‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de BelgiqueChapitre 27 sur 39 · H11.I1>PE H · texte numérisé non relu

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semés à l'empereur pour larrangenient des alTaires des Pays-Bas : « il n'en veult accepter » un seul ny acceptera, qu'il ne lui coustc touts sesdicts paîs devant (]ue les consentir. •

Pag. 544. — Le roi à Forquevaulx. Paris. 2 août lo69. Envoi des pouvoirs et inslructions pour les mariages; recommandations particulières :

Monsieur de Forquevaulx , oultre ce que vous entendrez de mon intention et volonté par les pouvoirs et instructions que je vous envoyé présentement touchant les mariages, et ce que de vous-mesmes pourrez, selon voslre accoustumce prudence, juger estre convenable et à propos de remonstrer, en cesi endroit, au roy calholicque, mon bon frère, pour le bien et repos commun de la chrcslienté et de noz royaulmes et Estais, je veulx bien vous adviser que je désire grandement qu'entre autres choses vous luy représentiez et mettiez devant les yeulx combien ce sera chose utille, bienséante et digne des lieux et grandeur où il a pieu à Dieu nous constituer, que de voir nostre très-grande amitié estre encores, par si bons et louables effcclz et par si seurs moyens et liens, tellement confirmée et augmentée que l'on en puisse justement espérer tout bon fruict, à la confusion des ennemis communs de la chrestienté et de noz rebelles: à quoy nous serons d'autant plus maintenant tenus et obligez de nous entr'ayder ei assister de tout ce que Dieu a mis en nostre puissance, comme estant ceste cause commune et laquelle, apréz l'honneur de Dieu, regarde plus particulièrement la conservation de nostre royaulme; et qu'estant ainsi, vous pourrez, monsieur de Forquevaulx, dire audict roy, mon bon frère , que comme je me veulx promettre de luy une perpétuelle continuation de bonne volonté et de touts les effects dessusdiets, aussi vous avez charge de luy asseurer tousjours qu'il ne deffauldra riens en eest endroit de mon costé, et que je metlray peine de luy donner toute occasion de croire le semblable de moy et la syncérité de mes intentions, mesmes en tout ce que luy touchera.

Voyià donc ce que je vous prie de bien faire entendre et gouster audict S' roy, mon bon frère, afin de tenir la main à faire accomplir et effectuer lesdicts mariages au plus tost qu'il se pourra : m'asseurant bien que nostre saint-père et beaucoup d'autres princes et potentats en recevront très-grand plaisir et fairont en ecsl endroit touts bons offices, comme pour chose très-utille et nécessaire pour le bien universel, et conforme à la vraye opinion que l'on a et au fruict que l'on espère de la saincie amitié et volonté de si grands princes. Et sur ce, etc.

Pag. ."347. — Pouvoir du roi très-chrétien au S"^ de Forquevaulx pour traiter de son mariage avec l'archiduchesse Elisabeth, donné à Paris, le 50 juillet lo69.

Pag. 548. — Pouvoir du roi très-chrétien au S"^ de Forquevaulx pour

traiter du mariage de madame Marguerite de Valois avec le roi de Portugal, même date.

Pag. 5ol. — Instruction au S"" de Forquevaulx sur le fait du mariage d'entre le roi et madame Elisabeth, seconde fille de lempereur, datée de Paris, le 2 août 1.j69.

Pag. 3(H. — Instruction au S"" de Forquevaulx sur le fait du mariage de madame 3Iarguerite de Valois avec le roi de Portugal, même date.

Pag. 367. — A la reine, Madrid, 3 septembre 1569. 11 est allé à l'audience du roi, qu'il a trouvé en bonne volonté de procéder au traité des mariages : mais lambassadeur de Portugal n'a pas encore reçu les pouvoirs de son maître. — Le cardinal de Sigùenza et le prince d'Eboli lui ont tenu le même langage que le roi.

Pag. 570. — Au roi, iMadrid, il septembre lo()9. Il a reçu, le 25' août, les pouvoirs et instructions du roi; le lendemain il a eu audience du roi catholique, et il y est retourné le 12 septembre. On attend toujours les pouvoirs du roi de Portugal.

Pag. 389. — Au roi, .Madrid, 28 septembre lo()9. Cette lettre roule sur le délai que le roi de Portugal apportait à l'envoi de ses pouvoirs.

Pag. 597. — A la reine, même date. Il ne lui parait pas vraisemblable que la commission de Portugal tarde tant, quoi quon lui dise, si le roi catholique l'a sérieusement demandée et si le roi de Portugal est animé de bon vouloir.

Pag. 406. La reine à Forquevaulx, Plessis-lez-Tours, 8 septembre 1569. Elle le charge de remercier je roi de ce qu'il a écrit à l'empereur afin qu'aucunes forces d'Allemagne ne viennent en France, et de le presser pour l'envoi des quatre mille Espagnols.

Pag. 411. — La reine à Forquevaulx, Plessis-lez-Tours, 50 septembre 1569. Elle trouve fort étrange que, depuis l'envoi des procurations pour la conclusion du mariage du roi son fils, ils n'en aient eu aucunes nouvelles. Cela la met en une peine extrême.

Pag. 412. — Le roi à Forquevaulx, Plessis-lcz-Tours, .. octobre 1569. Il envoie à Madrid le S"^ Hieronjnio Gondi, pour informer le roi catholique de toutes les particularités de la grande et signalée victoire remportée par le duc d'Anjou sur ses rebelles '.

' A .Montcontour le 5 octobre.

Pag 41 S. — Au roi. .Madrid. 5 novembre 1509. Nouvelles de la guerre de Grenade : le petit roi des Morisques a été tué par un Turc; à sa place ils ont élu son oncle. — Forquevaulx envoie les articles qu'il a discutés avec l'ambassadeur de rcinpereur pour le mariage, et parmi lesquels il y en a que le roi trouvera bien étranges.

Pag. 418. — A la reine, même date. Le roi de Portugal a consulté sur son mariage les villes de son royaume : toutes ont été d'avis quil épouse madame .Marguerite de Valois, excepté Coïmbre et Porto, qui préféreraient

larchiducbesse Elisabeth. — Opposition de la princesse dofia Juana.

Forquevaulx est persuadé que le roi catholique procède avec sincérité : mais — ajoute- 1- il — « si est-ce qu'ils sont tous si fins et couverts en )) leurs négoces que je ne m'y tie point, car ils ont leur intérest sur toutes » choses devant les yeulx. » — Le roi catholique est allé passer la Toussaint à l'Escurial; il sera de retour dans trois jours.

Pag. 4;21. — Le roi à Forquevaulx. du camp de la Lande, 27 octobre 1569. Il approuve le langage tenu par Forquevaulx au roi catholique sur le fait des mariages. — Il trouve qu'il y a un peu de négligence du coté du Portugal. — Quoiqu'il lui ait écrit de ne traiter de son mariage sans celui de sa sœur, il 1 autorise maintenant à en faire lobjet d une négociation séparée. — Il espère que sous peu ses rebelles seront rangés à la raison et son royaume paisible.

Pag. 120. — Au roi. Madrid. 29 novembre 1569. Levées extraordinaires en Ciastille pour la guerre de Grenade. — Le roi catholique a déclaré, le 23 novembre, qu il veut aller à Cordoue : les grands seigneurs de Castille et les bonnes villes y sont mandés pour le lo janvier, le roi y voulant tenir les corlés. Il ira, pour les fêtes de Noël, à ÎNotre-Dame de Guadalupe. — Le cardinal de Sigùenza sera du voyage, « car rien ne s'y peust faire sans » luy: » mais les conseils demeureront à Madrid.

Pag. 459. — A la reine, même date. Portrait du roi de Portugal :

Madame, il me semble que je fairoisdesloyaulé si je vous cellois ce que m'a cstédict, de peu de jours cii çà, louchaiii le roy de Porlugal : c'est qu'il ticiil beaucoup de l'humeur du feu prince d'Espaigne, sujcct à sa leste, bisarrc, variable cl Icrriblcmenl obstiné en SCS opinions. Mais ne me faiclcs point, s'il vous piaisl, autheur de ces advis. Davantage suis advcrty que tous ses médecins jugent, et les astrologues judiciaires, qu'il ne sera point long liommc, et une partie desdicis médecins conseille qu'il le fault marier de bonne

heure, afin de divertir certaine fluxion du cerveau qui lui descend sur l'estomac et remédier à une secrettc maladie qu'on appelle gonorrce, à laquelle il estsubjecl; Iceulx docteurs néantnioins disent qu'il est habille pour avoir enfans. L'autre bande dissuade et deffcnd de le marier, car ce sera luy advancer sa fin ; et tous, d'ung sentiment, le condamnent à vivre peu d'années. Il est vray. Madame, qu'ils se consollent au^ict royaulme de ce que, si ledict seigneur roy venoit à mourir jeune (ce que Dieu ne veuille), ils ont le seii?neur don Duart, cage de trente-deux ans, qui pourroit espouser sa femme, si elle n'avoit enfans, comme plus proche à la couronne : par lequel expédient Madame, seur du roy, demeureroit roync, et l'alliance de voz royaulmcs en son entier. En cella, Madame, de la bisarrerie dudict jeune roy, il fault espérer qu'il se changera de mal en bien à mesure qu'il croistra en cage, car il n'a que quinze ou seize ans, et est excusable aussi de tant qu'il a esté nourri du berceau à la portugaise , c'est-à-dire en superbe et vanité : estant au reste si enfant, selon que le prince d'Evoly me disoit dernièrement , qu'il fault, par manière de dire, le mener et traicter avec des pomes en la main, et non avec la raison nv remonstrances, pour ce qu'il ne cognoist ny veult entendre ce que luy est bon ou mauvais; et son conseil , composé de jeunes hommes, l'entretient en ses folles présumptions, sans faire conte de la royne son ayeule, ny de croire son conseil aucunement : dont Sa Majesté Catholicque s'en sent fort picqué; et la mcsnie princesse, sa mère, n'y a point de crédit

Pag. 443. — Au roi. Madrid, 18 décembre 1S69. Le roi catholique lui a fait dire, par Ça) as, que les forces qu'il fait lever sont pour le châtiment des rebelles de Grenade; qu'il partira pour Cordoue après les Rois, et que Forquevaulx lui fera plaisir de l'accompagner, comme feront les autres ambassadeurs. — L'archevêque de Séville a été mandé par le roi, qui lui a annoncé qu'il l'avait choisi pour aller au-devant de l'archiduchesse Anne, à Gènes. Avec lui ira un des grands de Castille. Ils s'enjbarqueront à Barcelone ou à Rosas, en janvier ou février.

Pag. 449. — A la reine, Madrid, 19 décembre 1569. Nouvelles conjectures et réflexions concernant le mariage de madame Marguerite avec le roi de Portugal. — Don Juan de Borja, qui est parti le 10 pour aller remplacer, comme ambassadeur du roi catholique à Lisbonne, don Hernando Carrillo, a charge de faire des instances très-expresses afin que le roi de Portugal envoie sa procuration.

Pag. 473. - Le roi à Forquevaulx, du camp de la Lande, 8 novembre 1569. Suite du succès de ses armes :

Estant arrivé en mon armée, l'efl^ro) en est venu si grand à mes ennemis et rebelles

que, sans aucune résistance, ils oui quitté et abandonné une grande partie des villes qu'ils tenoint, entre autres celles de Lusignan et \ainles; cl depuis j'ay tousjours tenu

assiégée celle de Saint-Jchan-d'Angely, de sorte que je la tiens comme rendue en

ma main : me restant bien peu que je ne sois du tout paisible, par la force et laide que Dieu ma donnée en mes airaircs, lors(ju'elles sembloinl désespérées

Pag. 477. — Le roi à Forquevaulx. du camp de Tonna} -Boutonne, 27 novembre 15G9. Il lui communique létal de ses affaires, pour quil en rende compte au roi catholique. — Ceux de Saint-Jean-d'Angely, qui avaient promis de se rendre, ont manqué à leur parole. Il espère les en punir, et après les avoir contraints à se rendre, il se propose daller assiéger la Rochelle. Il désire savoir quel secours le roi catholique lui donnera, si des troupes viennent d Wllemagne renforcer ses ennemis. — Si Ion dit à Forquevaulx que la paix se fait en France, il répondra « qu il ny a encore >i rien d acheminé » , et il assurera le roi catholique quil sera le premier averti , au cas que la chose se fasse.

Pag. 484. — Le roi à Forquevaulx, du camp de Saint-Jean . 1 7 décembre 1569. Il lui envoie ses réponses sur les articles qui ont été discutés entre lui et l'ambassadeur de l'empereur au sujet du mariage , et le charge de conclure le plus tôt possible. — Il lui recommande aussi de presser l'envoi des quatre mille Espagnols promis par le roi catholique.

Pag. 510. — Au roi, Madrid, ..janvier 1570. Il a eu audience du roi catholique, à lEscurial, le 23 décembre. Il rend compte de ce qu'il lui a dit et des réponses du roi. Ce monarque est tout à fait opposé à ce que le roi fasse la paix avec les huguenots; il promet que les quatre mille Espagnols entreront en France aussitôt qu'on sera prêt à les recevoir. — Il sera de retour à Madrid le 9: deux ou trois jours après il partira pour Cordoue. où le cardinal de Sigùenza le précédera. — Nouvelles de la guerre de Grenade. — Don Pedro Henriquez ' va féliciter le roi sur la victoire de Montcontour. — Le comte de Monteagudo remplace à V ienne le S"^ de Chantonay. Luis Vanegas reviendra avec la reine d'Espagne, qui sera à Gènes dans le courant du mois de mars ; l'archevêque de Séville et le duc de Bejar s'embarqueront à Barcelone, en février, pour aller au-devant d'elle.

Pag. 520. — A la reine, même date. Il ajoute quelques détails à ceux que

' Frère du prieur don Anlonio de Tolède, grand ccuyer du roi, et de la duchcs-se d'.Xlbe.

contient sa lettre au roi. — 11 s'exprime sur la paix, dont le bruit court qu'il se traite en France, en des termes propres à en détourner la reine.

Pag. 528. — A la reine, Madrid, 7 janvier 1d70. Affaire du mariage. A propos d'un écrit qu'il a remis au secrétaire Çayas, pour le traduire en espagnol, il dit: « C'estoil afin que le cardinal de Ciguence l'entendît » mieulx, pour ce qu'il n'entend un seul mot de François. » — IVouvelles observations contre la paix avec les huguenots. — Avis favorables de Portugal relativement au mariage du roi avec madame Marguerite. — Le roi catholique a envoyé 6.0(10 écus, pour épingles, à l'archiduchesse Anne, et il donne en présent à l'impératrice 100,000 écus payables en cinq ans. — Le roi sera le S à Madrid, et partira pour Cordoue dans la quinzaine. — Il est impossible à Forquevaulx de le suivre, si la reine ne lui en donne les moyens.

Pag 5Ô5. — Au roi, Madrid, 18 janvier 1570. La conclusion du mariage du roi très-chrétien avec l'archiduchesse Elisabeth a été arrêtée le 9 janvier; le contrat en a été dressé en langue espagnole et signé, le 1-4, par Forquevaulx et le baron de Dietrichstein. Avant la signature, Diciriclislein déclara " que l'empereur, son seigneur, nentendoit, comme il n'avoit jamais entendu, » soy départir de la poursuite du recouvrement de Melz, Toul et Verdun, » jaçoit qu'il vous ait accordé la princesse Izabeau, sa (ille, ny avoir pour >. cella voullu ny entendu préjudicquer aux droits et prétensions du Saint- » Empire, ne pouvant moins faire que d'cstre conservateur des droicts » d'icelluy, puisqu'il en est le chef. » Forquevaulx demanda s'il entendait que cette déclaration fût insérée dans le traité, ou qu'elle fit l'objet d'un acte à part : dans l'un comme dans I autre cas il aurait refusé sa signature; il lui fut répondu, par Dietrichstein et les autres seigneurs présents, que ce n'était qu'une formalité, et pour l'acquit et décharge de l'empereur envers l'Empire. — Le roi catholique est parti, le 15. pour Cordoue. — La princesse Anne est toujours attendue à Gènes dans le mois de mars.

Pa<T. 542. — A la reine, même date. Le traité de mariage du roi catholique a été signé un demi-quart d'heure plus tôt que celui du roi, en présence des mêmes seigneurs. L'empereur avait demandé que les deux traités se fissent en même temps, voulant que les princesses ses filles fussent égales en toutes choses. — Forquevaulx sollicite un présent pour le secrétraire Çayas, qui a reçu le traité. — En récompense de la part qu'il y a prise,

il supplie « que le roi l'aide à marier une sienne grande fille bien laide. » — Mariage de Portugal : nouvelles reçues de ce pays; bonnes dispositions manifestées par la princesse dofia Juana. — Quelqu'un que Forquevaulx a envoyé en Portuijal a parlé une fois au roi et l'a vu quatre autres fois : « il m'assure qu'il est si blond qu'il ne voyoit guère bien ses sourcils, et » est de belle taille pour sa grandeur. » — Forquevaulx enverra les articles du traité qu'il vient de signer, lorsqu'ils auront été transcrits en latin, en français et en castillan. — Guerre de Grenade : affaiblissement des Morisques.

Pag. o3l . — A la reine, même date. Touchant les quatre mille Espagnols promis par le roi catholique. Forquevaulx croit que jamais cette promesse n'a été sérieuse, et que ce qui a été levé des quatre mille hommes l'a été pour la défense des frontières de Navarre.

Pag. 553. — Pacte de mariage entre le roi très-chrétien et la princesse Elisabeth d'Autriche. L'acte est passé à Madrid, le 14 janvier 1570, devant Gabriel de Çayas . secrétaire d'Etat de S. M. C. et son greffier et notaire public, en présence de don Diego de Espinosa, cardinal prêtre de la sainte église de Rome, du titre de S'-Etienne in Cœlio Monte, évéque de Sigûenza. président du conseil royal, inquisiteur général et du conseil d'Etat; de don fray Bernardo de Fresneda, évéque de Cuenca, confesseur du roi et du conseil d'Etat; de don Gomez de Figueroa. duc de Feria. du conseil d'Etat et capitaine de la garde du roi ; du prince Ruv Gomez de Silva. du conseil d'Etat, sommelier du corps de S. M., conlador ma>jor de Caslille. et du docteur Velasco, du conseil et de la chambre de S. M. Les contractants sont le baron Adam de Dietrichstein. ambassadeur de l'empereur, en vertu d'un pouvoir de S. M. I. donné in arce nostra regia Posonii, le 2 septembre I5G9, et Raymond de Forquevaulx. chevalier de l'ordre, conseiller et ambassadeur du roi très-chrétien, son gentilhomme de la chambre et gouverneur de Narbonne, en vertu d'un pouvoir donné à Paris le 50 juillet 13fi9. — C'est en la maison du cardinal de Sigûenza que l'acte fut signé. Il était en langue française.

Pag. 573. — Au roi. Madrid, i février 1370. Prétextes mis en avant par les ministres espagnols pour s'excuser de n'avoir pas envoyé les quatre mille hoinines promis.

Pag. 577. — A la reine, même date. Le roi de Portugal envoie don Juan

298 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Mascarenas, pour féliciter le roi de sa victoire et l'exhorter à continuer la guerre. — Forquevaulx est d'avis qu'il faut faire peu de cas des offres des Portugais :« ils sont — dit-il — oultrecuidans et fols, et mesprisent tous » les roys et princes du inonde. » — Français qui ont été pris aux Indes et amenés en la prison de la Contratacion , a Séville. où ils meurent de faim l'un après lautre. malgré toutes les réclamations de Forquevaulx : « Je suis » constrainct de dire ce mot, pour montrer la haine de ceste nation contre » nous, que les juges de ceste court et des autres villes d'Espaigne, aussi- » tost quils entendent qu'il y a un François accusé devant eulx, ils ont » assez de petite preuve si l'on leur témoigne qu'il est françois, et le con- » damnent h. toute rigueur. »

Pag. 583. — Le roi à Forquevaulx, Chizé, 23 décembre i5'69. Suite des opérations militaires contre les huguenots, qui n'ont plus en leur pouvoir que trois villes principales : la Rochelle, Angoulème et Cognac. — Séparation de larmée. — Préparatifs pour la campagne prochaine.

Pag. y87. — Le roi à Forquevaulx, de Coulonges, 50 décembre 1569. Afin qu'il n'envoie plus ses dépêches par la voie de Rayonne, qui n'est pas sûre, et qu'il se serve de chiffres pour les choses importantes.

Pag. 588. — La reine à Forquevaulx, même date Elle désirerait fort avoir une entrevue avec le roi catholique : mais Forquevaulx doit traiter ce point secrètement et sans que personne en sache rien.

Pag. 590. — Le roi à Forquevaulx, Angers, 18 janvier 1570. Il ne comprend pas comment les pouvoirs du roi de Portugal tardent tant à arriver; il veut que Forquevaulx fasse des instances à ce sujet au roi catholique. — Entreprise avortée des huguenots sur Bourges. — Il envoie à Forquevaulx deux mille écus d extraordinaire pour les frais du voyage de Cordoue.

Pag. 59G. — Au roi. Madrid, iC février 1570. Il envoie, en français et en latin , les articles du traité de mariage du roi avec madame Elisabeth d'Autriche : la capitulation en français, dit-il, « est tant mal escripte qu'il » appert bien qu'un Flameng espaignolizé y a mis la main. » — Le roi catholique envoie à la princesse Anne un collier de trente mille écus et quelques autres bijoux. — On croit toujours que cette princesse arrivera à Gènes dans le courant de mars : larchevéque de Séville et le duc de Bejar sont en chemin pour aller s'embarquer à Barcelone. Andréa Doria a la charge des galères qui amèneront la princesse.

Pag. 599. A la reine, même date. Il aUribue aux théatins le retard dans l'envoi des pouvoirs du roi de Portugal :

L'occasion principale que je puis entendre du retardement du pouvoir de Porlugid

vient, Madame, de la mauvaise volonté que deux (héatins *, frères du gouverneur de la Madère, vous portent et à vostre royaulme, pour les dommages que les François feirent à leurdict frère et à l'isle, quand ils y de.scendirent. Ce sont deux dangereux ipocrites, plus convoiteux de vengeance que de la religion qu'ils professent; un d'iceulx est confesseur et l'autre pédagogue du jeune roy et du conseil d'Estat, Icsquelz le gouvernent en la dévotion du cardinal dudict Portugal, qui est un autre lliéatin. Ils ont tous trois extrême jalousie et crainte d'estre reculez de leur crédit , si lediet S' roy sera une fois marié, et ont peur que l'authorité et gouvernement du royaulme retourne à la royne, son ayeulle, par le moyen de Madame : car les femmes font volontiers les unes pour les autres, et mesmes que ladicte vieille royne est la plus riche princesse de chrestienté en joyaulx et bagues; et madicic dame vostre fdle aura tout le gouvernement envers elle, comme Son Altesse scaura très-bien se faire aymer du mary et de ladicte dame royne ; voyant pareillement qu'elle sera bien ayse et procurera sadicle grand' mère gouverne, comme la plus sage et expérimentée en affaires d'Estat : auquel conte ledict cardinal servira seulement de parade, et les théatins seront renvoyez à leur couvent. Qui est ce que madame la princesse de Portugal vouldroit voir, comme mal satisfaicte d'eulx, etc.

Il ne négligera rien pour amener une entrevue entre la reine et le roi catholique; et si ce prince, comme on le dit, va jusqu'à Barcelone, la chose sera possible : mais il faut en traiter avec beaucoup de précaution et de secret.

Pag. ()03, — Le roi à Forquevaulx, Angers, 27 janvier 1570. Le princedauphin, qu'il avait laissé à la tète de ses troupes, ayant été abandonné de la plupart de ceux qui le suivaient, le roi a cru devoir le rappeler auprès de lui, après qu'il a eu mis garnison dans les places qui en avaient le plus besoin. Les ennemis ont alors passé la Garonne.

Au demeurant, monsieur de Forquevaulx, les députez des princes de Navarre et de Condé sont arrivez icy pour me supplier, conmie ilz ont cy-dcvant faict, de leur vouloir accorder, en toute huinilité et révérence, une bonne et asseurée paix. Je ne les ay encore ouys : ce que j'espère faire dans un jour ou deux, ayant toutesfois cependant bien vollu

" Luis et Martini Gonralvcs tic Caniara. On a|i|)ilait lliéaliiif , on Espagne . les jésuites.

vous en advenir et assurer que je ne faiiay rien en cesl affaire, que ce ne soit à l'honneur (le Dieu, bien e( repos de mon royaulme

Pag. 60G. — Le roi à Forquevaulx, Angers, 7 février 1570. Motifs qui le déterminent à faire la paix avec les huguenots :

3Ions^ de Forquevaulx , aprcz vous avoir dit que le S' don Pedro ' est arrivé par deçà , et que je vous ay renvoyé vostre courrier avecques bien ample response sur ce qu'il m'avoit apporté de vostre part, je vous fais ccste-cy pour ne vous laisser en peine de respondre à la diversité de tant de fausses nouvelles et de bruits qui se forgent et courent ordinairement par deilà, au désadvanlage de mes affaires, et aCn que vous puissiez satisfaire et rendre capable le roy catholicque de Testât auquel elles sont de présent, paravant qu'il en soit informé d'ailleurs. Et continuant ce que je vous ay escript par ma précédente, j'ay advisé de vous advenir de l'arrivée en ce lieu des députez de la royne de Navarre et des princes de Aavarreet de Condé, lesquelz m'ont supplié, en toute humilité et révérance, de la part desdicts princes et de touts les seigneurs, geniilshommcs et autres qui les accompaignent , leur vouloir accorder une bonne et scure paix, telle que je leur pouvois bailler, et recevoir en ma bonne grâce ung si grand nombre de geniilshommcs qui ne désiroint riens tant que d'employer leurs vies pour me faire service, ayans Icsdicis députez faict leurs demandes et requestes avecques tant de démonstrations de vouloir vivre d'ores en avant plus doucement qu'ils n'ont faict le passé, se soubmettans du tout à mon obéissance, et se désislans et depportans cy-aprèz de toutes entreprinses qui pourroint tourner au préjudice de mon service. Je n'ay voullu, de première abordée, refuser ne rejecter lesdictes supplications : mais leur ayant commandé me les bailler par escripi, je les ay faict voir à mon conseil, où, aprèz avoir- mis en délibération quel expédient je pourrois prendre sur icelles, je n'ay trouvé aucun de touts ceux de niondict conseil, de quelque estât et qualité qu'ils fussent, ny mesme des genlilsbommes et autres capitaines particuliers de mon royaulme, qui n'ayent esté, touts d'une mesme voix, d'advis que je dcbvois penser, plus qu'à chose du monde, de remettre l'union et le repos parmi mes subjects, et retrancher les occasions qui pourroint enfin causer la ruine enlièi-e de mondict royaulme , déjà tant affoibli , à cause des guerres, que la perle asseurée en estoit proche, si Dieu par sa bonté n'y melloit la main et je ne remédiois de le pacifier.

Voyant, monsieur de Forquevaulx, les grandes difficultez qui s'offroint d'en pouvoir venir à bout par les armes, mesmement à ceste heure qu'ils sont supportez et appuyez de tant de costez, qu'ils ont tant d'intelligences avecques les nations estrangéres desquelles ils attendent nouveau secours, et que m'opiniastrant de prendre ce chemin-là,

' Don Pedro Hciiriqucz, que Philippe II avait envoyé à la cour de France. Voir pag. 295.

c'estoit, aprèz de si belles et grandes victoires, comnietlre l'issue de eesie guerre à un trop hazardcux et dangereux événement, laquelle scroit beaucoup plus doulee et aisée par une bonne pacification; d'autre pari, qu'il y a desjà tant de licence aux uns et autres de niesdicts subjecis, qu'ils ne me portent pas l'obéissance telle qu'ils doibvcnt, ayans mis arrière tonte la crainte et amour de Dieu et de leur prince; qu'il n'y a plus de police ny de discipline militaire entre les gentilsbommes et soldats, lesquclz, faisant entre eux et associations cl ligues, cherebcnl seullement de se préserver les uns les autres des dangers et inconvéniens desdictes guerres, sans me vouloir servir au besoing; qu'csians touts les monastères et églizes des villes et lieux occupez par mes subjects rebelles, et mesme de touts les endroits de mondict royaulme par Icsquelz ils ont passé, abbalucs, pillées et saccagées, et les prebslres et religieux tuez, de sorte qu'il ne s'y peust plus faire exercisse de la religion calbolicquc, je craindrois que peu à peu ladicle religion ne fust estaincte et estoufée, m'efforçant d'exterminer ceste mécbantc secte; au sur|)lus , estans les maisons de la pluspart des seigneurs et gcnlilsbommes de mon royaulme desmolies cl bruslécs ; qu'ils tiennent eneores un grand nombre des villes et places fortes dispersées en plusieurs et divers lieux de mondict royaulme, comme en Xaintonge, Angoulmois, Guienne, Languedoc, Provence, Daulpbiné, Auvergne, Bourgoigne, Berri, lesquelles, quant encorcs j'aurois eu la fin de l'armée (|u'ils ont en la campaigne, il me seroit impossible de recouvrer ([u'avecques une extrême longueur de temps, perte de beaucoup d'Iionimcs , ruine et grande despense. Et puis j'ay advis de la part d'un grand prince qu'il y a une armée toute preste en Allemaigne pour se jecter et invabir mon royaulme, si je me veulx advancer ou envoyer mes forces sur la frontière, pour empescber l'entrée des estrangers qui viennent en faveur desdiels princes; que louls moyens de faire la guerre me deirailleni, estant mes finances du tout espuisées par la despense qu'il m'a convenu faire, oultre plusieurs grosses sommes dues aux estrangers qui m'ont faict service, et tant de debtes créées, lesquelles il me fault ac(|uiter, ce que je ne pourrois faire continuant lesdictes guerres; bref, monsieur de Forquevaulx, que toutes choses sont en tel estât et nécessité, en mondict royaulme, que je ne puis en sorte quelconque su|)i)(irter lesdictes guerres davantage, ny conmiettre mondict royaidme de nouveau aux liazards qu'il a esté cy-devant.

Ce sont les occasions pour lesquelles, par l'advis de eeulx de mondict conseil et des principaulx de •mondict royaulme, j'ay accordé auxdicis députez seulement les articles que vous verrez, Icsquelz j'estime advantagcux pour moy et le bien de mon royaulme. Que s'ils les veulent accepter, je penscray avoir beaucoup faict de réduire par ce moyen mesdicts subjects. à l'obéissance qu'ils me doibvent : qui est un commanccment pour aprèz peu à peu les ramener, comme mes autres subjcels, à la religion calbolicquc; et aussi, s'ils ne les vouloint accepter et qu'ils me demandassent chose qui fust ou déraisonnable ou contre ma conscience, je n'ay laissé de pourvoir aux forces, tant de cheval

que de pied , qui me seront nécessaires pour remettre sus bientost une grande et puissante armée.

Cependant, monsieur de Forquevaulx, je vous ay dict les raisons qui me meuvent de tenter toiits les moyens possibles pour remettre mondict royaulme en repos, plustost par le chemin de pacification que par la force et violence. Dont je désire que vous informiez le roy catbolicque, mon bon frère, vous priant le disposer, par toutes les meilleures et plus vifvcs raisons dont vous vous pourrez adviser, à trouver bon ce que je fais en cest endroict, adjousiant ou diminuant auxdictes considérations ce que vous verrez et jugerez mieiilx que personne estre à propos, pour les luy faire croire raisonnables, comme elles sont, cl fondées sur une si grande nécessité qu'il n'y va pas moins que de la perte d'un si grand et fleurissant Estât que cestuy-cy : lequel, demeurant en son entier et estant remis en sa première splendeur, jiourra, aprèz que Dieu aura réuni les cœurs de mcsdicts subjects, estre encores employé pour Taccroissement et augmentation de nostre foy et religion catbolicque. Remettant le surplus sur vostre sagesse, prudence et dextérité accoustumée, laquelle je vous prie desployer entièrenient à ceste fois, en une telle et si importante occasion que ceste-cy.

Pag. (Ho. — Au roi, Madrid, 10 mars 1570. Don Pedro Henriquez est arrivé, le 4 mars, à Madrid, de retour de France. — Le roi catholique est à Cordoue; trois à quatre cents ouvriers sont occupés à reblanchir le palais et à y faire les réparations nécessaires; la princesse dona Juana s'est établie à son monastère des Descahas; il n'y a plus au palais que les petites princesses avec la duchesse d'Albe. — Le 5 le secrétaire de Forquevaulx lui a apporté les dépêches du roi des 27 janvier et 7 février, avec les deux mille écus d'extraordinaire que le roi lui accorde : sans ce secours il lui eût été impossible de sortir de Madrid. — Il part dans la journée même pour Cordoue. — Guerre de Grenade. De quarante à cinquante mille gens de pied qui ont été levés en Castille. il n'en est point allé plus de quinze mille à Grenade: les autres se sont retirés lâchement sans congé. Aussi le roi fait faire une nouvelle levée ^ et le tambourin bat derechef à Madrid, (( sans trouver guères homme qui se veuille entoiler : par quoy ilz seront » levez de cinq maisons un homme cogneu et domicilié, suivant l'ancienne » ordonnance d'Espaigne. » — L'archevêque de Séville et le duc de Bejar s'embarqueront, le lendemain de Pâques, à Barcelone.

Pag. 621 . — A la reine, même date. Ce n'est pas don Juan de Mascareiias, du conseil d'Etat du roi dePortugal, qui va en France, mais un sien neveu

PHILIPPK 11. 303

du même nom, lequel est arrivé le 2 à Madrid et en est parti le 6. Sa femme est nièce des deux théatins qui gouvernent le roi et le cardinal. — Forquevaulx répèle que le roi calliolique et la princesse dofia Juana sont on ne peut mieux disposés pour le mariage de madame Marguerite avec le roi de Portugal; il attribue aux deux théatins et à leur haine pour les Français le retard que cette négociation a subi. La princesse assure toutefois que le pouvoir ne tardera pas à être envoyé; elle en a écrit, le 7. dans les termes les plus pressants, au roi son Ois et au cardinal. — Forquevaulx voudrait que. pour punir les Portugais, on leur donnât « une bonne et chaulde » alarme. » — Il ne dit autre chose des négociations entamées avec les huguenots, « sinon que sa passion est le zèle de ses rois et d'aimer ce qu'ils » aiment, et de haïr semblablement ce qui leur est odieux. »

Madame, don Jehan Mascareigne a descouvert à la princesse de Portugal que sa principalle commission est, quand il sera en France, de s'informer si madame votre fille est bonne catholicque et dévote de la religion suivant l'église de Rome, et qu'il ne faille pas d'observer ses actions là-dessus du plus près qu'il pourra , car ainsy le luy ont dit et commandé le cardinal dudict Portugal et les théatins.

Pag. 630. — A la reine, Cordoue, 3 avril 1570. Parti de Madrid le H mars, il est arrivé à Cordoue en treize jours. — Don Alvaro de Castro, du conseil d'Etat du roi de Portugal, y est depuis le 30 mars, avec don Juan de Borja. — >ii eux ni lui n'ont encore eu audience du roi, qui, dès avant Pâques '. est allé à un monastère de Saint-Jérôme situe à deux lieues de Cordoue, où il ne reçoit personne. — Larchevéque de Séville et le duc de Bejar ont reçu l'ordre de suspendre leur voyage jusqu'à ce qu'on voie quel est le dessein de la flotte turque. — Le "25 mars don Juan dWutriche a tué cinq cents hommes aux 31oris({ues de Grenade, et le duc de Sessa les a battus aussi : de sorte qu'ils sont à la fin.

Pag. 633. — Le roi à Forquevaulx, Angers, dernier février 1570. Il lui témoigne toute sa satisfaction et le remercie de la façon dont il s'est conduit dans la négociation du mariage avec l'archiduchesse Elisabeth '. — 11 le prie de travailler maintenant à la conclusion de celui de sa sœur, car c'est ce qu'il désire le plus au monde.

' Pâques, en lîiTO, tomba le 26 mars.

' Il lui adresse de nouveaux remerciments dans une lettre du 15 mars (pag. 638).

Pag 640. — La reine à Forquevaulx, Durtal, 13 mars 1.^70. Elle le remercie aussi et lui promet une récompense digne de ses services. — Elle veut qu'il lui écrive souvent sur la négociation du mariage de Portugal. — Quant à l'entrevue avec le roi catholique dont il a été question. '< les occuri> rences l'ayant depuis fait changer de volonté. » elle désire qu'il n'en touche mot à personne, et, si on lui en parle, qu'il réponde qu'il en fera rapport.

Pag. 6i3. — La reine à Forquevaulx, même date. Le roi et elle, sachant que la fille de Forquevaulx est en état d'être mariée, désirent qu'il lui trouve quelque bon parti : le roi, en considération de ses services, veut lui faire don de ce qu'il jugera à propos de bailler en mariage à sa fille. — Aussitôt qu'il recevra cette lettre, il enverra en Portugal quelqu'un « qui )> soit accort et bien advisé, lequel puisse au vray rapporter et rendre » compte quel personnage est le roy de Portugal, et de quelle stature et » grandeur il peut estre, d'autant que jusques à présent nous n'en avons » peu sçavoir au vray aucune chose. »

Pag. 6i4. — Au roi, Cordoue, 20 avril 1570. Il a été reçu, le 6 avril, par le roi catholique, à qui il a exposé de son mieux les raisons qui meuvent le roi à accorder la paix à ses rebelles.

Ledict seigneur roy, Sire, me demanda s'il estoit possible que messieurs les cardinaulx de Borbon , de Lorraine et Guize vous eussent conseillé la paix. Je luy respondis que mesdiels seigneurs les eardinaulx en estoint d'opinion, et généralement touls les autres princes et seigneiu's voz plus affectionnez serviteurs, sans en excepter un; et trouvoit estrange que voz subjects catholicqucs entreprinssent de s'associer et monopolcr, et d'eslre venus si froids à voz mandements et service; qu'il estoit bien desplaisant du travail que voz mauvais subjects vous donnent, autant que des siens propres, en espécial de vous avoir consirainct et induict à la paix, de laquelle il vouloit bien entendre les articles, desquclz il n'y en a un seul qui luy semble bon, puisqu'il y aura exercice de la religion contraire à la catholieque en vosire royaulme.

Il ajouta que, si le roi très-chrétien voulait persévérer dans la guerre contre ses rebelles, afin de les réduire en l'ancienne religion catholique, il le secourrait de toute sa puissance. Selon lui la liberté des consciences, qui leur était permise par le projet de traité, appelait et conviait toute la France , si Dieu n'y mettait la main, à demeurer sans aucune religion.

Pag. 648. — A la reine, même date. Il est bien certain de n'avoir, dans l'audience qu'il a eue du roi, oublié aucune des raisons qui pouvaient lui faire trouver bonne la paix : « néanlnioins le plus éloquent advocat de » Paris fauldroit à la luy faire trouver bonne, ains la condamne comme » très-pernitieuse. » — Forquevaulx a fait partir, le 10, le S' de Tréiïovn pour le Portugal, afin de recueillir les renseignements désirés par la reine sur la personne du roi. — Quant à l'entrevue, jamais le roi catholique, ni personne de sa part, ne lui en a parlé.

Pag. 651. — Au roi, sans date. Depuis sa lettre du 22 est arrivé à Cordoue don Luis de Torres, ambassadeur du pape ' , qui hier est allé baiser la n)ain au roi. Il passera en Portugal, après avoir traité ici de la ligue. — Forquevaulx sollicite avec de vives instances la permission d'aller faire la révérence au roi. — Les cortès ont été prolongées au 1d juin, à Madrid, à cause qu'elles n'ont pas voulu consentir la levée d'un demi-réal sur chaque fanègue de blé, qui aurait doublé le revenu du royaume. — Nouvelles de la guerre de Grenade.

Pag. 635. — Au roi, Cordoue, 22 avril 1570. Le 11 le roi catholique lui envoya Çayas, pour lui dire quil s'occupait du mariage de Portugal avec don Alvaro de Castro, et lui ferait savoir le résultat. X,e l^ Çayas revint lui annoncer que rien n'était encore conclu. Le 19 il a été mandé par le cardinal de Sigiienza, qui lui a fait connaître que, malgré toutes les démarches du roi, les ministres portugais n'ont pu être amenés à traiter du mariage de leur maître, à cause des inconvénients qui en résulteraient pour sa santé et même pour sa vie. — Le duc de Savoie fait solliciter, par don George Manrique, qu'il a depuis peu envoyé en Espagne, la restitution de ses villes du Piémont.

Pag. 664. — A la reine, Cordoue , 25 avril 1570. Il engage la reine à ne pas renoncer au mariage de Portugal : «Je mourray en la poursuite,» — lui dit-il — « ou madame voslre fille sera royne de Portugal, pourveu qu'il ne » tienne à V os Majestez. » — Le secrétaire de Venise, qui a vu le roi de Portugal il y a deux ans, a assuré Forquevaulx que sa taille est assez raisonnable pour son âge: beau de visage, blanc et blond comme fil d'or; qu'à la vérité il est un peu trop gras, mais que, pour y remédier, le cardinal de

' Dans sa Icdrc du 2i avril Forqucvaul.x qualifie Lui5 de Torres de » clerc de chambre du pape. »

506 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Portugal lui fait faire de l'exercice. — Le roi catholique est allé, le 2i, au monastère de Saint-Jérôme.

Pag. 669. — Au roi, Séville, 22 mai i.j70. Le roi catholique a fait, le 1<" mai, son entrée à Séville, « laquelle entrée eust eu plus de grâce, si » elle eust esté mieulx ordonnée : mais la multitude du peuple causoit n beaucoup de confusion. Ce roy y cstoit très-désiré, pour ne l'y avoir » jamais veu paravant, et qu'ils ont opinion qu'il y fust engendré, bien » que S. M. ma dit à moy le contraire, et que ce fust à Granadc, où l'em- » pereur s'en alla, partant d'icy, après y avoir cspousé l'impératrice : » laquelle opinion est occasion spécialle de l'amour que ce peuple luy » porte, n — La ville lui a fait présent de cent mille écus pour sa bienvenue. — Guerre de Grenade : Forquevaulx croit que le roi sera obligé de faire des concessions aux Morisques. — Le roi a quitté Séville le 17, pour aller tenir la Félo-Dieu à Cordoue.- de là il ira à Jaen et à Ubeda.

Pag. 074. — A la reine, même date. Elle apprendra, par le S"' de Trégoyn, qui est de retour de Portugal, ce qu'il a vu de la personne du roi don Sébastien.

Pag. 677. — Le roi à Forquevaulx, , 25 mai 1d70. Le roi catholique s'étant plaint à lui, par don Francés de Alava, des pirateries qui se commettent contre ses sujets sur les côtes de Bretagne, il a donné les ordres nécessaires pour qu'il en soit fait justice et punition.

Pag. 679. — Au roi, Madrid, 16 juin 1570. Le roi catholique ne s'est arrêté à Cordoue que la veille et le jour de la Fête-Dieu; le lendemain il s'est acheminé vers Jaen, où il a séjourné un jour 5 il a passé une autre journée à Baeza, et le 5 il est entré à Ubeda, où il est resté jusqu'au 7. H se dispose à reprendre le chemin de Madrid, où les ambassadeurs ont été invités à venir lattendre. — Guerre de Grenade : huit mille Morisques ont rendu les armes, moyennant restitution de leurs biens; mais les autres persistent dans leur rébellion. L'infanterie espagnole a beaucoup perdu de sa réputation en cette guerre, « s'estant monstrée fort lasche et de peu de » valeur, sans discipline ny obéissance. » — Luis \ anegas écrit de Prague que, le 4 mai, l'archiduc Charles a fiancé l'archiduchesse Anne pour le roi d'Espagne. C'est en Flandre que la nouvelle reine ira s'embarquer. — Tous les princes d'Italie s'étaient oflerts pour le commandement des forces de la ligue catholique; don Juan d'Autriche leur a été préféré.

Pag. 69i. — Au roi, Madrid. 29 juin iolO. Le roi catholique est arrivé à Madrid le !20, mais il est reparti le 21. sans que Forquevaulx ait pu être reçu par lui. — Le cardinal de Scville et le duc de Bejar ont ordre d'aller à Laredo attendre la nouvelle reine. — L'archevêque de Cashel d'Irlande est en la cour d'Espagne depuis un an environ; il y est venu, recommandé par le pape au roi catholique, qui l'entretient honorablement.

Page 706. — A la reine, Mailrid. Il juillet lolO. Guerre de Grenade. — Le roi catholique est encore à lEscurial, où il a gagné le jubilé le 9; il est souffrant.

Pag. 710. — Au roi, Madrid, 27 juillet Io70. Le roi catholique est de retour à Madrid depuis le 21; il ne s'est pas encore laissé voir en public, quoique sa santé n ait jamais été meilleure.

Pag. 712. — A la reine, même date. Don Luis de Torres est de retour de Portugal depuis trois jours.

Pag. 713. — Au roi, Madrid. 8 août Io70. Le roi catholique, depuis son arrivée, ne s'est laissé voir en public que le jour de Saint-Jacques, où il est allé ouïr la messe en sa chapelle. — Dispositions pour la prochaine arrivée de la reine d'Espagne. — Guerre de Grenade.

Pag. 721 . — A la reine, sans date (8 août 1370?). Il rend compte dune conversation (ju'il a eue. le 27 juillet, avec don Luis de Torres, sur la mission de cet envoyé du pape en Portugal, mission qui avait un double objet : engager le roi à entrer dans la ligue catholique, et le solliciter pour son mariage avec la princesse Marguerite. La réponse que don Luis de Torres a obtenue sur ce dernier point a été, en résultat, que le roi n'avait nulle volonté, poiu" le présent, de se marier. Ce sont les deux théatins qui font ainsi traîner la chose en longueur, craignant, si leur maitre se marie, que leur ascendant sur lui n'en soit diminué; « et ils n'empeschent pas seu- » lement le mariage, ains sont cause que leur jeune roy a toutes les femmes » en horreur, et n'en veut voir aucune. » — Après tout ce qui s'est passé, Forquevaul.v croit que le pape lui-même doit traiter de ce mariage; « et » si par ce moyen il ne se faict, il fauldra croire véritablement que le roy » de Portugal n'a point puissance d'homme, et que son confesseur le sçait, » mais ne le vcult descouvrir ne diffamer, craignant une révolte, comme » elle y seroit audict cas. pour ce que le royaulmc le fairoit moyne et voul- » droit que don Duart fût roy, et qu'il print femme pour eu avoir lignée.

» laquelle femme seroit madame vostre fille, et non aultre : car du plus n petit marinier ou laboureur jusques au plus grand seigneur, il ny a » celluv qui ne la désire pour royne; et disent d'une voix que les deux » théatins frères empeschent qu'elle ne Test déjà. » — Il répète ici que le jeune roi « va eslre de l'humeur du feu prince d'Espaigne. ou beaucoup n plus estrange et bizarre qu'il n'cstoit; » il le tient, dit-il, d'un des principaux seigneurs de la cour.

Pag. 732. — A la reine, Madrid, 8 août 1570. Il la supplie et l'adjure, par sa bonté et clémence, de lui donner un successeur. Il y a cinq ans qu'il est à Madrid, ce qui n'est advenu depuis longtemps à nul autre ambassadeur: et même, depuis qu'il y a été envoyé, les ambassadeurs de Rome, d'Angleterre , de Venise , de Flandre ont été changés une et deux fois , et aucun n'est aussi ancien serviteur de la couronne que lui. Il ne demande que d'être renvoyé à son gouvernement de Narbonne.

Pag. 734. — Le roi à Forquevaulx, Argenton, 18 juin 1S70. Paix de France; mariage de madame Marguerite; le duc Eric de Brunswick; congé sollicité par Forquevaulx ; plaintes contre le duc d'Albe :

Jlonsicur de Forquevaulx, je vous ay clespèchc un de mes valets de chambre, lorsque j'estois en mon pais de Bretaignc, lequel vous aura dicl bien particulièrement ce qui se passoit de deçà , en quel estai estoint mes affaires , et roccasion de mondict voyage en Bretaignc. Ainsi qu'il estoit prest à partir, est arrivé Lasalle, que m'avez envoyé, par lequel et les despèches si amples qu'il m'a apportées de vous, j'ay esté bien esclaircy de ce qui se passe de delà , mesmes de la response que le roy catholicque vous a faicte sur les propos que je vous avois donné charge de luy tenir pour le regard de la paix que mes rebelles me supplient de leur accorder. Je vous ay, par mes précédentes despêches, discouru les raisons qui me convioint à la faire; partant je ne vous en fairay aucune redicte, ne voulant rendre aucun conte de ce l'aict-là, quand mes actions ont esté telles, depuis dix ans, qu'elles doibvent avoir satisfaict touts cculx qui n'ont regard qu'à la conservation de la religion catholicque en son entier, pour laquelle un chascun sçait qu'il n'y a prince en la chreslienté qui aye tant combattu et tenté tant de hazards que moy. Il est temps que je pense de conserver ce qui m'est demeuré de reste, car je sçay bien qu'il n'y a guéres de gens si charitables qu'ils me voulsissent rendre ce que je pourrois perdre, continuant la guerre dedans mon royaulmc, et moins m'aydcr à en recouvrer ailleurs. Ce sont, ce me semble, monsieur de Forquevaulx, des raisons assez vifves pour faire croire à celluy qui y a le principal intérest combien il luy est nécessaire de pourvcoir à ses affaires. Je vous ay encore voulu dire cecy, pour vous faire

cognoistrc le peu (roccasion que le roy cntliolicque, mon frère, aynmnl le bien de mon Eslat, comme il dici, lia de trouver mauvaise une chose qui m"inipor(e tant. Je debvrois, à phis grande raison, trouver cslrange l'accord (|u"il faict, conmie j'ay sccu, avec les IVroris(iues, cstans si l'oiblcs comme le duc d'Albc dit publicqucment qu'ils sont, et si près de leur fin. Voilà, monsieur de Foniuevaulx , par où j'ay voulu eornmancer, vous faisant ccstcdespèclic, d'autant que voslrc lettre du vingliesmc avril en faisoit mention. Et suivant ce qui estoit porté par icclle et l'autre du vingt-deux, je vous diray que j'ay esté très-aise que vous m'ayez escript si particulièrement de toutes choses : de quoy je vous puis asseurer estre infiniment content. Il me semble n'eschoir grande response à chascun des poincis portez par voz despèclies, sinon à trois : au faict du duc de Brunsvich, pour vosire congé cl le mariage de ma scur.

En ce rpii touche le premier, véritablement Icdict duc est entré en mon service, luy ayant permis d'achcptcr en mon royaulme un conté et donné charge de me retenir trois mil reystres pour marcher quand j'en auray besoin : ce que je luy fairay entendre. Ce n'est pas chose nouvelle, et y a plus de six mois que cclla est arresié : ce que je ni'aitcndois bien que vous deussiez seavoir plus tost par le moyen du duc d'Albe.

Pour le regard de voslrc congé, vous sçavez, monsieur de Forquevaulx, combien vostre prudence m'est nécessaire par delà encorcs pour quelque temps. Je vous prie vous rcsouldre à cclla et estre content d'y demeurer, non plus longtemps, mais jusques à ce que j'aye choisi celluy qui vous debvra succéder, duquel, possible, je vous fairay certain au retour de Lasalle par-devers vous, que je vous renvoyeray incontinent.

Quant au mariage de ma seur, qui est le dernier des trois et qui me touche le plus au cueur, j'ay veu, monsieur de Forquevaulx, ce que m'en avez escript, les responses que le roy catholicque vous a faictes, ensemble les lettres que luy-mesmes de sa main m'en a escriplcs. Vous pouvez croire que, s'il y a un prince au monde qui ayl occasion de se plaindre, c'est moy, me voyant traité si indignement et si peu respecté que l'on ne me veuille pas tenir ce qu'on m'a promis. Est-ce l'asseurancc que le roy catholicque m'avoit dotmée, que mon mariage ne se paraehèveroit point que eelluy de ma sem- ne se fcist par mesme moyen, se faisant fort de l'entière et dernière exécution, conmie père? Et maintenant il en remet la longueur et la faulte sur ceidx qui sont à l'entour du roy de Portugal, son nepveu. Je n'eusse jamais creu, monsieur de Forquevaulx, (pie les choses en eussent passé de ceste fixçon : encores vous diray-je qu'elles n'en demeureront pas là et que j'en veulx estre esclaircy autrement; et parlant je désire et vous prie, pour le plus grand service que vous me sçauriez faire, que de vous-mesme vous mettiez le roy catholicque en propos de l'estrange façon comme on use en mon endroit, et que vous ne pouvez penser comment je pourrois supporter une telle indignité, s'il ne prévoit point les inconvénicns qui peuvent advenir de ce faiet-iey, rendant un si grand prince comme moy mal content et en faisant si peu de conte. Ce n'est j)as que

je craigne, monsieur de Forquevaiilx, que ma seur ayt faulte de maris, car elle est de trop bonne maison pour en manquer: mais, pour ne recevoir ce déshonneur que, les choses estant passées si avant, on die qu'il aye tenu à ceulx qui en avoint parlé les premiers et faiet toute la démonstration qu'il est possible de le désirer plus que moyniesmes, je ne veulx point que le roy catholicque me remette les choses en plus grande longueur, car je sçay que ce sera perte de temps sans aucun fruict; j'aynie mieulx en estrc esclaircy dèz maintenant, afin que je regarde de marier madictc seur ailleurs, en lieu, possible, qui ne sera pas tant agréable audict roy qu'il ne se souvienne cy-aprèz que l'on me doibt porter plus de respect que l'on n'a faict. Vous adjousterez ce que vous verrez pouvoir servir à luy faire bien sentir que je porteray, et avec grande raison, ce faict-icy fort impatiemment, afm que, selon qu'il vous dira et respondra, vous m'en adverlissiez, pour aprcz luy en escripre et vous donner charge de luy en parler comme il fault : ce que j'ay délibéré, vous despèclianl ce porteur expréz pour cest effect, par lequel je seray bien ayse d'avoir au plus tost de voz nouvelles.

Il y a encore une chose de laquelle vous parlerez audict roy catholicque de ma part: c'est que plusieurs fois j'ay faict faire instance au duc d'Albe pour avoir permission de faire vendre les biens que mes subjccis ont es Pays-Bas de Flandres, pour m'ayder des deniers qui en proviendront à faire les frais de ceste guerre : mais , quelque chose que l'on luy aye remonsiré là-dessus, il n'y a jamais voullu entendre, et a tousjours usé d'excuses et remises. Et pour ce que ceste vente accommoderoit de beaucoup mes affaires, je désirerois bien qu'elle se peust effectuer par le consentement dudict roy calbolicque, auquel vous en fairez toute l'instance Vju'il sera possible, pour en escripre et faire entendre son intention audict due d'Albe, à ce qu'il n'en face plus de dilliculté.

Il me reste, monsieur de Forquevaulx, de vous faire entendre Testât de mes affaires , qui est que, grâces à Dieu, j'en espère une bonne issue par une réconcilliation généralle de mes subjects, ayant envoyé les S" de Biron et de Malassise, desquelz j'attends d'heure à autre des nouvelles, au pais de Forests, ayant passe tout le Languedoc et le Daulphiné, où mon cousin le mareschal Damville leur a deffaict quelque nombre d'hommes de cheval et de pied. Il leur reste encores assez de forces jjour me faire beaucoup de peine, s'il failloit que la guerre contiuuast, et néantmoins, quand il plairra à Dieu que cella advienne, je ne suis aussi de mon costé si despourveu de moyens que je n'espère, avec son ayde, empeschcr qu'ils me facent tort: ce qu'ils vouldroint bien. J'ay advis que lesdicts princes veulent venir avec leurs forces à la Charité : je ne sçay s'ils le pourront faire si aisément, d'autant que mon cousin le mareschal de Cessé est allé avecques mon armée au-devant. Ce qui succédera en l'une ou l'autre façon , vous en serez adverly.

Pag. 74-1. — La reine à Forquevaulx. Argenton, 18 juin 1570. Le roi

répond si amplement à ses leltres des 20 et 22 avril qu'elle ne saurait rien y ajouter. Elle lui parle seulement dun propos que Chantonay aurait tenu à ^ ienne. et qui nest pas encore venu aux oreilles du roi. Ce ministre aurait dit que le roi son maitre lui avait donné un évcché de grande valeur, pour le récompenser de ce qu'il a\ait empêché, pendant quatre ou cinq ans, le mariaçe de la princesse Anne avec le roi très-chrétien, sachant bien que la reine d'Espagne n'avait plus guère i\ vi\re et que son maître ne pourrait épouser que ladite princesse. 11 lui parait important qu'un tel langage soil désavoué par le roi catholique.

Pag. 746. — Le roi à Forquevauix, Saint-Germain-en-Laye. 29 juillet 1570. Il lui ordonne d'aller trouver le roi catholique, et de se plaindre de propos insolents que lui a tenus don Francés de Alava ', propos qu'il ne souffrira plus à lavenir. — Il a consenti à une suspension d'armes jusqu'à la fin des négociations avec la reine de Navarre et les princes de ^avarI•e et de Condé.

Pag. 7.j5. — La reine à Forquevauix, même date. Elle a été particulièrement blessée des propos de don Francés, elle qui, durant la minorité de son fils et depuis, s'est tant appliquée à entretenir la bonne intelligence entre les deux rois. Elle espère que le roi catholique lui fera connaître qu il n approuve pas le langage de son ambassadeur.

Pag. 75(5. — Le roi ii Forquevauix, Saint-Germain-en-Laye, 15 août 1570. Pacification de la France :

Monsieur de Forquevauix, par mes précédentes despèches, je vous ay cscript cl mandé comme j'csiois aprcz à meure lin aux troubles qui estoint en mon royaulme par la doulceiir, ayant cognu, par le succèz de tant de mémorables vieloires qu'il avoit pieu à Dieu me donner, soubs la conduicle de mon ficre le duc d'Anjou, n'a esté sa volonté que je sortisse des guerres par les armes. Ce qui m'a d'autant plus faict résouldrc à faire ladictc paix -parmi messubjccls, a esté aussi pour cognoislre la guerre ne pouvoir plus se continuer sans la totale ruync de touls mes subjecls et de mon royaulme,

' » Il nous a dit à madame ma mcrc et à moy que n'avions jamais faict aucune chose qui dcust donner occasion au roy son maislrc d'csirc certain de nostre amitié. «

' La pai.x avec Coligny et les protcsianis avait clé signée le 8 août. Le roi accordait à ceux-ci, comme dans les traités précédents, une amnistie complcle, l'approbalion de ce qui s'clait fait, leur rétablissement dans la liberté de conscience et l'exercice de leur culte, excepté à Paris cl à la cour, leur admission à lous les emplois ; de plus il laissait entre leurs mains des places de sûreté, etc.

312 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

avant esté les maux qu'elle avoil produicls si extrêmes et pleins de violence, spécialement sur nostre pauvre peuple, qu'il estoit hors d'aleyne, prest à succomber et entrer en désespoir, lequel eustfaict naislre telz désordres qu'il m'eust esté impossible d'y pouvoir jamais remédier : pour lesquelz prévenir, il a pieu à Dieu remettre la paix en mon roynulme et réunir mes subjects en amitié et concorde les uns avecques les autres. De quoy j'ay bien vouUu aussitost vous advenir par porteur exprèz, afin de le faire entendre au roy catholicque, mon bon frère, et vous en resjouir avecques luy : m'asseurant que eestc nouvelle ne luy sera moins agréable que je reçois de plaisir, quand je vois ses affaires prospérer. A quoy vous adjousterez ledésir extrême que j'ay de conserver l'amitié et bonne paix qui est entre nous deux, ainsi que je luy fcray cognoistre tousjours, comme j'ay aecoustumé de faire, par les effeets. Je luy escripts une petite lettre en créance sur vous, afin que ayez cause de luy dire ce que dessus.

Pag. 7o9. — La reine à Forquevaulx, même date.

'V^ous direz au roy catholicque, de ma part, que je me réjouis infiniment de ce que ces malheureux troubles sont passez de la façon, au contentement de touts ceulx qui ayment la grandeur et prospérité de ce royaulme, comme je suis du tout certaine qu'il y est très-affectionné, pour l'amitié qui est entre luy et le roy, mons' mon filz, en laquelle je travailleray, autant qu'il me sera possible, tousjours les maintenir et conserver, cognoissant bien que de leur union et bonne intelligence dépend le bien général de la chrestienlé.

Pag. 761. — La reine à Forquevaulx, Paris, Il août 1S70. (Secrète.) Cette lettre roule sur des propos tenus entre le cardinal de Lorraine et la reine , concernant le bruit qui avait couru à Madrid du mariage présomptif de madame Marguerite de Valois avec le duc de Guise.

Pa"^. 763. — Au roi, Madrid, 4 septembre 1570. Il a été à l'audience du roi catholique le iô août, et l'a entretenu de l'aflaire du mariage avec le roi de Portugal. 11 y est retourné le 50, pour communiquer à ce prince le contenu des dépêches du roi du 29 juillet et du 14 août. Il n'a encore obtenu de réponse sur aucun point. — Don Luis de Torres a reçu, le 30 août, une dépêche du pape pour le roi, la reine, le cardinal et don Duarte de Portugal , ainsi que pour les deux théatins frères, à tous lesquels Sa Sainteté écrit dans les termes les plus pressants en faveur du mariage de madame Marguerite. Il est retourné en Portugal avec cette dépêche le 1" septembre. — Le roi catholique s'attendait à la paix de France : cest pourquoi il la

trouvée moins aigre, ou du moins il en a montré le semblant, quand Forquevaulx la lui a annoncée le 30 août.

Pas;. 768. — A la reine, même date. Le 13 août il a entretenu le roi catholique du propos attribué à Chantonay; ce prince la rejeté fort loin, ne pouvant y croire : Chantonay n'a obtenu de lui ni évèché ni aucun bénéCce.

C'est bien, Madame, une punilion de Dieu, que touts les médecins qui servirent la feue royne, vosire fille, en toutes ses gioisses, sont morts, excepté un nommé le docteur Bernard, lequel ne pouvoit esire creu de ses compagnons, ny son oi)iiiion avoir le crédit qu'il fust esté besoing pour le salut de ladicte dame : car, encore dcmi-bcure devant qu'elle accouchast mal de la dernière fille, je tus présent en une dispute qu'il eust contre cclluy qui avoit succédé en l'eslat de Moniguion, soustenanl Icdicl Bernard que ladicte dame royne estoit enceinte de créature vifvc, comme la vérité cstoit, cl son protomé<locin disoit au contraii-c que c'esloit luie molle ' : de sorte que, par leurs dilTércnts et des autres médecins autant ignorants, liiy avoint esté applicqucz de longue main divers remèdes dommageables, ainsi que j'espère le dire plus amplement quelque jour à V. M.

