‹ La bicyclette. Sa construction et sa formeChapitre 14 sur 20 · HYGIÈNE DU TOURISTE A BICYCLETTE O · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DU TOURISTE A BICYCLETTE O

Comme complément à celte série d’études sur la forme de la bicyclette, sa construction et son utilisation mécanique, nous nous proposons d’exposer ici comment l’usage de la bicyclette peut être utile à la santé et comment il convient dérégler son emploi journalier au mieux de l’hygiène particulière.

Dans cette question, il est nécessaire de distinguer deux cas : selon que Ton envisage le cyclisme pratiqué comme un sport journalier, pendant une heure ou deux, tous les jours, à titre d’exercice complémentaire ; ou, au contraire, comme un moyen de locomotion nouveau grâce auquel presque tout le monde peut parcourir des étendues de chemin considérables, voyager en un mot d’une façon toute nouvelle, inconnue avant l’usage de la bicyclette.

Nous serons donc amené, dans ce qui va suivre, à examiner d’une façon générale : les méthodes d’entraînement ; comment le cycliste doit s’adapter à sa machine; comment les étapes doivent être réglées; quels doivent être l’alimentation, le vêtement, les soins du corps ; enfin, quels sont les genres d’accidents auxquels un cycliste peut être exposé et les précautions à prendre pour les éviter.

A ce propos, disons de suite, que certaines personnes doivent s’abstenir de l’usage de la bicyclette.

En premier lieu, les affections avérées de certains organes principaux tels que le cœur, les poumons, les reins, le cerveau et la moelle, sont une contre-indication, sinon absolue, du moins suffisante pour que les sujets qui en sont atteints observent une sage réserve. Ils doivent, sur ce point, prendre l’avis de leur médecin.

En second lieu, les personnes nerveuses, débilitées soit par une maladie récente, soit par un travail quotidien excessif, rechercheraient en vain, dans l’usage même modéré du vélocipède, un délassement

Ce Chapitre a été rédigé par M. le Docteur F. :

utile. Tout au contraire, elles ne feraient vraisemblablement qu’aggraver leur état.

Dans le même ordre d’idées, les femmes, les adolescents et, plus généralement, les gens de complexion faible, exposés, par cela même, aux déplacements d’organes délicats, feront bien de ne monter à bicyclette qu’avec une grande prudence.

Promenades hygiéniques.

Les sorties quotidiennes, en machine, avant ou même après le travail de la journée, sont extrêmement utiles, surtout à ceux qui ont des occupations sédentaires et réglées.

A ce point de vue, aucun exercice ne saurait être comptré au cyclisme : il exige une dépense de force très minime, et le déplacement rapide dans l’air rend l’action de celui-ci plus efficace sur la peau et sur les poumons; il est donc préférable à la marche à pied et moins fatigant que le tennis, par exemple.

On sortira de préférence le matin, immédiatement après le petit déjeuner. La durée de la promenade ne devra pas excéder une heure et demie ; la vitesse ne dépassera pas IS kilom. à l’heure, en terrain peu accidenté. On aura soin d’éviter les endroits peu abrités, les plateaux découverts et les côtes trop raides. En somme, il s’agit là d’un exercice modéré, sans à-coups et qui n’expose, dans aucun cas, à une véritable fatigue.

Le soir, avant le dîner, une promenade d’une heure dans les mêmes conditions représente un exercice également salutaire et, pour certaines personnes, la combinaison des deux sorties peut être une pratique très hygiénique.

Les résultats seront immédiatement : une accélération temporaire de la circulation (qui ne doit pas amener une augmentation de plus de IS à 20 pulsations par minute) ; une suractivité des fonctions de la peau, qui doit se traduire par une légère moiteur de tout le corps ; enfin, une augmentation de la capacité respiratoire.

Par la suite, il en résultera une augmentation de l’appétit, de la force musculaire, et une tendance moindre aux congestions passives des organes profonds (cerveau, foie, etc.).

Ce genre de sport peut être recommandé à presque tout le monde, aux jeunes gens des deux sexes, aux adultes et même aux vieillards.

Tourisme.

S’il s’ogit d’en Ireprendre un véritable voyage à bicyclette, une excursion qui comprendra plusieurs journées consécutives de marche, en un mot s’il s'agit de tourisme, les considérations précédentes se modifient sensiblement.

D’abord, il est évident qu’on ne peut aborder un pareil programme sans quelque préparation qui consiste en Vadaplation du cycliste à sa machine et l’entrainement.

Ensuite, l’alimentation, le vêtement, les soins de la peau nécessitent quelques observations d’ordre spécial qui n’avaient aucune raison d’être tout à l’heure.

Adaptation du cycliste a sa machine.

Dès que l’on sait se tenir à bicyclette, on a une première éducation à faire pour adapter patiemment ses forces à une utilisation nouvelle du travail musculaire. Au début, on fait une quantité considérable d’efforts inutiles à la progression en avant ; on serre le guidon avec une énergie exagérée, on se raidit sans nécessité, le tout en pure perte.

