‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 44 sur 115 · A ER POP PS · texte numérisé non relu

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Conseils et Souvenirs. 273 EE RUE 2e RE EE RE PP EN OR VE SM ARS ASC EE 7 L

« [1 ne faut jamais, quand nous commettons une faute, “l’attribuer à une cause physique, comme la maladie ou le temps ; mais convenir que cette chute est due à notre imperfection, sans jamais nous décourager. Ce ne sont pas les occasions qui rendent l'homme fragile, mais elles montrent ce qu'il est'. »

« Le bon Dieu n’a pas permis que Notre Mère me dît d'écrire mes poésies à mesure que je les composais, et je n’aurais pas voulu le lui demander, de peur de faire une faute contre la pauvreté. J'attendais donc l’heure de temps libre, et ce n’était pas sans une peine extrême que je me rappelais, à huit heures du soir, ce que j'avais composé le matin.

« Ces petits riens sont un martyre, il est vrai; mais il faut bien se garder de le diminuer en se permettant, ou se faisant permettre, mille choses qui nous rendraient la vie religieuse agréable et commode. »

Un jour que je pleurais, la Bs° Thérèse de l’Enfant-Jésus me dit de m’habituer à ne pas laisser paraître ainsi mes petites souffrances, ajoutant que rien ne rendait la vie de communauté plus triste que l'inégalité d'humeur.

« Vous avez bien raison, lui répondis-je, je l'avais moi-même pensé, et désormais je ne pleurerai plus jamais qu'avec le bon Dieu ; à lui seul je confierai mes peines, il me comprendra et me consolera toujours. » Elle reprit vivement :

« Pleurer devant le bon Dieu! gardez-vous d’agir ainsi. Vous devez paraître triste, bien moins encore devant lui que

1 Imitation, |. xvi, 4.

devant les créatures. Comment! ce bon Maître n’a pour réjouir son Cœur que nos monastères ; il vient chez nous pour se reposer, pour oublier les plaintes continuelles de ses amis du monde; car le plus souvent sur la terre, au lieu de reconnaître le prix de la Croix, on pleure et on gémit ; et vous feriez comme le commun des mortels ?... Franchement, ce n'est pas de l’amour désintéressé. C’est à nous de consoler Jésus, ce n’est pas à lui de nous consoler.

« Je le sais, 27 a si bon cœur que, si vous pleurez, il essuiera vos larmes ; mais ensuite il s’en ira tout triste, n'ayant pu se reposer en vous. Jésus aime les cœurs joyeux, il aime une âme toujours souriante. Quand donc saurez-vous lui cacher vos peines, ou lui dire en chantant que vous êtes heureuse de souffrir pour lui?

« Le visage est le reflet de l’âme, ajouta-t-elle, vous devez sans cesse avoir un visage calme et serein, comme un petit enfant toujours content. Lorsque vous êtes seule, agissez encore de même, parce que vous êtes continuellement en spectacle aux Anges. »

Je voulais qu’elle me félicitât d’avoir pratiqué un acte de vertu, héroïque à mes yeux ; mais elle me dit :

« Qu'est ce petit acte de vertu, en comparaison de ce que Jésus a le droit d’attendre de votre fidélité? Vous devriez plutôt vous humilier de laisser échapper tant d'occasions de lui prouver votre amour. »

Peu satisfaite de cette réponse, j'attendais une occasion difficile, pour voir comment S' Thérèse de l’Enfant-Jésus s'y comporterait. Cette occasion se présenta bientôt. Notre Révérende Mère nous ayant demandé un travail fatigant et sujet à mille contradictions, je me permis malicieusement de

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lui en augmenter la charge ; mais je ne pus un seul instant la trouver en défaut ; je la vis toujours gracieuse, aimable, ne comptant pas avec la fatigue. S'agissait-il de se déranger, de servir les autres ? elle se présentait avec entrain. A la fin, n’y tenant plus, je me jetai dans ses bras et lui confiai les sentiments qui avaient agité mon âme.

