IV. — Au grand maître, Saragossc, 2S octobre 1S
La Roche-Beaucourt entretient principalement M. de Boissy des ouvertures qui lui ont été faites, tant par le roi catholique que par le seigneur de Chièvres, le nouveau grand chancelier Gattinara et le gouverneur de Bresse,
• Antonio .Augustin. Ferdinand le Calliolique l'avait fait prendre et enfermer dans la forteresse de Simancas, parce qu'il s'était permis, selon Sandoval (liv. m, § xvii) de parler d'amour à la reine Germaine. Après la mort de Ferdinand, le cardinal Ximcnes le fit mettre en liberté.
• Ce passage est peu intelligible : nous le donnons littéralement d'après la copie qui est certiliée conforme au texte de la Bibliothèque.
' Le mariage d'Éléonorc avec Emmanuel le Fortuné, roi de Portugal, venait d'être conclu.
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afin qu'une entrevue ait lieu entre le grand maître et M. de Chièvres où les questions qui divisent encore les deux cours puissent être résolues. 11 lui annonce ensuite le prochain départ du roi catholique pour Barcelone.
J'ay receu voz lettres du xV de ce moys et aiissy celles du roy et de Madame, et celles que resciipl au roy eatholicque; les toutes j'ay présentées là où esloient présens le cardinal de Tourtousc', messieurs de Chièvres et clianeellier nouvellement fait 2, gouverneur de IJresse^ et la Chaulx. Quant il eut veu lesdiclcs lettres, il osia son bonnet et me dist qu'il csioit fort joyeulx d'avoir sccu le bon voulloir du roy, et (ju'il esloit délibéré de demeurer tousjours son bon filz et de luy obéir comme à son père, et que à luy ne tiendroit si l'allyance et amyiié d'eulx deux ne s'entretient à jamais, car il congnoist que tout bien en vient. Amprcs je luy diz de continuer tousjours ce bon propoz, et lui déclaray la bonne voulenté du roy. E(, pour ce que par plusieurs lois mondict sieur de Chièvres m'avoit parlé qu'il lui sembloit que, pour vuyder et asseoir la ratifficacion de ce mariage, et aussy que pour rendre plus eslroicle l'allyance et parler de plusieurs requestes qui n'avoient esté faictes par cy-devanl, qu'il estoil besoing que vous et lediet sieur de Chièvres vous trouvissiez ensemble pour diviser de toutes choses, et que il est bien requis, auparavant que deux telz personnages que vous et luy s'assemblent, que l'on saiehe d'une pari et d'autre les demandes et requestes que l'on est délibéré de faire, et qu'il me souvenoil bien que à Cambray on se cuyda deppartir sans riens faire, qui seroit une mauvaise chose pour l'adxenyr, alors lediet sieur roy me rcspond qu'il est vray, mais qu'il luy semble ipie, (piant il n'y aroit que trois articles seullement, qu'il est bien requis s'assembler, qui est pour le premier de confermer le mariage, l'autre de faire nouvelle allyanee et plus estroicle, le tierce pour regarder et conmiuniequer la forme que Ion tiendra de faire la guerre au Turc. Je ne me conlentay |)oint de cesdicts trois articles et voulus seavoir plus avant. A ceste cause je fuz remys au lendemain, heure de troys heures après midi ; et, avant les troys heures, mondict sieur de Chièvres me manda que je montasse sur ma muUe, et qu'il se trouveroit aux champs, alïîn que nous parlissions ensendjie bien au long de plusieurs choses : ce que je feiz. Et me tint propoz des cincq articles dont lediet domp-prévost vous a parlé, et oultre ung là où il tasehe bien fort : c'est de cesl appoineiement de monsieur de Gueldrcs. Hz se plaignent tousjours et disent qu'il ne tient chose qu'il promeete, et que tout ce qu'il fait, c'est soubz lumbre du roy, et qu'ilz le vouldroient bien prier, au pis aller, qu'il ne feust tenu de luy ayder en son (ort. Les autres cincq articles il m'en parla bien
' Adrien d'L'lrecht, évèque de Tortose, ancien précepteur de Charles-Quint, fait cardinal par Léon X l'année précédente.
