toutte la nuict entrer sa cavaillerie à iNamur. Le lendemain, de bon matin, comme le camp deslogcoit, se vint avec ladicte cavaillerie présenter à sa veue comme l'arricre-garde commençoità marcher: mais, comme l'on avoit faict cheminer l'artillerie en 1 avant-garde, et, ne vcuillans les chiefz riens bazarder, faisoienl tousjours avancer leurs trouppes , ne faisant teste à l'cnncmy qu'avec la cavaillerie, comme se vint à passer un cavain, où l'on ne laissa (]ue quelques enlîans perduz de l'arrièrc-garde que mcnoit le S' de, Fornye, avec (|uelques mosquetticrs de renfort pour les souslenir, connue ce vint à descendre, la cavaillerie des estats, estimant estre abandonnée de l'infanlerie, qu'elle ne povoit véoir, pour estre au cavain, voyant celle des Espaignolz l'approcher, prinl la fuite, de sorte qu'estant roidement poursuivie, roiiqiit une partie de son infanterie, je dis l'arriére-garde : ce qu'achevant leurs pour-

suivans, miront de mcsme la batlaille en routte, ce qui fiil facile, parce que jamais ne fut rangée en bailaillon , ains marchoit au grand pas pour gaigner Gembioux. IVéantmoins le baron de Montigny (qui seul estoit des eolonnelz au camp, et celluy des Escossois, appelle Balfour) ralliai une bonne partie et quelque cavallerie es jardins d'autour Gembioux, où l'avanl-garde avec l'ariilleric estoit jà arrivée : mais, se incctant le feu en rammonilion que l'on disiribuoit aux soldatz, une telle fraieur se mil entre eulx du son que la poudre fit, que chascun s'cscarçat (s/c)où il po\oit. Sur quoy poursuivant l'Espaignol sa poincte, fut mis au fil de l'espée tout ce qui s'y trouva. Les sieurs de Bailloel et d'Evre.qui esioient du conseil de guerre, se relirarenl dedans Gembioux avec environ quinze cents hommes el l'artillerie. Le sieur de Gongnies, mareschal du camp, fut prins en changeant de cheval. Les deux eolonnelz susdicts et tous les aullres chiefz, je dis les capitaines mesmes, eschapparent, n'y en demouranl que deux tuez el environ deux mil soldatz plus ou moins.

La nuict ensuivante fui la ville serrée; el comme ceulx de dedens n'aitendoieni nul secours, se rendirent à don Jehan, à condition que les chiefz seroienl piisonniers, les soldatz qui vouidroieni demourer avec luy seroienl receuzen service el les aullres ii-oient où il leur plairoii , lesquelz se relirarenl à Bruxelles avec le surplus d'eschappez, saulf les rcgimens du sieur de Champaigney et sieur de Monligny, qui furent mis à Hal et es environs de Grandmont, pour se ramasser.

Un jour avant icelle roulte arriva à Bruxelles le S' de Selles avec les lettres du roy suivantes '

Mais, comme les estais ne povoienl rien résouldre sans sçavoir rinteniion de don Jehan, fut icelluy S'' de Selles envoie vers Son Altèze; et le trouvant haultain pour la victoire, les çslats , de l'aultre coslé, pour ne monstrcr que ceste perte leur eausoii faire chose contrevenanl à l'union, d'auliant que, par la charge qu'avoil ledict S' de Selles, Sa Majesté donnoit à cognoistre ne vouloir entretenir la pacification de Gand , ne s'ensuivit aucun fruici de sa venue.

Après la roulte susdietc, don Jehan envoia le sieur de Ilierges avec le conte Charles de ÎMansfeIt pour avec ses trouppes françoiscs et aucuns Allemans assiéger Bouvignes,

' Ces jcltrcs np sont pas d,Tns le manuscrit : le copiste a laissé deux feuillets en blanc pour les y transcrire.

Philippe II écrivait, de Madrid, le 18 décembre 1.'577, aux étals généraux, qu"il leur envoyait le baron de Selles, lieutenant de sa garde des archers, pour leur déclarer qu'il ne réclamail d eux que le raainlien de la religion catholique cl l'obéissance qu'ils lui devaient, comme du temps de l'empereur son père; qu'il ne prétendait pas autre chose, que, s'ils accomplissaient ces deux points, tout le passé serait oublié. Celte lettre et l'iiislruclion donnée par le roi au seigneur de Selles sont imprimées dans la Responcc véritable aux Icllres pateulrs el persuasions abusives de don Juan d'Auslrice, etc., Anvers, Plantln; 1878, in-i«.

où il y avoit trois enseignes de Wallons dedans, du régiment du sieur de Cappres, lesquelles, ayant quelques jours soustenu la batterie, estans despourveuî. de secours, rendirent la place, sortans avec espée et daggue et ce qu'ilz povoient porter.

Don Jehan cependant avec son can)p lira vers Louvain, laquelle ville se rendit à luy; de là print Arschot et Zichem par assault. Ceulx de Diest , ayans fait sortir leur garnison, se rendirent à luy. Le capitaine qui cstoit dedens Leeuwe sortit avec sa cotnpaignie, après qu'ilz eurent fait serment ne servir contre ledict don Jehan. La ville de Thillemont, n'y aiant personne dedens, facilement luy vint entre les mains, comme anssy Jodoigne et Landcn.

Ayant prins les villes susdictes, s'en vint à Nivelles, en laquelle le sieur de Vilers, que le conte de Lalaing y avoit envoie à l'instance des estais avec cincq enseignes de gens de pied et deux de harquebousiers, soustint deux asssultz : néanimoins à la fin rendit la place au mcsme appoinctement qiiasy que ceulx de Bouvignes. De là s'en vint en Haynnau, lequel pais il trouva tout desponrveu de gens de guerre, n'y estant pour lors que trois enseignes du régiment du sieur de Montigny que le conte de Lalaing avoit mis aux faulbourgs de Mons, pour les nieclre dedens la ville en cas de besoing.

Parlant toutles les pelittes villes vindrent en son povoir, si comme le Roeulx, Braine, Songnies, Binch, Maubeuge et Beaumont, avec tous les chasteaulx estans sur la rivière de Sambre, excepté Aimerics et^Berlaymont.

Don Jehan s'arresta quelque temps à Binch, n'oubliant rien pour, par intelligence, s'emparer de la ville de iMons, après qu'il l'eut fait sommer par une trompette et quelquefois faict recongnoistre : mais la volonté des bourgeois fut telle, nonobstant qu'il n'y avnit garnison, qu'avec la diligence du conte de Lalaing, qui cstoit dedens , ses desseings allirent en fumée. Durant son séjour audict Binch , ayant envoie une bonne partie de sa cavaillerie avec artillerie et bon nombre de gens de pied pour serrer le chasieau de Havreeh, ceulx de dedens se rendirent.

Cependant n'y avoil (piasy ville au Pais-Bas qui ne se fortifiast en toutte diligence, sans rien espargncr. Auquel temps le conte de Boussu, qui avoit esté créé général de l'armée des estais, vint, à la très-inslante poiu'suile du conle de Lalaing, avec le plus de forces qu'il peult (laissant néantmoins la ville de Bruxelles, pour limporlance d'icclle, fort bien fiirnie), entre Mous et Sainl-Gislain, pour aucunement coniregarder le Haynnau : mais, après avoir asseuré la ville de Mons et répariy quelque cavaillerie es villes d'Avesnes, Landrechies et Qiiesnoy, oullre le régiment du baron de Monligny que ledict conte de Lalaing avoit mis, à la mesmc conjoinclure, tant es dictes places qu'aulires qu'il trouva convenir, s'en retourna en Brabant, meetant en Enghien le régiment du conte d'Egmont, que l'on avoit osté au S' de Chami)aigiiey, afin que le pi inec d'Oranges en disposât niieulx h sa vollonlé, veu la jeunesse dudict conte. De Binch don Jehan se jetla sur Chimay , où y avoit deux enseignes : néantmoins , c .nime

l'une se rendit audicl don Jehnn , l'aullre avec le gouverneur furent constraincts faire place à fortune, se relirans en Avesnes et taissans la ville avec le chasteaii audicl don Jehan.

Or, comme Philippeville avoit, passé bonne espace de temps auparavant, esté serrée par la reste de l'armée de don Jehan , et qu'en ladicte place y avoit grande faulte de grains, et ce par la coulpe du S' de Florines, gouverneur dicelle, qui avoit tousjours donné à cognoistre en avoir souffissamnient pour un an, par si belle occasion que la séparation dudicl camp, le conte de Lalaing (comme estant iccUe place soubz son gouvernement) fil tout son extrême debvoir que les forces luy fussent envoyées pour la ravictuaillier : ce que non-seullement se povoii faire avec peu de hazart , mais aussy mectre en routte une partie de ce qui estoil devant ou, pour mieuix dire, autour d'icelle place; néantmoins n'y sceut parvenir, alléguant le conte de Boussu (qui avoit les forces à la main ) qu'il ne le povoit faire sans le consentement du prince d'Oranges ; luy, qu il ne failloil de bazarder si peu de gens que les estats avoient pour lors. Qui fut cause (|u'après que le baron de Montigny eut tasché, avec le peu de forces qu'il avoit, la ravictuaillier, à quoy touttesfois ne sce.it parvenir, ceulx de dedens, ayant tenu quelque temps oultre le terme à eulx préfigé par rarchidue de les secourir, furent constraincts quicter la place, sortans avec leurs armes et bagues. Le gouverneur et le sieur d'Avron, capitaine d'une vielle eompaignie, les(|uelz auparavant s'entendoient avec don Jehan, cl pour ceste cause avoient esté détenuz prisonniei's par les aultres capitaines, dcmoularent au sortir avec ledict don Jehan.

En ces enlrefaictz, comme l'hiver passé s'estoient faiclz plusieurs envois de lettres du duc d'.Anjou et des estats généraulx pour entrer en un final Iraiclé de recevoir aide et secours dudict duc, fut, de la part desdicts estais, délégué vers France le sieur de Frezin pour commencer ledict traiclé; néantmoins ne passit oultre la ville de Mons, parce que ledict seigneur duc mandil, en la mesme conjuncture, qu'il envoioit ses ambassadeurs soufissamment aucthorisez pour le tout conclure, qui furent les sieurs de la Hochepot et des Pruneaulx, qui airivarent à Mons au mois d'apvril. Le lieu pour iraicler avec eulx fut advisé par lesdicls estais généraulx la ville de S'-Gislain; les personnes furent le conte de Lalaing, le S"^ de Frezin, le conseillier Liesvelt et le pensionnaire de Douay appelle de Lélys : néantmoins, comme l'on ne se sceut accorder, pour n'estre ceulx de la part des estats souflissammcnl aucthorisez, pour tant plus losl achever, fuient r('(|uis les ambassadeurs dudict seigneur duc se transportera Bruxelles, où vint le prince d'Oranges pour traicler avec eulx.

Au mesme temps ledict seigneur duc, pour monslrer sa bonne vollonlc vers le Pais- Bas (comme il disoit), envoya six enseignes ' de gens de pied soubs le sieur de Combel ;

' N'y a-t-il pas là une faute de copiste ? et ne faut-il pas lire seize enseignes au lieu de six ? Dans une

f( comme elles étoient fort mal seures aux villaigcs, pour cstre l'EspaignoI maistre de la eampaigne, les ambassadeurs insistarent fort vers le conte de Lalaing d'avoir quel- ([ue ville pour leur retraicte. Néantmoins, comme cela iuy sambloit de conséquence, en avant cscript, avec le sieur de Frezin et le conscillier Liesvelt, aux estats généraulx Iuy mandarent, le v" de may, qu'il print Icsdicts François en sa protection, mectant irois compaignies d'iceulx au Quesnoy, afin qu'icelle ville servisse aulx aultres de seure reiraiele, en cas qu'ilz fussent pressez, en prennant serment et promesse desdicts ambassadeurs que, sy ladicte négociation ne sorloit son effect, les relireroientsans aucune difficulté, ^'éantmoins, comme il sambloit audict conte de conséquence mcctre es villes de son gouvernement gens qui n'avoient serment aux estats , ne les voulut introduire en aucune ville sans l'exprès consentement des estais de Haynnau, pour n'encourir en aucun blasme sy icelles trouppes se fussent aultrement comportées (|u'elles debvoienl. Pau quoy furent réparties, par l'ordonnance desdicts estats de Haynnau, une au Quesnoy et une à Landrechies, je dis en la basse ville; la reste fut mise à Berlaymont et aultres lieux. Audict Berlaymont les viendrent attaquer les Espaignolz avec quelques Walons de leur party, estans en bien grand nombre tant à jùed qu'à clieval: mais furent sy bien recens (nonobstant que, pour le grand nombre des assaillans et la pétille quantité des défendans, iceulx furent consirainels quicler le villaige et se retirer au chasieau), qu'il en demoura bien grand nombre sur la place.

Quant est de l'effect du traiclé avec les ambassadeurs du duc d'Anjou, ilz demourarcnt d'accord, reslani seullemcnt la difficulté telle : que les estais vouloient, estant l'armée du duc d'Anjou joincte avec celle des estats, y seroil commandé, tant par ledict seigneur, y estant en personne, que le conle de Boussii, représentant les eslalz et général «le leur armée, conjoinclcmenl; et n'y estant ledict seigneur duc, commanderoit seul ledict conle de Boussu, et au conseil de guerre y seroienl appeliez deux à trois des siens avec cculx que ledict conle y convocqueroit. Sur quoy lesdicts ambassadeurs, n'y veuillans consentir, comme chose (à leur dire) trop préjudiciable à la qualité de leur maislre (|ue d'avoir un conte de Boussu pour compaignon, se relirarcnl à Mons, actendans sa responce: néantmoins, comme en icelle conjuncture les estais de Haynnau s'assambloient audict iMons, et que le secours dudict seigneur duc estoit tant nécessaire à leur province, pour le peu de secours et coinme nulle assislence qu'elle avoit de touttes les aultres, ravageant l'EspaignoI par tout le païs librement, cnvoiarent en Anvers les S" d'Angre Il de la Haye; aussy vers ledict due d'Anjou le S' de Rincliart, pour requérir de ne

leltri' qui' le duc d'Arfcliol écrivit de Mons, le 24 juillet 1578, aux ctaU généraux , il leur disait que le "lue «l'Anjou avait fait cncliemincr vers cette ville quinze à seize compagnies de gens de pied. Voy. notre Ndlicc rlnonotagique et analytique des actes des États généraux des Pays-Bas , 1576-1585 , t. I , p. Mi.

rompre pour ce seul poincl une oeuvre si bien eneommcncée et tant utiile pour les deux parties. Sur quoy ledicl seigneur due respondit, et aux estais gcnéraulx pareillement, par le couricr quilz luy envoiarent avec la dépesclie du traiclé, que, suivant la bonne vollonté qu'il portoit au Pais-Bas, il y faisoii acheminer ses forces, et touchant la dillicullé, qu'elle se vuideroit bicntost par sa présence, qu'il cspéroit estre de brief, se mectanl en chemin pour ecst effect. Sur quoy ayant faict dire au conie de Lalaing et à aucuns abbez de llaynnau que, moiennant leurs promesses que sa personne seroit asseurée à Mons, il s'y iransporteroit avec liuict chevaulx tant seullcment, après qu'il luy fut envoie une simple lettre signée du conte de Lalaing, abbcz de Ilasnon, Crespin et Cambron, des capitaines de la garnison d'icellc ville et d'aulcuns principaulx bourgeois, contenant que, s'il plaisoit à Son Altèze venir à Mons accompaignée de huict ou dix chevaulx tant seullement, il y seroit avec pareille sceureté que eidx-mesmes, sans aultre promesse, obligation ou asseurancc davantaige, de là à peu de jours se vint rendre avec huici chevaulx audict Mons '. Dont les estats généraulx adverlis, envoiarent le duc d'Arschol et le baron de Baussigny congratuler sa venue, luy requérant aussy de vouloir bientosi envoler ses ambassadeurs vers eulx, pour achever le traiclé interrompu susdicl, cl que ce pendant ledicl duc d'Arschol luy liendroit compaignie.

Don Jehan , de l'aultre costé, ayant prins Philippeville, envoioit le prince de Parme avec une partie de ses forces oultre la Meuze, laissant Oclavio de Gonzaga avec l'aultre en Haynnau; lequel se vint camper à Escaussines. Luy cependant demoura à Namur.

Ledicl prince de Parme, en icelluy voiaige, ayant failly à ce qu'il pensoit attenter sur Maeslricht, print le ehasteau et ville de Lembourg, avec Valckenbourg, par composition, et celle de Dallen '^ d'assault. En Haynnau le duc d'Anjou reprint, avec le peu de forces qu'il avoit encoires, le ehasteau de Ilavrech, nonobstant que les ennemis y vindrenl pour le secourir avec fort bonne trouppe de gens, tant de cheval que de pied, mais ) furent sy bien receus qu'ilz retournarent sans rien faire, ayant perdu plusieurs des leurs. Par le moien dudict seigneur due se recouvrarent les villes de Songnies, du Roeulx, de Maubeuge, de Braine-lc-Conle et tous les chasteaulx occupez de l'Espaignol jusques à la Buissière.

Cependant le camp des estais sa ramassa à Ueymenant, villaigc à imc lieue de Malines, où don Jehan le vint atlacquer avec loultes ses forces, en intention de foncer le trenché et mectre ladicte armée par vive force en déconfiture: mais, nonobstant tout son effort, luy fut sy bien résisté qu'il fui constrainct se retirer avec perte bien

' Le 12 juillet 1578. Dans une lettre de cette date écrite aux états généraux, le comte de Lalaing les informait que le duc était arrivé à Mons « avec di.x ou douze chevaux ". Voy. notre Notice chronologique et analytique , etc., t. I, p. Ô9i.

' Daclbem.

signalée des siens. Après ceste retraicie, le viconte de Gand fut envoyé par le conte de Boussu pour s'emparer de la ville d'Aerschot : en quoy s'acquicla sy bien qu'il força la ville, ayant mis en pièces ce qui estoil de garnison. Sy arriva, quelque temps après, au camp des estais le duc Casimir de Bavière, estant soldoyé par eulx, avec trois raille Allemans, quatre mille François et six mille chevaulx reytres.

Or, parce que, luy arrivé, ceulx de la religion de Calvin conimençarent à lever leurs cornes (oui évidammeni , ce qui a causé tant de disréputation aux estais des Pais-Bas de n'y avoir remédié en temps et en lieu , veu que par loulles celles qu'ilz ont escript à lous potenlaiz de la ehrestienneté , et en l'union qu'ilz onl fait par ensamble, avoient tousjours protesté de maintenir la religion calliolicquc inviolablemenl, suivant la pacification de Gand, il m'a samblé du tout expédient faire un brief récit comme le tout s'est passé, et par quel moien le prince d'Oranges les a fait tomber en ce désastre.

Il fault doncques entendre qu'après la routie du camp de Gembioux, le prince d'Oranges, voiani la porte ouverte de se défaire des Wallons, lesquelz, estans calholicqucs, servoient d'obstacle que ses desseins ne povoieul sy bien succéder qu'il les avoit basty, s'estant faicl, comme dit est, proclamer lieutenant général de l'arcbiduc Mathias, avec aucthoiiié et povoir de disposer à sa poste des affaires de guerre, mit lesdicts Wallons en telle disréputalion avec l'occasion de ceste route, que l'on feit retourner en leurs maisons les vielles compaignies, laissant aussy vaguer par le pais, sans leur donner armes ny argent, les régimens du baron deMonligny, conte d'Egmont, sieurs de Cbampaigney cl d'Alennes, qui avoit esté au sieur de Cappres; estimant par ceste voie qu'ilz se déferoient d'eiilx-mesmes. iN'éantmoins, par l'extrême sollicitude dudict de Montigny et que nécessairement il failloit pourvéoir les villes de Haynnau (èsquelles le conte de Lalaing , gouverneur de la province, avoit mandé à l'arcbiduc qu'il n'y laisseroit entrer nul soldat de contraire religion à la calholicque), les régimens susdicls fiirenl remis sus et envolez en Haynnau, non toutlesfois sans que fussent introduictes à Alli cinq compaignies hollandoises par le moien d'aucuns séditieux d'icelle ville; et ipiatit à cclluy du S' de Héze, estant à Maesiricbt, le prince d'Oranges trouva moien le faire mutiner, à celle (in d'avoir occasion de le casser et tirer bois, pour y mectre de ceulx à qui il se fioil. Le surplus de l'armée se fit de ceulx de la religion nouvelle, si comme de François, Anglois, Escossois, Allemans, Hollaiidois et aultres samblables du pais, excepte les bommes d'armes et cbevaulx-légers. Quant à la police, l'on renouvella partout les magistratz des villes, y constituant gens de la nouvelle religion, du moins la plusparl, et ce soubs le manteau d'estre bons patriolz ; et afin d'avoir meillieur moien de deschasser les gens d'Eglise sans scandale hors des villes, on leur fit faire tel serment que l'on s'asseuroit (|ue nul ecclésiaslic(|uc le fcroit : dont les jésuisîes et la pluspart des religieux sortarent d'icelles, saulf en Artbois et Haynnau, où il ne fut jinblié. Soubs ceste couleur , ceulx de Gand feirent sortir les ordres niendians de leur

ville et, non contensdc ce, firent bientost après le inesme de la reste des gens d'Église, et, levons gens avec l'assistance que leur fut envoie de Hollande par le prince d'Oranges, surprindrent en un mesnie temps les villes de Bruges, Ippre, Courtray et poriz de la mer de Flandres, y meetant garnison à leur poste et gouverneurs. Audenarde après la receut aussy deulx par charge de la court, y ayant loingtemps contredit. Tenremonde dois loingtemps estoit à leur dévotion par le moien du sieur de Rihove,qui en estoit gouverneur; icelluy est l'un de eeulx qui assista à la prinse des sieurs susnommez à Gand. En la ville d'Amstrcledam, la première de Hollande, gouvernement du prince d'Oranges, du tout contre la pacification de Gand, la religion calholicque y fut entièrement extirpée ; le mesme fut à Tergous par le moien de certains soldatz qu'il y fit entrer aceousirez en mariniers, (jui prindrent le magistrat et les plus notables prisonniers, brisant quant et quant les images. A Haerleni l'on y fil samblablement introduire le calvinisme, nonobstant (pie ledict prince fil samblani d'y remédier, mais tellement qu'il estoit clairement à juger qu'à telles plaies il donnoil des remèdes Icsquelz nonscullenient ne quicloicnl le mal, ains l'augmeiitoient. Le mesme se fit à Zierickzée, Ter TboMe et tous aullres lieux de Zéelande qui esloient calliolicques.