L'impératrice a écrit au roi catholique afin qu'il ne donne point de gouvernante à la reine sa fille : cela peut être cause que la duchesse d'Albe a quitté Madrid le 1" septembre. — On dit que don Antonio de la Cueva sera mayordonio ma\jor de la nouvelle reine; on avait parlé, pour cette charge, de Ruy Gomez : mais don .\ntonio est parent du cardinal de Sigiienza, « qui faict et défaict ce qu'il luy plaist. » — Don Luis de Torres a juré à Forquevaulx, sur le corps de Jésus-Christ, que lui Forquevaulx. ne saurait être autant désireux du mariage de madame Marguerite avec le roi de Portugal que l'est le roi catholique, car il le sait ainsi et de la manière qu'il faut savoir.

Pag. 78i. — Au roi, sans date (20 septembre Id70). II lui donne des détails sur l'audience quil a eue du roi catholique le 30 aoiit, et dans laquelle il la entretenu principalement des propos insolents tenus par don Francés de Alava et de la paix de France. — Sur le premier point le roi a dit que don Francés ne lui en avait rien écrit: quil trouvait mauvais le langage dont il avait usé; qu'il voulait que son ambassadeur parlât à LL. M.M. TT. ce. en tout respect et modestie, et qu'il le lui ferait entendre.

' Molle, de l'espagnol mola: masse de chair informe et inanimée.

314 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

En ce qui concerne la paix, il m'escoiitoit d'un bon visage, et m'a faict response qu'il avoit fait estât, dès Cordoua, que ladicte paix se fcroit, par les propos que je luy en dis de vostre part, mais qu'il est sceur et cogneu de Dieu et de vous, Sire, combien il a eu d'affection au bien de voz affaires, et en quel debvoir il s'est mis plusieurs fois et l'a démonstré par œuvre, tellement qu'il demeure avec sa conscience nette et sans aucun remord; qu'il n'a tenu à luy que le service de Dieu et le vostre ne soit allé en vostre royaulme comme la raison et debvoir requéroint; que cella luy est une justification envers tout le monde, laquelle le rend fort content : ne pouvant aussi eslre sinon aise de ce qui vous contente, si contentement vous pouvez avoir, voyant vostre royaulme en Testât qu'il est réduict tant incertain et doubteux. Je voulois. Sire, qu'il me respondit de meilleure bouche, que la paix luy est agréable : mais il n'y a eu ordre, et par trois fois m'a répété Icsdictes parolles : qu'il demeure satisfaict en son cœur d'avoir faict, pour le service de Dieu et le vostre, ce dont il a esté requis

Guerre de Grenade. — Le duc de Medinaceli , vice-roi de JNavarre, a été appelé à iMadrid et y est depuis huit jours : on pense que c'est pour l'envoyer en Flandre, en remplacement du duc d'Albe. Il est proche allié de Ruy Goinez, qui le favorise autant qu'il peut.

Pag. 793. — A la reine, Madrid, 20 septembre 1370. Il lui donne à peu près les mêmes détails qu'au roi sur son audience du 50 août. — Au retour de don Luis de Torres, il espère découvrir si le roi a procédé, dans la négociation de Portugal , de la manière qu'il le donne à entendre. Quant à la princesse doua Juana, « je suis adverti qu elle n y a nulle bonne volonté,

se tenant bien asseurée que, si le roy de Portugal, son fds, viendra à

mourir en ceste attente, qu'il ne luy peust faillir à elle d'cstre royne de

> Portugal, car le sieur Duart, vray successeur dudict royaulme, l'espou- ) seroit devant toute autre. Et n'estimez, Madame, qu'il y ait amour de mère

à fils et de fils à mère entre le roy et princesse de Portugal : car il n'en

> y a non plus que s'ils ne s'appartenoient de rien, pour ce que c'est comme par songe qu'ils s'ayment. à cause qu'ils ne se sont jamais veus, par manière de dire, ains, tost après qu'elle se fut relevée de ses couches, elle se retira en Castille. >< — Çayas baise pieds et mains à la reine pour le

présent qu'elle lui destine; « et, à mon advis, que ledict présent sera bien employé audict Çayes, car il a grand accès envers le roy son maistre et bon moyen pour vous y faire service, comme il promet qu'il faira; et

) m'assure ne s'estre point espargné jusques à maintenant à servir Voz Ma-

I) jestez en ce qu'il a peu.

Pag. 800. — A la reine, même date. — Le roi de Portugal vient de rappeler son ambassadeur qui était à Madrid. — On n'a pas encore de nouvelles du retour de don Luis de Torres.

Pag. 80o. — Au roi, Madrid. 11 octobre 1570. Don Luis de Torres, revenu de Portugal, compte reprendre le clieniin de Rome le 12 octobre. — Guerre de Grenade.

Pag. 810. — A la reine, même date. Mesdames les petites princesses vont se retirer pour quelques jours à IKscurial, en attendant la nouvelle reine, leur belle-mère : « l'aisnce (Isabelle; a fort pleuré quand on luy a dit (jue » ladicte dame royne estoit arrivée en Espaigne. Il a esté commandé à » Ciiassicourt et aux autres filles de luy persuader que c'est sa propre mère : » ce qui sera dillicile, car elle a un esprit et jugement d'une lîlle de » quinze ans. »

Pag. 813. — La reine à Forquevaulx, Paris, l"" octobre 1570. Elle désire savoir pourquoi la duchesse d'Albe n'est plus auprès des infantes, et celle qu'on a mise à sa place. — Elle le charge de complimenter, au nom du roi et au sien, la nouvelle reine d'Espagne.

Pag. 8li. — A la reine, .Madrid, 19 octobre 1570. On dit en public que la duchesse d'Albe s'est retirée parce que, selon les lois de Caslille, une femme mariée ne peut être camarera «ia^o»"; et si la duchesse, quoique mariée, l'était du vivant de la feue reine, c'est que le duc d'Albe était hors d'Espagne. Forquevaulx pense que la véritable raison est le désir, exprimé par l'impératrice au roi, qu'il n'y ait point de gouvernante auprès de la reine sa fille. — Le roi a nommé la marquise de Formesta camarera inaijor et doila Maria Chacon gouvernante des petites princesses. — La princesse de Portugal part le 23 pour Ségovie, où elle attendra et recevra la reine. Les princes de Bohème s'apprêtent aussi à aller au-devant de leur sœur.

Pag. 816. — Au roi, Madrid, 11 octobre 1570. La reine d'Espagne est arrivée au port de Laredo le 4 octobre^ le 6 des feux de joie et des fêtes publiques ont célébré cette heureuse nouvelle à Madrid. Le roi était à l'Escurial : aussitôt qu'il en a été informé, il a envoyé le comte de Lerma, gentilhomme de sa chambre, pour porter à la reine des joyau.x et des bijoux. De grands préparatifs sont faits pour sa réception à Valladolid, où elle naquit le 28 juillet 1552, quinze minutes avant sept heures du soir.

Les noces se feront à Ségovie. La princesse de Portugal s'y acheminera le i§; c'est elle qui supportera la dépense des noces pendant les quatre jours que le couple i-oyal y séjournera. — On a noté qu'aux Pays-Bas le roi s'est contenté de faire visiter la reine d'Espagne par son agent, tandis que la reine d'Angleterre y a envoyé un lord honorablement accompagné; qu'elle a fait sortir neuf ou dix de ses grands galions au-devant de la flottille qui portait la reine, pour la saluer à son passage; quelle lui a fait présenter de beaux rafraîchissements et lui a envoyé une bague de grand prix. — Guerre de Grenade. — Le duc de iMedinaceli va en Flandre remplacer le duc d'Albe. — Don Antonio de la Cueva, ci-devant maitre d'hôtel de la reine Elisabeth et des petites princesses, est nommé grand majordome de la nouvelle reine; une de ses terres est érigée en marquisat, et il reçoit une commanderie de S'-Jacques de cinq mille écus de rente. « Le roi catholique » l'a voulu ainsi, et le cardinal de Ciguence, encore qu'il en déplaise aux » grands de Castille. C'est un fort bon gentilhomme, qui a bien servi la » feue royne et mesdames ses filles et continuera : car leur estât et maison » sera mesme chose avec celle de la royne, leur belle-mère, encore que le » service soit séparé. »

Pag. 822. — A la reine, Madrid, 14 octobre 1570. Don Francés Pererez, ambassadeur de Portugal , a quitté 3Iadrid le 26 septembre, non sans regret de laisser une charge où il s'est vu , huit ans, autorisé et favorisé plus qu'il ne sera en sa patrie. Son successeur, don Duarte de Castelblane, proche parent des deux théatins, n'arrivera qu'après les noces du roi catholique. — Forquevaulx craint que la venue de ce dernier n'avance pas beaucoup le traité de mariage. Cependant les lettres du pape au roi et au cardinal de Portugal ont produit sur eux un grand effet. Il sait aussi que le sieur Lorenzo Pires de Tavora, l'un des premiers du conseil d'Etat de Portugal, a mandé à un sien neveu, à Madrid, nommé don Cristoval de Mora, que le mariage de son roi et de madame Marguerite n'avait jamais été en si bons termes, et que deux autres membres dudit conseil, ainsi que don Juan de Borja, lui ont écrit dans le même sens. — Malgré toutes ces apparences, il appréhende quelque collusion entre les deux rois de Portugal et d'Espagne, ou qu'on élève la prétention de faire renoncer les Français à la navigation des Indes.

Pag. 827. — Au roi. Madrid, 18 octobre 1570. Depuis le 50 août il n'avait

pas eu audience du roi catholique, qui s'était tenu tantôt au Pardo, tantôt à l'Escurial. en attendant la venue de la reine, laquelle, le 5 octobre, est arrivée à bon port à Laredo et à Santander, où elle est descendue. Il s'est présenté chez S. M. le 15 octobre, pour la féliciter de celte heureuse nouvelle. — Il lui a demandé ensuite ce que don Luis de Torres avait rapporté de Portugal : à quoi S. M. a répondu que le roi de Portugal ne lui en avait rien écrit, et qu'il ne pouvait lui en dire plus que ce qu'il tenait de Torres lui-même, l'assurant néanmoins que la négociation du mariage n'était point rompue.

El touchant, Sire, à ce qn'iceUuy de Torres m'a dict du faict du mariage de

madame vostre seur, Voslre Majesté aura, s'il luy plaist, souvenance de ce que je vous escripvis, en septembre, qu'il esloit retourné audict Portugal exprèz, avec uncdespéche du pape bien fort afîectionnée, et l'espérance que je y avois. Il est advenu, Sire, que de Torres a esté de retour en rc lieu le qualriesmc de ce mois, et m'a faict entendre que sur ladiete despèciie luy fut faict une response assez maigre, quoyqu'il eust rcmonstré, oullre le contenu des lettres de Sa Saincleié, tout ce qu'humainement un autre minisire pcust avoir faict: mais luy avoit esté réplicqué le pro|)re langage de la première fois (pi'il y fust, encore plus froidement mesme; que le roy de Portugal est tout tel qu'il estoit en may et en juin dernier, c'est à sçavoir en bas cage et trop délicat pour se marier si lost ; aussi que madame vostre seur n'avoit point de basic, ny ne peust rien perdre pour attendre quelques ans à prendre mari, car madame de Savoye, sa tante, eust bien plus longue patience ; en oullre , que la paix de France leur semble estrange à cause d'aucuns articles poriez par voslre édict de paix, qu'ils baptisent là et icy de capitulation, de laquelle paix faullvoir quels efTecls en sortiront devant que passer plus oultre audict négoce. Autres parolles aussi fades et sans goust que celles-là luy furent responducs de mesme substance, en luy baillant les lettres que lediet roy et son conseil rescripvircnt sur ladicte despèche à Sa Saincteté, non, Sire, de telle sorte qu'ils entendissent couper la praticque dudict mariage. El ainsi mal satisfaicl, lediet de Torres print congé dudiet roy, qui esloit lors à Bellain ', voyant la monstre et resseigne de sa milice et légionnaires qu'il a faict enrooller dans Lisbonne. Lediet de Torres s'en retourna le soir, en intention de reprendre le lendemain son chemin de Madrid : ce qu'il eust faict, mais il luy survint la nuict une nouvelle despècbe du pape, avec lettres de sa main propre audict roy et au cardinal inAint : par quoy de Torres s'en alla à Cintre, et leur donna les lettres, sans dire ny proposer chose nouvelle, car il n'en avoit, à ce qu'il m'a dict, aucune commis-

Belem.

sion. Lesquelles lettres veues et consultées sans communication de la royne, car elle n'est pour rien contée, ains se tient audict Lisbonne, le roy et cardinal rcscripvircnt de leur main au père-sainct : ce que ledict roy n'avoit encore faict, disant le cardinal audict de Torrcs, en prenant congé, qu'il s'en debvoit, à ce coup, partir bien joyeux, car il laissoit les choses en beaucoup meilleurs termes qu'il ne les avoit encore veues, et trouveroit Sa Saincteté dans lesdictes lettres telle response dont elle recevra contentement.

Qui est. Sire, la plus grande clarté du négoce que j'aye peu tirer dudiet ambassadeur, lequel est d'opinion (]ue, luy de retour à Rome, Sa Saincteté despécbera soudain personnage exprèz vers Vostre Majesté vous donner conte dudiet négoce. J'entends que ce sera de Torrcs, et la princesse de Portugal a dit à certaine personne qu'il sera en ceslc court dans deux mois. Bien m'a foict bon serment ledict de Torrcs, encore ceste fois, que le roy catholicquc procède syncèrement audict mariage et a tousjours faict bons offices: en foy de quoy il m'a produit les coppies d'aucimes lettres de Sa Majesté escriptcs à don Jehan de Borja, son ambassadeur en Portugal, cependant que ledict de Torrcs y estoit, par lesquelles estoit mandé bien expressément au S"' de Borja qu'il luy assislast à procurer et faire tout ce qu'il pourroit penser qui peust servir audict traicté, pour satisfaire à Sa Saincteté et à Vostre Majesté et de la royne : m'ayant fort prié et exorté ledict don Loys, pour le bien universel de la chrestienté, de vous supplier très-humblement. Sire, ne vous fascher de ces longueurs, ny de vouloir entendre à aucim autre ])arti pour Madame, pour ce qu'il espère et s'asseure. Dieu aydani, que celluy de Portugal sortira à cfTect.

Là-dessus, Sire, je luy ay respondu assez de choses concernant vostre dignité et grandeur, blasmant ces façons exquises dont on iraicte Vostre Majesté, qui, par adventure, pourroint amener des représailles avecques le temps aux plus asseurez et au mesme roy qui tant se monstre froid et dédaigneux, car la France n'est pas au dcssoubs, comme ceulx qui ne s'y cognoissent estiment, ains plus redoutable qu'elle ne fut il y a cinq cents ans, ainsin que je luy ay faict toucher du doigt. Il y a. Sire, ce malheur, qu'en tout le Portugal il n'y a un seul homme qui cognoisse vostre royaldme ny ses forces, ny en toute Espaigne, je croy , si ce ne sont le roy calholicque , le due d'Albe et Ruy Gomez. Tous les autres ne sçavent ce que c'est que la France; et pour ce que le duc d'Albe la cognoist mieux qu'eulx, c'est l'occasion pour quoy il se plaist tant de la division de voz subjects.

Pag. 836. — A la reine, même date. Il répond à la lettre de la reine, du {"octobre, touchant la duchesse d'Albe, mais il n'ajoute rien à ce qu'il a ditprécétlemment, sauf qu'il y avait huit mois que la duchesse sollicitait son congé. — Sa lettre contient encore celte particularité : qu a l'avenir les jeunes infantes ne déjeuneront plus, comme elles faisaient, mais qu'elles

dîneront à dix heures et souperont à six heures, avec un goûter entre ces tleux repas.

Pag. 8i4. — La reine à Forquevaulx, Monceaux. 15 septembre ia70. Elle envoie des haquenées pour le roi et des petits chiens pour les infantes.

Pag. 84(5. — Le roi à Forquevaulx, Ecouen, 12 octobre 1570. Sur les propos du roi catholique concernant la paix de France :

,I'av bien considéré les propos que vous a tenus le loy catholicque, mon bon frère,

quant luy avez faiet entendre les nouvelles de la paix qu'il a pieu à Dieu remettre en mon royaulmc. Je cognois assez que ramilic qu'il me porte luy faiet désirer la prospérilé de mes affaires aveeques pareille afl'eclion que je désire son contentement es siennes. Tout ainsi que les choses qui se sont passées en mon royaulme durant ecs longues et malheureuses guerres tesmoignent assez du zelle que j'ay au service de Dieu et à la religion catholicque, aussi j'ay bonne espérance que le succéz de ladictc paix sera preuve suHisante de ma bonne intention, et servira de response à louts ceulx qui vouldroint calomnier ce que j'ay faiet.

A ce propos je vous diray comme louls les estrangers qui avoient esté appeliez à l'occasion desdicts troubles sont hors de mon royaulme il y a plus de trois sepmaines, leur ayant faiet prendre un chemin bien esloigné des terres appartenantes au roy catholicque, mon bon frère, pour son respect, afin que ses subjects ne se ressentissent de la foule et oppression qu'ils ont faictc partout où ils ont passé : ce dont je désire bien que Icdict S' roy soit adverli par vous, quand vous luy parlerez de ce qui s'est passé en moii royaulme depuis la paix, eneores que je me promette que don Francèz d'.\lava le luy aura escript ainsi qu'il l'a veu, et comme voulant que ledict roy soit continuellement asseuré par vous du désir que j'ay de conserver la parfaicte amitié et all'ection qui est entre nous deux, sans qu'il y ait jamais aucune cause d'en doubler.

Pag. 854. — La reine à Forquevaulx , même date. Elle le prie de lui écrire, dorénavant, bien particulièrement « le cas que l'on fait des infantes, n ses petites-filles, Tordre qu'il y a en leur maison et si on les visite sou- » vent. » — Elle lui exprime de nouveau toute sa satisfaction et celle du roi pour ses services, lui promet qu'ils seront récompensés, et le prie de continuer sa charge d'ambassadeur jusqu'à ce que la négociation de Portugal soit achevée.

Pag. 857. — Au roi, Madrid, 9 novembre 1570. Le roi catholique, qui était au Pardo, est revenu à Madrid le 29 octobre au soir; le lendemain, de bon matin, il s'est confessé à lévéque de Cuenca, lequel navait pu

320 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

aller vers lui au Pardo, « à cause qu'il est lousjours malade. » Cela fait, il a vu monter à cheval, le même matin, les deux princes de Bohême, qui se rendaient au-devant de la reine leur sœur à Valladolid, à plus de soixante chevaux de poste, et tout aussitôt il a pris le chemin de l'Escurial , afin d'y passer la Toussaint et d'y gagner le jubilé accordé par le pape, pour prier Dieu de donner victoire à l'armée de la ligue, de sorte qu'aucun ambassadeur n'a été reçu par lui. — Le baron de Dietrichstein et le nonce sont les seuls ministres étrangers qui assisteront aux noces à Ségovie. — Projets d'invasion en Irlande suscités par un gentilhomme anglais nommé Sfucklev. — Le duc de Medinaceli va certainement en Flandre remplacer le duc d'Albe, << de laquelle élection beaucoup de personnes s'esbahissent, )) mesmes ceulx qui ont opinion que ceste charge excède la suiïisance du » duc de Médine : qui pourroit bien aussi procéder d'envie. Son parlement » sera en janvier. » — Guerre de Grenade : le roi fait sortir tous les Morisques de ce royaume et les despart dans toute l'Espagne. « Il y a trois » jours que par ceste ville passèrent trois charges de maniottes (menottes) » pour attacher les plus robustes. Il y en avait plus de douze mil, au » lieu et habitation desquels entrent Espaignols. Le grand commandeur M de S*-Jacques est commissaire de faire ladicte transmigration. » — Armements en Portugal dirigés, à ce qu'on suppose, contre le roi de Fez.

Pag. 866. — A la reine, même date. Détails sur les infantes, a qui sont » vestues, parées, honorées et respectées comme il appartient à filles de si » grand lieu. » Elles ont six dames, deux filles de chambre et une pour la garde-robe. Le roi se les fait amener quelquefois en sa chambre; trois jours avant leur départ pour l'Escurial, il les voulut voir. — Le prince d'Eboli l'a encore dernièrement assuré que le roi catholique n'a rien tant à cœur que le mariage de madame Marguerite avec le roi de Portugal, « lui parlant dudict jeune roy comme un enfant sujet à sa teste, si enchanté « de ses deux Ihéatins qu'ils disposent de sa personne et de son royaulme » à leur appétit, soubs espèce de saincteté, n'estant point possible que leur » règne dure guère, car grands et petits s'en fâchent et leur veulent grand „ niai. » — Malgré les assurances de Ruy Gomez, Forquevaulx ne se fie pas trop au roi catholique, pas plus qu'il ne se fie à don Luis de Torres, lequel a fait entendre, à Madrid , à des personnes de qualité, qui l'ont redit à Forquevaulx, qu'il avait toujours vu le roi de Portugal fort éloigné et dé-

goûté de prendre femme de longtemps : « ledict de Torres s'est dépaiiy ^de » cette cour) avec le don d'une abbaye de trois mille écus de rente en » Sicille et un présent de douze cents écus en un bassin et une aiguière, » favorisé d'une bonne lettre au père-saint et lettres particulières à six car- » dinaulx : qui est autant que demander le chapeau pour luy. »

Pag. 884. — Le roi à Korquevaulx. Paris, a novembre 1570. Il envoie le S'' de Malicorne, chevalier de son ordre, conseiller en son conseil privé et capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, pour complimenter le roi catholique sur son mariage.

Pag. 885. — La reine à Forquevaulx. Saint-Germain-des-Prés. 3 novembre 1370. Négociation de Portugal. Elle n'a pas une entière confiance dans don Luis de Torres, persuadée quil ne fait rien en cette négociation que le roi catholique n'en soit bien averti et n'y donne son agrément.

Pag. 889. — Au roi , Madrid, 9 décembre 1S70 '. Les noces du roi d'Espagne ont eu lieu à Ségovie le 13 novembre. La reine a fait, le 2G, son entrée à Madrid. Le 30 Forquevaulx a été à l'audience du roi, pour le complimenter : il s'attendait que le roi lui parlerait de la reine de ISavarre, mais il n'en a pas touché mot ; « et n'est pas un prince qui dit ce qu'il a » sur le cœur, ains il est des plus dissimulateurs du monde. Je le puis bien » dire, de tant que ses serviteurs le disent, et qu'il sçait autant feindre et » couvrir ses intentions que jamais feil roy ny petit compaignon. jusques » au temps et heure qu'il luy vient à propos de s'en ressentir. » — Il a eu, le 4 décembre, audience do la reine, qui l'a reçu « sur les onze heures du » matin, à l'issue de son disner. » Elle l'attendait dans la salle où elle avait dîné et était debout contre la muraille. Elle lui a fait le plus gracieux accueil, mais elle lui a répondu brièvement, car « elle parle fort peu. » — Armements en Portugal. — Don George iManrique est arrivé en poste, porteur des félicitations du duc de Savoie, son maître, sur le mariage deLL.MM.CC. — Don Juan d'Autriche est à Madrid depuis le 13; le grand commandeur de S'-Jacques y est attendu : les Morisques ne donnent plus de crainte.

' Le copiste doit sctre trompé ici Jans l'indication de la date, car cette lettre fut envoyée avec la suivante, qui est datée du 21. On remarquera que Forquevaulx, parlant de don Juan d'Autriche, dit qu'il est à .Madrid depuis le 13.

Pag. 899. — A la reine, Madrid, 21 décembre 1S70. A propos de l'audience qu'il a eue de la reine catholique, il dit :

11 est vray, Madame, que ce n'est pas la grâce, accueil et aflabilité de la feue royne vostre fille, et mesme elle se leinl tousjours debout durant madicte audience : ce que ne faisoit la feue dame royne, ains elle s'asseoit sur des oreillers, et me faisoit asseoir sur un escabeau de velours. Autant en faisoit Sa Majesté aux autres ambassadeurs, tant du pape que des roys et Vénitiens : mais ceste dame royne n'a pas usé ceste faveur au nonce du pape ny à vostre ambassadeur.

Je ne veulx faillir. Madame, — poursuit Forquevaulx — à vous dire l'accueil que ladicte dame royne fcist à mesdames les petites princesses, le jour de son entrée au palais : ce fusl que madame la princesse de Portugal, leur tante, les mena au-devant de ladicte Majesté jusques à l'entrée des portiques et galeries basses, car elle estoit descendue de sa haquenée; et sans voulloir permettre que lesdictes infantes luy baisassent les mains, et d'une révérence jusques à terre, de mesme elles, ladicte dame royne les accola et baisa plusieurs fois l'une après l'autre avec démonstration de fort grande amour, et du depuis les bonore et caresse comme ses filles, et a disné et soupe, aucuns jours, accompagnée d'elles, séant à table au milieu, l'aisnée à sa main droicte, et la petite à sa main gauche. Aussi est-ce que jamais n'y eust petites princesses plus agréables qu'elles sont.

La princesse doiia Juana est au Pardo, souffrante. — M. de Malicorne est arrivé à Madrid le 9 décembre.

Pag. 906. — Le roi à Forquevaulx, Soissons, 4 décembre 1570. Son mariage ' a été célébré à Mézières le 26 novembre. Forquevaulx en informera le roi et la reine catholiques, ainsi que les princes de Bohême.

Pag. 909. — Au roi. Madrid, 27 décembre 1S70. Éloge du S' de Malicorne, qui retourne auprès du roi. — Forquevaulx a, le 22, donné connaissance aux princes de Bohème de la célébration du mariage du roi. — « Don Jehan d'Auslrice sera visroy de Naples, oullre qu'il est généralis- » sime de la ligue, afin de l'authoriser davantage. Il n'est pas en opinion » de bon guerrier entre ceulx qui l'ont veu à la guerre de Granade, ny » pour homme de grand esprit parmi les courtisans. »

Pag. 913. — A la reine, même date.

Le S' de Malicorne vous contera. Madame , comment le jeinie roy (de Porlugal) porte ' Avec l'archiducliesse Elisabeth.

en sa ceinture un des livres de saint Thomas, en lieu de flasque de harquebuse, ainsi que Uuy Gomès nous a dit, et va de lieu en lieu sans guère s'arrester, afin de lasser ceuk qui le suivent et les constraindre de le laisser vivre seul, aceompaigné de ses théalins. On en parle comme d'un prince hisarre et de petite expectation, si ce ne sera pour destruire ses subjects

Madame, le secrétaire Çayes m'a monstre de voz lettres de vostre main au roy catholicque, par lesquelles vous luy donnez de la Majesté partout, et monseigneur le duc d'Anjou aussi par les siennes , dont sondict maistre se contente bien fort : mais Çayes s'étonne, puisque son maistre donne semblablement de la Majesté par toutes ses lettres qu'il a escriptes au roy et les commence toutes parce mot, Seftor, qui est autant que de dire Monsietir en françois, que son maistre ne soit traicté de mesme langage et courtoisie, ains que Sa Majesté Trés-Chreslienne luy use de vous; et es deux dernières lettres de sa main qu'il a escriptes à cesledicte Majesté Catholicque, il y a mis seulement en commençant : Mon frère, sans dire Monsieur mon frère , comme il souloit luy escripre paravant,car c'est donner à penser que l'amitié n'est pas telle comme elle esioit. Lesquelz propos. Madame, ledict Çayes m'a voullu persuader qu'il me les disoit de luy-mesme, sans commission de son maistre, mais comme serviteur très-humble de toutes Voz Majestez, qui désire l'accroissement de vostre amitié et non qu'elle se refroidisse : dont luy avoit semblé faire son debvoir de m'en parler. J'ay respondu le moins mal que j'ay peu. Toutesfois, Madame, si ledict roy catholicque n'a donné occasion au roy de luy oster ce mot de Monsieur, j'ay opinion qu'il sera bien faict de luy en user et de luy donner de la Majesté pareillement : car, quand les roys et princes se rendent de l'honneur les uns aux autres, c'est enseigner aux inférieurs de les honnorer. Et puisque ledict Çayes m'en a parlé si clairement, c'est du sceu de Sa ^lajesté Catholicque, lequel, à la mode espaignolle, prend garde à ces pontilles '. Mais il faut les contenter, car les inimitiez s'engendrent aucunes fois de peu de chose.

Au regard de Çayes, il a finalement accepté la chaisne que le roy luy a envoyée, digne de sa libéraHté royale.

Pag. 917. — Discours au roij des audiences que M. de Malicorne a eues du roij ef de la reine cafltolicques. Arrivé à Hladrid le 9 décembre, M. de Malicorne eut audience du roi le 13. Ce jour-là. à dix heures. le comte de Chinchon, premier maître d'hôtel, accompagné d'une quarantaine de gentilshommes à cheval, tous personnages de marque, vint le prendre au logis de M. de Forquevaulx. Ils se rendirent au palais, M. de Malicorne placé entre le comte et M. de Forquevaulx. qui avait la droite. Le roi reçut les

Pontilles, de l'espagnol puiUillos : contestations sur des bagatelles.

deux ambassadeurs dans la petite chambre où il donne ses audiences; il avait auprès de lui don Juan d'Autriche, le prieur don Antonio de Tolède, grand écuyer, le duc de Médina de Rioseco, le duc de Nàjera, le comte de Benavente. le marquis de Dénia, tous grands de Castille. M. de Malicorne fit son compliment, auquel le roi catholique répondit en remerciant le roi, la reine mère et le duc d'Anjou. — Le lendemain , sur les deux heures après midi, eut lieu l'audience de la reine; don Pedro Lasso, un des maîtres d'hôtel de la reine, vint chercher les deux ambassadeurs, ayant en sa compagnie dix ou douze gentilshommes. La reine les reçut dans la salle où la feue reine donnait ses audiences : elle était debout sur son estrade, avec des carreaux de velours cramoisi près d'elle, pour s'asseoir s'il lui eût plu; autour de la salle étaient ses dames et peu de gentilshommes. — M. de Malicorne alla ensuite visiter les infantes et les archiducs Rodolphe et Ernest, puis les deux petits archiducs Albert et VVenceslas, venus avec la reine leur sœur. — Le d7 les ambassadeurs allèrent saluer don Juan d'Autriche, dont les propos furent fort courtois. — Les jours suivants ils virent le cardinal de Sigiienza et le prince d'Eboli, qui tous deux les assurèrent que le roi leur maître avait fait tout ce qui avait été en son pouvoir pour le mariage de madame Marguerite avec le roi de Portugal , « mais que ledict » jeune roy estoit enchanté par les deux théatins qui le gouvernoient, et » que c'estoit son mauvais naturel qui le gardoit de cognoistre ce que luy » estoil très-convenable pour luy et son royaulme. » — Le S'' de Malicorne n'a pas pu voir la princesse de Portugal, qui était au Pardo, souffrante. — Le 21 il retourna à l'audience du roi catholique et le 24 à celle de la reine, pour prendre congé. — De chez la reine il se rendit auprès des infantes, puis chez les archiducs Rodolphe et Ernest. — Le jour de INoèl il visita l'évéque de Cuenca, et le lendemain le cardinal.

Pag. 953. — Au roi, Madrid, 50 janvier 1571. Le roi catholique lui envoie le comte d'Olivares, pour le féliciter sur son mariage. Ce seigneur est proche parent du duc de Médina Sidonia, beau-fils du prince Ruy Gomez; il est contador mayor de Castille, alcade de Séville et riche de trente-cinq mille écus de rente.

Pag. 956. — Le roi à Forquevaulx, Villers-Cotterets, 8 janvier 1371. Il envoie à Madrid le secrétaire de l'Aubespine avec un mémoire qu'il communiquera à Forquevaulx.

Pag. 937. — La reine à Forquevaulx, même daJe. Elle a très-volonliers accueilli la prière qu'il lui a laite dadmeltre au nombre de ses dames la dame de Forquevaulx, sa femme.

Pay. 938. — Mémoire porté au sieur de Forquevaulx par le secrétaire de r.4ubespine, fait à f'illers-Cotlerets, le 7 janvier 1 o7 1 ■

Ce présent mémoire est envoyé, par le secrétaire de TAubespinc, au S' de Forquevaulx, chevalier de l'ordre du roy, conseiller en son conseil privé et son ambassadeur en Espaigne, pour l'informer de l'intention de Sa Majesté sur les poincls contenus en icelluy, à ce qu'il puisse, avecques ceste lumière, se conduire, négocier et se comporier par delà, pour le service de Sadicle .Majesté, selon que les occasions s'en préscnleront.

L'on sapperçoit touts les jours de plus en plus qu'il y a plusieurs personnes par le monde qui s'cstudicnt et travaillent, aulant qu'il leur est possible, pour troubler et altérer l'amitié, paix et bonne intelligence qui est entre les roys de France et calholicque, tant pour ce que leur esprit et naturel ne peut vivre en repos, que pour ce qu'ils espéreroint se pouvoir prévaloir du trouble et de la guerre pour leur particulier inlérest.

En Italie, et spécialement à Rome, aucuns ministres dudiet roy calholicque font soubs main journellement semer et courir quelques bruits nouveaux pour calomnier les actions et déportements du roy, comme sont ceulx dont le S' de Forquevaulx a doimé advis par sa despcche du dix-neufviesme d'octobre dernier, cuidans, en ce faisant et aux despens de Sa Majesté, advancer les affaires de leur maistre et empcscher le service de Sadicte Majesté. Es Pays-Bas ils s'entretiennent en doubte, jalousie et soubson trèsesirangc pour la paix qu'il a pieu à Dieu remettre en ce royaulme, sont en deffiance des forces que le roy a envoyées en garnison en Picardie, comme si c'esloit chose extraordinaire et nouvelle, et se persuadent cstre impossible que les grandes forces qui se sont démonstrées en ce royaulme durant les troubles se puissent contenir sans cstre employées : de sorte que, s'il naist quelque différent, pour petit qu'il soit, entre les oiriciers du roy et ceulx dudiet roy calholicque (comme il est malaisé qu'il n'advienne (juclquefois) , l'on dit incontinent qu'on vcult chercher une occasion de querelle et rompre la paix. En plusieurs autres et divers endroits, et niesme en Allemaigne, l'on est bien adverli qu'il se faict de trè.s-mauvais offices par les ministres dudiet roy eatholicque : qui donne occasion à un chascun de penser et croire que l'amitié qui est entre les deux roys est plus en parolles qu'en effect.

De quoy le roy est (rès-tlesplaisant, non tant pour crainte que cella puisse préjudicier à ses affaires, comme il se voit qu'il faict géncrallement à toute la chrestienté, car encores que les façons de calomnier les actions d'autruy soint artiflces qui ont beaucoup de pouvoir pour un temps envers les persoimes qui sont espécialement de facile créance ou de petite cognoissance des affaires du monde, toutesfois ceulx qui conduisent leurs

déportements avecques la syncérité qu'il appartient ne s'en travaillent aucunement, ear ils espèrent que la vérité, qui se sçait tousjours avec le temps faire cognoistre, sufoquera telles inventions, au très-grand dommage des inventeurs. Davantage, le roy sent ses moyens assez forts pour y remédier par auitre voye, quand il s'y vouldra employer. Mais il n'y a rien qui tant augmente le cœur à l'ennemi commun de la chrcstienté, que la division et la foible amitié qui est entre ks princes chrestiens, qui luy donne la hardiesse de faire des entrcprinses desquelles il vient à bout, comme le tesmoigne ceste dernière perte du royaume de Cypre, si importante pour toute la chrcstienté.

L'on sçait bien qu'il est très-dilïicille d'empeseher qu'il n'y ait tousjours quelque jalousie et dcffiance entre deux si grands et puissants roys voisins : mais, quand il se voit clairement qu'elle est nourrie et entretenue par la malice des ministres et principaulx serviteurs des parties , il s'y peult facilement remédier.

Au moyen de quoy le roy, faisant jugement de l'intention du roy catholicque par la sienne, se tient tout asseuré qu'il a très-bonne volonté de conserver et entretenir la paix et amitié qui est entre eulx, et veult croire qu'il a ceste opinion de luy; et pourtant il n'est plus question que de faire punir et chastier aucuns de ceulx qui font les susdicts mauvais offices : qui seroil une très-grande démonstration de leur bonne intention, par laquelle un chascun auroit certaine asseurance que la paix qui est entre Leurs Majestez est accompaignée de l'elTecl avecques l'apparence.

Il y a plusieurs autres raisons qui doibvent induire et esmouvoir Leurs Majestez de conserver leur amitié et vivre en paix ensemble, ouitre celle du bien commun de la chrestienté: en premier lieu, la considération de l'allianec que Leurs Majestez ont nouvellement prise, puis le bien et repos particulier de leurs royaulmes et pais et la conservation de leur autorité en iceulx , car si le roy, pour y avoir si peu que les troubles sont appaisez en son royaulme, ne peut avoir telle asseurance de la fidélité de ses subjects qu'il seroil bien requis, encores qu'ils facent toute démonstration d'obéissance depuis la paix, et à son contentement, aussi ledict roy catholicque ne doibt encores oublier ce qui s'est passé es Pays-Bas, et fault qu'il achève de remédier à la rébellion des Mores de Granade, qui n'est de petite conséquence et importance, et pourtant, que le plus grand désir qu'ait le roy, c'est de conserver la paix et amitié qu'il a avecques le roy catholicque, chose qu'il désire que le S' de Forquevaulx luy face scavoir toutes les fois que l'occasion s'en présentera, le priant, au nom de Sa Majesté, d'y vouloir correspondre de son costé et en faire faire par ses ministres toute démonstration par elTect.

Depuis un an le roy a envoyé, par plusieurs fois, exprès vers le duc d'AIbe, pour le prier ne vouloir imposer et lever sur les subjects du conté de Saint-Paul le denier du centiesme, comme il faisoit par touts les Pays-Bas qui sont sous l'obéissance du roy catholicque : mais Sa Majesté n'a sceu avoir response de luy conforme à ce qui est porté par le traicté de paix faict au Chasteau-Cambrésis et à la raison et équité.

Longtemps aprèz les premières instances qui luy en furent faicles, il feit une response par escripl que don Francés d'Alava présenta, du double de laquelle le secrétaire de l'Aubespinea esté chargé. Il luy fut faict response telle que l'on l'envoyé aussi au S' de Forquevaulx, par laquelle il appert clairement comme le due d'Albe ne peut faire aucune imposition et levée de deniers en la conté de Saint-Paul, sans faire tort au roy et contrevenir audict traité. Combien qu'il y ait plus de deux mois que ladicte response dernière a esté envoyée au duc d'Albe, et que Sa Majesté l'ait faict solliciter par son agent qu'il a près de luy d'y respondre, toutesfois il remet toiisjours la chose en longueur, et cependant n'a laissé de passer oultre à la levée et imposition : dont le roy veult et entend que le S' de Forquevaulx face plaincte au roy catholicque, en le priant très-instamment, au nom de Sa Majesté, d'y faire pourvoir eonmie la raison, justice et équité et l'observation des traictez le requièrent, et pour ce faire escripre très-expressément au due d'Albe, à ce que s'il ne se veult départir de l'imposition et levée de deniers, pour ne préjudicier au droit qu'il pense que le roy catholicque y a, à tout le moins qu'il sursoye l'employ d'iceulx jusques à ce que la chose soit décidée.

Le duc d'.Vlbc faict plaincte d'une saisie qu'il dict avoir esté faictc , par les officiers du roy à Amiens, des terres qui sont dépendantes de l'abbaye de Cercan , depuis la mort du dernier abbé , qui sont en l'obéissance de Sa Majesté , et d'une démission d'odieiers faiete en Charollois, au préjudice des droicis du roy catholicque , dont, de l'un et de l'autre, le roy n'a esté encorcs bien informé ny adverti : au moyen de quoy, si tost que luy en a esté parlé, il a eseript à ses officiers et ministres de luy en mander la vérité, pour après en ordonner ainsi qu'il sera de raison. Sur quoy le S' de Forquevaulx sera adverti qu'il semble que ce soint querelles mises en avant par ledict duc d'Albe pour prendre occasion de ne satisfaire au faict du conté de Saint-Paul dont il est poursuivy : mais Sa Majesté y sçaura donner si bon ordre que le tort demeurera tousjours du costé du duc, sans qu'il puisse avoir juste occasion de se plaindre que, du costé de Sadicte Majesté, il soit contrevenu au traiclé de paix.

Le roy catholicque et ses ministres, envieux de l'amitié et alliance que le roy a avecques les Suisses, ont assez de fois mis peine d'innover quelque chose au préjudice du service de Sa Majesté; et mesmes, incontinant que le duc d'Albe fut arrivé es Pays-Bas, il tenta de ce faire par le moyen du conte d'Angousol , et n'y espargna aucune chose. Le sieur de Bellièvre y sceusl si bien et délibéréement remédier que le duc d'Albe ei le conte d'Angousol y perdirent leurs peines et argent. Maintenant le roy est adverti que le conte d'Angousol a faict un voyage vers le duc d'.Albe et que, soubs couleur de poursuivre le payement de ses pensions, il a négotié quelque autre nouveau expédient pour brouiller les cantons , ayant amené avecques luy un capitaine Rool et autres Suysses qu'il a practiquez. Le roy a eseript à son agent en Flandres, pour faire tumber à propos le due d'Albe sur ledict Angousol , et luy faire entendre le desplaisir que ce luy seroit si quel-

528 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

qu'un enircprenoit de troubler ses affaires avecques lesdicts cantons, et davantage qu'il tiendroit pour ennemy capital quiconque s'ingéreroit de ce faire ou favoriser celluy qui l'entreprend. Mais puisque le duc d'Albe ne s'est pas espargné une fois de faire son possible, par le moyen niesme d'Angousol, d'y frapper coup, Sa Majesté estime bien qu'il ne sera retenu, pour ce qu'il luy a mandé, d'y tenter derecbef quelque chose. A ces fins il a semblé audict seigneur roy qu'il sera bien à propos que le S' de Forquevaulx face tomber dextrenient le roy catholicque sur l'amitié que le roy a avecques les cantons , luy déclarant la peine qu'il prend et les grandes despenses qu'il faict pour se la conserver; le tort que l'on luy fairoit de l'y vouloir inquiéter et troubler, et combien il en recevroit d'ennuy et de dcsplaisir, et jusques à luy dire qu'il n'a jamais tenu pour ami quiconque y a voullu entreprendre; puis luy nommer le conte d'Angousol, en le priant de commander à ses ministres de ne se servir d'ores en avant d'un si pernitieux homme, qui, soubz son authorité et son nom, avoil voullu troubler le service de Sa Majesté, parce que, s'il continuoit, comme le roy estoit adverti qu'il vouloit faire, il luy donneroit grande occasion de se plaindre ; et à l'adventure seroit à craindre qu'il n'altérast l'amitié qui est entre Leurs Majestez, spécialement si l'on cognoissoit qu'il fust poussé, favorisé et assisté du duc d'Albe ou d'autres ministres du roy catholicque, d'autant que le seigneur roy n'est moins jaloux de l'amitié et alliance des Suysses que de toute autre chose , quelle qu'elle soit.

Le S' de Forquevaulx en pourra parler aussi de ceste mesme façon, s'il vient à propos, au cardinal de Ciguence, prince d'Evoli et autres principaulx de par delà, et mettre peine, soit par les responses qui luy seront faictes par eeulx à qui il en aura parlé ou autrement , d'apprendre et descouvrir si les desseings que le duc d'Albe a faicts avecques d'Angousol sont allez jusques en Espaigne, et quelle est en celia la volonté du roy catholicque: car, pour conclusion, le S' de Forquevaulx sçaura que le roy ne soufrira jamais qu'autre que luy ait amitié et part avec les cantons, et service d'eulx que par son moyen et consentement.

Le seigneur roy ne double pas que plusieurs personnes n'ayent mis en propos le S' de Forquevaulx sur la ligue qui se traicte à Rome contre le Turc, et demandé si Sa Majesté seroit pour y entrer, et qu'on ne luy en parle encores plus que jamais. Sur quoy ledict seigneur roy a voullu que le S' de Forquevaulx fût adverti de la response qu'il aura à faire, le cas advenant que l'on luy mette en propos, qui est celle que Sa Majesté a faicte de sa propre bouche au nunce du pape, quand il luy en a parlé de la part de Sa Saincteté, assçavoir que le seigneur roy entrera tousjours très-volontiers en toute union, conjonction et ligue qui se faira pour le bien de la chrestienté, mais qu'il ne veult perdre tant de temps en choses vaines et en parolles , comme il a veu qu'il s'est faict depuis un an sur ladicte ligue qui se traicte; ains, quand il veri-a que ce sera à bon escient et de bon zelle qu'on y procédera, et que l'on ne vouldra préférer son inté-

rest particulier au publieq, il sera le premier, non pas à y envoyer, mais à y aller, si besoing est, en personne, pour servir la chrestionté, au repos de la(|uelle il est trèsaffectionné, à l'exemple île ses prédécesseurs: désirant Sa Majesté (]ue le S' de Forquevaulx publie dextrement ladicte response partout, soit en conversation avecipies les ambassadeurs des princes qui sont par dehi, ou autrement, d'autant (pi'il est bien certain que, si la ligue ne se conclud , l'on voiddra faire courre le bruit que les delTiances que l'on a eues du costc de Sa Majesté, et les diffidences qu'elle y a faict naistre, en sont cause.

Le S' de Forquevaulx a adverli le roy, par sa despèche du neufviesine de novembre, de ce qu'il avoil apprins de la négoliation d'un Stucley, dont ledict seigneur a vouUu descouvrir plus particidièrement, parle moyen de son ambassadeur en Angleterre et autres ses serviteurs, ce qu'en estoit à la vérité. Il luy a esté mandé qu'il est bien vray que le duc d'Albe a envoyé quelquefois hommes exprèz recognoisire les ports et eosies, tant de l'Eseosse que de l'IIirlande, pour descouvrir et apprendre s'il s'y pourroit brasser quelque chose, spéeiailcment en Escosse, contre et au préjudice de l'ancienne alliance et amitié que le roy a avec les Escossois. Mais il seroit très-diflicille qu'il s'y peut maintenant exécuter aucune entreprinse par le roy catholicque, bien (ju'il fust secondé des Poriuguois, car la roync d'Angleterre a bien sceu deseouvrir que l'on y vouloit pracliquer quelque chose, il y a cinq ou six mois, et y a très-bien pourveu et remédié. Davantage, combien qu'il se die qu'ilz ne soint presis d'accorder par ensemble, toutesfois il se doibt croire que les ministres du roy catholicque ont un exlréme désir d'y faire la paix, et pourtant (|uils n'entreprendront facillenienl aucune chose pour les en esloigner, spéeiailcment si l'effecl en est doubteux: car si la guerre duroil encorcs quelques années entre eulx, tout le iraficq qui se faisoitès Païs-Bas se fairoit aux villes maritimes, dont les païs susdicts reeevroint un très-grand préjudice. Toutesfois, si le S' de Forquevaulx en apprend davantage, il en advcrtira Sa Majesté, comme il a bien faict jusques icy.

Quant au mariage de Portugal, le roy a esté inconiinanf informé, tant par le cardinal de Rembouillet que par le nunce mesmes de Sa Saincteté résidant prèz Sa Majesté, que nostre saincl-pèrc ne s'est moins trouvé trompé en l'espérance qu'il avoit prinse de pouvoir traicter ce mariage et en venir à bout, au retour de don Loys de Tories, que Sa Majesté l'a esté de l'asseurance qu'il avoit prinse sur la promesse que luy en avoit esté faicle si expresse: lequel de Torres a bien seeu, tant en son voyage que depuis son retour à Rome, servir le roy catholicque aux despens du service du roy. Quoy entendu par Sa Majesté, il a bienlost prins la résolution qu'il s'estoit proposée, pour n'estre madame sa seur si mal nourrie et de si petite maison qu'elle demeure sans parti et sans estre recherchée et demandée de plusieurs bons endroits. Au moyen de quoy le roy veult et entend que le S' de Forquevaulx ne parle plus de ce mariage au roy catholicque ne à autre de par dellà, sinon comme la chose à quoy Sa Majesté ne pense aucunement,

mais de marier bientost madame sa seiir en tel lien qu'il en recevra plaisir, conientement et service, et dont le mary se sentira grandement honnoré et obligé à Sa Majesté.

Il a semblé au roy que le S' de Forquevaulx debvoil cstre adverti comme la royne, venant en France, avoit esté accompaignée d'un théatin nommé Villaneda, espaignol et de l'inquisition <lc Sévilie, ainsi qu'il a luy-mesmes dit, pour luy servir de confesseur; et comme, après les nopces faictes et célébrées à Mésiéres, l'on donna congé à louts ceulx que l'empereur avoit envoyez avec ladicle dame pour la servir par les cbemins, ainsi qu'il avoit esté accordé entre l'empereur et le roy, l'on feist sçavoir au tliéatin qu'il s'en debvoit aussi retourner, et que le roy avoit donné à la royne sa femme un bon , vertueux et seavant docteur en théologie pour luy servir de confesseur: 5 quoy il feit toutes les difficultez d'obéir, jusques à ce que S. M. luy eut faict commandement très-exprèz de n'y faillir. El pour tant le théatin, se voyant constrainct de s'en retourner, meu d'ire et de courroux, après avoir déclaré son nom et ses qualitez, s'est plainct de ceulx qui l'avoint tiré du lieu où il estoit en Espaigne très-honnoré et à son aise, pour recevoir ceste honte; qu'il s'asscuroil bien que, si l'on l'eust soufcrt demeurer près de la royne, il eust faict un très-grand service à la chrestienfé, car il eust rallumé le feu en ce royaulme, plus grand qu'il n'y avoit esté, ou il eust mis le roy et la royne très-mal ensemble : blasmant la royne mère de Sa Î^Iajesté sur toutes ses actions, et l'amitié que le roy portoit à monseigneur le duc d'Anjou, son frère, avecques infinies autres insolences et déportemens, qui, sans la douceur et bonté de Sa ÎMajesté, ne fussent pas demeurez impunis, mesmes ayant esté advertis de plusieurs endroicts bons que l'on le renvoyast, comme perniticux et suscité qu'il estoit, ainsi qu'il a luy-mcsme confessé, ayant dict qu'il avoit passé à Madrid et parlé au roy catholicque avant que de passer en Allemaigne, soubs l'autliorité et instruction duquel il fault présumer, à ceste cause, qu'il estoit venu et envoyé.

De ce que dessus le S' de Forquevaulx prendra instruction pour s'en servir à deux fins: la première, pour respondre, si l'on vouloil blasmer le trop de rigueur et delliance de Sa Majesté de n'avoir voullu que le théatin soit demeuré prés la royne sa femme; l'autre, pour luy ayder à pénétrer les desseings et entreprises de ceulx qui l'avoient envoyé.

Afin que le S'' de Forquevaulx soit informé de toutes choses, il sera aussi adverti comme, depuis que le roy est en ce lieu de Villiers-Costerets, sont arrivez par devers luy des ambassadeurs protestants ayant pouvoir de touts les électeurs, princes, ducz, contes et barons, villes impériales de la Germanie, qui ont esté receus par Sa Majesté très-dignement, comme venant de la part des anciens amis et confédérez de ses prédécesseurs, lesquelz aussi luy ont faict de très-grands offres pour tcsmoignage du désir qu'ils ont de conserver avec Sa Majesté toute amitié et correspondance : chose que le roy a eu pour si agréable qu'il a voullu par plusieurs fois eommunicquer avecques eulx, à part, de toutes choses propres et commodes pour la conservation de leur estât, ancienne

et mutuelle intelligence, au bien universel de la chieslienlé, sans qu'ils ayent aucunement parlé du laiet de la religion , sinon qu'ils se sont conjouis de la paix de ce royaulme. Et s'en sont retournez bien contents et salisfaicls, taiU pour la bonne cbère qui leur a esté faicle que pour les avoir Sa Majesté bonnorez cliascun de beaux et riebes présents.

Et loue Dieu Sa Majesté de ce que, par le bien de la paix, il reçoit tous les jours le fruict qui s'en pouvoit espérer, retournants les anciens amis de ceste couronne à reebercher et recognoisire Sa Majesté ainsi (ju'ils ont faict les feus roys François et Henry, ses ayeul et père: dont Sa Majesté a voullu que le S' de Forquevaulx fust informé, pour en faire dexlrement son profil par delà.

Le repos de ce royaulme s'establil touts les jours de plus en plus, au contentement du roy, tant pour le debvoir que font messieurs les marcschaulx de France, en leurs chevaulchées, de régler toutes cboses suivant son édiet de pacification et sa volonté, que pour ce qu'un cliascun de soy-niesme se remet à l'obéissance, comme le secrétaire de l'Aubespine sçaura plus particulièrement faire entendre au S' de Forquevaulx.

Au moyen de quoy le roy a délibéré de faire son entrée à Paris le quinziesme jour de febvrier, où se retrouveront touts les princes et seigneurs de ce royaulme bien accompaignez pour faire tournois ei donner plaisir à la royne, laquelle s'est trouvée quelque peu indisposée depuis que Leurs Majestez sont en ce lieu, pour un froid qui l'avoit saisie retournant de Mésicres, à cause du mauvais et rude temps qu'il a faict et pires cbemins que l'on a passez, dont elle est maintenant bien guérie, Dieu merey : qui sera cause que Leurs Majestez partiront de ce lieu pour s'approcber de la ville de Paris.

Le S' de Forquevaulx renvoyera le secrétaire de l'Aubespine bien instruicl de toutes choses qui se passent par delà, et mesmes s'informera bien particulièrement de la santé, disposition et traictcment de mesdames les infantes, afin d'en pouvoir rendre bon compte à Sa Majesté à son retour.

Les subjecls du roy qui sont de la religion nouvelle ont faiet plainetes et doléances très-grandes à Sa Majesté des mauvais traictements qui leur sont faicis en Espaigne et es terres qui sont soubs l'obéissance du roy catbolicque, quand ils y arrivent et abbordent pour leurs iralicqs; que l'on confisque leurs marchandises, retient-on leurs vaisseaux et les tient-on prisonniers, encores qu'ils ne se meslent d'autre chose que leur tralicq et qu'ils ne facent aucune faulle à ce qu'ils doibvent : de quoy ils ne peuvent avoir aucune justice ny raison. Ils supplient le roy de leur faire pourveoir à ce qu'ils puissent jouir du bénéfice de la paix et amitié qui est entre le roy et le roy calholicque, cl, comme bons et fidèles subjecls qu'ils sont, traficcpier es terres dudict roy, sans cstre si misérablement et cruellement traictez, à la charge de ne faire aucune chose qui contrevienne aux lois des païs où ils descendront, et d'esire punis s'ils font autrement: chose qui est très-juste et raisonnable, les tenant Sa Majesté pour ses bons subjeets et, comme telz, les voulant conserver et garder de toute oppression. A cesle cause, le S'' de Forquevaulx

en faira une sage remonsirance a\i roy calholicque, afin que d'ores en avant ilz soint iraiclez et receus en ses pais plus gratieuscment et comme les autres subjecls de Sa Majesté, à la charge de ne contrevenir aux loix des pais, ainsi qu'il est cy-dessus dict. Sur quoy le S' de Forquevaulx pourra dire au roy calholicque comme l'on a ordonné restituer à certains marchands cspaignols les marchandises prises dedans un navire par aucuns de la religion nouvelle, estant à la Rochelle, avant que la paix fust publiée en ladicte ville de la Rochelle.

Pag. 962. — Le roi à Forquevaulx, château de Boulogne, 29 janvier i57i. La reine sa femme a été extrêmement mal dans la nuit du 27; on la saignée en grande hâte; depuis, son état a toujours été de bien en mieux.

Dans une lettre du même jour, la reine mère dit que la reine sa fille a été si mal qu'on en désespérait.

Pag. 9()i. — Au roi, Madrid, li février 1571. Il a reçu, par le S"" de lAubespine, la dépêche du roi du 7 janvier. — Le 10 février il s'est rendu à l'audience du roi catholique, et lui a exposé ce dont le roi le chargeait par le mémoire dont l'Aubespine était porteur. Le roi lui répondra par écrit.

Sire, ce que Vostre .Majesté désire sçavoir du partement du duc d'Albe ne se

peut discerner, si ce n'est qu'on m'a adverli que les Flamans ont envoyé, durant cest hyver, par deçà, supplier le roy catholicque de leur laisser ledict duc, car n'y sçauroit aller nul autre seigneur qui face si bien son service que luy, ne qui tant soit agréable à ses bons subjects : olïrans iceulx de payer chascun an cinquante mil escus pour son entretènement et plat.

La response a esté que, ledict duc ayant maintes fois supplié Sa Majesté luy permettre se retirer en Espaigne y achever ses jours qui ne peuvent estre longs, veu qu'il est viel et malade, il n'a peu refuser sa requeste, de sorte qu'il n'est plus temps d'y remédiei-, car Sa Majesté a esleu un autre bon et digne personnage pour succéder en sa place, lequel faira son debvoir ainsin que ledict duc l'a faict, et s'il ne le faira, il y mettra ordre et à contenter Icsiliets Flamans.

(Juoy qu'il en soit. Sire, le duc de Medinaceli est tou.sjours icy attendant qu'il luy soit commandé de partir. On dit que ce sera cest apvril, et mennera deux mil Espaignols d'embarquement à Laredo en Biscaye, et que le duc d'Albe viendra pour lors que le duc de Médina sera arrivé en Flandres (si toutesfois il n'y aura des affaires es dicts Pays-Bas). Ses amis et partiaux qu'il a en ceste court ne peuvent taire le regret et dépit qu'ils ont de quoy ledict duc s'en vient, bien faschcz qu'il ail faict instance pour

PHlLFPPi; II. 553

son congé, veu qu'il csloil ircs-digiicment par delà, cl fauldra, mais qu'il soit icy, qu'il aille courtiser le eordinal, lequel tient le plus des jours les conseils en son logis. Tant y a, Sire, s'il sera vray, comme le bruit est par deçà , que en Arlhois, Hollande et Frize se (ait du remuement, et i|ue France et AUemaigne font semblant de vouloir secourir les bannis desdicis Pays-Das, ledict change de ducz ne se faira point que cclla ne soit appaisé ; et sera grand chose si le moyen de les appaiser ne sera par un intérim connne ceiluy d'Allemaigne, si Sa Majesté voit que les protestants y procèdent vifvement audict secours : car je ne veulx croire qu'il veuille combattre neuf ou dix ans pour la religion catholicque , ainsi que Vostre Majesté a faict jusques à présent et faira cy-aprèz, n'est que pour son iiitérest, à le bien considérer. Aussi dit-on que la royne d'Angleterre donne secours d'hommes et argent au prince d'Orange, en hayne de ce que le duc d'Albe taschoit de luy surprendre deux ports de mer. Et si lesdicts bruits seront véritables, il y aura de la besoigne taillée pour cestc Majesté

Le duc d'Arcos est demeuré vice-ioi du royaume de Grenade. — Le duc de Sessa est à Madrid, souffrant de la goutte. — Le grand commandeur de Saint-Jacques ' } est arrivé le 10: c'est l'opinion dun chacun que le roi le nommera lieutenant général de l'armée de la ligue, pour commander sous don Juan d'.Vutriche, ce car il l'estime grandement. » Le pape et les^ énitiens auraient voulu cette lieutenance pour Marcantonio Colonna. — On prèle au roi l'intention de s'emparer de Tunis, pour en faire roi don Juan d Autriche. Forquevaulx revient encore à la charge pour obtenir sa démission.— Thomas Stuckley se vante toujours d'exécuter l'entreprise d'Irlande: il lui est permis de rassembler 5,000 hommes en Galice et Biscaye, mais pas un seul Castillan. Il enrôle tous les Français, Bourguignons et Flamands qu'il peut suborner à .Madrid, laquais, cuisiniers et autres de cette catégorie. Il a cinq navires en Galice et en fait fréter dix en Biscaye. Il se fait appeler duc d Irlande.

Pag 976. — A la reine, même date. « Jestimois don Loys de Torres

» homme de bien devant que l'abbaye luy fi'it donnée et luy avoir promis » le chapeau, car il me tenoit le langage de bon serviteur du pape. Toutes- » fois, aprèz qu'on luy a eu donné ledict os à ronger, conmie à un mastin

» affamé, il s'est tout changé » — Les nouvelles que Forquevaulx reçoit

de Lisbonne lui apprennent que tout Portugal, du grand au petit, désire

' Don Luis de Requcsens.

ùU DEPECHES DES AMBASSADELRS.

madame Marguerite pour reine. — Quant à lui, il souhaite extrêmement de retourner à son gouvernement de Narbonne.

Pag. 987. — A la reine, Madrid, 18 février 1571. Les archiducs Rodolphe et Ernest doivent quitter Madrid du lo au 20 mars pour aller s'embarquer à Barcelone. — Un courrier arrivé de Portugal raconte que les cortès sont assemblées, et qu'il est question du rappel des anciens conseillers du roi, ainsi que de la retraite des deux théatins à leur monastère.

Pag. 993. — Le roi à Forquevaulx, château de Boulogne, 22 février 1 57 1 . Il l'entretient longuement des plaintes, qu'est venu lui faire don Francés de Alava, ambassadeur d'Espagne, des pirateries et déprédations commises par ses sujets contre ceux du roi catholique, ainsi que des armements qui se feraient à la Rochelle et au Brouage, et de la réponse qu'il a donnée à ces plaintes. — Il dit, dans un passage de sa lettre : « 3Ies affaires vont ■ de jour à aultre s'eslablissant à mon contentement, pour le bien et repos » de mes subjects et augmentation de mon aulhorité. » — Ayant besoin de M'' Louis ' pour des choses de son service et d'importance, il désire que Forquevaulx le lui renvoie. Il sollicitera son congé, s'il le faut, du roi catholique.

