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CPL 4 y;
Allée des marronniers cans le jardin du Carmel de Lisieux.
après avoir servi au père de la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus
La petite voiture,
fut donnée au Carmel.
C'est dans cette voiture que Thérèse, malade, et installée à cette m.
pendant ses années d'infirmité
lace,
ême p
écrivit les dernières pages de sa « Vie ».
Conseils et Souvenirs. 285
Une novice demandait à plusieurs sœurs de lui aider à secouer des couvertures, et leur recommandait, un peu vivement, de veiller à ne pas les déchirer, parce qu'elles étaient passablement usées. La Bienheureuse lui dit alors :
« Que feriez-vous si vous n'étiez pas chargée de raccommoder ces couvertures ?... Comme vous agiriez avec dégagement d'esprit ! Et, si vous faisiez remarquer qu’elles sont faciles à déchirer, comme ce serait sans attache ! Ainsi, qu’en toutes vos actions ne se glisse jamais l'ombre la plus légère d'intérêt personnel. »
Voyant une de nos sœurs très fatiguée, je dis à S° Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Je n'aime pas à voir souffrir, surtout les âmes saintes. » Elle reprit aussitôt :
« Oh! je ne suis pas comme vous! Les saints qui souffrent ne me font jamais pitié. Je sais qu’ils ont la force de supporter leurs souffrances, et qu’ils donnent ainsi une grande gloire au bon Dieu ; mais ceux qui ne sont pas saints, qui ne savent pas profiter de leurs souffrances, oh ! que je les plains! ils me font pitié ceux-là ! Je mettrais tout en œuvre pour les consoler et les soulager. »
« Si je devais vivre encore, l'office d’infirmière serait celui qui me plairait davantage. Je ne voudrais pas le solliciter; mais s’il me venait directement de l’obéissance, je me croirais bien privilégiée. IL me semble que je le remplirais avec un tendre amour, pensant à ce que dit Notre-Seigneur : « J'étais
malade et vous m'avez visité ‘. » La cloche de l'infirmerie devrait être pour vous une mélodie céleste. Il faudrait passer tout exprès sous les fenêtres des malades, pour leur donner la facilité de vous appeler et de vous demander des services. Ne devez-vous pas vous considérer comme une petite esclave à laquelle tout le monde a le droit de commander ? Si vous voyiez les Anges qui, du haut du ciel, vous regardent combattre dans l'arène! Ils attendent la fin de la lutte, pour vous couvrir de fleurs et de couronnes. Vous savez bien que nous prétendons être de petits martyrs : à nous de gagner nos palmes !
« Le bon Dieu ne méprise pas ces combats ignorés et d’autant plus méritoires : « L'homme patient vaut mieux que l'homme fort, et celui qui dompte son âme vaut mieux que celur qui prend des villes ?. »
« Par nos petits actes de charité pratiqués dans l’ombre, nous convertissons au loin les âmes, nous aidons aux missionnaires, nous leur attirons d’abondantes aumônes ; et, par là, nous construisons de véritables demeures spirituelles et matérielles à Jésus-Hostie. »
J'avais vu Notre Mère parler de préférence à l’une de nos sœurs et lui témoigner, me semblait-il, plus de confiance et d'affection qu’à moi. Je racontais ma peine à Sr Thérèse de lEnfant-Jésus, croyant recevoir de sympathiques condoléances, lorsqu’à ma grande surprise elle me dit :
« Vous croyez aimer beaucoup Notre Mère ?
— Certainement! Si je ne l’aimais pas, il me serait indifférent de lui voir préférer les autres à moi.
t Matt, xxv, 36. — 2? Prov., xvi, 32.
Conseils et Souvenirs. 287
— Eh bien, je vais vous prouver que vous vous trompez absolument : ce n’est pas Notre Mère que vous aimez, c’est vous-même.
« Lorsqu'on ‘aime réellement, on se réjouit du bonheur de la personne aimée, on fait tous les sacrifices pour le lui procurer. Donc, si vous aviez cet amour véritable et désintéressé, si vous aimiez Notre Mère pour elle-même, vous vous réjouiriez de lui voir trouver du plaisir à vos dépens; et, puisque vous pensez qu'elle a moins de satisfaction à parler avec vous qu'avec une autre, vous ne devriez pas avoir de peine lorsqu'il vous semble être délaissée. »
Je me désolais de mes nombreuses distractions dans mes prières :
« Moi aussi, j'en ai beaucoup, me dit-elle, mais aussitôt que je m'en aperçois, je prie pour les personnes qui m’occupent l'imagination, et ainsi elles bénéficient de mes distractions.