Ce voyant les estais, et se faschans du peu d'ordre que Tarchiduc, prince d'Oranges et conseil d'EsIat y donnoieni, députarenl vers eulx l'abbé de Sainte-Gertrude, sieur de Beaurepert et aultres, pour leur remonstrer bien et aeertes tout ce qu'ilz avoient trouvé expédient pour le redressement des faultes commises par les calvinistes et chastoy de sy grandes audaces, suivant la pacification, imion et leur serment : sur quoy fut mis en avant ausdiels dépuiez l'assamblée des estais généraulx comme un remède souverain. iMais, comme la plus saine partie des estais ne trouvaient ceste voie aucunement convenable (tant pour derroguer à ladiclc pacification que pour le changement susdict des magisiralz, par lecpiel les mauvais touchant le faict de la religion par- \icndroient à leur but par pluralité de voix), ceste fois cela fut rejecté : touttesfois, comme cependant les désordres s'augmenloient de |)Ius en plus en Flandres, n'eslans les Gantois contens d'avoir mis garnison es villes siisdicies, ains en déchassoient les catholicques en loutte furie, nonobslant les remonsirances que faisoient les bons qui festoient cncoies en oflices publicques, et mesmes les députez des trois membres de Flandres, néantmoins ne sceurent obtenir aultre chose fort que l'on estoit empesché à trouver un ordre général pour les didieullez suscitées à cause île la religion, et cependant que la pacification de Gand fût observée. Sur quoy furent envolez à Gand le marquis de Berghcs eiconseillier Medekercke, sans touttesfois rien faire.

Le 22°"' de juin fut par quattre personnes de pelitlo qualité (dont l'un estoit banqueroutticr) présenté la requeste qtii s'ensuyt :

« A Son Altéze et Messeigneufis dl Conseil d'ëstat.

» Remonslreiit en toule humilité et révérence les habilans des Pais-Bas proteslans vouloir vivre selon la réforniation de l'Evangile, que, depuis cinquante ans en çà et j)lus, aucuns dudict pais auroient esté séparez de la religion communément tenue en l'Église romaine, pour plusieurs raisons cognues à tout le monde, (anl par livres publiez que par les confessions de plusieurs qui ont rendu raison de ladicte séparation jusqucs à la mort. Et combien qu'on ait curieusement recerché tous les moyens possibles de les extirper, si est-ce que tant plus ilz ont esté tuez et persécutez, tant plus est accreu le nombre, en telle sorte que, mesmes au temps du duc d'Alve (lequel, tout ainsi qu'il a surpassé les plus sanguinaires tyrans en toute sorte de cruauté, ainsi s'est surmonté soy-niesme en ce faict, ayant i'aict mourir de xvui à xix mil persoimes par les mains du bourreau, et ayant chassé hors du pais un nombre infini de gens de bien et amateurs de la commune patrie), et depuis encores, nonobstant ce qui a esté practiqué par don Loys de Requesens, tant s'en fault qu'on ait advaiicé aulcune chose au desseing quiiz avoyent projette à la ruine desdicts protestans, qu'au contraire plus ouvertement que jamais ilz se sont déclairez, jusques à se retirer de l'obéissance et subjection du pape en quelques provinces entières, et beaucoup plus grand nombre (juittans leur pais et lieu de leur nativité, aymans trop mieux souffrir toute extrémité, allans volontairement en exil hors d'un pais tant aynié de ceux mesmes qui en sont estrangers, et souffrir avecq joye la perte de leurs biens, que de s'assubjeclir à ladicte religion romaine. Or des déportemens du duc d'Alve et autres samblables sont ensuivies de grandes et très-périlleuses guerres pour tout le Païs-Bas, le tracfliq beaucoup diminué, et les manufactures transportées et communicquées aux nations cstrangères, èsquelles choses toutesfois consistoit le principal bien dudict pais.

» Mais, comme le but et intention du conseil d'Espaignc, depuis la conjunclion de ces pais avec icelle, a tousjours esté d'assubjectir entièrement ces provinces à l'Espaignol, comme, partout où ilz ont mis le pied, essayent de reiidi-e les subjeetz leurs esclaves et tributaires, et (]ue la pluspart d'entre eulx, soubs couleiu' de mereèdes et récompenses, avoyent desjà dévoré en leur cœur les biens et possessions des habitans de ces pais, l'occasion de persécuter lesdicls proteslans soubz umbre de dévotion leur a samblé estre un propre moyen pour parvenir à leur misérable desseing de mettre tout en leur puissance, après avoir ruiné l'tmc des parties et si grande, mesmes avecq louange et recommandation envers plusieurs de pitié et zèle à la religion et service de Dieu. Ainsi Vostre Allèze et Messeigneurs seavcnl comment le seigneur don Jehan, ne se fourvoyant" aucunement du chemin tracé par h'sdicis lilsjjaignolz, a essayé par ruses et eautèles assubjectir ces païs à eeste misérable condition de servitude à quoy le due d'Alve n'avoit peu parvenir par la voye de sa cruauté, et comment, par la volonté de Dieu, ce

que plusieurs, cl noiiiniément lesdicls proleslans, avoient bien préveu , a esté descouveri cl rendu manifeste à un chascun. A quoy au conimenccmenl auroit esté unanimement résisté par tous bons patriois et amateurs de la républieque, sans distinction de reb'gion, jusques à ce que ledict don Jehan, par placcart, lettres, escripts cl gens subornez estans entre nous, nommément par les jéiuisies et autres samblables, a faict couler au milieu de nous un subject qui Iiiy a samblé propre pour y engendrer et entretenir une division mortelle, semant des soupçons et deffiances mutuelles, à raison de la diversité de religion : subject doncques très-propre pour baslir cou vertement une désunion et distraction entière des provinces. Car, d'une part, il souflloii perpéluellemeni aux oreilles des prclalz cl autres ecclésiasticques, et généralement de ceulx qui font profession de l'Église romaine, que lesdicts proleslans n'avoyenl aullre intention sinon qu'à la première commodité, de ravir leurs biens et mettre embûche à leurs vies, que pour leur défense seulement il estoit armé , et qu'il les vouloit garantir de lelz et samblables dangers èsquelz ilz alloycnt se précipiter sinon qu'ils prinssent ouvertement son party, comme, au contraire, il voyoit assez que lesdicts prolestan« ne failliroient à présumer, puisqu'on ne pailoit de leur accorder l'exercice de leur religion, qu'on ne se proposoit aultre chose sinon, à la première occasion, de les assubjectir derechief aux feux, tellement que de la victoire sur le commun ennemy ilz ne pourroyent espérer autre fruit, après avoir fidèlement employé leurs vies et leurs biens et tout ce que Dieu leur auroit mis en main pour la très-juste défense du paîs et pour déchasser l'ennemy conjuré de la patrie, sinon un nouveau commencement de malheurs : qui pourroil causer que lesdicts proleslans (jugtans n'estre pas plus asseurez de leurs compalriots, avecq lesquelz ils portoient en commun les labeurs de la guerre, que de l'cimemy) prendroyent parly à part, regar- (lans de bonne heure à leur scureté, puisqu'enfin ilz ne voyoient autre remède de se garantir.

• El combien que lelz pernicieux desseings n'ayent pas du tout réussi selon quilz avoycnl esté projetiez, ce qu'il fault attribuer à la providence de Dieu, qui a veillé sur ce pals, et à la vigilance et sollicitude de nos bons supérieurs et autres bons palriots, tant y a quilz n'ont laissé d'avoir des effcctz très-dangereux : car, au lieu que nous debvions tous estre bien unis pour maintenir nosire liberté et conserver nos prcviléges contre la tyrannie des estrangers, au contraire, de cesie mauldicle semence sont issus des fruicis de refroidissemen? de volonlez en plusieurs, aliénations et distractions de courages, diverses practiqucs, secrètes assaniblécs et intelligences avecq l'ennemy; et généralement aulcuiis, faussans leur foy,luy ont ouvertement adhéré; les autres, estans assaillis et faisant du commencement quelque contenance de se défendre, se sont laissez emporter par lesdictes persuasions : qui est le fruiel principal que don Jehan a tousjours espéré pouvoir recueillir de ses cauteleux artifices et dissimulations. El de faici il est impossible que les courages et volonlez se puissent bien unir et assambler comme

en un corps, où, les uns cl les aulires estans préoccupez de soupçons, estime chascun avoir pour compaignon celny, ou qui est son ennemy déclare, ou qui couve une inimitié secrète, laquelle en temps et lieu il doibt descouvrir, à la ruine des biens et de la vie de son compagnon; il n'y a nulle confiance, ains une perpétuelle defïîance couverte, qui (•nE;endre ime haine et imprime au cœur toutes autres sortes de passions véhémentes. Et combien qu'aucuns mal expérimentez en maniement de l'Estat et gouvernement d'affaires, comme mauvais chirurgiens qui ne sondent le fond de la playe, ains se conlenlenl de curer la superficie du membre affecté, ainsi tâchent ceux-cy seidement à parer le mal sans descouvrir la racine, pour arracher de tout poinct ce mal que nous va peu à peu consumant, jusques à ce qu'il nous ait jetiez en une extrême ruine cl désolation, toutesfois ces moyens ne peuvent consolider la playe de nos maux, ains advient que, de part et d'autre, la moindre faulte qu'on face est que le service de la républicque se fait leniemeni et laschement ; et de jour en jour cesie ardeur de résister à l'ennemy va se refroidissant, et est à craindre que l'ennemy, cpii ne dort pas ce pendant, ains incessamment espand des flamesches de soupçons parmy nous, finalement n'allume un tel feu de division, que nous soyons les uns et les autres consumez et embrasez par ce feu mesmes que nos propres soupçons et passions auront nourri et fomenté.

» Ces elioses ont faict que lesdicts proteslans , ayans un indicible regret que la religion de laquelle ilz font profession, en laquelle , sans offenser personne, ilz ne cerchent que de servir à Dieu de pureté de cœur, soit ainsi sinistrement inicrpréiée, et qu'à leur extrême desplaisir ilz voyent qu'elle serve de fondement à don Jehan pour basiir ses desseings, qui sont d'accabler les uns par les autres, comme bons patriots et citoyens, oui diligenmient recerché la source et origine de ces maux, ausquelz estant remédié, sera aisé de parvenir à une bonne union, touls soupçons levez et deffianees estaintcs : chose tant désirée des bons et tant nécessaire à toute la républicquc. C'est, d'une part, qu'ilz vovcnt en plusieurs lieux les prélatz et autres ecelésiasticques estre en perpétuelle crainte qu'un jour lesdicts proteslans leur courront sus, avecque l'enliére évcrsion de leur religion et direplion de biens ; d'autre j)arl, lesdicts proteslans estiment esire seulement réservez, en attendant après qu'on se sera servi d'eux, pour les mener à la boucherie, puisqu'aprcs tant de loyaux services on ne leur vculi accorder la liberté de leur religion : dont arrive (pielques propos insolens de part et d'autre, et quelques excès de licence militaire ou populaire. A quoy toutesfois, soubs très-humble correction de Vosire Altèze et de ÎMesseigneurs, sambleroii qu'on pourroit remédier si, en iraiclani les uns el les autres sans aucune dissimulation et à la réale, en exposant muluellenienl les causes du mal, (pii n'est que par trop accreu, on accordoit, dune part, ausdicis proteslans l'exercice libre de leur religion, puisque eeste est la seule cause qui les mect en soupçon et faict qu'aucuns cntrepreimenl choses moins aggréables à tous; d'autre part, que lesdicts proteslans, par moyens convenables, asseurassent lesdicts de la reli-

gion romaine qu'ilz ne désirent rien moins que d'extirper par force iadicte religion, ravir et s'emparer de leurs biens et faire aucun acte contrevenant au delnoir de bon concitoyen; au contraire, qu'ilz sont presls de s'employer pour la conservation entière du pais et de tous les habilans d'iccluy, tant en général qu'en particulier. Lesquelles choses estans exécutées, ne doubtent que toute matière de division ne soit ostée et une bonne paix bien affermie, estans par ce moyen les occasions de delliance mutuelle levées, et les vielles simultez ou bai nés du tout ensevelies.

» Supplient très-btunblement Vosire .Altèze et Messeigneurs de considérer le long temps qu'ilz sont en attente que par les estats généraulx soit pourveu au faict de la religion. Que si, pour l'incommodité des tem|)s , l'occasion ne s'est encores offerte de les assambler, ou bien si par les menées d'aucuns qui, favorisans à couvert le parly de don Jehan, l'empeschent, entretenans par ce moyen Icsdictcs dcfïiances, ou autres qui espèrent encores, après la victoire, exposer aux feux lesdicts protestans (moyens non moins dangereux les uns que les aullres et non moins indignes de bons palriots); si doncq pour telles raisons ou samblables n'y a encores peu estre commodément pourveu, il reste seulement (si par vosire très-sage conseil n'y est aultrcment remédié) l'un de ces deux moyens, assçavoir : ou que lesdicts protestans, qui, pour périls aucuns, n'ont peu estre amenez à l'exercice de la religion romaine, demeurent à jamais sans religion, ou bien que par voyc de faict ilz entreprennent l'exercice publicq de leur religion. Le premier est tant pernicieux à la républicquc que rien ne peut estre imaginé de plus , car il amcine après soy tout contenuiement de Dieu, mespris de religion, athéisme, dont ensuit toute violation de droits divins et humains. Le second peut estre cause d'une division au pais qui renvcrseroil de fond en comble Testât présent, les uns prenans un parly, les autres l'aultre : qui donneroit ouverliu'e à ruiner les uns par les aullres, suyvant l'entreprise du feu Escovedo , le vray boule-feu de ces pais. Que si les préceptes des anciens et qui ont eu réputation de sagesse doivent avoir lieu, il est certain qu'en afl'aire de si grande conséquence nous ne pourrons prendre meilleur conseil que de nosire ennemy: car si ce subject de la diversité de religion est la meilleure arme dont il entreprend de nous battre, c'est bien à nous de mettre ordre, de nostre cosié, que ccste diversité ne luy serve de bresche pour donner entrée à sa tyrannie au milieu de nous. Et puisque l'expérience du passé nous monstre que nos péchez ont esté si grands que nous n'avons peu touts estre réduicts en une seule religion, il resleroil (soubs très-humble correction) d'adviser comment, sans altérer la conjimclion des païs, l'une et l'autre religion pourroil estre mainteime sans le préjudice ny de l'une ny de l'aulire.

Sur quoy supplient très-humblement lesdicts protestans Vostre .\llèze cl MesseigneiH's ne voidoir prester l'oreille à cculx qui, i)our empescher im tel bien, allcgueni en premier lieu la pacification de Gand; en second, que deux religions ne peuvent

iU HISTOIRES, RELATIONS, MÉMOIRES.

demeurer ensaitiblc en un pais, et en troisième lieu, qu'il n'y a aucune asseurance, ce point estant accordé, que les ecclésiasiicques puissent estre maintenuz : car, quant au premier, il est notoire que l'ennemy y a plainement renoncé , voire par déclaration ouverte, envoyée par le sieur de Selles, qu'il ne la veut en façon quelconque tenir, en quoy il monstre manifestement quel est son but, et apprend ausdicts protestans de quoy ilz se doibvent garder; partant ne sommes tenus à l'obligation de nostre serment pour son regard , veu que perfidement il l'a violé le premier. Et quant à ce qui nous touche mutuellement, puisque ladicte paciflcation a esté conclue, par l'advis et consentement des aultres provinces, avec monseigneur le prince d'Orange et les estats de Hollande et Zéelandc, il est certain, et nature l'enseigne, sans faire tort à autruy, qu'il n'est rien si naturel que, comme par le consentement des deux parties le contract a esté faict, passé et promis, ainsi, sans le consentement de l'une et de l'autre, qu'il ne puisse estre dissoubz en partie, modifié et interprété, pour le bien commun de la patrie et pour rompre les menées secrètes de l'ennemy. Mais ne pensent lesdicts protestans aucunement y contrevenir, ny vouloir estre cause de l'infraction d'ieelle, veu que, demeurans es termes de ladicte pacification , ilz demandent et requièrent très-humblement que, par le moyen des estats généraulx, il leur soit pourveu pour le faict de l'exercice libre et publicq de leurdicte religion. Quant au second point, l'expérience a de tout temps monsiré le contraire, soit que nous jettions l'œil sur les anciens empereurs ou nouveaux, ou que nous regardions les nations eirconvoisines : car il est notoire à ceulx qui ont seulement salué les histoires, que les empereurs, estans du commencement encorcs paycns , ont néantmoins maintenu soubs leur empire les chrcsticns et payens cnsanible, jusques à avoir des légions entières des chrcsticns avec le reste de l'armée payenne, le tout marchant soubs mesmes généraulx d'armées. Et toutesfois se ironvoit, en ce temps-là comme à présent, des imprudens conscilliers qui abbreuvoyent leurs princes de telles opinions que les deux religions ne pouvoycnt durer ensamble: à l'occasion de quoy lesdicls empereurs se mettoyent à persécuter la bonne partie; mais aussitost ilz portoyent les premiers la peine de la follie de telz conseils. Depuis, du temps des empereurs chrestiens, le samblable a esté veu fort longtemps, et non-seulement cela, mais aussi, entre ceulx qui portoyent en commun le nom de chrestiens, avoir esté permise ouverture d'église à ceulx qui tenoyent doctrine entièrement contraire: ce qui se peut véoir es histoires de Constantin , ses enfans Théodose et aultres. Quant à nostre temps, il y a tant d'exemples que , s'il en falloit juger par le nombre , on pourroit plustost dire, et plus cerlainemenl, que quiconeque a voulu atterrer l'une des deux religiims a mis son Estât en grand danger.