Pag. lOOo. — Le roi à Forquevaulx, des faubourgs Saint-Honoré, le dernier février 1571. Il l'instruit de propos insolents que lui a tenus et à la reine sa mère don Francés d'Alava, leur reprochant de ne pouvoir garder le secret sur ce qui leur était confié, blâmant indiscrètement et avec trop peu de respect leurs actions, et enfin les quittant en telle furie, au moment où ils s'expliquaient avec lui, qu'il ne leur a donné le loisir d'achever ce qu'ils avaient commencé de lui dire. Le roi charge Forquevaulx d'informer le roi catholique de ce qui s'est passé et de se plaindre à lui de la façon de procéder de son ambassadeur, « estant — dit-il — ceste indiscrétion si extrême » que ne la puis ny veulx supporter; le priant de ma part d'y pourvoir et » considérer que les sages comportements des ministres doibvent conser- ') ver la bonne amitié et union qui est entre les princes. »

Pag. 1013. — Au roi, Madrid, 31 mars 1571. Le roi catholique, qui était parti pour Aranjuez le 21 février, en est revenu le 3 mars. Il a reçu Forquevaulx le 18. — Dans cette audience Forquevaulx lui a représenté les

' L'ingciiieur Louis de Foix.

diffcTonts points dont il avait été rliargë par la dépèche du roi, et notamment l<<s propos insolents de don Franoës d Alava.

Là-dessus, Sire, V. M. doibt croire que ce seigneur roy cliangoa deux fois de coideur : je ne sç.iys si c'estoil de niaicontenlenieni île son ministre, ou pour autre occasion. Il est vray qu'en me respondant, ne monstra aucune altération, sauf qu'il m'a dit que don Franccs ne luy a rien escript depuis un bon nombre de jours , et qu'il ne pouvoit guères tarder don avoir lettre , par où il verroit s'il luy fairoit mention dudict propos , lequel luy desplaicl grandement, mais que ce dcbvoit estre sa maladie et son humeur qui l'auroint ainsin faict desborder: ce que ceste Majesté m'a répété plusieurs fois, et que telles façons de don Francés luy sont odieuses, comme il luy en mandera son advis.

Il a eu enfin les réponses ' au mémoire apporté par l'Aubcspine. Le roi. en les voyant, connaîtra « le peu d'estime qu'on fait à Madrid de le » contenter en ses plaintes et demandes. » Si, lorsque le duc d'Albe voulut imposer le comté de Saint-Pol. le roi y eut envoyé sept ou huit mille hommes de pied et sept ou huit cents hommes d armes, il serait plus respecté aujourd'hui, et de même s'il eût vengé le carnage fait de ses sujets à la Floride par Pedro Melendez. à l'instigation du même duc. — Quant à don Francés d'Alava, dit Forquevaulx, « que ne lui faictes-vous com- » mander qu il se retire, ou bien prier son maistre de le révoquer et vous » envoyer autre ambassadeur'? Cela seroit plus lost achevé que de debvoir i> espérer qu'il se change. » Et plus loin: « Non. Sire, il ne vous fault » attendre d'obtenir de ce seigneur roy. en vostre propre faict, où il y » aille intéresl d'Esfat, tant petit soit-il. » — Forquevaulx a obtenu le congé de M<' Louis l'horloger, qui partira dans quelques jours et passera par Rayonne, pour prendre le modèle du port.

Pag. 1027. — A la reine, mèiuc date. Mauvaises dispositions du roi catholique et de ses ministres pour la France:

Madame, c'est de longue main qu'on prend de ce costé les affaires du roy irès-froidemenl, et pcust vostre ambassadeur tant presser et importuner qu'il vouldra, car icy ne s'en advancent d'un seul pas; il n'y a que leur intércst qui les ébranle; je l'ay trop expérimenté en ces six ans qu'il vous a pieu m'y engager : ains, Madame, il y a une telle correspondance d'Espaigne à Flandres, entre le maistre et le ministre, que deux

' Elles sont dans le registre, pp. 1052-1055.

336 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

flustes ne s'accordèrent oncques mieulx, comme il est apparu en tout ce qui s'est offert pour le service dudict S' roy, mon seigneur, et de fraisclie mémoire sur le subjecl de la conté de Saint-Pol. Que je ne parle du congé requis par Sa Majesté, pour monsieur de I.ongueville, messieurs de Pienne, de Fosseuse et autres, de vendre des terres qu'ils ont es Païs-Bas, car le roy catholicque a tousjours respondu mesme langage que le duc d'Albe, et l'un comme l'autre usant de longueiu's et remises de Ponce à Pilate : car ce sont moqueries et moyens pour gaigner temps, et enfin Voz Majestez n'en auront aucune satisfaction ny de réparation, non plus que des insolences de l'ambassadeur don Francés, quelque belle parolle qu'on me donne en payement. Ains, Madame, s'il sera révocqiié de sa charge à vostre requeste, il n'arrivera sitost par deçà qu'il ne soit bien receu, gratifié et agrandi , car ainsi en usoit ceste Majesté à l'endroit des gentilshommes du feu prince son filz, quand ils esloint maltraictez par luy ou chassez, car ils estoint certains d'estre rcceus au service du père, et de bas estât monter plus hault. Le semblable en print à feu Chantonay, aprèz l'avoir révocqué de France par vosire moyen, car îedict seigneur roy catholicque luy donna une bonne commanderie et l'envoya son ambassadeur préz de l'empereur; et en lieu de punir Pierre Melendez d'avoir faict mourir tant de François à la Floride, de laquelle punition je faisois instance au nom de Sa Majesté Très-Chrestienne, Iedict seigneur roy catholicque luy donna, à son retour, une commanderie de l'ordre de Sainct- Jacques et le feisl marquis de ladicie Floride , honnoré comme un homme de bien, et aujourd'huy plus que jamais. Je ne veulx dire pourtant. Madame, qu'il faille que Voz Majestez endurent dudict don Francés, car je ne vouldrois pas conseiller que deussiez endurer dudict seigneur roy, son maistre. Ce que j'en parle est seulement pour vous dire des conditions de Sa Majesté Catholicque

Pag. 103d. - Jvis d'Espaigne, sans date (.Il inarsl571 ?). La ligue catholique a été conclue à Home le 7 mars. Le pape a voulu avoir l'honneur de nommer le lieutenant général de l'armée navale; il a fait choix de Marcantonio Colonna, lequel est chevalier de l'ordre du roi d'Espagne, son vassal et des plus grands seigneurs du royaume de Naples. — Le roi catholique a composé la maison de don Juan d'Autriche d'une manière aussi pompeuse que l'élait celle du feu prince d'Espagne : il a fait le marquis de Certes son tna>/ordoiiio mayor et don Alonso de Cordova, neveu du ducdeSessa, son cai-aUerizo mayor; il lui donne trente cuentos ou environ quatre-vingt mille écus de rente, outre ses états. — Don Juan et les princes de Bohême partiront le lendemain de Pâques. — Dans le conseil tenu le 29 mars il a été décidé que le duc de Sessa ira en qualité de vice-roi à Naples, et le comte de Benavente à Milan. Le duc de Francavilla , père de la princesse d'Eboli , est

révoqué de sa charge de vice-roi do Catalogne, pour la haine que les Catalans lui portaient, et remplacé par le prieur don Hernando de Tolède, fils naturel du duc d'Albe; il conserve sa charge de président du conseil d'Italie. — Vespasien Conzagu est allé en Navarre visiter les places des l'rontiùres, les réparer et en construire de nouvelles. — Le petit roi des Morisques de Grenade a été trahi et meurtri par aucuns des siens le 1 1 mars, son corps porté à Grenade le 15 et brûlé sur la place publique. — Richard Stuckley, qui était parti de Madrid avec l'intention de passer en Irlande, y a été rappelé, parce qu'on espère s arranger avec la reine d'Angleterre. — George Manrique a été envoyé à Madrid par le duc de Savoie: c'est un cavalier que ce prince emploie souvent dans les affaires qu'il a à traiter avec le roi catholique. — Le roi de Portugal n'enverra pas de secours à la ligue; il veut assaillir le roi de Fez. Il a promis aux cortès de ne s'éloigner de deu.x ans de Lisbonne. Les deux théatins sont toujours auprès de lui. — Les cortès de Castille, qui ont commencé il y a plus d'un an, s'achèveront dans huit jours, ou seront prolongées pour quatre mois. Le roi leur a demandé une grosse somme pour acquitter ses dettes et dégager son domaine; elles ont offert deux millions d or à payer en dix ans. à condition que les domaines rachetés seront désormais inaliénables : ce que le roi n'a voulu accepter. En outre, S. M. C. voulait s'approprier toutes les rivières et les moulins y érigés: les cortès le lui ont refusé tout à plat, ainsi que des impositions sur le blé. le vin et I huile.

Pag. 1049. — Le roi à Forquevaulx, Paris, S avril 1571. Cette lettre de dix pages roule sur les explications et la satisfaction que le roi a données au comte d'Olivares et à don Francés d'Alava au sujet des déprédations et pirateries dont ils s'étaient plaints. Le roi ayant ainsi fait droit à toutes leurs réclamations, il espère que, de son côté, le roi catholique donnera les ordres nécessaires pour qu'aux Pays-Bas ses sujets, spécialement ceux de la nouvelle religion, ne soient plus en butte aux violences et mauvais traitements qu'ils y essuient.

Pag. lOGI. — Le roi à Forquevaulx. Saint-Léger. 2 mai 1571. Il a eu avis de plusieurs endroits qu'on fait courir le bruit en Italie qu'il veut déclarer la guerre au roi catholique, et que, sous ce prétexte, les ministres de ce prince font des levées de gens de cheval et de pied, avec amas de munitions et de vivres. Il déclare à Forquevaulx que c'est chose conirouvée,

et qu'il a résolu de vivre en la même paix et amitié avec le roi catholique qu'il l'a fait jusqu'alors : mais il veut aussi que Forquevaulx demande des explications ii ce monarque sur les levées qui se font dans son Etat de Milan.

Pag. 1065. — Au roi, Madrid, 31 mai li)7l. Il n'a pu voir le roi, qui est à Aranjuez, mais il a vu le cardinal de Sigùenza, lequel l'a assuré, sur ses ordres de prêtrise et tous les serments qu'un chrétien peut faire, que la France n'a rien à craindre des levées ordonnées en Italie; que rien n égale l'affection du roi son maître pour le roi très-chrétien, et, quant à lui, qu'elle est telle << qu'en foutes les messes qu'il chante il fait expresse et n dévote prière à Dieu pour le roi. » — Forquevaulx déclare que , si l'on ne lui envoie pas bientôt un successeur, il sera obligé d'aller le chercher lui-même.

Pag. 1069. — A la reine, même date. M" Louis l'horloger est parti le 13 mai. — Le S"" de l'Aubespine retourne avec un mémoire de Forquevaulx. — Les princes de Bohême sont partis d'Aranjuez le 28 mai; le roi leur a donné trois cent mille écus d'ayuda de costa, mais ils en devaient bien cent mille. — La princesse de Portugal est tenue pour incurable, les uns disent d'une fistule, les autres d'un cancer. Les infantes perdront beaucoup en la perdant, « car elle leur monstre touts signes d'amour, et » voudrois bien que la rojne leur belle-mère les sceust mieulx caresser n qu'elle ne faict. »

Pag. 1072. — Mémoire pour le S'' de V Auhesp'me des points dont il rendra compte au roi de la part du S^ de Forquevaulx. fait à Madrid le 5 1 mai 1S7 1 . Les deux archiducs Rodolphe et Ernest s'embarqueront, au commencement de juillet, à Barcelone, sur trente-cinq galères. Les gentilshommes venus avec la reine catholique retournent avec eux, ainsi que le baron de Dietrichstein, mais celui-ci pour revenir. — Le comte d'Arenberg demeure pour exercer sa charge de capitaine de la garde flamande. — Don Juan d'Autriche suivra de près les princes de Bohême et s'embarquera avec eux, pour les accompagner jusqu à Gênes, d'où il se rendra à Naples. — Le comeiidador nun/or de Saint -Jacques a pris les devants afin de donner ordre à l'embarquement. — La princesse de Portugal, de retour d'Aranjuez depuis le 26, .s'est allée retirer en son monastère des Descalzas, d'où l'on a opinion qu'elle ne sortira pas en vie. — Milord Cobham

a élc envoyé par la reine d'Angleterre à Madrid pour quatre fins : i" pour informer le roi catholique de ce qui s'est passé en la saisie et arrestation des navires, argent et niareliandises de ses sujets; "2" pour justifier sa conduite envers la reine d'Ecosse; 3<* pour se plaindre de lanibassadeur d'Espagne a Londres; 4" pour dire que Thomas Stuckley n'est qu'un effronté corsaire et larron. — Le duc dAlbuquerque est confirmé comme vice-roi à Milan. — Il a été envoyé au cardinal de Granvelle patentes de vice-roi de Naples pour trois ans. — Le duc de Florence a en ce moment deux ambassadeurs à Madrid, auxquels il envoie toutes les semaines courrier exprès.

Pag. 1091. — Au roi, Madrid, 17 juin l.j7i. La princesse de Portugal a été si bien traitée qu'elle est guérie. — Don Juan d'Autriche a pris congé de la reine et des infantes le 6, et est allé par la poste rejoindre les princes de Bohème. — Il est grand bruit, à Madrid, du mariage du duc d'Anjou avec la reine d'Angleterre : ce dont tous ne sont pas joyeux. — Le duc de Sessa est toujours à Madrid. — Le roi y est attendu ce soir. — L'ambassadeur d'Angleterre est parti assez satisfait.

Pag. i 100. — Le roi à Forquevaulx, de Trie, 27 mai 1.571. 11 envoie à Madrid le S"" Geronimo Gondi. gentilhomme de sa chambre, qui dira à Forquevaulx l'objet de sa mission, et lui communiquera l'instruction dont il est porteur.

Pag. 1103. — La reine à Forquevaulx, Lions, î juin 1371. Elle le prie de tenir secrète l'affaire dont Gondi est chargé, et de n'en rien dire ni écrire, même à ses meilleurs amis.

Pag. 1 10a. — Au roi, Madrid, 9 juillet 1371. Geronimo Gondi est arrivé à Madrid le 22 juin. Le lendemain ils firent demander audience au roi catholique, qui les remit au jour de Saint-Jean. Le roi était ce jour-là accompagné seulement de don Pedro Manuel, gentilhomme de sa chambre, qu'il fit sortir. Alors Gondi lui exposa sa charge « par telle dextérité » qu'il eust tué son homme, sans qu'il eust semblé lui faire mal, si » le juge fust esté libre de passion '. » — Le roi répondit sur-le-champ, au sujet des armements d'Italie et de Flandre, que les premiers étaient destinés à l'armée de la ligue et que. du coté de Flandre, il n'y avait rien. — Le 4 juillet ils sont retournés à l'audience du roi, Gondi pour prendre

' Ce passage est exjjliqué par la Icllre suivante.

540 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

congé. — 1-e duc de Medinaceli doit partir de Madrid vers le 24 juillet pour aller s'embarquer à Laredo. Un sien frère, le duc de MontaUo, son beaufils et don Juan de Mendoza, avec plusieurs de ses parents, raccompagneront, ainsi que le mestre de camp Julian Romero. Pag. 1112. — A la reine, même date.

31adamc, j'ay un mortel regret de quoy la justice de voslre cause n'est embrassée par deçà de la clialcur qu'elle mérite, et n'est pas de ceste fois seulle que de la part de Voz Majestez a esté faict plainte au roy catholicque des mauvais, impudents et audacieux déportemenls de son ambassadeur ' : car j'ay commencé du vivant de la royne voslre fille, et suis le plus estonné du monde que S. M. C. veuille tenir un ministre près de Voz Jlajcstez lequel il sçait bien vous estre désagréable et contre cœur.

Pag. 1H7. — Au roi, Madrid, 4 août 1571. Le 9 juillet le roi catholique partit pour le Pardo: il s'est tenu depuis à lEscurial. sauf qu'il est allé visiter le Bois de Scgovie. — On a reçu un grand contentement, à la cour de Madrid^ de la victoire remportée par les gens du duc d'Albe, près d'Emden, sur les rebelles corsaires des Pays-Bas. — On s'y moque du bruit qui court que le duc d'Anjou épousera la reine d'Angleterre. — Comme on parle du mariage de madame Marguerite de Valois avec le prince de Navarre, ils disent que ce mariage amènera, avant un an, la guerre entre la France et l'Espagne. — Les princes de Bohème et don Juan d'Autriche firent voile de Barcelone pour Gênes le 18 juillet avec quarante galères.

Pag. 1123. — A la reine, même date. Les infantes se portent fort bien, malgré les cJjaleurs et quoiqu'elles n'ayent liberté d aller dehors s'ébattre, comme leur nature le voudrait; « et la mesme royne catholicque ne sort » guères jamais de son quartier de logis, de façon que sa court semble un » monastère de nonnains. » Forquevaulx compare son sort à celui de la reine de France, qui a plus d'ébattement en un jour qu'elle n'en a en un mois. — La princesse de Portugal est encore dans l'état où le S»^ Geronimo Gondi l'a laissée : « mais ses pâlies couleurs la rendent plus belle que sa » meilleure santé. »

' Les dépèehes du 9 juillet ne font pas voir bien clairement le motif de plainte que don Francés d'AIava avait donné à la cour de France: mais il résulte de Tinstruction du 2 août que cet ambassadeur avait écrit une lettre qui portait atteinte à Thoniieur et à la réputation de la reine mère, entre les mains de laquelle cette lettre était tombée.

Pag. 1133. — Le roi à Forqucvaulx , Fonlaincbleau, 2 août lîiTl. Il lui envoie une instruction selon laquelle il aura à se contluire.

Pag. 1153. — La reine à rorquc\aulx, même date. « Quand vous fairez » response à ce paquet, faites que la rcsponse me soit baillée à mes mains » propres, et que nul ne la voye, car j'ay moi-mesnie fermé le pacquot.

Pag. 1133. — Instruction au S"" de Forquevaulx, même date. Elle est relative à une lettre que le roi écrivait au roi catholique pour demander formellement la révocation de don Francés d'Alava , dont il ne pouvait plus souffrir larrogance, limpudence et les mauvais oflices. Elle lui trace la conduite qu'il a à tenir, au cas que ce monarque annonce l'inlcntion de temporiser, de même que s'il se montre prêt à satisfaire aux désirs du roi.

Pag. 1144. — La reine à Forquevaulx, Fontainebleau, G août 1571. {De sa main.) Détails sur une audience donnée à don Francés :

Mous' de Forquevaulx, estant venue en ccslc ville, et n'ayant eu loisir de vous faire le discours de ce (juc nous dit l'andjassadcur d'Espaigne à sa dernière audience, je le vous ;iy bien voullu cseripre, afin qu'il ne niandast rien davantage à son niaislrc. Sachez donc qu'il vcint à raudience, et la voullust avoir du roy et de nioy ensemble, l'un devant l'autre, et nous dit qu'il se douloit tousjours de ceste nef qui a esté prinso ù la Roclielle, et de quoy l'on ne luy en fuisoit nulle raison, et aussi de ce qu'il estoit sorti beaucoup de vaisseaux, soy disant au conte Ludovic, pour aller en Flandres, et que si l'on demande pourquoy s'arme le duc d'Albe , que c'en est la cause : ne se fallant csbaliir s'il commence à s'armer et offenser, si l'on ne luy faicl justice des princes et de l'admirai, laquelle il nous requiert. A quoy nous avons respondu que, quant à la nef, qu'y faisons ce qui est en nous, mais qu'encore nous ne sommes pas bien obéis dans la Rochelle, où nous manderons pour faire arrester ceste flotte, et s'ilz ne le font, leur faire cognoistre combien il nous desplaist , et qu'il ne fault prendre ceste excuse pour commencer la guerre, car nous ne luy en donnerons nulle occasion; et quant à la justice des princes qu'il demande luy estrefaicle, dont n'avoit encorcs faictde mention, que c'estoit nous voulloir brouiller, mais (pie nous allions à IJlois, où il vicndroil, et espérions accommoder de telle façon toutes choses que le roy scroit obéi; et après, il cognnistroit comment le roy vculi demeurer bon frère de son maistre.

Sui- (pioy il a faict une grande exclamation de ce mot ([uc j'ay dit qu'il voulloit brouiller, et (pi'il en demandoit justice. Et aprcz fcist a|)pcller les cardinaulx de Bourbon et d'Est, et dit à celluy de Bourbon qu'il se plaignoit d'un Lodonnière, qui s'advouoit à luy : lequel cardinal luy rcspondit qu'il ne l'advouoit point, s'il avoit mal faict, comme aussi, ne l'ayant point faict, il le porteroit et favoriscroit. Siu-cclla il luy dit qu'il portoit

Ô12 DKPÈCIIES DES AMBASSADEllRS.

louts los liorolit'quos : ilo ijuoy mous' lo t'jinlinal srst irouvé l'on oflViiso, car il les liuii. Vous VOV07. (]tic c'osi liommo osl faiot pour injurier tout le inonde.

Je vous ay \oullu niamler ccoy sueeinetenient, alîn que vous en soyez adverii, s'il rcseripvoil aulienieiii par del;»; ol vous prie, reieuez-le bien, pour vous eu sçnvoir servir quand eojînoishe/. estre besoin. Au reste, nous vous prions nous l'aire entendre eoninie ti)utes elioses passeront, ear on ne peult plus négotier avee liiy, s'aiinquant aiusin à touts. >'ous ooguoissez la main. Urusle/. la présente.

Pas;, m?. — .\ii loi. Madrid, 17 aoùl 1571. On alleiid lo roi pour lo lendomaiii de la iNofri>-I)aino. Bioiitol après lo duc do iMedinaeoli partira pour Laredo. aliu do s'y end)arquer. — LeS' ('liiappiu > ilelli >a. par BaNouiu» el Toiilouso. ou Toseaiu'. visiter sa maison; après il rejoindra ledit duo,(]ui (■o!nj)le arri>or ou Flandre au mois do septembre. — Ou a èeril. do lîretagno. aux marcliauds fran<;ais établis à Sovillo ol dans les autres ports d'Espaj^ue que la i>;uon'e était coninio déclarée entre les deux pays ; co (|ui leur a causé do > ives alarnuvs et do graiules pertes. — Les princes i\c Holièmo ont débanpié à (îénes lo 2S juillet.

Pag. \iy,i. — Au roi, Madrid. 7 se|)teiid»re 1,^)71. Il lui reiul compte de l'audieuce <pi"il a eue du roi catholicpu» et de la révocation de don Eraïu'cs de .Ma va:

Sire, la despèelie qu'il a pieu ù \'osire Majesté me faire le deiixiesme et siviesme d'aoïisi nie l'ut donnée par Colange le seiziesme d'ieellny, auquel jour le roy ealbolietiue estoil eneore à Kseurial, dont il a esté de retour le dix-neul'viesme. Kl le vingl-uniesme je suis allé à l'audieuee ;^ eiiicq lieures aprèz niiili; et après i)eu de parolles dictes d'entrée, je luy ay remonstré que j'avois reeeu ladiele des|tèehc de >\>sire iMajesIé, eu réponse de celle que le S'' Geronimo Gondi vous avoit rapportée, m'eslanl eomniandé de luy remantevoir ce que lediet S' Gondi luy avoit déclaré de vosire pari loucbant le voyage que Vostre Majesté estoit délibéré de faire eu Brelaigne, pour avoir le plaisir de la eliasse, el que messieurs les princes de Navarre cl de C.oiulé et admirai poin-roint se trouver sur vosire cbcinin pour vous baiser les mains : qu'esioit alin de voir de les attirer, coimne ils monstroint avoir bon désir, h vous rcmlre entière obéissance. Luy ay repiéscnlé semblnblemeni (pi'ensuivant hulicte délibération A'osire .Majesté pensoit s'acbeminer du premier join- vers IMoys : an(pui lien, ou es environs, pourroil succéder lediet baisemain et enireveue, de laipiellc ne falloit que Sa Majesté ('albolicque s'en donnasi mauvaise ombre, ny soubson de penser (pic ce Cust sur antre intention (pie de voir d'attirer lesdiets princes à ladicte eniière obéissance, alin de faire cesser toutes pirateries el querelles, el asseurer de bien en inieulx le repos de vostre royaulme.

IMni.ll'IM-: II. 5i.">

Sa MajcsU- Cntholic(|>ie, ciprès quatre i>ollos pniollis do roiiUTiionn'iit pour Ix coihniunicaiion tie voz niïairt's (ju'il |llili^oil ii \ ostrt- .MnjosU' liiy fiiiic, me respomlil qu'il croyoit loiil ee (|iie je lii\ disois, s'asseuniiil tant de \ ostre Majesié, (|iii estes son bon frère, et de la royne sa bonne niùre, que \'ostre Majesté aura tousjonrs devant ses yeulx l'aniilié fraternelle qui est entre vous, et au reste, qu'il seroit très-aise (|ue lesdicts prinees et touls vos subjetz se rèdiiisenl et rangent i\ l'obéissanee et dévotion qu'il/ vous doibvenl.

Sire, j'ay diel à ce S' roy (|iie \'osire Majesté avoit remis son amlwssadeur audiel liloys, pour y traieter des pirateries et de la nef ai restée à la Uoebelle : dont il vous avoit faiel une estrange (|uérémonie le sixicsme dudict aoust, ayanl voullu avoir audiencti de Vosire Majesté, la royne vostre mère présente; où , d'arrivée, il feisl merveilles de s'cscrier en homme enragé, demandant justiee, tant dudiet navire que desdicts princes et admirai. .\ quoy luy estant respondu qu'il se traicteroit duiliet navire et des pirateries à ladiet»' entreveue, mais, [)our le regîuil de la justiee (pi'il ret|uéroit contre lesdiets S", quec'esloii ini faiet tout nouveau, par luy pourpensé pour clureber occasion de Vous brouiller, lediel don Krancés print eella trés-inipalienunent , jusques à vous en demander justice, et re|)rocba à monseigneur le cartiinal de Horbon «pi'il est fauteur des bérélicques : de sorte (|ue ledict don l'raneés se rendoit île plus en plus insuporblc, calomniateur et injurieux, parmi la très-juste cause (|ue Vostre Majesté avoit de se res>eiiiir de l'elTroniée impudence dont ieelluy d'Alava s'esioit desgorgé à nusdire et de traieter de la royne, n)adictc dame, vosire mère; et sur ee propos j'avois lettre de Vostre Majesté à la sienne, que je luy donnis, et le priay de la lire devant que je |mssasse plus oultre, et néantmoins cntendiAt puis aprèz mu créance |)oriée par vostre instruction de mot à inoL

Sire, ledict S' roy, vosire frère, me feisl rcsponsc (|uc je debvois croire, sur sa parolle, que jamais son ambassadeur ne luy a cscripl la lettre dont est question, ny autre de mauvaise substance, car elle fust esté irès-mal reeeue. Je luy ay répliequé que ledict don Francés n'en peut nier la minute, car c'estnit de sa main, cl ledict S' (îondi avoit charge de la monstrer à Sa .Majesté Catholicipie, sd luy cusl pieu de la voir, el pourroit voir, s'il luy plaisoit , car je l'avois en ma puissance. Il ne me dit rien làdessus, ny moy je ne luy en feis aucune instance. Si est-ce <|ue j'avois porté ladiete minute quant et moy, pour la luy monstrer, s'il me leust demandée.

A loul cclla,Sirc, Sa Majesté me déclara, puisqu'il vous plaisoit et à la royne sa bonne mère, qu'il vouloit révoequer ledict don Francés: qui me retint de luy aigrir ilavantagc les affaires, sinon de le su|)plier qu'il eusl souvenance de combien de temps je luy ay faici plainctc du peu de respect (|ue son ministre portoil à \'oz Majestez, car c'estoit déjà du vivant de la feue royne, ci du depuis mainlcs fois : qui n'cstoit rien auprès de l'insolence dont il uise depuis en çà, en homme hors de son bon sens qui ne demande

5i2 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

touts les héréiicques : de quoy nions' le cardinal s'est trouvé fort offensé, car il les hait. Vous voyez que cest homme est faict pour injurier tout le monde.

Je vous ay \oulIu mander eecy succinctement, afin que vous en soyez adverti, s'il rescripvoit autrement par delà; et vous prie, retenez-le bien, pour vous en sçavoir servir quand cognoistrez estre besoin. Au reste, nous vous prions nous faire entendre comme toutes choses passeront, car on ne peult plus négotier avec hiy, s'attaquant ainsin à touts. Vous coguoissez la main. Brusiez la présente.

Pag. 1147. — Au roi, Madrid, 17 août 1S71. On attend le roi pour le lendemain de la Notre-Dame. Bientôt après le duc de Medinaceli partira pour Laredo, afin de s'y embarquer. — LeS'^Chiappin Vitelli va, parBayonne et Toulouse, en Toscane, visiter sa maison; après il rejoindra ledit duc, qui compte arriver en Flandre au mois de septembre. — On a écrit, de Bretagne, aux marchands français établis à Séville et dans les autres ports d'Espagne que la guerre était comme déclarée entre les deux pays ; ce qui leur a causé de vives alarmes et de grandes pertes. — Les princes de Bohème ont débarqué à Gènes le 28 juillet.

Pag. IIdd. — Au roi, Madrid, 7 septembre lî)71. Il lui rend compte de l'audience qu'il a eue du roi catholique et de la révocation de don Francés de A lava :

Sire, la despèche qu'il a pieu à Vostre Majesté me faire le deuxiesme et sixiesmc d'aoust me fut donnée par Colange le seiziesme d'icelluy, auquel jour le roy calholicque estoit encore à Escurial, dont il a esté de retour le dix-neufviesme. El le vingt-uniesme je suis allé à l'audience à cincq heures aprèz midi ; et après peu de parolles dictes d'entrée, je luy ay remonstré que j'avois reccu ladicte despêche de Vostre Majesté, en réponse de celle que le S' Geronimo Gondi vous avoit rapportée, m'esîant commandé de luy remantcvoir ce que ledict S' Gondi luy avoit déclaré de vostre part touchant le voyage que Vostre Majesté estoit délibéré de faire en Bretaignc, pour avoir le plaisir de la chasse, et que messieurs les princes de Navarre et de Condé et admirai pourroint se trouver sur vostre chemin pour vous baiser les mains : qu'estoit afin de voir de les attirer, comme ils monstroinl avoir bon désir, à vous rendre entière obéissance. Luy ay représenté scmblablement qu'ensuivant ladicte délibération Vostre Majesté pensoit s'acheminer du premier jour vers Bloys : auquel lieu, ou es environs, pourroit succéder ledict baisemain et entrevcue, de laquelle ne Adioit que Sa Majesté Catholicque s'en donnast mauvaise ombre, ny soubson de penser que ce fust sur autre intention que de voir d'attirer Icsdicts princes à ladicte entière obéissance, afin de faire cesser toutes pirateries et querelles, et asseurer de bien en mieulx le repos de vostre royaulme.

Sa Majesté Calholicfinc, après quatre belles parolles de remerciement pour la eommunicalion de voz afliiircs qu'il plaisoil à \'ostre Majesté luy l'aire, me respondit ([u'il crojoit tout ee que je luy disois, s'asseurant tant de Vosire Majesté, qui estes son bon frère, et de la royne sa bonne mère, que Vostrc Majesté aura tousjours devant ses yeulx l'amitié fraternelle qui est entre vous, et au reste, qu'il seroit très-aise que lesdicts princes et louts vos subjelz se réduisent et rangent à l'obéissance et dévotion qu'ilz vous tloibvent.

Sire, j'ay dici à ce S' roy que Vostrc Majesté avoit remis son ambassadeur audict Bloys, pour y iraicter des pirateries et de la nef arresiée à la Rocbellc : dont il vous avoit faiet une esirange quérémonie le sixiesme dudict aoust, ayant voullu avoir audience de Vostrc Majesté, la royne vostre mère présente; où, d'arrivée, il feist merveilles de s'escrier en homme enragé, demandant justice, tant dudict navire que desdicts princes et admirai. A quoy luy estant respondu qu'il se iraicieroit dudict navire et des pirateries à ladiete entreveuc, mais, pour le regaid de la justice qu'il requéroit contre lesdicts S", que c'esloit un faicl tout nouveau, par Iny |)ourpensé pour chercher occasion de vous brouiller, Icdict don Francés |)rint cella irés-impaticmment , jusques à vous en demander justice, et reprocha à monseigneur le cardinal de Borbon qu'il est fauteur des hérétieques : de sorte que ledict don Francés se rendoit de plus en plus insuporblc, calomniateur et injurieux, parmi la très-juste cause que Vosire Majesté avoit de se ressentir de l'effrontée impudence dont ieelluy d'.VIava s'estoit desgorgé à mesdire et de traicter de la royne, madicte dame, vostre mère; et sur ce propos javois lettre de Vostre Majesté à la sienne, que je luy donnis, et le priay de la lire devant que je passasse plus oullre, et néanlmoins entcndist puis aprèz ma créance portée par vostre instruction de mot à mot.

Sire, ledict S' roy, vostre frère, me feist rcsponse que je debvois croire, sur sa parolle, que jamais son ambassadeur ne luy a escript la lettre dont est question, ny autre de mauvaise substance, car elle fust esté très-mal receue. Je luy ay réplicqué que ledict don Francés n'en peut nier la minute, car c'estoit de sa main, et ledict S' Gondi avoit charge de la monstrer à Sa Majesté Catholicquc, s'd luy eust pieu de la voir, et pourroit voir, s'il luy plaisoit , car je l'avois en ma puissance. Il ne me dit rien lùdessus, ny moy je ne luy en feis aucune instance. Si est-ce que javois porté ladiete minute quant et moy, pour la luy monstrer, s'il me l'cust demandée.

A tout cella, Sire, Sa Majesté me déclara, puisqu'il vous plaisoit et à la royne sa bonne mère, qu'il vouloit révocquer ledict don Francés: qui me retint de luy aigrir davantage les affaires, sinon de le supplier qu'il eust souvenance de combien de temps je luy ay faict plaincte du peu de respect que son ministre portoit à Voz Majcstez, car c'estoit déjà du vivant de la feue royne, et du depuis maintes fois : qui n'estoit rien auprès de l'insolcnee dont il use depuis en eà, en homme hors de son bon sens qui ne demande

bicnlost le voyage de Flandres; et il me vint rendre la courloisie le Iroisiesme du présent, m'advouant qu'il se lenoit presl pour s'acheminer à toute heure que Sa Majesté Catliolicqncoidonneroit : estant auquel Flandres et ailleurs, il se rcputera bienheureux de pouvoir servir à Vostrc Majesté Très-Chrcslienne, car c'est la volonté de Sa Majesté Catholiecjue. Il n'est pas réputé grand guerrier; néanlmoins on le tient pour homme politicque, amateur de paix, et de la main du susdict cardinal et dcRuy Gomcz,qui sont deux testes en un chaperon. On luy donne de rExcellence, et il se glorifie d'estre issu , ou ses ancestres, d'une fille du roy saint Louys, et qu'en sa maison il y a eu mariée une fille de I3retaigne et autre de Foix, desquelles il descend. Son partemcnl pour Laredo sera le dix-septicsme de ce mois, où il s'embarquera le plus test qu'il luy sera possible. J'espère, Sire, que voz subjetz auront en luy un meilleur voisin que n'a esté le duc d'Albc, lequel, à ce qu'on veult maintenant dire, ne prendra point la mer à son retour, ains faira, par terre, le chemin qu'il feit en allant, à cause que la mer est fort contraire à sa santé : ce pourroit aussitost estre pour éviter au danger du rencontre, car on dit que les coursaires françois et anglois sont merveilleusement puissants et à la dévotion du prince d'Orange et des autres bannis des Pais-Bas. Au reste. Sire, le prieur don Hernando, Hlz naturel dudict duc d'Albe, qui avoil esté envoyé vice-roy de Cathaloigne, va vice-roy à iMilan en la place du feu duc d'Albuquei'que. Le commandeur mayor de Saint-Jacques succède au léu marquis de Pesquaire en Sicille. Il n'aencores esté pourveu à Naples d'autre que du cardinal Granvelle; on disoit que c'cstoit une réserve pour le duc de Fériés : mais il trespassnà Escurial, de liebvre double-tierce, hyer, sixiesme de ce mois, ayant laissé son fils de douze ans endebté de deux cens mil escus. C'estoit un bon seigneur, qui caressoit les estrangers.

Une bande de Slorisques rebelles de Grenade a, ces jours passez, taillé en pièces vint-lrois soldats chrcstiens à cheval, de vint-six qu'ilz cstoint, et prins huict mil escus qu'ilz conduisoint pour le payement des garnisons.

Pag. 1170. — A la reine, Madrid, 14 septembre lo71. Il y a aujourd'hui vingt-quatre jours que le roi catliolique lui promit de répondre de sa main aux lettres autographes du roi et des deux reines remises par lui le 21 août, sans qu'il l'ait encore fait. Forquevaulx en infère que S. M. C. a voulu révoquer son ambassadeur avant de répondre, et faire qu'il prenne congé sous excuse de sa maladie, ne voulant donner à dire au monde que ce soit pour s'être mal conduit dans sa négociation. — Le roi étant allé au Pardo le 10, le secrétaire Çayas vint aussitôt avertir Forquevaulx que son maître avait mandé à don Francés d'Alava de prendre congé, « en présentant au roy et » à la royne des lettres de son grand cachet, accoustumées d'envoyer sur

« le parlement d'un sien ambassadeur. » el en laissant le secrélaire Agtiilon jusquà larrivée de son successeur. — Çayas a excusé le retard de la réponse du roi on disant que S. M. désirait y désigner le successeur de don Francés. qui n'était pas encore choisi

Pag. i 1 "G. — Au roi. .Madrid. 8 octobre 1 d7I . Le roi catholique se retira, la veille de la Saint-Mathieu, au monastère de lEscurial. doù il revint, le 20 au soir, pour honorer les noces de dofia Magdalena de Boccadilla. une des dames de la princesse, avec don Genmimo de Padilla. — Le même jour S. -M. lui envo^a deuv lettres de sa main pour le roi et la reine mère. Le secrétaire Çayas. en les lui remettant, lui dit que le roi nétait pas encore fixé sur le choix du personnage qui remplacerait don Francés d'Alava. — Le 29 septembre le roi catholique a célébré la fête de saint Michel, patron de l'ordre de France: il a fait marcher Forquevaulx à son coté. Le prince d Eboli. comme grand chambellan, portait la queue du manteau; les ducs, marquis, comtes et autres grands seigneurs allaient devant: il n y manquait que le cardinal de Sigûenza. — Le 50 ' le cardinal Alessandrino a fait son entrée; le roi est allé au-devant de lui jusqu'au bout du faubourg dWtocha, et Va conduit, le plaçant h sa main gauche, jusqu'à l'église deS'^-Marie. où il est de coutume que les légats fassent leur prière à leur entrée ". — Le duc de Medinaceli est parti le 27 septembre pour sa maison de Médina, où il fera les noces dune sienne fille avec le comte de Cifuentes. Après cela il ira sembar((uer à Laredo. — Les Espagnols craignent que lallée de M. l'amiral (^de Coligny) vers le roi n'ait pour but de troubler les affaires des Pa> s-Bas. — La flotte des Indes a apporté quatre millions et demi, dont douze cent mille écus pour le roi. — « Le duc d'Albe, par ce que je puis >' entendre, sera fort aise de pouvoir venir par vostre royaulme, mais que )i ce feust avec seureté de sa personne, car il se trouve très-mal sur mer. » J'ay respondu qu il a tant d ennemis qu il seroit diflicile de 1 asseurer. et » que, si mal luy en prenoit, ce seroit donner occasion au monde de mal » parler. » — Le comte de Benavcnte est nommé vice-roi de Sicile. — Le

' Forquevaulx dit que ce jour-lii s'accoraplissait sa soixante-troisième année.

• Dans une Notice sur la Bibliothàiue des princes Corsini, à Rome, pp. 4G-îi9, nous avons fait connailrc une relation du voyage que le cardinal .\Iessandrino fit à .Madrid, comme légat de Pic V, cl plusieurs dépêches envoyées par lui, de celle capitale, au cardinal Ruslicucci, secrétaire d'Etat.

348 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

grand commandeur de S*-Jacques (don Luis de Requesens) aura Milan, quoiqu'on ait parlé du prieur don Hernando, lequel ne bouge de Catalogne.

Pag. 1 186. — A la reine, même date. Le cardinal Alessandrino lui a demandé, en présence du nonce, s'il était vrai que madame Marguerite fût promise au prince de Navarre, car il avait commission expresse du pape de traiter de son mariage avec le roi de Portugal, et il ne doutait pas de la réussite de cette négociation. Forquevaulx dit à ce propos : « Je ne veulx, » Madame, faire faulte de dire à V. M. que je suis adverti que le mal qu'on )) a dit de la personne du roy de Portugal estoit sans raison, car il est beau » prince pour sa taille, sain et robuste autant que son eage requiert. Vray » est qu'il ne s'affectionne point à aymer les femmes : dont il ne I en fault » moins estimer, car il s'en portera mieulx et en sera meilleur mari toute » sa vie »

Pag. il 91. — Le roi à Forquevaulx, Blois, 28 septembre l§7i. Il lui annonce la conclusion du mariage de sa sœur avec le prince de Navarre :

Monsieur de Forquevaulx, j'ay receu voz deux lettres du quatriesme et dix-septiesnie d'aoïist en un mcsnie paquet, par la vo}e de Baronne, faisant mention de plusieurs sortes de bruits qui courent par delà de moy et de mes déportements, ausquelz je ne m'arresteray à respondrc particulièrement, ayant lousjours plus désiié rendre tesmoignagc de mes actions par les effects que par parolles; seulicnient je vous informcray de ce qui est du mariage de ma seur avccques le prince de Navarre, mon frère. Ma tante la royne de Navarre m'a ces jours-icy envoyé le sieur de Beauvais pour aucuns affaires qui la concernent : il a eu charge, entre autres choses, de parler à la royne, ma dame et mère, dudict mariage, l'ayant priée de me vouloir ramcntevoir la promesse que le feu roy, mon seigneur et père, en avoit faicte par elle au feu roy de Navarre, mon oncle, et me faire trouver bon ledict mariage, afin de l'elTectuer maintenant que les parties sont en eage de pouvoir estre mariez. Je me suis très-volontiers résollu d"y entendre, tant parce que j'ay estimé que, suivant la délibération du feu roy, mondict seigneur et père, je ne pouvois choisir mari plus à propos pour madicte seur, que pour cognoistre le bien qui adviendra à mon royaulmc par ledict mariage, raccomplissement duquel sera le lien et l'establissemcnt de la paix qui est en icclluy, et rendra l'union qui est entre mes subjetz pcrdurable : chose que je désire plus qu'autre en ce monde. En quoy je veulx bien que vous sachez qu'il ne sera riens oublié de ce qui appartient à l'honneur de Dieu et du debvoir d'un prince très-chreslien, tel que je suis , et ce que vous respondrez |)ar delà, (piand l'on vous mettra sur ce propos, non comme en ayant charge de moy, mais comme de vous-mesmes; et pourrez adjouster que vous estimez que une des causes qui m'a

Caicl aulant prcsier l'oreille auilict mariage, csl la raeoii dont il a esté procède avecques nioy sur eeiliiy de niadicte scnr avecques le roy de Porliiiial,le(]iiel niavoiteslc promis par le roy eaiholicquc, s'accordarii le mien et le sien, ainsi que vous seavez. Mais les remises, longueurs et belles parolles desquelles Ion m'a tousjours entretenu et usé m'ont faict résouldrc de faire cestuy-cy, le(|iiel apportera trop plus de eommodilé à mes affaires que n'eust faict l'autre, qui estoit par nioy désiré, plus pour la considération du bien universel de la chresticnté que pour le particulier de mon royaulme : espérant néantmoins, cestuy-cy faict, avoir plus de moyen de secours au bien général de la cbrestienté que je n'ay jamais eu.

Je vous envoyé un mémoire de deux principaulx points dont vostre lettre faict mention, afin que vous sachez ce qu'aurez à rcspondre par delà, si l'on vous en parle. \'ous aurez aussi le passe-port pour le Portugois t|ui nous veult apporter des bagues : il est tel qu'il le demande.

J'estois à Chenonceau quand le S' Chappin \itelli a passé par ccstc ville, sans que je l'aye vcu. Il m'a envoyé de Paris les lettres que le roy, mon bon frère, m'escripvoit l)ai' luy.

(Le mémoire joint à cette Icllfc contient un exposé sommaire de ce qui s'est passé dans la négociation du mariage du duc d'Anjou avec la reine d'Angleterre, et des motifs qui ont engagé le roi à permettre que l'amiral Coligny vienne à sa cour.)

Pag. 1 196. — La reine à Forqucvaulx , même date. L'assurance que le roi (•atholicjue a donnée à Forqucvaulx de la révocation de don Francèsd'Alava lui a causé un grand contentement, « car il persévère à faire tous les jours » les pires offices, par calomnies, pratiques et inventions extraordinaires, » dont il se peut adviser, » non-seulement pour brouiller les deux couronnes, mais encore pour troubler la paix de la France.

Pag. 1201. — Le roi à Forqucvaulx, Bury. 12 octobre lo71. Sur les motifs que l'ont engagé à recevoir à sa cour le comte de Louis de ^'assau, et les plaintes de l'ambassadeur de Portugal au sujet du mariage de la princesse Marguerite avec le prince de iNavarre :

Monsieur de Forqucvaulx, parce que mes actions sont aujourd'liuy plus subjétes à cstre malicieusement interprétées, qu'elles n'ont jamais esté, par plusieurs sortes de gens, ennemis de la paix publicque, j'ay délibéré, pour le temps qu'avez encores à rester par delii,vous tenir plus soigneusement adverti de mes déportements que je n'ay faict par eydcvant, afin que puissiez mieulv respondre à telles calomnies, et rendre le roy callioliequc ,

mon bon frère, csclairci et certain de la syncérilé de mes inlenlions à rentretèncmenl de la paix qui est entre liiy et moy. Au moyen de quoy j'ay advisé debvoir vous advenir comme le conte Ludovic de Nassau m'a ces jours-cy faict très-instamment prier, par aucuns des principaulx de la religion prétendue réformée, mes subjeetz, avoir pour agréable son service, et luy permettre de me venir trouver et demeurer près de moy en ma court : ce que je n'ay peu bonnestement refuser, eu esgard à sa bonne volonté, m'ayan! fàict entendre n'estre subject du roy, mondict bon frère, parce qu'il n'a biens, terres ny possessions quelzconques soubs son obéissance, et qu'il désire estre reccu de mov comme prince alleman.

Et d'autant, monsieur de Forquevaulx, que c'est ebose que l'on vouidra à l'adventure faire trouver mauvaise audict roycatholicque et le mectreen double et delïiance de nostre amitié, je vous prie vouloir soigneusement observer ce qui s'en dira par delà , et selon que vous cognoistrez qu'il en sera besoing et que ledict roy calbolicque le prendra, luy en parler comme de vous-mesmes, et luy dire, sans qu'il s'aperçoive que je vous aye rien mandé ny escript, qu'il ne doibt estre marri si je permets ledict conte près de moy, puisqu'il n'est son subject; l'asseurant que ce ne sera pour dresser aucunes entreprinses à son préjudice , ny pour le favoriser à l'encontre de luy, mais plustost pour le distraire de telle volunté, s'il l'avoit: n'ayant plus grand désir que de vivre en paix et amitié avec luy et empescher qu'il ne se face ebose qui la puisse altérer ny rompre.

Vous m'advertircz bien parliculièrement et parvoye seure, comme par homme exprès ou en cliilTre, de ce qu'il s'en dira : vous priant, monsieur de Forquevaulx, ne rien cspargner de vostre dextérité et industrie pour empescher que le roy, mondict bon frère, n'en pretmc jalousie et delïiance; et me fairez un singulier service, lequel je me promets de vostre prudence avant que vous partiez de ce pays-là.

Vous sçaurez aussi comme l'ambassadeur du roy de Portugal, nous estant ces joursicy venu trouver, a dict à la royne, ma dame et mère, en son audience, que l'on l'avoit adverli qu'il eouroit un bruict, en ma court, que je voulois marier ma seur au prince de Navarre, mon frère; qu'il trouvoit trcs-estrange que Ton n'en avoit adverti son maistre, pour ce qu'il eust faict peult-estre telle response que j'aurois eu occasion de prendre autre résolution pour madicte seur. A quoy la royne, madicte dame et mère, luy a trèssagement respondu qu'elle n'avoit estimé ledict roy de Portugal avoir aucun intérest audict mariage et partant en devoir estre adverti; qu'autrefois le roy catholicque avoit bien mis en avant le mariage de ma seur avec le roy de Portugal, mais que depuis il avoit esté si peu recherché (sans qu'il en eust esté donné aucune occasion) que, m'ayant la royne de Navarre, ma tante, faict prier de vouloir, en ensuivant la promesse que le feu roy, mon seigneur et père, auroit faicte à nostre oncle le feu roy de Navarre, de donner ma seur en mariage à son lllz, mon frère, la luy continuer par effect, j'y avois trèsvolontiers entendu, tant pour la considération du service de Dieu et repos de mon

royaulmc que cclluy de la chrestientô. Au movon de quoy estant icelluy mariage si iiisianinunt rechcrelié par maiiicle tante, et désiré par nioy pour les considérations susdictes, jespèrois lachever le plus lost qu'il sera possible : de quoy je ni'asscure que ledict roy de Portugal n'en scroil moins re^joui que nioy-mesnies; que je ne laisserois de vivre avec luy en bonne paix et amitié, comme j'avois tousjours désiré de faire, et a\eeques non moindre correspondance de bonne volonté et intelligence que si les choses eussent passé plus avant pour ledict mariage. A quoy ledict ambassadeur n'a faict d'aiUre réplicque, sinon qu'il prioil Dieu que tout se passast à nosire conteniement et satisfaction, et (|ue ce seroit celluy de son maislrc. Ce qui vous est cscript alin de vous en rendre informé , si vous en oyez parler.

Au demeurant, monsieur de Forquevaulx, j'attends que vous m'envoyez le nom d'iceluy qui doibt succéder à don Francés et dans quel temps il sera icy, afin que sur celle vous ayez voslre congé, aiiisin que je vous l'ay promis.

Page 1:207. — Le roi à Forquevaulx. Blois, 14 oclobre. Afin qu'il insiste auprès du roi catholique sur le rappel de don Francés de Alava. qui continue de lui donner les plus graves sujets de plainte. Aussitôt que don Francés aura quitté sa cour. Forquev aulx pourra revenir.

Page 1214. — Au roi. Madrid, 12 novembre 1371. 11 répond aux lettres du loi du 28 septembre, du 12 et du 14 octobre.

.Alin de sçavoir ce qui leur sembloit ou s'ils avoint entendu parler du conte Ludovic de Nassau, (pii m'est le plus recommandé négoce dcsdiclcs dcu\ dcspéohes premières , j'avois parlé au cardinal de Ciguence, Uuy Gomez, légat et nuiice du pape, ambassadeurs de l'empereur, de Portugal, Venise et aucuns autres hommes d'honneur, devant que retourner à l'audience du roy, voslre frère, pour escouier si quelqu'un m'en fairoit mention : ce qu'ilz n'ont faiet ni seidiement nie le nommer, ny moy à eulx. Il est. Sire, advenu linablementque, pour satisfaire à voslredicle lettre dernière du quinziesme dudicl octobre, je suis allé parler à Sa Majesté Catbolicque le quatriesme du présent , afin de solliciter la révocation de don Francés. En laquelle audience s'est offert ce propos, après autres, (|ue ledict seigneur m'a dict (pi'il avoit entendu que la royne de Navarre, qu'il appelle madame de Vcndosme, s'aeheminoit de Pau vers vostre court, auquel Pau elle s'est tenue et aux bams quelque temps, bien accompaignée de noblesse: entre autres, il a nommé ledict conte, auquel il ne donne point autre tillie que Ludovic, disant que Ludovic est ordinaire de ladietc court de Béarn, et qu'il suit ladicte dame. J'attendois si Sa Majesté Catholicque m'en diroit davantage; et voyant qu'il ne passoit oultre, et afin de le sonder un petit là-dessus, j'ay pensé bien faire de m'advancer à luy dire qu'on disoil en France que les principaulx seigneurs de la nouvelle religion vouidroint fort

vous persuader, Sire, d'accepter ledict conte en vostre service, alléguant, par leiu's raisons, qu'il est prince alleman , ne tenant un poulce de terre soubs son obéissance, et par conséquent il ne peut trouver mauvais, ny nul autre prince, si Vostre Majesté le reçoit. A quoy. Sire, ceste Majesté m'a respondu qu'il ne fault pas doubter que lesdicts principaulx n'essayent de vous faire faire assez de choses hors de propos , si vous les vouldrez croire, comme seroit celle-là, veu ce que ledict conte a faict contre luy, mais qu'il se tient asseuré que vosire bonne amitié correspondra à la sienne qu'il vous a tousjours monsirée et veuU vous perler toute sa vie, et que le prince d'Orange, combien qu'il ait des terres en Allemaigne, n'est point tenu pour prince alleman, et moins sondict frère. Je luy ay réplic(|ué que Sa Majesté doibt bien croire que, quand ledict conte seroit en vostre service, qu'il ilesplairoit à ^"oslre Majesté luy endurer de faire entreprinse à son préjudice, ny le favoriser contre Sadicte Majesté, mais plustost le distraire de telle volonté, s'il l'avoit. A cella ledict seigneur m'a respondu, en soubsriant, ne scay quoy, si bas que je ne l'ay peu entendre. Et pour ce que je parlois de ce faict comme sans charge, je ne l'ay poursuivi plus avant, de peur qu'il s'en apperceùt : néantmoins. Sire, s'il m'en parlera cy-après, ou quelqu'un de ses ministres, je luy diray vos raisons le moins mal que je scauray. Si est-il un prince qui garde semblables choses en son cœur, sans dire ce qu'il en pense

Forquevaulx n'a rien omis de ce qu'il fallait représenter sur la révocation de don Francés de Alava : le roi l'a assuré dernièrement qu'il l'avait rappelé et que, si don Francés était encore à Paris, c'était parce qu'il avait attendu de l'argent de Flandre.

... .Je désirois que ledict S' roy me dit le nom de celluy qui doibt succéder à don Francés, et en quel temps il pourroit arriver en vostre court, et si ce seroit don Diego de Çùniga, cousin du duc de Bcjar, que j'avois veu corrégidor à Tolledo, car l'on disoit parmi ceste court que ce seroit luy. Il m'a respondu qu'on est aprèz de l'y envoyer, mais cclla n'est encore bien résollu à cause de certaine difficulté que ledict chevalier en faict; et arrcsté que cella soit, je seray aussitost adverii, soit dudicl Çiuiiga, ou autre, et du temps qu'il pourra arrriver par delà.

Ledict (Ion Diego, Sire, est natif de Salamanca, homme de quarante-cinq ans, proche parent du duc de Bejar, riche de dix à douze mil escus de revenu, croisé de S'-Jacques : on le répute pour fort habille homme. J'entends qu'il faict difficulté d'accepter l'ambassade, afin d'avoir une bonne encomienda ', car il sçait enchérir sa marchandise, voyant que les personnes dignes d'y estre employées sont aussi clairsemées en Espaigne

' Mot espagnol : conimanderic.

PHILIPPE II. oo3

comme ailleurs; el eneores je ne puis seavoir le icmps de son parlement, sinon qu'il ira passer par sa maison à Salamanca, au partir de ecste court, pour voir sa femme, la(|uclle le suivra en bon temps. Elle a nom donne Aliénor Cabcea de Vacca, qui est une bonne grosse maison de la ville de Samora.

Le roi parait satisfait des explications que Forquevaiilx lui a données sur la venue de lainiial Coligny à la cour et la négociation du mariage du duc d'Anjou avec la reine d'Angleterre. Forquevaulx conclut qu'il n'y aura pas de rupture d'amitié entre les deux couronnes, qui provienne du roi catholique : « ce que le cardinal de Ciguence, qui faict et qui peust tout » ce qu'il veult auprès de son maistre. me promet et assure par aultant de » fois que je parle à luy. » — Le 31 octobre le roi a reçu, par un courrier de la Seigneurie de Venise, la nouvelle de la victoire remportée sur les Turcs, par l'armée de la ligue, le 7 octobre, près du golfe de Lépante. Le roi était à vêpres: il fit chanter le Te Deian. Le lendemain, jour de la Toussaint, il alla à St-Philippe entendre la messe, qui fut chantée par le légat , puis il alla en procession jusqu'à l'église S'^-Marie. Les ambassadeurs l'accompagnaient. — Le légat doit partir prochainement pour le Portugal; il recevra un buffet de vaisselle d'or pur pesant onze mille écus et pour six mille écus de vaisselle blanche. — Don Juan de Borja, ambassadeur du roi catholique en Portugal, est venu trouver à Madrid le duc de Gandia. son père, prieur général des théalins, pour les affaires de la reine de Portugal, qui veut revenir en Castille '. Les Portugais disent qu'elle veut emporter tout le trésor des rois de Portugal , et n'était la crainte de l'Espagne, ils s'opposeraient à son départ. — Le légat a demandé que le roi cédât au pape la collation des évéchés et bénéfices des royaumes de Naples et de Sicile; le roi s'y est refusé. — A propos d'un commissaire que I inquisition de Catalogne avait envoyé en France pour informer, et qui venait d'y être arrêté et détenu par ordre du parlement de Toulouse. Forquevaulx dit qu'en Espagne « linquisilion est plus redoubtée que le feu: » il ajoute: « Il fault que je die à \". M. que ceste rigoureuse justice se rend de jour » en jour si odieuse aux Espaignols, et mesme en Aragon et Catheloigne, » qu'il sera impossible qu'à l'advenir n'en sorte de grands désordres et » séditions. » — Au moment où il allait clore cette lettre, le secrétaire

' La reine doïia Catalina, sœur de Cliarics-Quint.

Çayas est venu lui dire, de la part du roi, que don Francés d'AIava quittera Paris le 2 novembre. — Le duc de Medinaceli est à Laredo. attendant le vent pour Flandre.

Pag. 1250. — A la reine, même date. Le prince d'Eboli l'a assuré et lui a juré que le roi catholique est « le plus certain, vray et seur ami » que LL. MM. TT. ce. aient en ce monde ; qu'il désire leur bien, leur grandeur, leur repos, comme les siens propres. Il regrette beaucoup que les deux rois n'aient pas une parfaite confiance réciproque : a car, s'ils perdoint tout » soubson et delfiance, ilz seroint les plus heureux princes qui vescurent » oncq, et qui pourroint exécuter plus grandes choses, s'ilz vouUoint s'en- » tendre. » — Don Diego de Çiiniga sera certainement le successeur de don Francés d'AIava : « il est homme aigu, fin et accort, et entendu en » gouvernement et police de ville, ainsin qu'il a faict apparoir estant cor- » régidor de Tolède. Le susdict Ruy Gomez ma dit tout plein de bien de » luy »

Pag. 1256. — A la reine, Madrid, 17 novembre 1371. Le roi est allé à l'Escurial attendre des nouvelles de don Juan d'Autriche, dont il n'a reçu, depuis la victoire, que lavis venu de Venise. — Le légat part le 18 novembre pour le Portugal ; il a encore pressé Forquevaulx pour savoir si le mariage de madame Marguerite est irrévocablement conclu avec le prince de Navarre : dans le cas contraire, il ne doute pas qu'il ne se fasse avec le roi de Portugal. Le duc de Gandia, prieur de tout l'ordre des théatins, est envoyé exprès en sa compagnie, pour au besoin faire cesser l'opposition des deux théatins qui sont auprès du roi.

Pag. 1242. — Le roi à Forquevaulx, Vaujours , 51 octobre 1571. En attendant qu'il ait fait choix d'un personnage de qualité requise pour tenir lieu d'ambassadeur à la place de Forquevaulx, il envoie La Marque, son valet de chambre ordinaire, pour demeurer près du roi catholique et y faire ses affaires. Forquevaulx prendra donc congé de ce roi, et viendra le trouver. — La Marque est porteur d'un mémoire où Forquevaulx trouvera ce qu'il doit répondre au cardinal Alessandrino sur le mariage de Portugal : « Je désire — dit le roi — qu'il cognoisse qu'il ne m'est demeuré aucune » sentille de volonté de jamais rechercher ledict mariage. »

Pag. 1243. — La reine à Forquevaulx, même date. Elle lui dit, à propos du mariage de Portugal : « D'autant que j'ay désiré et recherché ledict ma-

PHILIPPE II. 5d5

» riage. comme un chascun sçait (ayant faiol tout ce qu'il ma esté possible » pour reffectuer\ je suis délibérée de conseiller maintenant le roy, mon- M sieur mon filz, de ne le rechercher jamais, car l'on a trop desdaigné ce » que l'on debvoit priser. »

Pag. 1^46. — Au roi, Madrid. 30 novembre IS71. Le S"" de La Marque arriva à Madrid le 26 novembre, et remit à Forquevaulx les dépèches dont il était porteur. Le lendemain il mourut d'apoplexie. — Forquevaulx se lamente de se voir ainsi obligé de prolonger son séjour en Espagne. — On ne sait encore si don Diego de Çûfiiga a accepté 1 ambassade de France.

Pag. l'âal. — A la reine, même date. Le roi est revenu de l'Escurial le 28 novembre. Aujourd'hui Forquevaulx a assisté à sa messe, dite à l'occasion de la fête de la Toison d'or, avec lambassadeur de Venise.

Pag. 12(>i. — Au roi, Madrid, 1(5 décembre liill. Il a été à l'audience du roi le il, et l'a félicité sur la naissance d'un prince '. — Il lui a fait des plaintes du procédé de don Francés d'Alava, qui, sans prendre congé du roi et de la reine, était passé en Flandre, s'excusant, par son secrétaire Aguilon, sur sa maladie. — Le roi lui en a témoigné son déplaisir, tout en excusant la conduite de don Francés. qu'il a expliquée par l'impossibilité où son état de maladie l'aurait mis de se rendre à la cour. — Çayas est venu prévenir Forquevaulx que don Diego de Çi'iniga partira au premier jour pour aller remplir la charge d'ambassadeur auprès du roi.

Pag. 1271. — .\ la reine, même date. Le cardinal .\lessandrino a été magnifiquement traité en Portugal. Le roi lui a répondu qu'il était et voulait être fils obéissant de Sa Sainteté, promettant d'entrer dans la ligue et d'épouser madame .Marguerite, s'il plaisait à LL. MM. ÏT. CC. de la lui donner. Dans lespoir que ce mariage s'accomplira, la reine dofia Catalina ne parle plus de quitter le Portugal. — Le cardinal va, comme légat du pape, en France. — Baptême du prince nouveau-né :

.Au dcmciiranl, .Madame, je feis voz recominandations à mesdames les infantes

le jour de niadicte audience, qui me commanilèrcnt de baiser Ircs-humblemcnt les mains de A'ostre Majesté, pour la mémoire qu'il vous plaist avoir d'elles ; je les ay veues encore cejourd'huy en la chambre de la royne catholicque, au retour du baptcsme du

' La reine Anne était accouchée de ce prince, qui recul le nom de Ferdinand, comme on le voit plus loin, dans la nuit du 3 au 4 décembre.