Un exercice quotidien d’une heure ou deux, prolongé pendant deux ou trois semaines, deux mois au plus, débarrassera les plus timides de de toutes ces causes de fatigue parasites.

Comme on l’a déjà dit (i), il sera bon de s’exercer progressivement, sur des terrains variés, à donner un coup de pédale rationnel. Sans revenir sur les détails d’ordre technique qui ont été exposés plus haut, ou peut dire que l’adaptation du cycliste à sa machine n’a lieu que lorsque la pression du pied sur la pédale est devenue pour ainsi dire inconsciente. C’est une sorte de réflexe particulier qu’on acquiert par un exercice patient et raisonné, au début.

Ce n’est pas en essayant de fournir tout de suite des courses rapides et prolongées qu’on apprendra à pédaler; c’est, au contraire, en s’exerçant à gravir une côte lentement et régulièrement, en observant l’avantage que l’on peut avoir soit en pratiquant l’ankle play, soit en laissant le pied dans une direction fixe, soit enfin en adoptant, ainsi

qu’il a été conseillé, une manière intermédiaire, que l'on arrivera le plus rapidement à acquérir ce que nous avons défini « l’adaptation du cycliste à sa machine ». On gagnerait certainement du temps en se faisant accompagner au début par un cycliste expérimenté, surtout en montant à tandem avec lui ; ce serait la véritable leçon de choses.

Ajoutons, pour vider cette question, que nous supposons, bien évidemment, que le cycliste a choisi, par avance, une bonne position. On a donné plus haut (*) une règle excellente pour bien placer la selle, de façon que l’utilisation des elïbrtssoit aussi complète que possible; nous conseillons, en outre, d’élever le guidon à une hauteur telle que le buste soit presque vertical (très légèrement penché en avant). Au point de vue de l’hygiène, nous ne saurions trop recommander de suivre ces préceptes. Il est vrai qu’en tenant le buste relevé, le cycliste augmente la résistance de l’air ; mais, pour un touriste, qui marche relativement à petite allure, comme il convient, cette augmentation de travail n’est pas une raison suffisante pour qu’il méconnaisse les règles de l’hygiène la plus élémentaire.

La position inclinée des coureurs, — position qui, pour eux, est obligatoire afin de diminuer la résistance de l’air qui, aux grandes vitesses, est prépondérante, — peut amener, surtout chez les jeunes gens, des déformations permanentes de la colonne vertébrale. En outre, pour peu qu’on soit assis un peu en arrière, elle produit une compression du thorax qui nuit considérablement au libre fonctionnement des poumons. Ce n’est que tout à fait exceptionnellement, par exemple pour lutter contre un vent violent et éviter l’essoufflement provenant d’une entrée trop rapide de l'air dans les poumons, que le touriste pourra l’adopter ; mais, dans ce cas, il devra avoir soin de bien reculer les coudes, pour laisser à la poitrine son jeu normal.

Ceci pourrait peut-être conduire à préconiser le guidon à deux étages employé par Miller dans la course de 72 heures, guidon qui facilite les deux positions.

Entrainement.

Lorsqu’on a accoutumé ses muscles à un travail nouveau pour eux, on peut, au moyen de pratiques d’ordre tout différent, acquérir des

qualités telles que l’on arrivera à donner, sous forme de travail cycliste, toute l’énergie dont on est capable.

C’est ainsi que les coureurs de profession se livrent, sous la direction de spécialistes, à une série d’exercices et, surtout, à une hygiène particulière, très complexe, mais qui, quoique purement empirique, leur permet seule d’arriver à ces résultats surprenants que tout le monde connaît.

Ces pratiques, toutefois, ne sont d’aucune utilité au touriste.

Pour celui-ci, l’entraînement a les raisons d’être suivantes :

1“ Un exercice régulièrement dosé augmente ta force des groupes de muscles importants, en vertu du principe, connu en physiologie, que l’organe tend à s’adapter à la fonction;

2» L’énergie développée par le muscle provient de la chaleur produite par la combustion (ou oxydation) d’une partie de sa substance. On est arrivé à concevoir que cette combustion s’accomplit d’autant plus convenablement que les matériaux à brûler ne sont pas en quantité exagérée, qu’ils sont d’une nature convenable et que la circulation générale est plus active ; sinon apparaissent les phénomènes de courbature dus à la formation et à l’insuffisante élimination des produits toxiques résultant de la combustion incomplète de matériaux de mauvaise qualité.

De là découle la nécessité : de faire maigrir le sujet-s’il est trop chargé de graisse ; de le faire engraisser légèrement s’il est trop maigre.

D’une façon générale, on obtiendra l’augmentation de la force musculaire, nécessaire à certains groupes importants, par des exercices progressivement croissants en longueur et en durée. Dans aucun cas, on ne devra aboutir à la courbature, et il sera toujours bon d’espacer les journées d’entraînement par des périodes de repos.

