‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 55 sur 115 · MIS ALI · texte numérisé non relu

MIS ALI

Lettres. , 5.50

Lettre VI°.

17 septembre 1806.

Ma sœur bien-aimée, je ne suis pas embarrassée pour vous répondre... Comment pouvez-vous me demander s’il vous est possible d'aimer le bon Dieu comme je l’aime?... Mes désirs du martyre ne sont rien ; je ne leur dois pas la confiance illimitée que je sens en mon cœur. À vrai dire, on peut les appeler ces richesses spirituelles qu: rendent injuste !, lorsqu'on s'y repose avec complaisance, et que l’on croit qu’ils sont quelque chose de grand... Ces désirs sont une consolation que Jésus accorde parfois aux âmes faibles comme la mienne — et ces âmes sont nombreuses. — Mais, lorsqu'il ne donne pas cette consolation, c’est une grâce de privilège ; rappelez-vous ces paroles d’un saint religieux : « Les martyrs ont souffert avec joie et le Roi des Martyrs a souffert avec tristesse | » Oui, Jésus a dit : « Mon Père, éloignez de mot ce calice ?. » Comment pouvez-vous penser maintenant que mes désirs sont la marque de mon amour? Ah! je sens bien que ce n’est pas cela du tout qui plaît au bon Dieu dans ma petite âme. Ce qui lui plaît, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor, Marraine chérie, pourquoi ce trésor ne serait-il pas le vôtre P?

N'êtes-vous pas prête à souffrir tout ce que le bon Dieu voudra? Oui, je le sais bien ; alors, si vous désirez sentir de la joie, avoir de l’attrait pour la souffrance, c’est donc votre consolation que vous cherchez, puisque, lorsqu'on aime une chose, la peine disparaît. Je vous assure que si nous allions ensemble au martyre, vous auriez un grand mérite, et moi je

1 Lucæ, xvi, 11. — ? Jbid., xx11, 42.

n’en aurais aucun, à moins qu'il ne plaise à Jésus de changer mes dispositions.

O ma sœur chérie, je vous en prie, comprenez-moi ! comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d'amour, plus on est faible et misérable, plus on est propre aux opérations de cet amour consumant et transformant... Le seul désir d’être victime suffit; mais il faut consentir à rester toujours pauvre et sans force, et voilà le difficile, car le véritable pauvre d’esprit, où le trouver P Il faut le chercher bien loin ‘, dit l’auteur de l’Imitation…. Il ne dit pas qu’il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais bien loin, c’est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir; alors nous serons pauvres d'esprit, et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons ; il nous transformera en flammes d'amour! Oh! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens ! C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour... La crainte ne conduit-elle pas à la justice sévère telle qu'on la représente aux pécheurs ? Mais ce n’est pas cette justice que Jésus aura pour ceux qui l’aiment.

Le bon Dieu ne vous donnerait pas ce désir d’être possédée par son Amour miséricordieux, s’il ne vous réservait cette faveur ; ou plutôt, il vous l’a déjà faite, puisque vous êtes toute livrée à Lui, puisque vous désirez être consumée par Lui, et que jamais le bon Dieu ne donne de désirs qu'il ne veuille réaliser.

Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel.

LM STENER rate

Lettres à Sœur Françoise-Thérèse :.

Lettre I".

13 août 1803.

CHÈRE PETITE SŒUR Thérèse,

Tes vœux sont donc comblés! Comme la colombe sortie de l’arche, tu ne pouvais trouver sur la terre du monde où poser le pied, tu as volé longtemps, cherchant à rentrer dans la demeure bénie où ton cœur avait pour jamais fixé son séjour. Jésus s’est fait attendre, mais enfin les gémissements de sa colombe l’ont touché, il a étendu sa main divine, il l’a prise et l’a placée dans son Cœur, dans le tabernacle de son amour.

Ah ! sans doute, ma joie est toute spirituelle puisque désormais je ne dois plus te revoir ici-bas, je ne dois plus entendre ta voix en épanchant mon cœur dans le tien. Mais je sais que la terre est un lieu de passage, nous sommes des voyageurs qui cheminons vers notre patrie; qu'importe si la route que nous suivons n’est pas absolument la même, puisque notre terme unique c’est le Ciel, où nous serons réunies pour ne plus nous quitter. C’est là que nous goûterons éternellement les joies de la famille... Que de choses nous aurons à nous dire après l’exil de cette vie ! Ici-bas la parole est impuissante, mais là-haut un seul regard suffira pour nous comprendre et, je le crois, notre joie sera alors plus grande que si jamais nous ne nous étions séparées.

En attendant, il nous faut vivre de sacrifices, sans cela la vie religieuse serait-elle méritoire ? Non, n'est-ce pas ! Comme on nous le disait dans une instruction : « Si les chênes des forêts

1 Presque toutes les lettres adressées par la Bienheureuse à sa sœur Léonie, ont été perdues. On n’a retrouvé que celles-ci.

atteignent une si grande hauteur, c'est parce que, pressés de tous côtés, ils ne dépensent pas leur sève à pousser des branches à droite et à gauche, mais s'élèvent droit vers le ciel. Ainsi, dans la vie religieuse, l’âme se trouve pressée de toutes parts par sa règle, par l’exercice de la vie commune, et il faut que tout lui devienne un moyen de s'élever très haut vers les Cieux. »

Ma sœur bien-aimée, prie pour ta petite Thérèse afin qu’elle profite de l’exil de la terre et des moyens abondants qu'elle a pour mériter le Ciel...