55G DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

prince leur frère, qui a esté tenu à baptesme par le plus petit prinee de Boliesme, nommé Venceslaus, pour ce que don Albert garde le lict pour une petite ficbvre qu'il a; et hyer furent conlirmez touts deux lesdicls frères. .Madame la |)rineesse de Portugal a esté marraine; le cardinal de Ciguence a baptisé ledict petit prince, et son nom est Ferdinand , en mémoire du roy Ferdinand d'Aragon et de l'empereur vivant '. On est sorti par un pont atlaclié au palais à une des i'enestres du logis de mesdames les infantes, tirant ledict pont jusques à l'église de S'-Gilles, son plant eslevé de terre environ deux toises , pour éviter à la foulle du peuple, et tapissé fort richement : les grands portoient les maseapans (?), sel, bassins et autres choses bienséantes à un baptesme royal. C'estoientles ducz de l'infantasgo, de Cesse, de Nagera, de Médine, Ruysecco, Francavilla, d'Ossune, conte de Benavent, marquis de Mondcja, d'Aguilar et autres : le duc de Bejar portoit ledict petit prince. Les ambassadeurs du pape, de l'empereur, de France, Portugal et Venise y sommes esté appeliez, et au retour avons faict la révérence à ladicte dame royne, laquelle estoil veslue d'un manteau de drap d'or incarnat fourré de loups cerviez, assise sur un petit lict à terre : il la faisoit très-beau voir. La princesse de Portugal et madame l'infante Isabeau estoint tout auprèz d'elle; et quant au petit prince d'Espaigne, il est bien fort joly et sera blond comme père et mère. On dit qu'il retire {sic) au prince Albert : il me semble à moy (ju'il donne plus d'air audiet prince don Venceslaus.

Pag. 1277. — Au roi, Madrid, 2 janvier 1572. Le cardinal Alessandrino est arrivé de Portugal à Madrid le 28 décembre, et y a séjourné quatre ou cinq jours. Le 28 aussi le roi arriva de l'Escurial et descendit au monastère de S*-Jéràme, où il resta jusqu'au 50, qu'il rentra dans son palais. Le cardinal lui a rendu compte de ce qu'il a négocié en Porlugal, dont il revient l'homme le plus content du monde. 11 se loue on ne peut plus du roi, et ne peut dire assez de bien, tant de sa personne que de sa discrétion, grâce et bon esprit. 11 a réformé l'excessive liberté que les théatins coiumençaient à prendre, et le grand gouverneur, don Gonzalez, a été par lui et le général de l'ordre, le duc de Gandia, relégué à Coimbre. Il a assuré Forquevaulx que le jeune roi avait toujours été incliné à épouser madame Marguerite, mais que ledit théatin avait fait dilTicullé de le laisser marier si jeune. — Le cardinal a refusé de riches présents que lui oflVaientles rois d'Espagne et de Portugal, et s'en retourne sans avoir rien d'eux : le pape son oncle

' Forqucvaulx commet ici une singulière méprise : Veniperciir vivant, en 1S72, était Maximilicn II, fils de Ferdinand I"'.

le lui a ordonné ainsi sur sa vio, no voulant pas qu'on puisse dire ou croire qui! la on\ovt' hors de Uonio pour briijucr dons ou Licnfails. Il est parti de Madrid ce matin, pour arriver le 12 ou le 15 à Rayonne. — Don Francés d'Alava a débarque à Larccio le 15 décembre.

Pag. ^284. — A la reine, même date. A propos du nouveau prince d'Espagne, Forquevaulx dit qu'il est advenu « quil luy a fallu changer de » nourrice, questoit une jeune belle Biscayne, mais son laict si chault » qu'il avoit faict venir des émorroïdes à I enfant, et des syncopes qui le » prenoint coup sur coup, de sorte qu'il s'en alloit mourir, s il n'y fust esté » remédié promptement par ledict change, qui est de celle qui avoit )• nourri madame l'infante Catherine, laquelle l'a remis de mort à vie. » — Hier le roi et la reine, ayant à leurs cotés les infantes, la princesse et les princes de Bohème, ont assisté, d une des fenêtres du palais, au spectacle que leur ont donné les caballeros de Madrid, jouant auv ulcansies '^ à cheval et à la genelte, eu huit quadrilles de huit chacun, de dilîéreiile parure.

Pag. 129.J. — Au roi, Madrid, 22 janvier l.i72. Don Francés d'Alava est arrivé à Madrid le 8 janvier; il est allé deux fois parler au roi son maitre, non en litière comme un malade, ainsi qu'il prétendait l'être, mais à cheval sur une haquenée. — Le duc de Medinaceli sèlait embarqué au mois de décembre; la tourmente la forcé de rentrer à Larcdo, avec perle de deux, navires. Il attendra maintenant jusqu au mois de mars.

Pag. 1502. — Au roi, .Madrid, 12 février l.')72. Cette dépêche sera portée au roi par un gentilhomme du prince d'Epinoy. qui rapporte à son maitre la permission, qu'il était venu demander au roi catholique, d'épouser la douairière de Nevers. — Le roi est au Pardo, depuis le 7, avec la reine et la princesse de Portugal; ils seront de retour le 16. pour voir le lendemain les joutes, « estant icy un ordinaire, presque touts les dimanches, s'il » faict beau, d'y avoir jeu de caignes ou ulcansies^ tournois et autres » passe-temps, depuis que le petit prince est nay. » — Don Pedro Faxardo, fils du marquis de los Vêlez, partira bientôt pour aller vers l'empereur. — A ce propos Forquevaulx rappelle la mission que le roi Henri lui donna,

' yJkansies, de l'espagnol alcancias, boules lic terre creuses remplies de fleurs ou de cendres, clc. , qu'on se lançait mutuellcnient en courant à cheval. Ccu.\ qui couraient s'en défendaient au moyen d'ccus sur lesquels les alcancias se brisaient.

5a8 DEPECHES DES AMBASSADEURS.

en ISoO. vers l'empereur Maxiniilien, alors roi de Bohême, et dont nous avons parlé dans les quelques lignes que nous avons consacrées à la biographie de ce diplomate '.

Pag. ISIâ. — Le roi à Forquevaulx. Amboise, 22 janvier io72. Il envoie le S'' de Saint-Gouard, chevalier de son ordre et gentilhomme de sa chambre, pour complimenter le roi catholique sur la naissance du fils que Dieu lui a donné, et en même temps pour résider à Madrid en remplacement de Forquevaulx.

Pag. l.ïii. — A la reine, Madrid, 27 février 1572. M. de Saint-Gouard est arrivé le 23: demain ils auront audience du roi catholique, de qui Forquevaulx prendra congé. 11 se félicite d'avoir pour successeur « un si » homme de bien, si rempli et accompaigné des parties et vertus pour » faire dignement toute crrande charge. »

Pag. 1315. — A la reine, Madrid. 14 mars 1572. M. de Saint-Gouard et lui eurent audience du roi le 27 février (sic). Forquevaulx espérait prendre congé le lendemain : mais ce jour-là le roi partit pour lEscurial , d'où il n'a été de retour qu'hier 13, et c'est seulement demain quïl donnera audience à Forquevaulx. — « Touchant au duc de Médineceli, il s'embar- » quera pour Flandres avec le premier vent propre, ayant donné dégousl » à ceste court de ce qu'il ne poursuivist son voyage, puisqu'il estoit à la » voile hors du port de Laredo : car, s'il eust poursuivi la route de son » avant-garde, il fust arrivé audict Flandres aussi bien qu'elle feit, en )) laquelle passèrent de quatre à cinq cents soldats. » — Le duc de Médina Sidonia entra à Madrid le l*"" mars, lui cinquantième en poste, et le lendemain fiança la fille du prince d'Eboli. — Don Pedro Faxardo est parti pour lAllemagne et la Pologne, afin de traicler de la ligue.

Pag. 1318. — Propos tenus par le roy catholicque au S" de Forquevaulx lorsque celui-ci prit congé ^

Prenant le S'' de Forquevaulx, ambassadeur du roy, son congé du roy catholicque d'Espaigne, en sa dernière audience, icclluy S'' roy catholicque luy teint les propos suivans, alin de les représenter à Sa Majesté Très-Chrestienne.

' Pag. 196.

" Dans une lettre écrite de Bajonne, le 15 avril, à Catherine de Médicis, Forquevaul.i: lui fait savoir que le roi catholique Ta gratifié de 2,000 écus, cl qu"il a mis vingt-trois jours pour venir de Madrid à Bavonne.

En premier lieu, il baise de loiil son cœur les mains du roy très-chrcslien, son bon frère, luy désire aulaiit de sanlé, prospérité et contentement comme pour soy-mesmc : il sera lousjours fort aise que ses aiïaires succèdent iieurmisement, comme par le contraire il recevra grand desplaisir, s'ilz iront mai.

C'est en ceste bonne volonté qnil a vcscu avccqiies Sa Majesté Très-Chrestienne et veult vivre, disant luy avoir faict apparoir de la syncérité de son intention par les meilleures démonstrations qu'il a peu : ce qu'il veult continuer de faire en ce qui sera de son pouvoir, sans jamais s'en lasser.

Estant l'amitié (|u'il porte au roy, son bon frère, inséparable de son costé, et sa fermeté si constante en la paix et union qu'il a pieu à Dieu y mettre , qu'il ne sera de sa vie le premier à la rompre ny à s'en desparlir.

Prie Sa Majesté Très-Chrestienne d'en user en semblable, et de vouloir employer ses forces encontre l'ennemy commun : à quoy ledici $"■ roy calbolicque dit avoir conunandé d'employer les siennes heureusement, en compaignie de celles du pape cl des Vénitiens.

La prie aussi de faire remédier aux pirateries que les François font, car autrement il ne peut refuser à ses subjects d'y mettre le remède qu'il pourra , pourasscurer leur navigation.

Qu'on a eu tort en France de penser qu'il fust bien aise des troubles d'icelle , car c'est la chose en ce monde dont il recevoit autant d'eimuy, pour plusieurs bons respects, mcsme pour l'amour qu'il porte au roy, son bon frère, le travail duquel luy esloit à esgal du sien, et que leurs royaulmes sont si voisins que, la France estant en combustion , c'estoit la veille d'y voir l'Espaigne ; et soit pour différent de religion ou pour autre prétexte, tousjours l'exemple de la rébellion et désobéissance des subjects d'un prince monstre le chemin aux voisins d'en user scmblablement contre le leur.

Aussi Sa Majesté Catholicque pense qu'en France, prèz la personne de Sa Majesté Très-Chrestiemic, il n'y a pas faute d'aucunes âmes turbulentes ([ui désirent voir survenir altération et rupture de la fraternelle amitié qui est entre Leurs Majestcz : ce qu'ilz procurent subtilement et j)ar grande astuce, soubs coideur de bons serviteurs, affectionnez au bien cl grandeur de lein- maislre.

C'est néantmoins en intention de venir par là au-dessus de leurs dessains, les uns à une fin et les autres pour une autre, mais les touts au desservice de l'honneur de Dieu, du bien universel de la chrcstienlé et dommage irréparable des royaulmes cl subjects de Leurs Majestcz.

Dit icclluy roy catholicque que le roy, son bon frère, a faict suffisante expérience, encore que lamentable, des cœurs de ses subjects et serviteurs, de sorte qu'il a peu eognoisire ceulx qui l'ont servi de bon courage, et qui froidement et lâchement. A ceste cause, il est d'opinion que Sa Majesté Très-Chrestienne doibt avoir plus de fiance en ceulx qui l'ont fidèlement servi, sans se lasser ny bransler, que non à ceulx qui se sont

3G0 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

nionslrcz froids et iiégligenls de le servir et secourir en sa nécessité, et par conséquent s'en doibt niieulx lier, soit pour prendre conseil , soit pour bailler quelque grande entreprinse à exécuter : mais en ceste préférence ne fault désespérer nul de ceulx qui l'ont servi à son besoin, à quelque mesure qu'ils s'en soint acquilez.

Tant y a que, pour le regard des maulvais qui luy sont esté rebelles et ennemis du conimancement à la fin , il n'est point d'advis que le roy son frère s'en doibve jamais fier, tant qu'il s'en doibt faillir qu'il en face estât ny fondement.

Et voit bien qu'il sera dilficille d'ores en avant de traicter auprès du roy, son bon frère, les n(^oces de grande importance en telle confiance qu'on souloit et qu'il fauldroit les traicter, veu que les principaulx qui l'ont voullu dcstruire sont et seront, d'icy en avant, à l'oreille de Sa Majesté Très-Chrestienne et de la royne, sa bonne mère, pour dcstruire et empescher que rien de bon ne s'y délibère ny conclue, principalement s'il se traictera de l'intérest de leurs amis, correspondants et confédérez, comme par adventure l'occasion portera que Leurs Majestez Très-Chrestienne et Catholicque en auront à délibérer et traicter quelquefois.

Bien entendu aussi que lesdicts principaulx et ceulx de leur alliance faironl leur effort d'y mettre et nourrir jalousie et delliance , plus volontiers que de les entretenir en paix et amitié, ou estrc désireUx et soigneux que les conseils et entreprinses de Leursdicles Majestez ayent bon succèz.

Que les déportements de ladicte Majesté Calholicque, durant lesdicts troubles, de huict ou neuf ans, font preuve et vérification de son intérieur : car s'il eust eu maulvaise intention, c'esloit la saison de la mettre en évidence, ainsi qu'aucuns luy voullurent persuader; et n'avoit pas faulte de moyens pour faire beaucoup de maulx, s'il eust voullu : mais il n'y vouUut jamais entendre, et ne s'en repent point.

Somme toute, Sa Majesté Très-Chrestienne, la royne sa mère et le duc d'Anjou doibvent tenir pour résollu que le bien et le mal du royaulme de France, c'est à sçavoir de la couronne, leur touche de plus prèz, et le doibvent sentir plus au vif que nulz autres, quelz qu'ils soinl : à ceste cause, ne doibvent prendre ny croire le conseil de (|ui que ce soit sans examiner de bien près à quoy il tend, et, s'il ne leur semble tant à clair advanlageux pour Sadicte Majesté Très-Chrestienne et pour le bien et l'honneur de sa couronne, rejecter tel conseil et qui le donnera pour trèspernilieux.

Sans se laisser attirer ny dévoier par belles apparences, qui semblent grandes de prime face, ains estendre la veue le plus loing qu'on peut, et songer à la fin que s'en pourroit suivie aussitost en mal, ou plus tost, que non en bien.

Et jugent du zelle sur lequel tclz conseillers mallins fondent leurs opinions et conseils, auquel cas Sa Majesté Très-Chrestienne trouvera qu'ils sont poulcés de passion |)articulièrement, non du service qui luy est deu.

,1vis du roy catholicque à la roijne Irhs-chreslienne , sa bonne mère.

Lcdicl S' roy Iiiy bnisc (rès-afleclucuscmcnl les mains, et la prie de vouloir tousjours tenir la main, ainsi qu'elle a faicl, à la conservation de l'amitié d'entre les deux roys ses enfans ; et face conte Sa Majesté (|ue les raisons pour les avoir faiet vivre en bons frères jusqnes à présent sont 1rs mesmes aiijourd'huy pour les y maintenir, et de plus, de l'alliance si estroictcment renouvelée entre Leurs Majestez, il a pieu à Dieu leur donner des enfans, et espérance d'en avoir au premier jour, pour confirmer plus fort lesdictcs amitié et bonne intelligence à l'advenir.

Quant à luy, il veult avoir dit et promis une bonne fois d'estre toute sa vie bon frère et amy du roy irès-chreslien, son frère : ce qu'il accomplira de son cndroiet, sans jamais s'en despartir le premier, ny sans en estre par trop contrainct et provoqué.

Et après autres discours, Sadicte .Majesté Caiholicqiie donna charge audicl de Forqucvaulx de dire à toutes les Majeslez Très-Chrostienncs qu'il est bien fort joyeux d'avoir entendu que la royne trés-chrestienne, sa seur et niepcc, est grosse : dont il s'en réjouit avec Lcursdictes Majestez, priant Dieu leur en donner le contentement qu'elles en espèrent, et vouloir assister à la mère et à l'enfant, et les esclairor de sa saincte grâce, avecques heureuse suite de plusieurs autres enfans.

Aux fol. 13.33-1 539 est la fin de la biographie du S' de Forquevaulx. On y lit que, au retour de son ambassade, il fut aussi favorablement accueilli à la cour de France que ses services le méritaient. Il fut fait chef et surintendant de la maison du roi de ÎNavarre : mais, en septembre I j72, le roi le renvoya à son gouvernement de Narbonne. En novembre de la même année il fut appelé au commandement de la place de Toulouse. Au mois d'octobre ln73 le roi le chargea de parcourir tout le gouvernement de Languedoc, pour linformer des coniporteiucnts des ecclésiastiques, des gentilshommes, des gens de justice et du peuple. Il remplit encore plusieurs autres commissions et mourut au mois de juillet 1574.

Son fils termine ainsi :

« Ayant ma disgrâce voulu que j aye brusié, de ma main, constrainct par son dernier commandement, plusieurs volumes sur différents sujets, escripts de la sienne, dont j'emporteray le regret au tombeau. »

Harlay 228.

240. — Lettres originales du S^' de Saint-Goard ' , ambassadeur en Espagne, au Roi, à la Reine mère, au duc d'Anjou et au secrétaire de Villeroy.

Trois volumes in-fol.

Le premier volume commence au 16 janvier et finit au 25' décembre 1572; les pièces y sont cotées du n" I au n° CI.

Le deuxième va du 6 janvier au 13 décembre lo73; les pièces y portent les cotes I à LXXllI.

Dans le troisième sont, de I à LVIII, des dépêches de Tannée l^7i (3 février au 26 décembre), et, de LIX à CXXI, des lettres et d'autres pièces de l'année 1579.

Jean de Vivonne, dit de Torréfies^ seigneur de Saint-Gouard, chevalier de l'ordre et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, fils d'Artus de Vivonne, II" du nom, et de Catherine de Bresmont, dame de la Boutière, lut, comme on la vu plus haut^ choisi par Charles IX pour remplacer à Madrid le seigneur de Forquevaulx. Une de ses dépèches ' nous apprend quil servait son pays depuis vingt-cinq ans; qu'il avait été blessé dans plusieurs campagnes; que deux de ses frères étaient morts sur les champs de bataille.

PREMIER VOLUME

I. — Instruction au S"" de Saint-Gouard, faite à Amboise le 16 janvier IS72. Après avoir adressé au roi catholique des compliments de félicitation sur la naissance du fils que Dieu lui avait donné, et l'avoir assuré de

' Une lettre autographe ccirte par cet ambassadeur, le 11 octobre 1S72, au secrétaire Villeroy, est signée ainsi : Sainl-Couard. Nous avons adopte celte orthographe dans nos analyses. • Pag. 5S8.

' Celle du 19 septembre 1872 au due d'Anjou.

l'amitié du roi très-chrétien, ainsi que du désir qu'il a^ ait de vivre en paix avec lui, Saint-Gouard devait réclamer des explications de ce monarque sur les bruits de guerre qui couraient en Europe et les démonstrations que faisaient ses ministres, et notamment le duc d'AIbe. qui. » soubz coulleur » de remuer et rafrcschir les garnisons des villes de la frontière, les avoit » renforcées: qui avoit commande remonter lartillerie et la mectre sur les » murailles, faict faire et dresser des barrières au-devant des portes des- » dictes villes, ordonné aux subgectz du plat pais y venir faire la garde » comme l'on avoit acoustumé en temps de guerre, et faict battre le tam- » bourin en quelques endroitz sur ladicte frontière, etc. » — Ln point important était recommandé à Saint-Gouard : il devait tâcher de movenner la réconciliation du prince dOrange avec le roi. Cet article de son instruction mérite détre cité tout entier:

El d'autant qu'une des choses quypoise le plus à Sadicle Majesté et à laquelle elle désire autant pouvoir remédier, ce sont les incursions qui se font sur la mer, par lesquelles le commerce est cmpesché entre les subgectz de Sa Majesté, dudicl roy catholicque et autres princes ses amys et alliez, depuis que Dieu a remis la paix en ce royaulme, Sadicte Majesté a cherché tous moyens pour y mectre ung bon ordre. Toiuesfois, avecques son grand regret, elle ne le y a sceu encore trouver : car, combien qu'elle ayt commandé très-expressément que ceulx de ses subgectz qui commetiroicnt ou esloienl particippans de telles pirattcryes fussent chastiez et puniz, ce néantmoings ceux qui veullcnl fère ce mal se couvrent du nom du prince d'Orenge et se joignent avecques ses vaisseaulx,et par ce moyen demeurent impunyz.

Parainsy, tant que les vaisseaulx dudicl prince d'Orenge seront en mer et courront, comme ilz font, sur les subgectz dudict roy catholicque, ausquelz ilz font ouvertement la guerre, estans favorisez de ceulx qui les assistent, et à quoy il est très-mallaysé de remédier, tous ceulx qui veullent desrobber se joignent à eulx ou empruntent son nom, de sorte que toutes vollcryes demeurent impunyes, et ne faull espérer, quoy que l'on face, que l'ordre s'y puisse mectre. Au moyen de quoy il est besoing trouver ung expédient pour fère désarmer ledict prince d'Orenge : ce qui ne se peult que par force ou volluniairement. Pour le premier, n'ayant ledict prince d'Orenge jamais offensé Sadicte Majesté ny ses subgectz, et moings donné occasion de le tenir pour ennemy, ains estant comprins à son édiet de paciflication , Sadicte Majesté ne peult entreprendre le désarmer par force, joinct qu'il seroit besoing d'une armée de mer pour ce fère, à laquelle Sadicle Majesté, attendu ses autres affaires, ne peult pour cesle heure entendre. Quant à le fère desarmer volluntaircment, l'occasion s'en présente, s'il plaist

36i DEPECHES DES AMBASSADEURS.

audict roy catholicque l'cnibrasser, comme Sadiete Majesté liiy conseille pour le bien de ses subgcclz et la l\berté du commerce par la mer.

Car le conte Ludovicq, frère dudict prince d'Orcnge, qui a tousjours esté avecques la royne de Navarre depuis la paix de ce royaulme, a mandé au roy, par personne expresse, qu'il fera désarmer tous les vaisseaulx dudict prince d'Orenge toutes les fois que ledict roy catholicque les vouldra recepvoir en sa bonne grâce et les laisser jouyr de leurs biens, absens de ses pays, puisqu'il n'a pour agréable qu'ilz y soyent habitans, ayant ledict conte Ludovicq requis très-instamment Sadiete Majesté s'emploier envers ledict roy catholicque pour obtenir ce que dessus, la priant lui permettre de venir en ceste cour, afBn de y demourer pleige et caution de ce qu'il promet, au nom de son frère, pour le désarmement des vaisseaidx, lesquelz il fera aussytost retirer en tel port et havre de ce royaulme qu'il plaira à Sa Majesté ordonner.

Chose que ledict S' de S'-Gouard pryera ledict roy catholicque, au nom de Sa Majesté, de bien meurement poiser, et considérer sur les pertes que font journellement ses subgectz trallicquant ou allant par mer, à quoy il sera très- dilficille de pourvéoir par autre moyen, aflîn d'en mander par après à Sadiete Majesté son intention, ayant Sadiete Majesté permis cependant audict conte Ludovicq venir en ceste court avecques la royne de Navarre, pour estre plus asseuré de ses offres. Et en attendant sur ce responce dudict roy catholicque, Sadiete Majesté fera ce qu'elle pourra envers ledict conte pour commancer à le fére désarmer, combien que ce soyt chose que l'on estime (ju'il fera diflîcillement s'il n'a quelque espérance ou promesse de la bonne voHunté dudict roy catholicque.

Si le roi catholique et ses ministres parlaient à Saint-Gouard de l'intention prêtée au roi de se liguer avec la reine d'Angleterre et les princes protestants d'Allemagne, il répondrait que le roi ne songe nullement à faire de nouvelles ligues, mais qu'il croit agir sagement en conservant et même en resserrant ses relations amicales avec ladite reine et lesdits princes.

II, III. — Lettre du roi au S'' de Forquevaulx, du 16 janvier 1S72, pour lui annoncer son rappel. {Minute et copie.)

IV. — Saint-Gouard au roi, .Madrid, 14 mars IS72. Il a eu sa première audience du roi le mercredi 27 février; il y a été conduit par le comte de Chinchon, premier maître d'hôtel, avec une bonne troupe de gentilshommes. — Le lendemain le marquis de Ladrada est venu le chercher, pour le conduire auprès de la reine. — Le roi est parti pour lEscurial le 28. Saint-Gouard lui a remis des mémoires sur les différents points dont il a été chargé par son instruction, sachant « que ledict roy prend plaisir

» à telle forme de négotier. » — ■ Le duc de Medinaceli est prêt à passer en Flandre^ il nattend plus qu'un vent favorable.

VII. — Au roi, Madrid, 14 avril Io7^. Le roi n'est revenu de l'Escurial que le 20 mars , et il y est retourné deux jours après. — Saiut-(»ouard a été à son audience dans cet intervalle, et a sollicité de lui une réponse à ses mémoires. Le roi a promis de la faire bientôt. — Quatre jours après le président de Flandre ' est venu lui apporter cette réponse, tendante en substance à justifier le duc d'Albe, et à faire comprendre au roi (pie le moyen proposé par lui pour le désarmement des vaisseaux du prince d'Orange, n'était << nullement convenable pour l'honneur et service de » Dieu, bien et repos de la clirestienneté. » — Le duc de Medinaceli est toujours à Laredo, attendant le vent propice; la plus grande partie de ses gens se sont débandés, et il n'embarquera jamais quinze cents hommes. — Don Garcia de Tolède ayant refusé la charge de lieutenant de don Juan d'Autriche, elle a été donnée au duc de Sessa, qui est estimé homme de valeur et a bon crédit avec les gens de guerre, envers lesquels il s est tellement engagé qu'il se trouve extrêmement pauvre. On lui donne pour son plat douze mille ducats l'an, et deux mille pour le traitement de ses gentilshommes; en outre, seize mille ducats d'ayuda de costa. avec permission de vendre une de ses terres titrée de marquisat. — Don Pedro Faxardo. fils aine du marquis de los Vêlez, est envoyé en Allemagne vers l'empereur et les électeurs pour quelque négociation importante. — On a écrit au roi catholique, de Nantes, le 50 mars et le 1*' avril, que sur toute la côte de France il se fait une grande armée de mer, dans laquelle sont des navires anglais et du prince d'Orange. — « Le secrétaire Héguilhon ' » a escript que le comte Ludovicq estoit logé dans le pallais de V. M., et » que à la royne de Navarre et à luy V. M. leur faisoit ordinaire de chair » la caresme. S'ilz m'en parlent, Sire, je suis d'advis de leur respondre que » ceulx qui mandent telles nouvelles sont assez ignorans des procédez de » V. M., et, quand ainsy seroit, que l'on en pourroit estre quicte, envoyant » par deçà quérir une bulle qui couste deux réalles, par laquelle l'on a

' Joacliim Hoppcrus, garde des sceaux pour les affaires des Pays-Bas.

* Aguilon, secrétaire de l'ambassade d'Espagne à Paris, que don Francés d".\lava avait laisse comme chargé d'affaires suivant les ordres du roi. (Voir p. 5i7.)

066 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» permission assez ample pour manger de la chair le caresnie en ce pays, » qui disent estre si religieulx. »

XII. — Le roi à Saint-Gouard. 22 avril la72. il l'informe de ce que le duc d'Alhe lui a fait représenter par le S' de Willcrval ', lieutenant du duc d'Arschot, et de la réponse qu'il a faite à cet envoyé, pour qu'il en donne connaissance au roi catholique et tienne le même langage à ce prince. — II lui dit aussi, dans la même vue, qu'il a envoyé le duc de Montmorency en Angleterre, lequel a charge de ratifier ce qui a été conclu avec les députés de la reine, et que le mariage de sa sœur avec le prince de Navarre a été arrêté et signé. — 11 lui mande enfin la surprise de la Briele par les gueux, qui a été suivie du soulèvement de plusieurs villes de Hollande, ajoutant :

De sorlc que toutes choses y sont assez en garbouille, et semble qu'elles soient pour y entrer plus avant, s'il n'y est prestement pourvcu : à quoy je suis très-asscuré que le duc d'Alve ne s'endormira, jnçoit qu'il ayt très-grande faultc d'argent, et que ceste levée du x' denier qu'il veult faire sur tous les Pays-Bas le delTavorise grandement, et rende ung chascun très-indigné et esloigné de toute aflection de luy obéir. Je vous prie vous informer de ce qu'il en aura escript par delà, redoublant que îedicl duc aura mandé que je favorise l'entreprise desdicts gueulx. Mais, vous trouvant à propoz, leur assurerez tousjours tout du contraire, et que je ne pense aujourd'huy à autre chose qu'à establir mes affaires et le repos de mon royaulme.

XIV, XI V". — Au roi, Madrid, 26 avril 1572. {En chiffres arec le déchiffrement.) Il a reçu, le 17, la lettre du roi du 29 mars. — Il est allé trouver le roi catholique, et lui a expliqué la cause de l'armement de certains navires français « dont ils avoient grande alarme. » Cette explication a fort satisfait le roi. Saint-Gouard en a profité pour revenir sur le remède proposé pour le désarmement du prince d'Orange. Le roi s'est référé à ce qu'avait répondu le président de Flandre. Saint-Gouard lui donna plusieurs raisons pour le persuader que cette réponse était insuffisante, mais sans succès. « Enfin — ainsi s'exprime l'ambassadeur — je ne l'ay sceu autre, sy » ce n'est qu'il s'asseuroit bien, selon qne je luy avojs dict, que V. M. avoit » une fort bonne intention, et que de sa part il vouloit vivre en bonne

' Adrien d'Ongnyes , chevalier, seigneur de Wilierval. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. Il , pp. 259 et 2S0, ut le tome I" de ces Notices, p. -407.

FMIILIPPE 11. 567

» paix et amylié fraternelle. » — « Il est arrivé de Flandres, ces jours, » certains depputez ' qui se plaignent grandement des ministres de par » delà, sur les iniposlz quon leur faict. et dont je pensse quilz nauront » nulle rayson, parce que Ion les veult tenir si pauvres quilz restent sans » nulz moyens d'entreprendre, dysant que désespoir est peu à qui n'a » moyen de mal faire, et que l'on a faict encores une grande rebuffe de ce » qu'ilz sont venuz sans congé du gouverneur ou de leur évéque : de sorte » qu'ilz espèrent peu. » — Le duc de Medinaceli est toujours à Laredo; il a de grandes diilicultés à lever des gens pour les conduire en Flandre. — Le roi est parti pour Aranjuez avec la reine, la princesse et les infantes.

X\ I , XVI'"*. — Au roi, Madrid, 3 mai 1572. Ayant reçu la veille la lettre du roi du 22, il a fait demander audience au roi catholique, à Aranjuez, bien qu'il sache que S. M. n'aime point que ceux qui ont à négocier avec elle y aillent. — Une observation déjà faite par les ambassadeurs précédents est placée ici : « Toutes choses sont longues de par deçà, et respond- )i l'on fort mal volluntiers, encores que les choses que l'on leur propose » soient fort raisonnables. » — « Hz sont en une extresme allarme, quelque » chose que l'on leur dye. de l'armement de vaisseaulx qui se faict en » France, qu'ilz disent passer xlvi. »

XMI. — Le roi à Saint-Gouard, 4 mai 1572. Il a apaisé le différend qui était demeuré entre le duc de Guise et l'amiral, et ceux de la nouvelle religion lui ont restitué la Rochelle. .Montauban. Cognac et la Charité. Saint-Gouard en informera le roi catholique. 11 s appliquera aussi à le convaincre de la fausseté du bruit, que le duc d'Albe et quelques-uns de ses ministres font courir, que le roi favorise « les entreprises de ces gueulx qui » se sont eslevez aux Pays-Bas à l'encontre dudict duc. » Il a un très-grand regret de voir ses sentiments et ses actions si mal interprétés. Tant s'en faut quil ait pensé à secourir et favoriser lesdits gueux, quil retranche tous les jours les forces et garnisons de ses frontières.

X\ III. — Circulaire de Charles IX aux gouverneurs de ses provinces, du 4 mai 1572 , afin qu'ils veillent à ce que tous ses sujets, de l'une et l'autre religion, vivent suivant le dernier édit de pacification.

X\ III'". — Circulaire aux mêmes, du i mai 1572. afin qu'ils empêchent

' Voy. la Correspoitdance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. II , pp. 232 et suiv.

3G8 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

ses sujets de faire guerre aux princes voisins, spécialement au roi catholique :

Mon cousin, j'ay tousjours désiré et mis soigneuse peine, regardant au bien et à l'utilité publicque, de conserver inviolablement et accroistre la bonne amityé, intelligence et voysinance que j'ay avecques les princes mes amys et alliez, et notamment avec le roy eathoiicque, mon bon frère; semblablement, de faire que mes subjectzm'honnorent et obéissent comme ilz doibvent et ne commectent chose qui me puysse desplaire, d'autant moins maintenant que je les ay tous embrassez de paternelle affection. Ce que je vous dys, mon cousin, n'est que je double de leur sincère et obéissante voUunté, mais pour autant que j'ay plaincte que aucuns d'entre eulx pourroient prester consentement et faveur à des entreprinses et se mesier d'affaires préjudiciables à mesdicts amis et voysins, qui en sont en quelque soubson : dont je suis très-marry, encores que je ne me soys apperceu y avoir occasion ny fondement vallable. Au moyen de quoy j'ay estimé appartenir à l'office de bon roy, jalloux de son honneur et du repos publicq, de vous déclarer mon intention en cest endroit, comme je fais à tous autres gouverneurs et lieutenans généraulx en mes provinces, pour la faire publier et garder exactement, assavoir : que je veulx et procure, de ma part, maintenir à mon pouvoir ladictc amytié, paix et intelligence que j'ay avec iesdicts princes mes voysins et amys, et spéciallcmcnt avec ledict roy eathoiicque, mon bon frère, ainsy que les effccts le tesmoignent : deffendant très-expressément à tous mes subjectz et autres, manans et habitans en mon royaume, d'y contrevenir directement ny soubz main favoriser ny assister aucuns de leurs enncmys et rebelles, et mesmement ceulx qui se sont soubzlevés es Pays-Bas à rencontre dudict roy calholicque, mondict bon frère, et au demourant aller en quelque lieu que ce soil en lrouiq)c ou autrement avecques armes, sans mon expresse licence et congé, dont ilz seront lenuz vous faire apparoir, sur peine de désobéissance et d'cstre retenuz, avec exemplaire correction ou autrement, ainsy que le cas méritera.

Et parlant, mon cousin, soyez adverly par la présente de bien tenir la main et avoir l'œil ouvert au contenu cy-dessus, avec asseurance que me ferez très-grand service et plaisir.

XIX. — Le roi à Saint-Gouard, 10 mai 1572. Le pape lui a envoyé lévéque Salviati, qui, entre autres points, au nom de S. S., Ta prié d'entretenir la paix avec le roi catholique . et d'empêcher ses sujets d'aller au secours du comte Louis de Nassau. « Ma responce sur ce est et sera tous- » jours conforme à ce que je vous en ay escript et mandé, à quoy je ne » puis adjouster, sinon que, s'ilz veullent avoir patience, ilz cognoistront » par effect que je n'ay au cueur autre intention que à la bouche. » — En

preuve il dit qu'avant été informé de la prise, faite par les gucu\ de Flessingue, de (juelques vaisseaux portugais de la flotte du duc de Medinaceli, il a, par une ordonnance expresse, défendu dans ses ports de recevoir aucun desdits vaisseaux et ilaclieter ou vendre les marchandises qu'ils transportaient: en outre il a fait publier, à ses frontières et dans Paris, la défense d'aller avec le comte Ludovic. — Il termine ainsi :

^'olls priant, monsieur de Saint-Goiiard, faire ciuenrirc tout ce discours au roy catlioiicquc, mon bon frère, en ic asscuranl tousjonrs de plus en plus de mon intention en cest endroit. De laquelle liiy désirant tousjours randre plus grand tesmoignage, je n'ay voulu négliger roll're (jui' le conte Ijndovic(( do Nassau m'avoit faicle de désarmer les vaisseanlx du prince d'Oronge, son frère, et do luy, estimant que c'estoit chose de laquelle les affaires du roy catliolicque, mon bon frère, ne pourroient recepvoir que bien et avantaige, estant en Testât qu'elles sont aujourd'huy es Pays-Bas, et de plus que estoil le moyen de nettoyer mes costes do tant de déprédations que y ont esté, à mon grand regret, si fréquentes. Au nioyen de qiioy ledict conte Ludovicq s'est obligé, au nom de son frère, duquel il a tout |)ouvoir, faire désarmer lesdicts vaisscaulx, comme vous verrez par la coppyc de l'obligation qu'il en a passée : chose que je voulx que vous fassiez dexlrcment et à propos entendre audict roy calholicque, mon frère, et luy faire bien sonnera quelle fin je l'ai faiot; que luy servira tousjours de plus grande preuve de ma susdicto intention à l'ontretonomcni de la paix qui est entre nous.

XXI, XXII. — Au roi, Madrid, 21 mai Id72. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Il a eu audience du roi catholique le 10, à Aranjuez, et lui a remontré ce dont le roi l'a chargé par sa dépèche du 22 avril. — Le roi lui a répondu qu'il approuvait le duc d'Alhe d'avoir voulu s'éclaircir des soupçons que lui donnait l'armement de tant de navires en France. — Saint- Gouard lui a annoncé aussi le mariage de madame Marguerite avec le prince de Navarre : « à quoy il me répondist aussytost, Sire, puisque les choses «' cstoient ainsy passées, qu'il prioit Dieu que ce fust à la gloire, honneur, » prolfict et contentement de V. M., ne m'en pouvant dire plus sur ceste » nouvelle. » — Le roi catholique a fait faire de grandes processions et prières pour la santé du pape. — Le duc de Medinaceli a fait voile le I" mai, mais « il a couru fortune et est retourné dans Larede. » Il a embarque deux mille hommes avec lui. — Don Francés d'Alava est pourvu de la capitainerie générale de l'artillerie des royaumes d'Espagne qu'avait auparavant don Juan Manriquc. — « Il n'y a icy, par le peuple, sy n'est le

370 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» bruit que V. M. s'est déclarée ennemi de ceste couronne. » — Saint- Gouard. parlant dans cette lettre du nouvel ambassadeur de Philippe II à la cour de France^ don Diego de Çûniga, dit « qu'il est en réputation » d'un bien advisé et fin négociateur, » et plus loin, « qu'il est bandé à » tout mal, n'aiant meilleure âme que son prédécesseur. »

XXIV. — A la reine, même date. Le roi et la reine sont revenus depuis trois jours d'Aranjuez; demain ils partent pour l'Escurial.

XXV. — Le roi à Saint-Gouard, 28 mai 1372. II lui donne avis de l'élection qui a été faite, le 9 mai, veille de la Pentecôte, de son frère le duc d'Anjou comme roi de Pologne.

XXVI. XXVII. — Au roi, Madrid, 31 mai 1.572. Il lui rend compte de ce qu'il a écrit au roi catholique et traité avec ses ministres, pour ôter de leurs esprits les défiances qu'ils nourrissaient des intentions du roi , et le soupçon que les gueux des Pays-Bas étaient sous main favorisés par lui. — Il attribue surtout au duc d'Albe les mauvaises impressions qu'ils ont conçues : il croit que ce duc mettrait volontiers les deux royaumes en guerre. — « Il semble — dit-il — que le cardinal * va ung peu diminuant » de ceste grande authorité, ne luy communicquant le roy tant sur les » grâces comme il souloit. » — A propos des divisions qu'il y a dans le conseil, il dit : « On charge le duc d'Alve d'avoir peu suivy l'intencion du » roy de par delà , mais du tout sa fantaisie. »

Sayas m'a dicl pis que pendre du conte Ludovicq; et quelque chose que je luy ave voullu dire, il dict son niaistre estre fort mal satisfaict de quoy il est auprès de V. M., s'esbahissant comme elle luy veult souffrir, estant venu en faveur de ses ennemiz , et qu'il n'attend que le temps de exécuter quelque trahison , pour récompense d'une si grande bonté de laquelle V. M. use, sans nul respect de l'amitié du roy son maislre: estant une honte qu'il faille qu'il ayt tel crédit et présumption de donner et expédier en voslre royaume des commissions desquelles ilz ont les doubles. Il leur a esté aussy escript que, quant la nouvelle vint à la court de la soublévation de Zélande, ledict conte Ludovicq avoit mis ung doigt en la bouche et avoit dict : Àh! les solz! Hz se sont trop hasicz et ne m'ont pas voullu eroire , inférant par là qu'il estoit avecq vous faisant l'entreprise pour favoriser ladicte soublévation.

Les dé|)ulcz qui sont icy venuz de Flandres se repentent bien de s'y estre si avant

' Don Diego d'Espinosa, cardinal de Sigiienza.

embarquez, se voiant sans espérance de se véoir dépescliez jusques ad ce que l'on ayl sceu coMime le duc de Medinaceli aura cstabli de dellà les affaires

— Le roiàSaint-Gouard, 31 mai 1372 '.Inquiétudes que lui font éprouver les préparatifs militaires de l'Espagne et la défiance de ses intentions qu'on témoigne à la cour de Madrid; mesures qu'il a prises pour empêcher ses sujets de secourir les insurgés des Pays-Bas; mécontentement qu'il ressent de la conduite du comte Louis de JNassau ; désir qu'il a du maintien de la paix avec le roi catholique: élection d'un nouveau pape :

Monsieur de S'-Gouard, vous avez faiet advisément d'avoir demandé à aller à

Aranchoys; et ne faut négotier par escript. comme on avoit accousturaé de faire avecques vosire prédécesseur.

Ces soubeons qu'ilz ont par delà de moy et de mes actions, desquelles ilz ne peuvent prandre asseurance, avecques les préparatifz qu'ilz font d'argent et d'armes, et ont des pariyes sur les frontières, me mettent en très-grande jalouzye. Au moyen de quoy, combien que mon intention soyt d'entretenir la paix, et que je présume qu'ilz veulent faire le semblable, ce néantmoings, pour n'cstre surprins et prévenu, je suis eonstrainct me tenir sur bonnes gardes, et pourvéoir à la seuretté de mes frontières.

Ce que je désire le plus est que la syneériié de mon intention soyt eogneue d'un chascun. Je vous prie, à eeste cause, ne vous lasser d'en porter tesmoignagc, et notamment à l'endroit du roi catholicquc, mon bon frère; et semble que toutes choses tendent aune rupture, à laquelle nous nous trouverons, si Dieu ne y meet la main et ne prenons entière confiance l'ung à l'autre, sans laquelle la bonne et deue intelligence n'y sauroyt estre. Je me mectray tousjours en debvoir pour les esclaircir de tous doubtes, et désireroys qu'ilz eussent pareille intention.

.Aussilost que j'ay esté requis deffendre à tous mes subgectz sortir de mon royaume et aller au secours de eeulx qui se sont cslevez es Pays-Bas, j'ay escript à tous les gouverneurs de mes provinces les lettres dont je vous envoyé eoppye - , ayant mesmes envoyé mon cousin le due de Longueville en son gouvernement, pour faire publier lesdictes deffenses et les faire soigneusement garder. Toutesfois je suis adverty que le conte Ludovieq de Nassau, contre ee qu'il m'avoit juré et promis, a tant faiet qu'il a tiré avecques luy quciques-ungs de mes subjeetz de la nouvelle religion et est entré dedans

' Par une inadverlance de celui qui a arrangé la correspondance de Saint-Gouard, celle importante dépêche a été marquée du millésime de 1575, et elle a été placée dans le 2« volume , sous le n" XXXVI. Nous lui restituons ici sa place.

' Voy. pag. 368.

lesdicls Pays-Bas, où il s'est saisy de quelques places : de quoy je suis en une merveilleuse peine. Pour y remédier, j'ay aussitosl escripl à mondit cousin la lettre dont je vous envoyé eoppye, et davantage luy ay envoyé quelques compaignies de gens d'armes et enseignes de gens de pied, pour courir sus h ceulx qui voiddroint suivre ledict conte, desquelz il sera faict telle démonstration qu'un chascun y prandra exemple. Je suis, monsieur de S'-Gouard, grandement irrité de ccslc désobéissance, à laquelle ilz se sont tellement accoustumez, durant les troubles de mon royaume, que je doubte s'il me sera jamais possible les l'aire changer de volume. Je y feray, par punitions (rès-rigoreuses, tout ce qu'il me sera possible : de quoy je vous prie asseurcr ledict roy catbolicque et que je y procéderay de telle manière qu'il aura toute occasion de demeurer satisfaicl de nioy en cest endroit, estant très-certain que, comme noz voluntez sont conformes, il nous sera Irès-facille de remédier à telles insollences. Je cognois bien mes subgectz estre de tel naturel qu'il me sera tousjours très-malnisé les garder d'aller chercher la guerre où elle se fera. Les roys mes prédécesseurs y ont esté trop empeschez ; et sont maintenant les miens si accoustumez à la guerre, depuis dix ou douze ans, qu'ilz ne vcullent , comme il semble, faire autre mestier : ainsy s'en est allé ung grand nombre en ceste armée de la ligue, contre mes deffenses très-expresses, d'autant que je désiroys les retenir tous en mon royaume, pour les faire respirer et prande alleine des travaux passez. Mais ce que ont faict ceulx-cy avecques ledict conte Ludovicq me déplaist tant que je feray procéder à l'encontre d'eulx par toutes les plus rigoreuses voyes dont je me pourray adviser, tant pour les chastier de leurs désobéissance et témérité que pour faire cognoistre à un chascun, et mesmes audict roy calholicque, mon bon frère, et au duc d'Alve, combien je désire vivre en paix et faire tout oflice de bon frère et voysin.

Ce ^ui me travaille le plus est que ledicl duc d'Alve ne peult prandre telle asseurance de ma volunté comme il me semble en avoir grands argumens, ayant mesmes dict à iMontdoulcet ' que s'il passoyt aucuns de mes subgectz au secours de ces guculx, (ju'il s'en ensuivroyt une rupture, ores que je les eusse désadvouez : de manière que je doubte si ledict duc voiddroit prandre icy une occasion de me commancer la guerre, maintenant qu'il est armé èsdicts Pays-lias, que ma frontière de ce costé-là est desgarnye de toutes forces, et que ledict roy catholicque a une forte et puissante armée en Italye et sur mer pour exploicter où et comme bon luy semblera. A cela je me délibère tenir deux moyens : premièrement faii-e ce cpie je pourray pour faire retourner en mon royaume mes subgectz qui ont accompaigné ledict conte, et empcscher qu'il n'en sorte d'autres, et rigoreusement chastier ceulx qui me désobéiront; l'autre, me mettre sur boimes gardes, renforcer mes \illes et places de frontières et les munir de

' Sliiiislre ou agent de Charles IX à Bruxelles. On trouvera plus loin ses dépêches.

PMILlPPi: 11. 373

loiites choses nccossaircs, tenir ailveiliz mes nmys, faire retenir une levée de Suisses, et autres préparaliTz p<nir me delïencirc île (inicon<nic me vientlra assaillir, comme j'espère, moyeimant la grâce de Dieu, faire, ayant la justice de mon costé.

Mais jauroys ung merveilleux regret de véoir le repos publicq altéré par faulte de bonne intelligence, car, si on en vient là, comme il y a trop d'apparences, qui ne lèvera tous soubçons, ce sera une playe misérable à la ebrestienté et ung feu qui s'y allumera, que sera par après très-malaisé estaindre : chose que je vous pryc, monsieur de S'-Gouard, remonsirer audict roy eatliolic(|ue, mon bon frère, et luy remettre devant les yeulx ce qu'il faict à considérer en cecy, allin qu'il y pourvéoye à bon essient et sans dissimulation ou remise. En tout cas [irendez garde de près à véoir si vous cognoissez qu'ilz voulsissent rompre, ce (jue je ne puis penser (|u'ilz faeent, car je ne leur en donneray occasion. Je feray bien observer celuy que est par deçà; ei regarderez d'approfondir leurs dessaings et délibérations, les(|uelles me ferez seavoir par le porteur, aussy ce qu'ilz disent de ce pape ' et ce qu'ilz en espèrent. Mettrez peine surtout d'apprendre les forces qu'ilz envoyent sur les frontières tlu costé de et Languedoc, et descouvrir s'ilz ont prins quelques intelligences sur Tliolose. Ledict conte Ludovicq a prins Vallenliennes et Mons en Ilaynault.

Je loue Dieu, monsieur de S'-Gouard, de ce qu'il luy a pieu nous donner pour pape le cardinal Boncompagno, lequel est tel que, j'espère, il suivra les vestiges de son prédécesseur, et mettra peine d'entretenir le repoz publicq de la ebrestienté, estant sage, verlueulx et amateur de l'honneur de Dieu et accroissement du sainl-siége. J'espère qu'il servira grandement à tennir (?) la religion, que est la chose la plus nécessaire pour le bien de la chrostienlé et que je désire le plus. Vous en conférerez, en mon nom, avec(iues le roy catbolicipie, mon bon frère. El sçaurcz, pour fin, comme je vays à Paris pour, estant là, donner ordre avecqucs plus de commodité à mes affaires.

XXIX. — Le roi à Saint-Gouard, 6 juin 1572. Prise de Valenciennes par le duc d'Albci cruautés que les Espagnols y ont commises :

Monsieur de S'-Gouard, depuis mes dernières, j'ay esté adverty comme le duc d'Alve a usé de telle dilligcnee qu'il a reprins la ville de Vallentiennes de laquelle s'estoyent saisiz les gueulx, parmy lesquelz s'y est retrouvé aucuns de mes subjeclz, qui ont esté taillez en pièces : de quoy je suis très-aise, car ilz ont esté puniz de leur témérité et désobéissance. En mesme temps ([ue je vous dépeschay Jehan le courrier, j'en envoyay ung autre vers 3Iondouccl, auquel j'escripvis le semblable que à vous, à ce qu'il eust à faire entendre au duc d'Alve combien j'estoys desplaisant de ce que esloyt passé

' Grégoire XIII, qui venait d'être élu le 13 mai.

374 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

es Pays-Bas, de mes subjectz avecques le conte Ludovicq , les commandements que j'avoys faicts à mon cousin le duc de Longueville d'y pourvéoir et assambler forces pour leur courre sus, et comme j'estoys délibéré de me meetre en tout debvoir pour luy faire coo^noistrc et au roy calholicque, mon bon fière, la sincérité de mon intention en cest endroict. IMesmes je m oITroys à luy envoyer secours.

Ledict Mondoucet m'a escript que Icdict duc luy a faict response qu'il avoyt entière asseurance de moy, me remerciant dudict secours, duquel il n'avoyt aucun besoing; seullement qu'il me prioyt empesclier par effect que plus grand nombre de mesdicts subjectz ne voise au secours desdicts gueulx, desquelz il espéroyt avoir bientost la raison.

Je suis bien ayse, monsieur de Saint-Gouard, de ce que ledict duc d'Alve a prins telle asseurance de moy, et qu'il cognoisse maintenant de quelle volunté je suis conduict en ces occasions : de quoy ledict duc dist audict de Mondoucet avoir porté lesmoignage, tant audict roy calholicque que ailleurs, affin de leur faire perdre toute cause de contraire oppinon, et, s'il est possible, faire cesser toutes occasions de double et deffiance. Ce de quoy je vous ay voulu incontinent informer, affin de vous en servir par delà selon que jugerez estre à propos.

Hz ont véritablement reprins Vallentienncs par le moyen de la citadelle qui n'avoit peu estre prinse. Hz ont mis à mort tout ce qu'ilz y ont retrouvé, et jusques aux femmes crosses et cnffans, usant d'une très-grande cruaulté pour servir d'exemple aux autres. Il

a esté tué peu de mes subjectz. Le conte Ludovicq y avoyt son bagage, lequel y a esté prins. Hz publient qu'il a esté trouvé parmy quelques lettres de moy par lesquelles il a esté veu comme je suis participant à ces cntreprinses. Si on vous en parle par delà, vous asseurerez que ce sont impostures et calumnies, n'ayant à la vérité jamais escript aucunes lettres audict conte de ce faict. Vous ne ferez semblant d'en avoir esté adverty, et n'en parlerez le premier à personne, faisant tousjours cognoistre à ung chascun que je suis merveilleusement resjouy de ce que ceulx qui estoient dedans cest Vallentienncs ont esté si bien chassez. Malines s'est révolté, Namur et Louvain; et sont les affaires desdicts pays en très-mauvais estât.

XXX. — Le roi à Saint-Gouard, 18 juin 1572. II s'attache à établir, dans cette lettre, qu'il a toujours favorisé aux Pays-Bas les choses du roi catholique, et qu'il n'a prêté aucun appui aux entreprises du comte Louis de

Nassau :

Monsieur de S'-Gouard, depuis ma dernière, escripte à S'-Cloud et envoyée par Bayonne (d'autant que le courrier espagnol l'avoit oublyée), j'ay receu la vostre du dernier du moys passé. Je me resjouys grandement d'entendre que le roy cathoUcque,

PHILIPPE II. 57d

mon bon frère, prcigne entière confiance de nioy, et qu'il ajt volunté user de toute correspondance. Véritablement j'ay esprouvé les elTeclz de son aniiiyé pendant les troubles de mon royaume, et ne le veulx nyer: mais aussi il fault qu'il confesse n'avoir recen de moy moyns de faveurs en ses affaires, tant es Pays-Bas quant le due d'Alvc y arriva, que ailleurs en toutes les occasions qui se sont présentées, comme je faicts encores de présent et continucray par après tant et si longuement que nostre anniyé durera, qui sera selon mon souhait éternellement; et auroys ung merveilleux regret si, à l'occasion de quelques bannys et perniiieux, il y advenoyl altération ou changement. Ledict roy catholicque n'a peu enipescher quelques-ungs de ses subjcctz dcsdicts Pays- Bays venir en mon royaiune au secours de ceulx de la nouvelle religion durant les troubles; l'entrée du prince d'Orange en mondict royaume, sortant dcsdicts Pays-Bas, favorisa, comme ung chascun seayt, de beaucoup les affaires de iceulx; et si bien me fust escript le duc d'Alvc et cciilx qui l'accompagnoient avoir alors faict chanter le Te Deum Iniidamus, comme victorieux, ayant chassé des pays de leur maistre leur ennemy, lequel, s'il eust été combatu ou poursuivy, n'eust peu porter tel secours ausdicis de la rehgion, toutcsfois, estimant que ledict duc lavoit faict pour bonnes considérations et pour le mieulx, je n'en feis aucune démonstration. C'est contre ma volunté qu'il est passé de mes subjcctz avecqucs le conte Ludovicq, et prens singulier plaisir oyr dire que ledict duc les chastie à bon essiant : en quoy il se rent exécuteur de mon intention. Il a très-sagement faict publier sur la frontière que l'on eust à courir sus à ccuix de mesdicts subjcctz lesquelz se retrouveroyent dedans les pays dudict roy, son maistre, avecqucs armes pour aller au secours dcsdicts rebelles, pourveu que le bon ne soyt prins pour le mauvais, et que la punition s'en face avecques cognoissance de cause. Mon cousin le duc de Longueville faira de son costé tout debvoir, ainsy que m'a mandé et je luy ay ordonné et réitéré assez souvent. Et ne suis à me repentir d'avoir si longuement souffert ledict conte Ludovicq en mon royaume, car il m'a le premier abusé, d'autant que j'estimoys, comme il le me foisoyt tous les jours entendre, qu'il avoyt ung très-fervent désir de se soubzmcttre à tout debvoir pour recouvrer la bonne grâce dudict roy catholicque; et de faict, je vous ay escript et commandé luy en porter quelque parolle. Au regard des vaisseaulx que sont armez es ports de mon royaume, je m'en suis assez ouvert et expliqué à l'ambassadeur de mondici frère; je lay asseuré quilz ne seroicnt jamais employez à son dommage ne au préjudice de la paix publicque, laquelle je veulx conserver de tout mon pouvoir. Si j'eusse eu autre intention et participé aux desseings dudict conte Ludovicq, ledict duc dAlve n'eust si facillcmcnt reprins la ville de Vallentiennes, et est à présumer que telles entreprinses eussent esté suivyes d'autre façon et moyens; ladicte armée de mer ne seroit à exploicter, s'eslant présenté de tant belles occasions; davantage celle du duc de Medinacely n'auroit receu rafreschissemens en toutes mes costes ésquellcs elle a donné, ainsy quelle a faict : au moyen de quoy ilz

576 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

ncdoibvenl croire par delà que Icdiet conte ayl lieu pouvoir donner et expédier en mon royaume des commissions, ains bien considérer de quelle part Iclz adviz leur sont mandez. Mes actions rendront tousjours tcsmoignage de mes intentions, et confirmeront les promesses et asseurances que je leur ay données : en quoy ilz ne se retrouveront jamais abusez, quelque chose que leur soyt escripte au contraire, et mesmes par le duc d'Alve, lequel, à mon advis, n'aura Aiilly d'aigrir les voluntez de par delà au commancemcnt de ces remuements, car cuidant qu'ilz fussent suivysde plus grands eireclz et avoir plus d'cmpeschement, il aura présumé et n'aura failly escripre audict roy catholicque toutes choses selon sa fantasie, pour luy faire croire que j'estoys de ceslepartye, afin de me faire conunancer la guerre, pour divertir l'orage que estimoit devoyr avoir sur les bras, et par ce moyen se sauver : car en telz cas ceulx qui sont sages et vieidx serviteurs, ayans acquis grande réputation et auctorité, font sans nul respect tout ce (lu'ilz peuvent pour se conserver, spéciallement (luanl ils y sont si particulièrement intéressez comme est ledict duc, pour les exécutions qu'il a faicles depuis qu'il est de deçà.

Ces provisions (ju'ilz donnent de toutes parts me sont fort suspectes, nonobstant qu'ilz vous ayent asseuré (ainsy que faict ledict duc Mondoucet plus que n'a encore faici) ne doubler de moy et ne vouloir commencer la guerre. Au moyen de quoy je vous prie cstre tousjours en cervelle, pénétrer le plus que vous pourrez en leurs desseings , observant, ainsy que avez bien commancé, sérieusement leurs actions et mesmes les partialitcz et divisions que se recognoissent estre entre les grands, selon que vous m'avez escript, et ne vous laisser endormir à ces doulces et gratieuses parolles desquelles on cognoist, par expérience de leur naturel, n'avoir jamais guères usé, sinon alors qu'ilz ont voulu faire tout le contraire, ou qu'ilz se sont retrouvez en extrême nécessité.

Ce n'est que je veuille entrer en guerre et soubcon, car j'en suis entièrement esloigné, mais je désire, selon qu'il en sera besoing, pourvéoir à mes affaires , asseurer mes places et me tenir sur bonnes gardes , alfin que ilz ne puissent descouvrir à mes despcns une mauvaise volunté, s'ilz l'avoyent couverte : estant attendant, avccques grande dévotion, de voz lettres depuis cesdicts remuements, desquelz, à vous en parler ouvertement, mon intention est tirer telle commodité qu'ilz ont sceu faire de ceulx de mon royaume, assçavoir: cstablir et asseurer le repoz de la France et pourvéoir à la nécessité et mauvais estât de mes frontières. C'est ce que vous ne communicquerez à nul

XXXI, XXXII. — Au roi, Madrid, 22 juin 1572. Le 15 il est allé trouver le roi catholique à TEscurial. Le S'" de Longlée rendra compte au roi de ce qui s'est passé dans cette audience, de ce qui se passe à Madrid et des bruits qui )' courent. — L'entreprise du comte Ludovic a détruit la bonne impression que Saint-Gouard avait laissée au roi catholique et à ses ministres des déportements du roi ; ils disent maintenant qu'il les a voulu

PHIhlPPi: II. 377

Iroinper: néanmoins il espère parvenir à les convaincre. — Uccil de la conversation que Saint-Gouani a eue avec le roi :

J'ay (lici nu roy caiiiolicciiu- oomnicnl \'oslie Maje.>:lé m"avoit dépcschê img

courrier, et que je lo priois .«e souvenir, dcvatil louies autres clio.-^es, (|ue les termes en quoy estoyetit les niraires de ^"oz Majeslez niériloient estre iraiolcz coninie celles qui leur touchoicnt de plus préz, cl remédier que l'iulérest de quelques passionnez ne aitérasl l'union si prodilable à tout le repoz et bien de la cluesiienié, ci qu'il ne doublast que \'os!re Majesté ne luy cust lonsjours dici vérité en ce (|ue elle m'avoit commandé bien expressément luy dire, depuis le temps que je résidois icy auprès de luy, qui est la boime intention de vivre en paix et bonne intelligence, et que je le prioys considérer que jusques à eeste heure voz affaires avoyent esté telles qu'il les avoit fallu manier de sorte qu'elles n'estoient entendues que de ceulx qui en avoyent le faix sur les bras : le pou\anl avecques cela asscurer n'avoir esté, en tous les troubles de vostre royaume, si marry que en la tromperye que vous a faictc le conte Ludovict| , contre sa parolle et |)romesse, et à quoy Vostre Majesté n'avoit aussytost failli pourvéoir a\ecques toutes sortes de bons remèdes, tant pour faire retourner ceulx de voz subjociz qui avoyent stiivy ledict conte, que de mecire bon ordre sur les passaiges , à celle fin qu'il n'en peust passer d'aiUrcs, ayant envoyé pour cest effeci monsietu' le duc de Longueville avec(|ues forces au gouvernemeni de Picaidye, et commandement bien exprès à tous autres gotiverneurs des frontières à celle fin qu'ilz empcschassent avecques toutes sortes de moyens le passaige à ceulx qui cnlrcprendroyciu ou se monstreroyeni voulloir passer au secours de ses rebelles; le supplyani qu'il luy souvint que, à telles et semblables occasions, la pacifiication estant faicte aux secondz troubles, A'ostre Majesté n'avoit pas pardonné à la vye de trois ou quatre mille bons soldatz françoys, Icsquclz alioient en Flandres bien mal à propos pour ses affaires, pour les termes en quoy elles estoyent en ce temps-là, et beaucoup pires qu'elles ne sont à cesie heure. Mais que ^'oz Majeslez feusscnl en bonne intelligence, et qu'il estoit besoing, pour le bon entretènemcnt d'icelle, lever toutes sortes de soubsons, prenant asseurance l'un de l'aulrc; ne pouvant de vostre part dcniourcr bien satisfaiet devoir interprété toutes voz actions et déporlements sinistrement et au contraire de voz intentions, qui ne tendent qu'à accommoder ses affaires et la pacillicalion de vostre royaume : n'ayant faiiiy, aussytost qu'il a esté besoing faire quelque cas qui pourroil engendrer subson, de le faire entendre et s'en esclaircir. Ce que l'on n'a pas faiet de ce costé, mais tant s'en fault, que le duc d'.-Mve avoit faiet toutes sortes de démonstrations lendanl à une rupture, ayant encores de nouveau dici au S' de Mondouicct (jue, s'il passoit aucun de voz sid)jcctz à la faveur des gueidx, et que encores ilz feiissentdésad vouez de Vostre Majesté, il s'en cnsuyvroit une romptiuc : chose qui l'advertissoit assez qu'il (ailloit qu'elle print

378 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

garde à ses affaires : ce qu'elle avoil bien voullu faire par de bons remèdes, lant pour la satisfaetion de l'inlégrilé de sa conscience et de la bonne volume qu'elle a véoir bien aller les affaires dudicl seigneur roy, que pour la seuretté des siennes, voyant le duc d'Alve tenir telz propoz, les armes en la main, ne se contantanl aucunement de quelques choses que l'on luy die, et aussy que Vostre Majesté esloit advertye, par infinité de bons lieux, que toutes ces grandes armes et provisions que l'on faisoit sans besoing sur les fronlyères csloient pour entreprendre quelque cas à son donmiaige, en ayant jà faiet piaincle, pour véoir (]ue l'on ne rendoil en cela le réciprocque de ce que Vostre Majesté faisoit, faisant aussytost entendre toutes ses intentions. Le suppliant vouUoir penser au mal qui pourroit venir, ne remédiant de boime sorte et promptenicnt, et qu'il me dist son intention, à celle fin que aussytost j'en advertisse Vostre Majesié.

