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Lettres. 347
celui des fiancées de la terre qui regardent toujours les mains de leurs fiancés pour voir s'ils ne leur apportent pas quelque présent ; ou bien leur visage, pour y surprendre un “sourire d'amour qui les ravit.
Thérèse, la petite fiancée de Jésus, aime Jésus pour luimême; elle ne veut regarder le visage de son Bien-Aimé qu'afin d’y surprendre des larmes qui la ravissent par leurs
- charmes cachés. Ces larmes, elle veut les essuyer, elle veut les recueillir, comme des diamants inestimables, pour en broder sa robe de noces.
Jésus ! Je voudrais tant l'aimer ! L’aimer comme jamais til n'a élé aimé.
A tout prix, je veux cueillir la palme d’Agnès; st ce n'est par le sang, il faut que ce soit par l'Amour...
Lettre V°.
L'amour peut suppléer à une longue vie. Jésus ne regarde pas au temps puisqu'il est éternel. Z{ ne regarde qu'à l'amour. O ma petite Mère, demandez-lui de m'en donner beaucoup! Je ne désire pas l’amour sensible; pourvu qu'il soit sensible pour Jésus, cela me suffit. Oh! l'aimer et le faire aimer, que c’est doux! Dites-lui de me prendre le jour de ma Profession si je dois encore l’offenser, car je voudrais emporter au Ciel la robe blanche de mon second baptême, sans aucune souillure. Jésus peut m’accorder la, grâce de ne plus l’offenser ou bien de ne faire que des fautes qui ne l'offensent pas, qui ne lui fassent ‘pas de peine, mais ne servent qu'à m'humilier et à rendre mon amour plus fort.
[1 n’y a aucun appui à chercher hors de Jésus. Lui seul est immuable. Quel bonheur de penser qu'il ne peut changer!
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Lettre VI.
Ma PETITE MÈRE CHÉRIE,
Oh! que votre lettre m'a fait de bien! Ce passage a été lumineux pour mon âme : « Retenons une parole qui pourrait nous élever aux yeux des autres. » Oui, il faut tout garder pour Jésus avec un soin jaloux; c’est si bon de travailler pour lui tout seul! Alors, comme le cœur est rempli de joie! comme l’âme est légère !.…
Demandez à Jésus que son grain de sable lui sauve beaucoup d’âmes en peu de temps, pour voler plus promptement vers sa Face adorée.
Lettre VII. -
Voici le rêve d’un grain de sable : Jésus seul! rien que lui! Le grain de sable est si petit que, s’il voulait ouvrir son cœur à un autre qu’à Jésus, il n’y aurait plus de place pour ce Bien-Aimé.
Quel bonheur d’être si bien cachées que personne ne pense à nous, d’être inconnues, même aux personnes qui vivent avec nous! O ma petite Mère! comme je désire être inconnue de toutes les créatures! Je n'ai jamais désiré la gloire humaine, le mépris avait eu de l'attrait pour mon cœur; mais, ayant reconnu que c'était encore trop glorieux pour moi, je me suis passionnée pour l’oubli.
La gloire de mon Jésus, voilà toute mon ‘ambitions la mienne, je la lui abandonne; et s’il semble m'oublier, eh bien ! il est libre, puisque je ne suis plus à moi, mais à Lui. Il se lassera plus vite de me faire attendre que moi de l’attendre |
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Lettre VIII. :
28 mai 1897.
. Ce jour-là, tandis que la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus souffrait d'un fort accès de fièvre, une de nos sœurs vint lui demander son concours immédiat pour un travail de peinture difficile à exécuter ; un instant, son visage trahit le combat intérieur, ce dont s'aperçut Mère Agnès de Jésus qui était présente. Le soir Thérèse lui écrivit cette lettre :
Ma MÈRE BIEN-AIMÉE,
Tout à l’heure votre enfant a versé de douces larmes; des larmes de repentir, mais plus encore de reconnaissance et d'amour. Aujourd’hui je vous ai montré ma vertu, mes trésors de patience ! Et moi qui prêche si bien les autres! Je suis contente que vous ayez vu mon imperfection. Vous ne m'avez pas grondée... cependant je le méritais; mais en toute circonstance, votre douceur m'en dit plus long que des paroles sévères; vous êtes pour moi l’image de la divine miséricorde.