* Mercurino di Galtinara. Le grand chancelier Jean le Sauvage était mort à Saragosse le 0 juin. ' Laurent de Gorrevod, chevalier de la Toison d'or, conseiller et chambellan du roi.
oO DEPECHES DES AMBASSADEURS.
sobrement, réservé des c"' escuz, etqu'ilz vouldroicnt bien qu'ilz feussent remys à n'en paier que i."' escuz, et seullenient pour son honneur trouver qu'on luy a reproché qu'il en est cause, parce que le feu roy d'Arragon n'en paioit non plus : mais, quant ce ne sera le plaisir du roy, cela n'est rien, car ilz paieront aussy bien comme ilz ont aecoustunié; et que pour ccste cause ne autres qu'on meete en avant n'empeschera rap|K)inctemenl, amylié et allyance qui est faicte entre culx, et que le roy, sondict sieur et maistre, est tousjours délibéré l'entretenir. Et aftin que l'on ne face cas de ces c"" escuz, regardez des lettres que je vous ay escriptes, tant auparavant que la Chaulx allast de par delà que depuis, qu'ilz avoient fait tousjours requeste de diminuer lesdicts c" escuz, seulement qu'ilz ne s'en estoient point fait presser de les payer et continuer; et n'y a nul qui en face cas que le dom-prévost, lequel leur a escript qu'il luy semble les diminuer, el qu'il a trouvé l'inveneion (ouïe nouvelle pour laquelle le roy et Madame se doyvent contenter, et sont après pour ensuyvre cestedicte invencion : mais, nonobstant cela, m'a tousjours déclaré qu'ilz ne s'entendent point sur les c'° ne sur les aultres diets articles; aussy louchant les Suysscs, qu'il est bon tout ainsi qu'ilz le vous ont fait dire par ledicl domp-prévost et le désirent. Toutesfois j'ay parié que,(|uand viendra à la mire, ilz y penseront, et touchant l'empire, que des neuf eslisans ilz ont les sept, et leur semble que les deux s'entendeni avccques le roy, dont ilz le vouldroicnt bien, pour qu'il n'y feist point de nuysance à leur affaire, et de faire plus estroicte allyance trouvent très-bonne la foime quem'avez mandé.
Monseigneur, nonobstant que j'avoye eu tous ces devis avecques ledicl sieur de Chièvres, ilz m'ont délayé jusques à aujourd'huy avant que j'eusse certaine responce. \ ce matin, à huit heures, je me suis trouvé au logis dudict sieur de Chièvres, là où esloit le chancellier et le gouverneur de Bresse avecques luy, lesquelz m'ont dit seullement les choses que je vous escriptz icy-dessus, el que d'autres choses ilz n'ont à parler ne niectre en avant, et qu'il ne reste que d'entreprendre le lieu pour vous trouver et le jour, el que ce pendant, quant ilz auront bien pensé en tous leurs affaires et qui leur semblera qu'il y ait autres requestes à faire, (ju'ilz les vous pourront dire, et que, si vous voyez (ju'ilz ne soient raisonnables non-seullement ceux-là, mais tous les autres cy-dessus, que sans nulle faulle ilz ne donneront point occasion que le roy en soil mal content, ne vous, mais que leur entretenez lesdicts appoinctemens faiz par cy-devant, et que, de vostre part, pensez ce que vouldrez faire, et que, si les choses sont raisonnables, que le roy leur maistre le fera, et qu'ilz le prennent sur leur vye. Et semble bien à mondict sieur de Chièvres (jue, si vous estes assemblez vous deux, que ferez quelque bonne chose, et que serez cause de vuyder toutes les occasions qui pourroient estre cause pour l'advenyr de toutes questions et débatz, et qu'il ne vous faull craindre la peine de vous trouver ensemble, et le plus tost que faire se pourra; et ne feust-ce que de la déclaration qui sera faicte dudicl mariage, si sera-ce beaucoup el ung grant œuvre et esbahissemem
des cnnemj's de ces deux roys. Nous avons osli- ei sommes en grant soing d'ordonner le lieu là où vous ferez vostre assemblée.
