CHAPITRE UX
JCXE \NRITIONS
Par un triste et lour.l ant le long de l'abrupt choix De chaque côté de la routs saient des cruches aux f,
S-midi, Pierston avançait qu'est la rue des Citernes.
des jeunes femmes emplis- : “\ianes bouillonnantes.
À mesure qu’on se tRNproc!
OChe du sommet de la route, l'ascension sembl : - :
: impossible : l’escarpement devient presque vertical 1.5. . x Cp s L "SAR cette falaise hérissée, le sentier n'apparaît plis ; , DR, ace comme un mince ruban gris, et l’on a lim:
Son .que si cette masse imposante oscillait, elle Vravorait tous les villages de la plaine.
Bientôt la route, uns anci me : ce “ve voie romaine, tourne à angle brusque, GE FE
Ÿ & droite vers le haut de la falaise, à gauche h Les
Arrivé à la fourche, Pis.
9 s'arrêta pour reprendre haleine. Avant ee je EE EE ; Die Stser dans le pittoresque chemin de droite, il jeta un soc IRard vers sa gauche sur
la banale route des fortine si A mi-chemin, debout tt d'un linge blanc, se tenais reconnut à son chapeau er déposé.
Ppaudonment sa promennie à s'avança lentement
sur le chemin qu’elle avait Nris
d'un panier recouvert une jeune fille qu'il 2ù fardeau qu’elle avait
Il remarqua que son attention était ailleurs et suivit la direction de son regard. Au-dessus d’eux s'élevait la colline herbue, nivelée à son sommet par la zone militaire. La ligne de l’horizon était brisée çà et là par de petits points gris : les guérites. Près de l’une d’elles, une minuscule tache rougé se détachait av. monotonie de gauche à droite sur le ciel couleur de plomb.
[1 devina alors que l’amoureux de la jeune fille était soldat.
Elle tourna la tête à ce moment, l’aperçut et saisissant son panier de linge, reprit son ascension. La montée était si escarpée que, même sans surcharge, on perdait haleine; le linge à porter devait être pour elle un véritable supplice.
— Vous n’arriverez jamais aux forts avec un pareil poids, dit-il en la rejoignant. Donnez.
Mais elle refusa avec entêtement, et il s'arrêta, la regardant grimper.
C'était bien un être radieux. Elle incarna pour lui à ce moment-là tout le sexe; dans son enivrement il l’imagina
. vêtue d’une telle gloire Qu'il en restait aveuglé.….
Il ne la voyait plus telle qu’elle lui apparaissait parfois : simple et banale.
Mais qu’était-elle au juste pour ce soldat?
Elle se faisait de plus en plus petite sur la route mathématiquement droite, ses yeux toujours fixés sur le soldat, comme ceux de Pierston sur elle.
Il put voir les sentinelles s’élancer de différents
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endroits tandis qu’elie arrivait, puis, l'ayant reconnue, reprendre tranquillement leur poste.
Elle traversa le pont-levis jeté sur le vaste abime qui entourait ia forteresse, et disparut dans l’intérieur, par la voûte.
Pierston ne voyait plus maintenant la sentinelle qu'il avait remarquée tout à l'heure, et l’idée que ce rival possible parlait librement à la fille abandonnée de sa chère Avice lui fut intolérable; peut-être l'accompagnait-il dans la forteresse, portant son panier, un bras autour de sa jolie taille.
— Que diable regardes-tu ainsi, en extaseP
Pierston tourna la tête et reconnut avec stupeur son vieil ami Somers, qui plus que jamais avait l'air du vieux garçon qu’il était.
— Si je n'étais si content de te voir, ce serait plutôt à moi de te demander ce que tu fais ici?
Somers expliqua qu'il était venu voir ce qui retenait son ami dans un lieu pareil, à une telle époque de l’année, et aussi pour se donner un peu d’air. Pierston se déclara ravi de sa venue et ils se dirigèrent ensemble vers Sylvania Castle.
— Ju regardais, autant que j'ai pu en juger, une jolie petite blanchisseuse? demanda le peintre.
— Oui, à ton point de vue, maïs non au mien.
Derrière cette jolie campagnarde est mon Idéal, l'essence et le résumé de tout ce que je désire en ce monde. Je suis traqué par un sort, Somers. Oui, par un sort. Suivre toujours un fantôme qui fuyait de femme en femme n'était déjà pas très gai; mais maintenant le plus terrible est que le fantôme reste
là pour me tenter. Cette fille me tient, bien que mes yeux soient ouverts, bien que je sache que je suis un sot.