Oui, mais Sœur'‘’, au contraire, est ordinairement l’image de la sévérité du bon Dieu. Eh bien, je viens de la rencontrer. Au lieu de passer froidement près de moi, elle m'a embrassée en me disant : « Pauvre petite sœur, vous m'avez fait pitié! Je ne veux pas vous fatiguer, laissez l’ouvrage que je vous ai demandé, j'ai eu tort. »
Moi qui sentais dans mon cœur la contrition parfaite, je fus bien surprise de ne recevoir aucun reproche. Je sais bien qu’au fond elle doit me trouver imparfaite; c’est parce qu'elle croit à ma mort prochaine qu’elle m'a ainsi parlé. Mais n'importe, je n’ai entendu que des paroles douces et tendres sortir de sa bouche; alors je l’ai trouvée bien bonne, et moi je me suis trouvée bien méchante!
En rentrant dans notre cellule, je me demandais ce que Jésus pensait de moi. Aussitôt, je me suis rappelé ce qu'il dit
350 La Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus.
un jour à la femme adultère : « Quelqu'un t’a-t-il condamnée'? » Et moi, les larmes aux yeux, je lui ai répondu : « Personne, Seigneur... ni ma petite Mère, image de votre tendresse, ni ma Sœur'‘‘*, image de votre justice; et je sens bien. que je puis aller en paix, car vous ne me condamnerez pas non plus! »
O ma Mère bien-aimée, je vous l'avoue, je suis bien plus heureuse d’avoir été imparfaite que si, soutenue par la grâce, j'avais été un modèle de patience. Cela me fait tant de bien de voir que Jésus est toujours aussi doux, aussi tendre pour moi. Vraiment, il y a de quoi mourir de reconnaissance et d'amour. |
Ma petite Mère, vous comprendrez que, ce soir, le vase de la miséricorde divine a débordé pour votre enfant. Ak/ dès à présent, je le reconnais : oui, toutes mes espérances seront comblées.… oui, le Seigneur fera pour moi des merveilles qui surpasseront infiniment mes immenses désirs.
PE
Lettres à Sœur Marie du Sacré-Cœur
FRAGMENTS
Lettre I.
21 février 1888
Ma CHÈRE MARIE,
Si tu savais le cadeau que papa m'a fait la semaine dernière!.. Je crois que si je te le donnais en cent, et même en mille, tu ne le devinerais pas. Eh bien! ce bon petit père m'a
1 Joan., vin, 16.
acheté un petit agneau d’un jour, tout blanc et tout frisé. Il m'a dit, en me l’offrant, qu'il voulait, avant mon entrée au Carmel, me faire le plaisir d’avoir un petit agneau. Tout le monde était heureux, Céline était ravie. Ce qui surtout m'avait touchée, c'était la bonté de papa en me le donnant; et puis, un agneau, c'est si symbolique! il me faisait penser à Pauline. l Jusqu'ici tout va bien, tout est ravissant,; mais il faut attendre la fin. Déjà, nous faisions des châteaux en Espagne, nous nous attendions à voir notre agneau bondir autour de nous, au bout de deux ou trois jours; mais hélas! la jolie petite bête est morte dans l'après-midi. Pauvre petite! à peine née, elle a souffert, puis elle est morte.
Elle était si gentille, elle avait l’air si innocent que Céline a fait son portrait; puis, papa a creusé une fosse dans laquelle on a mis le petit agneau qui semblait dormir; je n'ai pas voulu que la terre le recouvrit : nous avons jeté de la neige sur lui et puis tout a été fini.
Tu ne sais pas, ma chère marraine, combien la mort de ce petit animal m’a donné à réfléchir. Oh! oui, sur la terre il ne faut s'attacher à rien, pas même aux choses les plus innocentes, car elles nous manquent au moment où nous y pensons le moins. Seul ce qui est éternel peut nous contenter.
Lettre II.
Pendant sa retraite de Prise d’Habit.
8 janvier 1880.
Ma sœur chérie, votre petit agnelet — comme vous aimez à m'appeler — voudrait vous emprunter un peu de force et de courage. Il ne peut rien dire à Jésus; et surtout, Jésus ne
ve te
352 La Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-désus.
lui dit absolument rien. Priez pour moi, afin que ma retraite plaise quand même au Cœur de Celui qui seul lit au plus profond de l’âmel!
La vie est pleine de sacrifices, c’est vrai; mais pourquoi y chercher du bonheur ? N'est-ce pas simplement « une nuit à passer dans une mauvaise hôtellerie », comme le dit notre Mère sainte Thérèse?
