‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 91 sur 115 · CONSTANTIN · texte numérisé non relu

CONSTANTIN

Pour copie conforme.

Evêque d'Evreux.

RELATION PERSONNELLE DE Mr LABBÉ rédigée à la demande de Sa Grandeur Mgr l’Evêque d’Evreux.

Je suis heureuse de témoigner ma reconnaissance envers S' Thérèse de l’Enfant-Jésus, en faisant connaître le grand miracle dont elle m’a favorisée.

J’ai commencé à souffrir de l'estomac, au mois d’août 1915. J'étais alors placée cuisinière, et le docteur m’ayant déclarée atteinte d’un ulcère à l’estomac, je fus obligée de rentrer au pays pour me soigner.

A aucun prix, je ne voulus accepter l’opération que le médecin jugeait indispensable. Après un mieux passager, j’eus une nouvelle crise l’année suivante et, depuis, je n’ai plus cessé de souffrir. Enfin, le 29 juin dernier, je dus m’aliter tout à fait. Le docteur Poussin me traita d’abord pour une appendicite, mais à la suite de vomissements et d’hémorragies, il reconnut à son tour que j'avais un ulcère stomacal. Je ne prenais plus aucune nourriture, mais seulement un peu de glace ou quelques gorgées d’eau, et voyant que je m’affaiblissais de plus en plus, on me fit des injections de sérum artificiel et de spartéine. Puis, pour calmer mes douleurs devenues atroces et qui se répercutaient jusque dans les os, on n’eut d’autre ressource que de me piquer à la morphine. Pour comble de maux, je fus prise, au mois d’août, d’une phlébite à la jambe gauche. Mon état empira si fort que le médecin conseilla de prévenir M. le Curé et il m’engagea à faire mon testament, pour régler le sort de ma pauvre petite, déjà privée de son père.

Le lendemain du jour où Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus avait été déclarée Vénérable, 15 août 1921, M. le Curé m’apporta une relique de la petite Sœur, me suggérant de la prier de tout mon cœur pour ma guérison.

Avec ma sœur, nous fimes donc une première neuvaine, mais sans succès. Je m'adressai ensuite à Notre-Dame de Lourdes, et n’obtenant rien, je me décidai, le 23 septembre, à recommencer une neuvaine à Sœur Thérèse ; M. le Curé voulut la faire avec nous.

Le 27 septembre, j'étais encore bien mal. « C’est un cancer, elle ne s’en

tirera certainement pas », déclara à sa visite le Dr Poussin. Le jeudi 29, .

ma sœur posa sur le mal la relique de la petite sainte. Je souffris terriblement toute la journée, me préparant à la mort que je sentais venir. Le soir, à 5 heures, je réclamai une troisième piqûre de morphine, car je ne pouvais plus endurer mes souffrances.

Mais, tout à coup, toutes ces souffrances disparurent, l’enflure de la jambe, du ventre et de l’estomac cessa subitement ; je n’allais pas assez vite pour le dire ! M’asseyant sur mon lit, j’assurai que j'étais guérie et j'aurais voulu me lever aussitôt. M. le Curé, qui se trouvait là, m’obligea à rester couchée, croyant que je délirais. Mais pas du tout. C’était bien vrai, et après avoir attendu, pendant une heure, le retour de notre bon Curé, j’obtins enfin de lui la permission de me lever, et je fis seule le tour de ma chambre. Une personne dévouée qui me soignait, entrant et me voyant marcher, faillit perdre connaissance tant elle était saisie.

« C’est la petite Sœur qui t’a guérie », s’écria-t-elle et, tous ensemble,

à genoux, nous récitâmes en actions de grâces les prières de la neuvaine. J'avais faim et je mangeai avec appétit une soupe aux pommes de terre, un œuf et des confitures aux groseilles avec un gros morceau de pain. Au début de la nuit, je ne dormis guère, tant j’étais émue, je ne pouvais croire à tant de bonheur de n’être plus malade, et j’appelai sans

cesse ma sœur pour lui répéter avec transport : « Je suis bien guérie et.

RÉ) En Er RES De ur A ln PA M ENG TA Dr CR RAA Pi on UE

Pluie de Roses. 543

c’est à Sœur Thérèse que je le dois. » A minuit enfin, je m’assoupis jusqu’à 5 heures du matin, sommeil réparateur que je ne connaissais plus ‘ depuis deux mois.