Il me feit responce. Sire, qu'il me voulloit bien dire qu'il avoit esté s<Hd à eroyre ce que je luy eu avoys dict, pour l'apparence que ung chascun avoit de véoir que ses rebelles eussent une si asseurée retraicte auprès de Vostre Majesté, et que, aydez de ses subjectz, ilz se soyent eslevez aveeques deux principalles places des siennes : confirmation assez apparente que le commencement en Zéelande avoit prins origine aveeques ce qui esloit si manifeste par ce dernier faict, estant party le conte F^udovicq d'auprès \'ostre Majesté pour ceste exécution, mais qu'il s'asseuroit que Dieu ne vouidroit que l'on feist contre luy tout ce que l'on vouidroit, estant bien préparé et délibéré, aveeques les bons moyens qu'il avoit, de se deffendre et assaillir, s'il estoit besoing; faisant Vostre mesme Majesié juge si le duc d'Albe avoit tort de monslrer subçon , s'il avoit la vision de ee que l'on void à ceste heure, ne se pouvant fier pour l'advenir à ce que l'on dira, si n'est autant que les effects en donneront les occasions; loulesfois, qu'il a espérance et cioil que toutes choses correspondront niyeulx d'ores en çà à ee que je luy ay diet de la part de Vostre Majesié qu'elles n'ont faicl jusques à eesle heure, et que le due d'Alve n'entreprendioit rien sans son exprès commandement, et qu'il n'avoit autre volunté si n'est d'entretenir la paix, mais aussy que l'on luy en donnast bonnes occasions, connue il avoil faicl à >'ostre Majesté en semblables occurrances, et qu'il failloit qu'elle rclirast l'armée qu'elle avoit sur la frontyère et qu'elle désarmast, se sentant fort assez pour venir à bout de ses rebelles.

Je luy dicts, Sire, que les Irouppes qui csloient sur la frontière n'estoient à autre intention que pour luy faire paroistre que \'ostre Majesté ne voulloit nullement faillir à l'occasion duchastimenl de ceulx qui n'avoient obéy à l'eslroit commandement et deffence qu'elle a faicte ([u'il ne passas! aucun en sesdicls pays à la faveur de ses rebelles : ce qu'elle ne peult faire observer sans avoir de bonnes irouppes à la frontière, et aussy qu'elle veuli avoir une armée presle à celle lin que, par faulte de s'eslre bien pourveu, il ne coure l'inconvénianl de nouveaulx desscings ; le pryant n'en prendre nulle mcffidance.

Il me dict résolument qu'il avoit intention à la manutention de la paix, mais que l'on

fcist ainsyqucj'e disoys, mais que jiisqiios à ccsic heure il avoil apparu lout le conlraire de ee que je luy avnis diet. A ijuoy je luy dicis, Sire, que Vostre Majesté y avoit esté la première trompée, ee qui se pouvoil exeuser par la grande eontraiucte de ses afl'aires, mais qu'elle avoit la main à in juslilieation de ce faict. A quoy il me disl qu'il |irioil Dieu qu'ainsi fust.

Saint-Gouanl infère de tout ee qu'il entend et voit que le roi catholique ne voudrait pas rompre avec la France; mais il craint pourtant quon ne l'y pousse.

Les depputcz qui sont icy de Flandres sont bien empescliez, ne sachant quel party prendre, parce qu'ilz n'auront rien de résolu jus(|ues à ce que le duc de Medinaceli ayt ambrasse les affaires du pais

Le maistre Montés, qui est frère du due de Gandie, général des jésuites, a esté prins à Valence par l'inquisition, estant sur son parlement pour aller à Oran, dont il estoit gouverneur. Qui diet que c'est pour hérésie, qui veult que ce soit pour sodhomic. L'on l'eslimoit beaucoup et homme brave, pouvant faire bien du service.

XXXIII. — Le roi à Saint-Gouard, 23 juin 1§72. II le charge de provoquer des explications franches sur les préparatifs et les bruits de guerre qui sont venus jusquà lui: il désire avoir une réponse catégorique dune sorte ou de lautre. car il lui importe de n'être pas surpris. Toutefois cequil désirerait le plus, ce serait de voir cesser toutes défiances, et la bonne amitié qui est entre les deux couronnes continuer et se resserrer même.

XXXIV, XXXV. — Au roi. Madrid, I" juillet 1572. (En partie chiffrée, avec le déchiff'remenf.) Il rend compte à Charles IX d'une audience que lui a donnée le roi catholique, ainsi que d'une conversation qu'il a eue a^ec le prince dEboli sur l'état des relations entre les deux couronnes, et lui fait part de quelques nouvelles :

Sire, le vingt-quatriesmc du |)assé, par un homme de pied dépesché à Bayoïuie par monsieur le vieonie d'Horle, j'ay reeeu la <lépesclie qu'il a pieu à A'ostre Majesté me faire «lu vn' dudiet moys. El ayant prins, ce me semble, bien à propos l'occasion sur l'in- (Inité de bruiclz qui se font icy publieqz, je suis allé trouver le roy catholieque, au<]uel j'ay faiel entendre le plaisir que ^'oslIe Majesté avoil eu de ee que si heureusement le duc d'Alve avoil secouru la citadelle de \'alenciennes el par mesme recouvré la ville, el si bien chasiié ceulx (|ui s'estoienl trouvez à cesle entreprise, n'ayant de voslre part

faict moindre provision contre ceulx de voz subjcctz qui s'y estoient trouvez, pour les chastier de telles désobéissances , s'ilz vous eussent tombé entre les mains aussy bien que audit duc, mais pin'sque les choses estoyenl si bien passées, que Vosire Majesté dcmouroii Irès-satisfaicle qu'ilz eussent eu sur le lieu la pugnilion de leur faulte, pour laquelle niesme elle avoit présenté audiclduc les forces qu'elle a voit sur ceste frontière, pour s'en prévaloir à touttes sortes d'oceurrances pour le bien des alTaires dudit S"' roy, et qu'il me sembloil que avecques telles démonstrations il avoit raison de s'asseurer de ce que je luy avois tousjours dict, de la part de Vostre Majesté, sur la bonne intention qu'elle a de vivre en très-bonne intelligence el amilyé, l'ayant tousjours asseuré que voz bons déportements aux oceurrances de ses affaires rendroyent les calumniateurs el maulvais interprètes de ses actions confuz, comme il appert par les dilligences qu'elle faict tous les jours à donner provisions contre ceulx qui vouldront passer ou seront passez en ses pays en faveur de ses rebelles, et qu'aussy je le prioys que de sa part il tint la main à ce que ^"ostre Majesté ne feusl trompée de ce que je luy avois tousjours escript , qui est qu'il m'avoit dict n'avoir autre intention que de vivre avecques la paix et bonne correspondance et amityé deue entre bons frères , et qu'il levast à Vostre .Majesté toutes sortes de subsons, comme de sa part elle travailloit les luy oster, tant par effeclz que parce que javois continué luy fère entendre.

Il m'a respondu. Sire, qu'il se resjouissoit fort m'oiijr luy tenir tel langaige, conforme à ce que luy avoieni mandé le duc d'Alve et son ambassadeur, et que je baisasse les mains de Vosire Majesté de sa part, et que je la remerciasse de l'offre qu'elle avoit faicte pour le bien de ses affères, la priasse continuer en lelz bons offices ausquelz il n'avoit jamais failly ny ne feroit à touttes sortes d'occasions, mais qu'il me voulloit bien dire que les subsons ne luy avoyent esté donnez sans grandes occasions, voyant admectre aux conseilz de Vostre Majesté gens qui estoyent plains de tous subsons et lesquelz l'on congnoist, par tout le monde, ennemyz publicqz par leurs mesnies faictz; ne pouvant moings que d'apporter de grands doubtes, mcsmement en tclz temps et voyant les oceurrances des affaires , et qu'il ne failloit que de son coslé l'on print alarme, puiscpie les provisions qu'il faisoit luy estoyent plus que nécessaires, voyant ses pays envahiz par ses rebelles et adhérans d'yceidx avecques grandes levées en leur faveur, contre lesquelz il avoit besoiug de s'opposer avecques toutes sortes de moyens, desquelz il se sentoit bien pourveu, mais que pour cela il n'altéroit rien en l'amityé et bonne intelligence qu'il désire conserver et garder avecques tous genres de démonstrations, et que je |»ouvois asseurer el escri[)re librement que sa volunté n'estoit autre, et aussy qu'il cro^oit qu'il ne seroil trompé sur ce que je luy avois tousjours dict de la part de ^'ostre Majesté depuis que je suis icy, et qu'il ne s'émouveroit sur les provisions que l'on feroit pour la seureté des frontyères où il y avoit besoing, pour doubtes des nouveaulx événements que pourroit apporter le remuemenl des ennemyz commungs.ei

PIIIL11>I>I-: 11. 5SI

qu'ilz n'espnrgneroycnr Vosiro Majeslo non plus (nie liiy (|iianl ilz vi'noyrnt leurs occasions, et (in'il vous pn'oil vous en souveiiii', conune eelluy cpii la eogneu par expérience, cl aiissy de coiiliiuicr en ce qu'il se scnloil si bien salisfaiel et cpii s'esloii passé coninie le due luy avoil mandé, et que de sa |)art il ne fauldroil non plus (pi'il avoit faict par le passé, el ipril luy senibloit aussi que c'cstoit le deu de Tannlvé que se doibvent bons frères et de telles quallitcz, ayans aux mains les charges telles que Dieu leur a données et desipiclles ilz ne se peulvent bien acipiicter, sinon autant qu'ilz auront son honneur et gloire en singullière recommandation, contre le(]ucl est cntreprins ccste guerre par les ennemyz commungs de Voz Majestez, comme pour faire une subversion de voz monarchies ei les ruyncr plustost quant ilz ne les pourront jouyr, comme ilz ont bien proposé par leur ambition; el que encorcs il me voulloit bien dire que tous ceulx qui se monsiroicnl aujourd'huy voulloir favoriser le pariy de telles enireprinses contre luy, s'estoyent, plustosl que à luy, déclairez avccques les armes en la main cinicmyz cappilaulx de Vosirc Majesté, n'ayant protesté de nul leur interrcst, et contre l'insollenee desquclz il seroil lost remédié, mais que Yoz Jlajeslez demourasscnt en la bonne intelligence, qu'il sçavoil esirc le plus grand regret cpie seauroyent avoir ceulx (|ui ne désirent que vostre désunyon, tant préjudiciable pour l'un el l'autre: ce (|u'il n'espère avecques l'aydc de Dieu, et le tout à leur despil et confusion.

Il me monslra. Sire, dire ce que dessus avec grand zelle. El ne pouvant, ce me senibloit, demourersans responce,je le supplyay, contme prince saige et prudent, qu'il considérasi bien la grandeur des affères de \'ostre Majesté el desquelles il ne pouvoit estre ignorant si elle avoit esté bien cl fidellcnient servie par ceulx ausquelz elle avoit donné la charge luy en faire entendre les quallitcz et les conseilz el expédiens prins sur icellcs, lesquclz je croyois véritablement ne pouvoir cstre cnlenduz que de ceulx lesquelz y estoycnl les plus advani interresscz, el (|ue toutes autres sortes de conseillers n'y entendoyenl rien,ciquc si quelques maulvais interprètes l'avoienl voullu advenir et par mesme tronqié sur l'apparence, je le voullois au contraire asscurer de ce ([ui esloil trop certain, rcmédiani avec prudence el connivence ce que lanl de sang respaiulu parmy tant de misères n'avoisl peu faire, el que cela ne pouvoit intcrresscr une si bonne conscience que celle de \'ostre Majesté, laquelle ne seroit jamais trompée ()ourcroyre maulvais conseil en ce (pii la préjudicicroit. El s'il y avoit, comme je voyois que l'on soubsonnoit en ceulx tiesquelz jeniendois que l'on voulloii parler, quelque apparence de ce qu'ilz doublent, je luy pouvois monstrer le bien (|ui sorioii de tel procédé respectivement pour \'oz Majestez, savoir : la pacilliealion de vostre royaume, la reddition de voz places, el puis les contenir en telle saysoii : qui n'est pas peu proditable au bien de ses affaires, veu l'cstat où elles sont, cl eussent esté pires mille foys si autrement fust. Dont je le prioys bien fort se souvenir, à celle (in qu'il feust bien informé combien les déportemenls de Vostre Majesté scrvoyent sa cause.

Il me dist, Sire, qu'il estoit très-nyse que je luy eusse faict entendre loulccla, et qu'il le voyoit eoninie je luy disois, et que le bon seroit qu'il en sortist lout le bien qu'il en désiroil, mais qu'il y avoit tousjours dangier de se tromper pour y voulloir trop croyre, comme de nouveau vous aviez esté en celluy qui s'estoit auzé, partant d'avccques vous, s'emparer d'aucunes de ses places.

A quoy je luy rcspondis, Sire, qu'il eust esté beaucoup pis, si tous y feusseni allez.

A quoy il me dist : nulle faulte, si vous n'y eussiez pourvcu par les remèdes que je luy faisois entendre.

11 print tout cela fort bien et monstra s'en contantcr.

Je me plainiz par mesme instant. Sire, de ce que ilz monsiroyent trop de deflidance de ce que ilz faisoient passer les courriers dépescbez de Flandres par Ilallye, comme de sçavoir qu'il en estoit veim ung qui s'embarqua à Gènes.

II me dict qu'il estoit vray, mais que ce n'estoit pour craincte du passaige de France, mais pour autres affaires, et qu'il avoit vouilu qu'un qu'il avoit cejourd'buy dépesehc print le cliemyn accoustumé.

Je luy feiz aussy plaincte de ce qu'il avoit esté destroussé par ceulx de Valentiennes ung courrier de Vostre Majesté, et que je luy pryois vous en estre faicte toute raison. 11 me dict que le duc d'.^lve le luy avoit escript, et que Vostre Majesté se contanteroit de la raison que l'on luy en feroit.

Voillà, Sire, ce qui s'est passé en ccste audience, où il m'a semblé qu'il avoit jjIus de conlantement en ce qui se passoit qu'il n'avoit espéré, en ce que j'avois peu juger et sçavoir par le passé. Si ne laisse-il à se pourvéoir par tous cndroicts comme celluy qui est en meffidance; et croy plustost qu'il a peur que l'on entreprengne qu'il n'a envie d'entreprendre, se voiant à ceste heure de grands affaires tout d'ung coup sur les bras, et se proposant ung plus grand ennemy que vous, si vous l'entreprenez. Je croy que si on ne luy contrainct, qu'il ne lompera pas, et piesmes (jue, ayant esté ung fort long temps avec le prince d'Evoly en conversation, en une visitte que je luy ay faicte premier que de fère à Vostre Majesté ccste dépesche, là où nous avons proposé tout ce qui vous en pcult donner et qu'il m'est apareu, il m'a dict qu'il n'y avoit faulte que de se bien entendre, et qu'il prcndroit plaisir de rendre au roy mes raisons, lesquelles il s'asseuroit estre bien receues.et aussy qu'il me pouvoit jurer que son maistre n'avoit autre intention si n'est de vivre en bonne intelligence et maintenir la paix avecques Vostre Majesté, et que ceulx qui luy conseilloient le contraire n'avoient moion luy faire changer sa bonne volume, et qu'il n'y a que les occasions toutes sculles que l'on luy en donnera, qui seroit bien à son plus grand regret, et desquelles il demeureroit à ceste heure sans doubte, s'il estoit ainsy que je disois cl aussi comme leur aparoissoil, si ce qui se |)asse pour ceste heure continuoit : cognoissant véritablement en luy qu'il ne conseillcroit la rupture. De manière , Sire, que je croy que Vostre Majesté a en la main la paix ou la guerre.

ei sçay qu'elle a sv bon jugcnieiu iinclle fera csleciion bien à propoz de celliiy des deux partis qui luy sera le plus honiiorable ei prolilahlo.

Pour 1 alarme que 1 "on leur a faiete ees jours de quelques troupes dinfanlerie qui se aclieniiiioieut sur les iVonlières, ilz ont dépesclié à la liasle douze cappitaines, sans qiiilz ayenl eu temps de dire adieu à leuis amis : quatre ont esté eoiumandez pour Pampelogne, quatre pour Foiitarabie et quatre pour S'-Sébasiien, el commandement d'y aller leurs personnes, sans qu'ilz aciendent qu'ilz ayenl faict leurs compaignies. Hz ont aussi donné commission pour faire six compaignies pour les Indes, mais jecroy \éritable que ce sera pour Flandres : mais, parce qu'ilz trouvent malaysémeni qui y veuille aller, ilz font semblant (|ue c'est pour les Indes, d'autant que facillement ilz se laissent mener par delà. Il a aussi dépesebé autres douze ea[)piiaines pour don .Icban d'Austria, lesquelz aussy je croy feront didieillemenl leurs compaignies. L'on a proposé de fère une levée de ciiicq bommcs, comme l'on fit à la guerre de Grenade. Si la guerre de Flandres dure, se délibère le roy, ainsy que j'entends, avcequcs cclla y passer m persotme. Il a accordé icv, avecques les députez des Daz-Païs, que leur oslani le dixiesme, ilz paieroient leceiitiesmc accouslumé, et cpi'ilz doimeroieni img ayde, quatre ans durant, de deux millions de florins par an, et qu'ilz fourniroient , en cas qu'il leur advint autre plus grande guerre, comme si on voulloit parler qu'elle vint du eosié de \'ostre Majesté, sept millions. Et aussitostque l'on s'est résolu sur ce faict, l'on a dépesebé ung courrier pour le noliflicr de par delà, et a esté cesle dépesebé faicie en deux beures. Hz croient que ceste résolution, avecques l'arrivée du duc de Jlediuaccii, apportera quelque amandemenl aux affaires de par delà.

Don Diego de Çunigue a escript au roy, au xiV, que A'ostre Majesté avoit receu l'admirai d'.\nglelerre aveccpics beaucoup d'bonneurs et caresses, ayant esté festoie avec deux autres ambassadeurs à vostre table, el que, quand ce fut à entrer dans l'église pour jurer le iraieté de la ligue, ilz prntcslèrenl que ce n'esloit au préjudice de leur relligion, et que ayant suivy jusqucs au grand autel et avoir juré, ilz s'en sortirent; el aussy le duc d'.-\lve a eseripl que la royne d'Angleterre avoit Aiict cstroieles dellenses à ses subjcclz de ne donner aucune ayde ou faveur aux rebelles de Flandres, et dicl qu'il croit cela avoir esté faict a l'incilalion de ce que en a faiei \'oslre Majesté. Hz pcnsoienl, au lieu de cela, avoir nouvelle cl entière rupture avecques elle. Hz sont en inquiétude de seavoir les iraiciez qu'il y a entre Voslre .Majesté et ladicte royne, qu'ilz disent (ju'ilz le sçavenl : je croy qu'ilz ncn sçavenl rien

Don Jeban d'Ausirice a envoie ime gallaire expresse pour apporter ung courrier pour seavoir ce qu'il avoit affaire, d'autant que on luy avoit commandé (|u'il ne partis! sans autre plus exprès commandement. El n'y a rien plus vray qu'ilz avoienl délibéré d'emploier l'armée qu'il a à vous faire la guerre, advenant que Vostre Majesté eusl favorisé la sublévalion des Paîs-I3az.

38i DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Le rov calholicque me disl que il esloit arrivé avec le duo de Medinaceli en Flandres trente naves de Portugal chargées de toute riehcsse, et qu elles s'armeroient pour estre en son armée. A ce que j'entends, ilz feront passer en Flandres celle qui est preste en Portugal, au premier besoing q.ril sera; et pour la nicITiJance aussy qu'ilz ont eue, ilz lèvent de eincq lioinincs ung audicl Portugal, iles(|ui'lz ilz l'ont des compaignics pour tenir aux lieux maritimes.

XXXVI. — Le roi à Sain[-Gouard, 8 juillet 1572. L'ambassadeur don Diego de Çiiiïiga avant demandé à la reine sa mère de faire arrêter Genlis, qui a secondé le comte Louis de iXassau dans les surprises de V alenciennes et de Mons. ils lui ont représenté les raisons qui ne permettent pas. dans les circonstances actuelles, de prendre une pareille mesure. — L'ambassadeur a dit alors à la reine que. si le roi voulait conserver la paix avec le roi catholique, il fallait qu'il fit deux choses : là première, que les défenses faites à ses sujets de prêter appui au comte Ludovic fussent publiées à Paris: la seconde, que les vaisseaux prêts à sortir des ports de France fussent désarmés: il assurait, sur sa tête, qu'alors son maitre ne déclarerait jamais la guerre au roi. La reine lui a répondu qu'elle était certaine que le roi ferait tout ce qui serait possible pour être agréable au roi catholique et le favoriser comme un bon frère et ami; que, du reste, il était en mesure de résister à toute agression. — Le roi déclare à Saint- Gouard qu'il Aeut sur toute chose conserver la paix avec le roi catholique.

XXXVII. XLII. — Au roi, Madrid. IG juillet 1372. {En chi/fres, avec le déchiffrement.) Saint-Gouard ne cesse de s'appliquer à dissiper les méfiances des ministres espagnols : mais les nouvelles reçues que le comte Ludovic est à Paris, que Montgoniéry s'apprête ii aller défendre Mons, que Genlis est sorti de cette ville pour aller en France hâter le secours qu'ils en attendent, aifaiblissent singulièrement l'effet des assurances données par l'ambassadeur. — Saint-Gouard a sollicité une audience du roi, sans pouvoir 1 obtenir, S. M. étant à l'Escurial depuis plusieurs semaines. — Il dit, à la fin de sa lettre, que le roi vient de rentrer à Madrid et s'est logé au monastère de Saint-Jérôme: « à ce que j'ay entendu, — ajoute Saint-Gouard — il est » fort en grand peinne et collère de véoir ses affaires de Flandres aller de » mal en pis. »

XXXVIII. X.\.\IX. — Au duc d Anjou, même date. {En chiffres, avec le

déchiffrement.' Il iondod'onf clos méfiances des ministres espagnols envers la France, malgré toutes les assurances quil leur donne des intentions pacifiques du roi, el des grands armements qu'ils font pour être prêts à tout événement.

XL. — La reine à Saint-Gouard, 17 juillet 1572. Elle s'en réfère à ce que le roi lui écrit sur l'envoi à Madrid du S' de Longlée. et le charge d'une communication i\ faire au roi catholique touchant la sortie de la flotte française :

Monsieur de S'-Goart, vous venez, par la leiu-e que vous escripl le roy, nions' mon filz, pour quelle occasion il vous renvoyé Longlée, présent porteur. Je ne vous nscray de redites, et me remettray enlièrcmcnt sur ce qu'il vous escripl : seullement je vous prie, faisant entendre au roy catliolicque, mon bcau-filz, la résolution que le roy, mondict S' cl (ilz, a prise de laisser sortir son armée de nur, luy dire, de ma pari, que tout ainsy que j'ay lousjours procuré renlrctènemcnt de l'aniilyé fraternelle qui est entre le roy, mondict S' e( (ilz, et luy, je me rcsjouys aussi maintenant de les véoir tellement deslibcrez de vivre en paix et couper eliemin à toutes occasions cpie pourroyent engendrci- le co[itraire : s'cstant le roy, mondict S' et filz, résolu fuiic partir cesle année, sans la faire plus longuement différer, afïin de le tirer du soulieon (]n"il en avoyt; espérant que le propoz contraire le rendra très-content et fera croire cpic on ne luy a rien voulu cacher à son préjudice. Vous verrez aussy mes pctiies-fillcs, et leur ferez mes recommandations el présenterez, de ma fiait, ce que je vous envoyé par ce porteur

XLL LI. — Au roi, Madrid, 22 juillet iS72. {Chiffrée en partie, avec le déchiffrement.) Il a reçu, le 18, la lettre du roi du 8. — La veille il avait eu audience du roi catholique: il rend compte de ce qui s'y est passé :

Je luy fciz entendre. Sire, que la cause (|ui mavoit fnict demander cesle audience estoil la crainte en quoy me mectoit ce que j'avois lousjours escript et asseuré Vostre iMajeslé sur ce qu'il m'avoii, à toutes les fois que j'avois esté devers luy, asscuié qu'il n'avoit autre intention que de se maintenir avec >'oslre Majesté, si ce n'csioiten toulte amityé el bonne inlelligence, et qu'estant aussy commandé de faire, de sa part, toutes les mesmes asseurances desquelles j'eslois trop asseuré cslie faiclcs avecques toute vérité, et aussy pour eslre meu en mon particulier à véoir ceste union tant nécessaire pour toute la chresiienlé, j'avois dissimulé d'escripre une infinité de choses, pour ne les nieclrc en soubçon el alarme, et la eonlynuation desquelles m'en apporloyl tant que je ne les pouvois plus dissimuler, cl aiissv (juc j'avois peur, les escripvant à Vostre

Majesié, elle ne me biasmast d'avoir eslé trop long à véoir ce qui alloit desjà publicq : à quoy je le pryois tenir la main pour sa descoulpe mesmc, ayant escripl, après l'avoir creu prince fort véritable, tout ce qu'il m'avoit dict, et que j'estois meu à mes soubçons cl luy dire ce que je faisois, voyant le seigneur don Jouan arrcsté, avecques ceste grande armée de la ligue, en Sésille, n'eslans les choses si secreltes qu'il ne soyt bien sceu qu'il a commandement exprès de ne exploicter aucunes choses des premières entreprises en Levant, mais dissimuler soubz ceste apparence, pour tout d'un coup Aiire une seconde bende et attaquer quelque cas du vostre à vos costez, faygnant aussy ceste deslibération soubz le bruit de quelque entreprise sur Argel; et encores, de parler de plus près, je voyois le présidie ' en l'Estat de Millan s'allant renforsant de jour à autre, faire de grandes provisions, sur toutes les frontyères, de gens et armes, et toutes sortes d'autres provisions qui n'est accoustumé de se faire, si ce n'est en temps de guerre, puys les subçons et nieflidances que l'on a contre toute raison, si ses ministres luy veullont bien (idellement rapporter voz actions et depportements, comme je luy ay faict et faictz vos intentions, et que je dcsiroys que luy, qui cstoit prince de si grandes armées et avecques de si longues expériances, fust luy-mesme lejuge de ce qui s'esloit faict par Vûs(rc Majesté, au bien et seurelé de ses affaires, tant à la venue du duc d'Alve en Flandres comme au renouvellement des derniers troubles de voslre royaulme, lesquelz vous avez recommencez, comme je luy ay desjà dict une autre fois, pour n'avoir voullu laisser passer en Flandres quatre mille bons barquebusiers et cinq ou six cens cbevaulx lesquelz alloient en la conjoncture de la deffaicte du conte d'Arenbergue, lesquelz Vostre 3Iajcsté avoit faict combattre et mectre en pièces, et, par ce mesme effect, avoit asscurc son Estât et remys la guerre au mylain de vostre royaulme.

Mais laissant tout ce passé, je luy vouUois dire le présent, et luy remonstrer comme Vostre Majesté, encores qu'elle soyt jeune d'ans, elle est plaine d'expériance et vieulx souldat pour scavoir prendre le party de quelque belle entreprinse, quand elle auroyt maulvaise intention, estant tout apparent que, avecques les vaisseaulx que elle a tous prcsiz, il y a quatorze moys, elle pouvoit faire celle de IJollande, et avecques les forces de sa froniyère celle de Vallentyennes et passer plus oultre, mais que, au contraire, Vostre >Jajesté avoit faict loulles démonstrations en bénéfice de ses affaires et au préjudice des vostres propres, jusques à remcctre la guerre en vostre royaulme, pour le grand soubson qu'avoient ceulx de la nouvelle relligion : ce que toutesfoys vous empescheriez par tous les meilleurs remèdes que vous pourriez, pour la pitié que vous aviez des misères passées, et qu'il ne se fiast à ce que luy escripvoient les maulvais interpreties, sur leurs fantaisies seullemenl, mais à ce que je luy disois, qui estoit trop apparent par les effeclz. Je sçavois qu'ilz le voulloyent faire doubter de tout ce que vous

' Le présidie, la garnison , de l'espagnol presiclio.

faisiez et qu"i!z n'en cnlcndoionl point, cl |)ar ce moyen lui oster la congnoissancc de ce que vons faisiez à son grand hesoing cl prolïiet, et le dangier où vous estiez, si bien dexirenient vous ne conduisiez voz all'aires.

Ma conclusion, Sire, feut que je le suj)plyois considérer tout cola, et (juc je in'asseurois qu'il se lèveroit de tout soubçon, et (|ue par mcsme il vous osteioii ecidx qu'il fauldroit, par force, que Vosire Majesté prînt, voyant encorcs qu'il n'avoit voullu que ccnix qui csloicni vcnuz pour depputez de ses Baz-Pays s'en retournassent par vostre royaulme, mais plustost par ung voyaige fort long cl incommode ' : le pryanl prouvoir par tous bons expédians et lesquelz peulvent maintenir la paix et oster toultes occasions de soubçons, le tout retournant à la gloire de Dieu, prollict publicq de l'une et l'autre couronne

Il me dict, Sire, que luy apparoissoil, du costé de Vostre Majesté, tout ce que je luy avois dici, et que je le recognoisse, de sa part, de ce qu'elle avoit faict eu l'apparence de favoriser ses affaires, le pryanl dy conlinuer, et que, de sa part, il ne fcroit faulte à faire toutes choses bomies pour maintenir la paix et bonne intelligence, et qu'il se falloit du tout aparlir de ces subsons à force de bons effectz, et qu'il n'y avoit nul double, mais que leurs voulontez feussent conformes, que leurs ministres ne marcliassent par le chemin qu'ilz vouldroicnl, el que l'on ne doibt avoir stdison de ses armées, aciendu les occasions qu'il avoit d'cstre armé, et que je pouvois librement et avccques vérité escripre qu'elles ne scroycnt jan)ais employées contre vous, mais que l'on en feist aussy ainsy en son endroict, comme je l'avois lousjours asseuré; et quant à eeulx de ses Baz-Pays, ce u'étoit nulle melTidance qui leur faisoil prendre ce chemin, mais leur grande commodité, pour avoir leur passaige par les gallaires.

Saint-Gouard, dans cette audience, trouva le loi « encore plus froid que » de coustume et fort mélancolicque. — « Il commence , dit l'ambassadeur, » à avoir le duc d'Alve en haine, le taxant d'estre lu) seul cause du dangier » aparent de la perte de Flandres, disant qu'il en a la salvation tant à » cueur. pour les recommandations que luy en fist lempercur Charles. Il n dict quil perdra plus tost tous ses Estalz que cclluy-H»-» — Saint-Gouard ajoute la réflexion suivante : « Je vous asseure, Sire, que, si l'Indie ne leur

' Philippe II av.iit, en effel , fait déclarer, par le garde des sceaux Hoppcnis, aux députés des états des Pays-Bas venus à sa cour pour réclamer contre l'imposition du dixième et du vingtième denier, • qu'il ne trouvoit expédient qu'ilz retournassent par France, pour la diversité du temps, ains qu'ilz » prinssenl leur chemin par Italie. » Voy., dans nos Analectes historiques, t. II, pp. 242-569, la relation des députés des étals de Brahant, et la Correspondance de Philippe H sur les affaires des Pays-Bas, t. II,p. 2CS.

588 DEPECHES DES AMBASSADELRS.

» aydoit en créditz qu'ilz ont de trouver tant d'argent qu'ilz veullent, il » me semble que toutes leurs affaires seroient bien embarrassées Mais ilz n remédient par ce moien à ceulx qui sont esloignez deulx, et à celles » d'icy par l'extrême et grande justice qu'ilz y observent. »

XLIII, XLIV. — Au roi, Madrid. 30 juillet 1572. {En chiffres, avec le ilécliijf rement .) Le nonce et l'ambassadeur de Venise se sont plaints au roi catholique de l'inaction de don Juan d'Autriche, inaction contraire aux engagements de la ligue et fatale à ses intérêts. Le roi a répondu au nonce, comme à quelqu'un en qui il a confiance, quil entendait se servir, pour ses propres Etats, de cette grande armée de mer, puisqu'il y était contraint; que toutefois les raisons alléguées par l'ambassadeur de France avaient fait impression sur lui, quoique les apparences lui soient fort suspectes. — Saint-Gouard annonce l'arrivée prochaine à Madrid d'un ambassadeur extraordinaire de Venise, chargé de prier le roi de n entrer pas en guerre avec la France, et celle d'un nouveau nonce en remplacement du nonce actuel. — Il croit que les ministres espagnols attendent, pour prendre une résolution définitive, de voir si le roi de France secourra Mons. — « Hz )i sont en un fort grand mécontentement du duc d'Aive, parlant fort mal » de ses déportements, mesmement de ceulx qu'il a usé à l'endroict de

» V. M Hz chargent aussi ledict duc d'Alve d'avoir mal usé des deniers

» de tous les imposfz levez aux Pais-Bas, de manière que, croiant qu'il » deust avoir deux millions de contant, il leur a dict n'avoir moien de » remédier les affaires par faulte d'argent, qui disent avoir esté la seulle » occasion d'avoir perdu ung grand temps, et qui a donné tout loisir, « pour faulte de fournir aux dilligences nécessaires, aux geulx de se » establir et asseurer leurs affaires, qui dévoient du tout estre empeschez » par grande dilligence et promptitude; l'accusant fort, sur l'excuse qu'il

» a voullu faire sur n'avoir eu argent » - Un courrier de l'empereur

est arrivé : comme père commun, l'empereur intervient auprès du roi catholique, pour l'engager à ne donner occasion d'une rupture entre les deux couronnes.

XLM, XLVIl. — Au roi, Madrid, 7 août 1572. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Le S"^ de Longlée est arrivé à Madrid le 51 juillet avec les dépêches du roi. Saint-Gouard a demandé et obtenu audience du roi catholique pour le lendemain; il rend compte avec détail de ce qui s'y est passé :

PIlILlPPt: 11. 589

J'ay fîiict cnleiidre au roy calliolianie loul ce (|ue > oslif Majcsiô ma commandé, qui est, Sire, conime elle avoit faici entendre à don Dièj^ue ' , son ambassadeur, la délibération et résolution (luelle avoil prinsc pour le bien et prollîct de ces deux couronnes, pour l'union de Voz Majestez, prompt et bon moyen de lever les subsons que gens perniiieulx tascbent à mectre entre elles, se soulevant peu de voz intérests, mais qu'à voz des|)ens ilz advancent leurs causes et remplissent la (in de leurs passions et maulvaises intentions, et que Vostre Majesté, encores qu'elle eust ereu que son and)assadeur n'avoil failly il luy bien représenter tout ce qu'elle luy en avoit dict, néantmoings elle m'avoit bien encores voullu dépeschcr ung gentilhomnie exprès, pour luy réitérer le mesme qu'elle avoit faict entendre à sondict ambassadeur, qui est que , après les instances faicles par luy du désarmement de l'armée de mer, sur quoy s'estant extresmcmcnt bien conseillé comme cela se pourroit faire sans qu'il en intervint ung extresme et grand mal aux alVaires de l'ung et de l'autre, a esté constraint à la fin eslire le plus certain à empeselier(|u'il n'en vint ung très-grand inconvéniant, pour Testât en quoy sont aujonrd'Iiny les affaires du monde, estant tout évident que l'on ne pouvoit plus desbander cesle armée que les cappitaincs et soldai?, d'icelle ne feussent trop mal contens et que, soubz une légiére querelle d'Allemant , ilz n'entreprissent de faire quelque cas à quoy l'on ne pourroit pas bien aysément remédier, et aussy que, les tenant plus longuement dans les portz, \ostre .Majesté véoyoit que e'estoit tousjours donner moyen aux maulvais interprettes de ses intentions de Aiire de maulvais advis, et donner fondement de plus en plus aux soubçons avecques lesquelz ilz pensent asseurément vous atlacber à la guerre. Par quoy elle s'estoil résollue la faire partir, pour du tout esclaircyr que Vostre .Majesté n'a jamais eu envye qu'elle feusl employée en lieu où elle porlast préjudice audict roy calliolicque ne aullre prince amy et confédéré, comme il avoit bien jà paru en son parlicullicr, comme autres foys je luy avois dict, tant sur le passage du duc de .Mœdina Cely que la sublévation de Zélande, et que, pour luy faire mieulx entendre que A'osire Jlajesté ne pouvoit de plus en ce faict, je luy dirois, en peu de |)arolles, chose, à mon jugement, que ccidx ipii l'ont voullu nicetre en subson par leurs advis n'ont pas bien entendue : le pryanl, premxèremeni, qu'il se souvint que Vostre Majesté luy avoil dict vray (piand elle m'avoit commandé luy dire qu'elle avoit esté constrainte armer fiuelipie nombre de ses vaisseaulx contre linsollence et incursions que les corsaires faisoicnt ordinairement sur voz eostes, tant en terre du long de la marine que aux marcbandz irallicquans, le(|uel armement, commencé par quelque nombre de bons vaisseaulx des vosires, s'cstoit souldainemcnt accreu de grand nond)re de voluntaires, tellement qu'il s'cstoit faict une puissante armée et bien deslibérée de faire (|uelque cas de bon et de grand à qui les employeroil, et où il y avoit

' Don Diego de Cûnii'a.

Irop d'apparence que l'on l'cust faict, si voz places ne vous eussent esté rendues, et l'apparence de quoy avoit tant servy en cest article que l'on vous véoit seigneur absolu d'iceiies premier que le temits de la reddition feust escheu. Et comme, parmy ces trouppes voluntaires, il n'y a point de i'aulte de gens pralicqucs et bons mariniers, il faull croyre aussy qu'il n'y avoit point faulte de proposeurs, et mcsmes d'entrepreneurs : ce que venant à vostre eognoissance, elle a esté consirainclc dissimuler ung temps, pour gaigncr avccques eulx qu'ilz ne peusscnt partir qu'à sa volume : le tout faict en bénéfice de ses affaires. Car, faisant autrement, chascun partoit et alloit où son intérest le poulsoit et où il le voyoit le |ihis près, là où, Vosire Majesté les enlrelcnant tousjours soubz umbre de les employer pour son service, il s'est mys infinytc de partis devant, et sans que nul feust à son intérest ou de quelque prince amy ou allié; et néanlnioings Vostre Majesté estoit résollue de n'en suivyr.ung seul et seullenient guagner le temps et le faire si long que peu à peu ilz vinssent d'eulx-mesmes à s'ennuyer, et par ce moyen chascun se relirast. Mais l'impalience que l'on a eue à n'attendre la lin et exécution de si saige deslibération avoit conslrainct Vostre Majesté à prendre nouveaulx conseils et expédions et les moings préjudiciables pour l'une et l'autre Majesté, et dont 1rs efïects seroyent lelz, dans peu de jours, que luy-mesme les approuveroit telz, au mespris de ceulx qui luy ont voullu faire croyre le contraire : s'cstant bien asseuré, premier que de lisentier et souffrir partir ladicte armée, générailemenl de tous les cappitaines, officiers et soldalz, par serment soleninel, qu'il ne scroit faict ne dict chose qui feust au préjudice dudict roy catholicquc ou autres princes amys ou alliez, ne à aucuns de leurs sul)jecls. De quoy Vostre Majesté me commandoit encores très-expressément l'asseurer et faire foy qu'oHe ne désiroit rien tant, si n'est de vous véoir vivre ensemble en bons frères, en paix et unyoïi : chose si proffilable pour toute la chrcstienlé, laquelle il ne debvoit liabandonner pour craijicle (ju'il eust, comme les façons de procéder de ses ministres mcctoicnt les subçons, par tout le monde, qu'il se voullust attaquer à Vostre Majesté : le suppliant très-humblement voulloir considérer ce que je luy en disois, pour la confusion de ceulx que je prétendois qui estoicnt bendez à faire tous maulvais offices à la correspondance laquelle doibt estre entre Voz Majeslez, et me dire sa volume, à celle fin que je face la dilligence comme je doibz à chose de si grande conséquance.

Il me dist. Sire, que son ambassadeur luy avoit faict entendre la deslibération que Vostre Majesté avoit prise en ce faict , et qu'il avoit bien pris ce que sur ce faict je luy avois remonsiré, et qu'il m'avoil tousjours creu de ce que je luy avois dict de la part de Vosire Majesté, et faisoit cncorcs en ceste-cy, ayant veu passer jusques icy les choses mieulx que ra|)parenee ne les jugeoil; et aussy que l'on n'avoit veu, de son costé, sortir autre que ce qu'il m'avoit dict ny ne feroil, qui estoit sa bonne volunté à l'endroict de Vostre Majesté et ses affaires; désirant vivre avccques elle avec la paix cl boime intelligence.

PHILlPPi: Il 391

Je luy réplieqiiay encorcs, Sire, si son ambassadeur luy avoil bien faict entendre ce que dessus. Il nie dici briefvenient qu'il Aiisoil tout bon debvoir. A quoy je luy dicts qu'il n'avoit donc failly à luy faire entendre comme, ^'ostre Majesté ayant voulu armer nions' le duc de Longueville sur sa frontycrc de Picardie, à celle fin d'enipescber de passer et tailler en pièces ceulx qui paroistroient sur ladicte frontière pour aller au secours de ses rebelles, et ayant faict entendre ccste deslibération au duc d .Vive, il avoit faict instance de non, monstrant par ses façons que cela luy apportoit subeon, et de quoy ^'ostre Majesté esloit bien fort marrye, pour véoir interpréter par telles façons très-mal ses intentions; loutesfois, que contre tout debvoir de ce que fcroil ung bon soldat, encores qu'elle le sceust très-bien, et pour quelque occasion que l'on luy ayt donnée et donne de ce eosié-là, il estoit demourc à nioings (|ii'il ne debvoit et qu'il ne luy esloit besoing pour l'oceurrenee du temps, et considérant les termes dont l'on luy a usé par le passé, mais qu'il s'estoit résollu de l'avoir faict ainsy, puysque Icdiet due luy avoit faict entendre qu'il le désiroit ainsy pour le bien des affaires de sondict maistre. /

lit ne me respondanl autre cas. Sire, je luy demanday s'il luy plairoit me connnandcr quelque cas de plus que je peusse refTéi-cr à \'oslre Majesté, luy disant et asseurant le plaisir (pie la royne sa mère avoit de véoir touttes choses si bien pré|)arées à continuer ceste sainete et bonne amilyé, à quoy elle tieiidroit extrêmement la main à rompre cl empescber touties sortes de praiicqucs qui se pourroient faire au contraire par la mallice du temps, ou par faultc de se bien entendre, à cause aussy bien de la difficulté des affaires de l'un et de l'autre. A quoy il me dist. Sire, qu'il avoil tousjours eogneu la prudence de la royne cl ses bonnes intentions, et que tout le monde l'avoit congneuc, au faix de si grandes affaires, pour irès-saige, et que je l'asseurasse que de son costé il n'y auroil, non plus (|u'il n'y avoit eu, faultc de bonne volunté cl bons depporlcmenls.

Saint-Gouard s'est efforcé cii vain d'obtenir du roi une réponse plus explicite. Il croit que l'ambassadeur espagnol à Paris fait à son niaitre des rapports malveillants et inexacts, et qu'il s'applique plus à l'informer des particularités qui peuvent lui donner des soupçons qu'à lui rapporter les paroles dont le charge le roi, par exemple : « quand M. l'admirai a parlé » à V. iM. à une feneslre, à son disncr ou souper, ou avoir entré au cabinet, » disant qu il est des affaires et plus retirez conseilz. » — La destination de la Hotte française préoccupe extrêmement le roi catholique; lui et ses ministres se donnent toutes les peines du monde pour s'en éclaircir. — Un courrier vient d'arriver avec la nouvelle de la défaite des Français près de iMons : la reine catholique a fait chanter le Te Deum à Saint-Jérôme. Le

roi est à rEscurial. — Don Francés d'AIava a été fait du conseil de guerre il y a douze jours.

XLIX. — La reine et le duc d'Anjou à Saint-Gouard, ;29 août 1572. La reine est persuadée que la crainte qu on a eue à Madrid de voir le roi son fils favoriser les troubles de Flandre a, plus que toute autre considération, excité la cour d'Espagne non-seulement à entretenir, mais encore à fortifier son alliance avec lui; elle prévoit que cette cour ne se donnera plus tant de peine aujourd'hui « à cause de ceste mutation ', » qui rend leurs intérêts identiques et communs. Toutefois elle désirerait « que ceste démonstration » que le roi son fils a faite de son intention au service de Dieu, à l'endroit » de ceulx de la nouvelle religion, » persuadât le roi catholique de fortifier, par une nouvelle alliance \ la bonne intelligence entre les deux couronnes.

Dans sa lettre le duc d'Anjou se borne à dire : « J'espère, à ceste fois, » moyennant l'ayde de Dieu, qu'il sera seul servy, et le roy, mon seigneur » et frère, seul obéy en ce royaume, et que ceulx qui par leurs artifices » s'en estoyent faicts compagnons, n'auront d'ores en avant le moyen de » s'opposer à ses commendemens et brouiller ses Estais. »

L. — Au roi, Madrid, S septembre 1572. (En partie chiffrée, sans le déchiffrement.) Audience qu'il a eue du roi le 27 août :

Nonobstant cola, n'avois-je laisse à demander l'audience, laquelle me feut différée pour Iroys ou quatre jours. Et l'ayant eue pour le vingt-scptiesme du passé, je luy ay faicl entendre, le plus dilligemment et à propoz que j'ay peu , ce que V^oslre Majesté me commandoit et qui m'apparoissoit estrede sa volunté et pouvoit servir au négoce que j'avois à traicter. Je luy ay dict. Sire, que je le supplyois se souvenir que, quanl j'avois dernièrement parlé à luy , je luy avols faicl entendre comme Vostre Majesté m'avoit mandé que, pour le doubte qui luy avoit apparu en ces nouvcaulx remuements, et pour enipescher qu'il ne vînt nul inconvéniant en sa frontière, et aussy pour garder que par ce chemyn ceulx qui avoyent intelligence avecques ses rebelles ne peussent passer en leur faveur, elle l'avoit voullu rendre armée avecques mons"^ le duc de Longueville, son gouverneur en Picardye, mais que, le duc d'Alve monstrant avoir quelque subçon et jallousie, contre toute raison, de tel apparat, elle avoit voullu posiposcr la

' La Saint-Barlliéicniy.

* Elle faisait allusion au mariage du duc d'Anjou avec l'infante Isabelle.

bonne volunlé qu'elle a de maintenir l'aniiiyé, paix et le bien des affaires diidicl roy aux siennes propres qui niéritoient bien qu'il eust une bonne armée, tant pour les termes des(|iielz l'on luy avoit usé, ayant les armes en la main premier qu'il eust pense seullement à se prouvoir, que pour se garder que quelques faeiieulx n'enireprinssent eneorcs eonlre luy. Ce neantnioin;;s, elle avoit du tout sui\y tout ce qui luy avoit esté demandé par lediet duc d'Alve en faveur des affaires dudicl roy, ayaru faict toutes sortes de rigoureuses et expresses deffenses à qui que ce l'eust de ses subjeclz de non sortir hors du royaimie en faveur des rebelles des Pays-Bas : chose qui ne tournoit pas à petitte conséquence pour A'ostre Alajesté, veu Testât de ses affaires. \éantmoings si s'esloit-elle rcsollue à cela pour en tout faire la preuve de la bonne volunté qu'elle a à la conservation de la ]iai\, mais que, avecques tout cela, je sçavois bien que eculx qui ont maulvaise inienlion et qui font les inlerprettes selon leur mescliante conscience, n'auroient failly, avec dampnabics et mensongiers artifices, à luy couvrir tout ce qui est faict si à [)ropoz par Vostre Majesté en ses affaires, ausquelz je voullois contredire de tout mon pouvoir, puisqu'il luy avoit pieu, me faisant entendre ses intentions, me faire cest honneur me tenir icy auprès de luy à celle fin de les luy dire, et qu'il falloit qu'il eutendist et ereust que, quelque temps après que Vostre Majesté avoit retiré tout ce dont il avoit proposé armer ses frontières, et faict publier par tous les endroictz de son royaume les expresses et estroictes deffenses, il s'estoit assemblé une trouppe de ceulx qui se sont depuis (piclqne temps accoustumez à la désobéissance, sur la frontière, monsirans semblant se \oulloir fortiffier en ladiete frontière et attendre toutes sortes de leius adhérans, pour puis, estans assez fortz, aller et entrer aux Bas-Pays, pour y exécuter toultes choses d'importance : ce dont estant \'ostre M.njesté advcrtie par monsieur le duc de Longueville, elle luy avoit incontinant conmiandé leur courir sus. A quoy se préparant lediet S', et en ayant advis ceulx qui pensoient avoir plus de temps à faire leurs affaires, et prenant alarme de ce qu'ilz véoicnt que l'on leur préparoit, ilz csliucnl d'aller à la volte ' de Montz, où ilz furent , au grand contantcnient de Vostre .Majesté, chasiioz de leurs désobéissance et témériité : tontesfois bien marry qu'ilz n'ayenl voullu estre plus saiges et obéyr à voz voluntez, qui estoient qu'ilz se continssent en leurs maisons.

Luy ayant bien voullu faire ce discours et représenter les choses passées, pour me opposera ceulx qui les avoient voullu ou vouidroient rapporter autrement; l'asseurant, de la part de Vostre Majesté, que tout ce qui est à advenir marcheroit pour son respect au mesmc chemyn ; ne désirant si n'est qu'il eust toutte confidence en elle, et que de plus elle me commandoit luy faire entendre comme elle estoit conseillée, veu les grandes armées qui se font de toutes pariz pour venir fondre aux Bas-Pays, de prouvoir ses frontières à celle fin qu'il ne luy en advint ineonvéniant, et que, par faulte de s'estre bien

' A la toile, de l'espagnol à la vuelln : du côté de, vers.

poiirveu et remédié, toutes ces troupes n'entrassent en ses pays, au grand moleste de son peuple, comme par cy-devanl ilz avoient faict, fuyans les forces qu'a le duc d'Alve; ne le faisant Vostre Majesté pour soubçon aucun qu'elle eust de luy; le pryant aussy de sa part n'en avoir d'elle, et que je la priois, pour le zelle que j'ay au bien de la chrestienté, ayder de sa part à cesie amityé, rejectant tous ces maulvais inlei'prcltes qui taisent la vérité et signillient le mal par certaines apparences dont la cognoissance ne vient à eulx, encores que le bien s'en apparoissc, comme je luy ay tousjours faict entendre, ayant tousjours Dieu à tesmoing comme cclluy qui ne traicte que vérité, et ne pouvant faire autrement, servant un roy si véritable.

Il me respondit, Sire, qu'il s'estoit resjouy de m'ouyr parler ainsy de la part de Vostre Majesté, n'ayant jamais faict difficulté de croyre ce que je luy avois dict de sa part, et aussy que sa volume estoil telle comme plusieurs fois il m'avoit dict luy faire entendre, ce que je debvois encores faire, et qu'il jugeoit que c'estoit tout ce qui se pouvoit faire pour ceste heure, et que je la priasse de continuer, et que je luy baisasse les mains de sa part, et que, de son costé, non plus que par le passé, il ne se verroit rien d'altéré en l'amiiyé tant profiitable à eulx deux et à toutle la cbreslienté, et qu'il n'y a faulte, où les voluntcz île ^'oz Majestez seront conformes, les ministres qui auront maulvaisc intention ne pourront rien, et quant à l'ordre que Vostre Majesté veult mcclre sur ses fronlières de crainte des événements futurs, qu'il l'approuve et trouve très-bon, maïs qu'il est bien besoing aussy d'y employer gens fidclles et non suspectz à ce qui a apporté l'occasion à tant de misères, et qu'y pourvoyant de ceste sorte, il a espérance en Dieu que toutes choses iront à sa gloire, au contantement et proffict de Voz Majestez et de leurs subjcclz

— Au roi, Madrid, 12 septembre 1572 '. Félicitations sur la Saint-Barihéleray; joie que la nouvelle de cet événement a causée au roi, à ses ministres et à toute la cour d'Espagne :

Sire, je remercie Dieu et le loue de ce qu'il luy a pieu que A'oslre Majesté, avecques la prudance et après tant de dangiers, elle se soit deslivrée de la main des lirans, dangiers à la vérité si grands qu'il ne se peult dire, si n'est que Dieu l'a voullu faire par elle et non par d'autres. Encores que l'apparence luy apporte nouveaux labeurs, si fault-il espérer en ceste bonté qu'elle ne le laissera non plus qu'elle a faict par le passé, ayant rendu de telle sorte tous les potcntatz chrestiens qu'il n'y a celluy qui ne soit plus obligé à luy en donner la louange qu'elle mérite, et à emploier tout ce qui deppend tant de

' Celte lettre, comme celle du 31 mai, a été erronément rangée parmi celles de 1573. Elle occupe les n»' LIX , LX , dans le MS. 228 ».

leurs Estatz (|iic de leurs vies pour luy eu douner la gloire et triumphc dcu à une tant sainete <'t belle entreprise, si bienlieureuseinent eonduicte.

Vostre Majesté me fera ceste gràee, si ung bon et fidelle subgect et serviteur la mérite de son roy et de sou niaistre, trouver bon le phiisir que j'ay de ses prospérilez et me permettre luy dire que je nay jamais ceddé ù autre, de quelque qualité qu'il soit, à l'aimer et servir, ne désirant jamais riens, si ee n'est de précipiter ma vie en toutes sortes d'oceasions pour son service; la suppliant très-bninblement me rappeller auprès d'elle, à celle fin (|ue je puisse mourir à ses pieds, deffendant sa vie et sou Estât, et envoier iey quelqu'un qui seaura mieidx faire eesle charge que moy, et qui peult-estre demeurcroit aussy plus iiiutille que je ne seray avecques ung cheval, une lance ou ung corselet et pic(iuc.

La nouvelle des événenients du jour S'-Barlliélemy est arrivée en ce lieu au roy catliolicqne par img eourrier dépcsché par dom Diego ' le sabniedy au soir, septiesme de ee mois. Et ayant le roy leu ceste nouvelle , il a monstre, contre son naturel et eoustume, tant d'allégrie qu'il l'a l'aict plus manifeste que de toutes les bonnes advanlures et fortunes (jui luy viniirent jamais, ayant appelé ses familiers pour leurdire qu'il cognoissoit que \'ostre Majesté cstoit son bon frère, et (|u'il voioit qu'il n'avoit au monde qui en niéritasi le libre de Irès-clirestieu (pi'elle ; et quant et quant leur dnima part de loccasion qui l'avoit si soudainement meu à tenir telz propoz, contre tout ee qu'il avoit pensé, veu Testât des choses du monde; et aussitost m'envoya ledict S"^ roy son secrétaire Çayas m'apporter le parabien^ de ceste nouvelle et advertir que, à ceste mesme heure, le roy son maistre passoit à S'-lliéronime, pour y rendre toutes sortes de grâces à Dieu, et le prier tenir à Vostre Majesté la main à ses affaires de si grandes consé- (|uenccs. Et ne voullant faillir à la dilligcnce de ee qui m'a semblé, comme son ambassadeur, je devois faire, je luy avois envoyé demander l'audiance pour le lendemain au matin, laquelle il me accorda fort libérallement, et me manda qu'il anroit fort grand plaisir de me véoir.

De manière. Sire, que je le fcuz trouver dimanclic malin audiet S'-IIiéionime. Et estant arrivé auprès de luy, il se prist à rire, et aveetiues démonstration d'un extresme plaisir et contanlemeni, il me coimnanea ù louer Voslie Majesté du tilirc de Très-Chrestienne, me disant qu'il n'y avoit roy que se peidt faire son coin[)aignon, ne en \alieur ne en prudance : premièrement, louant la résolution prise et la longue dissimulation de si grande cnlreprisc, n'estant tout le monde ensemble capable de la comprendre, l'ayant mise à cxéciuiori si à propoz et contre toutes apparences et espérances; tous les gens de bien jouissans de la paix que tout le monde avoit perdue, mourant desjà les

' Don Diego de Çùûiga, ambassadeur de Philippe II à Paris. ' ParaWcn, mol espagnol : félicitation.

ungs de la peur d'une si calaniiteuse guerre, les autres se préparant à la lieence qu'elle apporte, qui est aux mauvais de rassasier leurs ambitions, et aux bons la patience aux événements, mais que Dieu l'avoil voullu faire protecteur de la chrestienté et rempart contre les misères signifiées par tant de conspirateurs tirans, lesquelz s'estoient eslevez contre les roys qui delTendoient son bonneur et sa loy, avecques les Estalz desquelz il les a f'aiclz grands.

Je luy dis. Sire, que je louois et remerciois Dieu, et me réjouissois avecques luy, de ce qu'il luy avoit pieu que Vostre Majesté eust si bien paie le maistre de son aprentissage, et s'esloit monstre si 5 propoz mériter le nom de roy très-cbrestien et très-véritable, et que si, par le passé, il avoit pensé que je traictasse avecipies luy peu de vérité, que de ceste beure il esioit obligé à en faire pénitance, et me doinier pour l'advenir telle foy et crédicl qu'il ne falloit révocquer en doubte chose que je disse de la part de Vostre iMajesté, et que je désirois qu'il me l'acquist à tous ceulx qui ont voullu faire les mauvais inter-, prêtes d'un seigneur roy qui tellement a esté traversé en ses sainctes entreprises; et je me esbahissois comme Dieu ne les avoit jà puniz, et que, au reste, il failloil qu'il confessast qu'il devoit à ^'ostre Majesté ses Pays-Bas de Flandres, les luy ayant, par son moien de proceddcr, asscurez, lesquelz, pour estre entre ses mains pour en faire ou les donner à qui il luy plairoil, il les luy rendoit et remeitoit entre les siennes, me sendilant que tel présent méritoit ung remerciment sans masque, n'estant plus l'heure de chercher à négotier par dissimulations, mais avecques toute vérité. Et ne doubtant aucunement qu'ilz n'en l'eussent là résoluz, je me asseurois qu'il ne fauldroit en cela d'y user de ce qui y est deu et envoler devers \'ostre Majesté personnes de valeur, tant pour les compliments que pour les négotiations requises en telles mutations : l'adverlissant que Dieu le pnniroil, et les siens, s'il remeetoit et mesprisoit ce qu'il debvoit en cecy à l'endroit de Vostre Majesté et de la royne sa mère, laquelle avoit travaillé, par tant d'années, parmy si grands cnnuiz et dangiers, pour luy rendre les bras assez fortz pour rompre les liens desquelz les tirans le tenoient, avecques toute la chrestienté, attaché; et si il se gouvernoit et faisoit autrement, que je protestois sa faulte, et que Vostre Majesté, avecques la faveur et ayde de Dieu, se retrouvoit si forte et avoit si bien pourveu à ses affaires, que quant les choses qui se doibvent faire de son costé ne se feroienl, il pourroil monstrer que ce seroit de sa coulpe; le suppliant me pardonner si je avois, avecques la force de si heureuse nouvelle et me voiant ministre d'un si grand roy, voullu prandre la hardiesse de luy parler de eeste façon; me semblant aussi, comme chrestien, que je ne pouvois moins faire.

11 me dict. Sire, qu'il me savoit tout bon gré de ce que je luy avois dit et qu'il m'avoit voUnntiers entendu, et qu'il seavoil mon intention très-bonne, et qu'il s'estoit desjà lésolu du tout ne laisser riens à faire de ce qui se debvoit en tel faict, tant au particuUier de Vostre Majesté que la royne, et à ce qui estoit commun entre elles au

bien do cesie cause, et qu'il n'estoil possible de coniprnndrc l'Iioiuieur que mérite la loyne à lavoir rendu si bien maisire à exécuter si baultes et si grandes entreprises, et qu'il feroil esieciion d'un gentilhomme principal et de valleur pour envoler devers elle, lequel il me nommeroit aussitost qu'il s'en seroit résolu; et me dici, avecques démonstration grande de bonne volonté, que si Vostre Majesté avoil besoing, que luy-mesmes iroit poni- favoriser ses alFaires.

Je me suis délibéré de ne luy faire plus long discours, attendant que \'oslre Majesté me conunandast sa volume et la part qu'il luy plaira me faire de la nouvelle tle ce faiei , laquelle je mectz peine à taire si bien sonner que je masseure qu'elle ne diia que je ave riens oublié.