Somers nota le regard visionnaire de son ami, qui s'intensifiait au lieu de s’affaiblir avec les années, mais ne fit aucune remarque.
Lorsqu'ils atteignirent le château, Somers embrassa d'un regard le paysage, et Pierston, ne voyant que le vieillot petit cottage du temps d’Élisabeth, murmura :
— C'est là qu’elle demeure!
— Quel site romantique! Je comprendrais qu’un homme y tombe amoureux d’un épouvantail!
— Mais non une femme. Le paysage leur importe peu, bien qu’elles prétendent le contraire. Cette fille est aussi volage que.
— … Tu l’étais autrefois.
— Précisément… Elle me l’a avoué ingénument, et cela me fait mal...
Somers songeait; et il murmura :
— Curieux renversement des choses. Mais tu ne l'épouserais pas, j'imagine, Jocelyn?
— Je le ferais avec joie si elle voulait. Que m'importent la gloire et le monde? Si je l'aime, cette descendante d’anciens pirates et contrebandiers! Je sais de quelle carrière elle est extraite, de quelle pure argile elle est pétrie, et cela donne confiance...
— Alors, tu vaincras!
Tandis qu'i:s bavardaient après le dîner, ils entendirent un sifflement venant des rochers. Somers n’y fit pas attention, mais Jocelyn le remarqua. Ce coup
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de sifflet se reproduisait toujours à la même heure quand Avice travaillait au château.
[1 s’excusa auprès de son hôte et sortit dans le parc sombre. Un bruit de pas assourdis par le murmure des flots, de pas légers lui parvint. Deux secondes plus tard, la jeune fille tombait dans les bras d'un gars vigoureux que Pierston n'’osa regarder. Leurs bouches s’unirent.
Suffisamment renseigné, Jocelyn regagna le chäteau.
Le lendemain Somers partit à l'aventure, en quête d'un paysage pour une marine. Et Pierston, un peu plus tard, se mit à la recherche d’Avice.
— Ainsi, vous avez un amoureux, mademoiselle, dit-il d’un ton sévère dès qu'il l’aperçut.
Elle en convint de bonne grâce.
— Vous ne le garderez pas longtemps, reprit-il.
— Celui-là, je le garderai, dit-elle d’un ton particulier dont il ne saisit pas l'intention. Il m'a abandonnée une fois, mais il ne recommencera pas.
— Je suppose que c’est un garçon étonnant?
— {| est suffisamment bien pour moi.
— Très beau sans doute?
— Assez beau pour moi.
— [nstruit et distingué?
I! ne put lui faire perdre son calme, et en désespoir de cause l’abandonna.
Le lendemain était un dimanche, et Somers ayant choisi son paysage à l'extrémité de l'île, Pierston résolut, dans l’après-midi, de découvrir l'amoureux d'Avice.
Elle avait Jéjà quitté son cottage. [l se dirigea alors
vers le phare du Beal où souvent les amoureux se donnent rendez-vous.
Sur la route solitaire devant les carrières, un jeune
homme, un carrier probablement, entourait de son
bras la taille d’Avice.
Elle prit un air coupable et rougit légèrement à la vue de Jocelyn. L'homme était le type du pur insulaire; traits énergiques, expression avisée, barbe noire et soyeuse. Pierston crut voir briller dans ses yeux un regard ironique.
Peut-être la jeune fille lui avait-elle révélé l’amour de Pierston.
Comment cette fille, que pour l’amour de sa mère, plus que pour son propre charme, il était prêt à préserver de toute injure comme la prunelle de ses yeux, pouvait-elle ainsi le mépriser ?
La mortification qu’il ressentit à s'être mis dans cette position fausse l’empêcha de noter un fait qui le frappa plus tard.
L'homme qui tenait la taille d’Avice n’était pas un soldat. Que conclure alors de ses regards extasiés vers la sentinelle? Elle n'avait pu changer si vite d’affec-
tion, ou, pour appliquer à la jeune fille sa propre
théorie, son Bien-Aimé pouvait difficilement avoir changé de demeure en un si bref délai?
Et lequel avait sifflé doucement l’autre soir dans l'ombre? Le carrier ou le soldat?
