VÊTEMENTS
Il n’est guère possible de voyager à bicyclette autrement qu’avec un costume spécial, à cause de la nécessité de n’emporter qu’un bagage
très restreint. La chemise sera en flanelle, elle pourra être remplacée par un maillot de laine ; ce vêtement a l’avantage de faciliter l’évaporation de la sueur, sans exposer aux refroidissements si l’on s’arrête ou si la température s’abaisse. On prendra un veston en laine ample, fermant bien, muni d’un col pouvant protéger le cou en cas de pluie. La culotte, en laine également, sera fixée au-dessous du genou par une bande large, boutonnant bien et retenant le bas sans jarretière. Les bas seront en laine; plus ou moins épaisse suivant la saison. En hiver, on chaussera par-dessus une molletière en laine, qui protégera efflcacement la jambe contre le froid et l’humidité. 11 sera bon de se munir de deux paires de chaussures : une paire de brodequins lacés, qui seront précieux pour les excursions à pied, et une paire de souliers cyclistes, qui serviront exclusivement en machine ou le soir pour rester à la chambre.
La coiffure devra être légère, et pouvoir abriter au besoin les yeux contre la trop grande lumière et contre les corps étrangers, ainsi que la nuque contre les ardeurs du soleil. Par conséquent, le chapeau de f’eutre mou, dont les bords peuvent se rabattre, la casquette de drap, le béret, sont également recommandables.
En résumé, on voit qu’avec une chemise, une paire de bas et une paire de souliers de rechange, on peut à la rigueur partir en voyage. Du reste, les effets spéciaux se rencontrent un peu partout, et peuvent être remplacés en cas de détérioration. Enfin une pèlerine imperméable tiendra peu de place et servira en cas de surprise par un orage; car on évitera de se mettre en route pour un long trajet dépourvu d’abri, si le temps est incertain.
Selles spéciales.
La selle a été l’objet de nombreuses tentatives de perfectionnement et le monde médical s’est fort intéressé à cette question : non pas que les selles ordinaires soient défectueuses' en elles-mêmes, mais parce que certaines personnes sont incommodées par la pression de cet appareil sur le périnée.
On a montré plus haut les inconvénients de certaines selles, dites hygiéniques, au point de vue de la stabilité et de l’utilisation de la force musculaire. On a été ainsi conduit à proscrire, d’une façon générale, les selles qui n’ont aucun bec ou les selles à coussins (*), et à préférer
(1) Voir pages 163 et 164, fig. 206, 208, 209.
la selle à bec court creusée d’une gouttière longitudinale (‘) qui, dans la plupart des cas, est très recommandable au point de vue hygiénique.
Cependant, certaines maladies à l’état aigu, telles que les affections uréthrales ou prostatiques, les hémorroïdes, ou l’eczéma de la peau du scrotum, obligent le cycliste à employer les sellettes sans bec malgré leurs désavantages mécaniques. Le cycliste y est assis, et non à califourchon ; il en résulte que le périnée ne supporte plus aucun choc ni friction, ce qui est absolument nécessaire dons ces cas spéciaux.
Dangers et accidents à éviter.
Le tourisme, tel que nous l’avons envisagé, ne présente de dangers que s’il est pratiqué sans mesure et avec excès. Mais où commence l’excès, quelles sont les limites qu’il ne faut pas dépasser? Autant de questions qui sont purement individuelles et pour lesquelles on ne peut donner d’indications précises.
D’une façon générale, on peut cependant poser en principe que le pouls ne doit pas subir une augmentation supérieure à 10 ou 15 pulsations sur la moyenne, la respiration de 8 à 10 mouvements par minute. A dépasser ces limites, on s’expose à des accidents fort graves, qui méritent d’être signalés et qui sont : la syncope, le coup de chaleur, la courbature et les troubles nerveux généraux.
La syncope est due à l'arrêt simultané du cœur et de la respiration, état qui entraîne la perte de connaissance.
Le mécanisme de la syncope peut être de deux sortes : le surmenage du cœur et des poumons peut provoquer l’arrêt brusque de ces organes par action réflexe, c’est-à-dire par épuisement nerveux des centres moteurs du bulbe; ou-encore l’accumulation des produits toxiques dans le sang, et surtout de l’acide carbonique insuffisamment expulsé par les poumons, peut ralentir l’action du bulbe et provoquer peu à peu l’arrêt du fonctionnement nerveux. On voit que ces deux sortes de causes peuvent coexister et s’ajouter l’une à l’autre. La syncope ainsi produite peut être passagère ou définitive, et alors entraîner la mort à bref délai. Cet accident doit donc être évité, et l’on devine, par ce qui précède, que les personnes qui présentent une lésion du cœur, des poumons ou du système nerveux, y sont particulièrement prédisposées.
Le cycliste, surpris par la syncope, devra tout d’abord être couché
(l)Volr page-leA. flg. 207.
sur le dos, la tête plus basse que le reste du corps, débarrassé de tout ce qui peut gêner la respiration : ceinture, faux col, cravate, etc. ; ceci fait, on frappera le visage assez vigoureusement avec la paume de la main ou un linge mouillé. Ces moyens très simples, et qui réussissent la plupart du temps, ne doivent pas être prolongés plus de 8 à 8 minutes. S’ils échouent, il faut recourir immédiatement aux pratiques de la respiration artificielle et aux tractions rythmées de la langue. Ce dernier moyen mérite d’être vulgarisé. La bouche étant entr’ouverte, on saisit la langue du malade entre le pouce et les premiers doigts recouverts d’un mouchoir pour éviter le glissement. On tire alors vigoureusement à soi la langue d’un mouvement un peu brusque et on cède aussitôt. On fera de la sorte 18 à 20 tractions par minute, ou mieux, on réglera le rythme des mouvements sur ses propres mouvements respiratoires. La fin de la syncope sera indiquée par un hoquet, à la suite duquel la respiration se rétablit d’ordinaire entièrement.