Je vous avoue que mon. cœur a une soif ardente de bonheur; mais je vois bien que nulle créature n’est capable de l’'étancher ! Au contraire, plus je boirais à cette source enchanteresse, plus ma soif serait brûlante.
Je connais une source « où, après avoir bu, on a soif encore! »; mais d’une soif très douce, d’une soif que l’on peut toujours satisfaire : cette source, c’est la souffrance connue de Jésus seul!
Lettre II.
14 août 1889. |
Vous voulez un mot de votre petit agnelet. Que voulezvous qu'il vous dise? N’a-t-il pas été instruit par vous? Rappelez-vous le temps où, me tenant sur vos genoux, vous me parliez du Ciel...
Je vous entends encore me dire : « Regarde ceux qui veulent s'enrichir, vois quel mal ils se donnent pour gagner de l'argent; et nous, ma petite Thérèse, nous pouvons à chaque instant, et sans prendre tant de peine, acquérir des trésors pour le Ciel; nous pouvons ramasser des diamants comme avec un râteau! Pour cela, il suffit de faire toutes nos actions par amour pour le bon Dieu. » Et je m'en allais le cœur rempli de joie et du désir d’amasser aussi de grands trésors.
1 Eccli., xxxiv, 20.
Lettres. 353
Le temps a fui, depuis ces heureux moments écoulés dans notre doux nid. Jésus est venu nous visiter, il nous a trouvées dignes de passer par le creuset de la souffrance. . Le bon Dieu nous dit qu’au dernier jour « 1] essuiera toutes les larmes de nos Yeux ! »; et, sans doute, plus il y aura de larmes à essuyer, plus la consolation sera grande...
Priez bien, demain, pour la petite fille que vous avez élevée et qui, sans vous, ne serait peut-être pas au Carmel.
Lettre IV:.
Pendant sa Retraite de Profession.
4 septembre 1890.
Votre petite fille n'entend guère les harmonies célestes : son voyage de noces est bien aride ! Son Fiancé, il est vrai, lui fait parcourir des pays fertiles et magnifiques; mais la nuit l'empêche de rien admirer et surtout de jouir de toutes ces merveilles.
Vous allez peut-être croire qu'elle s’en afige? Mais non, au contraire, elle est heureuse de suivre son Fiancé pour Lui seul et non à cause de ses dons. Lui seul, il est si beau! si ravissant ! même quand il se tait, même quand il se cache !
Comprenez votre petite fille : elle est lasse des consolations de la terre, elle ne veut plus que son Bien-Aimé.
Je crois que le travail de Jésus, pendant cette retraite, a été de me détacher de tout ce qui n’est pas lui. Ma seule consolation est une force et une paix très grandes ; et puis, j'espère être comme Jésus veut que je sois : c'est ce qui fait tout mon bonheur.
3 ApOC., XXI, 4.
Si vous saviez combien ma joie est grande de n'en avoir aucune pour faire plaisir à Jésus! C’est de la joie raffinée, bien qu’elle ne soit nullement sentie !
Lettre V°.
7 septembre 1890.
Demain je serai l’épouse de Jésus, de Celui dont le Visage était caché et que personne n’a reconnu ‘ ! Quelle alliance et quel avenir! Que faire pour le remercier, pour me rendre moins indigne d’une telle faveur ?.…..
… Que j'ai soif du Ciel, de ce séjour bienheureux où l'on aimera Jésus sans réserve ! Mais il faut souffrir et pleurer pour y arriver ; eh bien ! je veux souffrir tout ce qu’il plaira à mon Bien-Aimé, je veux le laisser faire de sa petite balle tout ce qu'il désire.
Ma Marraine chérie, vous me dites que mon petit Jésus est très bien paré pour le jour de mes noces; vous vous demandez seulement pourquoi je ne lui ai pas mis les bougies roses neuves ? Les autres m'en disent plus long à l’âme : elles ont commencé à brûler le jour de ma Prise d’habit/! alors elles étaient fraîches et roses ; papa, qui me les avait données, était là, et tout était joie! Mais maintenant, la couleur de rose est passée... Y a-t-il encore ici-bas des joies couleur de rose pour votre petite Thérèse ? Oh ! non, il n’y a plus pour elle que des joies célestes, des joies où tout le créé, qui n’est rien, fait place à l’incréé qui est la réalité...