MA PETITE ÉPOUSE CHÉRIE
« Ah! que je suis content de toi! Toute l’année tu m’as beaucoup amusé en ouant aux quilles. J’ai eu tant de plaisir que la cour des anges en était surprise et charmée. Plusieurs petits chérubins m’ont demandé pourquoi je ne les avais pas faits enfants: d’autres ont voulu savoir si la mélodie de leurs instruments ne m'était pas plus
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agréable que ton rire joyeux, lorsque tu fais tomber une quille avec la boule de ton amour. J'ai répondu à tous qu'ils ne devaient pas se chagriner de n’être point enfants, puisqu’un jour ils pourraient . Jouer avec toi dans les prairies du ciel; je leur ai dit que, certainement, ton sourire m'était plus doux que leurs mélodies, parce que tu ne pouvais jouer et sourire qu’en souffrant et en t’oubliant toi-même.
Ma petite épouse bien-aimée, j’ai quelque chose à te demander à mon tour. Vas-tu me refuser P... Oh! non, tu m'aimes trop pour cela. Eh bien, je voudrais changer de jeu : les quilles, ça m'amuse bien, mais je voudrais maintenant jouer à la toupie; et, si tu veux, c’est toi qui seras ma toupie. Je t'en donne une pour modèle ; tu vois qu’elle n’a pas de charmes extérieurs, quiconque ne sait pas s’en servir la repoussera du pied; mais un enfant qui l’aperçoit sautera de joie et dira : AA! que c’est amusant! ça peut marcher toute la journée sans s'arrêter !..
Moi, le petit Jésus, je t'aime, bien que tu sois sans charmes, et je te supplie de toujours marcher pour m’amuser. Mais, pour faire tourner la toupie, il faut des coups de fouet! Eh bien, laisse tes sœurs te rendre ce service, et sois reconnaissante envers celles qui : seront les plus assidues à accélérer ta marche. Lorsque je me serai bien amusé avec toi, je t’'emmènerai là-haut, et nous pourrons jouer sans souffrir. »
Ton petit frère, Jésus.
Je pleurais souvent, et pour des riens, ce qui lui causait une peine très grande.
Un jour, il lui vint une idée lumineuse : prenant sur sa table de peinture une coquille de moule, et me tenant les mains pour m'obliger à ne pas m'essuyer les yeux, elle se mit à recueillir mes larmes dans cette coquille. Au lieu de continuer à pleurer, je ne pus alors m'empêcher de rire.
« Allez, me dit-elle, désormais je vous permets de pleurer tant que vous voudrez, pourvu que ce soit dans la coquille. »
Or, huit jours avant sa mort, j'avais pleuré toute une soirée en pensant à son prochain départ. Elle s’en aperçut et me dit :
« Vous avez pleuré. — Est-ce dans la coquille? »
Je ne pouvais mentir... et mon aveu l’attrista. Elle reprit :
« Je vais mourir, et je ne serai pas tranquille sur votre compte, si vous ne me promettez de suivre fidèlement ma recommandation. J'y attache une importance capitale pour votre âme. »
Je donnai ma parole, demandant toutefois, comme une grâce, la permission de pleurer librement sa mort.
« Pourquoi pleurer ma mort P Voilà des larmes bien inutiles. Vous pleurerez mon bonheur ! Enfin, j'ai pitié de votre faiblesse et je vous permets de pleurer les premiers jours. Mais, après cela, il faudra reprendre la coquille. »
Je dois dire que j'ai été fidèle, bien qu’il m'en ait coûté des efforts héroïques.
Quand je voulais pleurer, je m’armais avec courage de l’impitoyable instrument ; mais le soin que je devais prendre à courir d’un œil à l’autre distrayait ma pensée du sujet de ma peine, et cet ingénieux moyen ne tarda pas à me guérir entièrement de ma trop grande sensibilité.
Je voulais me privef de la sainte Communion pour une infidélité qui lui avait causé beaucoup de peine, mais dont je me repentais amèrement. Je lui écrivis ma résolution ; et voici le billet qu’elle m'envoya :
« Petite fleur chérie de Jésus, cela suffit bien que, par l’humiliation de votre âme, os racines mangent de la terre. il faut entr'ouvrir, ou plutôt élever bien haut votre corolle, afin que le Pain des Anges vienne, comme une rosée divine, vous fortifier et vous donner tout ce qui vous manque.
« Bonsoir, pauvre fleurette, demandez à Jésus que toutes les
prières qui sont faites pour ma guérison servent à augmenter le feu qui doit me consumer. »
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« Au moment de communier, je me représente quelquefois mon âme sous la figure d’un petit bébé de trois ou quatre ans qui, à force de jouer, a ses cheveux et ses vêtements salis et en désordre. — Ces malheurs me sont arrivés en bataillant avec les âmes. — Mais bientôt la Vierge Marie s’empresse autour de moi. Elle a vite fait de me retirer mon petit tablier tout sale, de rattacher mes cheveux et de les orner d’un joli ruban ou simplement d’une petite fleur. et cela suffit pour me rendre gracieuse ‘et me faire asseoir sans rougir au festin des anges. »
À l’infirmerie, nous attendions à peine que ses actions de grâces fussent terminées pour lui parler et lui demander des conseils. Elle s’en attrista d’abord et nous en fit de doux reproches. Puis bientôt elle nous laissa faire, disant :
« J'ai pensé que je ne devais pas désirer plus de repos que Notre-Seigneur. Lorsqu'il s’enfuyait au désert après ses prédications, le peuple venait aussitôt troubler sa solitude. Approchez de moi tant que vous voudrez. Je dois mourir les armes à la main, ayant à la bouche le glaive de l'esprit qui est la parole de Dieu !.»
« Donnez-nous un conseil pour nos directions spirituelles. Comment devons-nous les faire ?
— Avec une grande simplicité, sans trop compter sur un
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secours qui peut vous manquer au premier moment. Vous seriez vite forcées de dire avec l’épouse des Cantiques : « Les gardes m'ont enleyé mon manteau, ils m'ont blessée; et ce n'est qu’en les DÉPASSANT un peu que j'ai trouvé Celui que j'aime ! ! » Si vous demandez humblement et sans attache où est votre Bien-Aimé, les gardes vous l’indiqueront. Toutefois, le plus souvent, vous ne trouverez Jésus qu'après avoir dépassé toute créature. Que de fois, pour ma part, n’ai-je pas répété cette strophe du Cantique spirituel :
Ne m'envoyez plus Désormais de messagers Qui ne savent pas me dire ce que je veux.
Tous ceux qui s'occupent de vous, sans exception, Me parlent continuellement de vos mille grâces
Et tous me blessent encore davantage ;
Et surtout ce qui me fait mourir