Le roy catholicque Gst devant moy faire la procession cl chanter le Te Deuni; qui plus est, dépescha par tout son royaume patentes à ce que les évesqucs, par leurs diocèses, feissent faire toutes sortes de processions et prières en faveur de V^ostrc Majesté. Il a faict une extresme démonstration de ce qu'il pense de ce faict, jusqucs avoir esté mal satisfaict contre ceulx que j'avois entendu qui voulloient luy faire croire que ce faict feusl advenu à l'improviste, et non de la délibération de Vostre Majesté : ce que aiant entendu , je suis ailé devers le prince d'Evoly et le prieur don Anthonio de Tholedde, qui préside à cestc heure, depuis la mort du cardinal (non qu'il soit président), pour nie plaindre de la mauvaise récompansc que l'on faisoil à \oslre Majesté, après telle œuvre (pii se pouvoit dire n'avoir esté faicte tpic en bénéfîee des affaires de ce roy, et puisque l'on luy voulloit osier la gloire qu'il méritoit, le paianl d'un tel bienfaict par une ingratitude, que je ne le pouvois nullement comporter sans m'en plaindre, et (|uc j'avois bien voullu leur dire et les prier faire entendre au roy leur maistre la mauvaise satisfaction en quoy jestois. Hz me dirent, Sire, qu'ilz n'y feroient faulle, pour l'obligation qu'ilz avoienl de faire service à \'ostre Majesté, tant pour le bien quavoit receu leurdicte Majesté en l'exlrémitè de ses affaires, que pourcslre l'acte du plus grand roy <|ui feust jamais; qu'ilz me pouvoient asseurer que Vostre Majesté auroit toute satisfaction des déportements dcsquelz le roy catholicque useroil envers elle, et qu'ilz scavoient que nulz ne le pouvoient empescher de véoir assez à clair comme ^^ostre Majesté avoit traieté ce faict; mesmes, que luy souvenant de la façon de laquelle j'avois négolié avecques luy, il estoit bien marry que ne m'avoit si bien entendu (pie je luy en avois lionne les occasions toutes les fois que je luy en avois parlé de la part de N'ostre Majesté, l'asseurant de sa bonne volume et luy remonsirant l'intention ([u'elle avoit de remeddier ses affaires par expédiant que retouincroit à la gloire de Dieu, au bien de toute la chrestienté et pariiculièrement à sa satisfaction, cl mesmement, que je luy avois tousjours faict teste quant il me parloit des mauvaises apparences, le priant ne s'arresier à ce que l'on luy en voulloit faire croire, luy disant que ce faict n'estoit entendu que de \ ostre seulle Majesté, et que, s'il avoit ung peu de patience, il verroit choses

398 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

qui seroicnl admirables. Hz m'ont dict qu'il leur avoit dici s'estre ressouvenu que je luv eusse dicl tout eela durant les plus grands soubçons, et qu'il falioit, nommément puisque je parlois avec telle résolution, que c'estoit chose concertée, et que Vostre Majesté s'en estoit fiée en moy. Je leur dicts. Sire, puisque le roy leur maistre se ressouvenoit que je luy eusse tant dict que cella, qu'il luy souvint encores de plus prèz, qui estoit ce que je luy dicts quant je me l'us resjouir avecqucs luy de ceste nouvelle : ce qu'ilz me promirent faire. Et ainsi l'ont-ilz faict, car aujourd'huy le secrétaire Çayas m'est venu trouver de la part du roy, son maistre, lequel m'a dict qu'il me mandoit que aujourd'huy, plus que le premier jour qu'il eusl la nouvelle, il louoit Vostre Majesté de ce qu'elle avoit faict, et que, pour ma satisfaction, si je disois eeulx qui avoient voullu dire que ce soit esté outre sa volunté et sans son sceu que telles choses se feussenl faictes, il les ehastieroit à ma discrétion ; qu'il s'estoit résolu envoyer vers elle ung des plus principaulx et prudens gentilzhommes de sa court , pour luy faire toutes sortes de compliments et offertes sur tout ce que se pourroit présenter sur ces nouveaulx événements, qui estoit le marquis d'Aiamont, et que, au reste, il voulloit qu'il se fist tout ce que je vouldrois en ce que j'avois demandé, depuis quelque temps, pour des marchands françois ausquclz on avoit retenu leurs marchandises à la Coulloigne • ; et encores qu'ilz feussent allez contre la |)ragmaticquc, il voulloit que tout ce que je demande me feust accordé, et sans diiïérer.

LV, LVI. — Au roi , Madrid, 19 septembre 1372. (En chiffres, avec le déchiffrement) iMontaigne, porteur des dépêches du roi, est arrivé à Madrid le 12 septembre. Les ministres s'attendaient à l'envoi d'un personnage de plus haute catégorie pour notifier le grand événement du 24 août: Saint- Gouard a coloré l'expédition de Montaigne en disant qu'il était envoyé seulement par la reine mère vers les infantes, ses petites-filles. — Il a demandé et obtenu audience du roi.

Auquel j'ay dict comme Vostre Majesté ayant assez suffisamment satisfaict, par

œuvres bien signallées, à ce que elle luy avoit tousjours faict dire, par ceulx tenants ce lieu de son ambassadeur ou jiersonncs envolées exprés, que ses intentions ne tcndoient qu'au service de Dieu, au repoz publicq de la chrestienié e( à la conservation de la paix cl amitié de Voz Majeslez , cl encores avecqucs tout cecy elle me commandoit luy en faire encores la mesme asseurance, et que, sans luy faire autre parlicullicr discours du procédé et commancemcnt de l'affiiire présente, me remectant aux relations qu'il en avoit jà eues, et laissant ce faict aux discoureurs, je luy traiclerois les affaires d'Eslat

' La Corogiic.

jusqiies au point où elles esloient. Qui est que Voslic Majesié, après avoir esté lue l'admirai avceques la plus graïul part des plus remarquez el prineipauix ehefs de sa faction, elle esloil allée à sa court de parlement pour faire la déclaralion de sa volume el l'occasion que l'avoit meue à telle résolution , que cstoit pour bonnes et jusies occasions, disant, pour ung peu garder que le resie de eesie iaclion, comme désespérez de tout salut, ne jouassent à toute reste et empeschasseni , s'eslcvanl soudainement, le bon establissement qu'elle prétend mectre en ses aiïaires, qu'elle avoit procédé aveeques cesle détermination contre les exécutez, pour avoir eogneu nouvelle conjuration contre sa personne réalle, n'entendant rompre son édict de paciffieation; néanimoins, encores que la cognoissance (?) feust bien requise, si est-ce qu'elle deffendoit tous prescbes, pour ce commancemeni, veu la qunntilé de geniiizliommes, en des cbasleaux el maisons fortes ; ayant apparence, si on n'y remédioil aveeques prudancc et dextérité, ilz s'cslevcroienl, tant pour la dcffcnsc de leur relligion que de leurs vies : chose que la faisoit aller tmg peu plus retenu pour ung temps, à celle fin d'accommoder toutes choses en son lieu, et que ce temps pendant il esloit raisonnable et plus que nécessaire que ses ministres usassent à l'endroit de Vostre Majesté de loutcs sortes de respcctz et bons déportements, à celle fin que chacun cogneusl la fraternelle, mutuelle et bonne intelligence qui eàl entre ^'oz Miijestcz el dont deppeiul l'exécution parfaietc de ce bon commancemeni : n'estant seullcment besoing lever toutes occasions de meflidanees d'ung costé et d'autre, et favoriser l'un l'autre, comme Vosire Majesté fera de son cosié en toutes sortes d'occasions, se délibérant avoir à cet eflect bienlost de bonnes forces ensemble. Et de plus je le voullois bien advenir qu'il esloit demeuré, entre les mains de ses ministres, de la deffaicte de Genlis, plusieurs genlilzhonmies de eesie faction, lesquelz seroieni pour faire assez de mal, s'ilz estoieni en liberté, comme aussy ceulx qui sont devant la ville de .Montz, cogneus pour les plus factieux des Pays-Bas : estant l'un des plus grands services qui se puisse faire pour la chrestienté que de les prandre et de les passer tous au fil de l'espée, et qu'il eserivist et eommandast au due d'Alve de ne donner, à sa considération, liberté aux prisonniers qu'il a de ladicte deffaicte, parce que ce seroit autant fortiflier les communs ennemys, et qu'il se gardast bien de se fier en chose qu'iiz hiy dissent ou promissent, parce qu'il ne se trouvera quilz aient jamais gardé aucune foy, qui est le propre à tous genres d'héréticques; et aussy que je luy voullois bien dire que, pour n'avoir esté le prince d'Orange eombalii les troubles passez, il s'en est ensuivy le mal qu'il véoit en ses Pays-Bas , ayant estimé, ou pour le moings l'apparence y est, que les aiani remis au royaume dq France, esloil assez, mais qu'il n'estoil sorty : ce que seroit bien pis sans le remède de ^■oslre Majesté qu'elle a voullu mectre. En considération de quoy il cstoit obligé pourvéoir que, pour l'advenir, telles choses ne adviiisscnt, el se résouldre d'avoir la fin d'un tel ennemy, et ne le garder plus à recommancer telles insolances quant l'occasion el le leinps luy en redonneroient le? moiens.

Liiy disant liiy avoir voullii icinonslrcr et dire ce (|ue dessus, saehant que c'est Tintenlion de Vostre Majesté de se pourvéoir si bien que, quant il ne scroil assisté, comme l'on doibt faire, se trouver accommodé, non-seuiiement à deffendresa frontière, mais elle cherchant par tout le monde les cnnemiz communs du repoz publicq, pour les combatre, et qu'il luy souvienne combien de fois Vostre Majesté les avoit combatus et deffaictz : me semblant qu'il ne reste plus, pour la perfection de l'œuvre, que à fournir ce petit reste, où il estoit besoing qu'il y niist la main avecques la bonne intention que je sçavois qu'il avoit, et qu'il commandast à ses ministres qu'ilz y allassent avecques toute sincérité, mectanl à part toutes sortes de dissimtdations qui en vouldroit user, et que, en faisant ainsy, il estoit aisé à présumer, comme chose trop apparente, le prince d'Orange n'avoir que tenir, n'estant fondé que sur le moien et bourses de ceulx qui la luy fermeroient bientost, voians ce qu'ilz n'a voient pas pensé de véoir advenir de la main si forte d'un roy qui le venoit d'opérer, et avecques tant de prudancc, et après avoir eschappé tant de dangicrs en sa jeunesse, et si à propoz pour le bien universel de touttc la chresticnté, et pailicullièrcment pour les grandes affaires qui luy cstoicnt sans cela sur les bras, qui ne luy signifîoicnl riens moins (pic la perdition de l'Estat des Pays-Bas : mais, à cestc heure, il est tout apparent qu'ilz n'ont plus de seureté, ne en la campaigne, ne aux villes, les aiant ce seul respect tout à ung coup faict perdre toutes sortes d'espérances. Le suppliant de bien considérer tout ce que je luy avois dict et me voulloir rcspondre, par ce que c'estoit négociation qui ne comportoil nulle dillalion , et aussi qu'il estoit nécessaire, poiu' la satisfaction de Vostre Majesté, il retirast les forces extraordinaires qu'il avoit mises sur ses frontières, à celle fin que par tel moien chascun vist qu'il n'y a lieu de soubçon.

De plus je luy voullois bien dire qu'il se publioit que le duc d'Alve traictoit d'appoinctement avecques le prince d'Orange, disant en avoir la commission de luy : chose qui seroit trop estrange à croire, vcu ce qu'il avoit tousjours conseillé à Vostre Majesté, attendu que nulle nécessité ne le presse à venir à cestc extrémité, comme elle avoit esté de son costé, ayant bien monstre à eeste heure ce qu'elle en pensoit, quant, après avoir donné tant de batailles et se véoir si mal assisté de ceulx qui avoicnt le mesme inlérest, il luy avoit fallu dissinuder et conniver jusques à tant qu'elle a monstre quelle estoit son intention, que se voit bien conforme à tout ce que je disois iey de sa part, et bien esloignée des apparences desquelles l'on doubloit tant les événements.

Voillà, Sire, comme j'ay traiclé ce faict.

A quoy il m'a esté respondu, en substance, que l'on donneroit à Vostre Majesté toutes sortes de contantement, et que l'on n'espargncroit riens de ce que estoit d'un prince si grand et de telle valeur, et qu'il avoit toulle volunté de bien tenir la main à tout ce que je luy avois dict, désirant, autant que pour luy-mesmcs, de véoir vostre royaume restably en sa première grandeur : à quoy il ne faisoit aucune difficulté, pour le véoir aux mains

d'un roy lequel avoil monstre lanl de prudance et de vaiieur; ayant faicl véoir Dieu un;; miracle en luy de l'avoir gardé de tant de dangiers, et puis avoir exécuté par luy, au temps que l'on dêsespéroit le plus de toutes choses, ung faict qui lui semble plus grand et admirable que le premier jour qu'il en feust adverty, et qu'il me voulloit bien particullièrenient respondre et satisfaire à ce que je luy avois remonstré, et que je luy ferois fort grand plaisir de le luy donner par escripi, et que, quant à ce que je luy avois touché du ducd'Alve, qu'il traictoit d'ap|)oinctemcnt avocques le prince d'Orange, que je asseurasse Vostre Majesté qu'il n'y avoil jamais pensé, et (]u'il ne se serviroit jamais, en ses affaires icy, que du mcsme conseil duquel il s'avoit servi par le passé, et que le temps jugeroit de mieulx en mieulx.

Et viiianl, Sire, qu'il ne passoit plus oultre, je luy ay dict que je voullois déj)escher vers Vostre Majesté ung courrier, pour l'advcrlir de l'eslcction que l'on avoit faictc de luy envoier le marquis d'Airaont , à celle lin qu'il feust pourveu sur son chemin si , par fortune, il s'estoit altéré quelque cas qui les eust renduz mal asscurez, comme il advient voluntiers en telles clioscs. Il me diei que je luy ferois un extresme plaisir vous asseurer qu'il ne m'a demandé par escript ce que je luy ay remonstré, si ce n'est pour faire la dépesehe dudict marquis, ne luy ayant donné autre, sinon le mesme conlenu, au discours de cesle lettre, et mot pour mot, de ce que je luy ay traicté, parlant à luy.

Saint-Gouard engage le roi à dissimuler avec le roi catholique autant qu'il en aura besoin pour assurer ses affaires. Il lui conseille d envoyer à Madrid un gentilhomme de qualité, avec la mission d'exposer ce qui s'est passé et d'expliquer ses intentions. — Le nonce et l'ambassadeur de Venise, à la nouvelle des événements de France, ont sollicité le roi catholique d'expédier des ordres à don Juan d Autriche pour qu'il agisse contre les Turcs.

LVII, LVllI. — A la reine, même date. [En chiffres, avec le déchiffrement.; Impression merveilleuse produite à Madrid par la nouvelle de la Saint-Barthélémy :

Madame, je remercie et loue Dieu de ce qu'il luy a pieu garder Voz Majesiez et Messcigneurs de la main des tirans et nouveaux conjurateurs, avecqucs le chasiinient mérité à cculx qui s'csiévent contre leurs roys, ne demeurant jamais impugniz de leurs démérites, leur donnant Dieu tousjours nouvelles pénitences à leurs vieux péchez.

Ce faict a mesné icy une telle mutation en l'apparence où cstoicnt auparavant les affaires, que riens ne ressemble à ce temps-là,. estant Vostre Majesté louée de telle sorte que tous les iravaulx qu'elle a passez durant le bas eage du roy sont à ceste heure comptez pour miracles, s'esbahissant tout le monde comme il est possible que

Di

ce faict ayt si bien sueceddc, et d'un jour et quant l'on l'a le moings espéré il soil advenu : chose de si grande importance pour tout le bien de la chrcstienté.

Ce faict a esté aussi bien pris de ce roy comme on le peult penser, pour luy estre tant profitable pour ses alTaires : toutesfois, comme il est le prince du monde qui sçait et faict le plus de profession de dissimuler toutes choses, si n'a-il sceu celler en ceste-cy le plaisir qu'il en a receu. Et encores que je infère tous ses mouvements procéder du bien que en recepvoient ses affaires, lesquelles il véioit pour desplorées sans ce seul remède, si a-il fait croire à tout le monde, par ses apparences, que c'estoit pour le respect du bon succèz que Voz Majcstez avoient eu en si haultes entreprises, lanlosl louant le filz d'avoir une telle mère, l'aiant si bien gardé, durant son bas eage, de tant de dangicrs; puis la mère, d'un tel filz, qui a sceu avecques tant de patience et prudence exécuter choses qui apportent tant de bien à toute la chrestienté.

Visite de S*-Gouard au prince d'Eboli, pour le sonder sur le mariage du duc d'Anjou avec l'infante Isabelle: réserve qu'il observe dans cet entretien ; protestations de Ruy Goniez de son désir de voir se resserrer l'alliance entre les deux couronnes. — « Le duc d'Alve a icy trois principaulx, dans » le conseil, qui lui haussent le manton et l'empeschent de tomber des » dans sur la table, qui sont le prieur don Antonio, grand escuyer, le » docteur Vélasque et le secrétaire Sayas. » — Il n'a pas encore été pourvu aux charges du feu cardinal de Sigùenza. — « Quand vint h» nouvelle de ') ce qui est advenu de par dellà, mesdames les infantes dirent qu'elles » vouloient que Ton les appellast doresnavant de France. »

LIX, LX. — Au duc d'Anjou, Madrid, \9 septembre 1S72. {En chiffres, avec le déchiffrement.) 11 le félicite d'être, avec le roi et la reine, sauvé « de la main des tirans et de leurs nouvelles conjurations. » Il exalte « sa » main coustumière de vaincre » et sa tète « tant de foys couronnée de cou- » ronnes de victoires. » — Il se recommande à sa protection, lui rappelle ses services depuis vingt-cinq ans, ses blessures, ses pertes; que ses deux frères sont morts au service de leur roi, etc.

LXI, LXII. — Au roi, Madrid. 2-5 septembre 1372. Ce matin, de bonne heure, le roi lui a fait communiquer la bonne nouvelle qu'il a reçue, la nuit, de la défaite du prince d'Orange par le duc d'Albe, près de Mons. Plus fard le secrétaire Çayas est venu le prier de demander au roi un passeport pour cinq cent mille écus qu'ils veulent envoyer en Flandre.

Hz confessent de plus en plus que V. M. est le plus grand et résolu roy qui feust

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jamais, et qu'ilz luy doibvciU infiniment, veu lestât auquel estoienl leurs affaires, me confessant qu'ilz n'y pensoient plus nul remède que tourner tous leurs dessaings et forces pour empescher que celles de V. M., qui leur estoient si suspectes de ce temps-là, n'eussent la limite ("') franche sur TEstat de Flandres.

LXV. — Le loi à Saint-Gouard, 6 octobre 1372. Touchant le bruit qui courait aux Pays-Bas, et dont le S"^ de .Moiuloucet venait de linforiner, que le duc dAlbe traitait d'un aceoaiinodeinent avec le prince d Orange :

Monsieur de S'-Gouard, pour ne négliger aucun advertissement, je vous ay bien voulu incontinent faire sçavoir comme Mondoucet m'a escript, du 29° du passé, il estoit arrive frescliemenl ung courrier vers le duc d'Alve, dépesché par le roi catholicquc, et avoit découvert que s'estoit parlé que ledict roy, depuis la mort du cardinal Siguence, avoyt recouvert plusieurs papiers concernants les affaires des Pays-Bas, Icsquclz ledict cardinal luy avoyt cachez et à son conseil : dont il avoit esté meu à faire une bien ample dépeschc audict duc, lequel sieur, aussytost, avoit envoyé secrettement ung autre courrier avecqucs un trompette, vers Malines, au prince d'Orange, pour luy porter une lettre dudict roy catholicquc tendant à quelque accord et composition; que cela, s'il estoit vray, avecqucs le bruit qui en couroyt, luy faisoyt croire que l'on en estoyt bien avant en termes : de quoy il me vouloyt bien advertir, poui- y prendre garde; davantage, (ju'il avoyt sceu pour certain que ledict prince avoyt envoyé ung homme vers ledict duc, auquel il avoyt |)arlé par plusieurs foys fort longuement et secrettement.

Maintenant je viens de recepvoir unes autres lettres dudict Mondoucet, du 2 du présent, par laquelle il me mande que les gens dudict duc estoyenl entrez dedans Malines, que ceulx que ledict prince y avoyl laissez en esloyent sortiz de nuict, et que ledict duc l'avoyt habandonné au pillage : s'estant ledict prince retiré vers Ruremont, où l'on dict qu'il est après à faire refaire ung pont pour passer la Meuse. Et me mande, quant à cest accord, que il se refroidist à cause de l'heureux succèz des affaires dudict duc, lequel luy a assez de foys dict qu'il ne se feroyt jamais de son consentement, et où il se feroyt néantmoings, qu'il y feroyt com|)rcndre ce qui me concerne, suivant le compromis duquel je vous ay par cy-devant escript.

Monsieui- de S'-Gouard, je ne sçay quel jugemenl je doibz faire de tout cecy. Si le premier advis estoyt vray, que ledict roy catbolicque eust escript audict prince, je tiendrois ledict accort pour faict : mais je ne le puis croire, et vous prie mettre peine d'en sçavoir la vérité. Je pense bien que, si ledict roy caiholicque pouvoit entièrement nestoyer son pays de la guerre par quelque honcste composition, qu'il ne feroit difficulté y entendre, et que ledict duc la luy conseilleroit voluntiers, car si ledict prince scayt bien user des pays et villes qui sont à sa dévotion , il peult faire durer la guerre tout l'hyver, et

404 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

faire consummer encores beaucoup d'argent et de temps aiidict roy catholicquc,et cependant me donner loisir d'establir mes affaires.

Puisque cesle praticque a quelque commancement, je ne puis croire qu'elle en demeure là, ains suis asseurc que elle se doibt conclure, et le sera lorsque il s'en parlera le moings, et que ledict duc n'en adverlira ledicl Mondoucet, ainsy que il a faict pour celle de Moniz. Je y feray prendre garde ; et sera à propoz que vous en parliez audict roy catholicquc, en luy faisant entendre ce qui s'en dict au camp dudict duc, comme d'un bruit commun, que vous sçavcz es tre chose que je ne croiray jamais, pour les raisons que je vous ay assez de foys escriptes : toutesfoys vous ne pouvez moings que de le requérir vous en parler franchement, et vous déclarer son intention, en le priant, au cas qu'il en vienne là, avoir souvenance de l'amityé qui est entre nous, et considérer combien j'ay faict pour luy en me deslivrant de mes rebelles, alfin qu'il ne se face chose qui retourne entièrement à mon préjudice.

Combien que je ne face grand estât de la responce qu'il vous fera, quant bien elle seroyt conforme à vostre instance, toutesfoys je m'en serviray le mieulx que je pourray. Surtout ayez l'œil au guet, pour pénétrer en ce faict et m'en mander vostre advis. Cependant je rcgarderay de pourvoir à mes affaires comme si ledict accort se dcbvoit faire.

LXXI. — Au roi, Madrid, 18 octobre 1572. Il lui rend compte d'une audience qu'il a eue du roi catholique et dans laquelle il l'a entretenu de la prise de Mons; il l'informe aussi de ce que ce monarque lui a dit d'un accommodement avec le prince d'Orange :

Sire, le courrier de Vostre Majesté arriva icy le premier jour de ce moys , et la mesme nuict est arrivé, par courrier dépesché de don Diego, la nouvelle de la prinse de iMontz, et troys jours après est venu ung gentilhomme dépesché du duc d'Alve ', lequel a apporté les particullaritez de la reddilion. Et pour ce que tout cela estoit venu à ung coup et que le roy calholicque estoit à l'Escurial, j'ay plus demeuré à aller devers luy : toutesfois si fis-je mes dilligences à avoir mon congé pour y aller. Mais, entre les deux, il est retourné, et le lendemain qu'il feut icy je euz audiance, où je feiz entcndi'c audict S' l'oy tout ce que Vostre Majesté me commandoit.

Mais, parce que la prinse de Moniz estoit intervenue depuis la dépesché de son courrier, je voulus traicter de ce faict le plus à propoz que je peuz, pour le bien de son service, me servant des advertissemens que j'avois de ce que avoient apporté, tant le courrier de don Diego que celluy du duc d'Albe, lesquelz estoient tant différents qu'il

' Don Fernando de Tolède. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , t. H, p. 280.

semble qu'il ne y ave rien npproclinnl de l'un ;') l'autre, de manière que, à ee que j'entens, l'on n'a pas donne grand crédit à l'un, pour avoir escript assez légèrement et mal à propoz de ce qui s'estoit passé, et à l'autre peu de gloire d'avoir faict telle composition, laquelle je ne me peuz tenir de blasmer, comme homme qui cognoissoit la place et qui sçavoil au plus près la portée et les forces de ceulx de dedans, et lesquelz avoicnt perdu toute espérance, puys que A'ostre .Majesté leur avoit voulu du tout oster, ne jjouvant plus le prince d'Orange les favoriser; niesme qu'il s'en alloit désespéré de luy-mesnic. El à mesme propoz, comme si je eusse esté prophète, selon que ung courrier portugois aporla icy la nouvelle au roy, que si le duc d'Albe n'avoit bien adverty, faisant la capitulation de Montz, les subjectz de A'ostre Majesté, avant entrer en son royaume , s'ilz ne vouloieni estre bien saiges, que je m'asseurois que Ton leur donneroit le ehaslimenl que l'on leur debvoit donner sur la place, mais puisque les choses estoient passées de ccste sorte, et qu'il luy donneroit aux mains, ayant repris Montz, Genlis et ses adhérans en sa delTaicte, qu'il commandas! bien audict duc de ne les laisser pour quelque occasion que ce fust, ou bien \'ostre Majesté auroii grande occasion de se plaindre, non qu'elle doublast qu'ilz peussent, quand on les laisseroit aller, rien entreprendre qui luy fust de nulle conséquence, mais qu'il véoit que l'on ne prend en ce faict rien de ce que l'on luy avoit conseillé durant ses plus grandes affaires : chose qui luy lourneroit à très-grand blasme, parce que ce seroit nionstrer à toute la ehrestienté tpic ce ne seroii que se soucier de son particulier, et cpie avecqucs quelque mauvais desseing ilz vouldroient essayer d'entretenir ceste contagion en vostre royaume; mesnies qu'il se dici que le duc d'Albe mesnage ung appointement avecquesle prince d'Orange, et ung change de Genlis et autres prisonniers avecqucs les évesques d'Arras et Namur et présideni de Malynes; et que je le priois, ayant receu tant de bien en ses affaires par l'exécution que Vostre Majesté avoit voulu faire de ses subjectz, lesquelz sans double alloient si gaillardz et forlz en faveur de ses rebelles qu'il n'y a celluy , pour peu de jugement qu'il ayt, qu'il ne confesse qu'il pcrdoit ccst Estai, comme il est tout clair, ainsi que par ce seul faict il l'aye recouvert , ne entendre nullement à cesle pralicquc, premièremeni pour l'honneur de Dieu et de son églize , de laquelle il s'est lousjours monstre fauteur, et l'autre pour ne monstrer (|u'il aye jamais pensé donner à Vostre Majesté autre que conseil de bon frère, et du(|uel luy-mesme se \ouloit servir en telles occurrences. Et pour luy tourner à redire en termes plus intelligibles, c'estoit que je ladmonestois de n'entendre jamais à la paix avecqucs le prince d'Orange, lequel j'advcrtissois cslre aux pires termes qui se pouvoienl demander, ny ne souffiir que l'on laissast jamais retourner les prisonniers qui estoient es mains du duc en vostre royaume, cl que, A'ostre Majesté faisant remonstrer le mesme audict duc par le S' de Montdoulcct, il s'estoit ung peu laissé importuner premier que de se faire entendre sur ce que l'on disoit il traictoit avec(pies ledict prince et en la liberté dudict Genlis, néanlmoins recherché avecqucs toute

406 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

instance de s'en déclarer, il dit audict Montdoulcet qu'il luy en vouloit respondre franchement, qui cstoit que, au cas que Vostre Majesté voulust promettre qu'il ne feroit jamais aucun accort avecques ses subjecls sans les y comprendre, il feroit le réciprocque de son cndroict où il feroil quelque appointement avecques lediet prince, et que Vostre Majesté, combien qu'elle ne veist nulle apparence à ceste ouverture , d'autant qu'elle n'a aujourd'luiy subject lequel la puisse contraindre à venir à telz appoinlemens, et qu'elle ne veult comnumicquer cesle auctorité à qui que ce soit, néantmoins ne voulant refuser aucun pariy lequel l'on estime pouvoir servir à cesle cause, et se voyant requis par lediet duc, auroit commandé audict de Montdoulcet de faire ceste promesse en son nom, et l'asseurer, oîi il adviendroit que l'occasion seprésentast telle, se obscrveroit et effectueroit, comme aussi elle le prioit de faire, de son costé, avecques lediet prince et autres armez pour ceste querelle de rébellion, et que Vostre Majesté m'avoit commandé luy faire bien expressément entendre ce que dessus, comme aussi l'ordre qu'elle avoii donné, par toutes ses frontières, à tous ses lieutenans et gouverneurs, de se entr'entendre très-bien avecques les ministres dudict S' roy, et de plus mettre toute diligence et observer si bien que lediet prince ne peust tirer aucunes commoditez de sesdictes frontières , mais que les siens n'avoient pas assez eu de respect à Vostre Majesté ny aux traiclcz de paix, estant venuz cculx d'Avesnes, avecques quarante arquebousiers du présidie ', prendre ung gentilhomme de Montz jusques dans son royaume, sans aucun congé de Vostre Majesté ny de ses ministres; ne voulant nullement endurer tel procédé. Le priant, à ceste occasion, de luy en faire la raison et en garder les autres, pour une autre fois, d'esire si insolcns, à la peine que sur le lieu on les chastieroit très-bien, comme elle l'avoit bien dict à don Diego, son ambassadeur, pour luy faire entendre qu'elle ne vouloit nullement comporter telles choses.

Il me fust respondu par lediet S"^ roy que son ambassadeur ne luy avoit rien faict entendre de ce maulvais procédé de eeulx du présidie d'Avesnes , et qu'il n'cntendoit nullement qu'il fust donnée Vostre Majesté aucun dégousl par les siens, mais que, au contraire, il vouloit qu'ilz usassent de tout respect et luy feissent service comme à luymesmes, car encorcs que de tout temps sa volunté avoit esté telle, que à ceste heure, plus que jamais, il vouloit le faire paroistre, et qu'il meltroit si bon ordre en ce faict que Vostre Majesté en demeureroit contente, ei que au premier jour il en escriproit à bon escient; et quant à ce qui louchoit de ne traicler aucun accord avecques le prince d'Orange, que je asseurasse Vostre Majesté que telle chose ne luy passa jamais par la fantaisie , et que moings en avoit-il donné charge au duc d'Albe, et qu'il ne feroit en ce faict autre chose que ce mesme qu'il avoit conseillé à Vostre Majesté; que je l'en asseurasse, et que, quant à Genlis et autres prisonniers de sa faction, il pensoit que Vostre

' Du présidie, de la garnison.

PHILIPPE IJ. i07

Majesté scroit satisfaicie en loxéciuion qu'il avoii commandé en esire faicte dèz la première instance que je iuy en avois faicte, et luy cscript de ne les garder plus et osier toutes occasions qn'ilz ne penssent pins faire de mal, et que, au reste, il avoit commandé au marquis d'Ayamont de faire toute diligence de partir, ancpiel il avoit bien ordonne de faire à ^'oslrc .AFajestc toutes sortes de complimens, ofTcrics et asseuranccs de sa bonne vol un té envers elle.

LXXVII, LXXVIII. — Au loi, Madrid. 7 novembre 1572. N'isilo au prince d'EIjoli : langage que Huy Goniez lui a tenu sur le duc d'Alhe. sur la capitulation de iMons. sur I intention prêtée au roi catholique de s'accommoder avec le prince d Orange :

Lediet prince Ruy Gomez me monstra estre bien fort ayse de la confiance que je

monstrois avoir avecques luy, et me fist une grande instance de l'aflection qu'il avoit de venir l'union entre ^"oz Majestez, et que quelquefois l'on luy avoit reproché la démonstration qu'il en faisoil aux temps des plus grands snubçons et dont il s'estoit peu soucié, parce qu'il s'estoit tou.<jours, par Iclz moicns, monstre bon serviteur de son maistre et zellatcur du repoz publicq, et qu'il sçavoit asseiu'ément <|ue sondict maisire avoit toute affection de vivre en paix, amitié et bonne intelligence avec(|ues >"oslre Majesté, et qu'il estoit très-marry d'entendre les mauvais déportcments dudiet duc d'Alve en son endroit, mesmemenl après que Vostre Majesté avoit remédié toutes ses fautes, qui esloient bien si grandes et qu'elles estoient de telles sortes cogneiies, qu'il n'y avoit autre retnède que celluy que \ostre Majesté y a mis, disant que c'esloit ung trèsmauvais procédé audict duc d'Alve, premièrement, de faire soubeonner, par ses praticques, que le roy calliolicque voullust jamais appointer ny seullemenl pardonner au prince d'Orange, et que je feusse certain qu'il ne se peult jamais oyr parler de telle chose, ne feust que lediet prince feust du tout désarmé et que par l'empereur et les électeurs ecclésiasticques catholicqucs ccsle praticque feust menée : eneores seroit-ce grande difficulté que riens se conclud, ou pour le moings seroit-ce que jamais il ne pourroit demeurer en ses pais. Et me dict (|u'il en hlasmoit aussi infiniment lediet duc d'Alve, quelque raison qu'il dist, de la peu honorable sorte de com|)Osiiion de Moniz, puisqu'il la pouvoit faire plus honorable et profitable, se trouvant retenir le conte Ludovicq, et que les soldatz estrangers, Icsquelz estoient à la deffense, eussent esté bien ayses sortir asseurez de leurs vies, et que eneores ne les debvoit-l'on pas renvoier en France sans" advenir Vostre Majesté, et qu'il estoit meilleur les rechasscr avecques le prince, puisque l'on estoit assez et plus fort que luy, cl (ju'il estoit assez cogneu que les mauvais et tiranicques procédez suiviz avoient mis la Flandre en grand dangier, et que le tout estoit faict, non de la volume du roy, mais de la sienne seule, mectre en ce

païs-là, comme sont en ce païs-icy d'Espaigne, les alcavailles ' et impostz non ouys de par delà : ce que le roy estoit bien délibéré cesser, et retirer ledict duc d'Alve au plus tosl que faire pourroit, et le rappeler de deçà, et qu'il s'asseuroit que le roy son maisire feroit tout son pouvoir pour rendre Vostre Majesté contente.

Saint-Gouard parle ensuite du cardinal de Sigùenza, don Diego de Espinosa, qui était mort récemment:

Ce que Vostre Majesté m'a mandé touchant le cardinal mort, il est vray que, après sa mort, il s'est trouvé infinité de lettres, receues de longue main, lesquelles n'avoient encores esté ouvertes, lesquelles luy estoient apportées de toutes partz, comme à homme qui estoit tant auctorisé et commandoit à si grandes charges. Chose qui l'a monstre avoir esté fort négligent et peu digne d'un tel lieu qu'il tenoit : mais, pour cela, l'on n'a faict la dépesche dont Vostre Majesté m'escripvoil, ne mis plus grande presse aux affaires.

L'on dict pour certain que l'on se hasta tant de l'ouvrir, après que l'on le pensa mort, que l'on l'ouvrist tout vif, luy trouvant le cœur en vie, faisant infinité de signes qu'il avoit esté ouvert vif; et dict-on à ceste heure qu'il estoit de race de gens subgectz bien fort à l'apoplexie.

Le roi catholique vient de nommer président du conseil royal 1 evéque de Ségovie% « homme fort docte et de réputation de très-bonne vye.» Mais il fait difiiculté d'accepter, ayant proposé et soutenu, au concile de Trente, qu'un évéque ne peut s'absenter de son église.

LXXXIL LXXXllI. — Au roi, Madrid, IS novembre W± {En chiffres, avec le déchiffrement.) Le 7 il a reçu la lettre du roi du :27 octobre. Le 9 il a eu audience du roi catholique au Pardo oii, la veille. Sa Majesté était arrivée de l'Escurial, et lui a donné connaissance de la délivrance de la reine très-chrétienne % dont Sa Majesté fut fort réjouie, ainsi que la reine catholique. 11 a aussi remis au roi le passe-port pour les 300,000 écus qu'il désire faire passer aux Pays-Bas par la France, et le roi l'en a fort remercié. — A celte occasion, Saint-Gouard crut devoir se plaindre du duc

' Les alcavailles, en espagnol akabalas, droit sur la vente des denrées et marchandises. • Don Diego de Cobarrubias. 11 avait été envoyé au concile de Trente.

» Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, avait donné le jour, le 25 octobre, à une princesse ([ui reçut le nom de Maric-Élisabeth.

d'Albc, qui avait donné au roi très-chrétien toute sorte de sujets de niécontenlenicnt ; qui avait fait tout ce qu'il fallait pour mettre les deux royaumes en guerre: qui n'avait pas reconnu 1 importance du service rendu au roi ca(lioli((iie par le roi dans lexécution de la Saint-Barlhélemy. sans laquelle les Pays-Bas étaient perdus; «jui allait jusquà dire « que cestoit » cliose furieuse, légière et non pensée que ceste exécution. » tandis que, selon Saint-tiouard, le roi avait dissimulé avec tant dadresse. etc. — Le roi catholique lui témoigna son regret de la conduite du duc d'Albe, l'assurant qu il lui en écrirait, comme il l'avait déjà fait. — « Je vois asseu- » renient — dit à ce sujet Sainl-Gouard — que 1 intention du roy catho- » licque est très-bonne à lendroit de \ ostre .Majesté : mais jay peur que, » par ses ministres, pour aucun leur intérest ou passion, ne facent mal les » olfices, pour tenir VV. MM. en soubçon et mellidance l'un de l'autre »

LXXXIV^. — Au roi, même date. Le roi catholique vient de lui faire dire, par le secrétaire Çayas , qu'il allait envoyer le comte d'Arenberg '. pour féliciter le roi sur la délivrance de la reine, et que le comte partira dans cinq ou six jours.

LXXXV. LX.X.W L — A la reine, même date. Etat dangereux du prince d'Eboli: son changement de conduite envers le duc d'Albe: opinion erronée qu'on a à la cour de Madrid sur la Saint-Barthélémy :

Le prince d'Evoly est encores bien mal ; et à ce que j'entends , il a ung peu changé de façons avecques le duc d'.Alve, voulant glaner avecques luy, à celle fin que ses enfans n'eussent cest ennemy, s'il vient à leur faillir. L'on diit qu'il ne la peult l'aire longue, pour cslrc fort mal habitué. Il ne fault point espérer qu'il se veuille cnlrcmcclre d'aider à quciiinc bonne pralicque, mesnies qu'il a la réputation de taire benucoiq) tic choses qu'il pioniecl dire : mais s'il revient en santé, je me délibère de le rechcrclicr de tout ce que je pourniy, soubz umbre de bonne foy; et scay asscurcment (|ue dom Diego, ambassadeur, a escript de deçà que Icxéeuiion l'aide sur l'admirai et ses adbérans estoil advenue inopinément et par conlraincte, ne pouvant moings. Je ne me suis pas teu de parler contre tous qui sèment telles opinions, asseurant à Vostre Majesté, en chose qui préjudicic, ou de l'aiet ou de parollcs, à Voz .Majestez, que je ne responde comme je doibz.

LXXXVIII, LXXXIX. — Au roi, Madrid, 22 novembre 1572. {En chif-

Charles, fils aine de Jean de Ligne, qui avait péri à la bataille d'Heyligerlée, et de Marguerite de la Miirck.

MO dépechp:s des ambassadeurs.

fres, avec le déchiffrement.) L'évèque de Ségovie, nouveau président du conseil royal, a siégé pour la première fois au conseil le 18 novembre; il ne témoigne plus vouloir quitter son évéché, et serait disposé au contraire à en accepter un meilleur, si l'on le lui donnait. Saint-Gouard l'est allé visiter : « Je Tay trouvé — dit-il — avecques peu de cérémonye, mais bonne » apparance dhomme de bien et saige. Son commancement est d'estre du » tout bandé à faire bonne justice et ne se voulloir entremeclre d'autre » cas. L'on le tient pour le plus grand légiste qui ayt esté de longtemps » en Espaigne. » — Le roi est venu à Madrid , mais il n'y est resté que deux ou trois jours; il est retourné au Pardo, où il avait laissé la reine et la princesse de Portugal.

XC, XCI. — A la reine, même date. {En chiffres, avec le déchiffrement.)

Le conile d'Aiembergue a envie de se porler en sa charge au contantement de Vostre Majesté. Il a bien peur que les deux qui sont de delà * enipeschent qu'il ne se monstre si honneste homme qu'il vouldroit. Il est jeime et peu advisé aux affaires : mais, s'il est ung peu manié, je pense qu'il dira ce qu'il sçaura.

LXIV.— Le roi à Saint-Gouard, 5 décembre i57;2 '. 11 répond à ses lettres du 7 et du 15 novembre.

Monsieur de S'-Gouard, e'a esté sagement faict à vous de vcoir Rygommes, et de iuy , faire entendre les occasions que me donne tous les jours le duc d'Alve d'estre mal contant et me plaindre, comme j'ay ve» (par vostre lettre du dernier passé, laquelle Montagne m'a apportée, s'en estant chargé en passant à Bayonne) que vous avez faict : car il aura peu préparer son maistre à en croire ce qui en est, et le dommage qui en résulte pour l'entretènement de nostre amityé, ainsi que vous estes aperceu (comme m'escrivez) qu'il avoyt faict, estant bandé au service de Dieu, capable de raison et affectionné au bien des affaires de sondict maistre comme il est. Vous Iuy avez parlé avec toute bonne considération , et est très-bien faict ne leur lascher rien de la dignité qu'il appartient,, loutesfois avecque la modestye convenable, selon laquelle vous avez depuis déclaré au roy catholicque les mesmes choses, comme j'ay vcu par vostres dernières du xV, et pareillement la responcc qu'il vous a faicle, de laquelle je me contanteray quand je la veri'ay suivye de quelque effect : mais je n'y ay grande espérance , cognoissant leur

• Don Diego de Çûîiiga et le marquis d'Ayamonle.

' On a mis, par erreur, en tête de cette lettre, la date du V> octobre : c'est pourquoi on lui a donné le n° LXIV.

naturel et la façon dont ilz ont aecouslunic user. Il leur sulfist de dire et dénionstrer en estre mal contantz et y vouloir remédier, et cependant ilz veullenl que leurs aflfaires se facenl, sans se donner peine à quelz despens : chose que vous scaurez (toutcsfois discreltement) bien faire cognoislre par delà, (|uant il en sera besoing. El eroy bien asseurément qu'il a esté quchpie chose de ce traieté, duquel je vous ay escript, que faisoit négotier le due dAlve avec(|ues le prince d'Orange, considéré mesme par ce que vous en a dict ledict Rygommes.

Car ilz ont accoustumé, comme ilz ont proposé faire une chose, de la colorer de boime heure de quelque raison pour servir d'excuse, aflin qu'elle ne soyt trouvée si eslrange, quant elle est faicte et aux yeux d'un ehascun : si que j'estime cesle praticquc estre eneorcs en termes, jaçoyt que le prince soyt conmie réduit au eu du sac depuis (pie le duc a repris Sulphen et qu'il ne luy reste que la Hollande, où il est entretenant eculx du pays à sa dévotion autant qu'il luy est possible. A quoy je vous prie avoir l'œil ouvert, comme à chose à laquelle j'ay notable intérest, et en parler bien liaull, si vous cognoissez qu'il en soyt quelque chose.

Le marquis d'Ayamonte s'est contenté de le féliciter sur la mort de l'amiral. Seulement il a mis en avant quelques propos pour persuader le roi denlrer dans la ligue ' : il y a été fait la réponse convenable. — Le légat a été reçu à sa cour avec llionneur que méritait un envoyé du saint-père.

— La reine a Saint-Gouard, même date. Elle lui dit, à propos de la mission du marquis d'Ayamonte : « Je eroy qu'ilz veulent entretenir le monde » en espérance avecques leurs artifïices accoustumez, desqiielz nous avons » si bonne congnoissaiice que ilz ne nous y tromperont. » — Elle lui répond au sujet de ses démarches : « Il faut persévérer, et estimer qu'ilz ne font rien » de ce qu'ilz promeltenl, sinon autant qu'ilz y sont poussez et conslrainlz. » — Elleécritau prince d'Eboli, le priant de continuer tous bons ollices « pour » l'entretènement de l'amitié de ces deux roys, tant utillc et nécessaire pour » le bien de la chreslienlé. » — Le duc d'Albe leur a envoyé son cousin, don Antonio de Tolède, pour les féliciter sur raccoucliement de la reine.

XCVI. \CVII. — Au roi, Madrid, 17 décembre i'jl± (En vlulfres, avec le déchiffrement.) Le pape et les Vénitiens font de grandes instances auprès du roi catholique pour que, l'année prochaine, il redouble ses efforts dans l'inlérèt de la ligue. « La Seigneurie envoie icy ung ambassadeur nouveau ':

' La ligue callioliquc contre les Turcs. • l.orcnzo Priuli.

» toutesfois ilz ne veullent que le vieux ' parte, et l'ont reconfirmé pour six » mois, parce qu'il est homme qui entend très-bien comme l'on négotie » de par deçà.

... Quant au duc d'AIve, je luy puis asseurer que, s'il avoit icy quelque roide ennemy qui me vouilust ayder, je l'aurois mis en ung bon chemin, et puis asseurer à Vostre Majesté que, encores que le roy catholicque, pour cstre prudent, dissimule dextrement les fautes de ses ministres, et mesmement quant il n'y peult remédier, si scay-je que en luy-mesmes il est très-mal satisfaict dudict duc, tant pour les plaintes que je luy ay faictes des mauvais procédez qu'il tenoit en ses déportemenis à l'endroit de Vostre Majesté, que pour ce qu'il a très-bien compris que ses tyrannicques déportemenis ont esté cause de mectre ses Pais-Bas en compromis ; mesme que l'on se plainct qu'il a voullu mener toutes les affaires contre le règlement que l'on luy en donnoit, comme il apert bien ne avoir voullu publier le pardon envoie de longtemps, comme je feiz entendre à Vostre Majesté de l'heure mesme qu'il feust dépesché. L'on le veult tirer de là, mais l'on ne scait comment, jusques à ce que l'on ne voye à quoy parera '^ le prince d'Orange : d'autant que l'on craint, introduisant nouveau gouverneur, que l'ambition de cestuy-cy, de peur que autre feist mieux et que cela veint à sa honte et confusion, il y inventast nouveaux embarras, etaussy que les principaulx de ce conseil sont bandez à sa défence, de manière que la nécessité et la peur le maintiennent. Mais j'oserois asseurer que l'on luy commandera qu'il se donne bien de garde de riens faire qui déplaise à Vostre .Alajeslé, leuraiant bien juré et protesté qu'elle ne l'endureroit aucunement, n'aiant dissimulé le passé, si n'est pour n'estre troublée aux choses que l'on voit advenues.

Si Vostre Majesté me commande, sur nouvelles occasions, faire autres instances, et qu'il luy plaise que j'entende bien les raisons et les termes desquelz il luy plaist que je use, je l'asseure que je ne m'y fauldray non plus que j'ay faicl. Mais, à celle fin qu'il ne semble que l'on ayt peur d'eulx, je serois d'advis que l'on ne se plaigne que de choses grandes, monstrant que l'on en fera soy-mesme le chastiment, s'il n'y est pourveu. J'oserois jurer que autre occasion ne le relient plus de delà, si ce n'est qu'il s'y est rendu nécessaire par les raisons que je dicts, de manière que je concludz que la nécessité l'y maintient, et non la volunté de son maisire, lequel est, comme j'entends, en grande inquiétude pour remédier à ses affaires; lequel les a tout seul sur les bras, et toutes de très-grande importance, et plus peult-eslre que l'on ne pense.

Et pour vous dire, Sire, en quoy je supplieray autre fois S'ostre Majesté me pardonner si j'entre en ces discours, pour le |)remier, il est très-mal assisté de ses ministres, ses

' Leonardo Donato.

' Parera, de l'espagnol parcird : c'est-à-dire quel sera le résultat de l'entreprise du prince d'Orange.

PHILIPPE II. il3

provinces osloignccs il suhgcL'iz mal iraictczdc ceulx qui les gouvernent, el dont il se faici infinité de plaintes ausquclles il n'est pourveu, pour ne pouvoir; qui toulesfois ne laissent à esloigner les voluntez de sesdicts subgeclz : qui se forme (?), si ce n'est pour à eeste heure, il ne peull faillir (pie ce ne soit pour une autre fois, ei peidl-eslre bientost, une rébellion manifeste, de manière que cella se descouvre, à ce que luj-mcsmes ne peull taire, croiant qu'il est presijue impossible de pacilBcr et remédier les Pays-Bas sans sa présence. El a esté jusques à proposer son passage, y oposant à mesme temps les diilicultez : premièrement, qu'il est desjà d'eagc et crainct fort le passage de la mer Océane; de le faire par terre, il le penseroit faire par les mains de Vosire Majesté aussi favorablement que le fist l'empereur Charles, son père, qui passa par France du temps du grand roy François : loutesfois il semble que de ces deux il ne le prenoil, apitrouvani, s'il est eontrainet de le faire, de passer par Uareelonne à Gcnnes. Lequel l'on dicl (|u'il pourroit faire eeste année prochaine, soubz dissimulation d'aller seullement aux cours ' de .^ionson: craignant, d'autre parl,quel(|ue altération de par deen, cognoissanl la volume des grands assez mal disposée, el aussi (|u"il Aiult véoir, premier que se résoudre plus avant, ce que fera le Grand Seigneur cest esté, car il?, sont sy gaillards que l'on dict. Je ne seay s'il ne vouldra point se faire véoir à ses costes. Et puis aultre chose qui me faict penser qu'il demeurera en Espaignc, c'est qu'ilz disoient, en eeste proposition, qu'il ne dcmeureroil qu'ung an en son voiagc et réformalion de ses Estatz , et que cependant il laisscroit iey la royne pour commander : mais aut affaires qu'il a sur les bras, je ne penserois qu'il les achevast de dix. De manière que les affaires ne sont petites, ausquclles aussi il travaille incessamment, car a appelle iey tous les grands, les ordres et les estatz : il ne se seait sur quoy. Quant à moy, je pense que c'est pour matière d'argent.

Hz ont mis un ordre sur les courriers (|ue l'on leur envoioit de Flandres de manière que ne leur en vient img seul : mais ilz s'envoient à leur ambassadeur qui est près de Vostre .Majesté, (|ui depuis dépeschc jusipies à Iron, de manière que, par ce moicn, il ne vient une seuUe lellre de parliculliers, qui em|)esche (|uc l'on ne peult rien entendre, taisant extrêmement tout ce qui leur vient, s'il n'est bien fort bon et qui leur peull donner crédit; aiant esté longtemps, comme l'on déscspéroit de Flandres, que ceulx (pii font iey les grandz partiz monstroient vouiloir serrer les boiu'ses.

C. CI. — Au roi, Madrid. 2.3 décembre 1372. Jui cliifj'res, avec le déchiffrement.) Le 18 il a reçu la lettre du roi du 7. — Il ne manquera pas de saisir toutes les occasions d'insister sur les sujets de mécontentement que le duc d'Albe donne au roi.

' Aux cours, aux corlés.

414 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Hier arriva un courrier du duc de Medinaccly dépeselié exprès pour se plaindre des depportements du ducd'Alveen son endroict, Taisant ledictduc d'Alve tout ce qu'il peult, par praticques, pour cstablir et laisser don Fadrie * pour gouverneur des Pays-Bas. Il n'y a nul icy qui parle contre, ny qui tienne pour celuy de Medinacely, estant le prince d'Evoly en telz ternies qu'il y a plus d'un nioys qu'on estime qu'il ne doibve

vivre un jour, qui estoit seul qui portoit sa cause

DEUXIÈME VOLUME

I, II. — Au roi, xMadrid, 6 janvier 1ÎJ73. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Le roi est toujours à l'Escurial. — Venue de deux Anglais qui se sont plaints vivement du duc dAlbe, et ont engagé le roi à faire l'entreprise d'Angleterre. — Le roi est très-mal satisfait de la mauvaise intelligence qu'il y a entre les ducs d'Albe et de Medinaceli, « et ne peult tant dissi- » muler le desplaisir qu'il en a, qu'il ne s'y apparoisse quelque cas. Hz font M toulesfois toute diligence que cela et autres affaires de Flandres, si elles » ne sont bien bonnes, ne se saichent icy, ne se donnant nulles lettres aux » parliculliers. » — « Je suis adverly qu'ilz veullent faire publyer quelque » pardon en Flandres, et que Ion est très-mal content que le duc d'Alve » ne l'avt faicl dèz le temps qu'il luy fut commandé. Je cuyde qu'il fera » peu de proullict, n'estant, ainsy que j'entends, général. »

VI. — Le roi à Saint-Gouard, :20 janvier lo73. Politique insidieuse de la cour de Madrid :

Les Espagnols ont publié et voullu faire croire par le monde que nous avyons juré ensemble la ruyne de tous ceulx qui font profession d'autre religion que de la nostre, et que ce que j'avoys faicl estoit avecques eulx prémédité de longtemps. De faict, leurs persuasions ont esté receues pour sy fort vraysemblables, estant confortées d'allées et venues de ceulx qu'ilz ont envoyez vers nioy, que, sy la pure vérité n'eust de soy eu assez de force pour surmonter son contraire, j'estime qu'ilz feussent parvenuz au-dessus de leurs intencions , et qu'ilz ne m'eussent seullemenl esloigné et distraict l'amytié de la royne d'Angleterre et des princes et cantons protestans, mais ilz se la feussent acquise et asseurée à mon dommaige.

Le roi attribue à cette politique de la cour d'Espagne les deux anibas-

' Don FaJriquL' de Tolède, lils du duc d'Albe.

IMULIPPE II. 4IS

sacics qui lui ont ëlc envoyt-es du marquis d'Ayamonte et du comte d'Arenherg.

VII. VIII. — Au roi . Madrid , 4 février lo73. (/s« chiffres, avec le déchiffrement.) Le roi catholique est depuis quel(|ues jours de retour à Madrid; il est allé loger à S'-Jérome. pour commencer le chapitre des ordres. — On se plaint fort de ce que don Juan d'Autriche, pendant quarante mois qu'il est sorti avec larmée de mer, a dépensé 1.070,000 écus. — " Hz se » sont peu resjouiz icy du peu de bonne fortune que eust don Fadricq en » la rencontre du S"^ de Lymeit ', car en mesme temps ilz ont sceu la mau- » vaise advanture de l'assault donné au ravelin de Harlem. Hz font tout ce

» qu'ilz peuvent pour le cacher » — « Il n'y a nulle faulte que le roy

» catholicque est très-mal satisfaict du duc d'Alve. »

IX. — A la reine, même date. La princesse de Portugal est toujours fort mal et sans grand espoir d'amendement. — Le prince d'Eboli se ressent encore de la giande maladie qu'il a eu et qui l'avait fait condamner par tous les médecins.

X. XL — Le roi à Saint-Gouard , 8 février 1575. Il est très-satisfait du soin, de la vigilance et de la dextérité de Saint-Gouard: il ne serait pas possible de négocier avec plus de prudence qu'il ne le fait. — Le 2 a été baptisée sa fille, (pii a reçu le nom de Marie-Elisabeth. Le grand écuyer de l'empereur l'a tenue sur les fonts pour l'iujpératrice, le comte de Worcester pour la reine d'Angleterre, et le duc de IVemours pour le duc de Savoie. Le cardinal de Bourbon a fait l'office. Tous les ambassadeurs assistaient à la cérémonie.

XII, XIII. — Au roi, Madrid, 22 février 1573. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Affaires des Pays-Bas :

Quanl au rcslc, je vetilx bien asscurer Vosirc Majcslé (|iril/, sont bien cnipcschcz à ce qu'ilz lioibvcnl résouldrc pour remédier aux alfaircs des Pays-Bas, cl lous les jours ilz en l'ont conseil, où, à ce que j'entends, il se faiel nombre de différentes fitopositions cl selon les parliz : (pii du duc d'.VIve, qui de celluy du duc de .Mcdina Cely. Il a esté encorcs despuis deux ou Iroys jours proi)osc que le roy catholicque y allasl, et que sa présence y cstoil Irés-nécessaire pour la pacillication et réformation de son Eslal : mais,

' Guillaume de la .Marck, seigneur de Luniey. Don Fadriquc de Tolède Pavait baUu devant Harlem au mois de décembre précédent.

i\& DEPECHES DES AMBASSADEURS.

à ce que j'onteiuls, Rigomes et le prieur don Anthoiiie de Tholède insistent le contraire, lesquelz néantnioings sont différents en parliz, négotianl l'un pour ung duc, et l'autre pour l'autre. Mais, pour pallier l'affaire, l'ung, qui est Rigomes, propose qu'il y fault mectre le prince Arnest ', s'il fault à l'eslection de Polongne 2, ou l'archiduc Charles, et leur donner à qui que ce soit le commandeur majora pour assistant, lequel est à ceste heiu'e pour gouverneur à Millan, ou le duc de Sesse, et luy donner pour cest effect le lillre de président premier conseiller d'Eslal et protecteur des afl'aires publicques.

Encores dict-on que l'on propose plus avant: mais de ce poinct je n'en puys parler asseurémeni, qui est de marier le prince Arnest, s'il entre en ceste charge, avecques l'une de mesdames les infantes : disant encores que avecques ce mesmes l'on pourroit amortir la prétention de l'impératrice et la pension que l'on luy faict de deçà, la faisant audict prince Arnest auxdicts Pays-Bas.

J'ay veu quelque temps que l'on n'esloit trop satisfaict de l'empereur : mais à ceste heure toutes choses sont mieulx, et entends que ledict empereur a encores proposé au roy calholicque de faire désarmer le prince d'Orange à quelques conditions qui ne seroient trop préjudiciables audict seigneur roy, lequel n'y veult nullement entendre. Je ne sçay si le coup ne sera point faict premier que l'on le saiche, ayant icy ceste bonne coustume que l'on ne seayt rien de ce qui est arroslé juscjucs à ce que l'on le voyc exécuté où il doibt eslre. Cella est pour la part du Pays-Bas.

Rigomes fera lout ce qu'il pourra premier que l'on relire le duc de Médineet que l'on y en laisse ung du parly contraire, pour avoir esté luy seul cause qu'il y ayt esté envoyé; et s'il en sort, ce sera, ainsy que l'on asseure, pour estre envoyé à Aaples. Et les autres, cognoissans le mauvais eontantement que le roy calholicque a du duc d'Alve pour ses déporlcmcnls en ce gouvernement, et le désir qu'il a de l'en retirer, proposent de leur costé qu'il y fauldroit envoyer le seigneur don Jehan d'Austrie ou monsieur de Savoye, poiu' y estre ung temps et y réduire toutes choses.

Voylà les disputies que j'entends que ont les partiz, sans que l'on puisse juger à ce que s'en résouldra le roy calholicque, lequel faict forces expéditions de capitaines, tant icy, Itallie, que Allcmaigne.

A ce que j'entends, l'on veult faire descendre en Flandi'cs les Espaignoizde Lombardie et quatre mille Ilalliens, et essayer de ceste part, par la mer, y envoyer tout ce que l'on pourra. Vosire Majesté s'asseurc que le roy calholicque est très-mal content du duc d'Alve, lequel faict de son costé tout ce qu'il peull pour ne revenir que pour le moings il n'ayl, pour sa justilfication, à dire qu'il ayt aplané les Pays-Bas et réduict soubz le joug

' L'archiduc Ernest, un des fils de l'empereur.

• S'il ffiutt à l'eslection de Polongne, s'il n'est pas élu roi de Pologne.

' Don Luis de Requesens.

où il les a di-sespcroz , et s'y vcoir ticux ans paisibles, pour y lever tant d'argent que, le donnant au roy caiiiolicquc, il se puisse exeuser du grand dégast dont l'on l'accuse; et fera aussi tout ce qu'il pourra pour remédier à la désunion où il a ilonné rapparence entre ce roy-icy et la royne d'Angleterre : à quoy Vosire Majesté doibi |)rendre garde, à celle fin que rien ne s'y face à son préjudice ou intérest. Icy l'on dict bien que l'on n a garde de se laisser aller à telles eboses : mais je ne croy pas, s'ilz y ont proffii, qu'ilz ne le facent; et de delà se fera le coup. Aussi l'on dict que le duc d'Alve se opiniastre à publier son filz pour gouverneur. Cela les embarassc bien parmy la ligue, où ilz font toute furie pour donner apparence que ceste année ilz veullent faire tous bons exploictz, et disent que à bonne heure ilz veullent esire en mer, et font estât d'avoir en l'armée

troys cens gallaircs royalles, et qu'ilz veullent faire la première offensive

Le roy catbolicque a pris très-mal le procédé du pappe en sa prétention des i)atronages au royaume de iVapies, ayant usé d'excommunication à l'endroict du cardinal Granvelle et dégradation du chapeau s'il empeschoit ladicte prétention, à quoy j'entcns que ledict S'' cardinal a consenty : dont on est de deçà très-mal content et satisfait

Le roi est parti pour l'Escurial — On a de nouveau assuré Saint-Gouard que l'empereur fait instance pour racconimodenient du prince d'Orange.

XIV. — Le roi à Saint-Gouard, ±1 février 1d75. 11 se plaint de la politique de la cour d'Espagne :

Monsieur de S'-Goarl, j'ay pris bien grand plaisir à la lecture de vostre lettre du ini'= du présent, laquelle m'a esté rendue par les mains de don Diego, pour esire escripte de grande prudence et non moindre affection à mon service : ne se pouvant faire plus sage jugement des affaires de la ebreslienté que vous faites. En quoy je recongnois que vous y voyez clair, comme il appartient pour me bien servir : estant impossible que vous puissiez faillir suivant ceste maxime, car ilz ont certainement tousjours faict leurs affaires à mes despens, sans aucun respect de l'aliance qui estoit entre nous sy proche, et de l'amityé sincère et fraternelle qu'ilz ont reccue de moy ; et nont esté niarrys diviser les grands de mon royaume, pour le troubler et ruyner, afiin d'avoir loisir et moien d'asseurer leurs Esialz et acroislre leur auctorité, comme il est advenu. Maintenant je cuyde qu'ilz voudroieiu encores faire le semblable, ne se conlentans de l'exécution que j'ay faicte en mon royaume, laquelle a esté la salvation entière de leurs Bas- Pays, ains la calomnient et desprisent autant qu'ilz peuvent, s'efforçans de rendre mes actions odieuses en Allemaigne et partout ailleurs où ilz estiment que ceulx de la nouvelle oppinion estoient favorisez, jusques en Polloigne, pour nuyre et traverser la poursuicte de l'élection du royaume que je faiclz pour mon frère. A Rome et ailleurs ilz publient que le tout a plustosl esté exécuté par hazard que deslibération préveue et

418 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

mcurenient coiisiilérée; cl n'y a aucune espèce d'imposture dont ilz ne s'aydent pour me nuyre. Cependant l'on seail que le duc d'Alve faict soubs main tout ce qu'il peull pour appoinctcr avecques la royne d'Angleterre, praticquer le conte Ludovicq et s'asseurer de tous endroicts d'Allemaigne, aflln de me rejecter sur les braz tout l'orage et me laisser seul dcmcsler ceste querelle, à laquelle ilz ont autant d'intérest que moy, comme jlz font courir par delà que les soldatz qu'ilz font lever sont ordonnez pour venir en ce royaume, et que je leur ay demandé secours. Ledict duc publie deçà que je luy en ay promis et luy en doibz envoyer, pour faire congnoistre à ung chascun que nous sommes tellement conjoinciz ensemble que nous avons jure et promis l'un à l'autre tout secours et ayde pour exterminer tous ceulx qui font profession d'autre religion que de la nostre, affin d'accroistre la deffîjince que les protestans de l'Angleterre ont conccue de moy pour les choses passées.