« … J'accepte tout pour l’amour du bon Dieu, même les pensées les plus extravagantes qui me viennent à l’esprit. »
On m'avait demandé une épingle qui m'était très commode, et je la regrettais. Elle me dit alors:
« Oh! que vous êtes riche! vous ne pouvez pas être heureuse ! »
La Bienheureuse étant chargée de l’ermitage de l’Enfant- Jésus, et sachant que les parfums incommodaient une de nos Mères, elle se priva toujours d'y mettre des fleurs
odorantes, même une petite violette, ce qui fut matière à de vrais sacrifices. | |
Un jour qu’elle venait de placer une belle rose artificielle au pied de la statue, cette bonne Mère l’appela. Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus devinant que c'était pour lui faire enlever la rose, et ne voulant pas l’humilier, prit la fleur et, prévenant toute réflexion, elle lui dit :
« Voyez, ma Mère, comme on imite bien la nature aujourd’hui. Ne dirait-on pas que cette rose vient d’être cueillie dans le jardin? »
Elle disait un jour :
« Il y a des instants où l’on est si mal chez soi, dans son intérieur, qu’il faut se hâter d’en sortir. Le bon Dieu ne nous oblige pas alors à rester en notre compagnie. Souvent même, il permet qu'elle nous soit désagréable, pour que nous la quittions. Et je ne vois pas d'autre moyen de sortir de chez soi que d’aller rendre visite à Jésus et à Marie, en courant aux œuvres de charité. »
« La principale indulgence plénière, et celle que tout le monde peut gagner sans les conditions habituelles, c'est l’indulgence de /a charité qui couvre la multitude des péchés :. »
« Ce qui me fait du bien, lorsque je me représente l’intérieur de la sainte Famille, c’est de penser à une vie tout ordinaire.
1PrOV:, x, 12.
Conseils et Souvenirs. 289
« La sainte Vierge et saint Joseph savaient bien que Jésus était Dieu, mais de grandes merveilles leur étaient néanmoins cachées, et, comme nous, ils vivaient de foi. N’avez-vous pas remarqué cette:parole du texte sacré : « ls ne comprirent pas ce qu’il leur disait », et cette autre non moins mystérieuse : « Sés parents étaient dans l'admiration de ce qu'on disait de lui ? »? Ne croirait-on pas qu'ils apprenaient quelque chose ? car cette admiration suppose un certain étonnement. »
« À Sexte, il y a un verset que je prononce tous les jours à contre-cœur. C’est celui-ci : « /nclinavi cor meum ad faciendas justificationes tuas in æternum, propter retributionem °.»
« Intérieurement je m’empresse de dire : « O mon Jésus, vous savez bien que ce n’est pas pour la récompense que je vous sers; mais uniquement parce que je vous aime et pour sauver des âmes. »
« Au ciel seulement nous verrons la vérité absolue en toutes choses. Sur la terre, même dans la sainte Ecriture, il y a le côté obscur et ténébreux. Je m'afflige de voir la différence des traductions. Si j'avais été prêtre, j'aurais appris l’hébreu, afin de pouvoir lire la parole de Dieu telle qu’il daigna l’exprimer dans le langage humain. »
Elle me parlait souvent d'un jeu bien connu, avec lequel elle s’'amusait dans son enfance. C'était un kaléidoscope,
1 Lucæ, un, 50. — ? Jbid., 33. — 3 J'ai incliné mon cœur à l'observation. de vos préceptes, à cause de la récompense. Ps. Gxvit, 12.
sorte de petite longue-vue, à l'extrémité de laquelle on aperçoit de jolis dessins de diverses couleurs ; si l’on tourne l'instrument, ces dessins varient à l'infini.
« Cet objet, me disait-elle, causait mon admiration, je me demandais ce qui pouvait produire un si charmant phénomène; lorsqu'un jour, après un examen sérieux, je vis que c'étaient simplement quelques petits bouts de papier et de laine jetés çà et là, et coupés n’importe comment. Je poursuivis mes recherches et j’aperçus trois glaces à l’intérieur du tube. J'avais la clef du problème.
