ACTE DEUXIÈME
sais, car, depuis vingt-sept ans, Monsieur, j'ai un curé dans mon ménage, et j'ai dû, peu à peu, lui céder la place : le Curél... c'est l'amant contre lequel on ne peut rien. Une femme renonce à un amant : jamais à son curé... Si ce n'est pas toujours le même, c'est toujours le curé.
PAUL
Madame Lepic me disait que le curé actuel est parfait, qu'il ne s'occupe de rien.
M, LEPIC
Madame Lepic parle comme un grelot et elle dit ça de tous les curés. Ils changent, quittent le pays ou meurent. Mais madame Lepic reste et ne change pas. Jeune ou vieux, beau ou laid, bête ou non, dès qu'il y a un curé, elle le prend. Elle est à lui; elle appartient au dernier venu comme un héritage du précédent. Le curé l'a tout entière, corps et âme! Corps, non, je la calomnie. Madame Lepic est, comme vous dites, une honnête femme, bigre! Incapable d'une erreur des sens, même avec un curé! Et pourvu qu'elle le voie à l'église, une fois tous les jours de la semaine, deux fois le dimanche, et à la cure le reste du temps!,..
PAUL.'
Malgré vous?
M. LEPIC
J'ai tout fait, excepté un crime : je n'ai pas tué
l'amant, le curé!... Au début, j'aimais ma femme. Je l'avais prise belle fille avec des cheveux noirs et des bandeaux ondulést Celait la mode en ce tempslà, avec des cheveux noirs très beaux ! et une jolie dotl Vous savez, quand on se marie, on ne s'occupe pas beaucoup du reste.
PAUL
Ou n'y fait pas attention!
M. LEPIC
C'est ça! On aime une jeune fille et on ne se préoccupe pas de ce qu'elle pense. Tant pis pour vous. Monsieur! Bientôt on s'aperçoit que tous les mariages d'amour ne deviennent pas des mariages de raison. J'ai dit d'abord : « Tu y tiens à ton curé? Entre lui et moi, tu hésiterais ? » Elle m'a répondu : « Comment peux-tu comparer? Toi, un esprit supérieur 1 » Quand une femme nous dit : toi, un esprit supérieur, elle sous-enteud : tu ne peux pas comprendre ces choses-là! Et elle choisissait le curé ! Je disais ensuite : « Je te prie de ne plus aller chez ce curé. » Elle répondait : « Ta prière est un ordre, » et, dès que j'avais l'air de ne plus y songer, elle courait chez le curé! Puis j'ai dit : « Je te défends d'y aller! » Elle y retournait en cachette; ça dcA-enait le rendez-vous. Je n'étais donc rien pour elle? Maladroit, ne savaisje pas la prendre? Ohl je l'ai souvent reprise, mais presque aussitôt reperdue. Quand je la croyais avec