Quoy qu'il en soit, si nous regardons, à l'entour de nous, les deux plus puissantes nations et desquelles nous sommes environnez, assçavoir l'Allemaigne et la France, toutes deux, après tant d'elTusion de sang, n'ont trouvé moyen aucun de l'estan-

PHILIPPE II. 19b

cher que par accord de l'exercice de l'une et l'autre religion. Nous sommes encoires mémoratifs des grands elforts que l'empereur Charles, de très-haulte mémoire, fist en Allemaigne, des grandes apparences de bon succès qu'il eut du commencement, ayant subjugué la meilleure partie d'icelle et ayant en sa puissance les chiefz et plus braves et puissans princes : l'issue loutesfois fust telle qu'après avoir esté réduict en plus grande extrémité que jamais se trouva un si puissant prince, il n'eusl moyen de s'asseurer, sinon en accordant l'une et l'autre religion. L'aycul de Vostre Altèze, prince de grand et rare jugement et de conseil, l'empereur Ferdinand, voyant qu'il n'y avoil moyen aucun d'asseurer les uns et les autres et de lever les soupçons qui estoient en l'Allemaigne, accorda le relùjions-friedt ; et despuis ce temps-là n'y a eu une seule mutinerie en Allemaigne; les ecclésiasticques jouissent de leurs biens, dignitez et prééminences avecq plus grande asseurance qu'en aucun autre lieu de la chrestienté; et en plusieurs villes, comme à Francfort, Wormes, Ulme, Ausbourg et autres, s'excercent l'une et l'autre religion, sans division ny soublèvement, voire en mesmes églises en aucunes d'icelles villes. L'empereur, de très-noble mémoire, père de Vostre Altèze, non-seulement a laissé en son entier ce qui avoit esté si bien ordonné par ses prédécesseurs, mais en outre en ses terres patrimoniales l'a permis, voyant bien que c'esloit le seul moyen pour tenir ses subjectz en paix. Mesmement Rodolphe, frère de Vosire Altèze, à présent tenant le siège sacré de ses prédécesseurs , a le mesme accordé, depuis peu de jours, aux nobles de son royaume de Hongrie, afin que nous taisions quel a esté lestât de Bohème depuis Sigismund. Quanta la France, nous sommes trop voisins pour ignorer que jamais on n'a peu arrester le cours des ruisseaux de sang qui y ont coulé en si grande abondance, jusques à ce que la liberté y a esté accordée, laquelle avec soy a tousjours amené repos, comme, quand elle a esté empeschée, aussitost le royaume a esté entièrement en feu, prest à se consumer soy-mesmes et se réduire en cendres. Que si nous voulons prendre exemple de l'ennemy commun de la chrestienté, assçavoir le Turcq, qui sçail trop bien que c'est que de dominer, nous voyons qu'il endure égallement soubs son empire les chrestiens et les juifs, sans que pour ce il soit en double d'aucun révoltement : tant y a qu'il a soubs son empire sans comparaison plus de chrestiens qui ne recognoissent et ne recogneurent oneques le pape, qu'il n'y en a en ceste Europe qui le recognoissent. Le roi de Marroques et Faez fait le samblabic. Et quant au roy de Poloigne, outre la divrrsitè de la religion chrestienne qu'il y a en son royaume, il a aussi grand nombre des mahométains qui luy obéissent, sans qu'il y ait pour ce regard aucune esmotion en ses pais. Le pape mesme, lequel ceux de l'Église romaine tiennent poui' leur chicf, e( ses exemples pour reigles infaillibles, endure, à Rome et en toutes les |)laces qu'il lient en propriété, que les juifs aycnt leurs synagogues publicqucs, voire pour peu d'argent permettra qu'un chascun en puisse avoir en son privé. Le samblable se voit en plusieurs villes

impériales. Pareillenicnl messieurs les estais de par deçà n'ont pas empesché que lesdicts juifs no |)eiissenl dresser leurs synagogues en quelques lieux de ces pais , et ce pour regard d'un petit prollt, qui n'est aucunement à comparer à celuy dont il est à présent question. Et loutesfois lesdiets juifs nyent Jésus-Christ, sont ennemis de l'Eglise de Dieu : ce qui ne se trouvera èsdicts protestans, qui espèrent en Christ , comme au seul autheurde leur salut, et ne sont ennemis de l'Eglise, ains en demandent seulement la réformation.

» Quant est du troiziesme point, ne peuvent lesdiets protestans sitost faire cognoistre à tout le monde le bon désir qu'ilz ont de vivre paisiblement aveeq leurs concitoyens et compatriots, mais espèrent avecq le teiups d'en faire preuve très-certaine, lesdictes defïiances ostées et soupçons levés ; ce qu'ilz promettront devant Dieu de faire. Cependant supplient très-humblement Vostre Aitèze et mesdicts seigneurs de proposer lous tels moyens d'asseurance qu'il vous samblera convenir, et seront bien prests, d'aiillant que leur puissance se pourra estendre, d'y obéir et s'y conformer en tout ei |)ariout; et se persuadent de ce qu'ilz promettront pouvoir trouver aucuns princes, lions amis de ce pais et grands seigneurs, (pii leur feront cest honneur de rcspondre de leur fidélité et constance en leurs promesses.

» Ces choses considérées, lesdiets protestans supplient de tout leur cœur et alîection Nés-humble et très-obéissante qu'il plaise à V^ostre Aitèze et à vous, Messeigneurs, comme à ceulx à qui ceste républic(|uc est commise et de laquelle vous estes tenus rendre conq)lc devant Dieu et les hommes, qu'il vous plaise, en levant toutes occasions tic defliances et soupçons entre les pouvres subjectz des Pais Bas, qui tous ont l'œil jette sur vous , d'aviser les moyens d'accorder, au gré et contentement de lous, l'exercice égal de l'une et l'autre i-eligion, jusques à ce qu'il ait pieu à Dieu, surmontant par sa miséricorde la multitude de noz péchez (qui sont seuls causes de tant de maux), par le moyen d'un bon, sainct et libre concile général ou à tout le moins national, accorder les dilférends que nous voyons en ce pais touchant le faict de la religion ; prévenir par voz sages conseils et délibéiations lant de maux que vous avez veu advenir sur noz voisins, qui à grand peine peuvent encoires respirer; rompre par vostre sagesse les entreprises de l'cnnemy, qui, soubs innbre de ce différend, nous veut précipiter en un abysme de confusions , et par voz meures délibérations donner contentement à tous les povres subjcetz qui cognoissent le mal , mais allendent le remède de ceulx (|u'ilz ont i-hoisis pour leurs médecins, et esirc conduicis au port par ceulx qu'ilz ont élcus pour leurs gouverneurs. Qu'il \ous plaise regarder plustost aux exemples de noz voisins et autres desquelz les uns par leur sage prévoyance ont remédié au mal futur, les autres , eslans aprispar leurs calamilez, ont mieux aymécercher remède, quoyquc la maladie eust esté longue et fust invéléiée, qu'en désespérant de leur santé se précipiter en extrême ruine. Qu'il vous plaise avoir pitié et compassion de ceulx qui se sont mis entre voz bras,

<'l iriitlendonl, après Dieu , soiiliiigciiient que de vous, cl ainsi faire ordonner que paiune snerée loy d'oubliance tontes choses passées soycnt d'une et d'autre part ensevelies, sans qu'à l'advcnir aulcun puisse esire recerché pour ciiose quelcoiicque advenue pour la diversité de religion. El promettront Icsdicis protcsians se subniettre à toutes conditions raisonnables, telles qu'il plaira à Vosire Alléze proposer, les inviolablenient l'oiiserver, et en donner telles asseurances qu'il se trouvera estre en leur puissance.

■> Et combien que lesdicts protcsians doivent eux, leurs vies el leurs biens à la patrie, loutesfois siqiplienl ircs-liunibleinent qu'il vous plaise souvenir combien ilz ont souffert d'années pour le service de la patrie, et, depuis l'union des provinces , quelle a esté et est leur fidélité et obéissance. Que si par aucuns deulx a esté commis quelque acte qui ne soit approuvé de tous, il n'y a rien à quoy on ne puisse apporter remède convenable, el ne sont faultes mortelles, comme celles de ceulx qui ouvertement, soubs prétexte de zèle, se retirent vers l'ennemy. Combien aussi que lesdicts protcsians receussenl quel(|ue tort, ce qu'ilz n'espèrent, ont délibéré, moyennant la grâce de Dieu, de persévérer à ce (pi "ilz seavent devoir à la pairie. Toutesfois, se conlians en vostre prudence et équité, vous requièrent très-liundîlement leur vouloir, connue pour une récouq)ense gratuite de tant de travaulx, el pour les encourager de plus en plus à bien taire, lesdictes delfiances levées, leur accorder leur (rès-liumble requeste.

» Si ferez bien et seront lenuz lesdicts supplians priei' Dieu pour le bien et advaucement de vosire Estât, le repos universel du pais; et, comme jusques à présent ont esté bien presls el disposez de servir (idèlement et , par la grâce de Dieu , sans reproche il la républicque, se disposeront encoires, moyennant icelle, mieux faire à l'advenii'. »

Sur ccsle ladvis de la plus saine partie des «siats fut de la supprimer. De quoy s'appercevans ceulx qui l'avoienl fait présenter, la lirent imprimer', afin dcstre notoire à tous; et pour tant mieiilx parvenir à leur but (mais par tel moien que l'on ne s'apperceùl de leur menée), lirent ventiler, entre les mains d'auciuis des estais, certains articles \nlhu\vz lyuiie religions rra/c, qui est im libre exercice de deux religions ou plusieurs. Or, eonmie iceulx commençarent estre goustez d'aucuns des estais, tant pour estre gaignez que pour estre de la mesnie religion, d'aultres pour n'estre prévoians, pour avoir esté facilement induictz de consentir lesdicts articles sur les raisons fori prégnantes en apparence qu'oui accoustumé il'uscr et de ilonner ceulx de ce party, le II)'' de juillet le prince se trouva aux estais généraulx, déclairanl le désir que l'archiduc, ceulx du conseil d'Estat et luy avoient de poiu'véoir et donner ordre aulx altéralions qui se

' Elle forme un livret de iO pages petit iii-i» avec ce titre : licqiicsle présentée à Son .Jllèze et Mcsseigncurs du coiisril tCEslat par les habitan.i des Païs-Bas proleslans vouloir vivre selon lu réfirinitlion de l'EviinijHr, le wir jour de juin 1578. (Sans nom d'imprimeur ni lieu d'impression.)

J98 HISTOIRES, RELATIOISS, MÉMOIRES.

commençoienl pour le faict de la religion, tendant le surplus de sa harenghe à son intention obscurément. Après avoir esté remercié du désir susdict, déclaira que quelques bons patriolz avoient conceu certain escript dont Texéculion serviroit merveilleusement pour oster toutte diflîdence au païs et establir une vraie concorde entre les inbabitans, requérant quant et quant que ledict escript fût leu.

Icelluyacbevé, ayant faict demander les oppinions des députez de chacque province, fut conclu, par pluralité de voix (combien que, par les menées doiz longtemps encommencliées, elles estoient quasy égalles), de ne recevoir les articles d'une religions vrede, veu que la paciflcation de Gand suflissoit (en cas que Ton y procédât selon sa teneur) pour maintenir le pais en bon accord, et réprimer les insolences qui se faisoient en tant dendroiclz. F^edict prince, entendant ceste résolution, réplicqua qu'il esloit impossible résister à l'ennemy commun, ne fût que touttes diffîdences fuissent ostées d'un costé et d'auUre, principallement celles qui sont causées du différend de la religion : ce qui ne se povoit exécuter, sinon en accordant à ceulx de ladicte religion (qu'il disoil réformée) exercice libre aux lieux où iiz seroienl trouvez en nombre compétent, et ce d'auitant que, sans leur faire cest advantage, iiz ne povoient avoir aultre oppinion fors estimer que les calholicques, s'eslans servis d'eidx, les vouldroient par après renger à leur vollonié ; mais leur accordant ce que justement iiz ne povoient refuser, ceulx de ladicte religion auroient occasion de sasseurer des catholicques , voyant qu'ilz leur accordoient ce qu'il sudîssoit pour leur asseurance. Et pour démonstrer la cause de diflîdence qu'avoient ceulx de ladicte religion des catholicques, mit en avant le nombre de beaucoup de milliers de personnes qu'à cause de ladicte religion avoient passé par le feu, la corde et l'espée; adjoustant aussy, pour une cause principalle, la règle qu'il disoit estre engravée aux oppinions des catholicques, r/ModAaerei/c/s >ion est servanda fuies; en oultre, que l'on voioit les seuls catholic(|ues rendre eulx et leurs places aux ennemis, estant l'intention de ceulx de la religion plustost se laisser mectre en pièces; et pour prouver son dire, mit en avant la rendition de Philippeville, celle de Lembourg et aultres, concluant esire mal possible establir une ferme confidence entre les deux religions sans accorder une telle liberté qu'en Allemaigne et France; maintenant telle liberté n'csire contrariante à la pacification de Gand, veu que cecy se faisoit avec et entre les quinze provinces qui avoient contracté avec Hollande etZéelande, lesquelles deux la vouloienl maiiucnir, sans se mcsler de ce qu'entre elles faisoient les aultres dictes provinces.

Ce propos achevé, apiès plusieurs réjilicques pour les souidre, s'escripvarent lettres, de par l'archiduc, à (outtes les provinces, pour avoir leur advis sur les articles de la religions vrede; lesipielz furent envolez à touttes les villes, les requérons néantmoins, en cas qu'elles ne les voulussent recevoir, de promettre ne se disjoindre do celles qui les reccvroient.Sur quoy eculx de Haynnau non-seuUement firent la response suivante,

à l'instigation du conte do Lalaing, leur gouverneur, ains escripvirenl aux villes de Brabant, Flandres, Arihois, Lille, Douay, Tournay et aultres en mesme conformilé :

t Monseigneur, ayant cejonrd'huy, en plaine assemblée, veu et meurement eonsidéré les lettres qu'il a pieu à Vosire Altèze nous cscripre du lô" de ce mois, et la requestey joincte présentée à icelle par les protestans de la nouvelle religion pour avoir libre exercice d'icelle, avec le pourject des poinetz et articles sur ce advisez, et pour satisfaire à ce que par lesdictes lettres Vosire Altèze désire, nous avons unanimement, et tous d'une voix prompte et absolute, résolu de dire que c'est un faiet auquel, pour sa gravité et importance, tous bons cbrestiens et amateurs du repos publicque se doibvent opposer, spéciallenicnt eeulx qui désirent et entendent se desebarger et acquicter, envers Dieu et les hommes, de leurs voeux, promesses et serment. Et en tant qu'il nous peult toucher en particulier, déclairons francement, de cœur tout entier et ouvert, que n'entendons et ne voulons, en manière que ce soit, prester l'oreille ny moins donner aucune ouverture, entrée ou consentement à telle pernicieuse requcste et articles , ny connivcr ou dissimuler le moindre iotia au préjudice de nostre sainete, anchienne, ealholicque et apostolicquc foy et religion romaine, protestans dercebief, devant Dieu et les hommes (aidant sa divine bonté), le tenir et maintenir jusques à la mort, et à mesme fin exposer corps et biens, vie, honneur et tout ce que Dieu nous a presié, et en cest endroict garder inviolable l'obligation que avons, eneoires que tout le monde s'en volsist départir et tant oublier : sachans et cognoissans combien il importe à nostre salut, et que, souffrant et admectant le moindre poinct, scroit brcschc suflissante non-seullemenl pour renverser tout ordre de justice et police, dont les elïectz en sont assez descouverts, mais aussy jjour énerver, supprimer et destruire absolutemcnt nostredicte sainete foy et religion, jà sy gricfvcment offensée en tant de lieux , à nostre indicible douleur et regret, voires au vitupère, ignominie et schandal irréparable de tous ces Païs-Bas.

» El condiien que ce fondement doibt plus que suffire pour toutte raison , toutlesfois l'on ne peult nyer (pie par la pacification de Gand, articles 3"" et 4"", ce poinct de la religion sainete , eatholicque, aposlolicqiie et romaine a esté par exprès réservé en son entier pour les provinces de par deçà, avec ferme espoir et soiibs promesse expressément stipulée qu'après la ré|)ulsion de l'ennezny et que les affaires seroient réduiciz en tranquillité, la mesme sainete religion par l'assamblée des estats gcnéraulx lors à tenir debvroit cstre rcstablie et réintégrée es provinces d'Hollande, Zéelandc et associez, du moins qu'y seroit mis ordre touchant ledict faict et exercice de ladicte religion, tant s'en fault que l'on doibve souffrir ny admecire par deçà quelque chose au préjudice d'icelle.

» L'on ne peult aussy meseongnoisirc que par l'édict perpétuel, article xi"" sur la ratification de ladicte pacification de Gand, avons tous juré et promiz, sur noz consciences, foy Cl honneur, devant Dieu et tous hommes, de maintenir nostre dicte sainete

l'ov et religion en tout et partout. Qui sont aelz pi'oduictz en public, imprimez, publiez nux breiesques et espandus par tout le monde.

» Plus.lon se doibt souvenir et recorder que les estats généraulx, depuis leur entière assamblée et union des xvii provinces, ont fait la mesme protestation par lettres pluisieurs et diverses fois escriptes à Sa Majesté, mesmement à lempereur, aux roys de France et de Portugal, aux reynes mère et de Angleterre, aux ducqz de Savoyc, de Lorraine, de Cléves, de Guise, et flnablement à tous les princes ei potentalz quasy de la cbrestienneté : ce que verballement, tant en plaine assamblée des estats généraulx qu'en particulier, a aussy esté réitéré , et par beaucoup de fois, en la présence du nunce envoie de la part de nostre saincl-père.

» Touttes lesquelles obligations, lettres et protestations il n'est possible ny loisible aussy de retrancher, rcvocquer ny altérer, si on ne veult encourir la note de perfides, et d'estre réputé le peuple plus misérable et infâme qui soit au monde.

» Que sy les alliénez et séparez de nostre dicte saincte foy et religion, spéciallenient eeuK de Hollande et Zéelande, veuillent rejecler etdésadvouer lesdictes rcscriptions et protestations, mesmement l'édict perpétuel , conmie n'y ayans preste leur consentement (ce qu'ilz ne sçauroient touitesfois entièrement prouver), doibvent,ce néantmoins,par la raison souffrir que les xv provinces doiz le commencement unies, ayant conjoinctement et d'un mutuel conseniemeiu procédé en touttes actions, s'acquictent de leur debvoir et serment, puisque tant esiroictemcnl eux-mesmes se veullent bien maintenir, tellement que jusqnes ores, nonobstant touttes les pactions, alliances et unions enlrevenues de part et d'aullre, un seul liomme d'Église eongneu ne seroii asseuré en leurs provinces.

» Tant y a louttesfois qu'ilz ne se peuvent excuser d'avoir consenty, juré et signé l'union depuis tant solemnellemcnt faicle et establie par les estats généraulx, ny moins encoires l'eselaircissemenl ou ratification dicelle, inventée et forgée à leur instance, par où non-seullement le mesme point de la religion est tout le premier proposé et confirmé, mais aussy tous ecclésiaslicques et catholicques asscurez.

» Et non-seullement en ces nctz particuliers ledict poinct de la religion a tousjours esté préféré et prolesté d'estre maintenu ferme et inviolable, mais aussy les estats généraulx, en touttes leurs actions, ont lousjours maintenu le mesme, voires sur ce poinct et fondement sont entrez en union.

» MesiTiemcnt le prince d'Oranges, à sa première arrivée, a solemnellemcnt et sérieusement promis et juré, tant pour luy que pour lesdicts d'Hollande et Zéelande, que, suivant ladicte pacification de Garni (afin qu'usons des mesmes termes), ilz ne souffriront qu'aucun attentat soit fait contre le repos piiblicque, et signament contre la religion calbolicque romaine et l'exercice d'icelle; sy aideront à cliastier touscculx qui vouldroicnt par aciz scandaleux et allcmptatz publicques, en quelque façon que ce fut, pciiuri)cr le commun repos et tranquillité : le tout apparant par acte signé de sa main,

conforme à rintcntion, que les eslats ont tousjours eu, que jamais il ne permeelroit ou souffriroit exercice d'aultre religion es provinces de par deçà.

» Davantaige Vostre Altéze, à sa réception au gouvernement, a solemnellement juré de maintenir et faire maintenir es provinces de par deçà ladicte religion et exercice d'icelie, et que la pacification de Gand seroit maintenue en tous et quelzconcques ses poinels et articles, sans les povoir cnfraindre ou violer soubs quelque prétexte que ce soii : ayant Icdict S"^ prince d'Oranges juré et promis le mesme entrant en lestât de lieulenanl général. Qui sont aetz qui ne se peuvent nyer, de tant qu'ilz sont esté envoiez à tous les estais particuliers des provinces, et les coities en langues latine et franchoise divulguées partout.

» Et, après tant de voeux, promesses et sermens, souffrir et permectre (sy encoires on ne les invente et poulse) telles nouvellitez et altérations, c'est, au vray dire, chose insiiportable, mesmemenl de par lesdicts d'Hollande et Zéelande prétendre voix en chappitre sur le débat de ce faict, pour confondre nostre partie; qui, au contraire, se recordans du pesant fardeau qu'on leur a osté des espauUes et du bénéfice qu'ilz ont receu par ladicte pacification, à nostre préjudice tel que chascun voist, s'en debvroieni bien déporter, et, pour n'esire taxés de grande ingratitude, mesmemenl pour l'acquit de leur serment, offrir et donner tout confort et assistance pour coërcer, réprimer et corriger telz volontaires perturbateurs du repos publicque, s'ilz se veuillent (comme dit est) deument acquicter et ne paroistre de la mesme faction : à quoy debvroient avoir grand regard et considération.

• Et pareillement qu'eulx et nous, consentans ou connivans à chose tant injuste, perverse et inicque, ne sçaurions, par nulle voie et moien du monde, mieux approuver et effectuer la prophétie de sy longtemps préad\isée et descouverte du secrétaire Escovedo, donner lieu aux impostures de nostre enneniy commun, et justifier la cause d'icelluy, qui, soubs le mesme prétexte et manteau de la nouvelle religion, a blasonné ei diffammé par tout le monde les Païs-Bas comme héréticques, traistres et rebelles à Dieu et à leur prince et seigneur, et conséquamment coiidempner nostre cause et deffense, et la despouiller et priver de sa justice. Qui nous doibt percer le cœur et les entrailles.

