‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 75 sur 115 · PLUIE DE ROSES · texte numérisé non relu

PLUIE DE ROSES

MP Extraits du Tome VI.

Guérison subite d’un jeune enfant atteint depuis plus de trois années d’ostéomyélite aiguë déclarée incurable.

RELATION DE MADEMOISELLE CONSTANCE CARDON Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le 11 mai 19162.

Au mois d’avril 1915, je vis venir chez moi une pauvre femme. Elle tenait dans ses bras un petit garçon de 8 ans 4, réduit à un état effrayant à voir, et me priait de lui faire faire sa première Communion avant sa mort que tous jugeaient imminente.

J’acceptai ce pauvre petit, que l’on m’apportait pour l’instruire sommairement, avec les douze garçons de 13 à 16 ans que je préparais déjà à la première Communion tardive. Ces malheureux enfants, ramassés dans la rue, ignorent même qu’ils ont une âme. J’en ai pitié, je les instruis, et, quand ils commencent à connaître le bon Dieu, ils prient avec tant de foi que, souvent, ils sont exaucés.

Leur nouveau camarade, Arthur Pottot, était atteint d’une tumeur à la joue avec carie de la mâchoire inférieure droîte. Cette tumeur le martyrisait depuis l’âge de 5 ans ; elle s’était déclarée à la suite d’un saisissement, au début de mars 1912, et durait ainsi sans interruption

1 Mie Constance Cardon, vénérable personne de plus de 60 ans, s’est attiré, par - une somme d’abnégation et de dévouement extraordinaire à l’égard des pauvres, l'attention de l’Académie française qui, avec de grands éloges, lui a décerné, en 1911, le prix « Montyon ».

2 Les enquêtes concernant cette guérison remarquable n’étant pas achevées en 1918, elle n’a pu être insérée dans le volume « Pluie de Roses V ».

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DA La Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus.

depuis 3 ans et 4 mois, avec éclosions d’abcès continuels, tenant toute la joue et le cou du petit infirme. Sa joue était tellement grosse qu’elle retombaiïit sur l’épaule, de sorte qu’il se tenait tout de travers et ne pouvait se redresser. Cet aspect épouvantable avait fait donner au pere petit le surnom de « rhinocéros ».

Ses parents le portèrent à l’hospice où, après examen, les docteurs déclarèrent que l’ablation de la joue était nécessaire pour éviter les abcès, mais qu'il ne guérirait pas, car la carie de la mâchoire est inguérissable. La femme Pottot ramena donc son fils chez elle et le soigna tant bien que mal, se contentant de laver les plaies. L’enfant alla aussi se faire soigner à la Croix-Rouge où, pendant quelque temps, le D: Houzel, de Boulogne, lui donna ses soins. Maïs, voyant qu’il souffrait de plus en plus, la mère le garda chez elle, presque toujours au lit, car il avait peine à supporter sa tête démesurément enflée par l’inflammation de cinq abcès qui s’étaient déclarés.

Enfin, comme je l’ai dit, l’enfant était en quelque sorte mourant quand on me le présenta au mois d’avril 1915. Il ne pouvait plus parler, car Fos de la mâchoire lui sortait de la bouche, coupant sa lèvre et laissant couler une bave infecte. Depuis deux ans, il ne vivait que de pain trempé dans du laït, espèce de pâte qu’il s’introduisait dans la bouche avec ses doigts. Tous les gens du quartier le regardaient avec compassion et souhaitaient qu’il meure, tellement ses souffrances étaient grandes.

Au mois de juillet 1915, mes 12 enfants étant au catéchisme, je leur demandai de faire une neuvaine à Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus, afin que leur camarade püût faire avec eux sa première Communion. C'était demander un miracle, mais la petite Sœur est puissante. Notre confiance était grande et nous fûmes exaucés.

Nous commençâmes donc notre neuvaine avec beaucoup de ferveur ; jamais je n’ai vu prier avec autant de foi ces malheureux enfants, débris de la société, je le répète, mais qui viennent à Dieu avec un cœur simple.

Le neuvième jour, 5 juillet, n’amena aucun changement dans l’état d'Arthur Pottot ; mais nous n’étions pas décourâgés et ne cessions de prier Sœur Thérèse avec une confiance croissante.

On décida cependant de lui faire faire sa première Communion seul. M. le Curé de Saint-Michel aurait pris toutes les précautions désirables, ue lui donnant qu’une petite parcelle d’hostie. À ce moment, en effet, il avait à la joue les cinq abcès en pleine suppuration, et l’os carié, dont j'ai parlé, sortait de la bouche, au moins de deux centimètres, avec une bave d’une odeur repoussante.

Tel était donc l’état de l’enfant les 7, 8 et 9 juillet. Or, le 10 juillet, veille de la première Communion, à 11 heures du matin, il m'arrive au catéchisme, tête nue, sans les bandes de pansements qu’il n’avait pas quittées depuis 3 ans %2. Plus d’abcès, plus de suppuration, plus d’os qui lui fendait la lèvre, a la coupure profonde de cette lèvre était parfai-

Pluie de Roses. DITS

tement soudée. Enfin, plus aucune plaie. Dans une nuit, du soir au matin, Ja cicatrice interne et externe s'était formée, absolument complète.