Ainsi, par exemple, un cycliste de vigueur moyenne débutera par une étape de 30 kilom. dans une matinée, se reposera la journée suivante et recommencera, ensuite, cette même course un peu prolongée pour arriver, peu à peu, à couvrir 60 kilom. dans une demijournée, sans fatigue.

Nous croyons utile de faire remarquer que ces exercices préliminaires doivent être accomplis à petite allure et que leur intérêt réside surtout dans leur régularité méthodique. Le résultat sera, à la fois, d’acquérir la vigueur nécessaire et la faculté de fournir un travail plus

considérable par une bonne utilisation des propriétés de nutrition des tissus et des fonctions d’élimination des divers organes.

Dans les cas particuliers que nous avons signalés plus haut (obésité, maigreur), on aura recours à une alimentation spéciale, à des pratiques de massage, de sudation artificielle, etc., que nous nous bornons à signaler.

Nous ne croyons pas que des qualités de vitesse soient très utiles aux touristes. En tout cas, on ne se préoccupera de cette question qu’après avoir suivi les préceptes que nous venons d’indiquer sommairement.

Disposition et longueur des étapes.

La longueur totale d’une étape quotidienne peut être fixée entre 60 et 100 kilom., suivant la nature du terrain parcouru et les conditions atmosphériques.

En hiver, les étapes doivent être plus courtes qu’en été, plus particulièrement pendant les jours humides où les pertes en chaleur sont plus grandes.

Une journée de marche doit être divisée en deux portions inégales. La plus considérable sera effectuée le matin, afin de consacrer un temps suffisant au repas de midi, précédé d’un repos d’au moins une demi-heure et suivi d’une promenade à pied ou d’une sieste de deux heures au moins. La seconde partie du trajet aura lieu après la grande chaleur en été, de façon à arriver à destination une demiheure avant le repas du soir. Les étapes de nuit ne seront exceptionnellement pratiquées que les jours d’été ; de toute façon, il faut réserver au sommeil un temps très largement compté, 8 heures en moyenne.

Alimentation.

Le choix des aliments, leur quantité, le nombre des repas doivent être, autant que possible, déterminés à l’avance, et il est bon, à ce sujet, de s’astreindre à certaines habitudes dont on s’écartera forcément suivant les nécessités de la route, mais le moins possible.

Nous conseillons de prendre, avant de partir, vers 6 heures du matin, un petit déjeuner assez substantiel : du café au lait avec des tartines de pain beurré, ou des œufs à la coque. A10 heures, on s’arrêtera, et une demi-heure de repos permettra d’ahsorber un peu de bouillon, du lait ou du fromage frais à la crème (aliments liquides ou semi-solides). A midi, le repas sera substantiel,maison devra éviter démanger

trop vite et en trop grande abondance, de boire à longs traits des boissons froides et gazeuses ; surtout, on s’abstiendra de terminer le repas par l’absorption de petits verres de liqueurs plus ou moins digestives. Toutes ces pratiques, cependant fort répandues, ne font, au contraire, qu’entraver et retarder le travail de la digestion.

L’usage de l’eau pure comme boisson de table, qui commence à sc répandre, ne saurait être trop recommandé au touriste.

Entre le repas de midi et celui du soir, qui aura lieu vers 8 heures en été, il sera bon d’intercaler, vers 4 heureset demie, ungoûter assez copieux et composé d’aliments semi-solides, tels que thé et tartines, œufs à la coque ou même crus, etc.

Le repas du soir ne comporte pas d’indications spéciales ; on évitera seulement de se mettre au lit immédiatement après avoir mangé.

Ainsi réglée, l’alimentation permettra au touriste de réparer ses forces au fur et à mesure des besoins. En été, la soif l’obligera peutêtre à s’arrêter un peu plus souvent : il ne doit pas hésiter à le faire, à boire fréquemment mais en petite quantité à la fois, afin d’éviter de boire ensuite aux repas, d’une façon exagérée.

Soins de la peau.

Le touriste exposé à une sudation un peu prononcée, et à la pénétration de la poussière dans les plis de la peau ainsi que dans les orifices naturels : nez, yeux, oreilles, bouche, devra soigneusement veiller à débarrasser son corps de toute cause d’irritation locale. Avant le dîner, il se livrera, autant que possible, à une ablution complète, dans un tub ou sous une douche en pluie. L’eau froide convient à certaines personnes qui en ont l’habitude; les autres se serviront d’eau tiède. On savonnera les cheveux et les parties les plus exposées ; les fosses nasales seront nettoyées avec soin, par les procédés habituels, ainsi que les oreilles et les paupières. Une lotion à l’eau très chaude sur les yeux calmera l’irritation produite par les corps étrangers inévitables (poussière, insectes). Si l'on souffre particulièrement de ces petits inconvénients, il ne faudra pas hésiter à recourir aux lunettes en forme de coquille à verre clair ou fumé.

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