Le roy eathoiicque s'en va, le lendemain de la feste de Toussains, à Barcelone : il y a d'icy quarante lieues, et de là s'en va en Parpignan et à Saulces. Si vous accordez de vous assembler aveeques niondict sieur de Chièvres, il ma asseuré de ne demourer à Barcelone que troys ou quatre jours, et qu'il ])artira pour s'en aller là où vous adviserez
Ledict sieur de Chièvres m'a dit qu'il n'assignera point le lieu et que vous le faietes, et qu'il yra, pour ne vous donner si grand peine, oultre Thoulouse xx ou xxv lieues. Il est fort courroucé de la mortalité d'Angoumoys, car il feust allé jusques à Coignac. Sur toutes choses II désire que à bricf ceste entreprinse se face pour plusieurs affaires qu'ilz ont de par deçà : car ilz n'ont riens faict en tout ce royaulme d'Arragon, ne Barcelone et Vallence, et toutes leurs prières n'ont de riens scrvy. Ledict sieur roy eathoiicque désire fort aller à ^'alence, et luy semble qu'il gaignera trop mieulx sa noblesse es [lays de par delà, et qu'ilz seront cause de faire réduire cl rendre bons et obéissans ceulx d'icy
Fait à Saragosse, le xxv" jour d'octobre.
(MS. 8486, foL 97.)
\ . Au p;rand maitre. Saragosse, 3 novembre 1318.
L'ambassadeur parle d'abord d'une sentence qui venait d'être rendue dans un différend entre le village dHendaye et ceux de Fontarabie. Puis il dit :
Les gens du pays de par deçà et la plus part sont grands bragards • et font assez de mal dire, et encores plus les Flamans et Bourguignons en ont mauvaise volume le possible. Mais je croy qu'ilz ne le feront plus : car il leur sera renionstré par ceste bonne et saincle personne le chancellicr -, qui est venu nouveau, qui a esté d'autres foys président de Dolle et autrefoys cassé et privé dudict ollice, ainsi que m'a dit monsieur de Chièvres ^.
La RocheBeaucourt parle ensuite de dispositions militaires qui ont été faites à Naples, et il continue :
Pareillement ilz ont assemblé tous leurs gens d'armes de par deçà, qui sont trois cens
' Ce mol a-l-il été bien lu? Bragard, selon Roquefort, veut dire : galant, gentil, aimable. * Gattinara, comme il est dit pag. 49, note 2.
' M. Huart, à la suite du discours que nous avons cité p. -t, note 3, donne l'acte de deslilulion de Gattinara, mais il n'en fait pas connaître la date.
hommes d'armes, aeeouslrcz comme ceulx qui erucifièrent iNostre-Seigneiir, iing chevallier pour hoivmie trarmes, Icsquelz iiz ont envoyez sur les marches de \avarre ,et font bruict demeure sus dix mille hommes de pied, et délibèrent de ne rendre jamais ledict royaume de Navarre. Je suis certain cpie de leur gré ilz n'en fei-ont point de conscience, quelque chose qu'ilz promeclent, ne de cela ne de toutes autres choses, car je vous asseure que je n'ay point esté en compaignie de gens qui facent moins de estime de demande!' ne aussi de promectre et de leur part ne tenir riens, et vcullent tousjours gaigner.
Après cela il revient sur l'entrevue désirée par iM.de Chièvres, et annonce que le départ de Saragosse est retardé par le mauvais vouloir des Aragonais.