Le lendemain 30, on téléphona au docteur, qui était absent. Alors, M. le Curé décida de ne pas attendre pour me conduire ce jour-là même à Lisieux, au tombeau de la petite sainte.

Comme nous revenions en automobile, le médecin arrivait. J’allai à sa rencontre, lui déclarant que j'étais guérie. Stupéfait, il ne savait que dire : « Ce n’est pas possible. Il faut vous recoucher. »

Il m’ausculta très minutieusement et m’affirma à son tour que tout le mal avait disparu. » Je reviendrai dans trois jours voir si cela se maintient, ajouta-t-il, et pesez-vous, pour que l’on vérifie si votre poids a augmenté. » Alors seulement, nous lui confiâmes nos prières à Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus, et, pieusement, l'excellent docteur s’agenouilla pour réciter avec nous la neuvaïine.

Le lendemain, 1e octobre, je pesais 75 livres, et aujourd’hui, 13 novembre, j'ai augmenté de 14 livres, je mange de tout et travaille du matin au soir sans fatigue.

Aussi, toute ma reconnaissance va-t-elle au bon Dieu qui m'a guérie par l’intercession de la petite Sœur Thérèse.

Blanche LABBÉ.

Certifié écrit de la maïn de Me B. Labbé.

F. BAUDIN, + Cachet de la paroisse. Curé de Notre-Dame du Hamel.

, RAPPORT MÉDICAL DU DOCTEUR POUSSIN SUR LE CAS DE Mvwe VEUVE LABBÉ

Antécédents héréditaires.

Père mort à 34 ans, d’un cancer d'estomac.

Mère morte à 42 ans, cause de décès inconnue. Frère âgé de 39 ans, d’une bonne santé.

Sœur âgée de 35 ans, santé délicate.

Antécédents personnels.

Jusqu'à 17 ans, rien de particulier à signaler.

À 17 ans, est atteinte d'une coxalgie suppurée. A été soignée à l’Institut orthopédique de Canteleu-les-Lille. Durée du séjour, un an. Est rentrée chez elle améliorée. Toute suppuration avait disparu. Etat général assez bon. La marche se faisait à l’aide de deux bâtons. Raccourcissement de 7 centimètres. Manquant de soins, le raccourcissement (d’après

! È . 1 pe L'ETR \ ' #

LA UE, CSS RE DR RE LA RS et DUR CT M din 4 51:95 à Last * î : ÿ ' Je T0 cie MA?

la malade) s’accentuait davantage. Est obligée de prendre des béquilles. Part pour Lourdes, le 6 septembre 1908 ; n’éprouve aucune amélioration pendant la durée du pèlerinage. Rentre chez elle, et deux mois après, environ, abandonne d’abord une béquille, puis les deux, et depuis, aucune claudication n’est reparue. (Pas de constatation médicale.)

A été bien portante jusqu’en août 1915. A ce moment, étant à Paris, est prise subitement la nuit d’un crachement de sang et de violentes coliques. Un médecin diagnostiqua un ulcère de l’estomac, et jugea

qu’une intervention chirurgicale était de toute urgence. La malade se,

refusa à l’opération et revint chez eile immédiatement. Le vomissement de sang ne se renouvela pas. La malade s’alita pendant quatre ou cinq

jours ne prenant que du lait coupé d’eau de Vichy et comme médica-.

ment trois paquets de bismuth par jour. Après ce court traitement, Mne Labbé se releva, mais continua à souffrir toujours de l’estomac, s’alimentant difficilement, et le peu qu’elle prenait lui occasionnait des douleurs violentes accompagnées de vomissements.

Elle se maria le 2 septembre 1916, sa santé resta la même jusqu’en octobre 1917, où, en état de grossesse, elle fut sujette à des vomissements continuels, et toujours ressentait des douleurs stomacales. Le 8 juillet 1918, elle donna naissance à une enfant de 9 livres parfaitement constituée, âgée maintenant de 3 ans et 4 mois.

Je vis pour la première fois Mme Labbé en février 1921. Elle se plaignait de douleurs d’estomac et de vomissements la nuit.

