ELLE MANQUE DE DISPARAITRE ENCORE
Pierston allait rentrer dans le château lorsqu'il fut rejoint par Somers, suivi d’un homme portant son
attirail de peinture. L'homme déposa le bagage devant
la porte et s'éloigna. Restés seuls, les deux amis se mirent à faire les cent pas devant la grille.
— J'ai rencontré sur la route une femme extrémement intéressante, dit le peintre.
— Elle l’estl. Un esprit! Un sylphe! Psyché ellemême.
— J'ai été saisi de sa beauté!
— Cela prouve que la beauté peut rayonner sous le plus simple accoutrement.
— Exact; pas toujours cependant. Et ce n’était pas le cas, puisque la robe de la dame était du goût le plus pur et de la plus grande élégance.
— Oh! Tu parles de la dame au landau?
— Natureliement, Comment, tu songais à la petite paysanne du cottage voisin? Je l’ai rencontrée, c’est vrai, mais quoi? Elle serait bonne tout au plus pour
.une peinture de genre. Cette dame...
— Est Mrs Peyne-Avon. Une aimable et hautaine femme, qui consent cependant à faire ce que des gens sans fierté se refuseraient seulement à envisager. Elle quitte Budmouth demain et en a profité pour venir
me voir Tu sais ce qu'il y a eu entre elle et moi autrefois’ Maïs maintenant je ne puis songer à aucune femme. Elle s’est montrée très généreuse à mon égard. Je ne puis en dire autant de moi...
« Elle finira par se donner à un imbécile parfaitement digne d'elle...
— Crois-tu? murmura Somers; et au bout de quelques instants, il ajouta :
— Je ‘’épouserais bien, si elle voulait de moi... Elle me plaît.
— Je le voudrais, Alfred! Depuis longtemps elle songe à ylisser du monde « convenu » dans le monde des arts. C’est une femme de caractère, qui a de beaux instincts. Réeilement, je suis inquiet à son sujet. Je ne dirai pas que tu ne feras pas sa conquête, ce serait peu généreux de ma part; cependant... essaye toujours. Je puis facilement vous mettre en rapport.
— Je l’épouserai donc, si elle y consent.
Et avec sa flegmatique assurance, Somers ajouta :
— Lorsque vous êtes décidé à vous marier, prenez la première femme qui se présente. Elles se ressemblent toutes.
— Tu ne la connais pas! répliqua vivement Jocelyn, qui, s’il était incapable d'amour envers Mrs Peyne-Avon, pouvait du moins lui rendre justice.
— Mais tu la connais, toi, et je la prendrai sur ta foi. Est-elle vraiment belle? Je n'ai fait que l'entrevoir. Maïs je sais qu'elle l’est, sinon elle n'aurait pas attiré ton attention!
— Je te le promets : elle est aussi jolie de près que de loin.
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— De quelle couleur sont ses yeux?
— Les yeux? Ma foi, je ne sais pas. Par profession, je ne m'intéresse qu'aux formes. Mais j'y songe, ils doivent être gris, et ses cheveux sont fins et bruns.
— J'aurais préféré noirs, dit Somers d’un ton léger. Jl y a tant de blondes parmi les Anglaises! Cependant les blondes ont des qualités! Allons, allons, soyons sérieux, cette femme me plaît!…
Somers était rentré à Londres. II pleuvait sur la petite péninsule, ce qui n’empêchait pas Pierston de fumer sa cigarette sur la terrasse couverte. [l percevait de temps en temps la voix d’Avice lorsqu'elle se tenait devant son cottage, près du petit sentier qui sépare l’enclos du mur du parc.
Il n'y avait à ce moment-là aucune modulation dans sa voix. || savait ce que cela signifiait. Avice avait envie de sortir.
11 avait remarqué que, chaque fois qu’elle méditait une promenade, sa voix prenait une inflexion spéciale, comme ‘'e roucoulement d’une colombe. Elle devait alors penser à rejoindre son amoureux.
Son, ou ses amoureux? Non, cela ne pouvait être.
Elle était pure. Alors, pourquoi deux hommes? Peut-
être le carrier n'était-il qu’un parent?
[1 l’espérait lorsqu:, traversant le sentier, il aperçut un de ces habits rouges auxquels il pensait.
On rencontrait rarement des soldats dans cette partie de l'île; quand ils s’éloignaient du fort. soit pour une ronde, soit pour leur plaisir, ils se dirigeaient toujours vers la petite ville, dans la direction
opposée. Cet homme avait donc une raison particu-
lière.
Pierston l’examina. C'était un grand gaillard au visage ouvert, hérissé d’une fine moustache ét éclairé de deux petits yeux noirs luisants que cachait presque la casquette de Glengarry.
Ce lui fut intolérable de penser que les lèvres de ce lourd gaillard pussent se poser sur la joue délicate d’Avice, vulgaire soldat qu'aucun combat n’avait idéalisé, pas même une escarmouche contre des sauvages sans défense.