Monseigneur, par plusieurs foys je me suis trouvé avec monsieur de Chièvres depuis la derrenière dépesche que je vous envoyay; et, en devisant de plusieurs choses, me disoit : « Je m'esbays comme monsieur le grand maistre de France crainct de soy » trouver à ceste assendjlée. Il sçait bien que nous ne pourrions jamais départir que » bien : car nous avons trois articles à accorder, que le moindre est sullisant de » l'assemblée, » qui sont les trois que je vous rescriptz dernièrement; et de ce qu'ilz demandent, là où le roy ne vouidroit y entendre, qu'ilz ne sont délibérez de ne prendre que de bonne part toutes les demandes qu'ilz vous feront ; et celles qu'ilz vous ont fait par cy-devant viennent de leur ambassadeur qui est de par delà, pour tant qu'il les asseure qu'ilz ne demanderont choses dont ilz soient refl'usez. Je ne sçay quelz propoz on luy en tient : mais l'audiencier l'a asseure de pour tout vray de par dfçà, et en parlant des alfaires , aucunes foys m'a bien dit monsieur de Chièvres et ledict audiencier que le roy et Madame sont de bon vouloir et qu'ilz en sont bien asseurcz. Leurdict ambassadeur les en aeertaine fort.
Aussi je vous advise que nous ne partons |)oint si losl de ceste ville que l'on m'avoit dit. Messieurs de Sarragosse tiennent tousjours leur roy en dissimulacion sans faire riens pour luy, et disent que, s'il n'actent les courts * et mcet ordre de paier les debtes cl acomplir le testament du feu roy d'Arragon, et pourvoir au fait de la justice, qu'ilz ne luy feront autre chose. Mondict sieur de Chièvres m'a dit que hier ledict sieur roy, son maistre, les feit requérir et sommer de déelairer leur vouloir, ou autrement est délibéré s'en aller. Je croy qu'il ne sera point si mauvais ne si hastif, car il retarderoit la somme d'argent qu'ilz ont accoustumé donner, qui n'est pas petite chose, car c'est en somme six cens mille ducalz, tant d'icy que de Barsclonne et Vallence, qui se gouvernent par ceidx de ceste ville.
Fait à Sarragosse le in'"' jour de novembre.
' Les coiirls, les corlès.
CHARLES-QIINT. 53
Dans un P. S. l'ambassadeur parle des embarras d'argent du roi catholique, d une somme quil a voulu emprunter à la reine Germaine de Koix, des instanees que Ion fait à cette princesse pour qu'elle épouse le frère du duc de Bavière ou le jeune marquis de Brandebourg, etc.
Depuis CCS Icltrcs esciiples, j'iiy secii (juc l'empereur demande une grosse somme d'argent au roy son lilz et lui tient propoz de cesl empire , et souvent viennent courriers. Ledict loy faict dilligencc de trouver trois cens mil ducatz, et a envoyé quérir tous ceul\ qu'il pense avoir bonne bourse de par deçà. Il ne se trouve point de deniers que sur l'advance de ce que promectent les villes et royaumes qui sont sonmiez, qui ne se paie que par trois ans, et ceulx qui ont les deniers ne veullent aclendre ledict
temps Il a voulu empruncter soixante mil ducatz de la royned'Arragon, ainsi qu'elle
me disi arsoir'; elle s'excusa qu'elle n'en avoit point. On la presse de engaiger ses bagues, ce qu'elle n'a voulu faire, et n'est pas contente de lacompaignie. L'on la presse fort de la marier avec le frère du duc de Bavyères, ou bien avec le jeune marquis de Brandebourg qui est icy. Pareillement elle m'a dit qu'elle ne fera riens. Et oultre (|u'ilz sont après pour luy faire donner son droit quelle prétend à iNaples, je croy que du droit (]u'elle dcmandoit à Navarre, quelle en a fait quelque chose avec ledict roy calholicque. Je n'en siu's pas bien asseuré; mais je le sçauray bien brief Elle m'en a parlé fort maigrement. Et si vous dilz plus que, s'il y avoit mary compeclaiii pour elle en France, que je croy qu'elle le prcndroit, sans avoir regard à ce qu'elle m'a dit auliT foys qu'elle ciist esté mariée avec ung roy.