Voilà, monsieur de S'-Goart, les bons offices que je reçois d'eulx en contre-eschange de ceulx qu'ilz ne peuvent nycr avoir receuz de moy

XV, XVI. — Au roi, Madrid, 10 mars 1575. (En chiffres, avec le déchiffrement.) Le S"^ de l'Aubespine. qui retourne en France, informera le roi de tout ce qui se passe à Madrid. — Affaires des Pays-Bas^ troupes envoyées de la Lombardie dans ces provinces; don Luis de Requesens; menées contre le prince d'Orange :

Encores que j'aye chargé le S' de l'Aubespine de dire à V. M. que Ion envoyoit les

Espaignolz qui cstoient en Lombardye en Flandres, je luy ay bien voulu encores redire que j'entends qu'ilz sont partiz et acheminez, ayant esté ceste expédition très-soudaine et cachée, de peur qu'ilz ont eue que, ayant esté descouverie, l'on ne empeschast le passage à telle descente de gens aux Bas-Pays. Je n'ay sceu sçavoir asseurément si le grand commandeur, vice-roy de Milan ', les conduict; si est-ce qu'il m'a esté dicl de gens qui en peuvent sçavoir quelque chose, et si ainsi est, j'ay vraye oppinion qu'il en sortira les deux ducz -. C'est un homme qui présume qu'il n'y a autre en ce monde qui le vaille, et croy, veu son humeur, que s'il va par delà, que rien n'en sera mieulx. L'on est icy deslibéré, comme je puis véoir, d'aplaner toutes choses de ce costé-là avecques la force, et est ce que le roy calholicque a dicl depuis peu de jours , que jamais il ne capitullera avecques ses subgectz des Bas-Pays; que s'ilz se vouUoient faire dignes de sa miséricorde et grâce, il falloit qu'ilz se désarmassent et rendissent à sa discrétion, et que lors il leur donncroit toute occasion de se louer de sa bonté. Il est en extrême collaire , pour ne véoir la diiiinitive de ce faict ne |)lus ne mieulx advaneée, pour la grande despenee qu'il luy

' Don Luis de Requesens.

' Les ducs d'Albe et de Medinaceli.

convient faire, lanl de ce costé-là que à la ligue, trouvant avecques assez de difficulté tout largcnt qu'il fault gaslcr tant d'un costé que d'aultre. Il n'y a rien plus vray qu'ilz ont une praiicque pour alirapper le prince d'Orange, mais il est très-difficille à entendre quelle; et à ce que je puis pétiélrcr, il y a une ville de celles de Hollande, laquelle tient sa voix, avcoqucs laquelle l'on a praiiccpié, s'il y va comme a esté sa couslumc, de le rendre aux mains de ses contraires ; ayant aussi gens attitrez pour le tuer. Je pense qu'ilz vouldroiont bien n'estre poinct entrez si avant en l'alliance. Toutesfois il y a toutes sortes d'a|)parences d'advanccr tous apprests pour elFectuer quelque chose de grand ceste année

La maladie du prieur don Antonio continue; le conseil se tient en son logis, où le prince d'EboIi se rend.

XVII, Wlll. — Au roi, Madrid, 10 mars l.")73. [En chiffres, avec le déchiffrement.) Le roi catholique s'est retiré à l'Escurial. — Mauvaises nouvelles des Pays-Bas apportées par un courrier :

Lequel je sçay asseurément avoir apporté iey de très-mauvaises nouvelles et plus

désagréables du succès et mal progrèz du siège de Herlan et autres affaires dcppendantes de la guerre du Païs-IJas, et dont le roi catholicque, plus que de sa cousiume, en a monstre très-grande émotion et collère contre le duc d'Alve, en se voyant assez eslongné de ce qu'il avoii promis en la dilliiiilive de ceste guerre, n'y jugeant à cesle heure que de sinistres apparences. J'ay, depuis les nouvelles de ce dernier courrier arrivées, observé et pris garde aux procédez de ces ministres-icy, pour véoir où touchoient leurs particullarilez : que est qu'il y a quelque temps que Rigommes avoit monstre par apparence ne se voulloir formaliser ne se faire partie contre le due d'Alve, mais au contraire avoit monstre pardoner (?) en toutes choses les partisans duiliet duc, de manière que l'on pensoit que tout se préparoit en sa faveur. Mais je me suis apperceu que cesle dernière nouvelle avoit donné nouveau courage audiet Rigommes pour les affaires du duc de Médyne, et si avant qu'ayant souffert traielcr précédemment de son rappel, à ceste heure il conteste fort et ferme au contraire. En outre, durant sa maladye, telles choses s'esians accommodées entre le prieur don Anthoinc de Tholède et luy, ledicl prieur alloii au conseil qui se faisoit au logis dudict prince; et depuis il est advenu que ledict prieur est tombé mallade de gouttes, s'eslant, depuis la venue de ce dernier courrier, tenu conseil en son logis, où le prince ne s'est voulu trouver

XiX. — Le roi à Saint-Gouard, 17 mars 1d73. Nouveaux compliments et remerciments pour sa conduite. — Il voit que, selon leur coutume, le roi d'Espagne et ses ministres veulent accommoder leurs affaires à ses dépens. — Embarras et diflicultés que le duc d'AIbe éprouve aux Pays-Bas :

420 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Le duc d'Alve commence à désespérer entièrement de l'entreprise de Harlan, comme vous verrez par les deux dernières despèehes que j'en ay receues de Montdoulcet, et Textresme peyne en laquelle il se retrouve, se préparant pour se jecter en campaigne et recepvoir le secours qu'il prévoit debvoir venir au prince d'Orange soubz la conduicte du conte Ludovicq, son frère. Il a mandé les cinq mil Espaignolz de Lombardye; il a retenu sept mil reistres en varteguel ' , et adverty les reistremaislres et collonnelz de se tenir prests.

Il faict battre le tambourin par tous les Pays-Bas, et s'esquippe de tout ce qu'il véoit estre nécessaire pour se garder et deffendre, sans y rien oublier, jusques à s'estudier se réconcilier les voluntez des subgeclz du pays : ce qui luy sera très-malaisé en si peu de temps, parce qu'il s'est rendu trop odieux à un chascun par les mauvais et rudes trafctemens qu'ilz ont receu de luy. Toutesfois si cognoist-l'on bien que, nonobstant tous ces préparatifs de guerre, ledict roy catholicque a toutes ses cordes tendues pour composer les troubles desdicts pays, renouer avecfjues la royne d'Angleterre et s'asseurer des princes protestans : en quoy l'on véoit qu'il est aydé de l'empereur, devers lequel le duc Auguste de Saxe est, ces jours-icy, allé bien innopinément, en partye, comme l'on présume, pour ceste occasion. Le duc de iMedina travaille aussi, tant qu'il peult, pour mettre de l'eaue sur ce feu , avant qu'il soit plus embrasé, et ne s'y obmecl aucun expédient qui y peult servir. Il y a grande apparence à ce que vous me mandez de l'archiduc Ernest pour la résidence èsdicts Pays-Bas, s'il est deschu de sa prétention au royaimie de Polongne, le faisant assister du grand commandeur qui est à IMillan, ou du duc de Scsse; et ne fault penser que ledict roy catholicque le fasse pour mal conlantement qu'il ayt du duc d'Alve, jaçoit qu'il soit notoire à un chascun que sa façon de procéder a réduict lesdicts Pays-Bas es termes où ilz sont, et que ledict duc soit combattu de la pan contraire auprès de son maistre, qui n'est foible, mais pour contanter les princes protestans et composer ses affaires par l'amiable, puisqu'il n'y peult remédier par la force; cognoissant clairement que s'il peult une fois terminer lesdicts troubles et me laisser seul en cesie dance, qu'il aura loysir et moyen de si bien establir son auctorité, non-seullement èsdicts Pays-Bas, mais ailleurs, qu'il se randra plus grand et formidable qu'il n'a point esté. Avecques ces occasions l'empereur s'efforcera de faire son lilz roy des Romains, sans que nul ayt la hardiesse et puissance de s'opposer aux dessaings de ceste maison, laquelle donnera enfin la loy à toute la cbreslienté.

C'est, monsieur de S'-Goart, le bien qu'ilz s'elforcent me raridre pour celluy qu'ilz ont receu de moy, qui est tel que chascun sçait, où si l'intelligence cstoit telle entre nous qu'il conviendroit, nous pourrions facillement chastier ceulx qui nous font la guerre, et nestoier noz pays de la contagion qui y a esté introduicte par la malice du

' Varteguel, de l'allemand warlr/clt, solde d'attente.

IMIILIPPE II. 421

lomps et témérité de plusieurs. Mais, |)uis(|ue ainsi est que ledict roy ca(iiolic(]ue est si peu soigneux du public»] et du service de Dieu, et qu'il est tant seullenient (|uestioii de se tirer de la presse et faire ses alTaircs, j'espère que Dieu guydcra,s'il luy plaist, mes intentions pour me deslivrer de ceste guerre par une fin honiiorable et équitable

XX, XXI. — Au roi, Madrid, 18 mars IS73. (En chiffres, avec le déchiffrement.) Arrivée à Madrid de don Bernardino de Mendoza ', envoyc par le duc d'Albe; il est parti immédiatement pour l'Escurial.

XXII, XXIII. — Au roi, Madrid, 30 mars 1573. On continue à cacher toutes les mauvaises nouvelles qu'on reçoit des Pays-Bas. Tout espoir de la prise de Harlem est perdu.

XXIV. — Mémoire de plusieurs points que le S'' de l'/tubespine fera entendre à LL. MM. TT. CC, sans date (30 mars lo73). Nous en extrayons les articles qui concernent les Pays-Bas :

Le duc d'Albe et dom Frédéric se justillienl de n'avoir trouvé moyen de réduire Ilerlem par composition et douceur, et s'excusent sur le mescontantemcnf qu'ilz ont veu qu'avoil le roy d'Espaigne de la composition de Mous

L'on faict encores quelque bruict soubz main que le roy calliolicque passera en Flandres; toulesfois l'on croit que cella ne se dict que pour maintenir et contenir tousjours cculx qui luy ont esté bien affectionnez audici pays et qui ont tenu sa pai't, Icscpielz l'on crainct <|ue enfin ilz ne se desbandent , poiu' inimityé qu'ilz ont contre le duc d'Albe, que l'on veult rapeller en toute mode

il y avoit cy-devanl (juclque ap|)arence que le duc de Médine demoureroit au gouvernement : mais à présent (pi'ilz véoyent (pic leurs affaires sont en très-mauvais estât et qu'elles ne se peuvent aysément remédier, le prince d'Evoly et aucuns autres de ses principaulx ministres ont proposé au roy catbolic(|ue que, pour se rcmctlre eu bon mesnage avecques rempcreur et contenter les Allenians, il seroit très-expédient (|u'il (eist le mariaige de l'aisnée de mesdames les infantes avccq dom ArMest,filz puisiié de l'empereur, et luy baillast en partaige, pour la prétention de rinq)ératrix, l'Eslat des Pays- Bas de Flandres, et pour les remectrc du tout en son obéissance, comme ilz estiment qu'il seroit aysé par le moyen dudict empereur, et de composer aussy le faict du prince d'Orange. L'on parle, pour le maniement des affaires dudict pays, le grand commandeur de Castille, à présent général de Millau, y seroit appelle et le duc de Médine envoyé

' Auteur des Comentarios de lo succdido en las i/uerras de los Paises Baxox desde el wio de 1567 hasiu el de 1S77. Voy., dans la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-lias, t. II , p. 5IS, la lettre du duc d'Albe où il annonce au roi l'envoi de Mendoza, et l'inslruclion de celui-ci.

pour général n Naples. Ledict roy catholicque a infiniment bien prins ceste proposition, et les Alleraans aussy, et pense-on que les Espaignolz s'en serviront et que eella réussira en tout: ayant esté ce négoce entendu par la royne d'Angleterre, qui monstre le trouver bon, d'aultant que, si elle espouze le roy de Hongrye , elle sera niieulx avoisinée qu'elle n'estoit des Espaignolz. Et se dict aussy que finallement l'on fera eslire

ledict roy de Hongrye roy des Romains

Le dernier courrier qui arriva de Flandres apporta de si mauvaises nouvelles du siège d'Arlem et de la perte qu'ilz avoient faicte d'infiniz cappilaines espaignolz, que le rov catholicque, commençant à lire la dépesche du duc d'Albe, se mit si fort en collère qu'il la jelta dans le feu , sans achever de la véoir, et dict que ses ministres l'avoient tousjours trompé jusques à présent. C'est chose que l'on ne luy a jamais veu faire, pour quelque mauvaise nouvelle qui luy soit arrivée

XWI. — Le roi à Saint-Gouard, 6 avril 1373. Affaires des Pays-Bas; projets attribués au roi catholique; instructions à Saint-Gouard sur le langage qu'il doit tenir à ce sujet :

Monsieur de S'-Goart, vous m'avez renvoyé le jeune de l'Aubespine si instruict de toutes choses (ju'il m'a sceu rendre bon compte, avecques vostre lettre du x", des affaires et occurrences de par delà. Par où j'ay pris lumière et esclaircissement de plusieurs conjectures que j'avois remarquées de l'intention du roy d'Espaigne, lequel, soubz couleur de piété et religion et de s'en dire et monslrer faulteur, veult, s'il peult, accommoder les affaires de ses Bas-Pays, se réconcillier avecques la royne d'Angleterre et les princes prolestans, et me laisser sur les bras les ennemys que nous sommes acquis pour la deffence de ceste querelle, cependant qu'il me congnoist occuppé à la réduction de la Rochelle et autres villes tenues par mes rebelles, et sur le poinct d'en cueillir bientost une heureuse fin.

Il dict néantmoins , selon que m'escrivez par vostre lettre du xiu% qu'il ne cappitullera jamais avecques ses subgectz desdicts pays ; que s'ilz se vouloient faire dignes de sa miséricorde et grâce, il falloit qu'ilz se désarmassent et rendissent à sa discrétion; que en ce cas il leur donneroit toutes occasions de se contanter et louer de sa bonté. Sur ce il publye faire venir èsdicts pays les Espaignolz di; Lombardye et qu'ilz sont desjà partiz, dèmonstrant plus que jamais vouloir sortir desdicts affaires par la force; mesnies que le duc d'Alve a retenu huict mil reistres en werteguel et faict tous préparatifs en apparanee de se fortiflier et munir de toutes provisions nécessaires : mais en effect nous congnoissons qu'ilz sont entièrement bandez, depuis l'exécution faicte de mes conjurez à Paris, pour aplaner par une bonne composition les troubles desdicts pays et se mectre à l'abry, et me délaisser seul au descouvert et à l'injure du temps.

Vous en voyez mainlenanl la conclusion, laquelle est cognene à \w ehasciin, car nous avons de Ions cosiez advis que le mariage de l'aisnée dndict roy catholicque est arresté avcc(|nes Tarchiduc Krnest on le troisième fdz de l'empereur, et que lediei roy, en faveur de ce mariage, délaissera Icsdicts Pays-Bas et ensemble satisfera au partage prétendu par rcmpercnr; qucledict empereur est moyeimcnr, non-senllcnieni d'en accommoder les affaires, eontanter le prince d'Orange et ceulx de son party, mais asseurer pour ainys andict roy eaiholicque la royne d'Angleterre et lesdicis princes protcsians, jusques à dire qu'il sera permis andict prince et ses associez joyr de leurs biens hors desdicis i)ays, et que son filz aisné, qui est en Espaigne, sera marié à la fille du duc de Médina Cely. Je ne double pas aussi que le mariage du roy de Hongrye ne soit proposé avecques la royne d'Angleterre, et que Icsdicts empereur et roy d'Kspaigne ne cherchent autant <]u'ilz pourront de joindre à leur maison ce royaume , et que d'aultre part la royne ne soit esmeuc à y entendre, pour acquérir l'honneur de ce tiltre d'empire que l'on vouidroil, avecques ce mariage, faire succéder andict roy de Hongrie, et asseurer elle et son royaume du roy d'Espaigne, pour se fortillier es préienlions de Calais el autres anciennes qu'elle a contre ceste couronne, ne pouvant prendre conliance de nioy pour ce qui est advenu, quelque déclaration ouverte que je luy face faire de ma volnnté.

Toiilesfois, quant au premier poinct , je crois diffieillement que ledict roy caiholicque, ayant un filz cl espérance d'en avoir cncores d'autres, veuille cnliérenient délaisser lesdiels pays à un de l'empereur, estant l'ancien et assenré patrimoine de sa maison, ains j'estime que ledict empereur, sans ce partage, ne fera difficulté de conclure ce mariage, ne pouvant marier son filz en lieu plus avantageux; davantage, qu'il se conlanicra potn- son filz seullcmenl du liltrc de gouverneur desdicis pays, avecques espérance que l'on luy donnera dudict mariage, dont les Espaignolz ne seront cherchez, affin de pouvoir se réconeillier les volunlez et cueurs de leurs subgeclz et lever les deftianees que la royne d'Angleterre el princes protcsians ont pris d'eulx et dn duc d'Alve. Tant y a qu'il est quelque chose de cecy; el croy plus le dernier des trois que nul autre, estant certain (]ue le grand commandeur vient èsdiets pays; et n'est auctme nou- \elle que les Espaignolz de Lombardye y doibveni passer, cncores qn'ilz publient par ilelà , comme m'escrivez , estre parliz et aehemynez.

Quant il l'autre poinct, je cuide qtie les choses ne sont cncores si advancées que l'on les doib\e tenir pour faicles, bien qu'elles sont mises en avant el que l'accord d'entre ladiele royne d'Angleterre el le duc d'Alve pour leurs subgeclz est résolu et conclud, jaçoii qu'il ne s'en face autre démonstration.

Je cognois bien que tontes ces choses me doibveni servir d'adverlissemeni pour pourvéoir à mes affaires. Si je pensois pouvoir dissuader le roy catholicque de com|)oser, au prix de sa réputation et bien commun de la chreslienlé, en la sorte qu'il veull faire, les

affnires dcsdicts Pays-Bas, je vous commandeiois de luy en parler de ma part, el luy ferois représenter, comme il a faict autrefois envers moy, qu'il n'en estoit tant besoing, le tort qu'il se faict et le mal qui est pour advenir de ceste capitulation qu'il faict avecques sesdicts subgectz rebelles, non-seullement à luy, mais à toute la clirestientê , saithant bien qu'il n'est voluntiers retenu d'aucun respect où il va de son proflict privé, et niesniemcnt en mon endroict. Ainsi sera-il plus expédient et de dignité ne luy en parler en mon nom. Bien luy pourriez ou à ses ministres dire, comme de vous-mesmes, après l'avoir loué de la réputation qu'il a acquise de zcllaleur de la religion. crestienne el calholicque, combien l'on trouve maintenant estrange qu'il parle de pardonner à ceulx qui ont tant olTencé Dieu et sont cause de tant de maulx el callamitez en la clirestientê, estant sur le poinct d'en avoir une honorable fin, après y avoir consumé tant de temps et d'argent : luy déclarant ce qui s'en dict à bouche ouverte et se lit par les advis qui courent par tout le monde, en danger de se faire remarquer de pusillanimité ou autre mauvaise odeur, après avoir rapporté tant de gloire de toutes ses actions et depportements qu'il semble qu'il debvroit prendre exemple sur moy, qui ay esprouvé quêtant plus je me suis efforcé mectre fin par l'amyable aux troubles de mon royaume et contanter ceulx de ceste oppinion, ay accreu le désir ambitieux des chefz et la hardiesse d'entreprendre sur moy, comme il s'est veu; et au lieu de me réeoncillier les cueurs des moindres (?), ilz se sont renduz plus obstinez et esloignez du debvoir de fidellité. Au moyen de quoy ledict roy calholicque ne se doibt tromper et penser que ccUlx ausquelz il a affaire ayent le cueur plus nccl : car, depuis qu'ilz ont pris licence de ne recongnoistre leur roy par la persuasion de leurs ministres et s'opposer à ses commandemcns, ilz ne changeront jamais de volunlé, et nourriront lousjoiu's en eulx un certain désir de se resentir du mal qu'ilz ont receu ou acroistre leur oppinion, lequel mectront en évidence quand ilz verront leur advanlaige au dommaige de leur souverain. El posé le cas que ledict roy calholicque, par sa prudence et le bon ordre qu'il y domiera, les contienne en debvoir, c'est un serpent qu'il nourrira dedans sesdicls pays, pour travailler ses enffans après sa mort, et à l'adventure pour leur lever lesdicts pays et rallumer un feu en la chrestienlé plus grand que jamais, qui randra sa mémoire malheureuse, où s'il estoit bien résolu, il seroit facille d'y faire une fin à ceste fois, estaiis les choses si bien acheminées, et ne fauldroit sinon ne leur laisser rcprandre force et vigueur. Que l'on congnoist bien le tort qu'il me faict el fera sans double, et que, pour le commancement, à cause de ceste composition, j'auray à porter plus grand faiz: mais, me confiant en la bonté el assistance de nostre Dieu, pour lequel je combalz, j'espère surmonter toutes les dilficultez. Toutesfois je me pourray, et mes ministres, à bon droicl plaindre de luy, d'autant que tant s'en fault qu'il me rande la pareille, comme l'on dict, qu'il a reeeu de moy au fort de ses affaires, il faict tout le contraire: car estant sur le poincl de parachever de nestoyer mon royaume de ceste marque de rébel-

lion qu'y a engendré ceste nouvelle oppinioii , il donne moyen aux enncinys de Dieu el de l'auctorité des princes de donner confort el ayde à ceulx que je liens si estroiclement assiégez, ^'ous adjousterez, de vostrc dexlérilé et prudence, ce qu'estimerez estre convenable à cecy, selon la personne à qui vous adresserez vostre parolle, et prendrez garde aux responses qui vous seront laieies, poiu' m'adverlir de ce que vous en pourrez concevoir et juger : surtout il fauldra entretenir Uigaulme ' de ce subgect.

Silz vous requièrent d estre secourus de quelque nombre de vaisseaulx armez pour asscurer le passaige de la mer, s'ilz y font irajecter les Espaignolz quilz désirent envoyer en Flandres, vous respondrez que vous m'en advertirez, mais, comme de vous-mesmes, leur ferez eongnoistre que je apporte telle affection aux affaires dudict roy catholicque que vous estes asseuré que je seray tousjours bien ayse de les favoriser, comme les miens propres, par tous les moyens que je pourray. Tuutesfois leur mectrez en avant que je suis plus incommodé el mes subgeclz plus endommagez des courses et piratteries de ces gueux que nul autre prince de la ebresiienié, d'aullant qu'ilz sont continuellement es costes de mon royaume, (lillans et dejjprédans tous les vaisseaulx François qu'ilz trouvent, sans exception d'aucun, et quand ilz ont faiet leur proye cl builin, ont leur rctraicto toutte prochaine en Angleterre ou es porlzde Flandres qu'ilz lieiuient. Davantage je suis conslrainct, pour euipescber qu'il n'entre aucun secours par mer dedans la Rochelle, tenir loutes les gallaires que j'ay es mers de deçà, avecques le nombre de vaisseaulx que j'ay peu faire armer, pour demeurer continuellement au guei et garde du port et des advenues de ladictc la Rochelle, et ne peuvent désemparer les vaisseaulx des lieux où ilz sont jusques à ce que l'on voye l'issue dudict siège. Les aultres vaisseaulx que j'ay peu faire armer et assembler sont ordonnez à la garde de mes costes de Normandye, Picardye, Bretaigne el Guyenne, pour les certains advcrtisscmens que j'ay qu'aucuns de mes subgeclz rebelles ont, soubz l'ayde et faveur d'aucuns, armé grand nombre de vaisseaulx avecques dessaing de surprendre (pielque port et place en mon royaume; et ne sachant pas où tendent leurs deslibéralions, suys conslrainct tenir loutes ines costes munies desdicts vaisseaulx.

J'estime qu'ilz se contanteront de ladicle response, et cognoistront par icelle que je ne leur peux accorder ladicte escorte de vaisseaulx; et fauldra, s'ilz vous en pressent davantage, que ce soit à quelque fin que je doibz avoir suspecte, attendu quilz pourroient plus commodément demander ceulx de Portugal : ce que mectrez peync de pénétrer

X\^ II. — Au roi. Madrid. 24 avril Id73. On est en grande alarme à Madrid à cause des nouvelles des Pays-Bas, « et semble quilz prendioient

' Ruy Gomcz.

» bien quelque bon accord en patience de ceulx qu'ilz onl autresfois tant » desprisez, de manière que je ne tiendrois à grand miracle qu'ilz s'y lais- » sassent aller, encores qu'ilz disent bien de non. » — Il est arrivé un courrier de Flandre, « dépesché du duc de Moedinacch, sur l'alarme qu'il a eue » du bruict qui court que le grand commandeur, gouverneur de Millan, » passoit pour l'eslre en Flandres ; se playgnant du tort qui luy est faict, » l'ayant traicté indignement, si l'on s'en sert de ceste sorte. » — Le roi catholique est depuis quelques jours de retour à Madrid. On dit qu'il partira bientôt pour Aranjuez.

XXIX. — Au roi, Madrid, 2o avril 1575. (Juloçjraphe.) Au moment où sa précédente dépêche allait partir, il est arrivé un courrier de Venise, porteur de la nouvelle que la Seigneurie a fait sa paix avec le Turc. — Cette nouvelle est devenue publique aujourd'hui, «à lissue de l'audience que les ambassadeurs de la république ont eue du roi. Ils s'en désespèrent ici, disant pis que pendre des V énitiens. — Le grand commandeur passe certainement en Flandre avec cinq mille six cents Espagnols et quelques Italiens; le marquis d'Ayamonte le remplacera à Milan, et le duc de Medinaceli revient à Madrid, où il succédera au marquis de Ladrada comme grand maître de la maison de la reine. — « Je tiens le grand commandeur » pour homme qui ne se acomniodera pas mieulx que le duc (d'Albe) : » il est en réputation de meilleur négociateur que de grand souldad, et » avecque tout cela il est plein de fumée et présomption, et panse que aultre » ne le vaille. »

XXX. — Le roi à Saint-Gouard , 10 mai lo73. Sur une dépèche que don Diego de Çûiiiga, ambassadeur du roi catholique en France, doit avoir envoyée à Madrid et où il serait dit, entre autres choses, que la reine mère avait voulu faire empoisonner le prince d'Orange et le comte Louis, son frère :

Monsieur de S'-Goarl, je suis adverti que don Diego de Çi'iniga faict présentement une despcche au roy calholicque par la(|uelle il luy mande qu'il doibt, plus que jamais, faire tout ce qu'il luy sera possible pour composer ses affaires des Pays-Bas avecques le prince d'Orange, d'autantqu'il est tout certain que je faictz conduire une praticque avec luy et le conte Ludovicq, son frère, laquelle luy est très-dommageable, et qu'ainsi ne soit, j'ay faict constituer un Alleman prisonnier, lequel on dict estre baslard du ringrave, pour justiffier envers ledict prince d'Orange et ledicl conte Ludovicq une chose

que on leur n faict enlcndrc, assavoir que la royne, ma dame c( mère, avoil dépesché quelques hommes pour les empoisonner : suppliant Icdicl roy son maisire croire cecy estre véritable, d'autant quil y voit fort clair. Et davantage sçait asseurémenl que l'on est après à traicter et eoticlurre une composition avecques eeulx de la Rochelle et autres révoltez de ce royaume; et quant je debvrois la faire la plus vilaine et déshonnestc que j'aie poinct encores faictc, que néantmoins elle se fera, affin de parfaire avecques Icdict prince d'Orange et son frère, au préjudice du service dudict roy, la praticque encommancée : par quoy l'admoneste d'y pourvoir au pins tost. Chose, monsieur de S'-Goart, que je vous ay bien voullu faire inconlinant sçavoir, non pour en parler audict roy catholicque ny autre, mais afiin d'cstre instruit pour en respondrc, si d'avanture vous en oyez dire quelque chose.

Il est vray que j'ay faict constituer prisonnier ledict basiard du ringravc, aiant sccu qu'entre autres malidissances qui se publient de moy cl de la royne, ma dame et mère, en Allemaigne, alfin d'irriter les princes de l'Allemaigne à l'encontrc de nous, on a voulu dire que nous avions envoie gens [tour user d'empoisonnement. Et d'autant que ccsiuycy a esté soubsonné et blasmé d'avoir faict semer pareilz bruictz, j'en ay voullu sçavoir la vérité, non pour nous justillicr envers Icdiel prince cl son t'rcre, mais pour le l'aire très-rigoureusement pugnir, comme mon subject qu'il est, habitué et marié en mon royaume, s'il est advéré qu'il ayi faict ung acte si mcschanl, ainsi que doibvent faire tous princes qui sont jaloux de leur honneur et réputation, Icsipiolz ont auclorité et pouvoir sur leurs subgectz.

Pour le regard de composition qu'il est dict que je veulx faire avecques ceuIx de la Rochelle et autres rebelles de mon royaulme, quant mes subgectz seront si sages que de se eonlanier des conditions licites, je scray tousjours plus aise de les conserver qu'autrement : toutesfois, comme ilz sont obstinez en leur opinion, j'espère, moicnnant la grâce de Dieu, me faire rendre l'obéissance qu'il appartient par les voies convenables, et ne riens faire qui soit contrevenant à l'honneur et dignité d'un prince très-chrcstien, duquel j'ay jusquesicy faict les œuvres.

Vous meetrcz peyne de descouvrir si ledict don Diego aura escript ce que dessus, et sentir comme ledict roy catholicque l'aura rcceu,vous gouvernant aussi sagement et discrètement en ce faict que vous avez accoustumé faire en tous autres; et me ferez entendre ce que en aurez aprins.

XXXI. — Au roi . Madrid, 17 mai 1573. Don Gonzalo Chacon, apparenté de la plupart des principaux d'Espagne, ayant « traicté avec une dame du » palais » et l'en ayant fait sortir, le roi a été si mécontent qu'il a fait user de toutes les diligences pour qu'on l'arrêtât. Il s'est quelque temps caché, et il allait se réfugier en France lorsqu'il a été pris près de Fontarabie.

Doiia Maria Chacon, sa mère, gouvernante des infantes, a eu recours à tous les ambassadeurs, les priant de demander aux princes qu'ils représentent d'intercéder auprès du roi catholique afin qu'il ne le punisse pas trop sévèrement.

XXXV'III. — Au roi, Madrid, 4 juin 1373. {En partie chiffrée, sans le déchiffrement.) Le roi catholique a été de retour à Madrid la veille du Corpus Christi; le jour de cette fête il a assisté à la procession , qui a été bien solennelle. Le lendemain il a donné audience à Saint-Gouard.

Le dernier de may feut juré à S'-Hyéronyme monsieur le prince de Castille, Léon et Grenade ', où la céréinonye feul très-belle, et assistèrent tous les grands, les prélalz el les procureurs de tous les peuples de ces troys royaumes, lesquelz jurèrent la tidellité audict prince el luy baisèrent la main. Le jurement des autres provinces se remect aux cours - de Monson.

XL, XLL — Au roi, Madrid. 8 juin 1.573. {Presque entièrement chiffrée, avec le déchiffrement.) Cette lettre est un duplicata de celle du i 3. — Dans la dernière audience qu'il a eue du roi catholique, Saint-Gouard lui a représenté les conséquences fâcheuses qu'aurait pour son service l'arrangement fait par le duc d'Albe avec les Anglais. 11 espérait l'amener ainsi à lui dire quelque chose sur la réconciliation avec le prince d'Orange et les siens de laquelle il était bruit : mais le roi fit semblant de n'en avoir jamais ouï parler, et dit seulement qu'il es|)érait que le roi très-chrétien et lui auraient bientôt la raison de leurs ennemis et rebelles. — On ne touche mot à Saint-Gouard de la paix des Vénitiens avec le Turc.

Quant à la paix que Ton dit qu'ilz veullent faire avecques le prince d'Oranges, ilz s'en deffendent bien, el me disent tous que je ne la verray jamais tant que ce roy vivra ; ilz

m'en disoient tout autant au faict des Anglois Je sçay asscurément qu'ilz sont

aprèz pour s'aider plus que jamais du pardon général : mais il y a diversité d'opinions <:ntre les Flamans qui sont icy apellez à ces affaires et les Espaignolz, estans d'advis lesdicts Flamans qu'au plus tost, ou pour le moins aussi tost que Harlem sera pris, ledict pardon se publie, et les autres veullent que premièrement toutes choses soient appaisées par la force

' Le prince don Fernando, né le 4 décembre 1571, Voy. p. 355.

'Aux cours, aux copiés. '

° C'est pourquoi celle-ci n'a pas été déchiffrée.

PIIIIJPPE 11. /p29

L'empereur faiet tout ce qu'il pcult do récoiuillier le prince d'Oranges et les siens avcequcs le roy caiholicquc, aux conditions de les laisser jouir de leurs biens et estai/ hors des pais dudiel roy, et que, ce faisant, ilz désarmcroient et remectroicnt tout ce qu'ilz tiennent usurpé, faisant toutes sortes de remonstranees aux dangicrs qui sont qu'il perde ses Estalz, s'il veult continuer à les remédier par la force: ee qu'il ferat en ung jour tout seul , faisant une réconcilliation aveeiiues ses subgeclz. Mais l'on m'asseure qu'il n'a domié nulle espérance voulloir entendre à nul party : toutesfois je ne sçay ce que enfin il fera pour lemédier ses affaires.

Le filz dudict prince est tousjours esludiant en Arcala ',aveeques toute liberté, mais assez mal tenu et pourveu de ses nécessitez.

XLIII, XLIV. Ali roi. Madrid, 18 juin loTÔ. (Très-longue lellre en chiffres, avec le déchiffrement.^ Le courrier porteur de la dépêche du roi qui lui annonçai! Iclection du duc dAnjou comme roi de Pologne est arrivé le S: les minisires espagnols en avaient la nouvelle depuis deux jours. — Aujourd hui Sainl-Gouard a eu audience du roi et lui en a parlé comme de lui-même. Le roi a fait semblant d'en être très-aise, tout en convenant qu'il avait beaucoup désiré voir cette couronne déférée à son neveu l'archiduc Ernest. — Dans le public on dit que jamais pire nouvelle ne vint en Espagne. — Le roi avait dépensé plus de six cent mille écus pour acheter les voix des palatins en faveur de l'archiduc.

XLV. — A la reine, même date. « Le vi« de juing furent emportez de ce » lieu les corps de la feue royne dona Ysabel et du feu prince d'Espaigne. » les deux conduictz à l'Escurial avecques une très-belle et sainte céré- » monye ', allant tout le peuple d'icy après le corps de ia royne, ploranl » et lappellant sainte. Je croy que jamais autre y sera tant ayniée. » — F^a veille Saint-Gouard a visilé la reine catholique, « qui n est accouslumée » d eslre entretenue d'affaires. »

XL\ I, XLVll. — Au roi, Madrid, D juillet 1373. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Il dit du roi catholique « qu'il est extresmenienl sage, dis- » simulateur, et ne se laisse entendre où il a ses pensées.

J'ay senly que de nouveau ilz iraiclent d'envoicr le grand commandoiu- en Flandres

' Alcalâ de Hcnarcs.

• Les Memorias de fray Juan de San Geronimo , insérés dans la Coleccion de documenlos inéditos para la liisloria de Ën/inna. I. VII (pp. Sô ol suiv.), donnent beaucoup de détails sur cette cérémonie.

et en retirerledue,à celle fin de traicter l'appointenienl et pacifTicalion avecques ceulxdes Bas-Pays, croyant que ledict commandeur sera propre à telles négociations, attendu aussi qu'il faict entendre qu'il a jà beaucoup de praticques pour cest cffccl en AUcmaigne.

XLIX, L. — Au roi, Madrid, 17 juillet 1373. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Quelque bonne mine que fassent les ministres espagnols, Saint- Gouard pense qu'ils voudraient pacifier les Pays-Bas : « mais le roy catho- » licque vouidroit le pouvoir faire sans que le prince d'Orange y fust com- » pris, non que je ne croie que en son cœur il ne voullust que en une » sorte ou autre l'apointement ne feust faict : mais l'aiant trompé ses minis- » très sur la facillité d'appaiser le tout par la force, et le grand profil qu'il » feroit puis après des impostz pour acquitter ses grandes debtes, lavoient » faict rësouldre de se tenir difiicille sur l'apointement, colorant le tout de » la réputation de ne voulloir entrer en composition avec ses subgectz, ne n moins avec les héréticques, au préjudice de la religion catholicque. » — Il est certain que le projet existe toujours d'envoyer le grand commandeur aux Pays-Bas, « et le roy l'auroit desjà mis à exécution, parce que c'est sa w volunté, ne fust la part que le duc d'Alve a icy , laquelle peult tant quelle » rompt coup à tout ce qui s'atache ou oppose à luy. Et si une fois ilz se » résolvent que ledict commandeur passe de delà, V. iM. tienne pour chose » toute asseurée qu'ilz accorderont: ce qu'ilz ne pensent pas faire aysément » durant que le duc d'Alve y sera, pour l'extresme haine que l'une et l'autre » part luy porte. » — Le roi et la reine sont au Bois de Ségovie : mais on . dit que, dans un jour ou deux, ils retourneront à lEscurial, parce que le roi ne s'est pas bien trouvé du séjour du Bois , y ayant été travaillé de la goutte à une main.

LI, LU. — Au roi, iMadrid, 50 juillet 1573. {En chiffres, avec le déchiffrement.) La nouvelle de la reddition de Harlem ' a singulièrement enflé les cœurs des ministres espagnols , « nyant plus que jamais qu'ilz ayent » oncques eu autre intention de mectre fin aux troubles de Flandres qu'a- » vecques la force, sans se abbaisser de tant que de capituler avecques des » héréticques et leurs subjectz rebelles. » — La pacification de France '

' Celle ville se rendit à don Fadrique de Tolède le 12 juillet. Voy. la Corres/wndaiice de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , t. II , pp. 38îi et suiv.

' La paix avec les huguenots signée à la Rochelle le 6 juillet.

leur fait oraindro toutefois que lo roi ne s'entende avec le prince d"Oran>^'e pour simpatroniser du pays qui reconnaît l'autorité de ce prince. — Saint- Gouard a appris qu'un riche marchand d'Augsbourg est venu à Madrid, il y a di-jà assez longtemps, sous couleur de traiter d'affaires de finances, mais en réalité pour traiter de la réconciliation du prince d'Orange, au nom du duc de Bavière et des autres princes d'Allemagne. On lui avait d'abord donné quelque espérance, mais à présent on le laisse sans réponse.

LUI. — A la reine, même date. Le roi a eu cinq accès de fièvre tierce; à présent il va bien. — Le prince d'Eboli est à la mort; on croit qu'il ne passera pas la nuit '.

LIV, LV. — Au roi, Madrid, iô août 1d73. {Très-longue lettre en chiffres, avec le déchiffrement.) Accouchement inopiné de la reine Anne :

Il est advenu que, l'unziesme, la roync catholieque partit de l'Escurial pour se retirer en ce lieu pour ses couches; et estant venue coucher en ung bien petit et maulvais villaige, nommé Gallapagar, à trois lieues dudict Escurial, se portant très-bien et ayani passé tout le soir en conversation et plaisir avccques ses dames, elle sentit, sur les unze heures de la mcsme nuict, quehjues petittcs douleurs, desquelles s'ensuyvit dans deux heures son enfantement, qui a esté d'un très-beau lilz -, restant avecques la mère en très-bonne santé.

Depuis la mort de Ruy Gomez il ne s'est vu aucun changement, si ce n'est que le parti de Tolède sollicite maintenant le rappel du duc d'Albe, croyant qu'il commanderait à tout, s il était à .Madrid; ceux de ce parti ne peuvent cacher le plaisir qu'ils ont de ladite mort. — <> J'ay entendu que le >i rov donne espérance au duc d'Alve, depuis ses derniers exploitz. de luy » subroger son filz au gouvernement, quant il y aura lieu de luy apcller. » lequel il a encaressé ' de sa main propre, luy donnant louange de ce der- » nier exploit. » — On dit qu'on appellera le grand commandeur et que le roi se déchargera d'une partie des affaires : il semble en effet impossible qu'il puisse continuer à s'en occuper comme par le passé, « mesmcs que » j'ay veu, en ce peu de malladie qu'il a eu, elles demeuroient toutes, sans

' Selon le P. Francisco de Santa Maria, auteur d'un livre sur la réforme des Cannes déchaussés, il serait mort dès la veille, 29 juillet. Cabrera (Filipe scgundo) place cet événement au 25 juillet IH72. ' L"infant don Carlos Lorcncio.

' Encaressé , de l'espagnol encarecido : loué extrêmement.

432 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» qu'il se peusl riens dépescher, de quelque condition que ce feust, parce » que luy seul les a toutes et les expédie tout seul. » — Trois ambassadeurs de Venise sont en ce moment à Madrid : ce qui a fait répandre le bruit que la république cherchait à renouer une nouvelle ligue. Saint- Gouard leur en a parlé à eux-mêmes ; ils 1 ont assuré qu'il n'en est aucunement question, et que tout leur désir est de s'en retourner. L'un y est venu, il y a quelque temps, pour résider '. Le second y était résidant ^ Le troisième est venu, il y a deux mois % pour justifier la paix faite avec le Grand- Turc, et n'a su encore avoir audience : ce dont il se fâche bien fort. — On avait résolu d'envoyer en Angleterre Simon Renard, qui fut longtemps en disgrâce et indignement traité, pour avoir été soupçonné d'être d'intelligence avec le prince d'Orange : mais il est mort d'esquinancie depuis trois ou quatre jours. — Saint-Gouard rappelle ce qui se passa entre le S"" de Mondoucet et le duc d'Albe, au siège de 3Ions, touchant le prince d'Orange ' :

Il leur est souvenu depuis ung peu de ce qui s'estoit Iraicté par le S' de Montdoucet, quant le duc d'Alve estoit au siège de Monlz, sur ce que le, bruit couroit qu'il coiicertoit une paciffication avecques le prince d'Oranges, luy faisant instance de ne la faire sans en donner part à Voz Majestez; et s'estant quelque temps laissé importuner, enfin il luy avoit respondu que, si Vostre Majesté voulloit promectre, s'il aceordoit avecques ses subgectz, qu'il y coniprandroil son maistre, que luy, de sa part, feroil le semblable, s'il venoit à quelque accord avecques ledict prince : à quoy ledict de Montdoucet luy avoit respondu qu'il en informeroit Vostre Majesté, laquelle depuis luy auroit commandé faire lesdictes offres, et que le mesme j'avois faict avecques le roy catholicque. A ceste heure ilz disent que dom Dieguo debvoit faire ceste instance quant Rostre Majesté a paciffîé avecques ses subgectz. Ce que aiant entendu, je leur ay respondu qu'il me souvcnoit très-bien que Vostre iMajesié m'avoit commandé faire entendre ce qui s'estoit passé en ce faict entre ledict duc d'Alve et le S"^ de Montdoucet, ce que j'avois faicl : sur quoy l'on ne m'avoit faict aucune response, et que je n'avois sceu que delà l'on eust pris sur ce faict aucune résolution.

Je n'en ay point ouy parler depuis. C'estoit entre le sieur Çayas et moy ce qu'il a passé. Il m'a semblé n'estre mal à propos que j'en adverlisse Vostre Majesté.

' Voy. p. 411, note 1.

' Ibid., note 2.

' Je ne trouve pas le nom de ce troisième ambassadeur dans la collection des Relazioni publiée par M. Albéri.

« Voy. p. 405.

LVI, LVH. — Au roi, Madrid , iS aoiil 1575. £"» chifj'res; avec le décliiffremenl.) On veut, plus que jamais, ne rien épargner pour réduire les affaires de Flandre par l'amour ou par la force; les derniers succès donnent lespoir qu'on y réussira. — Quehjues personnes prétendenl (|ue, nonobstant les bonnes paroles données par le roi au duc d'Albe et aux siens, il ne confiera pas le gouvernement des Pays-Bas à don Fadrique de Tolède, mais qu'il y appellera le grand commandeur; d'autres disent qu'il mandera à Madrid le grand commandeur, pour se décliargei- sur lui d'une partie des affaires. « De l'un et de l'autre l'on n'en parle que par discours, tant il est » peu communicalif de ses pensemenls et délibérations, aimant mieux » travailler à escrire de sa main les choses qu'il veult taire, que en fier » son conimandement à personne du monde, mesmement quant il est » question de ces élections qui sont si briguées, comme d'oster ou mectre » ministres aux lieux d'importance. » — Le bruit a couru de la mort du duc d'Albe : « si ainsi est, je le remectz aux bonnes prières des Flanientz. »

L\ III. — Le roi à Saint-Gouard, 1<" septembre Id73. Il s'étonne que le roi catholique ne 1 ait pas fait complimenter, et son frère le roi de Pologne, sur l'élection de celui-ci ; il charge Saint-Gouard de la lui notifier et de lui demander, au cas que son frère ait à passer par les Pajs-Bas ou les États du roi en Italie, qu'il puisse le faire librement; enfin de lui recommander d'agir pour la mise en. liberté du S' de Genlis. détenu aux Pays- Bas :

Je nriiticiidoys que le roy catliolicque, mon bon frère, envoyeroit (lueliiu'uii

vers moy et le roy de Poloignc, mon frère, pour se conjouir, comme ont fnicl ions les autres princes de la clireslicnté, de son csleclion. Totiiesfois, selon que j'ay veu par voslre dernière, il diffère de le faire parce que l'on ne luy a faict sçavoir ladiclc csleclion de ma part. Et combien qu'il semble, comme je vous ay mandé, qu'il touche à luy de faire faire cest office sans attendre autres advis de nioy, toutesfois je suis content que vous luy en parliez en vostre première audience, de ma part, et luy dictes que je vous ay envoyé ce courrier exprèz pour vous commander de le faire, encore que jaye estimé qu'il avoil d'ailleurs assez esté adverty, et que ceste csleclion et toutes antres choses que se traictent en la cbrcstienté de tel poix luy eslre assez notoires : estant asseuré qu'il aura reccu bien grand plaisir que ladicte eslection ayt esté faicle en la personne de mondicl frère, puisque don Ernesl, son ncpveu, n'y a peu parvenir; que comme c'est Dieu seul qui distribue et donne les royaumes comme il iuv plaisl, mesmc-

ment cculx qui sont eslectifz, il faull aussy croire qu'il a choisy mondict frère pour sa gloire et le bien général de la chreslienlé, estant prince zélateur de sa religion et irèsafifcclueux à la propagation d'icelle ; qu'il se peult asseurcr que mondict frère sera tousjours aniy de luy et de cculx de sa maison, conservant toute paix, araityé et bonne voisinance avecques eulx, en façon qu'il sera tousjours faict particippant audict honneur et grandeur que Dieu distribuera à la maison de France , au moyen de la fraternelle amityé qui est entre luy et moy : adjoustant à ce tout ce que vous estimerez estre propre et convenable pour ung tel subgect. Puis aprêz vous luy direz comme les ambassadeurs dudict royaume de Pologne sont icy venuz,ily a jà quelque temps, tant pour présenter à leur roy le décret de ladictc eslection, luy offrir l'obéissance généralement de tous ceulx du pays, et pour le prier se haster d'aller en son royaume; que c'est l'ambassade la plus superbe et sollennelle que s'est veu, de mémoire d'homme, en ce royaume : gens sages et bien composez, accompagnez grandement et plus affectionnez à leur prince; que mondict frère doibt recepvoir un de ces jours ledict. décret en pubiicq, et après il se délibère partir. Et jaçoytque l'empereur et les princes de la Germanie luy aycnl offert et accordé passage par la Germanie, toutesfois, soyt pour aller par ladictc Germanie ou autrement, il n'est encores bien résolu où il doibt passer; et d'autant qu'il pourroyt estre conseillé de passer par le Pays-Bas dudict roy catholicque ou par le duché de Milan et autres terres dudict roy, prenant le chemin de l'Itallye, vous le prierez, en mon nom et dudict roy de Poloigne, mon frère, vouloir trouver bon que mondict frère et toutte sa suitte puisse avoir libre accèz et passage par toutes ses terres, soyt par lesdicts Pays-Bas, duché de Milan et autres èsquelles son chemin s'adonnera et vouldra passer, comme appartient entre bons frères et amys : le priant en faire dépescher le passe-port et sauf-conduit nécessaires en bonne et deue forme, tant pour luy, comme il est cydessus dici, que pour tous et chascun de ceulx qui l'accompagneront, soyt que ilz aillent en trouppe avecques luy, ou en plusieurs divisions avant ou après, en façon le plus ample que faire se pourra. Et en cas que il vous accorde lesdicts passe-poris, dont je luy escripts par la lettre que je \ous envoyé et pareille du roy de Pologne, mondict frère, vous les m'envoierez au plus tost par ledict courrier, et en tout cas la response qu'il \ous fera. C'est chose que requiert célérité et est d'importance : par quoy ne perdez une seule heure de temps.

Vous n'obmcttrez à vous conjouir de ma part, avecques ledict roy et la royne caiholieque, de la nativité du second filz que Dieu leur a donné ' , avecques les compliments convenables.

Vous aurez sceu comme, l'année passée, Genlys voulut entreprendre conduire quel- (]ues forces et secours au conte Ludovicq de Nassau , que avoyt prins Montz, et comme

" Voy. p. 431.

il fut deffaict et prins prisonnier : depuis il a esié gardé et détenu fort tnisérablenienl et esiroitement, sans aucun espoir de raieulx ny nioien de liberté. J'ay quelque fois escripi i'i !\Ionidoueet, à la requcstc de ses parens, et prière d'en parler, non de ma part , mais comme de luy-mesme au duc d'Alve, pour sonder s'il y auroit moicn le sortir de là. Après plusieurs dilTîcultez que luy en ont esté faictes, il luy a esté rcspondu que le roy caiholicquc s'estoit réservé la disposition d'un tel faicl; t^i'il se falloit adresser à luy. Et pour ce que lediet Gcnlis m'a faict promettre et jurer qu'il sera doresnavant plus sage et me sera obéissant et fidèle subgcct, esmu de compassion et des prières et baultes suplicalions que m'en ont esté faictes, tant par les siens que autres, je vous prie regarder luy ayder le niieulx que vous pourrez, el luy faire, s'il est possible et à quelque prix que ce soyl, accorder liberté par lediet roy catholicque, faisant loutcsfois ccst office comme de vous-mesmc, et non en mon nom, jaçoyt que je ne seroys uiarry (|ue vous faciez cognoistre que je n'auray désagréable la grâce qu'il fera en cest endroit audict Genlis, comme p)ince que est plus enclin à la doulccur et clémence que à son contraire, et oublye facillenient la faute de ses subgeetz, quant ilz entrent en repentanee.

LXl. — Au roi, Madrid. 20 soplenibre 1d73. Il dit que, le 12, il a écrit au roi pour lui annoncer la mort de la princesse de Portugal '.

LXIII. — Au roi. Madrid, 10 octobre 1373. {En partie cliiffrée. sans le décliijlremenl.) Il n"a pu avoir audience du roi catholique que le 22 septembre, et, selon les instructions du roi, il lui a demandé pour le roi de Pologne le passage par tous les lieux de son obéissance. Le roi lui a répondu qu'il verrait. A cette occasion, il lui a notifié ofliciellement l'élection du roi. Le roi catholique s'en remit là-dessus à ce qu'il lui avait dit précédemment*. — Le jour de S'-IMichel Sairit-Gouard a eu une nouvelle audience, non sans lavoir sollicitée avec grande importunité. Toute la réponse qu'il a obtenue sur le passage du roi de Pologne a été que bientôt on lui répondrait. — Quatre jours après, le secrétaire Çayas est venu lui dire que le roi, pour gratifier LL. MM. TT. CC, était content d'octroyer le passe-port requis, mais qu'il désirait savoir par où passerait le roi de Pologne et la troupe qu'il mènerait avec lui, afin d'ordonner à son lieutenant qu'il 1 honore comme sa propre personne. Saint-Gouard insista. Le lendemain, 4, Çayas vint lui dire que le roi consentait à donner un passe-

' Doila Juana, sœur de Philippe II, ctail décédce, le 8 septembre, au monastère de l'Escurial. ' Voy. pap. 429.

port conçu dans les mêmes termes que celui de l'Empire, et demanda la production de celui-ci. Saint-Gouard se plaignit, et dit finalement qu'il en référerait au roi, comme il le fait.

LXVII, LWIII. — Au roi, Madrid, 20 octobre 1573. S'-Gouard rapporte au roi les nouvelles qui sont venues des Pajs-Bas et ce qui se dit du duc d'Albe et du grand commandeur de Castille :

Sire, encore qu'il ne se présente occasion de conséquence pour eserire à Vostre IMajeslé, si n'ay-je néantnioins voullu laisser perdre celle de ce courrier, lequel est dépesché en Flandres, sans ce mot, par lequel je l'aviseray du retour du roy et royne calholicques en ce lieu depuis deux jours, estant le roy en très-bonne santé et la royne tousjours travaillée de sa cartaine. Au reste il semble que, de jour à autre, ilz sont icy plus importunez des mauvaises nouvelles qui leur viennent de Flandres, qu'ilz n'ont point encores esté, et diroit-on qu'ilz n'ont plus la mesme espérance qu'ilz avoient quand ilz firent la nomination du grand commandeur, quicstoit qu'il paciffîeroit toutes choses, mais, à ce que j'entends, ilz trouvent que les rebelles se disposent peu et mal voluntiers à sa réception, ne de l'avoir plus agréable que le due. D'autre part, j'entends qu'il va assez mal habitué et disposé de sa personne pour prandre le travail requis en si grandes affaires, comme celluy qui porte, pour ses mauvaises humeurs, deux fontaines, l'une à ung bras et l'autre à une jambe; et comme il ne va de par delà , sinon comme aiant le gouvernement en déposite ' et pour donner lieu de retirer le duc, je croy que bientost l'on y verra quelque autre provision. Et à ce que j'entends, ledict duc commance à landre à autre fin que le passé, qui est de persuader au roy son maistre passer de par delà en personne, ou que, autrement, il sera du tout impossible que l'on y mecte une bonne fin, luy donnant à entendre que seullement la réputation du grand apareil qu'il y mènera et sa délibération de voulloir achever le tout par sa présence, estonnera ceulx que l'on a veu les plus obstinez en leur rébellion, se depportant tout incontinant de tous ceulx lesquelz les auroient voullu favoriser, ou qui pour le moings avoient connivé avecques eulx, pour la crainte qu'ilz auront que la puissance d'un si grand roy leur soit sur les bras, et en si grande détermination qu'il se soit voullu aller en personne achever ce que ses lieutenants n'ont peu faire : qui sera estonnemcnt à tout le monde, pour estre asseurez qu'il ne se laissera rien derrière du plus nécessaire. De ceste manière il va persuadant son maistre, qui n'est du tout esloigné de ce conseil, depuis qu'il a perdu les quatre les plus foriz qui cmpcsehoient (pi'il ne se dèterminast à tel l)arly, qui estoient le cardinal, seigneur prince d'Evoly, la princesse et le docteur Velasquc. Toulcsfois il semble qu'il n'y a encoi'cs trop d'a])parencc qu'il s'y résolve, proposant,

' Eh déposite, de respagnol en depôsito ; momeiilauément.

iiinsi comme je sçay, ou dom Jehan {l'Auslria, ou l'un tics filz do rempcreur

Comme l'on esloit dépescliant ce courrier, il est arrivé une dépeschc de Flandres, du quatriesme de ce mois , et a esté apportée par une eslafaicte depuis Iron , pour estre , ainsi que j'entends, demeuré le courrier (pii la porioil maliade. l/on a reeeu icy assez mauvaise satisfaction de la nouvelle qu'il a apportée, qui est qu'il a très-mal réussy au sieur dom Frédéric en deux assaux qu'il a donnez, ausqueiz il a perdu bon nombre de ses gens, sans qu'il se soit logé en espérance de mieux. Davantage j'entends que l'on demeure aussi très-mal édiflié du duc d'iMve, tant que, à ceste lieiuc qu'il luy est absolument commandé s'en revenir de par deçà, il semble qu'il en tienne moindre conltqu'il ne debvroit ne qu'il avoil monstre debvoir l'aire, aux instances qu'il faisoit par cydevant d'eslre révocqué.

L\X, LXXI. — .\u roi, Madrid, 5 novembre 1573. Les nouvelles des Pays-Bas continuent à être peu favorables. Le roi sera, du reste, mieux informé de ce qui s'y passe (|Uon ne l'est à .Madrid, « car ilz cachent en » exiresme tout ce qui leur vient ou qu'ilz expédient pour estre exécuté de » par dclî\. " — Saint-Gouard dit que le duc dAlbe, « voyant que ce n'est » selon qu'il avoit pensé, que Ton subrogeroit son filz en sa place, s'en pelle » la barbe. »

L.\.\1I. — Le roi à Saint-Gouard , 8 décembre 1573. Comme les ministres du roi catholique, et spécialement son ambassadeur ordinaire en France, sont <( coustumiers de calonmier ses actions. » il lui explique, afin qu'il en puisse répondre à qui il appartiendra, comment le comte Louis de Nassau s'est trouvé auprès de la reine, sa mère, et du roi de Pologne, son frère, à Blamont :

Le conte pallatin, ayant esté advcrty que roondict frère approchoii de la frontière d'Allemaigne, a envoyé le duc Chrislophie, son plus jeune filz , vers luy, pour luy donner de sa pari toutes asseurances en son passage, el l'a voulu accompagner dudict conte Ludovicq, quasy comme pour luy servir de pédagogue el conducteur, à cause qu'il est fort jeune : n'ayans autre chose traicié ny dict, sinon (ju'iiz estoienl tous deux venuz pour servir de pleige et caution qu'il n'y avoit pas ung de ceulx de la nouvelle religion qui fussent pour essayer de donner empesclicmeiit au passage de niondict frère, comme l'on en faisoyt courre le bruit.

C'est l'odice qu'ilz ont faict, lequel a eslé reccu très-voiuntiers, leur ayant esté faict tout gratieux accueil et traictcmenl. \'ous pran<lrez garde à ce (|iie il s'en dira par delà, pour m'en advenir

438 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

LXXIII. — Le roi à Saint-Gouard , 10 décembre 1d73 '. Les diniciiltés qu'on a faites à Madrid pour le sauf-conduit du roi de Pologne témoignent du regret avec lequel, à cette cour, on a vu son élection. Lorsque don Diego de Çùniga a appris que le passage avait été accordé en Allemagne, il est venu offrir au roi les lettres de sauf-conduit avec toute sorte de démonstrations d'amitié. — Le roi approuve Saint-Gouard d'être en perpétuelle défiance des ministres espagnols, « car estans dissimulez et cautz comme » ilz sont, il fault estre tousjours sur ses gardes avec eulx. » — « Quant au n bruyt que vous m'escripvez du passage du roy catholicque es Pais-Bas, n ce sera chose que je ne croiray jamais qu'il face jusques à ce que je la » vove, et sera difficile de le sortir jamais de delà, ains se rangera plustost n à tout autre party pour composer les affaires desdicts pais. » — Saint- Gouard ne doit plus prendre peine de parler pour la délivrance de Genlis, « car il est mort en prison ' , » selon ce qu'écrit Mondoucet. — L'autre jour don Diego de Çûniga fit entendre à quelqu'un que le duc d'Albe avait le désir de passer par la France pour son retour en Espagne; le roi répondit à la personne qui lui en parla de manière à dissuader don Diego de lui en faire la demande. Il était en tout cas résolu de s'y refuser, le nom dudit duc étant si odieux et sa malice si connue qu'on n'aurait pu se promettre rien de bon de son passage.

LXXIV, LXXV, LXXVl. — Au roi, Madrid, 13 décembre 1S73. [En chiffres, avec le déchiffrement.) Depuis sa dernière dépêche, le roi et la reine ont toujours été au Pardo, sauf qu'hier le roi est venu à Madrid, d'où il repartira au premier jour. — De grands préparatifs se font dans les ports d'Espagne : on dit encore que le roi passera aux Pays-Bas , ou du moins qu'il y enverra don Juan d'Autriche « avecques tel et si grand apareil que n toutes les forces du monde luy seront inférieures : mais cela s'entend « si le commandeur maior n'apaise toutes choses avecques ses bonnes pra- » ticques, soustenues et favorisées du pardon général. » — Le roi catholique ne s'occupe que de trouver de l'argent pour faire face à ses grandes affaires

' Cette (laie est celle que porte la lettre, mais elle parait inexacte. Au dos on lit: « Du. pretnirr jonr « de décembre 1373. » D'après la dépèche de Saint-Gouard du 3 février 1574, elle aurait été écrite le 29 novembre.

' Le duc d'Albe l'avait fait exécuter secrètement, après avoir répandu le bruit qu'il était malade. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les a/fuires des Puys-Bas , t. 11 , p. -431.

et acquitter ses délies, qui sont énormes. Les eortès de Castille sont depuis loni;temps assemblées pour le même objet, mais sans avoir encore rien résolu. — La nouvelle de la prise du comte de Boussu en Flandre' vint en même temps <jue celle de Tunis par don Juan d'Autriche : « l'une feusl » cause que Ion ne fist i;rand semblant de I autre. » — Le roi calholique a encore, depuis peu de jours, nommé trois nouveaux conseillers d'Etal, qui sont : le comte de Cliinchon, le marquis d'Aguilar et Pierre- Ponce de Léon.

TROISIÈAIE VOLUME.