» Par quoy tant s'en fault que doions prester nosire consentement à choses tant indignes et pernicieuses, que mesmes sommes délibérez de l'empescher et y résister tout oullre, et y exposer noz vies, corps et biens, eu regard mesmement au bon fondement que avons, tant par les vœux et promesses que debvons à Dieu que par les contractz et arreslz faictz, passez et accordez si sérieusement, solemnellement et si souvent réitérez, comme dessus estreprins, par-dessus une infinité d'aultres particularilez enirevenues depiu's la conjonction des estats, du tout en conformité. Prolestans néantmoins de demomer constamment et infailliblement en l'union desdicls estats, sm-

les icrmes de la pacification de Gand, sans en vouloir desmarcher ou départir d'un seul poinct, ce que ne font et ne peuvent faire (eus ceulx qui inventent, advanclient, poursuivent, assistent et connivent telles requestes tant difformes, contraires et préjudiciables, voires touttes opposées et répugnantes ausdictes pacification et union; nous donnant de grand merveille comme il se trouve au monde personnes tant eshontées que d'ainsv recullcr de leurs parolles, promesses et serment en chose encoires tant sérieuse, praticquée et stipulée avec personnaiges de telles qualitez, donnant assez par-là à congnoislre qu'il n'y a ny foy ny loy, et que, pour plus seulement se maintenir, convient persister et demourer fermes et fixes au pied des premiers contraclz et appoinciemens, et à cela ranger par tous moiens possibles les y contrcvcnans, suscitaleurs de nouveaullez et infracleurs du repos publicque.

» Dont supplions et requérons très-humblement Vostre Altcze, et qu'en ceste partie, qui est bien le principal, voires le tout, son debvoir, obligation et serment soieflt gardez et acquictez.

» Monseigneur, Dieu veuille à Vostre Altèze octroier l'accomplissement de ses verlueiilx désirs : nous recommandans très-humblement à la noble cl bonne grâce d'icelle.

» De Mons, le xxvu""" jour de juillet lo78.

» De Vostre Allèze très-humbles et obéissans serviteurs, » Les Estats du pays et contk de Havnnal'. » (^Sotibsigné) L. Carlier.

Depuis, ceulx d'Anvers, se fàchans d'attendre si loingtemps, oblindrent, par forme de provision, certaines églises pour y exercer leur religion : ce qui fui aussy accordé iiux luthériens après pluisieurs diffîcultez.

Au mcsme temps, se trouvant à Bruxelles le marcquis de Berghes, sieur de Hèze, Baussigny et Chnmpaigncy, en intention de besoingner avec le magistrat et nations d'icelle ville, afin de la maintenir exemple de rexerciee desdictes religions, l'on fit albololtcr le peuple de telle sorte qu'avec permission du magistral, qui en ceste conjoncture Cul renouvelle de gens de mcsme sorte, le sieur de Champaigney fut prins et emmené à Gand, ensamble la maison du cardinal de Granvellc, son frère, pillée et les meubles et aulires biens trouvez en icelle venduz, nonobstant expresse défense de l'archiduc par pluisieurs fois. Les aultrcs sieurs susnonuiiez furent samblablemeni prins : mais, comme on les menoit en Anvers, d'aultant que le si(!ur de Hèze trouva moien d eschapper, l'on rclascha les aultrcs, pour faire bonne mine, introduisant cependant la rclir/iom rreric en touttes les villes du Païs-Bas, saulf les walonnes, et ce soiibs prétexte que, suivant l'article iv""" d'icelle, elle y fût partout demandée, par gens néantmoins de bien pétille qualité et la pluspnrl apposiez, à ce instigucz, pour ce y envoyez, et la pluspart

esirangers, lesqiiclz l'on fit surpasser le nombre contenu audict article, pour estre l'apparence plus belle de l'accorder. En Flandres, saulf en Aliost, tout y alla par désordre ; déchassans tous ceulx d'aultre religion que calviniste, sans que jamais ny catholicque ny aullre (chose cstrange!) s'opposât à leur furie et inicquité. Voilà quant au commencement du faicl de la religion.

Touchant le reste de ce que pour lors se passoit, le due d".\njou, ayaiu reconquis les places susdictcs, envoia les sieurs de Bussy d'Amboise, de la Ncufville et de Mondoucet pour achever le traicté avec les estais, lequel se conclud le 13 aoust '.

Surcecy est à noter que les villes contenues audict traicté ne se délivrarent jamais, tant par les menées du prince d'Oranges, qui les en divertissoit soubs main, y pensant introduire par ce moicn >a religion, les faisant alboroller, que pour la garnison des Irouppes du S' de .Alontigny, qui esioient ésdicles villes par charge du conte de Lalaing.

Don Jehan cependant deaiouroit avec son camp es environs de Tirlemont. Durant lequel temps le conte de Rennenberg, baron de >'ille, gouverneur de Frize, Groeninghe, Overissel, etc., print par composition la ville de Campen , du gouvernement d'Overissel, où estoient quelques compaignics allemandes du colonel Polwciller, qui la lenoient pour don .Jehan.

D'aultre costé, furent déftutez, de par l'empereur le conte deZwartsenberg, de par le roy de France le sieur de Belliévre, et par la royne d'Angleterre niilor Cobhan , avec le S' de Walsingham, secrétaire du royaume, pour estre médiateurs de la paix qu'il se traictoit à Louvain entre les estats et don Jehan. Mais , pour demander les deux parties conditions exhorbitantes, la chose demoura imparfaicte, prineipallement ayant mandé don Jehan le roy luy avoir ordonné de ne se plus mesler de ce faict, ains remectre le tout entre les mains de l'empereur. Néantmoins rien de tel ne s'apparui du costé de l'empereur, qui manda aux estais la chose ne se passer ainsy, ains que le roy le requerroit eum celle esse amicabileiii compositoreni, qui sont les molz de la lettre.

Cependant les chiefz des calvinistes rendoicnt louiles paines d'avoir à leur dévotion les villes d'Arlhois, de Haynnau, ensemble Douay, Lille et aultres. De fait avoicnl trouvé moien de faire lever par ceulx d'.\rras cincquatUe chevaulx soubs un capitaine Anibroise, de la suitte du prince d'Oranges, non à aultre efrecl(veu que les ennemys esioient tant eslongez de ce quartier") que pour l'asseurance des mauvais qui estoient dedens, à l'extirpation des bons ; créarent aussy, pour administrer le faict de la ville, ouitre le magistrat, quinze hommes, des pires et plus séditieux de la ville, dont l'un, par les escriptz que l'on trouva en sa maison, estoit appelle du prince d'Oranges son père. A S'-Omer, soubs prétexte d'asseurer la ville contre le sieur de la Motte, gouverneur

' Il est imprimé. Dans notre Notice chronologique et anabjUt/uc des actes des Etats généraux de IS7ti- /5SJ, t. I, p. 415, nous en avons fait connaître toutes les slipiilations.

âOi HISTOIRES. RELATIONS, MEMOIRES.

(le Graveliiiiics, qui avoit laissé le party des estais, s'accostani de don Jehan, l'on envoya le S' de Alaniiy, lieulenanl-colonnel du conte d'Egmont, avec cincq enseignes des siennes, et ce d'aultant que le prince l'estimoit de son party. De Hesdin il s'en tenoit comme asseuré pour la part qu'il pensoit avoir au viconte de Gand, gouverneur de la place, et par le mesme nioien es auitres pétilles villes, si comme Aire et Betihune, en laquelle il fit prendre le S' de la Thieulloye , gouverneur , que les bons relaxarenl depuis, et à ceulx d'Aire mil le sieur de Morbecque, gouverneur, en telle diffidence ((u'il fut conslraincl s'absenler par pluisieurs mois.

En Haynnau, d'uuitani qu'ilz sçavoient que le conte de Lalaing vouloil maintenir invioiablenient la pacilicaiion de Gand et union des estais , irouvarent un aultrc expédient, scavoir: de nepaier les trouppcs du conte d'Egmont, S" de Monligny cl d'Allennes, qui csloienl en garnison ùs places d'iceliuy pais, pour par ce moien les tirer dehors, ou bien i|u'elles se retireroienl il'elles-mesmes, comme elles firent , à faulte de moien pour s'entretenir, et lors introduire en icelles des Escossois : mais, se doublant de ce, ledici conte fil si bien que lesdicls Escossois ne passareni Mons, les faisant retourner d'où ilz esloient venuz. iVéanlmoins ne sceut sy bien faire que Valenciennes, la plus riche ville ilu pîiïs de Haynnau , ne cuidasl eslre perdue en cesle sorte. Considérant les chiefz préallégucz que la ville ne povoit eslre à leur commandement que par y semer discorde, ce ([ue louUcsfois estoit malaisé, poin- eslre le magistral et les capitaines d'icelle ville fort ijens de bien, irouvarent moien de faire faire une rcqueste, soubs le nom de la commune, par laquelle icelle se plaindoil du magistral, de ce qu'il n'avoit fait publier le placcart susdicl, pour faire honneslement sortir les prebslres, alléguant qu'en ce il avoit lailly. Daullre part ilz désiroient eslre quiètes d'aucuns capitaines, comme inidoines; et coninn,' ilz csloienl pouiscz à ce faire, on leur avoii donné espoir que le contenu de leur re(|nesle seroii exéculé. Par quoy , sans le scen du conseil d'Esfal , y fui envoie le sieur (le Harchies, «pii nouvellement s'estoit desvoié de l'Eglise romaine, avec lettres de rarebiduc non paraphées ny cachettées du cachet du roy; lequel arrivé se trouva en la maison de la ville, accompaigné d'aucuns soldalz du prince d'Oranges, où, après aucuns propos lennz au magistrat, s'en voulut saisir: mais ceulx dudiet magistrat, se mectans en défense (cncoires que la compaignie qui estoit de gaide ne les assista de rien, pour s'entendre le lieutenant et la pltispart d'icelle avec ledict de Harchies), le consiraindirenl sortir de ladictc maison, de la(|uelle ilz s'asseurarent , avec l'ammonilion, ce pendant que ledici de Harchies parloil au peuple; et ayant de tout ce adverly en diligence le conte de Lalaing, leur gouverneur, fut l'affaire sy bien démenée (|ue le (conseil d'Estal y envoia (après avoir bien aigrement reprins l'archiduc de ce faicl sans leur sceu ) le sieui- de Provene et conseiller Hicbardol , pour avec ledici conte remédier à tout, ih ce pendant la ville fut divisée en trois factions, les ungs tenant le party de leiu- gouverneur ei magistral , les aulires du sieur de Harchies , et l'aultre partie

PHILIPPE II. 20a

noiilrr. N^canlinnins Dieu voulut que, par la diligence des susnonimez, l'on fil soriiiledicl de Flaichies la ville sans effusion de sang. Sy lirent les bourgeois serment au eonte de Lalaing de niainlenir la pacification de Gand et union, aussy luy porter l'obéissance deue, sans plus demander nouveau gouverneur. Il convient sçavoir que, de trois mille qu'ilz se disoient esire jjar leur requesie, ne s'en irouvirent que deux cents et six qui la signarent, desquelz plus de (|uatre-vingls ne se tenoient en la ville.

En ces enirefaictes, le conte de Boussu levant son cnmp de Reynienant et s'accoslant de Louvain avec bonne Irouppc de cavaillerie et infanterie, s'atlacqua une fort belle escarmouche avec ceulx qui estoient sorliz de la ville, les(|uelz furent sy vivement serrez de la cavaillerie des estais, par une charge que leur donna le sieur du Quësnoy, lieutenant des hommes d'armes, qu'ilz furent constraincts se retirer en tel désordre que pluisicuis ) demourareni aux fossez. De là, aiani prins quelques chasteaiix en chemin, s'en vini inecire devant Nivelles : mais, avant d'y mener le eaimon , ceulx de dedens se rendirent.

Don .Jehan, de l'aultre costé, anssytost qu'il enlendit le remuement du camp susdiel, à grande journée se vint meelre à Bouge, lieu environ joindarU Naniur, ayant la ville à (•oslé et la rivière de .>Icuze à dos , auquel lieu se fortifia de sorte qu'impossible esloit le forcer, ce que jjensoil faire ledicl eonte de Boussu , ou luy livrer la baltaiile : à quelle lin mit son camp à trois lieuwes de là, faisant son eompie d'estre renforcé de l'armée du duc d'Anjou, avec sa personne qui debvoii commander à tout, selon le traicté susmentionné. L'armée dudiel seigneur duc consisloit de dix mille hommes de pied fori eompictz el bien armez, ensamhie quelque mille à quinze cents clicvaulx. D'icelle estoieni le; sieur de Fervaequcs marescha! du camp, le S' de Buissy d'Amboise colonnel général de l'infanterie, et de la cavaillerie légère le S' de la Chaitre. Icelle armée se vinf joindre avec les aultres irouppes dudiel seigncin- duc qui estoient venues devant Binch, pensant, d'arrivée , emporter la ville : néantnioins ceulx de dedens atlendirent le cannon , de telle sorte qu'aiant uu jour entier esté battue, l'on fut eonstrainci, pour le peu d'effect que l'on l'aisoil de ce costé-là, changer la ballcrie du costé de la maison de la royne, où estant plantée, aux premières voilées ceidx de dedens commença rent à parlementer, de sorte qu'ilz se rendirent à la miséricorde dudiel seigneur due, lequel lemlit si bon party ipi'il renvoia le gou\erncnr et capitaines avec présens. Et comme, après ladieie prinse, il avoit conclu >e joindre avec l'aimée des estais à l'effect que dessus, doiz la première journée que l'armée debvoil marcher, se desbanda de sorif que, par mille, deux et trois mille, iHUournarent en Franct; , causant ce désordre faulle d'argent et la parcialité des chiefz de ladieie armée.

En ces cntrefaielz n)oin-ut le seigneur don .lehari le premier d'octobre, audiet lien de Bouge, de la peste '.

' \oy. pp. I-JH cl suiv.

De laultre costé, le prince d'Oranges proinouvoil ce desseing le plus qu'il povoii pour introduire par tout le pais sa religion. El voiant que malaisément povoit induire ceulx de Gueidres à telle nouvelleté , trouva moieu de faire créer gouverneur de ladicte province le conte Jehan de Nassau, son frère, lequel, aianl rassamblé les estais de la province, pour leur proposer le faict de la religions vrede, voiant que la noblesse n'y vouloit condescendre ny les plus notables des villes, encoires qu'il eût fait partout les ma^istratz à sa poste, ce pendant que l'assamblée desdils estais se tenoil à Arnhem, y lit briser iniaigcs, et de mesme par loultes les aullres villes. D'aullre pari, ne povanl introduire l'exercice de la nouvelle religion à Bruxelles, fit que le duc Casimir, abandonnant le camp en son plus grand besoing, \int en ladicte ville, où publicquement fit prescher ladicte religion en l'église des Carmes, contre le gré des nations, qui sontcèulx représentans la commune en icelle ville.

A Boislediic, voiant qu'il n'y prouffitoit comme il pensoit, cuida la faire surprendre par ceuh qu'à cesl effecl il envoia d'Anvers : mais la chose descouverte alla en fumée. A Amersfort, pais d'Ulrechi,d'auItanl qu'ilz ne vouloient recevoir la religions vrede, la fit battre d'une matlinée , y aiant de nuicl (sic) le canon à l'improvisle, où après avoir ouvert les portes de peur, ne fut seullement introduicte ladicte religions vrede, mais la secte de Cahin, abolissant du tout l'exercice de l'anchienne religion. A Utrechl ladicte relinions vrede y fut si bien iniroduicle que la catholicque y fut du tout extirpée. Le mesme cuida faire en Arras, en appréhendant le magistrat par les quinze et le capitaine Ambroise susnommez : mais, aians les bons reprins couraige, relaxarent le magistrat; et ayant le sieur de Cappres, gouverneur d'icelle ville (qui lors estoit absent), trouvé moien d'y rentrer, fit pendre et décapiter ceulx qui avoient esté cause du saisissement dudict magistrat, déehassant de la ville le capitaine Ambroise avec ses gens, et exilant les plus séditieux. En Uoua) , ores que ville fort catholicque, trouva moien de faire déchasser de nuicl les jésuistcs, nobles et pluisieurs gens de bien d'icelle ville, ayant faiel accroire à ceulx desqiielz il se vouloit servir à cest cffect, qu'ilz avoient intelligence avec l'cnnemy : mais les gens de bien d'icelle ville, prenant ce prétexte à leur proulfici, curent moien de faire consentir d'y introduire deux enseignes, sur l'appuy desquelles se déchassarent les mauvais y eslans et fiu'ent rappeliez les susnommez. Et pour avoir Ijlle à sa dévotion, (il escrire par l'archiduc (lequel cl son conseil esloient doiz lors constraincts faire ce que ledici prince vouloit) au sieur de >\'illerval , gouverneur de la |iroviiice, de faire un magistral tel (pi'il dénonunoit, (pii esloient tous de la religion nouvelle : mais, ne voulant en ce hiy obéir ledict sieur de \>'illerval et ceulx à qui appartenoit de créer la loy, avec l'opposition aussy qu'en firent les bons de la ville, l'on contrevint à son desseing, en faisant tout le contraire.

Or, voyant le conte de I^alaing et S' de Montigny, son frère, que par telles menées susdicles la religion catholic(pic et tous gens de bien iroienl à perdition, sy par quelque

voyc n'y csloit remédié; jngoans qu'il failioit commencer de réprimer ceulx par Ics- ([uelz le désordre estoitprcniiéroment proveneii , asscavoir ceiilx de Flandres et Gand. ohief-ville do la province, irouvarent, pour la rendre tant plus prompte à recevoir en leur ville les caiholieques dcchassez d'icelle, ensamble y restablir la religion calholicquc, relaxer les évesques , seigneurs et gentilzliommes injustement détenuz prisonniers, et de mesme faire espaullc aux chastellenies et villes de Lille et Douay et païs d'Arihois, et divertir les desseins qu'ilz avoicnl sur le Tournésiz et Haynnau, qu'il esloit expédieni les y consiraindre par quelque voye de faict, puisque raison et tant de rcmonsirances n'avoient jusques alors eu lieu. Par quoy le sieur de Monligny s'achemina celle pan avec son régiment, cclluy du sieur d'.\llennes et les compaignies du sieur de Ilèze, (|ui esloient sorties de Maeslriclit, et, de première abordée, s'empara du bourg de Meniu, qu'il fit incontinent achever de fortifier, afin que par ccste voie il empeschàt le commerce qui venoit delà rivière du Lis à Gand, e( que de là, pour estre icelluy grand, il la rendit tant plus doulcc.

En ces entrefaiciz le camp des estais, estant desnué des forces susdictes, après avoir rcprius la ville et chasteau de Weerdt, se rompit , allant bien peu après le conte de Boussu de vie à trespas, après avoir receu tous ses sacremens de l'Église. Auquel lemps le conte de Rennenberg , baron de ^'illc, print par composition la ville de Devcnler, chief-ville du pais d'Overissel, en déchassant les Allemans qui y cstoicnt doiz lo temps du duc d'Alvc.