(MS. 8486, fol. 46.)
VI. — .\u grand maître, sans indication de lieu ni de date (Saragosse, 16 novembre 1518).
Ce que M. de Chièvres lui a dit du dessein de l'empereur d'aller avec une grosse armée se faire couronner à Rome, et des représentations que le roi catholique a faites à son aïeul contre ce projet; ce qu'il a répondu là-dessus à M. de Chièvres: dispositions militaires faites en îNavarre et à Naples; difficultés que rencontre le roi catholique de la part des cortès d'Aragon; désir de la reine Germaine de Foix d'épouser M. de Lautrec; lenteur calculée que met la reine Eléonore fi se rendre auprès de son mari; mécontentement des Flamands qui sont à la cour; insistance de M. de Chièvres pour l'entrevue proposée par lui.
' ./rjoir, hier soir.
Anjourdhiiy, en estant à lesbat avccques monsieur de Cliiévres, après plusieurs divises qu'avons eu ensemble, je luy ay demandé que c'estoit qu'il me vouloii dire qui estoit tant au proufïil et hoinieur du roy et du roy son maistre, qu'il avoit promis me dire il a y deux jours. C'est en elTect que l'empereur a fait une grosse armée, amassé grosse somme d'argent, soubz ombre d'aller contre le Turc, et que le roy son maistre avoit esté adverly qu'il s'en alloit à Romme, seullement pour eslre couronné empereur; que ledict roy son maistre n'a pas trouvé bon , ne luy aussy, et que, à ceste cause, il a envoyé devers l'empereur, luy remonstrant que, pour ceste assemblée, se pourroil esmouvoir quelque chose entre les roys, princes et toute la crestienté, et qu'il le prioil et conseilloit de ne bouger, et que, pour évader les inconvéniens, il envoyeroit devers nostre saint-père le pape, pour l'advertyr de toutes ces choses et qu'il vauldroit mieulx luy envoyer la couronne, et que tous dangers cesseroient par ce moyen.
J'ay réplicqué audiet sieur de Chièvres que eeste couronne ne se peut envoyer sans en adveriyr le roy et autres qu'il fault appeller, et aussy que l'empereur n'est point sy tost presl pour y aller, cl que nostre saint-père le pape, pour mon adviz, sçait bien ceste entreprise, et que, si c'est pour le bien de chreslienté, aii tout il sçanra bien donner ordre ; toutesfoys je suis bien ayse de le sçavoir, pour le vous mander et advertyrle roy. Dont il a esté de cest adviz, et m'a dit plus qu'il ne vouidroit pour riens que le roy ne sceust que le roy son maistre n'en eust escript, alTm que l'on ne pense qu'il y ait de la fascherie : car il m'a juré que ce qu'il en a fait c'est seullement pour garder l'entreprise dudicl empereur. Aussy en ont-ilz fait escripre par le légat qui est icy. Silz en ont responce, à mon adviz, que j'en sçauray quelque chose. Vous avez des ambassadeurs à Romme et devers l'empereur : je croy que en toutes choses le roy est adverty.