Le.soldat passa devant sa maison, examina a porte, puis se dirigea vers les rochers, où un chemin conduisait par un détour aux forts. Mais il revint sur ses pas et repassa devant la maison. Avice ne bougea pas et le soldat s’éloigna.
Pierston voulut s'assurer que la jeune fille se trouvait encore chez elle. Il traversa le sentier et vint frapper à sa porte qui était grande ouverte.
Personne ne répondit, mais Pierston, entendant un faible bruit à l’intérieur, franchit le seuil.
Avice se tenait assise sur un tabouret bas dans un coin obscur, comme quelqu'un qui désire ne pas être aperçue des passants.
Elle leva les yeux sur lui, sans émotion ni surprise apparente, mais il put voir qu'elle pleurait. Ce chagrin, chez une jeune fille sans protection, à laquelle il se sentait lié par des liens d’une délicatesse et d’une tendresse extrèmes, l’émut au delà de toute expression, Il s'avansa vers elle.
— Avice, mon enfant, il se passe quelque chose?
Elle inclina faiblement la tête et il reprit :
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— Dites-moi tout. Peut-être pourrais-je vous être utile.
— Je ne puis, murmura-t-elle, Grammer Stockwool est en haut, et elle entendrait.
Mrs Stockwool était une vieille femme qui habitait avec la jeune fille depuis la mort de sa mère.
— Alors, venez chez moi. Nous y serons plus à l'aise.
Elle se dressa, mit son chapeau, et le suivit jusqu’à la porte, Là, elle le pria de s'assurer que le chemin était désert, et, sur sa réponse affirmative, le suivit sur la terrasse.
L'endroit était ombragé et bien clos, quoiqu'on pôût apercevoir la mer à quelques mètres et qu'on entendiît ses grondements.
Une goutte d’eau tombait par moments des arbres, mais la pluie était si fine qu'elle ne les gênait en rien.
— Maintenant, dites-moi tout, fit-il avec douceur. Parlez librement. J'avais beaucoup d'amitié pour votre mère : c’est dire que je suis votre ami.
Il ne voulait pas trop s’avancer, de peur de laisser deviner à la jeune fille son infidélité passée.
— Je ne puis rien vous dire, monsieur, répliquat-elle comme à contre-cœur. Si ce n’est que mon chagrin a rapport à mon instabilité d'humeur. Le reste est le secret de quelqu'un d'autre.
— Je le regrette, dit-il.
— Je suis en train d'aimer quelqu'un à qui je ne dois pas songer, je cours à ma perte. [1 faudrait que je parte!
— Quitter l’île?
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— Ou, Pierston réfléchit. Voilà longtem . * Go mait à Londres, et il remett - départ, retenu ici par son ame ue Voilà qui concilierait tout ela lui permettrait de la surveiller et 4 e ne Le ee de p r ee Re de plus, éloignerait d'ell u al Hs q > e semblait redouter. Un rôle scabret So ee “os + fille, mais il se sentait À à ie de e la tâche. Ï Sea ee LU a lui demanda si réellement elle HAE s absenter pendant quelque temps “EME — J'aimerai ieux ss J' $ mieux rester, répondit-ell ue vaut mieux pas. nou — Aimeriez-vous aller à Londres?
Le visage d'Avice s’éclaira. h — Serait-ce possible?
— Vous Î i utile dans D EAP SnINIANCE md ef Vous d mon appartement, ou dans er Savez-vous ce que c’est? PR STE CE — Non, je ne sais pas, dit-e — Eh bien! J'ai deux l’un d'eux va prendre un con rez aider au service.
— Pourrais-je polir les meublas? Je sais trèe Li; — Je n'ai guère de meubles à RSR MSA pourrez nettoyer le gâchis Pere vus
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— Aussi court ou aussi long qu’il vous plaira.
La façon délibérée avec laquelle, après la première surprise, elle discuta les arrangements qu'il lui proposait, aurait dû l’avertir que tout sentiment tendre, si ce n’est celui de la reconnaissance, était loin du cœur et de l’esprit d’Avice.
Il n’y avait rien, pensait-il, d’extravagant dans la disproportion de leurs âges, et il espéra qu'après l'avoir formée à sa guise, il la conquerrait.
De la cause de son chagrin, elle ne voulut souffler mot.
Elle n'avait guère de préparatifs à faire, mais elle en fit encore moins qu’il n’aurait-cru. Elle semblait désirer partir au plus tôt et cacher son départ à tous. Pourquoi, si elle était amoureuse et quittait l'île à regret, paraissait-elle si pressée? Jocelyn ne put se l’expliquer.
Mais il prit grand soin d'éviter de compromettre une jeune fille à laquelle il vouait un intérêt aussi protecteur que passionné.
[1 la laissa en conséquence partir la première, et la rejoignit à quelques milles de là. De plus, il eut soin de monter dans un compartiment séparé.
Son cœur bondissait à la pensée d’avoir sous sa protection celle qui avait hérité de la chair et du ” visage de la première Avice, celle qui avait hérité d'un nom autrefois intimement lié au sien; et de l'espoir de réparer enfin le mal qu'il avait fait.
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CHAPITREXI