« Comment faites-vous, lui dis-je, pour pratiquer ainsi la vertu, pour être constamment joyeuse, calme et semblable à vous-même ?

# — Je n'ai pas toujours fait ainsi, me répondit-elle, mais depuis que je ne me recherche jamais. je mène la vie la plus heureuse qu'on puisse voir. »

« A la récréation plus qu'ailleurs, disait notre Bienheureuse, vous trouverez l’occasion d’exercer votre vertu. Si vous voulez en retirer un grand profit, n’y allez pas avec la pensée de vous récréer, mais avec celle de récréer les autres ; pratiquez-y un complet détachement de vous-même. Par exemple, si vous racontez à l’une de vos sœurs une histoire qui vous semble intéressante, et que celle-ci vous interrompe

pour vous raconter autre chose, écoutez-la avec intérêt, quand même elle ne vous intéresserait pas du tout, et ne cherchez pas à reprendre votre conversation première. En agissant ainsi, vous sortirez de la récréation avec une grandè paix intérieure et revêtue d’une force nouvelle pour pratiquer la vertu ; parce que vous n'aurez pas cherché à vous satisfaire, mais à faire plaisir aux autres. Si l’on savait ce que l’on gagne à se renoncer en toutes choses !.…

— Vous le savez bien, vous; c’est ainsi que vous avez toujours fait ?

— Oui, je me suis oubliée, j'ai tâché de ne me rechercher

en rien. »

« Il faut être mortifiée lorsqu'on nous sonne, lorsqu'on frappe à notre porte, jusqu’à ne pas faire un point de plus avant de répondre. J'ai pratiqué cela; et je vous assure que c'est une source de paix. »

Après cet avis, lorsque l’occasion se présentait, je me dérangeais promptement. Un jour, pendant sa maladie, elle en fut témoin et me dit :

« Au moment de la mort, vous serez bien heureuse de retrouver cela ! Vous venez de faire une action plus glorieuse que si, par des démarches habiles, vous eussiez obtenu la bienveillance du gouvernement pour les communautés religieuses, et que toute la France vous acclamât comme Judith!»

Interrogée sur sa manière de sanctifier les repas, elle répondit :

« Au réfectoire, nous n’avons qu'une seule chose à faire : accomplir cette action si basse avec des pensées élevées. Je vous l’avoue, c’est souvent au réfectoire qu’il me vient les plus douces aspirations d'amour. Quelquefois, je suis forcée de m'arrêter en songeant que, si Notre-Seigneur était à ma place, devant les mets qui me sont servis, il les prendrait certainement.. Il est bien probable que, pendant sa vie mortelle, il a goûté aux mêmes aliments; ?/ mangeait du pain, des fruits:

« Voici mes petites rubriques enfantines :

« Je me figure être à Nazareth dans la maison de la sainte Famille. Si l’on me sert, par exemple, de la salade, du poisson froid, du vin ou quelque autre chose qui a le goût fort, je

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l'offre au bon saint Joseph. A la sainte Vierge, je donne les portions chaudes, les fruits bien mûrs, etc. ; et les mets des. jours de fête, particulièrement la bouillie, le riz, les confitures, je les offre à l'Enfant Jésus. Enfin, lorsqu'on m'apporte un mauvais diner, je me dis gaiement : Aujourd'hui, ma petite fille, tout cela c'est pour toi ! »

Elle nous cachait ainsi sa mortification sous des dehors gracieux. Cependant, un jour de jeûne, où Notre Révérende Mère lui avait imposé un soulagement, je la surpris assaisonnant d’absinthe cette douceur trop à son goût.

Une autre fois, je la vis boire lentement un exécrable remède.

« Mais dépêchez-vous donc, lui dis-je, buvez cela tout d’un trait !.

