‹ La bien-aiméeChapitre 30 sur 45 · L'IMAGE PERSISTE · texte numérisé non relu

L'IMAGE PERSISTE

I] faisait sombre, lorsque le fiacre dans lequel Pierston ramenait Avice s'arrêta devant la maison dont il occupait le premier étage.

Laissant Avice et le porteur se débrouiller avec les bagages, il monta l'escalier.

À sa grande surprise, il trouva l'appartement silencieux et tous les volets clos. Il redescendit dans le hall où elle s’affairait au milieu des colis, tandis que le porteur parlementait avec le cocher.

— Savez-vous ce que sont devenus mes domestiques? demanda Jocelyn au concierge.

— Comment? i’n’'sont pas là, m'sieu? Ah! C'est bien ce que Je soupçonnais! Vous n’auriez pas laissé vot'cave ouverte, m'sieu, par erreur, des fois?

Pierston réfléchit. Il avait dû laisser la clef au - vieux domestique en qui il avait confiance, d'autant plus que la cave à vins n’était pas extrêmement bien fournie à ce moment.

— C'est donc ça! La cuisinière était étrange, m'sieu, ces deux dernières semaines. Oui, elle vous envoyait par le tube acoustique de drôles de messages, commandant ci, commandant ça, si bien qu’à la fin des fins on n'y faisait plus attention. J'les ai vus sortir tous les deux hier soir. P'tête ben qui sont partis

en vacances, n'vous attendant pas de sitôt; p'tête qui sont partis pour tout de bon! Pour sûr que si vous m'aviez écrit j'aurais tout préparé, pisque v’s’êtes seul et bien que ça soye pas mon métier.

Pierston <onstata en effet que la porte du cellier était ouverte, à terre plusieurs bouteilles vides qui étaient pleines avant son départ; cependant rien d’autre ne semblait avoir disparu dans l’appartement, et il retrouva dans la boîte à lettres le mot qui devait avertir les domestiques de son retour.

Pendant ce temps, les bagages avaient été montés par l'ascenseur; Avice attendait devant la porte.

— Entrez ici, dit Pierston. Qu'’allons-nous faire? Tout ça est dans un joli état.

Avice proposa d’allumer du feu.

— Du feu? Ah! oui. Je me demande si nous y parviendrons. Tout cela est stupide, murmura-t-il. C'est cela, faisons du feu.

— Est-ce là la cuisine, monsieur, si près du salon?

— Oui.

— Alors, je crois que je pourrai faire tout le travail, jusqu'à ce que vous ayez quelqu'un. Je croyais que c'était plus grand chez vous.

— Tant mieux, prenez courage! dit-il avec un tendre sourire. Je dînerai dehors ce soir; et je vous laisse la place pour que vous vous y installiez à votre guise. La concierge vous aidera. -

C’est ainsi que commença leur vie à Londres. De plus en plus persuadé qu’un danger la menaçait dans son île natale, Jocelyn résolut de ne pas l’y renvoyer avant que l’amoureux qui semblait tant la

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