Arrivé que fut ledict sieur de Monligny à Meniu, le vindrent incontinent accomnieeire trois à quatre mille hommes de la part des (ianthois, mais furent parledici sieur, avec peu de résistence, mis en pièces. Le uu'sme se fil de huict enseignes vielles hollan- (loises qui se eommeuçoieut à fortifier à Wervy , connue aussy de pluisieurs aulires en un aullre \illaige. El, comme ses forces iresloieni basiantes pour maintenir les lieux qu'il occuppoil et résister aux grands préparaiifz et altenlalz que faisoieni conire luy les Flamens; mesmes que le duc Casimir, au plus grand besoing que le conte de lîoussu avoil de ses gens, pour estre tant proche de l'enuemy, se transporta à Gand, y faisani venir ce qu'il peult de ses rcyires et toutie l'inliinierie francoise que mcnoient les sicuis d'Argenlieu , Lcnly cl Monny (?) , avec aucuns Escossois , le duc d'Anjou luy prosta cin- (pianlc enseignes françoises soubz les sieurs de (lombelles et Ballaigny. Néanlmoins, avant l'arrivée dudict Ballaigny, il prini de force la ville et chasteau de Lannny, préveiianl les gens de Casimir qui y debvoieni entrer; et comme ceulxde Gand iu) faisoieni guerre à oulirance, le conte de Lalaing luy envoia de renfort sa compaignie d'honnnes d'armes cl cent ehevaulx-légers i\n sieur de Gongnies. Dont estant ainsy renforehé, mit le siège devant Cassel , qu'il priui, comme de mesme les bourgs de Rossclaere, Poperinghe, ^Jessines, Loo, Honscolle et pluisieurs aullrcs foriz, ayant lousjours le dessus sur louiies les forces (pii se vouloieni opposer à luy. De sorle quaianl reslably en

plus d'un licrs de Flandres la religion eatholicque , ii constraindit les quatire memlties de Flandres, et nommément ceulx de Gaiid, par traicté solennel signé de leurs députez :

Que libre exercice de la religion eatholicque seroit admis cl exercé par toutles les églises du pais de Flandres , répartissani pour le moins la moiciié d'icelles aux caiholicques ; laquelle répartition touttesibis ne se feroit qu'es lieux où la religion nouvelle est iniroduicle, et, es villaigcs où n'y at qu'une église, le seul usaige d'icelle demeurant aux catholieques; samblablcment les abbayes, églises cathédralics et collégialles seront aux cailioliequcs seulz, réservé celle de S'-Jelian à Gand, laquelle le S' de Montigny requiéroit Son Allèze tenir la bonne main qu'elle fût aiissy restituée, tant pour y avoir esté baptisé l'empereur Charles, de Irés-haulte mémoire, que le roy V avoir tenu son dernier ordre;

Que tous ecclésiasticques et gens d'Eglise seriont restituez en leurs cloislrcs, maisons et héritaigcs, biens et renies, excepté les (erres sur lesquelles sont assiz les bollevertz, eorlines, fosscz et eonlre-escarpes , dont ilz en aurionl samblable récompense que aullres particuliers cy-après. Et pour ce que les meubles d'iceulx eslionl la pluspari dissipez et alliénez, se contenicrionl de ce que seroil trouvé en leurs cloistres, maisons el fons , ou en main séquestre: mais, quant aux mendians, de tant que lesdicts députez de Son Altèze, des estais généraulx et du pais de Flandres avionl déclairé audici sieur de Montigny qu'ilz estoienl retirez en leurs églises el cloistres accommodez à ceulx de la religion prétendue réformée, en lieu de paroisehialles , Son Altèze les reslabliroit le plus lost que faire se poiroil, el dès allors leur fraieriont (au) les revenuz et biens des cloistres où ilz estoienl professes , excepté les terres occuppées par les onvraiges en la forme que dessus;

Que tous nobles el aullres ayans biens audici Flandres el ne lenans le pariy des Espaignolz ou leurs adbérens, seriont remis en tous leurs biens, droiclz, seigneuries, prééniinenees el paisible possession d'iceulx, en telle forme , manière el exception comme a esté déclairé cy-dessus pour les ecclésiasticques, bien entendu que, quant aux otlices et estais qu'iceulx nobles avoieni, ausquelz Son Allèze auroit pourveu d'aullres administrateurs, Son Altèze donneroit aux déposez occasion de contentement: eonscnlans, pour aullant qu'en eulx est, que tous ceulx qui estoienl, passé trois ou qualtre mois, expulsez ou s'estoient retirez hors des villes d'Arlhois, Haynnau, Lille, Douay et Orchies, Toiirnay et Tournésiz et tous aullres lieux, pour le faici de la religion ou ce qui en dépend, seroient réciprocqiicment reslablis en la possession paisible de leurs biens, el qu'ilz pourrioni librement habiter et demourer es dictes villes el pais, suivant la pacifiealioi) de Gand , et se conduisans selon ieelle;

Que les ungs el les aullres desdicles religions seriont tenuz se comporter ensamble CM louiie modestie, raison el fidélité, sans praticquer ou attenter, l'un contre l'aullre ny coiilre le repos de la patrie, aucune chose, dircciement ou indirectement, et que contre

les iransgresseurs seroil procédé soinmièrenienl et sans délay par eeulx qui serionl à ce deuemeiu clioisiz ei ordonnez, an contentement des deux parties, par indivis, asscavoir aultant de l'une religion que de l'aullre, ausquelz apperliendroit la cognoissance contre lesdicts Iransgresseurs jusques au difinitif exclusivement; et estant le procès du tout insiruict, le juge ordinaire en auroil la congnoissance, pour en décider sommiéremeni, lequel juge et magistrat, es lieux où s'exercent les deux religions et non aillieurs, seroil aussy composé cgallemenl des deux religions, selon les privilèges et anchiennes coustumes de ehascune ville et place, et seriont les oUiciers desdictes places obligez les assister, à paine de s'en prendre à eulx au cas de refus ou difficulté : bien entendu que les eboisis et magistralz feriont serment d'administrer une bonne et briefve justice, sans porter laveur ou difï'aveur pour l'une ou pour l'aullre religion ;

. Que tous les prisonniers détenuz à Gand seroient mis en main neutralle suivant l'acte de Son Altéze, estant icellui S' de Montigny content que ce fût es mains du duc de Clèves , à condition qu'ilz y seriont conduiclz avec telle seureté de leurs personnes que Son Allèze et estais généraulx en puissiont respondre et que, en dedens six sepmaines après leur sortie de Gand , leur seroit déclairé les charges de leurs accusateurs, ou, en faulte de ce, seroieni tenuz absoulz et desehargez : sur lesquelles charges leur seroil administrée bonne et briefve jusiice selon les droix, privilèges et coustumes du pais; toullesfois, avant sortir de Gand, feriont lesdicls prisonniers serment de ne rien attenter au préjudice du repos publicque, et nommément contre ceulx de la ville de Gand ou manans d'icelle ville, pour les choses passées ; et au regard de madame de Glajon, elle seroit tenue exemple de toultes promesses et obligations quelle pouroit avoir fait pour son eslargissement;

Que seriont d'une part et d'aulne relaxez tous capitaines, officiers, soldalz et tous aullres aians tenu le parly, adhéré ou favorisé, soit en secret ou eu publicque, l'une ou l'aullre des parties, le tout sans ranchon, fraiz ou despens, ne fut qu'auparavant ce traicté ilz eussent accordé sur icelles ranchons, fraiz et despens;

Que les dix compaignies de monsieur le baron de Montigny, les dix de monsieur d'Allennes, les eincq de monsieur le baron de Héze et celles du feu S' de Crupilly se eontenterionl de trois mois de gaiges , dont les deux mois se payeriont en argent contant, et le troisième un mois après que lesdictes compaignies seriont sorties le pais de Flandres et tirez celle part que Son Altèze auroil ordonné : pour le payement duquel troisième mois seroit donné par les qualire membres de Flandres obligation il asseurancc pertinente, bien entendu que ehascune compaignie seroit comptée de cent et quarante lestes, l'une parmy l'aullre, à la distribution dudici sieur de Moniigny , tant pour le paiement, que se feroil prestement et en dedens ung mois, que pour le deseonte des arréraiges, lequel se feroit auparavant leur relraicte desdicles villes de Flandres: loiiltesfois, au cas que aucuns desdicts capitaines ne se vouidroient contenter à l'advcnant

de cent el quarante lestes, l'une parmy l'aultre, à la distribution susdicte, seroit en ce cas député commissaires par Son Altèze et estais généraulx pour de plus près licquider le différend el leur donner tout raisonnable conlenlement de la part deSadicle Allèze et estais généraulx;

Que lesdieles compaignies scroient mises et retirées es villes de Cassel et Menin jusques à ce que Icdict paiement des deux premiers mois leur fût fait, délivrant et quiclant touttes aullres places par eulx ou leurs associez occuppées, et se contiendroient et comporteroient lesdieles compaignies modestement èsdictes villes, sans y faire aucune foulle ny sur le plat pais, moiennant que Ion leur furnisscroit vivres soulfissammcnt et à lauxe raisonnable, en tant moins de leur décompte et surplus de leurs deuz et gaiges, et ce jusques au furnissemenl dudicl paiement des deux premiers mois; délaissant (comme dit est) touttes places qu'ilz ont tenu tant en Flandres que aullres provinces, par eulx occuppées et saisies, en tel eslre comme elles estoieni alors; sortans d'icelles villes et places, ensamble de tout le pais de Flandres ; se relirans la pari que Son Altèze leur commandcroit, incontinent et tout aussytosl qu'ilz auriont rcceu ledict paiement et que le desconte seroit fait , ensamble l'asseurance de raccomplisscmenl des poinctz susdicts et qui s'ensuivent, asseavoir quand, pour l'accomplissement et effectuation d'icculx. Son Altèze, Son Excellence, avec le conseil d'Eslat et dépuiez des estais généraulx, s'y seroient obligez et en auroient donné patente signée de leur secrétaire et scellée de leur sceau , et que lesdiets prisonniers détenuz à Gand seroient sortis d'icelle ville, pour eslre collocquez en main neulrallc, comme dit est. El, pour seurelé de reffectualioii de la part dcsdicts AA'alons, scroient donnez en osiage le sieur de Hézc, le sieur de Strainehamps, lieulenanl-colonnel du S' de Montigny, el les capitaines Pépin et Savary, ou aidtres capitaines que les députez dudicl sieur de Montigny polroicnt accorder en leur lieu, pour se tenir à Lille, lieu neutral, jusques à la sortie dcsdicts >^'alons bors du pais de Flandres et l'exécution de leurs promesses. Pour l'effect et accomplissement de tous les poinelz et articles ey-mentionnez, les qualtre membres de Flandres, avec le magistrat des deux baneqz, les deux doyens, nobles et notables, ensamble les trois membres de la ville de Gand et aullres magistralz des villes et pais de Flandres, jurcroient de les entretenir inviolablenient; el serionl allors aussy lesdiets poinctz aggréez et ratilicz par toules les aullres provinces en particulier coniprinses soubs l'union;

Que là où lesdiets de Gand et aullres viendroienl en tout on en partie à violer, ••nfraindre ou contrevenir aucuns desdicls poinelz, les estais de cliaseune province en particulier promeeteroient et obligeioienl, soubs ledict serment, d'eniploier corps et biens |)oiir chastier les conirevcnans, se faire parlie, joindre ensamble et prendre unanimement les armes pour consirnindre lesdiets contrevenans à reslablir, restituer et remeclre en rntier (v cjne par iceulx auroit esté faici au contr^re : le tout aux fraiz desdicls

infracleurs, les déclairans doiz allors pour parjures el perturbateurs du repos publicque, 01 privez de tous et quelcoiicques privilèges qu'ilz pouriont avoir;

Que toultcs les garnisons de Flandres se meeteroient par charge de Son Aitèze, el celles qui sont mises, sy Sadicte Alleze trouvoit convenir de les y laisser, feroienl serment à icclle Son Aitèze et estats généraulx;

Que par ce traicté tous ccclésiasticques, nobles et notables et tous aullres catholicques seroient prins en la protection et sauvegarde, tant de Son Aitèze, Son Excellence, estats généraulx, que de touttes les provinces de ces pais en particulier.

Le S"^ de Afontigny ayant prins Menin (comme dit est), et commençant à prospérer en Flandres, au soulaigcment des catholicques, le conte de Lalaingfit assambler les estats de Haynnau , pour adviser comme et par quelz moiens l'on pourroit maintenir du surplus la religion contre les menées que le prince d'Oranges brassoit pour l'extirper : où fut conclu d'cnvoier vers les estais d'Arlhois, qui se debvoient tenir en Arras, le marcquis de Havrech, l'abbé de Hasnon, Lancelot de Pcissant, S' de la Haye, le chief des esehevins de Mens et Thiéry DofBgnies, S' de Calenelle, pour adviser par ensamble (avec ce qu'ilz leur donneroient à congnoistre de l'intention desdicts de Haynnau) par quelz moiens l'on pourroit redresser le tout, ou du moins se maintenir, dauliant plus que l'archiduc laissoit perdre en tous poinctz son aucthorité, s'aceommodant, avec son conseil, en tout ce que le prince d'Oranges meetoit en avant. A quoy fut advisè et conclu qu'en premier lieu l'ailloit revalider l'union des estats généraulx : ce qui fut fait par les provinces d'Arthois, Haynnau, Lille, Douayet Orchies , ensamble Tournay avecTournésiz; au surplus, qu'il n'y avoit moien plus propre, pour conserver la religion calhoiicque, que de s'appoincter avec le roy suivant les termes de ladicte union : à quoy un chascun condescendat d'aultant plus lost qu'ilz avoienl entendu la volonté de Sa Majesté eslre telle par les lettres que le prince de Parme avoit escript à ceulx de par deçà en général et en particulier, après avoir esté créé successeur du seigneur don Jehan au gouvernement général des Païs-Bas par Sadicte Majesté, et du surplus qu'à ladicte assamblée se trouva de sa part l'èvesque d'Arras (qui estoit aupara\ant mis du eoslé de don Jehan) avec lettres de crédence et les articles suivans :

Premièrement, oubliancc gènéralle et per|iétuelle des choses passées durant les troubles.

Item, interdiction aux subjeclz de rien reprocher mutuellement à l'occasion des choses passées.

De ne charger les villes ny plat pais d'aucuns gens de guerre estrangcrs ny de ceulx du pais, ne fût que lesdicies villes réduictes le désirassent pour quelque guerre ou péril, ou que ce soit accouslumé y en estrc de tout temps : auquel cas la garnison sera de gens de guerre nalurelz du païs.

Consentira l'abolition de touttes el queleonc(|urs tailles, imposts, capitations et

charges cxiraordinaires cl exorbitantes mis sus durant et à l'occasion de ces troubles.

Que pour ladvenirne seront aucunement gabellez, taillez ny imposez aultremeiii el par aultre forme (]u"ilz n'ont esté du temps e( règne de feu l'empereur Charles.

Que tous et queizconcques les privilèges, tant en général que particuliers, seront maintenuz, el sy aucuns onl esté violez, seront réparez et restituez.

En somme, que louttes choses seront remises en tel estât qu'il apperlient, et comme il a esté en la plus grande fleur et félicité du pais, et comme du temps de Sa .Majesté Impérialle.

El quant aux asseurances que l'on polroit demander pour raccomplissemeiit et obser- \ance desdicts poinciz et promesses, combien que la parolle et les lettres scellées de Sa Majesté doibvcnt eslreà ses subjeclz plus que suffissanies, toutlesfois s'il ne reste qu'à ce poinct, leur seront données louttes telles que raisonnablement ilz pourroienl demander et que pour suflire, au jugemenl de touttes personnes de raison.

Faict au canq) de Bouges lez-Namur le xi'"" de novembre 1378.

Sur quoy fui résolu de former les articles que l'on trouveroit convenables pour par- \cnir à une bonne pacification el asseurée paix, tant en conformiié des susdicts articles qu'aullres que l'on pouroit adviser, el les envoyer à l'archiduc et estais généraulx, pour \ prendre une briefve el salutaire résolution : dont fut requis ledicl niarcquis de Havrech en faire le dchvoir de la part de lassamblée.

Quelque peu après cesle assamblée, le viconte de Gand, qui, depuis la roulte de (iembloux, avoii lousjours esté avec l'armée des estais, exerçant sa charge de général de la cavaillerie des Pais-Bas, craindant de perdre son gouvernement, pour s'avoir monstre en parolles et en faietz tant favorable au prince d'Oranges et ceuix de sa religion, vint en Arras, où, pour la raison susdicle et qu'à cesle cause le sieur de Cappres cxerçoit rolïîce de gouverneur, luy fut fait diflicullé d'estre receu en la ville et d'exercer l'ollice de gouverneur : néantmoins, après pluisieurs débalz, en faisant tel serment que ceulx d'ArlIiois irouvarcnl convenir recevoir de luy pour leur asseurance, se conduit de telle sorte depuis qu'il fut en grande partie cause des résolutions qui se prindrenl en ladicle ville aux assamblées subséquentes.

Le due d'Anjou cependam, entendant tous ces Iraiclez, cl \oianl que les estais ne lenoient rien du traiclé fait avec luy, cognoissant aussy que de sa pari n'avoil le moien (le satisfaire à ce qu'il esloillenu, tascha de siuprendre la ville de Mons,en laquelle il faisoil sa résidence. La chose se démenât en cesle sorte : le duc, du soir, (il sçavoir au conte de l^ulaing que le lendemain il avoit envie d'aller disncr à llavrech, priant partaiil (|ue la porte dcHavrech fût ouverte plus lempre qu'à raccouslumée. Or, en sorlanl avec les Suysses cl quelque 2'i harcquebousiers qu'il avoit d'ordinaire pour sa garde, ensamblc les geniilzhommes de sa suytc , qui povoienl cslre environ de trente, se debvoil ^aisird^ ladicle porte, ayant pour son cspaullc fait mectre en embuscade, joindant ladicte

porte, (Iiiix à trois mille hommes des siens, doyant ' ledict seigneur duc estre des premiers sortons, afin que, si! eût faill^ à l'exécution, il n'eût este en danger de ceulx de la ville. Mais, comme ce mesmc jour le marcquis de Havrech debvoit partir pour Bruxelles aussy au poinct du jour, le conte de Lalaing, ayant fait ouvrir pour luy la porte de iNimy, ne voulut faire ouverture de celle de Havrech : qui fut cause que la chose ne vint à exécution. Dont se partit incontinent ledict duc pour France, prcnnant son chemin par Condé, où il demoura tant qu'il eût liié hors des places de Haynnau tous les gens de guerre qu'il y avoit, asseavoir de Binche, Maubcuge et Bavay.

Le mois de febvrier 1 579, le marcquis de Havrech, sur ce qu'il avoit porté en Anvers de la part de l'assamhlée d'Arras,ful renvoie par l'archiduc et estais généraulx, ensamble l'abbé de Sainct-Bernard et le conseillier .Metkerke, vers ceulx de Haynnau et Ariliois avec lettres de crédence et le verbal qui s'ensuyt :

« Matiiias, par la grack de DiEi;, Archiduc d'Alstrice, Duc de Bourgoig.xe,

(îorVERNECR et CaPITAINE GÉNÉRAL DES PaÏS DE PAR DEÇA.

» Trés-chers et bien-amez, comme nous envoions présentement vers vous le prélai de S'-Bernard, mon cousin le marcquis de Havrech et le conseillier d'Estal Metkerke, pour communicquer avec vous et déclairer ce que nous et messieurs les estais généraulx avons, pour le plus grand bien et repos vostre et du pais en général, trouvé convenir, vous requerrons de leur donner (en droit ce que, de nostre part et desdicts estais, vous proposeront) entière foy et crédence, et vous accommoder î\ la bonne volonté nostre, desdicts estais généraulx et des aultres provinces unycs : considérans (comme par voz pourveues discrétions sçaurcz bien faire) combien cela importe poiu' vosire i)ropri' salut. Sur ce, très-chers et bien-amez, prions au Créateur vous conserver en sa saincie garde.

» D'Anvers, ce xxnii'"' jour de janvier 1570. »

Sir/né Matiuas cl plus bas J. Van .\ssELiEns.

Lesdictes lettres lentes, fut proposé par ledict sieur marcquis (pi'ilz esioient députez et envolez pour leur doimer contentement et assenrance de ce (jiic s'estoit passé pour le

' IJuijant , (icvaiil.

fait de la pacification encomniencée, mesmes pour leur donner acte de mainlènement de la pacification et religion eatholicquc, dont ilz en firent lecture, el en donnarent copie autenlicque telle que s'ensuit :

« Nous,Mathias, archiduc d'Austiice, duc de Bourgoigne, etc., etc., gouverneur et capitaine général des Pais-Bas, el les prélaiz, nobles el députez des villes, représentans les estais généraulx des Pais-Bas.

» Considérans que les provinces d'Arlhois, Haynnau, Lille, Douay, Orchies, Valenciennes, Tournay, Tournésiz el aullres ont déclairé el protesté par pluisieurs actes se vouloir maintenir et régler suivant les termes de la pacification de Gand, union, édici perpétuel el serment sur ce fait, sans qu'ilz soient intentionnez ny délibérez de départir ny admeclre en leurs provinces respectivement aullre exercice que cesluy de la religion eatholic([ue romaine, conformément à ladicte pacification;

1) Pour ce est-il que, n'ayant jamais esté nostre intention, et n'est encoires, d'introduire la religion piétendue réformée es susdictes provinces, comme aussy elle n'auroit esté permise et tollérée par Son Allèze el messieurs du conseil d'Eslat que es lieux où elle auroil esté demandée, afin d'éviter plus grands troubles et ineonvéniens, avons trouvé convenir, pour ne point tomber en ultérieure altération et mescontcntenienl de ceulx desdicies provinces, leur dédairer eeste nostre intention : leur promeclant et asseuranl, par cesles, que tiendrons la bonne main à ce que, contre leur gré et volonté, l'exercice de la susdicle religion prétendue réformée ne soit admise ne iniroduicte es dictes provinces, par quelque voye que ce soit, contre ladicte pacification, union et serment par eulx preste, lesquelles ferons maintenir en tous leurs poinctz et articles, et par espécial ce que louche ladicte religion catholicque, a|)poslolicquc et romaine; entendant néantmoins que lesdictes provinces ne se desjoindront de la générallité à cause de la religion es aullres villes permise, par provision, par accord des estais d'icelles.

» Faicl en Anvers, le xix""" de janvier 1579. »

SifjiK' Mathias, <7 plus has : Par ordonnance de Son Altèze, J. Asseliers ; encore plus bas : Par ordonnance desdicts estais généraulx, J. Houfflin.

Suivant ce Icdict sieur marequis déelaira que, ayant par les estais généraulx entendu la grande dévotion et désir (|ue lesdicts estais de llaynnau et aullres aviont d'entrer en une pacification , csloieni résoluz d'y entendre vivement, tellement qu'on espéroil qu'en brief temps on l'obiiendroii, ayant, pour ce conforter, exhibé pluisieurs pièces.

S'ensuyt le verbal dessus mentionné :

» .Messieurs, Son Altèze et messieurs les estais généraulx des Païs-Bas ont esté très-

PHILIPPE II. -2fS

aises d'enlrtidre, lanl par pluisieiirs voz leiircs que [)iir vostre dernier accord , la grande affection et désir qu'avez de demourer uniz et conjoinctz à la générallité, sur ferme confidence et asseurance qu'à loulle célérité et diligence l'on procéderoit à une bonne, asseurée et avantageuse paix : dont ilz vous remercient bien affectueusement.

» Pour parvenir à laquelle paix au plus tosi, l'on n'a trouvé meillieur moien que de bien vivement passer oultre avec la négociation encommcncée par le conte Otto-Henry de Zwartzemberg, ambassadeur de l'empereur.