— Oh! non; ne faut-il pas que je profite des petites occasions qui se rencontrent de me mortifier un peu, puisqu'il m'est interdit d'en chercher de grandes P »

C’est ainsi que, pendant son noviciat, — je l’ai su dans les derniers mois de sa vie — une de nos sœurs, ayant voulu rattacher son scapulaire, lui traversa en même temps l'épaule avec sa grande épingle, souffrance qu’elle endura plusieurs heures avec joie.

Une autre fois, elle me donna une preuve de sa mortification intérieure. J’avais reçu une lettre fort intéressante qu'on avait lue à la récréation en son absence. Le soir, elle me manifesta le désir de la lire à son tour et je la lui donnai. Quelque temps après, comme elle me rendait cette lettre, je la priai de me dire sa pensée au sujet d’une chose qui, particulièrement, avait dû la charmer. Elle parut embarrassée et me répondit enfin :

« Le bon Dieu m'en a demandé le sacrifice, à cause de l'empressement que j'ai témoigné l’autre jour; je ne l'ai pas lue... »

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Je lui parlais des mortifications des saints, elle me répondit : « Que Notre-Seigneur a bien fait de nous prévenir qu'il y a plusieurs demeures dans la maison de son Père! Sans cela il nous l'aurait dit ‘.… Oui, si toutes les âmes appelées à la perfection avaient dû, pour entrer au ciel, pratiquer ces macérations, il nous l’aurait dit, et nous nous les serions imposées de grand cœur. Mais il nous annonce qu'il y a plusieurs demeures dans sa maison. S'il y a celle des grandes âmes, celles des Pères du désert et des martyrs de la pénitence, il doit y avoir aussi celle des petits enfants. Notre place est gardée là, si nous l’aimons beaucoup, Lui et notre Père céleste et l'Esprit d'amour. »

« Autrefois, dans le monde, en m'éveillant le matin, je pensais à ce qui devait m'arriver d’heureux ou de fâcheux dans la journée : si je ne prévoyais que des ennuis, je me levais triste. Maintenant, c’est tout le contraire : songeant aux peines, aux souffrances qui m'attendent, je me lève d'autant plus joyeuse et pleine de courage, que je prévois plus d'occasions de témoigner mon amour à Jésus ef de gagner la vie de mes enfants, puisque je suis mère des âmes. Ensuite je baise mon crucifix, je le pose délicatement sur l’oreiller tout le temps que je m’habille et je lui dis :

« Mon Jésus, vous avez assez travaillé, assez pleuré, pendant les trente-trois années de votre vie sur cette pauvre terre!

Aujourd’hui, reposez-vous… C’est à mon tour de combattre et de souffrir. »

1 Joan., xiv, 2.

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Un jour de lessive je me rendais à la buanderie sans me . presser, regardant en passant les fleurs du jardin. S° Thérèse de l’Enfant-Jésus y allait aussi, marchant rapidement. Elle me croisa bientôt et me dit : ;

« Est-ce ainsi qu’on se dépêche quand on a des enfants à nourrir et qu’on est obligé de travailler pour les faire vivre ? »

« Savez-vous quels sont mes dimanches et jours de fête ?… Ce sont les jours où le bon Dieu m’éprouve davantage. »

Je me désolais de mon peu de courage :

« Vous vous plaignez, me dit-elle, de ce qui devrait causer votre plus grand bonheur. Où serait votre mérite s’il fallait que vous combattiez seulement quand vous vous sentez du courage ? Qu'importe que vous n'en ayez pas, pourvu que vous agissiez comme si vous en aviez ! Si vous vous trouvez trop lâche pour ramasser un bout de fil, et que néanmoins vous le fassiez pour l'amour de Jésus, vous avez plus de mérite que si vous accomplissiez une action beaucoup plus considérable dans un moment de ferveur. Au lieu de vous attrister, réjouissez-vous donc de voir qu'en vous laissant sentir votre faiblesse, le bon Jésus vous ménage l'occasion de lui sauver un plus grand nombre d’âmes ! »

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