Combien je regrette de n’avoir pu, ce jour-là même, faire constater la merveilleuse guérison par un docteur ! Mais, étant malade, je n’ai pu sortir. Je croyais d’ailleurs, à ce moment-là, que le témoignage de tous suffirait à prouver le miracle.

Quoi qu’il en soit, à la vue d’Arthur si malade la veille, maintenant sain et guéri, mes enfants et moi nous nous jetâmes à genoux, pleurant de joie et de reconnaissance, car pour nous l'intervention surnaturelle était visible. Nous chantâmes ensemble le Magnificat.

L'enfant pouvait parler, chanter. Je lui donnai une tartine qu’il mangea facilement devant ses douze compagnons. Etant trop émue pour leur faire le catéchisme, je les renvoyai chez eux. Alors, dans leur enthousiasme, ils prirent Arthur par la main et, courant par les rues, ils ouvraient toutes les portes de leur pauvre quartier en criant : « Nous avons fait un miracle ! venez voir le petit Pottot. Il n’a plus rien ! il est guéri ! » Et lui de crier à son tour : « Je n’ai plus de mal ; c’est « sainte Thérèse » qui m’a guéri ! » Alors ces pauvres du quartier Saint-Pol (environ 300), qui avaient vu l’enfant la veille encore, dans l’état affreux que j’ai décrit, se mircnt eux aussi à crier au miracle, levant les bras au ciel et bénissant la petite sainte. Enfin, c'était une véritable révolution, d’où rassemblement et manifestation joyeuse autour de la mère qui pleurait de bonheur.

Ces pauvres gens se sont bien souvenus de cette scène quand je leur ai demandé leurs signatures.

Lorsque l’enfant était encore chez moi et que nous eûmes chanté le Magnificat, je lui demandai où était son os ; il me répondit : « Hier soir, je dormais, ma grande sœur me l’a ôté, je ne me suis pas réveillé, car elle ne m’a pas fait mal. » Et il ajouta : « C’est Sœur Thérèse qui lui a dit de le faire !. »

! Sur une question posée à Mlle Cardon touchant l’enlèvement de l’os, elle répond ce qui suit, à la date du 15 mai 1916 :

« L’os de notre petit miraculé a été retiré par sa sœur âgée de 23 ans. Le soir du 9 juillet, l'enfant s’endormit d’un profond sommeil ; sa mère et sa sœur étaient auprès de lui, regardant avec tristesse et compassion ce pauvre visage défiguré par les cinq abcès purulents, l’enflure de la joue et l’os en question qui passait de sa bouche,

Tout à coup, la sœur d’Arthur se sentit poussée par un désir irrésistible et une voix intérieure, à retirer, l’os. La mère s’y opposait, craignant de faire souffrir l'enfant ; mais sa fille ne put résister à l'inspiration surnaturelle, et, tandis que la femme s’enfuyait, elle s’approcha de son frère et tira doucement l’os, qui, en un instant, se trouva désagrégé, et lui tomba dans la main. Il mesurait 10 centimètres &e longueur sur 8 au moins de largeur. Toute la nuit la jeune fille ne put dormir d'émotion.

Autre chose digne de remarque. Ce matin-là, aucune trace d’écoulement des abcès ne parut dans le lit du malade, tandis que, depuis trois ans, ses draps et oreillers se trouvaient trempés chaque jour par le sang et le pus des abcès.»

Notre miraculé a donc fait une après-midi de sa retraite avec ses camarades, le 10 juillet 1915, et, le dimanche 11 juillet, il a communié le premier et très facilement. Il y avait 150 pauvres réunis en notre chapelle, centre des Amis des Pauvres de la paroisse Saint-Michel. Tout le monde a pu entendre le protégé de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus prier et chanter avec les autres.

Depuis, la guérison reste complète et s’affirme toujours plus. L’enfant mange, court, joue, va en classe. Les cicatrices des abcès disparaissent de jour en jour ; il lui repousse même en ce moment une petite mâchoire. Enfin, sa santé est parfaite. à

Que Dieu soit béni et sa Servante glorifiée, car il lui a vraiment communiqué sa puissance dans une large mesure !

J’atteste devant Dieu la véracité de mon rapport ; pour moi, le miracle est évident, ainsi que le témoignent les 60 signatures envoyées à Monseigneur de Teil, et celles qui suivent ce récit.

Constance CARDON.

. Servante des Pauvres.

Certifié absolument conforme à la vérité.

M. ANSELIN, Curé de Saint-Michel.

M. et Mme PoTTotT-PALETTE. pére et mère de l'enfant.

Suivent seize signatures auxquelles on pourrait joindre encore les soixante signatures envoyées à Mgr de Teil.

LETTRE DE M, L'ABBÉ ANSELIN curé de Saint-Michel de Boulogne-sur-Mer,

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