Le coup de chaleur est un état mal défini qui se présente d’habitude ainsi :
Lorsqu’on accomplit un effort exagéré par une journée chaude, en plein soleil, on peut être pris brusquement d’un malaise très violent avec sensation d’étouffement; le cœur bat très vite, le corps se couvre d’une sueur abondante, l'intelligence et les sens s’obscurcissent, la température du corps peut atteindre 40° et plus, il y a défaillance des forces. Ceci se passe sous forme d’accès, en général assez court, S à 10 minutes, suivi bientôt d’un tremblement généralisé.
Cet accident paraît dû en grande partie à une intoxication rapide d’origine interne, par suite soit du défaut d’élimination des déchets de combustion des muscles, soit, plutôt, de la formation brusque de poisons spéciaux, ou toxines, sur la nature desquels on est loin d’être fixé.
Ce genre d’accident réclame les soins suivants : position horizontale, la tête basse, à l’ombre, dans un endroit aéré et tranquille. On essaiera de faire boire au malade un cordial chaud, (thé, rhum et sucre, en parties égales). Aussitôt que le tremblement se produit, il convient de couvrir les extrémités et même tout le corps de couvertures, de réchauffer le patient en employant, au besoin, des bonles d’eau chaude. Un repos de plusieurs heures est nécessaire avant de songer à transporter le malade qui devra rester couché et être surveillé pendant au moins vingt-quatre heures.
La courbature se montre après un exercice trop violent et trop prolongé. Les principaux symptômes apparaissent quelques heures après la cessation du mouvement. Il existe de la fièvre avec frisson et soif ardente, des douleurs violentes dans les membres, de la pâleur, une transpiration profuse et de la diarrhée.
Cet état, qui se prolonge parfois pendant plusieurs jours, peut en imposer pour une fièvre typhoïde au début, et peut être le point de départ d’une série d’accidents fort redoutables : c’est ainsi que le germe de la tuberculose peut trouver, dans ces circonstances, un milieu favorable à son développement, et produire les désordres les plus funestes.
Les troubles nerveux, provoqués par l’abus du vélocipède, sont assez curieux et assez spéciaux pour mériter d’êire cités :
La longue répétition des mêmes mouvements, jointe à la fatigue et à une nourriture insuffisante, amène chez les sujets des états nerveux bizarres que l’on peut graduer ainsi ; Tandis que les premières heures de marche procurent un état de bien-être très sensible, il est fréquent de ressentir ensuite une grande faim et une grande soif, un ennui profond et une dépression psychique désagréable. Puis apparaissent des idées fixes, obsédantes, qui peuvent aller jusqu’au délire partiel ; enfin des hallucinations peuvent se produire et persister un certain temps après Tarrêt. Aussitôt descendu de machine, le cycliste se trouve en état d’automatisme, c'est-à-dire qu’il ne peut accomplir aucun mouvement volontaire ; tandis que, si on le remonte sur sa machine, il est encore capable de fournir une assez longue course.
Il est probable que la longue répétition rythmique du même mouvement amène, chez le vélocipédiste, un état comparable à celui que certaines sectes religieuses de l’Orient obtiennent au moyen de pratiques assez analogues. L’insensibilité de la peau, qui en résulte, leur permet d’exécuter quelques-unes des jongleries que tout le monde connaît.
Ces troubles nerveux disparaissent très rapidement avec le repos ; ils ne paraissent pas présenter de gravité immédiate, mais, en somme, ils sont à éviter.
Trousse médicale.
Si Ton part en troupe un peu importante, il est rare que, dans le nombre des touristes, il ne s’en trouve pas un ayant quelque notion des premiers soins à donner en cas d’accident, c’est-à-dire de
chute suivie de plaie ou de Iracturc. Il sera prudent et avisé de mettre à la disposition de cette personne quelques objets, très simples du reste, qui permettront d’attendre les secours d’un médecin en cas d’accident grave. Quelques bandes roulées, quelques paquets de gaze aseptique, un peu de coton hydrophile, du sparadrap, une paire de ciseaux et deux pinces, ne tiendront guère de place, et ce'léger hagage, entre les mains d’une personne un peu expérimentée, pourra rendre do grands services. Autrement, le mieux est de ne pas s’embarrasser d’objets dont on ne connaît pas l’usage: un bon frein de moyeu, dont on n’hésitera pas à se servir à la moindre alerte, nous paraît autrement utile, et, aujourd’hui, grâce à ce perfectionnement, les accidents deviennent extrêmement rares, du moins chez les cyclistes sensés et qui ne perdent pas leur sang-froid.
Si donc il vous arrive d’avoir une blessure un peu importante, soit aux membres, soit surtout au visage, en attendant les secours du médecin, faites bouillir un mouchoir propre dans une casserole d’eau, laissez refroidir et fixez-le tel quel sur la plaie au moyen d’une serviette pliée et serrée. En cas de plaie du visage, n'hésitez pas surtout à vous confier de suite à un médecin, si vous voulez éviter ensuite les cicatrices apparentes, toujours fâcheuses.
Conclusion.
Le tourisme ainsi compris, — c’est-à-dire : départ après entraînement suffisant ; marches régulières et bien coupées de repos aux heures favorables de la journée, suivant la saison ; alimenlation convenable, — constitue l’un des meilleurs exercices que l’on puisse imaginer; mais il convient aux seules personnes bien portantes, et, par conséquent, ne constitue pas une pratique hygiénique, que l’on puisse conseiller sans restrictions à toute personne ayant besoin de grand air et d’exercice. C’est la conclusion qui nous paraît se dégager de ce court exposé.