» D'aullanf qu'ieelluy, estant naguerrcs retourné du prince de Parme, a monstre aux eslats généraulx lettres de l'empereur du xxn"'de décembre dernier, plaines de l'amiable et perpétuel soinget affection de Sa Majesté Impérialle au bien, repos, tranquillité et conservation de ces pais, et mesmes qu'il est appareillé d'abandonner ses grands affaires qu'il a à l'Empire, pour s'emploier en personne à la paix et conciliation générallc d'iceulx païs avec le roy catholiequo, nostre sire, leqtiel avoit picça requis ledict empereur de s'interposer à ce, comme moienneur, médiateur et intercesseur : ce qu'aussy Sadictc Majesté Impérialle avoit ainsy accepté.

» Dont lesdicls cstats généraulx ont aussy remercié Sadictc Majesté Impérialle, et prié bien sérieusement et en loutie célérité vouloir entendre, comme appert par lettres à eeste fin escriptes.

» Qiioy ensuivant, ledict ambassadeur est derecbief dépesché vers ledict prince de Parme pour, en conformité des lettres de Sadictc Majesté Impérialle, passer oullre audict iraiclé de paix, ou du moins entendre le temps et lieu où l'on pourroit ultérieurement négocier : dont, ayant eu nouvelle, on vous advertira.

• Pour procéder à laquelle paix l'on a conféré les articles envolez par eenix d'Arihois avec ceulx proposez dernièrement en Louvaiu en présence des ambassadeurs de l'empereur, du roy de France et de la royne d'Angleierre, et trouvé que ceulx envolez par lesdicls d'Arihois sont esté fort bien advisez et assez conformes es poinetz principaulx.

s Mais, puisque les estais généraulx ont trouvé appertenir de besoigner sur lesdicls îirlieles proposez à Louvain, eonmie desjà on a commencé, il samble convenir, pour avancer ladicle paix, d'y rien ebanger encoires jus(|ues à ce que ledict prince de Parme y aura donné responce.

» Laquelle aiant, se eomniimiequera tant avec vous (|u'avee les aidtres provinces, pour en résouidre, en la générallilé, comme pour le plus grand bénéfice du pais sera trouvé convenir.

» Vous priant partant bien sérieusement , pour plus avancer Icdiel affaire, de ne point entrer en traicté particulier sans intervention des aullres provinces, en préjudice de l'union tant soirmneilenient jurée, pour point difficultcr, relarder ou reculer la négocialion généralle encommcncée.

» Considéré que par ce traiclé particulier vous né feriez pas seullemenl lorl évident et

préjudice inestimable à louiie la générailité, mais aussy à Sa Majesté Impérialle, ayant, en faveur et respect de ladicie générailité de tous ces pais, emprins la négociation de ladicte paix.

• Y joinct que l'on voit à l'œil que ledict prince de Parme, par cesie voie oblicque et iraiclé particulier, cerclic disjoindre et distraire les provinces les unes des aultres, semer des diffidences, dissentions et guerres intestines, et derechiefy planter les Espaignolz, Italiens, Bourguignons et aultres leurs adhérens, et ayant mis le glaive en nos cœurs et cnlrailles propres par l'aide et secours des ungs, s'empiéter peu à peu de loiUtes les aidires provinces, l'une après Taullre, ou du moins gaigner sur nous tel avantage que ne saurons parvenir que bien difficilement à la paix désirée, et à conditions fort inicques, honteuses et préjudiciables.

» Là où,demourans joincts et uniz ensamble, et traictans la paix générallement, nous espérons conserver le pais en son entier, et obtenir à moindre difficulté une paix non fraudulente ny insidieuse, mais du tout asseurée, avantaigeuse et honnorable à tout le pais en général.

» A quoy fault aussy considérer que ceste paix particulière ne seroit qu'une paix imaginaire et nouvelle guerre intestine, très-cruelle et très-pernicieuse à touttes les provinces, et l'enthière ruyne d'icelles , voires le vray moien pour retenir les Espaignolz es pais de par deçà, et mesmes en ce pais de Haynnau , contraire à l'intention principalle de la pacification de Gand , qui a esté faicte pour les repoulser du tout.

» Car il est tout certain que les Cspaignolz, veuillaiis faire la guerre aux aultres provinces, s'aideront premiers des villes et plal pais de Haynnau, les rempliront de leur gendarmerie, et les traicleront de la mesme sorte comme ilz font présentement le pais de Luxembourg, Namur et aultres places qu'ilz occupent; et par ainsy vous leur servirez de pont et serez les premiers renduz leurs serfs et esclaves.

» Vous priant aussy meurement considérer qu'il est du tout impossible de besoingner Mir poinctz particulièrement conceus par quelques provinces, sur lesquelz on ne sçauroit jamais résouidre, d'aultant que chascune province vouldioit piendre un pied divers.

» Ains, pour tant plus avancer le repos général et bon ordre de la républicqiie, le meillieur sera , par conmiun advis de la générailité et en présence de voz députez, procéder plus a\ant au traiclé général, en offrant de vous rencontrer et tous aultres en loutle raison, et donner telle satisfaction (|u'on espère certainement qu'aurez bon contentement.

» Vous vouUant bien asseurer que l'intention de Son Altèze et de messieurs les estats généraulx n'a jamais esté et n'est encoires d'introduire la religion dicte réformée en la province de Haynnau ou es aultres provinces et villes qui ne la demanderoient, comme conliennent bien expressément les lettres de Son Altèze à celle fin escriptes à touttes

les provinces, quant et quant le project de ladicle relirjions vrede el l'acte du ix""" de janvier sur ce dépesché.

» Finahlcnienl, sy trouvez quelque diflieulté aux poinelz que dessus ou aultres, venant en comniunicaiion avec la générallilé par voz députez, ou en ceste ville, on vous donnera tout raisonnable contentement, ne demandans Son Altèze et estais généraulx que de faire touttes choses par commune main et correspondance, mesmes par lenlremise et décision de l'assamblée des estais généraulx, laquelle on entend deucment et légitimement faire assambler de brief en lieu convenable el asseuré, ensuivant le pourjcct de Son Allèze et de messieurs du conseil d'Estal sur ce advisé.

• Pour tant, messieurs, nous vous requerrons bien sérieusement et acertes vouloir bien considérer el peser tout ce que dessus et vous y vouloir accommoder, comme la grandeur de l'affaire mérite, et pluslost vouloir assister la générallilé à traicler la paix, au bien, proufïîcl et utilité de loiiiles les provinces unies, qu'en vous desjoignanl et séparant d'icelles, la traicler à part. »

Néantmoins, pour ce mis en avant, l'on ne laissa de passer oultre de plus avant poursuivre le iraiclé susdici , d'aultanl principallemenl que, par les menées du prince d'Oranges, ceulx de Gueidres, Hollande, Zéelande , Utrecht , une partie de Frize et ceulx de Gand avoient fait une nouvelle union', du tout derroganle à la généralle : par où se voioit clairement que ce n'estoil à aullre lin que pour anéantir la religion calholicque el deue obéissance du roy.

Ce faict donna tant plus d'occasion à ceulx de Lille, avec l'auclborité et diligence du sieur de INIontigny, de se joindre avec Arlhois ei llaynnau, pour esire parlicipans du traiclé. Et comme l'on fit sortir quelques séditieux de ladicle ville ayant contrevenu à la pacification de Gand, soubs ce prétexte ceulx dudict Gand, rompant l'accord qu'avoil esté faict avec le sieur de Monligny, cy-dessus repris, déchassarent les calbolicques de leui's églises, en luarent pluisieurs el abolirent tout l'exercice publicque cl privé de leur religion : à quoy tant s'en fault qu'il y eull cbasloy, comme eslionl obligez de faire par ledicl traiclé l'archiduc, esials et prince d'Oranges, que au contraire icelluy d'Oranges renvoia audiclGand les seigneurs prisonniers (|ui avoient esté menez à Tcnremonde soubs sa garde.

D'aullre costé, le prince de Parme, ayant entendu (|ue les reylres des estais, en nombre d(î douze mille eslionl en la Campaigne ^, désemparez d'infanterie, s'aclicnn'na celle pari pour les comballre : de quoy iceulx eurent telle crainle qu'ilz luy cnvoiarcnt offrir de se retirer hors du pais, moiennant saulf-conduict sien, ce qui leur

' L'union d'UtreclU conclue le 23 janvier 1H79. ' La Campine.

fut accordé et maintenu. D'où se venant présenter avec son camp devant Anvers, déchassa de Burgherhaiit, village fort et soubs l'artillerie d'icelle ville, deux régimens de François et Escossois que le prince d'Oranges y avoit fait trenchier, lesquelz furent rembarcz dedens la contrescarpe d'icelle ville. De là vint mectre le siège devant Maesirichl , où y avoit dix enseignes de gens de pied , oultrc les bourgeois et paysans y réfugiez, portant armes , qui passoient cinq mille bons hommes.

Icelle ville, après avoir soustenu pluisieursassaultz, estant battue, au commencement,

de deux costez, entre la porte S'^-Croix et *, ensamble à un bollevercq à la scytie de

la rivière, depuis à la porte de *, avec une infinité de mynes et contremynes qui

se firent d'un costé et d'aullre, se défendant de piet en piet, finablement fut surprinse le matin, 29" de juing, et toutte saccagée, sans que jamais le prince d'Oranges y envolât un seul homme de secours , nonobstant la quantité grande d'argent qu'il tira de la bourse d'un chascun soubs ceste couleur. La vie fut donnée au capitaine Bastien, qui avoit fortifié la ville et ordonné en icelle touttes les réparations nécessaires durant le siège, ensamble aux soldalz et bourgeois qui s'esliont retirez dedens Wick, qu'est la ville delà l'eatnve. En ce siège fut tué le conte de Berlaymonl et xxvii capitaines espaignolz sans cculx des aultres nations.

Après ce siège une partie du camp s'achemina en Gueldres : auquel voiaige les villes de Slralen et Erckelcns se rendirent au roy, et phiisieurs chasteaux.

Durant le siège de Maestricht susdict se commença le traiclè de Coloigne avec les <lèputez de l'empereur, celluy du roy et ceulx des estats assamblez en Anvers, pour parvenir à une finale conclusion d'une pacification et paix généralle. Ceste négociation prinl son conmiencement en ceste sorte : que voyant le roy les cffectz de paix ne se povoir consuivre du temps de don Jehan, pour les diffîdences et aigreurs qu'il y avoit d'un costé et d'aultre, luy mort. Sa Majesté envoia en AUemaigne le S'' Charles d'Arragon, duc de Terranova, sicilien, pour, avec le moien de l'empereur, parvenir, avec articles raisonnables, à ime bonne et asscurée paix; et comme, doiz le mois de ilècembre passé, sur la proposition qu'avoit fait aux estais généraulx, de la part de l'empereur, le conte de Scinvarzemberg, pour encommencer à traicter sur ce négoce, icculx avoient respondu qu'ilz désiriont en premier lieu avoir une surcéance d'armes pour six sepmnines, d'aullnnt que le prince de Parme n'y avoit voulu entendre, l'empereur fit tant que l'assamblée se fit à Coloigne. Dont lediel de Parme, faselié qu'en ce n'y auroil aucune pari, eraindant aussy, pour ee refus, qu'il ne fût reproché du roy désirer plus la guerre que la paix, fit tant qu'il induict les provinces walonnes d'enu-ndre au traicté particulier qui depuis s'ensuivit, leur envolant, par l'èvesque d'Arras,

' Ce blanc est dans le manuscrit.

* Idem.

Jes articles sus représentez, sachant bien que le roy leur accorderoitencoire davantaige, comme estant du tout disposé à bien traicter ses subjectz, et ne vouloir plus user de rudesse.

Les députez dndict seigneur empereur furent les archevesques de Coloigne et Trêves, levesque de Wirlzbourg, le duc de Juilliers, qui y envoia ses subdéléguez, et le susnommé conte de Schwarzeniberg; de la part du roy fut ledit duc de Terranova, et des estais le duc d'Arsehot , abbez de S"'-Gerlrude et Maroilles , le sieur de Grobendonck,catholicques, Franchois d'Ongnics , sieur de Beaurcpaire, Adolfde Meelkercke, Adrien Vander Milen, conseillier de Hollande, Bernard de Mérode, seigneur de Rumen, Adolfde Goes, seigneur de Caldenbrouck, et Agger de Albada.

Le traicté encommeneé en Arias se parachevit durant ce siège aussy, au mois de may : dont furent envolez députez de ehascune province vers le prince de Parme estant audict siège , pour luy faire signer les articles de la conclusion d'icelluy. Mais , comme il n'avoit eneoires entendu l'intention du roy sur l'aggréalion d'icelluy traicté, il larga ' tant à le signer comme chacun sçail, luy servant de fort belle umbre, pour ce faire, sa maladie à la mort. Toultesfois à la fin il signa.

Ce traicté se prolongea plus que de raison ne debvoit, vcu l'intention des deux parties pour y parvenir, parce que pluisieurs des contractans y procédoient plus pour leurs desseins et ambition particulière que pour la raison (mesmes jusques à dèclairer par aucuns des eslats à leur partie le plus secret de leur instruction), faisant soubçonner es mieulx advisez, plus enthiers et moins ambitieux, que le fruict ne réussiroit tel , pour tous en général, qu'il convenoit; aussy que le prince, de son cosié , faisoit advanccr ou reculer la chose selon que l'on se gouvernoit à Coloigne, où y avoit envoie le S^ de Vaulx et conseillier d'Assonleville, oultre ce qu'estant un chascun assez cerlioré de l'intention de Sa Majesté touchant le traicté de Coloigne, rien n'apparoissoit de son cosié quant à cestuy-cy : samblant partant bien estrange aux gens de sain jugement qu'il se faisoit deux traictez, par divers instrumens et députez, en lieux tant divers^ pour une mesnie cause et avec un mesme corps, ce qui n'estoit sans grand soubçon de malengien et tromperie. Mais, comme depuis la bonne intention du roy fut manifeste à plusieurs particuliers, et depuis en général, estant aussy accordé à tous cculx qui y voudrionl entendre dedens trois mois après la publication, de jouir du mesnie fruict, tous les membres en général et particulier y entendirent de telle sorte que sa conclusion s'en ensuival.

Quant à celluy de Coloigne, le prince d'Oranges, entendant qu'il s'asanchoit mieulx qu'il ne désiroit, et que, sy la chose venoit à une conclusion, il seroit frustré de la domination qu'il avoit en Anvers et aultres lieux de Brabant, et l'exercice de sa pré-

' Targa, tarda.

tendue religion anéanti, pour rompre la puissance des catholicques el empescher que le désir qu'ilz aviont de parvenir à la paix ne succédât, pour du tout leur coper les aisles, le jour de l'Ascension, eomme l'archiduc et la pluspart des catholicques dudict Anvers estiont assamhlez en l'église Nostre-Danie, pour faire une procession solemnelle à celle fin de parvenir à une bonne paix , fit alborotter et esmouvoir les siens de telle sorte que non-seullement ilz empescharent ladicle procession , mais déchassarcnt de la ville tous les ecclésiasticques et par ainsy l'exercice de la religion catholicque, ne permectant qu'au seul archiduc d'oyr la messe, touttesfois en sa maison, privément. L'on vouloit aussy faire un massacre de la noblesse et plus signalez de la bourgeoisie : mais, par l'intervention de l'archidue , cela fut appaisc, se contentans pour ceste fois de l'expulsion des gens d'Eglise.

A Bruxelles pensoit faire exécuter le mesme allendroict des ecclésiasticques : mais, comme il se doubtoit que le conte d'Egmont, qui y résidoil, ne s'y opposât avec les bons, qui estoient en grand nombre, escrip\it au gouverneur qu'il avoit mis en ladicte \ille avec garnison, qu'il s'asscuràt de nuict dudict conte, et l'cnvoiasse incontinent à Ramequin. Ce qu'ayant entendu ledict conte, trouva moien de surprendre une porte et faire entrer son régiment en la ville : mais, comme secours arriva incontinent du costé de Vilvorde, et qu'icelluy ne sceut user de la bonne fortune que Dieu luy donnoit à la main comme il convenoit, recevant lettres de l'archiduc par où luy commandoit de sortir incontinent avec ses gens, y obtempérât incontinent. Doit s'est ensuivy depuis l'anéantissement de la religion catholicque en icellc ville.

Ledict conte d'Egmont, estant sorty de Bruxelles en ceste sorte, vint trouver celluy de Lalaing à Mons, où conclurent de s'emparer de Grandmont avec le régiment dudict d'Egmont : ce qui s'exécuta , s'enfuiant la garnison qui y estoit. Dont, de là en peu de jours, ledict d'Egmont siir|)rint, par forme d'escallade, la ville de Ninove, que les Fiamens avoicnt fortifié à la moderne, avec beaux bollewerts, mectant en pièces cincq enseignes qu'il y avoit en garnison.

BientosI après ceste prinse, ceulx de Gand envoiarent le S'd'Argenlieu, colonncl franeois, avec xviii enseignes, bon nombre de cavaillerie el quelques pièces d'artillerie, pour reprendre (iranduionl. Comme ce mesme jour le conte d'Egmont estoit en campaigne,pour quelque emprinse, avec cinq enseignes d'infanterie tant seullemcnt, la compaignie d'hommes d'armes du conte de Lalaing et une de harequebusiers à cheval, se renconiriini à l'improviste, la fesie se passit de telle sorte (|uc les Flamens furent mis en routte,y perdant pluisieurs enseignes, leur artillerie et tontte l'ammonition : n'ayant, du costé dudict conte, perle signalée que du S' de Dixmude, lieutenant de ladicte compaignie du conte de Lalaing, qui récent deux harcquebiisades au bras.

Quoy entendu par le S' de .Montigny , afin de lui donner de son costé plus prompte assisicnce (pinnt seroit de besoing, et se correspondre aisément l'un avec l'aullre , iceluy

prini le chasienu île Haulterive, sciliié sur l'Kscault, en bien forle assiéte entre Tournay et Auclenarde, lequel lieu il (il fort bien forlilier. De là venant à Ninovc avec 800 hommes, print de force le bourg de Rcnaix, que les Flamens avoient fortifié.

En eestc conjuneture la ville d'Allost, par la diligence du conte de Lalaing, fut remise soubs la dcue obéissance du roy, soubs les conditions du traicté d Airas : ce que fil aussy Malines, Nivelle et Bourbourg.

Le xni""" de septembre ledict traicté fut publié à Mons,sur le Marché, en présence du conte de Mansfelt, y député au nom du roy, des S" de Rossignol et Gommicourt , les docteurs \'endcville, floust et Westendorp pour le prince de Parme, ensamble des gouverneurs et députez de cbaseime province et ville entrant audict traicté , dont la teneur s'ensuit '.

Et comme en cestuy traicté ne voulurent entrer le séneschal de Haynnau, nouvellement succédé à la principauté dEspiiioy par la mort de son frère, ny les S" d'Inehy, Vilers et d'Evre, gouverneurs de Tournay et Tournésiz, villes de Bouchain et Landrechies, empescharent samblablement que les places où ilz commandiont n ensuivassenl le bon désir qu'ilz aviont de sappoincter avec le roy, se joindans avec les Ganthois, et eomniençans à exercer actes dhostililez sur le Haynnau; et non conlens de ce, lesdicts d'Inchy cl Vilers se donnarent incontinent après au duc d'.Anjou, recepvans de ses gens en leurs places aultant qu'ilz en avoient de besoing.

Incontinent après, le prince d'Espinoy, ayant laissé embuscade de ses gens joindant Valenciennes, entrât en icelle ville à la cachette, cuidant s'emparer de la place par l'intelligence qu'il y avoit avec les huguenoiz d'icellc ville, qui l'avionl fait venir : mais, par la diligence du S' de Quiévraing ei des bons de la ville, il fut déchassé hors d'icellc; et y arrivant le conie de Lalaing incontinent apiès, fit faire justice bien exemplaire des iraistres et réduict la ville du tout à l'obéissance de Sa Majesté : car juscpif s lors les mauvais avoient empcsché la bonne intention que les gens de bien aviont d'amplecter la pacification.

De là ledict conte de Lalaing s'acheminât vers Landrechies, pour la réduire, où , nonobstant le refus de la porte tpi'on luy fit par pluisieurs fois, et affûter l'artillerie smluy, eut lani d'heur qu'en la fin y entra el déchassa le gouverneur avec ses adhérens.

.Au mesme temps le colonnel Balfour, escossois, qui esloit au service du piince d'Oranges, surprint la ville de Menin, non encoires achevée de fortifier, par telle ruse. Estant le S' de Montigny vers le conte de Lalaing, son frère, pour affaires de grandi' importance, icelliiy Balfour fil aller un (piiilam qui avoit esté oflieier du roy à Courtiay,

' Nous en avons publié le le.xlc, d'après l'original, d;iiis le tome II des Actes des Etals généraux des /'ays-Uas, l!)7C-158S, pp. 5-i2-55l).

vers les S" de Rassenghien et Herpe, lequel promist les faire entrer en ladicte ville par cerlain endroict qu'il donnoit à cogiioislre : chose fort exécutable à l'advis desdicts sieurs. Mais, comme le S'dAllennes, eolonnel de dix enseignes, que le S' de Montigny avoit laissé pour commander à Menin, estant de contraire opinion, et le S' de Strainchamps, lieutenant-colonnel de Montigny, ne s'y vouliont acheminer, iceulx de Rassenghien et de Herpe firent tant, par protestation et menasses, qu'ilz ensuivarcnt en tout leur vouloir : dont ne laissant que deux enseignes à Menin, s'en allarent vers Courtray avec le surplus de leurs forces. Ledict Balfour cepenilant se mit sur la nuict en embuscade avec ses gens près de Menin, et avec l'assistence de ceulx qui vindrent par la rivière, s'empararenl de ladicte place, l'assaillant par pluisieurs costez les plus foibics. Ce qu'estant venu à la cognoissance des trouppes desdicts d'Allennes et Slrainchamps, tant par les feuz qu'ilz voioient audict Menin que par les harcquebusades qu'ilz oioient, y retournarent soudain : mais, estant la place jà prise, et n'y voians apparence la ravoir de ce coup, se retirarenl à Wervy.