I. M. — Au roi. Madrid. 3 février 1-574. [En chiffres, arec le déchiffre- »»e«^) Saint-Couard demande d'élre remplacé par quelqu'un « inieulx fondé » en mesures pratiques, et qui sache plus de points de droit et de loix » que lui. Il rappelle qu'il a servi pendant vingt-huit ans. — Ce qu'il pense du roi catholique :

Je vous diiay en saine conscience que ma moindre mcfliance seroit sur le roy catholieqiic, pour le cognoisirc prince ([ui se conlcntcroit de la paix, comme le solitaire procédé qu'il lient le monstre, encorcs que en beaucoup de ses actions il est veu ung trèsauslaire négociateur, se réservant toutes choses : qui le rend extrcsmement charge et travaillé; et tient ung procédé, qui! rcspond cl véoit toutes les affaires et les départ toutes où elles se doibvent respoudrc, où elles demeurent le plus souvent immortelles, où quelles soient, ou de grande ou de peu de conséquance.

Le 14 janvier, au soir, le roi est revenu à Madrid; S'-Gouard a sollicité une audience qu'il a eue le 13. Il rend compte de ce qui s y est passé. — Le duc de Medinaceli. revenu des Pavs-Bas. a eu plusieurs et de longues conférences avec le roi. «oîi j'entends qu'il a mis de grandes choses contre le .' duc d'Alve. résolu, comme l'on dict et m'a-l'on asseuré, de luy nuire en » tout ce qu'il pourra. Je ne sçav quel goust le roy trouva en ce qu'il pro- » posa: mais, au lieu qu'il ne souloit avoir conseil d Estât que deux ou trois » fois la sepmaine, à ceste heure il le faict extraordinaire et tous les jours:

' Le 1j octobre, à la suite d'une rencontre avec la flotte des insurgés. Boussii commandait l'armée navale du roi. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. 11. pp. 418 et suiv.

H el ay sceu qu'il ne se traicte que des affaires de Flandres, et que toutes » les propositions sont de concert et à l'amiable : ce que ne se souloit rece- » voir ne moins ouyr entre ces gens »

IIJ IV. — A la reine, même date. Le roi catholique entretient quatre ou cinq négociations de mariage : d'abord de l'infante Isabelle avec le roi de Portugal; les autres sont avec le duc de Savoie pour le fds de ce prince, avec le duc de Bavière et madame de Lorraine pour leurs (illes que l'un et l'autre voudraient faire épouser par ledit roi de Portugal. Le roi donne des espérances à tous, et les lient ainsi sous sa dépendance.

VI, Vil, Vlll. — Au roi, Madrid, 10 février 1574. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Comme il l'a toujours écrit, les choses changent le plus souvent d'heure en heure à Madrid. — Le vent est aujourd'hui à la pacification de la Flandre. Des propositions ont été faites dans ce sens au roi; « il a respondu, ainsi que j'entends, ces propres molz : Plus tost me voir n mort que de consentir que se concerte chose qui soit contre mon honneur » et resputation. » S*-Gouard ne sait quels étaient les points proposés. — 11 ne doute pas que, si le roi était délivré de ses embarras de Flandre, il ne dirigeât ses vues vers l'Angleterre, et ne s'efforçât, ou de contraindre la reine Elisabeth à épouser don Juan d'Autriche, ou de faire mettre en liberté la reine d'Ecosse, qui se marierait avec ce prince.

A TEscurial sont arrivez les ossemenls des feuz empereur Charles, impéralrixe; ceulx de don Juan et don Alonso, frères du roy catholicque , qui moururent jeunes; ceulx de sa première femme, infante de Portugal, et ceulx des roy nés Marie et Aléonor. Les ungs estoient en Grenade, les autres à Juste et Tordisiile et autres lieux, il s'est tenu une très-grande eérémonye à les lever chascun du lieu où ilz estoient et à les conduyre jusques à l'Escurial, et s'y est faict une grande despence. Toutles les gardes y ont este envoyées, et nombre de gentilzhommes de la maison, et de la chambre, et de la bouche, avecques aucuns des grands et des évesques pour la conduicte du tout '.

IX, X. — Au roi , Madrid, 21 février iS74. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Saint-Gouard dit que, depuis qu'il est à Madrid, il n'a pas voulu

• La ColeccioH de documenlos inédHos para la liisloria de Espaiia, t. Vil, pp. 90-1 13, conlient de nombreux détails sur la translation qui se fit à lEscurial, le i et le 7 février, des corps de l'empereur et de l'ii:ipératrice. de la reine Jeanne, mère de Charles-Quint, de la princesse Marie, première femme <le Pliili])pe II, des reines Elconore et Marie el des infants don Fernando et don Juan.

se soumettre à l'usage auquel on a soumis les autres ambassadeurs, « qui » noc;ocient tous par escrit, et ausquelz on ne respond que assez tard et » quelquefois jamais. — II est arrivé, ces jours passés, tant en Portugal » que Gualis' et autres ports de l'Andallouzie. bien trente grosses hourques » de Flandre et Hollande et Zellande. desquelles Ion a aussitost pris toutes » les marchandises et les hommes. lesquelz Ion a mis tous prisonniers, en » danger d'estre mis à l'inquisition, si desjà ilz n'y sont. L'on leur dict » qu'ilz sont des rebelles et héréticques, et quilz ont esté contre ou qu'ilz » n'ont pas voulu servir S. M. » — Selon S*-Gouard, le roi et ses ministres étaient dans une crainte continuelle que la France ne s'alliât avec la reine d'Angleterre et les rebelles des Pays-Bas: « mesmes que leurs beaux » diseurs de nouvelles leur ont dit que le prince d'Orange alloit traictant n avec V. M. luy remectre tous les Pays-Bas aux mains, pourvcu qu'elle » luy promist luy laisser Hollande et Zellande, et que le roy de Polloigne » avoit promis au conte Ludovicq, quant il le vint trouver à l'entrée d'AI- » lemaigne, toute assistance , et que, lorsque toute la noblesse qui l'accom- » pagnoit en son voiage s'en retournast. ilz reviendroient tous trouver » ledicl conte, pour l'accompagner partout et en tout ce qu'il vouldroil. et » qu'il luy donneroit encores, de son crédit qu'il avoit en France, dix ou » douze mil harquebusiers et deux ou trois mil chevaulx. » — Philippe II avait demandé aux cortès de Castille le moyen de dégager ses domaines: on a trouvé, attachés à la porte de la chancellerie de Valladolid, des billets ainsi conçus : Si el rey se c/iiiere desempenar, no le faltarâ cominodidad ' : ce que S'-Gouard explique en disant qu'il y aurait de mauvaises humeurs qui se montreraient, si on les aidait à sortir: et il ajoute que, si les comiimnidades avaient lieu comme du temps de Charles V, « elles seroienl beaucoup » pires que ne furent les passées, pour mille occasions. »

\II. — Au roi, Madrid , 23 mars ilili. (Chiffrée en partie, avec le déchiffrement '.; LL. M.M. ce. ont été de retour à Madrid seulement le pénultième de février. Le lendemain il a eu audience et a présenté les compliments de condoléance du roi sur la mort de la princesse de Portugal '. — « Les

' Galice.

• Traduction : • Si le roi se veut dégager, le moyen ne lui en manquera pas. >■

' Ce décliiffrcment a été erronément placé sous le ii" XVII , avec la date du 50 mars.

* Voy. iôî). noie I.

» nouvelles premières qui sont venues de Flandres de la routte de l'armée » pour le secours de Middelbourg, et depuis la perte d'icelluy, ont eslonné » tout le monde. » — Le 14 mars S'-Gouard est retourné auprès du roi catholique, et l'a assuré que le roi n'épargnerait rien pour vivre en bonne pai.x et amitié avec lui ; qu'il lui en avait donné la preuve en commandant à tous les gouverneurs des frontières du royaume de ne laisser passer aucuns gens de guerre pour aller au secours des insurgés des Pays-Bas. S. M. C. lui a répondu que, nonobstant ces ordres, il y avait bon nombre de Français qui étaient passés aux Pays-Bas, et lui a témoigné le désir que le roi ne permette à aucun de ses sujets de donner aide ni faveur aux rebelles de ces provinces. — « Il semble, Sire, que le mavdvais succèz de » leurs affaires de Flandres les fasche et estonne fort; ainsi que j'entends, » ilz se repentent bien qu'ilz n'ont usé plus modestement avecques V. M., » par le passé , qu'ilz n'ont faict. « — Préparatifs d'une nouvelle expédition pour les Pays-Bas. — Instances faites au roi afin qu'il se rende dans ces provinces; duc d'Albe; duc de Medinaceli; prieur don x\ntonio de Tolède; desseins contre la vie du prince d'Orange :

Je veul.x bien dire à Vostre Majesté que , si ne feùt la disposilion en laquelle je considère estre les affaires de deçà, et véoir comme le roy catholicque prent à ceste heure à cueur les affaires de Flandres, il ne seroit difficille à croire qu'il y passât en personne : mais véoiant les négociations commencées pour son désengaigement, et qu'il est à craindre que ce qui apparoisl très-bien achemyné en cest affaire se commuast en aultre cas de bien maulvais pour respect de son absence, me faict du tout asseurer, contre l'oppinyon de plusieurs, qu'il n'entreprendra le voyage. Quant à entendre à ung concert et paix aux Pays-Bas , je véoy bien le roy très-esloigné à cela : mais , de l'autre costé, je véoy faire de très-grands brigues à ceulx de ce conseil pour n'en désespérer la pratique ; et le duc Medyna Cely y faict tout œuvre; et ceulx qui sont de cest advis poulcent fort. L'ambassadeur de l'empereur qui est venu despuys peu a eschauffé l'affaire, comme il en a, ainsi que j'entends, très-expresse charge de son maislre d'y faire tout ofTice et y apprester' le négoce avecques toute sorte desolicitation. L'on donne presse au duc d'Alve de venir, lequel est arrivé il y a quelque temps à Barselonne. Le duc de IMedyna Celly a faict icy tout ce qu'il a peu pour faire une part contre luy, le voullant imputer sur les affaires de Flandres, le chargeant que les affaires troublés sont fondez sur la tirannyc de laquelle il a use durant son gouvernement, et qu'il a désespéré

' ylppresUr, poursuivre vivcuicnt, de l'espagnol aprctar.

PHILIPPE II. Uô

cculx du pays à la rébellion, cl que ce n'est pour l'hérésie, eomme veult dire ledici duc d'AIve ; et si le duc de Med\ na Celly pouvoil faire croire ce poincl-là cl qu'il ne se parlas!, enlre le prince d'Orange et aulres ses associez, de religion, je pense asseurémenl qu'ilz irouveroienl avec le roy catholieque voye de paciflicalion : mais où il y va de la religion, l'on diroit qu'il n'y a plus de moyen, pour s'estre niys sy avanl en scrupulle de conscience que rien ne passe plus oulire. Je pense aussy que ledici duc d'AIve, quelque chose que l'on dye, quand il sera icy, il aura loule auihorilé, et que lud ne luy fera leste, etqueleducde Medyna Celly se allochera '. Je m'alends bien que ledici duc d Alvc, estant icy, sera Irés-coniraire à tout ce qui se présentera de la part de \ oslre .Majesté, comme enncniyet envyeulx de la prospérité de ses affaires.

L'on avoit pensé ung temps que Medyna Celly se seroit eslably pour pouvoir avoir voix ausdicls affaires de Flandres, et le roy cadiolicqiie le gratifTieroil d'esuni de grand maislre de la royne catholieque et gouverneur des princes, comme j'avois jà mandé à Voslre Majesté : mais, à ce que j'entends, il est traversé du prieur don Anthonio de Tholcdo, qui est grand escuier, lequel prétend mectre son eslat entre les mains de son neveu, qui est conte d'Albe de Liste, et se faire donner celluy de maislre de la royne et gouverneur desdicts princes : ce que je cuyde qu'il emportera, si ainsi est-il qu'il le veuille , pour la grande et bonne part qu'il a avecques son maislre

Je sçay que aulcuns eappiiaines ont voulu praliequcr ung François, qui est de par deçà, de s'aller rendre avec le prince (d'Orange), pour le luer, luy promcctanl de grands biens, et l'onl bien fort pressé et sollicité de ce faire, cl lont voullu présenter au roy calholicque.

XIII. — Relacion de ce qui se faicl par deçà ioucliant l année qui a esté ordonnée pour Flandres.

Il doibt avoir cent voillcs, savoir : vingt gros navires, quarante de cinquante à soixante et dix lonneaulx, et quarante autres en (iicon de grandes pinasses ou chalu|)pes rases, qui serviront pour passer les soldaiz aux isles. El desdicis cent voilles les quarante sortiront de la rivière de Séville, enlre lesquelz y aura quatorze ou quinze gros navires, et les soixante reslans sortiront de la cosle de Biscaye et se viendront joindre prés S'-Andcr. ,

Il se faict neuf mille hommes pour embarquer èsdiets navires, desquclz les cinq mille s'embarqueront dans les quarante navires qui sortiront de la cosle de Biscaye. Et Pierre Melendez, qui a esté faicl général de ladicte armée, qui est à Vilvao , ne trouve que trcnle navires qui soyenl à propoz , desquelz la plus grand part sont au Passaige près

' Se aflochera, se modérera, de l'espagnol aflojarse.

Fonlarabye, et ne trouve aucuns mariniers (|ui veuillent allei-, encores qu'il leur offre quatre payes, et les luy fauldra prendre par force, car la plus grand part de ceulx qu'il y avoit en ladicte coste de Biscaye sont niortz es navires qui feurent prins lorsque le due de Médina Cely passa en Flandres : qui est cause que ceulx qui sont demourez sont aténiorisez; et la plus grand part de ceulx qu'il y avoit s'en sont fuyz.

La provision desdicts navires a esté faicte en Séville, sçavoir : vingt ung mille cinq cens fanègues de bled, six cens tonneaulx de farines, neuf mille arobbes de biscuyt, dix-sept mille arobbes de vin et huict mille arobbes d'huille; et le tout se mectra èsdicts quarante navires qui sortiront de Séville ; et ne doibvent toucher à ladicte provision qu'ilz ne soyent joinctz avec les autres soixante navires, car ilz ont, au surplus de ce cy-dessus déclairé, troys mille arobbes de biscuyt et autres provisions jusques à ce qu'ilz les ayent rencontrez.

Le pourvoyeur ordinaire des armées qui se font en Biscaye, qui s'appelle Jehan Martinez de Recalda, est à S'-Ander, qui seullement faict provision de bœuf fumé, lard et poisson salle. Hz ont faict toutte leurdicte provision pour deux moys et demy, pour les neuf mille hommes, et leur doibvent bailler une livre et demye de biscuyt par jour.

Toulte ladicte provision faicte en Séville monte soixante et cinq qucnlos et quatre cent mille maravédis, qui sont cent soixante-troys mil cinq cens cscus pistollelz.

A la suite de cette Relation Saint-Gouard écrit :

C'est ce que m'ont raporté deux de mes gens que je avois envoie, l'un à Siville et S'-Luc S et l'autre en Bisquaie et Gualitie^, pour estre plus au vray informé del'apareil cl armeniant qui se faict, parce que issi l'on ne peult avoir information certaine : ce que l'on faict pour estre toutes leurs affaires si segrètes et peu communiquées que l'on n'y entend ne n'y voit que bien peu. Je entens aussi qu'ilz font une levée, tant en Itallie que Allemaigne, très-grande, et que le roy calholicque a pris si à bon esciant les affaires de Flandre, s'estant délibéré d'armer par mer et par terre la plus grande armée qui se soit veue de nostre temps, se promectant que premier que ce soit la fin de seplambre, qu'il aura jeté ors des Bas-Païs tous ceulx qui les luy ont occupés cl brouillés. L'on donne presse au duc d'Albe, duquel l'on eusl hier nouvelles qu'il dcvoil estre en Saragosse. Il y a un lieu, à l'entrée des illes desus Fleselingue, où ilz délibèrent désembarquer et faire un fort pour empescher d'entrer ne sortir aucunes choses dans les destroietz de ceste mer-là. Hz font conte d'estre prests avant la fin de mars. Je pense que l'ambassadeur don Diègue a charge, par la dépesche que luy porte le porteur de ccsle-cy, donner part à Vostre Majesté de l'armement qu'ilz font.

' San Lucar.

' Galice. »

W'in. \IX. — Au roi, Madrid, 4 avril 1574. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Affaires des Pays-Bas :

Hz sont icy presque desespérez des affaires des Pays-Hns, cl, selon (pie monstre le

)'oy caiholiccpie , il les veiill remédier aveeqiies In force Les minisires d'icy ne

seroienl si dilficiles comme par le passé (sur le poinl d'une pacification), et, connue j'ay desjà dict par plusieurs fois à V. M., ilz s'y estoienl laissez aller bien avant, et n'y a que le roy qui leur ayt faict leste; et, s'il vient là, ce sera qu'il n'y pourra aullre chose, ou Je me trompe bien.

Le duc de Medinaccli a été nommé, la veille, içrand maître de la reine. — Arrivée du ducd'Albe; accueil qui lui est fait par le roi :

Le duc d'Alve entra en cesle court le dernier du passé, et n'y voulut venir de jour, estant près de dix heures de la nuyet quant il y arriva, de manyère qu'il feut peu accompaigné, non qu'il ne fuist sortizgens infiniz au-devant de luy, mais il manda qu'il ne viendroit pour ce jour, qui feit que tout le monde se relira. Il alla descendre chez le prieur don Anlhonyo, el aussytosl se meit dans ung coche et fui baiser les mains au roy catholicque, où l'on m'a dicl qu'il se meit par deux fois de genoil, el qu'aux deux foys le roy luy porta les bras au col. Je feiz observer sa eonlenanec allant et sortant : mais l'on ma dict qu'il ne monstroil la chère * trop contente et qu'il a bien rabattu de la suppcrbie avecques laquelle l'on dicl qu'il estoit entré en Espaigne, là où il avoit commencé à traictcr tout le monde, et mesme les plus grands, de incneà ^ : mais cela luy commença à passer (juand il veit que le roy son maistre ne luy voulloit oclioyer (pie son filz don Frédériec] vcint avec luy à la court, de laquelle il eslbanny pour quelque temps pour avoir esté trouvé traiclanl d'amour dans le pallais avecques une des filles de lu feue royne; et de plus, il fut commandé à ung de ses principaulx conseillers qui venoit avecques luy , et lequel l'on dict avoir présidé au conseil des troubles ([u'ilz avoient ainsy voullu appeller en Flandres, se nominanl le personnaige Jehan de Varguas, qu'il n'eusl à approcher de la court de cinq lieues.

Ce premier soir il feul assez bien longtemps avecques le roy , et le lendemain au malin il y retourna, où il feutaussy bien longtemps, cl y feut aussybien accompaigné. L'on dict que s'en partira bicnlosl pour aller à Albe, el que le roy fera démonstration d'estre très-mal conlent de luy et d'avoir désagréable tout ce qu'il a faict en Flandres , et tiens-je de bon lieu que cela se faict pour contenter les Flamans el leur donner, par telz dci)porlenicnts, à entendre que ce n'a esté de la vollunté du roy que Icdicl duc les ayt

' La chère, la mine.

" Viicslra incrccd, en espagnol, a la même signification que vous en français.

mal traictez : luy ayant persuadé que, tenant ceste mode, ce seroit chemin pour entrer à paciflîcr et adoulcir les volluntcz altérées, qui ne sont tournées si n'est à ceulx qui les asseurent les faire jouir du repoz, puysqu'ilz cherchent toutes ces voyes de connivances.

Je ne faictz doubte que enfin, si on leur en donne lieu, iiz n'appoinctent du tout et à quelque pris que ce soit, encores que, a l'apparence qu'iiz font d'arn^r, il n'y a rien qui signiflie telles choses.

Dans des lettres précédentes Saint-Gouard avait écrit que don Juan d'Autriche était mandé en Espagne^ il écrit ici que le secrétaire Çayas est venu, de la part du roi, lui dire que Sa Majesté, cédant aux prières du pape et de toute l'Italie, s'était résolue à le laisser en ce pays, et qu'elle lui avait conimandé de retourner à Naples. — Saint-Gouard , suivant l'exemple des autres ambassadeurs, est allé visiter le duc d'Albe, qui l'a accueilli trèsgracieusement, et qui demain doit aller trouver le roi à l'Escurial.

XXI, XXII. — Au roi , Madrid, 8 avril lS7i. {En chiffres , acec le déchiffrement.) Il rend compte d'un entretien qu'il a eu avec le secrétaire Çayas, lequel est venu , par ordre du roi , lui faire toute sorte de protestations de ses sentiments d'amitié et de confiance pour le roi de France :

Ledict Çayas me dictque le duc d'Alve debvoit tourner bientost icy avecques toute sa famille, et qu'il luy avoit esté très-expressément commandé du roy, auprès duquel il auroit très-grande et principale aulhorité : sur quoy je faiciz quelque doubte , actendu ce que j'entends d'aullie part. Il n'a pas esté traicté icy de tous avec dignité, et y a quelques jeunes gens qui l'ont traicté de merced : qui est bien rabatu de VExcellence que l'on luy donnoit en Flandre.

XXV, XXVI. — Au roi, Madrid, 13 mai 1574. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Prochain départ du comte de Baillen (?), chargé de visiter le roi, de le complimenter et de l'assurer de l'amitié du roi catholique. — Saint-Gouard est allé voir ce monarque, pour se réjouir avec lui de la défaite et de la mort de comte Ludovic '. — La hâte qu'on se donne pour l'expédition de l'armée destinée aux Pays-Bas fait plus croire à Saint-Gouard « que est la volunté du roy d'user de la force que autrement. » — « J'ay

' A la bataille de Mook, le 14 avril. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. ill, pp. 31 cl suiv.

PHILIPPE H. ii7

» sceu ajoute-t-il — qu'il avoit tlicf. depuis s'esfre resjouy de la nouvelle » de ccste dernière victoire, les niesnies molz. traictans de l'ordre de ses » affaires des Pays-Bas : roilà, dit-il, que c'est de la puissance de Dieu, » qui deff'eud la cause, quand les hommes peuseuf y pouvoir le moins; et » astlteure qu'il nous a ouvert la porte, il n'ij fault estre si paresseux que » par le passé. »

.\X\ II. — Au roi, Madrid, 20 mai ij71. Il supplie le roi de ne lui oter l'abbaye de Sablonceau '. Il allègue ses services, sa pauvreté, et quil est « comme estropié de bras et jambes. »

XXVIII. XXIX. — Au roi, même date. Démarches de l'empereur pour la réconciliation du prince d'Orange :

L'empereur fait plus qiio jamais instance de la réconsiiiaoion du prince d'Oranse ei ses partisans, cl cric icy, tant qui! pculi, que l'ostérité que le roy cailiolicqiie monstre en ccste alTaire niect hors de la maison d'.\ustricc l'empire: ne pouvant nulicnicnl. jusques à ce qui! soil paeiffié avec ledict prince, faire une dictte de tout l'Empire, avecques laquelle il dict qu'il (croit nommer son lilz roy des llommains. Son ambassadeur qui est icy négotie hardyment ceste affaire, pour l'appuy qu'il a de la royne et de messieurs les princes de Bohesme. Mais , avecques tout cela , il n'y a , jusques à ccste heure , ainsi que j'entends, beaucoup advancé l'œuvre , le laissant assez mal satisfaict, pour les courtes responses que l'on luy faict sur ceste matière.

XXXI, XXXII. — Au roi, Madrid, o juin Io74. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Tristes nouvelles des Pays-Bas: projet d'y envo\er don Juan d'Autriche: négociations avec la reine d'Angleterre; duc d'Albe :

Me semble que Vostrc Majesté a tousjours à bonne part ipie Ion soyt dilligent

de luy faire entendre le peu que l'on pcult véoir des affaires du monde. Kt pour ce, je diray à \ ostre .Majesté que, le xxviii' du passé, il arriva icy ung courrier du grand commandeur, la venue duquel semble avoir apporté peu de satisfaction des affaires de Flandres, de manière qu'il se vcoyt que toutes n'y vont tro|) bien, et que la mutincrye que les Espaignolz ont faict à Anvers et monstrer altemptcr du tout ont assez recullé les affaires du cbcmyn que l'on pensoyt qu'elles dévoient prendre soubz le nouveau gouverneur, prenant très-mauvaise espérance pour l'advcnir qu'il puisse avoir assez d'autorité avec les Espaignolz, Icsquelz monstrcnt tant de mespris de luy qu'ilz ne se

' Dans la lettre précédente il disait qu"il était plus soldat (|ue théologien.

448 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

contentent de ne donner crédict à chose que leur propose et promectc. L'on a couvert et couvre-l'on le faict de ce mutin, icy, le plus que l'on peult, et faict-l'on publier qu'il fut aussitost paciflié et que ce n'a ryens esté. J'entends, avecques tout ceiia, que l'on traicte s'il seroit bon et à propoz de faire passer aux Pais-Bas don Joan d'Auslrie; et selon que je peux sçavoir, il y a apparence qu'ilz s'y résolvent, et aussi (|ue je croy que ledict don Joan d'Austrie ne s'endort à tenir main d'esire employé là, afïin de ne se véoir rappelle icy et y eslre comme personne privée, comme il sera sans faulte ; car je véoy bien que, en toute mode, l'on le veult sortir d'Itallie, pour retrancher la despence grande que l'on y faict sans espérance d'y exécuter ung monde de grandz dessaings que l'on avoit soubz coulleur de la ligue. Et retirant ledict don Joan d'Austrie, l'on s'excuse honnestement de la despence que sa présence apportoit soubz coulleur de faire teste au Grand Seigneur, et se contentera-l'on de se tenir sur la deffensive, comme par le passé, et n'y faire plus de despence que de l'ordinaire.

11 y a icy, depuis quelques jours, un secrétaire dudict don Joan d'Austrie ' qui est estimé ung très-abille homme, avec lequel le roy cathôlicque (hors de touttes ses couslumes) a voulu conférer, le tenant, chascune fois qu'il l'appella, un bien long temps avecques luy ; ne l'ayant laissé partir d'auprès de luy depuis qu'il est arrivé, et n'est revenu en ce lieu depuis qu'il est de par deçà. Et entends que ayant résolu sur quelque deslibéralion que ledict don Jehan d'Austrie passast en Flandres, il y a preste la main de si près qu'il y a très-grande apparance que l'on s'y 'résolve : qui seroit bien tout ce que ledict secrétaire sçauroit souhaiter pour son maistre, les serviteurs et partisans duquel, et mesmcmeni les gens du conseil, disent qu'il le fault faire roy d'Angleterre et le marier avecques la royne, et qu'il se sçaura après bien aider d'elle : néantmoins ilz ne sont point asseurez de sa bonne volonté et ont peur qu'elle ne leur face une frasque^ sur le passaige de leur armée, encores qu'elle leur ayt promis toute seureté et assistance au passaige; prenant mesmes mal signal d'ime lettre qu'elle a escripte au roy cathôlicque et des propoz qu'elle a tenuz à ceulx qui luy furent envoyez, de sa part, par le grand commandeur, tant pour s'asseurer dudict passaige que pour luy donner part du succèz de la deffaicte du conte Ludovicq. J'entends que, en la lettre qu'elle a escript au roy, elle se plainct de ce qu'il n'a faict aultre compte d'envoyer ses procurations bien sulïisantes pour accorder les poinctz qui avoient meu le disparer ' qui sembloit entre eulx, comme il avoit esté accordé, et extrêmement de quoy il reçoit et souffre en ses pays et donne pro-

' Juan lie Solo. Don Juan , qui se disposait à partir pour l'Espagne, venait de recevoir du roi l'ordre de rester en Lombardie : il avait alors jugé à propos d'envoyer son secrélaire à Madrid, afin d'y négocier les affaires dont il avait compté de s'occuper lui-même.

' frasque, dispute, querelle.

' Disparer, contestation, brouillerie, de l'italien disparcre.

vision à aucuns de ses subgelz qui iuy sont rebelles; et de plus j'entends que celluy ([iie le gr.ind commandeur y avoit envoyé Iuy list insianec quelle Iuy fist dépcscher bons et suffisans passe-poriz pour la seurelé du passage de ladicte armée, veu que par ses lettres elle le rescrist au roy : à quoy, ainsi que l'on dicl, elle respondit qu'il suflisoit de sa parolle, et que ce qu'elle escrivoit ce n'estoit en considération de ses affaires et de ce qui Iuy touthoit. Hz ne sçavent à la vérité comme ilz se doibvent gouverner avecques elle, ayant, ainsy comme je puis entendre, le roy une très-grande hayne en son cueur contre elle; et comme estant de complection fort vindicatifve, je croy, si la conjoncture lui donnoyl lieu, il ne s'y fauldroit pas fier.

J'ay entendu qu'aucuns avoient esté d'advis qu'il Iuy envoieroyt ung genlilhommc exprés d'icy : mais Iuy est d'oppinion d'en envoier ung au grand commandeur, avec instruction de ce (ju'il aura affaire en Angleterre, et qu'il y passera au nom et comme s'il fust dépesebé dudiet commandeur : ayant prins le roy ceste résolution pour lever l'occasion descripre à ladicte royne et monstrer, de plus, s'il pcult, que ce n'est Iuy qui traicie avecques elle, ains ses ministres, en ce qui s'offre d'occasion en ses affaires. Au reste l'on donne presse à l'armée, que l'on la renforcera de jour à aulire, soyt de navires, hommes, munitions et argent, faisant estât qu'elle sera composée de deux cens vaisseaulx de toutes espèces, de unze mil hommes paiez à l'embarquement, six cens mil escuz de reslief, et munitions pour neuf mois. Hz ont esté en termes de nouveau d'y passer vingt gallères, et encores n'en sont-ilz bien résolluz de sy ou de non; et y a quelqu'un qui est d'advis que l'on ne passe que deux, et encores armées de bonnes veilles, pour csprouver de la réussite qu'elles feront, pour puis résouldre, sy elles sont utilles, en faire faire sur le lieu. Hz sont bien fort eslroielz d'argent, et avec grand peyne peuveni-ilz faire leurs partis, parce que les Géne\ois font difficulté d'y entrer, ayant sceu la proposition que l'on a faict d'eulx à ces derniers eslalz. Et ay seeu que les six millions lesquelz ilz penssoient avoir pour les affaires de Flandres, comme j'avois par autre mandé à Vostre .^lajesté, sont dcmourez: dont ilz sont en très-grande peyne, pour ne sçavoir où prendre argent. Hz faisoient estât que l'armée partiroit asseurément et pour le plus tard à la moictié de ce mois : mais, si c'est pour le commancement de celluy que vient, ce sera bien assez.

J'entends que l'on veult dépescher ung gentilhomme vers ^'oslre .Majesté , lequel passera à l'armée avecques instruction de se résouldre, avecques Pero .Melindez, que est admirai d'icelle, du bcsoing que seroit de la faveur de Vostre Majesté pour son passaigc, et que de là Icdict gentilhomme yroit devers elle, pour Iuy faire entendre ce qu'ilz désirent, et sur ce prendre ses patentes, et puis s'en aller aux lieux où ilz auroient concerté que Icdict gentilhomme devra actendrc l'armée; et, à ce que j'entends, ilz |)rétendent que ce soit aux costés de Boullongne et Callais. Je Iuy diray. Sire, qu'il semble qu'ilz ne soient trop asseurez de ce qu'ilz doivent faire pour s'aider de ladicte armée;

et diroit-l'on qu'ilz ont bien fniilte de gens qui entendent bien servir à telles affaires, ne se saichanl résouidre au party qu'il/, doivent prendre. L'on verra ce que l'on dira. Le duc d'Alve, que arriva icy le deuxiesme de ce mois et entra au conseil le quatriesme, et alla, comme jeune homme, à cheval sans housse, dict qu'il sera bien avec le roy son maistrc; autres, qu'il sera recherché de ce qui a passé durant son gouvernement.

XXXIII, XXXIV. — A la reine, même date. {En chiffres, avec le déchiffrement.) JNégociations de mariage : l'infante Isabelle est recherchée par le roi de Portugal, par Tempereiir et par le due de Bavière.

XXXV. — A la reine, Madrid, 16 juin 1-574. Le courrier porteur de la nouvelle de la mort du roi ' est arrivé le II. Cette nouvelle était connue à Madrid depuis la veille. — Le roi catholique, qui était absent et n'est revenu que le 1.3 au soir, lui a fait entendre le lendemain, par le secrétaire Çayas, « l'extresme et grand regret qu'il rcccpvoit en la perte d'un frère qu'il » aymoit et honnoroil extresmemenf et de tout son cueur. » Il envoie aujourd'hui même un courrier à la reine. — Cet événement tient en suspens beaucoup de choses que les ministres s'apprêtaient à mettre à exécution. — Le comte de Baillen(?), parti de Madrid le 18 mai pour la cour de France, est tombé malade en Biscaye; on croit que maintenant il reviendra sans pousser plus loin.

XXXVI. XXXVII.— A la reine, Madrid, 27 juin 1574. {Chiffrée en partie, avec te déchiffrement.) Le 17 il a eu audience successivement du roi et de la reine. II a dit au roi que la reine lui avait commandé de le visiter de sa part, pour « se condoloir » avec lui de la mort du roi de France et lui faire savoir que, cédant aux vœux du roi défunt, ainsi que des princes et seigneurs du conseil , elle s'était déterminée à se charger de la régence jusqu'à l'arrivée du roi de Pologne. Le roi lui a témoigné son extrême déplaisir de la perte d'un prince et roi de telle valeur, et l'a chargé d'offrir à la reine tous ses moyens et forces, si elle en avait besoin. Il lui a dit ces propres termes : ci C'est très-grand dommage qu'un jeunne roy, si bien intentionné, » soit mort. Toute la chrestienté y a une très-grande perte. Il y a ung n long temps que j'avois ce desplaisir dans le cœur et sçavois qu'il estoit » jugé des docteurs que ceste malladie se détermineroit à ceste très-grande » perte, et qu'il n'y avoit remedde autre, pour la qualité de la malladie. »

' Charles IX était mort le 30 mai.

PHILIPPE II. Ao\

— « Le duc d'Alve est fort mal de ses goulles, et y a quelque apparence » qu'il est fort descheu du crédit qu'il pensoit avoir icy près du roy son » maistre : l'on ne sçait point si cella se faict par mistaire, et monstrer par » ce moien aux Flamens que l'on luy faict ce mauvais déporlement. pour » mauvaise satisfaction que l'on ayt de son gouvernement. » — Le duc de Medinaceli parait, au contraire, plus en crédit que jamais : la faction dont il est voudrait la paix , tandis que celle à laquelle le duc d'Alhe appartient est pour la guerre. — Le secrétaire Çayas est venu, de la part du roi, avertir Saint-Gouard que le comte de Baillcn(?) passera outre avec de nouvelles instructions, et qu'après avoir visité la reine, il ira jusqu'en Pologne pour complimenter le nouveau roi.

XXWIII. — La reine à Saint-Gouard, 28 juin ^^74■. Elle le charge d'assurer le roi catliolique qu'elle s'appliquera à entretenir entre son fils et lui toute bonne amitié et intelligence.

XXXiX, XL. — A la reine, 12 août 1574. {Chiffrée en partie ^ avec le déchiffrement.) Il rappelle sa dernière lettre, qui était du 1<='" août '. — Il répond à celles de la reine du 12 et du 27 juillet. — Le roi catholique est indisposé depuis quelque temps et ne donne pas d'audience : néanmoins, contre l'avis des médecins, et sans en dire rien à personne, même à la reine, il est parti seul en un coche pour se trouver à l'Escurial, selon sa coutume, le jour de S'-Laurent. — Affaires des Pays-Bas :

Depuis le ix''dece mois, qu'il arriva ung courrier du grant commandeur, cculx du conseil font tout ce qu'ilz peuvent pour disposer le roy calholicquc à entendre à ung appointement, tant général que particulier, et ne s'arrester plus tant sur l'ostérité passée, et accorder quelque cas à ceulx qui vouidront mcclre la liberté de conscience en avant, et ne leur nier totalicmentce qu'ilz demanderont en ce faict, sur lequel j'entends que ce n'est pas sans mistcre que l'on a laissé courir le S' de Tliouiouze -, qui est l'un des plus familiiers du prince dOrange et principal conseiller, lequel cstoit de longtemps prisonnier aux mains du gouverneur et des le temps du duc d'Alve

L'on parle icy du roy ' comme d'un aulire Alexandre; mesmc l'empereur en a si bien escript qu'il en a donné un peu de jallousie.

' Elle n'est pas dans le registre.

' Phili|)pe de Marni.x, seigneur de Sainle-Âldcgondc.

" Henri III.

XLI, XLIl. — A la reine, Madrid, 19 août 1574. (En chiffres, avec le déchiffrement.) Le roi est revenu de rEscurial samedi.

J'entends que le duc d'Alve fut au Parde et qu'il eut du roy son maisire ung trèsmauvais visaige; et me dict-l'on que toutes choses ne luy vont à son souhayt, ne en publicq, ne en son particuliier, ne luy ayant donné nulle bonne espérance en la cause de son filz, mais au contraire toute deffaveur, jusques à luy avoir nommé des juges qui luy sont cnnemys et à toute sa maison, et au contraire favorables à ses parties : mais avec tout eella il ne laisse à faire bonne mine et dissimuler sa passion.

Le bruit du concerte avecques le prince d'Orange et les autres rebelles des Pays-Bas

ne cesse, ains croist de plus en plus Le grant commandeur est si bien d'accord

avecques l'empereur pour cest affaire, qu'il semble que ce soit une mesme chose ; et au contraire, le due d'Alve a esté si dissemblable aux opinions dudict empereur, que à ceste heure tous ceulx qui adhèrent à ceste part font cliarge audict duc, pour le grant support qu'ilz espèrent de la royne catholicque cl messieurs ses frères.

XLIV. — Déchiffrement d'une lettre à la reine, du 7 septembre 1S7 4-

L'on a mis la main sur le collet à cinq Anglois, lesquelz j'entends sont soubçonnez d'avoir intelligence en chiffres avec la royne (Elisabeth) et prince d'Orange, et avecques entreprise de faire fuyr le conte de Bure, filz dudict prince, qui est aux escolles. Ung alcades de court, qui est comme ung prévost de l'hostel, a emmené lesdicts Anglois hors de la court en un lieu nommé Tourvoyan de Vellasque ', où j'entends qu'on a délibéré de leur donner toutes sortes de géhennes et tourments, pour descouvrir ce que

l'on a plus de présomption contre eulx Ceste affaire est si sccrette qu'ilz pensent

que nul en saiche la prinse

Le roi est très-mal satisfait de la réponse que lui ont donnée les cortès de Castille assemblées à Madrid, à qui il avait demandé les moyens de payer ses dettes.

XLVII , XLVIII. — A la reine, Madrid, 2G septembre 1574. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Le roi et la reine sont de retour à Madrid depuis deux ou trois jours. — Le grand commandeur insiste toujours pour un accommodement avec le prince d'Orange.

Ll, LU. — Au roi Henri III, Madrid, 15 octobre 1574. Protestations de zèle et de dévouement. — Il rappelle qu'il a dépensé tout son bien au

' Torrcjon île Vclasco.

service de la couronne: qu'il a éfé estropié à la guerre; que ses nécessités sont extrêmes, etc. Il demamle que le roi lui conserve labbaye dont il jouit '. — Il rend compte d'une audience qu'il a eue du roi le 8 octobre. — Affaires des Pays-Bas:

Quanl aux affaires de Flandres, ilz ne sont pas bien édifliez, et croy qu'elles vont de pis en pis, et que bons et mauvais concluent qu'ilz ne veullent aucun gouvernement espaignol; et semble qu'ilz aient perdu du tout la honte avecques le grand conmiandcur, ne luy porlaiit aucun respect, estants bandez les estaiz contre luy et luy contre eiilx. Hz ont envolé icy ung homme exprès pour proposer contre luy; il y a uiig mois qu'il est arrivé : mais il n'a esté encorcs oiiy. Cliapin ^'itelly a envolé aussi demander son congé, et en faict toute instance. Le grand commandeur demande à toute force argent et conseille le concerte : l'on faict toute dilligence de luy ren] envoler, et ce courrier luy est dépcsclié avecques les pollices de quatre cens mil escuz. Du concerte l'on y entendrolt voluntlers , si l'on pouvoit trouver penie qui eust quelque coulleur honorable : mais j'entends qu'il y a autant affaire aux conditions que demandent ceulx qui se disent les bons que à celles des mauvais ; et me semble que sur l'une ne l'autre il ne s'y résould riens, monstrant presque qu'ilz ne sçavent pas qu'ilz doibvent faire.

L'empereur travaille, autant qu'il fist jamais, en ceste affaire, et entends que ce qui a esioigné la venue du S' Ronf ^, qui debvoit venir de par deçà de sa part , est qu'il atendoit une responce du prince d'Oranges, devers lequel il avoit envoyé pour véoir s'il le pourroit conduire à quelque bonne raison ; et ay entendu que l'empereur mectoit en avant que le roy eatliolicquc, enfin pour remédier à ces affaires, il pourroit donner au filz du prince d'Oranges, qui est détenu de deçà en .\lcala , les estatz dudict prince, et le subroger au gouvernement de Hollande et Zcelande, et que le père iroit vivre auprès île luy ou quelque part où bon luy sembicroit : mais avec cella l'on ne sçait si ceulx de Hollande et Zcelande se corucnteront, car il se dict qu'ilz font leurs conditions à part et demandent liberté de conscience : à quoy je pense que ce roy ne consentira jamais, ou je me trompe bien. Depuis, aux bons qui demandent que on leur este toute sorte de gouvernement estranger, on leur a aussi introduit ung moieti avecques lequel ilz se pourroient contanter, et semble que cella vient de ceulx qui veullent accommoder l'empereur: qui est qu'ilz demandent ung de ses enfans pour commander, et que on luy donne ung conseil des plus notables personnages de tous les Estatz et les mieulx cntenduz cl experts en toutes sortes d'affaires ; et pour contanter le roy catholicque quant aux forces estrangères et espaignoUes, pour les avoir lousjours dans le païs autant

' Voy. p. il?.

' Runipff.

qu'il sera besoing, il los réduira dans les places frontières de France. Et si ce concerte se faisoit, je croy bien que l'enipereur ne consentiroit ces traictez, pour n'eslre en peinne du soubçon que telle voisinance pourroit aporler ung temps advenir. Je pense, en conclusion , que Ton est bien marry d'avoir perdu des occasions que l'on avoit d'apoinler ces affaires de Flandres par le passé avecques réputation , et que j'ay bien peur que l'on ne pourra jamais faire à tel ne si bon marché, vcu comme sont les aft'aires d'une part et d'autre.

L'empereur mect lousjours son intérest avant, disant que si l'on ne paciffîe avecques les gueulx, que l'empire sort de la maison d'Auslriche, et que c'est la résolution des eslecieurs. Je croy que ceulx qui sont pour son service, tant en Flandres que AUemaigne, tiennent bien l'œil à ce qui se mesnage de delà sur ces afîaires-icy , et que du tout ilz le tiennent bien adverti: estant très-marry que, de ma part, je ne voyc plus avant. Mais les affaires se traictent sy estroictement de par deçà qu'avecques grande difficulté si l'on peult entendre aucune chose déterminée.

LUI. — Henri IH à Saint-Gouard, 20 octobre 1574. Il désire que Saint- Gouard continue dans la charge qu'il remplit, et il l'assure qu'il le gratifiera selon SCS mérites. — Il lui ordonne de faire entendre au roi catholique son heureuse arrivée dans son royaume, et de le remercier de tous les honneurs qui lui ont été rendus à son passage par l'Etat de Milan. — L'envoi que le grand commandeur de Castille lui a fait du duc d'Arschot, pour lui offrir passage par le comté de Bourgogne, lui a été aussi très-agréable. — Il veut que Saint-Gouard remercie le roi plus d'une fois, en l'asseurant — lui dil-il — « que, sy les roys mes prédécesseurs, et mesniement le feu » roy, mon frère, ont désiré de vivre avecques luy en paix et bonne amitié, n que je suis bien délibéré de faire le semblable, voire restreindre et » accroistre encores davantage, sans permettre qu'il se face chose qui puisse » en ryens du monde l'altérer. )>

LIV, LV. — Au roi, Madrid, 2.5 octobre Io74. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Affaires des Pays-Bas :

Le seiziesme est arrivé ung courrier de Flandres, estant sa dépesche du premier, sans avoir aporlé lettres de pariicuUiers. J'entends que les affaires vont de par delà en pires termes que jamais, et que les estatz et le grand commandeur sont en tel disparer ' que le tout ne monstre que désordres et confusion : y aiant , ainsi que l'on m'a

' Voy. p. 448 , note 3.

dici , coulx (losdicls cstatz perdu toulc lioiiio a\ ccqnos liiy ; et concluent (|u'il fault néccssairemenl que on leur ostc tout gouvernement csiranger. De plus, l'on m'a dict que tous les sohialz dudicl commandeur l'abandonnent, tous se relirans chasctui où il

peull

Ce courrier à cesle heure venu de Flandres a aporté une dépeschc de l'empereur, laquelle a faict que aussilost on a dépcsché vers luy courrier exprès; et si on m'a dict vray, il faict une irès-grandc instance (|uc l'on accorde avecques le prince d'Oranges, et qu'il fera qu'il se déportera de sa rébellion cl qu'il ira vivre bors des Estatz du roy catbolic(|uc. Et in'a-on asseuré qu'il faisoit toutes ces instances au nom des princes esleclcurs, qui luy ont promis que, s'il pacifTioit les Bas-Païs à certaines conditions qu'ilz prétendent pour le prince d'Oranges et ses adliérens, que aussitosi ilz esliroieni son filz roy des Romains; et voy ces gens en telz termes que je croy que à ceste beure ilz ne se feroienl plus tenir pour apointer, voire jusques an roy, s'ilz en avoient le inoicn.

LVI, LVII. — Au roi, Madrid, 29 novembre ia74. {En chiffres, avec le déchiffrement.) Il s'est acquitté, envers le roi catholique, des offices dont le roi l'a charge par sa dépèche du 20 octobre. — Aflaii-es des Pays-Bas; instances de l'empereur pour la pacification de ces provinces :

Hz ne travaillent tous les jours sinon à chercher quelz moiens leur seroient les

plus convenables pour faire la pacifTication en Flandres, où il y a lousjours infinies contradictions. Il s'est proposé d'y envoler madame l'infante donna Ysabel pour gouverner, assistée du plus honorable conseil ([ue l'on pourroit choisir des Païs-Bas, et ce pour vaincre l'apétit (pi'ilz monstrent avoir au faict du previllége du gouvernement : mais il ne s'entend (juc ccsic proposition tire plus avant. El aussi là-dessus est arrivé, de la part de l'empereur, Ilonf , (]ui s'atendoit de longue main, lequel eiist audience le xxin' de ce mois, ne se sçacbant cncores ce qu'il traictc. Mais de ce qu'il a en charge, je sçaiz qu'il consiste en trois pointz principaux, (jui est: pour le tiltrc du grand-duc de Toscane, l'autre pour le respect du Final, le troisicsme cl plus important, l'an'airo de Flandres : aianl entendu que ledict Ronf, en premier lieu, a de persuader, autant (piil pourra, de la part de son maistre, que l'on |)aci(fie, remonstrant comme les princes de l'Empire sont si avant en cecy que, estans recbercbez des cstatz des Bas-Païs de les prandre en leur protection, ilz demandent avecques toute instance qu'il soit faict une diette pour traicler et déterminer de cestedicte protection; et tout ce qu'il a peu et peult en ccsie afl'aire.ce a esté de la remectre jusques à ce qu'il eust faict entendre au roy catholicqueee qui se mesnageoit en cesle affaire , et le prier, de sa part et des eslecieurs , d'accorder aux Bas-Païs la paciflication soubz la liberté et franchise de leurs previlléges ; et que , pour liance que les pais luy rendront toute obéissance et fidellité, l'Empire en respondera : le

persuadant et admonestant qu'il ne peult fuir à ce parti, acceptant tous les articles qui se proposeront en conformité et selon les previlléges anciens desdiets Bas-Païs , où bons ou mauvais concurrent. Je n'ay sceu ce qu'il y a en matière de relligion, et ne s'en parle jusques à ceste heure en aucune manière: mais, puisque les princes protestants s'en meslent, il ne fault doubler qu'il y aura ung article en marge pour ceste affaire.

Je puis dire à Vostrc Majesté, pour résolution , comme je l'ay jà advertie par plusieurs de mes lettres, (|ue ces gens-icy, comme du tout désespérez, quelque bonne mine qu'ilz facent, ne sçavcnt comme ilz sont des affaires de delà, et dont iiz sont si empesehcz qu'ilz n'ont autre si grande voluntc que d'apointer, et ne cherchent que connue le pouvoir faire, aiant coulleur que c'est avecques raison et réputation : ce que je présume pourroit prandre corps, s'il est ainsi que Rouf ayt la résolution que dessus. Je ne perderay heure ne moment pour y pénétrer si avant que je pourray.

LIX, LX, LXI, LXII, LXIII, LXIV, LXV, LXVI. LXVIl , LXVIII, LXIX, LXX. LXXI, LXXII, LXXIII, LXXIV, LXXV, LXXVI, LXXVII, LXXVIII, LXXIX, LXXX, LXXXl , LXXXll , LXXXIII , LXXXIV, LXXXV, LXXXVl, LXXXVIl, LXXXVIil, LXXXIX, XC, XCl, XCII,

xciii, xciv, xcv, xcvi, xcvii, xcviii, xcix, c, CI, cil, cm, CIV,

CV, CVI, CMI, CVm. CIX, ex, CXI, CXII, CXIII, CXIV. — Pièces concernant l'affaire de la succession de Portugal en 1579 : lettres écrites par et à Philippe II; consultes, mémoires, avis de ministres; deux lettres écrites de Lisbonne à Saint-Gouard.

CXV. — Au roi, Madrid, 12 novembre 1579. Il lui fait tenir, par homme exprès, différents papiers touchant les affaires de Portugal, et nommément une lettre du nonce au roi catholique, où il exprime la manière de voir de Sa Sainteté sur la succession de ce roj aunie. — Le duc de Terranova a envoyé son fils à iMadrid, pour rendre compte de tout ce qu'il a fait dans sa négociation à Cologne. — Cardinal de Granvelle :

Le cardinal Granvelle se va faisant de jour en jour maistre des affaires, et semble que touttes luy doibvent venir aux mains. Je l'ay esté visiter quelques jours après qu'il a esté arrivé en ce lieu, m'ayant laissé faire le pas à tous les ambassadeurs qui sont en ceste court, qui se donnèrent assez de presse pour le véoir. Il me feyt toute bonne démonstration de bienveuillance, avec tout le respect qui se doibt à Vostre Majesté

J'entends que hier, au conseil d'Estat, le cardinal de Tollède et luy eurent une prise : je ne sçay sur quoy; mais, si une fois il se prent à ces gens-icy, il aura bien affaire, et sera bien fin si à la longue il ne trouve qui le sera plus que luy.

Saint-Germain Harlav i228.

241. — Lettres des S^* Ferey Durescu et de Malras, baron de Ferrais, emploiez pour le service du Roi aux Païs-Bas, au Roi, à la Reine ' et au duc d'Anjou, et d'eux auxdits seigneurs, depuis aoust 1566 jusques en décembre 1569.

Grand in-fol., pap., cartonné.

Recueil de dépêches originales des deux envoyés nommés au titre, avec les minutes des réponses faites à ces dépêches.

Les unes et les autres sont ensemble au nombre de cent trente-neuf (1-CX.\XI.\): elles forment quatre cent cinquante pages d'écriture de plus de cinquante lignes à la page et d'un caractère très-menu.

Jean Ferey. chevalier, seigneur de Durescu. Saint-André. Fontaines, etc., était conseiller au conseil privé de Charles IX, chevalier de son ordre et garde du scel des obligations de la vicomte d Orbec. Il avait épousé, le 19 mars loi^. Jeanne de Launay.

François de Uoger Rogicr, Ronger), seigneur et baron de Malras et de Ferrais, était conseiller au conseil privé, maître d'hôtel ordinaire du roi et de la reine mère, et sénéchal du Lauragnais. En septembre 1;J75 il fut envoyé en ambassade à Rome et y resta un an. Il mourut en 1575 '.

La correspondance de Durescu ne comprend que les lettres 1-XXIII. et.

' Callicrine do Médicis.

' Je suis redevable de ces renseignements biographiques à M. Michclant , conservateur sous-dirccteur au départfmcDt des manuscrits de la Bibliothèque nationale, à qui j'en exprime ici ma gratitude.

comme on le verra, elle présente bien des lacunes, notamment du 27 décembre IdGG au 16 octobre 1567. Toutes les autres lettres appartiennent à la correspondance du baron de Ferrais.

CORRESPONDANCE DE DURESCU.

I. — A la reine, Bruxelles, 8 août 1366. « L'on n'a pas opinion par deçà

» que le roy catholicque y puisse si tost venir comme l'on en faict bruict

)) De quelque costé qu'il vienne, soit par mer ou par terre , s'il amène forces » extraordinaires, il semble, aux propos qui se tiennent, que l'on se ré- » souldroit de s'y opposer. »

II. — A la reine, Bruxelles, 22 août I5'66. Dévastation des églises et des monastères :

Madame , ainsi que j'ay souvent eseripl à Vos Majestez , je prévoiois bien que le peuple ne se conliendroit longucmenl sans mectre la main aux temples el monastères : car il a commencé, depuis trois jours, si rudement à abbalre les images, tant à Anvers, Yppre, Gand, que plusieurs autres villes et villaiges, et continue encores de telle sorte et furye que, si Ton n'y trouve remède, il y aura peu ou poinct de villes et villaiges qui s'en puissent exempter; et dict-l'on que la tardité dont Ton a usé à serésouldre sur la demande des estalz gcnéraulx en est cause; et encores ne s'en prend résolution en ceste compaignye qui est icy assemblée ', et vouldroit-l'on que, en abolissant l'inquisition et modérant les placariz, Ton se contcnlast : mais cela se dict trop tard, et fauldra par nécessité que lesdicts prescbes tiennent, ou que les armes les facent cesser

IV. — A la reine, Bruxelles, 27 décembre 1566. Dispositions du comte d'Egmont :

On dit que monsieur le conte d'Aigmont yra lundy en Flandres, pour pourvoir à les esmotions et sublévations du peuple, s'il est possible, plus par remonsirances que par les armes, dont il semble qu'il ne se veult cbargcr, et, comme l'on dict, les vcull laisser porter à ceulx qui les conseillent; et sans l'arrivée inopinée du duc de Deux-Ponts, parent procbain de madame d'Aigmont, qui est arrivé en poste sur le soir, estant logé cbez mons' de Mansfclt, cl de la venue duquel il se parle diversement, ayant passé par

' La réunion du conseil d'État. Voy. la Cuirespondancc de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. I,p. 449.

Anvers, où il a séjourné ung jour, il fiist parly dès aujoiird'huy pour iedict voiage de Flandres, où le feu s'allume fort

V-VIII. — Lettres des 16. 26 et 31 octobre lî)67, relatives au secours que Catherine de Médicis avait fait demander au duc d'Albe , et qu'il accorda en envoyant en France un corps de cavalerie commandé par le comte d'Arenberg.

IX. — Au roi, Bruxelles, 4 novembre 4 567. 11 a reçu, le 2, les dépèches du roi du 27 octobre, et incontinent il est parti pour Anvers, où est le duc d'.\lbe, afin de lui en communiquer le contenu. — Il l'a trouvé, à une heure après midi, aux Cordeliers, où il venait d'entendre le sermon de son confesseur, cordelier espagnol. — Le duc l'a reçu avant de sortir de l'église et lui a dit que déjà il avait donné l'ordre de s'assurer de trois mille reitres, pour l'effet désiré par le roi et la reine; une partie de ces reitres sera sous les ordres du comte de Mansfeit, « qui est ung peu mieulx caressé qu'il ne » soulloit. »

X. — A la reine, même date. Audience qu'il a eue de madame de Parme pour le même objet; réponse gracieuse qu'elle lui a faite.

XI. — Au roi, Bruxelles, 6 novembre 1S67. Démarches qu'il a faites auprès du duc d'Albe pour les mille corselets et les mille arquebuses désirés par le roi. — Excuses du duc. — Envoi en Gueldre de vingt enseignes de gens de pied et de quelque cavalerie.

XII. — Au roi, Bruxelles, 8 novembre lo67. Bruits sur les levées du prince d'Orange et des comtes Louis de Nassau et Vanden Berghe. — Armements en Allemagne. — « Madame de Parme n'a bougé, depuys quatre » jours, d'une petite rclligion de femmes qui est à une petite lieue d'icy, » dedans les boys ', et reviendra ce soir.

XIII. — A la reine, Bruxelles, 9 novembre 1567. M. de Favclles (que le roi et la reine avaient chargé d'une mission auprès du duc d Albe et de la duchesse de Parme) retourne en France. — Durescu craint que le duc n'envoie pas au roi le secours qu'on s'était promis de lui , non par mauvaise volonté, mais à cause des inquiétudes que lui donnent à lui-même les levées d'Allemagne.

' Le couvent de Val-Ducliessc, à Audcrgliem, où Slargueritc avait une sœur utérine qu'elle aimait beaucoup. {Bulletins de la Commission royale d'histoire, 5" série, t. VII, p. 3i7.)

XIV. — Au roi , Bruxelles, iô novembre 1567. Il lui envoie les réponses (lu duc d'Albe aux deux petites lettres du roi et de la reine. — Il est bien marri que le duc n'ait pas cédé à la prière que le roi lui a faite tant de fois, et en dernier lieu par le S"" de Favelles, de le secourir de quelque nombre de ses arquebusiers.

Je croy que les plus grans affaires qu'il ayl de ses Espaignolz est pour tenir en craincte le peuple de deçà, auquel il fait tant de demandes, et spéciallenient de deniers, tant pour le paiement de ses gens de guerre que pour construire des chasteaux et citadelles, qui le rend tout cstonné, et aussy que le parlement de madame de Parme pourroit esmouvoir ledict peuple, s'il n'estoit retenu par ladicte craincte, d'autant qu'il se véoyt apparemment soubz le gouvernement des Espaignolz, chose que, sans fondement

(comme je croy), ilz ont en une merveilleuse orrcur Il semble que ledict duc ne

face pas estât de venir icy pour dire adieu à ladicte dame de Parme, laquelle je veiz hier, et luy feiz les remerciements de l'avancement du parlement de monsieur le conte d'Arenbergue, comme j'ay faict audict S"' duc. Et, en devisant de son congé et de son partemenl, je cogneuz bien quelle n'estoit pas bien satisfaicte à son gré, se délibérant de partir le plus tost qu'il luy sera possible. Et ce matin l'on a commencé à bruyre que les eslalz du pays la voulloient requérir de différer sondict parlement jusques à ce qu'ilz feussent asseurez d'autre personne recepvable oudict gouvernement dudict pais, suyvant leurs anciens previlléges. L'on verra ce qu'il adviendra

XV. — Au roi, Bruxelles, 9 décembre 1567. Le S"" de Favelles étant arrivé hier matin, ils allèrent ensemble trouver le duc d'Albe sur les onze heures, pour lui faire les demandes dont ils étaient chargés. — Longs discours qu'ils lui adressent. — Réponse du duc, qui s'excuse de donner le secours demandé par le roi. — Réplique des envoyés français. — Le duc remet sa détermination au lendemain. — Le 9, après en avoir conféré avec la duchesse de Panne et le conseil, le duc s'excuse définitivement de condescendre aux désirs du roi. — Dans sa réponse du 8, le duc avait dit, entre autres, « que, pour le service du roy son maistre et pour la conser- » vation de son Estât, il ne luy restoit à quoy il peust avoir fiance bien » asseurée que les Espaignolz qu'il avoit admenez, sans lesquelz il cognois- » soit évidemment que ce pays, si subject à esmotion et non encores bien n rassiz de ses dernières follyes, ne pourroit estre contenu en telle crainte » et office que le service de sondict maistre le requéroiL » — On lit encore.

dans celte lettre, que le duc dAlbe avait coutume de se lever entre dix et onze heures.

\\l. — La reine au S"^ de Durescu, 16 janvier 1368. Elle se réfère à la lettre du roi qui suit.

\\l\. — Le roi à Durescu. Paris. 17 janxier Ia68. II a reçu ses lettres du 30 et du 31 décembre par le S' de Lamothe. qu'il avait envoyé au duc dAlbe, et depuis celle du 10 janvier. — Il lui donne des instructions au sujet des trente milliers de poudre que le duc lui permettait de tirer des Pays-Bas.

XIX. — .\u roi. Bruxelles. 27 avril 1368. Détails sur la défaite des réfugiés des Pays-Bas au pays de Juliers '. — Mort des S" de Risoir et de Carloo'. — Le duc veut qu'on lui amène le S"^ de Villers', fait prisonnier, « comme personnaige duquel il pense plus apprendre de tous les affaires » desdicts reffugiez que de nul autre. »

XX. — Au roi, Bruxelles, l mai 1368. Envoi de troupes on Gueldre, pour résister aux entreprises des gueux. — On a amené à Bruxelles le S"^ de Villers et le S"^ de Dhuy , qui était enseigne de la compagnie de M. de Berlaymont. Durescu croit qu'on les mettra sans tarder à la torture, pour leur faire découvrir leurs adhérents et leurs projets.

XXII. — Au roi, Bruxelles, 8 mai iMS. Bruits d'une défaite essuyée en Gueldre par le comte de Meghcm: ils sont reconnus faux. — « Le duc, » ayant faict examiner le S"" de Villers, prisonnier, a découvert les plus » secretz desseings du prince d'Orange, où Ion dict que la royne d".\nn gleterre est mesiée »

XXIIL — Au roi, Bruxelles, 28 mai I3G8. Le 2.5 le duc (d'.Albe' « re- » tomba malade d'ung desvoyement de ventre, qui tient de la dyssenterie. » assez périlleuse pour son eage, et continue cncores jusques ad ce jour. » — Défaite du comte d'Arenberg en Frise ' : « les Espagnolz ne voullurent )> jamais avoir patience d'attendre le conte de Mègue, pour prèz qu'il fust )i d'eulx. »

■ Le 25 avril, entre Erckelens, ville de GucliJrc, et Dahicn. ville du pays de Juliers. ' Charles Vandcr Noot, seigneur de Risoir, et Gaspard Vandcr Nool, seigneur de Carloo.

• Jean de .Monligny, seigneur de Villers.

* Nous avons publié une série de lettres relatives à l'expédition où le c«mte d'Arenberg fut défait et tué, dans la Correspondance du duc d'Jlbe sur l'invasion du comle Louis de Kassau en Frise en IS6S, il les batailles de Hryligerlée et de Gemmingen, 1850, in-S".

462 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

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