‹ La bien-aiméeChapitre 19 sur 45 · CA OU · texte numérisé non relu

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recouvraient le vieux château bâti au bord de la falaise, les touffes d'algues marines et les phares de l'île.

L'air salé de l'Océan se substitua au fumet des plats, et le brouhaha des voix devint le monologue du flux et du reflux sur les galets.

Mieux que cela, Nichola Peyne-Avon perdit à ses yeux l'éclat radieux qui la parait quelques minutes auparavant; elle devint pour lui une connaissance banale; il lui sembla qu’elle se matérialisait en un être quelconque de chair et d’os.

Lorsque les dames se levèrent pour passer au salon, l'impression persista. L'âme d’Avice, la seule femme qu’il eût jamais aimée, l'enveloppa d'infini, comme le firmament même.

Un peintre, distingué portraitiste, vint s'asseoir à ses côtés; mais à cette seconde-là il n'existait qu'un seul peintre pour Jocelyn : sa propre mémoire.

La haute chirurgie européenne lui adressa la parole en la personne d’un petit homme simple et insignifiant d'apparence, et dont” les mains avaient cependant plongé dans des milliers de corps illustres d'hommes vivants: mais l’image inanimée d’une obscure fille de la campagne l’intéressait plus que les propos de ce roi de l’opération.

Au salon il s’approcha de son hôtesse.

Bien qu'elle eût réuni ce soir-là une vingtaine de personnes autour de sa table, elle savait non seulement ce que chacun avait dit et fait pendant le repas, mais encore ce que chacun pensait.

Jocelyn la connaissait depuis longtemps: Elle lui demanda doucement :

— Qu'est-ce qui vous chagrine? Vous avez quelque chose? Je vous observe depuis un grand moment.

Il lui annonça la mort d’une ancienne amie.

— C'est la seule femme que je n’aie jamais appréciée, et c'est la seule que je regrette.

Que l'explication la satisfit ou non, l’hôtesse, en femme expérimentée, l’accepta. C'était la seule personne de la réunion qui ne se choquât pas de l’étrangeté de Jocelyn; aussi souvent l’honoraït-il de sa confiance.

I] ne se rapprocha pas de Mrs Peyne-Avon : il n'aurait pu lui parler.

Lorsque après avoir quitté la maison, il s’achemina d’un pas distrait vers sa demeure. il fut tout surpris de se trouver devant sa porte. Dans sa chambre il s'assit et, les mains croisées derrière la tête, se prit à ruminer ses pensées.

Ouvrant un bureau qui se dissimulait dans un coin de la pièce, il prit dans un des petits tiroirs un coffret hermétiquement clos et en fit sauter la serrure à l’aide d’un canif.

La boîte contenait une série node divers, que Pierston y avait autrefois jetés pêle-mêle avec l’intention, inaccomplie jusqu'alors, de les trier un jour.

De cette mélancolique liasse de papiers, photographies pâlies, cachets, lettres. fleurs séchées, Jocelyn retira un de ces petits daguerréotypes sur verre, comme en faisait la photographie primitive. L’encadrement était d’un mauvais goût attendrissant.

Il contempla l’image d’Avice Caro, telle qu'il l'avait vue durant les mois d'été passés auprès d’elle

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