En ces entrefaictz se rompit la communication de paix qui se traictoit à Coloigne (comme dessus est dict), et ce en cesle sorte. Comme les députez de l'empereur, après pluisieurs communications, eurent déclairé leur advis sur les articles proposez, premier par les estats, et sur ce que sur iceulx le duc de Terranova offrit au nom du roy , voiant le prince d'Oranges les affaires n'aller suivant son intention , d'aultant que les articles estiont quasy conformes,saulf sur le faict delà religion, dont l'apparence d'im fructueux succèz se monsiroit bien grande, se résouldans les deux parties de céder en ce fait l'une à l'aullre, d'aultant qu'il ne désiroit rien moins qu'un bon accord avec le roy, pour prolonger l'affaire, afin de tant plus brouiller les cartes ce pendant et rendre par-là la négocialion plus difficile ou infructueuse, fit mectre en leste aux députez des estats généranlx qu'aulx advis des députez de l'empereur et du surplus de leur négocié ne se poviont résouidre sans celuy de leurs maistres : usant en oultre de telle subtilité qu'il fit que les provinces ne donnarent point leurs résolutions en forme de corps d'estats, ains les villes tant seullement l'envoiarcnt, (ausquelles par le tumulte et audace des mauvais faisoit serrer la bouche aulx bons) : touttesfois la plus grande et saine partie porta qu'ilz ne vouliont faire la guerre au roy pour la religion. En quoy deschéant de son prétendu, fit supprimer lesdictes résolutions, envolant à Coloigne tant seullement les advis de ceulx qui estiont de contraire oppinion; mandant, par les députez estans en Anvers, que tel esioit eelliiy de tous.

Sur quoy se fit le recès et se rompit l'assamblée. Néanlmoins les députez catholicques ne retournarent en Anvers, ains, se réconcilians avec le roy, s'en vindrent à Mons.

El d'aulinnt qu'aucunes provinces, comme Frizc, Groeninghe et une partie de Brabant se sont appoinctez avec le roy suivant le traicté dudict Coloigne, s'insèrent icy

les articles domandoz par les estais , proposez de la part du roy ei arrestez par le* commissaires de Icmpeieur en vertu de la submissioii faite ailcndroil d'iceiluy '

Sur la fin de cestc assemblée, les huglienotz de Boilieduc, vcuillans par tumulte et Ibrcc constraindre les calliolicques d'amplecter l'union faite à Utrecht susmentionnée, (lonnarent h iceulx occasion de prendre les armes, aussy pour s'opposer à leur violence : dont s'ensuivit une telle mcllée qu'il y en demoura bien 3oO sur la place, restants les calholicques maislres, de telle sorte qu'ilz déchassarent les hughenoiz ou orangistes de leur ville, et se rappoinclcrent avec le roy.

Le mesme fit la ville de Groeninghe en Frize et messire George de Lalaing, conte de Rennenbcrg, gouverneur de ladicte province: mais la pluspart des aultres villes de son gouvernement n'y voulurent entendre, et mesme quiclarent aulx catholicques l'exercice de leur religion. Et d'aultant que cculx de Léewarde, chief-ville de Frize, ne l'osiont faire pour cause du cliasteau (qui jusques lors avoil esté maintenu par ledict conte), s'en empararent par une voye fort extraordinaire, qui fut qu'ilz api)ostareni pluisieurs soldaiz vestuz en habit de cordeliers, lesquelz faisoienl saniblant désire chassez et poursuiviz de bon nombre de peuple (]iii les suiviont, se venant mectre audici cliasteau pour se sauver; duquel leur estant donné l'entrée, s'empararenl de la porte et pontz, de telle sorte (|ue les poursuivans eurent nioicn d'y entrer : dont desmantelarcni incontinent ledict cliasteau, exerçant sur les catholicques leur rage accousumée. Et comme en ceste mesme conjuncture le secrétaire dudict conte de Reniienbeig cstoil entré en la ville, le prindrent |)risonnier et fularent bien diligentcment : sur lequel aiant trouvé pluisieurs blanc(|z signez, s'en aidarent à faire des ordonnances, les |)liis expresses qu'ilz povioni, aux gouverneurs de Harlinghen, Stavercn et aultres, jiour les en faire sortir avecq leurs gens : ce qu'ilz exécularent, ne sachant encoire rien de ce qui cstoit advenu audicl Léewarde. Dont loutte la Frize vint au povoir du prince d'Oranges, qui y fil incontinent proclamer le conte de Rennenberg ennemy de la patrie, et comme tel déchu de ses gouvernemens. De là à peu de jours cuida surprendre la \ille de (îroeninghe : mais, la chose estant descouverle, le conte de Rennenberg fit jiorler aulx coulpables la paine de leur meschancelé. Touttesfois, comme icelle place importoit laiit aiidiit d'Oranges, y fit nicctre le siège par le conte de Hollach : mais, eneoires (|u'il n'y eull (pie les boiirgeois dedens, iceulx se portarent [tellement] avec leur gouverneur qu'ilz attendirent le secours qui leur fut envoie d'un régiment d'Allemans, des compaignies d'hommes d'armes du conte de Lalaing et S'' de .Moniigny, avec ipielques compaignies de chevaulx-légers et aucuns reytres de Martin Scliinck. Icelluy secours

' Tous ces articles sont imprimés dans le RcnicH de la iiégolialion de la paix Iraiclée à Coiiloym; en la présence des commissaires delà Majesté Impériale, entre les ambassadeurs du sérénisisme roy catholique et de l'archiduc Malhias il les estât: du Pais-Has; Anvers, Plantin, in-S» de 574 pages.

exploicla si bien f|ue, venant le conte de Hollach au-devant d'eulx à Hardemberg , pour les coiiibaltrc avec xxvii enseignes d'infanterie, deux mil ehevaulx et qualtre pièces d'artillerie, ilz le défirent à plat, gaignanl de nicsme lartillerie, et ce avec la cavaillerie seullement, soubs la conduite du sieur de Dixmude susnommé : dont le surplus de leurs forces qui estoit devant Groeninglie abandonna de nuict la place, en sy grande haste qu'ilz laissarent derrière un eannon et grand part de l'amnionition. De là le conte de Rennenberg poursuivant la bonne fortune, icelle luy continuait sy bien qu'en peu de mois se fit maislre de tout le plat pais de Drenthe, Tuente, Ommelandes , Overissel et Frize, gaignant en diverses défaictes plus de cent et vingt enseignes sur l'ennemy et xxxvn à XL pièces d'artillerie, avec recouvrement des villes et places de Couvorden, Omme, Mcppel, V^olenhovcn, Stavcrcn, Worckum, Hindeloppen, Slolen, Lemmen, Kuinder, Swartesluys, Delfsicl et aultres, tenant ainsy tous les ports de mer, saulf Harlinghen.

Du costé de Flandres, après la prinse de Menin, le S' de Montigny retira la plusparl de ses forces à Hallewin. fortifiant la place, pour tant plus serrer ceulx de Menin. Mais, d'aultant que le S' de la Noue, ayant amassé toutles les forces qu'il peult,venoil pour l'assiéger, parce qu'il n'avoit vivres ny numilions pour soustenir son effort, se vint nicctre aux fatdbourgs de Lille : qui occasionna ledict de la Noue se jetler sur le fort de W'ervy, (ju'il print de force, comme aussy Warneton, d'où vint mectre le siège devant Commines, où loultesfois n'y fil riens, parée que le conte de Mansfelt (qui esloil retourné en ces quartiers avec cbarge de général au nom du royj, ayant assamblé les forces qu'il peult, la venant secourir, les fît descamper bien viste, nonobstant qu'ilz s'cstionl fort bien fortifiez. De là, ayant reprins Wervy et aultres foriz en Flandres, se venant mectre devant iMortaigne, que le prince d'Kspinoy avoit fait fortifier avec trois enseignes d'infanterie pour sa garde, la print de force, et de mesme Saint-Amand par appoinctcment, où touttesfois y avoit six enseignes; et d'un mesme ebemin se rendirent à luy, que par force que de bonne volonté, tous les chasteaux du Tournésiz.

Et comme la fortune pour ce temps favorisoit ceulx du roy, tournant visaige, donna cest heur au S' de la Noue de surprendre la ville de Ninove, où pour lors estoit le conte d'Egmont avec sa feunne, laquelle fut relaxée: mais luy, contre la promesse (|u'on luy avoit fait et la parolle donnée, fut mené à Gand, où receul une infinité d'indignilez. De mesme façon quasy fut aussytost après surprins Malines. Mais, d'aultre costé, connue le conte de Mansfelt avoit envoie le camp pour ravager la Flandres, le colonnel d'Allennes surprint la ville de Couriray.

Sur la fin d'apviil le prince de Parme, après avoir fait sortir des pais du roy les Espaignolz, réginiens du conte Hanibai et baron de Poiwiiler, alicnians,(ec qu'il n'avoil peu exécuter plus tost pour le retardement de largcnl) s'en vint à Mons, où fut avec grande allégresse receu des députez de toulles les provinces et villes pacifiées, faisant tost après le serment qu'il convenoit pour son acceptation, et en la grande église, fort solennellement.

Sur quoy finirons ces Mémoires.

Laits Deo.

64. — Memoria sucinta de lo sucedido en Frisia mientras yo, el coronel Francisco Verdugo, estava en ella, desde el ano 1580 asta 1596 ' que se perdiô Groninguen (Mémoire succinct de ce qui arriva en Frise dans le temps que moi , le colonel Francisco Verdugo, j'y étais, depuis l'année 1580 jusqu'à l'année 1596, où se perdit Groningue).

In-fol., papier, cartonné, 118 feuillets, écriture de la fin du XVI' ou du commenccnicnt du XVI (« siècle.

Au mois de juillet i 581 le gouvernement et capitainerie générale des provinces de Frise, Groningue, Ommelandes, Overyssel, Drenthe et Linghen étant venu à vaquer par la mort de Georges de Lalaing, comte de Rennenberg, seigneur de Ville, le prince de Parme y envoya Francisco

' Cette date est erronée ; c'est 1594 qu'il faut lire. L'erreur est indubitablement le fait de celui qu; a copié le manuscrit.

Verdugo. colonel d'infanlerie wallonne. « pour y avoir et emprendre la » charce. commandement et «uperintendance sur tous les gens de guerre )> de Sa Majesté, tant de pied que de cheval, estans illecq; conséquamment, n en ladicte qualité, faire tout ce que. pour le service de Sa Majesté, bien » et seurefé desdicts pays, il trouveroit convenir : le tout par manière de » provision, tant et jusques à ce que Sadicte Majesté auroit absolutement » ou aultrement pourveu à une charge et gouvernement tant grand, oné- ) reux et principal ' ■

Groningue fut prise par le comte Maurice de Nassau le 22 juillet 159i, et \ erdugo dut abandonner les provinces à la tête desquelles Alexandre Farnèse lavait placé II mourut à Luxembourg le 2 septembre 159S, au retour dune expédition qu'il avait faite en Champagne.

C'est entre ces deux dates que doit être placée la rédaction du Mémoire dont nous avons à nous occuper ici.

Le manuscrit 10001 * *■ n'en est qu'une copie, et peu correcte, et imparfaite. On ne sait pas où est 1 original. Les copies mêmes sont très-rares; Nicolas Antonio nen a connu aucune. Un gentilhomme valencien, don Francisco Juan de Torres. neveu de l'auteur, en fit paraître, à Naples, en 160o. une traduction italienne sous ce titre: Li Cornent ari di Francesco f erdugo délie cose successe in Frisia nel tempo che egli fù gorernatore et capitan générale in queUa provincia . con la rita del medesimo ^erdugo '.

Nous avons dit que la copie est imparfaite: voici la preuve que le copiste n'a pas achevé son œuvre. Au fol. 116 on lit que. au mois de février 1594, Verdugo écrivit à l'archiduc Ernest et au comte de Fuenles, pour les prévenir que la ville de Groningue était dépounue de moyens de subsistance, et que l'ennemi faisait des préparatifs formidables d'entrée en campagne. Les neuf dernières lignes du fol. 118 v» sont ainsi conçues :

Su Alipza ic resolvio de einbiarme mas génie à cargo del senor conde Hcrman de Bergucs, que, enlrc Alemancs, Valones, Yrlandeses y Espanoles, jiodrian ser hasia mil! y seieoienios 6 mill y ocho cientos soldados. Los Espanoles podrian ser hasia docientos, sacados de ires Icrcios y de doce 6 irece companias, y en ellos benian dos

' Acte du prince de Parme du 17 janrier 15&4 qui alloae à Verdugo 4,000 florins par an pour les dépenses que lai occasionne la charge dont il est rerêtu. (ÂrchiTes dn royanme.) ' Ocboa, CaJàloffo razonado de los manuterilot espanoles, etc., p. 12â.

capilnncs Ihimatlos Jiiaii de Zornosa y Solomayor. Enlio esta gcnte bcnia mutlias pcrsonas parliciilares y solclailos lioiinados, toda '.

Dans cette Relation de 236 pages il n'y a aucune division des matières, pas un seul alinéa, pas de ponctuation : ce qui en rend la lecture fatigante.

Elle n'en est pas moins très-curieuse, et celui qui voudrait écrire une histoire particulière et détaillée des guerres de Frise ne pourrait puiser à une meilleure source. INous en avons traduit les huit premières pages, où Verdugo raconte les événements qui précédèrent son arrivée à Groningue :

« Après que le seigneur prince de Parme eut pris Maestricht , et que les provinces d'Artois et de Ilainaut, voyant la mauvaise intention du prince d'Orange, qui était de se faire seigneur absolu de tous les Pays-Bas et de chercher son protit particulier aux dépens du bien public*, se furent réconciliées avec le roi, il fut stipulé que tous les étrangers qui servaient le roi dans les Pays-Bas en sortiraient. En exécution de cet accord, les trois régiments (tercios) d'Espagnols et la cavalerie de la même nation prirent le chemin de Luxembourg : je faisais près de cette troupe l'onice de mestre de camp général, le comte de ftlansfelt étant occupé en Hainaut et en Artois.

)) Les Espagnols étant arrivés à Arlon et aux alentours de cette ville, le prince de Parme, qui les conduisait, les remit au seigneur Oclavio de Gonzaga, général de la cavalerie, et, ayant pris congé d'eux, retourna à Namur, et de là à Mons. Il partit d'Arlon le 1"' avril 1580. Je logeai ladite troupe sur le chemin d'Italie; puis, comme je ne pouvais l'accompagner, à cause que j'étais chargé du gouvernement de Thionville et que ma femme était près de s'accoucher ', j'allai à Luxembourg. Quant au gouvernement de Thionville, j'aurais voulu en être déchargé: j'en tis la demande à Son Altesse, et je m'adressai aussi pour cela à la noblesse et au conseil du pays : de Son Altesse jamais je ne pus avoir de résolution, et ceux de Luxem-

' Traduclioii : Son AIlcssc se résolut à iii'cnvoycr un renfort de troupes sous les ordres du comte Ilcrman de Bergli, d'environ 1,700 à 1,800 soldats alloniands, wallons, irlandais et espagnols. Il pouvait y avoir 200 Espagnols, tires de trois régiments et de douze ou treize eonipagnies ; avec eux venaient deux eapitaines , nommés .luan de Zornosa et Sotoniayor. Parmi ces gens on comptait beaucoup de personnes particulières et d'honorables soldats, tous

• ., Por eono/.er ellas la mala yntencion del prineijie de Oranje, que liera liaccrse senor abso-

luto de todo cl Pais Uaxo , y buscar su proveclio particular, olvidendo cl bien piïblico »

» a Por lener à cargo la villa de Tionvila, y por eslar mi mugcr para parir •

bourg me répondirent cfue, ne m'ayant pas donné le gouvernement de Thionville, ils ne pouvaient me loter: ils ajoutèrent qu'ils ne se regardaient pas comme obligés à tenir ce qu'avaient promis les autres provinces : car la leur ne s'était pas jointe à elles. Je demeurai donc tranquille, attendant, ou qu'on me donnât mon congé, ou que ma femme pût se mettre en route. Madame de Parme, que le roi envoyait pour gouverner les affaires politiques aux Pays-Bas . tandis que son fils dirigerait celles de la guerre, arriva en ce temps à Luxembourg : je lui fis part de mon désir de retourner en Espagne; elle me défendit d'y donner suite sans ordre du roi ou d'elle, parce qu'elle désirait m emplo}er au service de Sa Majesté.

» Au temps du seigneur don Juan , la ville de Groningue s'était arrangée avec le prince d'Orange et les états généraux, publiant et déclarant, au son des cloches, ledit don Juan pour ennemi. Les états généraux avaient nommé gouverneur de Frise le comte de Boussu. Le prince d'Orange craignait Boussu : il connaissait sa valeur: il lavait abusé longtemps par la promesse du mariage de sa fille avec lui et par d'autres , sans qu'il en eût rempli aucune ' ; il fit en sorte que ce gouvernement fût donné au comte de Rennenberg, comme si cela venait de lui-même '.

)) Entre la ville de Groningue et le pays d'alentour ' il y a eu toujours de grandes disputes sur leurs privilèges et prétentions respectifs. Ceux de la ville, voyant que ceux du pays étaient favorisés des états, du prince d'Orange et du comte de Rennenberg, résolurent de se réconcilier avec Sa Majesté: ils déclarèienl leur intention au prince de Parme, qui s'empressa de l'accueillir. Son Altesse désirait en même temps attirer au service du roi ledit comte: elle lui envoya à cet effet sa sœur madame de Moncheaux et le mari de celle-ci. Au commencement Rennenberg fit des dilficultés; mais enfin il céda, et il se i-éconcilia de même avec la ville de Groningue, qu il tenait assiégée peu auparavant. Y étant entré, tous les bons se concertèrent avec lui afin de prendre les armes à une heure fixée, et de se faire maîtres des mauvais. Ceux-ci. soupçonnant- quelque chose, avaient fait

' « .... El principe de Oranje, tcniicndo este cavalière, conoscicndolc de valor, ypor haverlc traydo riiganalo mucho licmpo coii prnmessa del casamiento de su hija con él, sin otras promesas que le havia Iieclio, siii niniplirle niii{;iiiia "

' « roiiii) cosa snj.n y imcsla dp su niano »

' Ce qu'on appelait lis Oiriiui-laudes.

demander du secours à leurs amis, et ce secours était si proche que. si le comte eût tardé quelques heures, les mauvais auraient fait à son égard ce qu'il fit contre eux. en ayant tué un ou deux et pris un certain nombre.

» Les élats et le prince dOrange. ayant appris la résolution du comte de Rennenberg et de la ville de Groningue. résolurent d'assiéger cette ville: ils firent construire plusieurs forts à l'enlour. Le comte et ceux de la ville envovèrent au prince de Parme pour lui demander, avec de grandes instances, qu'il ne les abandonnât pas. Le prince, désirant les secourir, voulut y employer le baron de Billy avec un régiment d'Allemands que. peu auparavant, celui-ci avait levé. Billy s'excusa de marcher en personne par des raisons que j'ignore : mais son régiment se dirigea vers Groningue avec quelques compagnies d'hommes d'armes et de chevau-légers , le tout sous le commandement du colonel Martin Schenck. qui depuis peu de temps était passé au service du roi.

» Ce secours chemina jusque près de Coevorden, dont lennenii s était emparé: par ce motif il prit la route de llerdenberg. Les ennemis <[ui assiégeaient Groningue. informés de son approche, vinrent à sa rencontre près dudit endroit. Le comte de Hollac, qui était à leur tète, voulut combattre, se fiant au nombre de ses gens, qui était supérieur au nôtre; il fut battu. Ceux qui étaient restés dans les forts devant la ville les abandonnèrent aussitôt qu'ils reçurent la nouvelle de celte défaite.