Au surplus j'ay sceu aujourduy, d'ung homme de bien et seur, qu'on fait de grosses réparations en Navarre, et tous les jours avccques artillerye et amonitions, comme s'ilz dévoient demain avoir la guerre. Aussy envoycnt-ilz en Xapples des gens de pyé, feignant (jue c'est pour se garder du Turcq. Et quant ledict sieur de Chièvres a sceu que je le sçavoye bien, il le m'a bien voulu dire : toutesfoys qu'il m'a dit que le Turcq ne fait nulle assemblée de gens de guerre pour vcnyr de par deçà, qui est tout au contraire de ce que dessus, et qu'ilz ont ung gentilhomme de Turcquye qui leur mande tous les jours des nouvelles, et qu'il luy semble que, pour ceste année, ledict Turcq a assez affaire contre sophie ' et ung marquis (?), et que les armées d'une part et d'autre ne sont point dcspartyes, et ([ue ung esleu souldan liiit grosse armée pour se allyer avecques lesdicts sophie et marquis.
Monseigneur, nous sommes encores en ceste bonne ville de Saragouce par le moyen des courtz, qui ne despeschent point leur roy. Je doubte qu'il actendra longtemps, car
' Le sotl dp Perse.
ilz lie veullont riens faire pour le roy que tout en la foniie et manière qti'ilz ont acoustumé à ses prédécesseurs, et fault endurer cela, ou aultreuieni il n'aura pas ung lienyer eleneores moins d'obéissanee. Si vous faietes eeste entreprise de vous trouver avecqucs monsieur de Chièvres et quelle soit bientosi, il seroit fort eonlent de soy partyr d'icy, sans s'en aller à Barselonne, pour se trouver là où vous adviserez. Vous en mandci-ez le vouloir du roy : mais je le vous vucil pryer, et tant eoinme je puis, que si vous rejectez ceslc veue diey à longtemps, que nie geetez liorz d'icy, ou autrement je y demeureray pour les gaiges, car je ne m'y puis revenyr de ma maladye ne faire que ce soit; et si je m'en voys, je seray guéry pour vous aeeompaigner quant vous viendrez.
Je vous diray bien des nouvelles : c'est que monsieur de Lautrec est à maryer, el que la royne d'Arragon le vouidroit avoir espousé, et je le sçay bien, comme celly à qui elle l'a dit. La royne de Portugal n'est point encores arrivée en son royaume, et le plus long chemin qu'elle a peu trouver elle l'a pris, et vous prometz que la veue du roy son mary ne luy tarde point , et ne couchera avec luy de huit jours.
Autres nouvelles. Messieurs les Flamens s'en vont les ungs emprês les autres, et croy que dans long temps il n'y en aura guères. Hz ne sont pas conlcns du maistre ne du gouverneur, car je prens sur moy que la pluspart s'en vont par iiécessité : car ilz ont eu de si grands nialadyes et alTiiires que les pouvres gens sont esgarez.
Monsieur de Chièvres m'a dit derechef que, en vous assemblant , vous ferez de grandes choses, et que ne despartirez jamais que bien, et qu'il n'en fault point avoir de crainte, et que, de la part de son maistre, il ne requérera chose dont on se doibve courrousser; aussy m'a dit que le roy son maistre est fort tenu à Madame de ce qu'elle a escript à nostre saint-père le pape, qu'il s'employast à faire le mariage de luy et de madame Charlotte. Je vous asseure bien qu'il ne fault point que nul s'employe en ce mariage, car le plus grand peur qu'ilz ont en ce monde, c'est qu'on ne la luy vueille bailler, et vous le verrez, quelque chose qu'ilz ayent demandé et demandent. Le légat et ambassadeur qui sont icy m'en ont parlé et dit que nostre saint-père le pape leur a rescript que surtout ilz tiennent la main à ce mariage, et qu'ilz y donnent toute la faveur qu'ilz pourront. Je leur ay fait une responce assez de sorte pour ne m'en parler plus, car il m'ennuye qu'il semble aux gens que nous poursuyvons ung tel cas en craincte et qu'il ne le veult faire, el je congnoys icy tout du contraire, et que la chose qui est plus nécessaire audict roy calholicciuc, c'est d'avoir eeste allyance, el qu'il ne s'en peull passer. De l'advenyr je m'en rapporte ad ce qui en sera
(MS. 8466, fol. 81.)