PREMIÈRE PRÉSENTATION
Un touriste gravissait le. chemin escarpé qui, à travers les flots, relie le continent à cette singulière presqu'île, sorte de Gibraltar du Wessex, et qu'on appelle encore : l’Ile.
Avançant sa tête d'oiseau dans la Manche, ct tenant à la terre par un cou long et mince de rochers « rongés par la fureur des flots », elle garde un aspect unique en Europe.
Ce piéton devait arriver directement de Londres où de quelque grande ville. Une élégante distinction se dégageait de toute sa personne svelte.
Il se rappelait, avec un léger remords, le passé : trois ans et huit mois écoulés depuis sa dernière
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toute une période de vie morcelée parmi des peuples, des coutumes et des paysages divers.
Au regard du présent, ce qui lui avait paru si naturel autrefois lui semblait disparate et vieillot. En lui, l’île s’évoqua plus que jamais l’antique Vindilia, la patrie des « Pirates ». Rien ne lui en demeurait familier : ni le roc abrupt, ni les maisons en escalade, la porte de l’une s’ouvrant sur les toits de l’autre, et les jardins suspendus au ciel, et les potagers en plan vertical, toute l’unité de ce sol massant son imposant bloc de pierre sur quatre milles de long.
Solitaire, l’île s'élevait, éblouissante et blanche, sur le ciel de teintes délicates, et le soleil se brisait en mille petits rais, sur les rocs d’oolithe stratifiée :
visite à son père et à l’Âpre berceau de sa jeunesse, Ÿ
Mélancoliques ruines Des siècles révolus.
De tous les spectacles qu’il avait déjà contemplés, aucun ne dégageait une aussi fascinante intensité.
Après l'ascension pénible, il atteignit le plateau et se dirigea à l’ouest, vers le village.
Deux heures. L'on était au plus fort de l'été. La poussière de la route aveuglait.
Comme il approchait de la maison de son père, le jeune homme ralentit et s’assit un moment au soleil.
[1 posa la main-sur le roc : la pierre brülait comme d'habitude à cette heure accablée du jour. Des sons lui parvenaïient : rrr, rrr, sse, sse, bruits habituels de l'île: les cadences stridentes des tailleurs de pierre et des carriers.
ÉTUDE D'UN EARAÇTÈRE 19
En face de Jui se dressait un spacieux cottage ou petit castel. Comme toutes les autres demeures, celle-ci était en pierre. En pierre les murs, l'encadrement des fenêtres, le toit, les cheminées, la balustrade, le cadran solaire, l’étable et le toit à porcs.
Il revit ceux qui habitaient là autrefois, — et qui probablement y vivaient encore — les Caro; les Caro de «la cavale rouan », comme on les désignait pour les distinguer des différents Cara : car dans l'ile une demi-douzaine de familles au moins portaient ce nom.
fl traversa la route et franchit le seuil: oui, iis étaient toujours là.
Mrs Caro, qui l'avait aperçu par la fenêtre, se leva lorsqu'il entra et l’accueillit d'une révérence surannée,
Peu après, la porte qui menait aux appartements du fond s’ouvrit en coup de vent, et une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans se précipita dans la pièce.
— Camiment, c’est ce cher Joce! s’écria-t-elle toute joyeuse.
Et courant à lui, elle l’embrassa. Cette démonstration, très douce à coup sûr, venant d'une jeune personne qui possécait d'aussi charmants yeux noisette et d'aussi belles tresses brunes, fut si inattendue que ce jeune homme correct, fraîchement débarqué d’une capitale, recula et rendit avec un peu de contrainte à la jeune fille son baïser.
— Comment vous portez-Vous, ma jolie pêtite Avice, depuis le temps que je ne vous ai vue? demanda-t-il,
Dans son innocence, la jeune fille n'avait pas
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