« Ce fut pour moi l’image d’un grand mystère : Tant que nos actions, même les plus petites, ne sortent pas du foyer de l'amour, la Sainte Trinité, figurée par les trois glaces convergentes, leur donne un reflet et une beauté admirables. Jésus, nous regardant par la petite lunette, c’est-à-dire comme à travers lui-même, trouve nos démarches toujours belles. Mais, si nous sortons du centre ineffable de l’amour, que verra-t-il ? Des brins de paille... des actions souillées et de nulle valeur. »
Un jour, je lui parlais des phénomènes étranges produits par le magnétisme sur les personnes qui veulent bien remettre leur volonté au magnétiseur. Ces détails parurent l'intéresser vivement, et le lendemain elle me dit :
« Que votre conversation d’hier m’a fait de bien ! Ok / que je voudrais me faire magnétiser par Notre-Seigneur ! C'est la première pensée qui m’est venue à mon réveil. Avec quelle douceur je lui ai remis ma volonté! Oui, je veux qu'il s’'empare de mes facultés, de telle sorte que je ne fasse plus d'actions humaines et personnelles, mais des actions toutes divines, inspirées et dirigées par l'Esprit d'amour. »
Conseils et Souvenirs. 291
Avant ma profession, je reçus par ma sainte Maîtresse une grâce bien particulière. Nous avions lavé toute la journée et j'étais brisée de fatigue, accablée de peines intérieures. Le soir avant l’oraison, je voulus lui en dire deux mots, mais elle me répondit :
« L'oraison sonne, je n’ai pas le temps de vous consoler; d’ailleurs je vois clairement que j'y prendrais une peine inutile, le bon Dieu veut que vous souffriez seule pour le moment. »
Je la suivis à Poraison, dans un tel état de découragement que, pour la première fois, je.doutai de ma vocation. « Jamais je n'aurai la force d’être carmélite, me disais-je, c’est une vie trop dure pour moi! »
J'étais à genoux depuis quelques minutes, dans ce combat et ces tristes pensées, quand tout à coup, sans avoir prié, sans même avoir désiré la paix, je sentis en mon âme un changement subit, extraordinaire; je ne me reconnaissais plus. Ma vocation m'’apparut belle, aimable; je vis les charmes, le prix de la souffrance. Toutes les privations et les fatigues de la vie religieuse me semblèrent infiniment préférables aux satisfactions mondaines; enfin, je sortis de l’oraison absolument transformée.
Le lendemain, je racontai à Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus
ce qui s'était passé la veille; et comme elle paraissait très
émue, je voulus en savoir la cause.
« Ah! que Dieu est bon! me dit-elle alors. Hier soir, vous me faisiez une si profonde pitié que je ne cessai point, au commencement de l’oraison, de prier pour vous, demandant à Notre-Seigneur de vous consoler, de changer votre âme et de vous montrer le prix des souffrances. [1 m’a exaucée! »
292 La Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Comme j'étais très jeune de caractère, l'Enfant Jésus m'inspira, pour m'aider à pratiquer la vertu, de m'amuser avec lui. Je choisis le jeu de quilles. Je me les représentais de toutes grandeurs et de toutes couleurs, afin de personnifier les âmes que je voulais atteindre. La boule du jeu, c'était mon amour.
Au mois de décembre 1896, les novices reçurent, au profit des missions, différents bibelots pour un arbre de Noël. Et voilà que, par hasard, il se trouva au fond de la boîte enchantée un objet bien rare au Carmel: une toupie. Mes compagnes dirent : « Que c’est laid! À quoi cela peut-il servir? » Moi qui connaissais bien le jeu, j'attrapai la toupie en m'écriant : « Mais c'est très amusant! ça pourrait marcher une journée entière sans s'arrêter, moyennant de bons coups de fouet! » Et làdessus je me mis en devoir de leur donner une représentation qui les jeta dans l’étonnement.
La Bs° Thérèse de l’Entant-Jésus m'observait sans rien dire, et, le jour de Noël, après la Messe de Minuit, je trouvai dans notre cellule /a fameuse toupie avec cette lettre dont l’enveloppe portait comme adresse :
À ma petile épouse chérie,
JOUEUSE DE QUILLES sur la Montagne du Carmel.
Nuit de Noël 1896.