» La ville a^ant été secourue, les bourgeois, voulant commander absolument, comme toujours ils l'ont prétendu, usaient de beaucoup d'indignités envers le comte de Rennenberg. Fatigué de leur conduite, il demanda de pouvoir aller baiser les mains à Son Altesse, et qu'on lui envoyât quelqu'un avec des arquebusiers wallons, pour mêler ceux-ci avec les |)iques allemandes : car il avait trois régiments de celles-ci. et il était mal obéi et respecté des deux de monsieui- de Billy, à cause de la prétention que leur colonel formait au gouvernement, et de celui de Gueldre parce qu'il ne voulait pas exécuter ses ordres. Son Altesse proposa à monsieur de Billy de faire ce voyage; il s'en excusa comme déjà il l'avait fait. Le comte cependant sollicitait avec instance son congé. Son Altesse , de lavis des étals de Hainaut et d'Artois, du comte de Lalaing et du marquis de Renty. me lit appeler à Luxembourg, où j'étais. Quoiqu'il me parut que je ne pouvais letourner aux Pa\s-Bas sans ordre du roi , puisque celait par son ordre

que j'en étais sorti . considérant que Sa Majesté m'avait prescrit d'obéir à tout ce que Son Altesse me commanderait pour son service, je partis pour Valenciennes. où Son Altesse était alors. Quand elle m'eut déclaré le sujet pour lequel elle m'avait mandé, je lui dis que, à mon départ de Luxembourg, je m étais proposé de ne refuser rien de ce qu elle me commanderait pour le service du roi ; que je n'avais jamais été en Frise et ne connaissais pas l'état où les affaires s'y trouvaient; que je la suppliais en conséquence de me donner les moyens qu'elle jugerait nécessaires, car je n'étais jaloux que de lui obéir, me confiant d'ailleurs qu'étant, comme je l'étais, son serviteur et créature de sa mère, il ne m'en^ errait pas autrement qu'il était convenable. Les états , ainsi que le comte de Lalaing et le marquis de Renty, son frère, me demandèrent également que je fisse ce voyage '.

» Les moyens que Son Altesse mit à ma disposition consistèrent en ce que je lèverais 2.000 arquebusiers wallons : car on ne put me rendre mon régiment, comme on me l'avait promis, le comte Octave de Mansfelt. qui l'avait, et son père, n'y voulant pas consentir. On me pourvut de 40.000 écus qui furent envoyés à Kerpen avec un payeur et un commissaire; c'était là que devait être passée la revue de mes gens. Je m'y rendis. Tandis que

' » Socorrida esla ticrra, los de clla, queriendo mandar absolutamente, como siempre han pretendido, liusavan muchas yndignidadcs contra este cavallcro que, aunque havia mostrado valor y heclio algunas buenas cosas àntes que yo Ucgasse, no por esso le rrespectavan ni tenian en mas. Fastidiado del procéder dellos, pretendio yr à besar las manos à Su Altcza, pidiendo con grande ynstancia que le embiassc alguna pcrsona acompanada de arcabuzeria walona para mcsclarla en las picas alemanas, por tener 1res rcgimicntos dellos y scr mal obedecido y rrespectado de los dos de mons' de Villi,por la pretension que su coronel lenia al govierno, y cl de Gueldres por ser desobedicnle. Su Altcza tralô con mons' de Villi que hiciesse este viajc , y se cscuso conio àntes. El conde solicitava ymportunaracnte su licencia : Su .\lteza, con pareccr de los eslados de Henao y Artués, del conde de Lalyng y marques de Rcnli, primos suyos, me embiaron â llamar, que cstava en Lucemburg ; y , aunque me parescia que yo no havia de bolvcr â entrar en el pays sin ordcn del rey , puescon clla liavia salido, todavia, considerando que yo ténia orden de Su Mag"*, como se vcrd por sus carias que yo tcngo , de obcdecer en todo lo que por su scrvicio Su Altcza me mandasse, me parti para Valencianas, adonde por enlonccs cstava. Declaràndome la causa de mi vcnida, le dixe que, â mi partida à Lucemburg, liavia propucslo de no rreliusarle nada de todo quanto me mandasse por el servicio del rey; que jo no havia cstado jamàs en Frisia, ni savia como las cosas dcUa estavan; Su Altcza fucse servido de provcermc como via scr nccesario; que yo no entenderia sino à obcdeccrie, confiàndomc que, siendo yo tan su scrvidor y hechura de su madré, no me embiaria sino como se deve. Los estados y el conde de Lalyng y su hirmano el marqués me bablaron lambicn, pidiéndomc hiciesse este viajc ».

j'y attendais mes capitaines, arriva la maladie du comte de Rennenberg causée, selon ses domestiques, par le mauvais traitement que lui faisaient ceux de Groningue, lesquels voulaient exercer une autorité absolue. Ceux-ci m'envoyèrent le conseiller Georges Oostcndorp et le capitaine Finqueburg, qui était du conseil de la ville, pour me représenter le besoin qu'ils avaient de moi et de mon régiment . Jean-Baptiste de Tassis , lieutenant-colonel de monsieur de lîilly. qu'ils avaient contraint à entrer en Frise, ayant été mis en déroute avec toute l'armée , et les ennemis s'étant logés tout près de la ville.

» Mon régiment se trouvant réuni à Kerpen , j'appris , au moment où j'allais le passer en revue, la mort du comte de Rennenberg. Cet événement me fit hâter mon départ. Je reconnus la nécessité d'avoir quelque cavalerie, car mon régiment n'était composé que d'arquebusiers. En ce moment monsieur de Buy était à Cologne, y levant une cornette de reitres pour le duc d'Alençon :, le capitaine en était Adam Van Langen. Je sus qu'il avait eu une discussion avec monsieur de Buy pour des écus faux que celui-ci lui avait donnés. Je lui envoyai le commissaire Louis de Camargo, afin de lui proposer de se joindre à moi. Il vint me trouver en une abbaye près de Cologne. Nous nous arrangeâmes ; je lui donnai quatre cents écus : il s'obligea à me conduire en Frise, à condition que je voulusse supplier Son Altesse de le recevoir au service du roi. Il accomplit sa promesse: je réalisai la mienne. Son Altesse l'admit dans les troupes royales, et il se comporta très-bien au siège de Tournai.

» Nous partimes pour la Frise, lui par terre, côtoyant le Rhin avec tous

les chevaux de sa cornette et ceux de mon régiment, moi par eau

Les ennemis, apprenant mon approche, se retirèrent de devant Groningue. après avoir mis le feu à leur quartier »

65. — Diario in relatione del viaggio di monsignor Camillo Borghese, auditore délia reverenda Caméra, da Roma in Spagna, mandatovi nuntio straordinario a quella corte da papa Clémente ottavo, lanno 1 594, régnante Philippe Seconde (Journal ou Relation du voyage de monsignor Camille Borghese, auditeur de la Chambre apostolique, de Rome en Espagne, où il fut envoyé comme nonce extraordinaire par Clément VIII, en 1594, sous le règne de Philippe H).

Cahier de 72 feuillets,' écriture du XVII' siècle, assez peu soignée, faisant partie d'un Recueil de documents, relié en veau, intitulé au dos : Relalioni diverse.

Le bruit répandu des préparatifs que faisait le Turc ' dans le dessein d'envahir la chrétienté, et particulièrement les Etats d'Autriche, engagea Clément VIII, en 1593. à réclamer les secours des princes catholiques contre les infidèles.

Il comptait surtout sur le roi d'Espagne, et pour exciter son zèle, il résolut de lui envoyer un nonce extraordinaire. Il fit choix, pour cette mission, de Camille Borghese, qui n'était alors qu'auditeur de la chambre apostolique, mais auquel, en 1596. il donna le chapeau, et qui s'assit luimême dans la chaire de saint Pierre, au mois de mai 1603, sous le nom de Paul V.

Borghese quitta Rome le 22 novembre IS93; il s'embarqua, le 27, à Civita-Vecchia : le 2 janvier 1S94 seulement il débarqua à Barcelone, d'où

' Aiiiuralli III, qui numla sur le trône en lî)7i et mourut le 17 janvier 1595.

il partit, le S. pour Madrid. Il mit vingt jours à faire le trajet entre ces deux capitales. Le 30 il eut sa première audience de Philippe IL Le 13 juin, ayant accompli sa mission, il quitta Madrid; arrivé à Valence le 22. il s'y embarqua. Le H août il était de retour à Rome.

C'est le Journal ou Relation de ce voyage que nous avons ici. et qui a été rédigé par quelqu'un de la suite du nonce, comme le prouve un passage de la Relation même où l'auteur, à propos de l'invitation que Borghèse reçut du duc de l'Infantado de venir loger à son palais de Guadalajàra. dit : « Pour ne point couper la journée, Monseigneur ne voulut pas accep- » ter; mais le matin il m'envoya visiter le duc. et lui faire ses remercî- » ments '. »

Les vingt-sept premiers feuillets sont consacrés au récit du voyage de Rome à Barcelone et de Barcelone à Madrid : je ne m'y arrêterai pas . quoiqu'il s'y trouve bien des particularités curieuses.

Borghèse eut, comme je l'ai dit, sa première audience du roi le 30 janvier. Il s'y rendit, accompagné d'un grand nombre de gentilshommes et de prélats.

« A cette audience publique, qui n'est consacrée qu'à des compliments, nous fûmes présents tous. A cette occasion nous vîmes le roi : chose qui eût été difficile autrement, car, depuis plusieurs mois, il vit dans la retraite. Le roi est de petite stature, d'un aspect jovial; il a la bouche grosse; il est tout blanc, ce qui donne de la gravité à sa personne. II était vêtu entièrement de noir, avec l'épée et le manteau et un béret qu'ils nomment gorra.

» Quand nous entrâmes, Sa Majesté était assise dans un fauteuil de velours noir. Dès qu'elle aperçut Monseigneur, elle se leva, s'appuyant à une petite table couverte aussi de velours noir et placée sous le dais. La chambre n'était pas très-grande; elle était tendue de draps magnifiques, mais sans or. A la gauche du roi étaient trois ou quatre grands d'Espagne; à la droite le comte de Chinchon, don Juan d'Idiaquez et don Cristoval de Mora, avec trois ou quatre menins ou petits pages, qui sont des fils de princes. Sa Majesté se découvrit et fit couvrir Monseigneur, à qui elle montra un visage gracieux.

' u Pcr non Ironcar la giornata, Monsignorc lion volsc acccllar liiivilo, ni!i la mallina niando

nie a visilare quel iluca cl congraliarlc dcl favorc « (Kol. 26 v".)

') A l'issue de l'audience, laquelle dura peu. Monseigneur se rendit auprès du prince et de l'infante ', qui étaient dans les appartements de celleci. L'infante était vêtue de velours noir. Elle est âgée de vingt-huit ans, et plutôt jolie que laide. Sa taille est médiocre, quoiqu'elle se grandisse avec ses pantoufles ; elle a la bouche grande et grosse à l'autrichienne ; sa peau est olivâtre et ses cheveux noirs. Elle portait dans sa coiffure une plume blanche.

n Le prince était vêtu de blanc; il portait une épée dorée, avec le manteau et le béret à la mode du père, mais le béret était garni d'un grand panache blanc. Sa taille n'est pas très-élevée; il a dépassé sa seizième année; il a la bouche grande et grosse comme sa sœur.

» Ces sérénissimes princes demeurèrent pendant tout le temps debout sous un dais de brocard ; et le prince parla pour lui et pour l'infante, quoique Monseigneur eût remis des brefs du saint-père à tous deux '. »

Le même jour le nonce eut audience de l'archiduc Albert, qui habitait le palais avec le roi, le prince et l'infante.

' Le prince qui fut depuis Philippe III et l'infante Isabelle.

' A quesia audienza pubblica, che non servô ad altro che per complimonlo, fummo présent!

tutti, cl cou qucsta occasione vedcrcmo il re, che saria stato difficile in altro tempo, per star ritirato da molli mesi in qua ; ilquale è di slalura picciola, di aspelto gioviale, et con bocca grossa, e lutlo canuto, che li rende gravilà. Era vestilo di nigro positivamente con una beretta che chiamano gorra, con la spada et cappa.

" Quando cntrassimo, Sua Maestà era a sedere in una sedia di vclluto negro ; et subito cheMonsignore fù in caméra, Icvossi impicdc, appogiato ad un lavolino coperto di vcluto nero sotio il baldacchino. I.a caméra non era mollo grande, et era tapezzata di panni bellissimi, ma senza oro.

" .\ssislenti a questa audienza erano a nian stanca tre ô quattro grandi et in man drilta il conte di Cincione, don Gio. d'idiaquez et don Cristoforo di iMora, con tre o quatlro mcniiii, che sono paggi piccioli, che sono ligliuoli di principi. Sua Macslà cavossi la beretla et fcce coprirc Monsignore, nios- Irando grala ccra.

■ Uscito dalla audienza, che durô poco, sene andô dalli scrcnissimi signori principe et infanta, qui unili animisero Monsignore nelle stanze délia infanta, quale era vestila di negro di vclluto fatlo ad "pera. É di età d'anni 28, daspelto piii presto bello che brulto, di persona non mcu mollo grande, bcnchè si aiuli con le pianelle,la bocca grande et grossa à l'auslriaca, di carnagione olivastra, con capelli negri, cl haveva in testa una piuma hianca.

" Il principe poi era vcslilo di bianro con calza intégra, spata dorata, con cappa et gorra a guisa del padre, ma con panacchio grande bianco. Di statura non assai molto grande, essendo fora d'clà di 16 anni, ha la bocca grande cl grossa.

• Quesli serenissiiiii stelero seniprc impiede solto un baldacchino di broccato, et il principe parlo per se et per l'infanta, non obstante che Jlonsignore desse brève a tutti due » (Fol. 28-29.)

L'impératrice Marie, sœur du roi, avait une autre résidence ': le nonce se présenta à son audience le lendemain. Lauteur de la Relation trouva en elle « une vieille femme toute sainte, vêtue comme une religieuse, avec » un voile attaché à la tète: » il fut frappé, d'ailleurs, de sa ressemblance avec le roi '.

Le jeudi (3 février) le nonce retourna chez le roi : mais, cette fois, comme il se traita d'affaires, l'audience fut secrète '.

Après avoir rapporté ces faits, l'auteur anonyme entre dans des détails intéressants sur l'aspect physique de Madrid, dont il estime la population à oO,000 feux; sur le palais royal; sur les maisons des grands et de la bourgeoisie; sur les habillements des hommes et des femmes, lesquelles se mettaient tant de fard sur le visage qu'elles paraissaient réellement peintes': sur les mœurs et les usages, la vie domestique, etc. (Fol. 51 v»-37.)

Il fait ensuite connaître la composition et les attributions des conseils par lesquels se gouvernaient les difl'érents royaumes et pays dont était formée la monarchie espagnole.

Le principal d'entre eux, le conseil d'Etat, qui n'avait d'autre président que le roi lui-même, était composé du cardinal-archiduc Albert , du cardinal de Tolède, de don Juan de Idiaquez, de don Cristoval de Mora, du comte de Chinchon, du marquis de Velada, du comte de Fuensalida et du prince Doria; il avait pour secrétaires don Francisco et don Martin de Idiaquez. (Fol. 39.)

Les autres conseils avaient pour chefs ou présidents : le conseil royal de Castille et le conseil de la cdmara, don Rodrigo Vazquez: le conseil suprême de l'inquisition, le cardinal de Tolède, inquisiteur général: le conseil des finances et de la conladuria, le licenciado Laguna; le conseil des ordres. '; le conseil delà cruzada, don Francisco d'Avila, commissaire

' Voy. nos Relations des ambassadeurs vénilicns sur Charles-Quint et Philippe II , pp. 227 et 246.

• i E una vecchiarella tulta sauta, vcstita corne una suora, con il manto in testa, di effigie

siraile al rè » (Fol. 51.)

• » .... II giovcdi Monsigaore ritorno alla audienza dcl rc. la qualc fù sécréta, perché si Irattava dl negotii .... " (Ibid.)

• o .... Usando tutto le donc communcmente li lisci, con li quali altcrano la lora carnaggione ncgra per natura , chc se ne pongono lanto che paiano propriamcnte dipinte .... • (Fol. 33 V.)

' La présidence était vacante.

général; le conseil des Indes, ' : le conseil d'Aragon, le docteur Simon

Figiieroa, chancelier; le conseil dltalie, le cardinal de Tolède; le conseil

de Portugal ; le conseil de Flandre, Nicolas Damant, garde des sceaux.

« Tout récemment — poursuit le narrateur — S. M. a institué une junte avec autorité suprême sur tous les autres conseils et pouvoir de décider les affaires les plus importantes : cette junte est composée du prince d'Espagne, du cardinal-archiduc Albert, de don Juan de Idiaquez, du marquis de Velada, de don Cristoval de Mora el du comte de Chinchon. » (Fol. 48.)

Des conseils nous passons aux alcades de cour, civils et criminels, dont le Diario nous donne le nombre et les attributions. (Fol. 48-50.)

Puis viennent : l'énumération des revenus du roi; la liste des archevêchés et évèchés, avec le chiffre de ce qu'ils rapportent; celle des ducs, marquis et comtes qui sont grands d'Espagne. (Fol. SOvo-62.)

Suivent quelques détails sur les cérémonies de la chapelle rojale, où le roi, depuis plusieurs années, ne se montrait plus publiquement, sur le cortège des grands et des seigneurs qui accompagnaient le prince quand il sortait à cheval. (Fol. 63-(io.)

I.ie roi, à cause de son âge de soixante-dix ans passés, ne mangeait plus en public : mais le prince le faisait souvent. Aucun apparat ne se remarquait en cette occasion : le prince était seul à une petite table; on ne lui .ippoitait pas plus de quatre ou six plats, et le service n'était pas supérieiM- à celui des grands dans leurs banquets. Un de ses oHlciers, après avoir découpé les viandes, ce qu'il faisait sans la moindre grâce, posait le plat devant lui ^

Lorsque le roi, étant à Madrid, voulait se récréer, il allait à sa maison des champs, Casa de Canipo, située tout près de cette ville. A une distance plus grande il avait Aranjuez, que, pour ses jardins, l'auteur regarde

' I.a prûsidencc de ce con.seil vaquait comme celle du conseil des ordres.

' " .... il re, per csser vccchio di settanta aniii compili, non raancia allrimente in publico : ma il sercnissimo principe si vcdc bcn spesso mangiare, nella tavela del qiialc non si vcde maeslà vcruna, ma mancia solo in un lavolini) , ncl qualc non porlano più de quattro o soi piatti , et il suc servitio non c inegliorc di quelle que u.sano qucsti grandi ne loro banchctti; el uuo gli taglia scnza un ininimo garbo, et li ponc il piallo inanzi.... • (Fol. CS v».)

comme la plus belle chose, non-seulement de l'Espagne, mais peut-être «lu monde entier '. Sa résidence favorite était toutefois l'Escurial. qu'il avait bàli.

Le roi aimait qu'on traitât les affaires avec lui par des mémoires, qu'il envoyait aux conseils dans les attributions desquels ces affaires étaient. Mais toutes les choses importantes, comme celle pour laquelle le pape lui avait envoyé Borghèse . il les remettait, le plus souvent, à don Juan de Idiaquez '.

Le narrateur se plaint beaucoup de la lenteur avec laquelle les affaires s'expédiaient à la cour d'Espagne : « Dans cette cour, dit-il. on ne tient » nul compte du temps: la moindre affaire exige des années pour être » conclue'. » A ce sujet il cite un propos plaisant qui fut tenu à don Juan de Idiaquez par un père carme, lequel lui dit un jour que les ministres royaux auraient été de bons ofliciers de l'Eternité, parce qu'ils s'efforçaient constamment de faire trainer les choses en longueur '. Ce propos rappelle celui de don Pedro de Tolède que nous avons cité ailleurs ^

Notre anonyme se plaint encore de la hauteur de la nation espagnole : ce n'était pas seulement chez les ministres principaux qu'elle se faisait remarquer : les portiers et les pages eux-mêmes observaient une gravité telle qu'il fallait leur parler le bonnet en main : ce qui n'empêchait pas que, s'ils rendaient le moindre service à une ambassade, tout aussitôt ils n'en vinssent chercher la rémunération. Il conclut de cela, avec raison, que celui qui voulait venir à la cour de Madrid devait avoir une bourse bien fournie *.

' " .... Per giardino c iioii solu la più bclla cosa di Spagna, ma forsè di tutto il mondo.... » (Fol. 67 v°.)

' !• .... Tulle le cose gravi al più le liiiielle al sigiior U. Gio d Idiaquez. corne ha falto qucsio per clic è venulo monsignore audilore.... » (Fol. 08.)

' o .... In quesla cortc non chi lien conlo del timpo, che un negolio. benchè facile, vuole gl" aiini in lerniinarlo.... • (Fol. litl.)

• o .... Onde a tal proposilo fù mollo gralioso quel padre carnielilano che disse un giorno a don Gio. d'Idiaquez che !i ininislri rcgii sariano slali buoni olBciali délia Eternilà, poichè procurono d; pcrpeluare sempre li negolii... » (Fol. 6U.)

* liclations dos ambussadcnrs vùiiilicin sur Cltarlcs-Qiiinl cl Pliilippe 1/ , p. 201.

' • .... .Non solo li minisiri principali osservano queslo dccoro, ma anco i porlieri cl i paggi, quali stanno in lanla gravita che coiivicne parlarli con la bcrrella in mano. et a pena fatlovi un poco di

238 HISTOIRES, RELATIOîNS, MÉMOIRES.

Enfin, après cinq mois environ de sollicitations, Borghèse fut expédié. Le roi lui déclara qu'il donnerait 300.000 écus pour aider l'empereur, et lui en fit espérer encore autant.

On a vu que le nonce avait repris le chemin de l'Italie le 13 juin: le Diario est très-bref sur ce voyage de retour.

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