Lettre Il.

Janvier 1895.

CHÈRE PETITE SŒUR

Comme l’année qui vient de s’écouler a été fructueuse pour le Ciell.… Notre père chéri a vu ce que « l'œil de l’homme ne peut contempler », il a entendu l’harmonie des anges... et son cœur comprend, son âme jouit des récompenses que Dieu a préparées à ceux qui l’aiment!.. Notre tour viendra aussi; oh! qu'il est doux de penser que nous voguons vers l'éternel rivage !

Ne trouves-tu pas, comme moi, que le départ de notre père bien-aimé nous a rapprochées des Cieux ? Plus de la moitié de la famille jouit maintenant de la vue de Dieu, et les cinq exilées ne tarderont pas à s'envoler vers leur Patrie. Cette pensée de la brièveté de la vie me donne du courage, elle m'aide à supporter les fatigues du chemin. « Qu'importe un peu de travail sur la terre, nous passons et n'avons point ici de demeure permanente! ! »

Pense à ta Thérèse pendant ce mois consacré à l'Enfant

MElebr,xur arde

Jésus, demande-lui qu'elle reste toujours petite, toute petite !.… Je lui ferai pour toi la même prière, car je connais tes désirs et je sais que l'humilité est ta vertu préférée.

+ Laquelle des Thérèse sera la plus fervente ? Celle qui sera la plus humble, la plus unie à Jésus, la plus fidèle à faire toutes ses actions par amour. Ne laissons passer aucun sacrifice, tout est si grand dans la vie religieuse... Ramasser une épingle par amour peut convertir une âme! C'est Jésus qui seul peut donner un tel prix à nos actions, aimons-le donc de toutes nos torces…

Lettre II.

12 juillet 1896.

MaA CHÈRE PETITE LÉONIE,

J'aurais répondu à ta lettre dimanche dernier, si elle m'avait été donnée; mais tu sais qu’étant la plus petite, je suis exposée à ne voir les lettres que bien après mes sœurs, ou même pas du tout. Ce n'est que vendredi que j'ai lu la tienne, ainsi pardonne-moi si je suis en retard.

Oui, tu as raison, Jésus se contente d’un regard, d’un soupir d'amour. Pour moi, je trouve la perfection bien facile à pratiquer, parce que j'ai compris qu'il n’y a qu'à prendre Jésus par le cœur. Regarde un petit enfant qui vient de fâcher sa mère, soit en se mettant en .colère ou bien en lui désobéissant ; s’il se cache dans un coin avec un air boudeur et qu’il crie dans la crainte d’être puni, sa maman ne lui pardonnera certainement pas sa faute ; mais s’il vient lui tendre ses petits bras en disant : « Embrasse-moi, je ne recommencerai plus », est-ce que sa mère ne le pressera pas aussitôt sur son cœur avec tendresse, oubliant tout ce qu’il a fait? Cependant elle sait bien que son cher petit recommencera à la prochaine occasion, mais cela ne fait rien, et, s’il la prend encore par le cœur, jamais il ne sera puni.

Ma AT LPS D NO LE ET EE RE PP

Au temps de la loi de crainte, avant la venue de Notre- Seigneur, le prophète Isaïe disait déjà en parlant au nom du Roi des Cieux : « Une mère peut-elle oublier son enfant ?.…. Eh bien ! quand même une mère oublierait son enfant, moi, je ne vous oublierai jamais ‘. » Quelle ravissante promesse ! Ah! nous qui vivons sous la loi d'amour, comment ne pas profiter des amoureuses avances que nous fait notre Epoux ? Comment craindre Celui qui se laisse enchaïner par un cheveu qui vole sur notre cou ? ? Sachons donc le retenir prisonnier, ce Dieu qui devient le mendiant de notre amour. | En nous disant que c’est un cheveu qui peut opérer ce prodige, il nous montre que les plus petites actions faites par amour | . sont celles qui charment son Cœur. Ah! s’il fallait faire de | grandes choses, combien serions-nous à plaindre! Mais que nous sommes heureuses, puisque Jésus se laisse enchaîner | par les plus petites! Ce ne sont pas les petits sacrifices qui te manquent,. ma chère Léonie, ta vie n’en est-elle pas com- . posée? Je me réjouis de te voir en face d’un pareil trésor et surtout en pensant que tu sais en profiter, non seulement pour toi, mais encore pour les pauvres pécheurs. Il est si doux d'aider Jésus à sauver les âmes qu'il a rachetées au prix de son sang, et qui n'attendent que notre secours pour ne pas | tomber dans l’abime. |

Il me semble que, si nos sacrifices captivent Jésus, nos joies | l'enchaînent aussi; pour cela il suffit de ne pas se concentrer dans un bonheur égoïste, mais d'offrir à notre Epoux les | petites joies qu'il sème sur le chemin de la vie, pour charmer nos cœurs et les élever jusqu’à lui. !

Tu me demandes des nouvelles de ma santé. Eh bien, je ne tousse plus du tout. Es-tu contente ? Cela n’empêchera pas le |

ITS EXLIX, 19:

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