Le 26 juin, elle assista à l’inhumation de son mari ramené du front. Le surlendemain, elle fut obligée de s’aliter. Elle accusait un point douloureux dans la région appendiculaire et la région stomacale. Songeant à lappendicite, je fis mettre des compresses d’eau froide, la glace étant très aifficile à se procurer, et la situation pécuniaire de ma cliente me forçant à ia soigner le plus économiquement possible. Les douleurs persistant, j’exigeai l’emploi de la glace. Au bout de huit jours, toute douleur avait disparu. La malade se releva et prit comme nourriture du lait et un œuf à la coque, mais au bout de 24 heures, lés douleurs stomacales réapparurent, et on me fit redemander. Les selles étant uniquement constituées par du mélœna, je pensai à un ulcère de l’estomac.

L’examen de la malade trahissait une région stomacale excessivement douloureuse, sans rien d’anormal apparent, ni aucune douleur à la région appendiculaire. Toute nourriture lui fut interdite, et application permanente de glace au creux de l’estomac. La diète complète et la glace furent continuées pendant au moins une dizaine de jours.

N’obtenant aucune amélioration, j’ordonnai de prendre le lait par petite quantité. La malade en absorbait deux timbales par jour, maïs les douleurs revinrent plus violentes, accompagnées de vomissements qui n’existaient plus depuis sa diète. En même temps, la patiente se plaignait

d’une forte douleur dans la jambe gauche ; à l'examen, je constate une

Pluie de Roses 545

sensibilité douloureuse sur tout le trajet de la saphène avec œdème de la jambe, d’où phlébite qui vint influencer fortement le diagnostic, et me fit croire plutôt à un néoplasme de l’estomac qu’à un ulcère.

La malade est prise, le 27 août, de nombreux vomissements poracés, entremêlés de matières noirâtres. Syncope d’une demi-heure. Le lendemain, le météorisme abdominal, remarqué précédemment, avait disparu totalement. Or, à ce moment, j’ai constaté très nettement à la région stomacale une masse indurée très douloureuse à la palpation. L’état général de la malade était déplorabje. Pouls rapide à peine perceptible, amaigrissement énorme. Elle soulève péniblement sa tête de dessus l’oreiller. Maigré les injections de sérum artificiel, spartéine, rien ne peut la remonter, seules les injections de morphine arrivent à calmer les douleurs violentes qui lui arrachent des cris épouvantables. L’état empirant d’une façon à ne plus donner de doute sur une issue fatale, et mis au courant de sa situation familiale, j’ordonnai immédiatement qu’on lui fasse prendre les précautions nécessaires pour que la garde de son enfant soit confiée, selon son désir, en cas de décès, à sa sœur vivant avec elle.

Le soir du même jour où le météorisme abdominal avait disparu et qu’il m'était donné de le constater, le ballonnement du ventre réapparut pour ne plus disparaître jusqu’à la date de la guérison, et cela, malgré les nouveaux lavements prescrits à une date assez éloignée de la perforation probable.

A une époque, j'ai parlé d’une intervention chirurgicale, à laquelle il a fallu renoncer par suite de l’état lamentable de la malade. Tout traitement médical donnant un résultat négatif est laissé de côté. Seules, les injections de morphine sont continuées à raison de deux par jour et quelquefois trois. L’état s’aggrave de plus en plus. La malade revêt un aspect cadavérique, ne prend plus que quelques gorgées d’eau sucrée ou de lait teinté de café qu’elle rend presque aussitôt, et l’on attend la mort d’un instant à l’autre.

Le 30 septembre, je suis redemandé. J’arrive à la maison vers les 5 h. du soir et la malade vient à ma rencontre, disant qu’elle était guérie, et qu’elle revenait de Lisieux, où elle s’était fait conduire en automobile. D’après elle, elle est descendue de voiture à l’entrée du cimetière et s’est rendue à pied à la tombe de Sœur Thérèse.

Je fais coucher Me Labbé, je constate la rapidité du pouls. La masse indurée que j'avais vérifiée au creux de l’estomac a disparu, la région stomacale n’est plus douloureuse ; aucune trace de phlébite n’existe plus. Persistance des glandes aux plis des aines. La malade me dit se nourrir, depuis la veille au soir, de soupe aux pommes de terre, œuf, confitures. Aucune douleur ne s’était fait ressentir. Son poids est de 75 livres.

Page 1