Sans chercher à retrouver Alfred Somers, Pierston rentra chez lui, en songeant avec humeur que son désir de réparer envers la première Avice en épousant
‘ et enrichissant la seconde, désir qui prêtait à son
nouvel amour une durée sans précédent, était conti-
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nuellement rebuffé comme par un jeu du destin.
Devant la porte du château, une voiture attendait. Non pas un vulgaire break des petites villes voisines, mais une calèche de la grande plage qu’on apercevait 1à-bas de l’autre côté de la baie.
Quelle ne fut pas sa suprise de trouver, installée dans son salon, Nichola Peyne-Avon? Du premier coup d'œil il détailla sa toilette élégante. Il la trouva gracieuse presque belle; au second coup d'œil il remarqua son visage pâle et agité, son attitude pathétique. Combien différente cette femme de celle qui, assise d’un ai hautain dans son salon de Hamptonshire Square, l'avait glacé par sa froideur!
— Vous êtes surpris de me voir? dit-elle d'une voix basse et suppliante en levant vers lui languissamment ses paupières lourdes, tandis qu'il lui prenait la main. Mais je n’ai pu y tenir. Je sais que je vous ai offensé, ne le niez pas! Mais en quoi? Et pourquoi me fuir pour ce roc solitaire, pourquoi venir vivre au milieu de ces barbares en pleine saison londonienne?
— Vous ne m'avez pas offensé, chère Mrs Peyne- Avon, dit-il. Je regrette que vous ayez pu le croire! Et cependant je suis heureux, puisque cela me vaut le plaisir de votre visite.
— Je suis depuis quelques jours à Budmouth Régis, expliqua-t-elle.
— Mais je vous ai vue à l'église du village l’autre soir, alors!
Elle rougit légèrement et soupira.
Leurs veux se rencontrèrent.
— Je ne vois pas pourquoi, dit-elle enfin, je ne
serais pas sincère. Vous savez ce que cela veut dire. J'étais la plus forte autrefois; aujourd’hui. je ne le suis plus. Je regrette toute la peine que j'ai pu vous faire et je suis prête à réparer toutes les erreurs du passé en. en. en entendant raison, à l'avenir...
Il était impossible à Jocelyn de ne pas éprouver une tendresse impuisive pour cette agréable femme qui après tout représentait, socialement, un excellent parti pour lui. À
[1 lui prit la main et la retint quelques instants dans les siennes. Elle eut l’air heureux.
Mais ii ne pouvait faire plus. La petite paysanne, dans sa simple robe des dimanches et son petit chapeau à plume de faisan, l’attirait bien davantage. I] abandonna la main de Nichola.
— Je quitte Budmouth demain, dit-elle. C’est pour ça que je suis venue. Vous ne saviez pas que je passais ici les vacances de la Pentecôte?
— Certes non, sans cela j'aurais été vous voir.
— Je n'osais vous écrire, maintenant je le regrette.
— Moi aussi, chère Mrs Peyne-Avon.
En la raccompagnant à son landau, il annonça son prochain retour à Londres et promit de lui rendre aussitôt visite.
À ce moment Avice Caro, seule maintenant, passa devant la voiture afin de rentrer au château. Elle ne tourna pas la tête de leur côté. Affectation? Indifférence?
Pierston parut changé en statue. Son attitude envers Nichola s’en ressentit. Un froid tomba. Il n'était qu'un sot et il le savait. Mais il se débattait vainement sous les griffes de cette nouvelle passion. [] se
souciait plus du petit doigt d’Avice que de toute la personne de Mrs Peyne-Avon.
Peut-être Nichola s’en rendit-elle compte, car elle dit tristement :
— J'ai fait ce que j'ai pu! Je sentais que le seul moyen de me faire pardonner ma froideur passée était de venir à vous en suppliante.
— C'est beau et noble à vous, ma chère amie!
dit-il avec une émotion courtoise plus que réelle.
{ls se dirent adieu et elle partit.
Mais Pierston n'avait d’yeux que pour Avice et il sentit qu’il était sans force entre ses mains.
L'église s'élevait là-haut sur les ruines du temple païen; peut-être l’esprit chrétien le torturait-il pour se venger de la dévotion que, tel Démétrius d'Ephèse, il vouait en son cœur et âme aux faux dieux. Peutêtre la punition divine de ses idolâtries était-elle venue?