‹ La bien-aiméeChapitre 8 sur 45 · CHAPITRE HI LE RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI LE RENDEZ-VOUS

— Voici la fin de mes vacances, dit Jocelyn. Quelle douce surprise me réservait le pays natal, et dire que pendant trois ans je n’y étais pas revenu!

— Vous partez déjà demain? fit-elle avec regret.

— Ille faut.

Une gêne suivit, où entrait quelque chose de plus que la tristesse d’une séparation brève et momentanée. Elle fut si forte que Jocelyn décida de remettre son départ au lendemain soir. Au lieu de partir à l’aube comme il l'avait projeté, il prendrait le train de nuit à Budmouth, voilà tout. De la sorte il pourrait visiter les carrières de son pèré, ét la jeune fille, si elle le désirait, l’accompagnerait jusqu’au château Henri VIII qui domine la plage et d’où ils verraient la lune pâle se lever sur la met. Avice actepta sans difficulté.

Aussi le lendemain, après avoir accompagné son père dans les carrières, Jocelyn, à l’heure convenue, quitta la maison de pierre, et s’achemina vers Budmouth par le sentier qui longe la plage. Avice, avant de le rejoindre, devait rendre visite À des amis dans la rüe des Citernes, juste à mi-chemin dé l'endroit

fixé pour leur rendez-vous.

La descente l’amena bientôt sur la plage de galets.

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Tournant le dos aux dernières maisons de l’île et aux ruines du village détruit par la terrible tempête de novembre 1924, il s’enfonça sur l’étroite langue de terre et au bout d’une centaine de mètres, s'arrêta pour enjamber le parapet de pierre qui longeait la mer. Îl s’y assit, attendant sa compagne.

Deux hommes passèrent lentement, masquant les fanaux des vaisseaux à l’ancre dans la rade. L'un d'eux reconnut Jocelyn et lui souhaita le bonsoir.

— Tous mes vœux de joie et de bonheur, monsieur, ajouta-t-il. Je vous félicite de votre choix. La noce ne tardera pas, j'espère.

— Merci, Seaborn, on verra. Peut-être la Noël apportera-t-elle du nouveau.

— Ça été le premier mot de ma femme, ce matin : « Dieu soit loué, a-t-elle dit, je verrai encore ce mariage : moi qui les connais depuis leur naissance! »

Les hommes s’éloïgnèrent.

Une fois hors d’entente, celui qui n’avait pas ouvert la bouche demanda à son ami :

— Quel est ce jeune « kimberlin »? [1 ne semble pas des nôtres.

— Ï1 l’est cependant jusqu’à la moelle des os. C'est M. Jocelyn Pierston, le fils unique du marchand de pierres des carrières de l’Est. Il est fiancé à une ‘charmante jeune fille, dont la mère, une veuve, continue le commerce de son mari tant bien que mal; mais elle ne possède pas le vingtième de ce qui enrichit Pierston. Il paraît qu’il gagne des mille et des cents, bien qu’il vive toujours dans la même vieille maison que jadis. On dit que son fils est célèbre à Londres en tant que « tailleur de marbre », et

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j'aurais dû le prédire lorsqu'un jour, enfant, il découpa des soldats dans les petites pierres tendres des carrières de son père et fit une autre fois tout un jeu d'échecs. li fréquente la bonne société de Londres, m'a-t-on affirmé; et je m'étonne qu'il soit venu prendre pour femme la petite Avice Caro qui, bien que charmante. Tiens, voilà le ciel qui se couvre.

Pendant ce temps, celui dont ils s’entretenaient attendait, au rendez-vous, que l’heure fixée entre lui et sa fiancée, sept heures, sonnât.

Tout à coup, il aperçut au pied de la colline, venant du village, une silhouette menue, qui bientôt se précisa. Un jeune garçon d'une douzaine d’années s'avança vers Jocelyn; il s'enquit s’il était bien M. Pierston, et sur sa réponse affirmative, lui tendit une lettre.

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