ACTE DEUXIÈME
Ça vous frappe ?
PAUL
Curieux!
M. LEPIC
Vous pouvez presque, d'après ce portrait, vous imaginer voire femme, quand elle aura l'âge de la mienne.
PAUL
C'est loin!
M. LEI'IC
Ça viendra !
PAUL
Madame Lepic n'est encore pas mal...
M. LEPIC
La fraîcheur de l'église la conserve.
PAUL
Bah! le proverbe qui dit : Tel père, tel fils, ne s'applique pas aux dames! Vous la connaissez?
M. LEPIC
Madame Lepic?
PAUL
Mademoiselle Henriette ?
M. LEPIC
C'est juste, vous pensez à vous.
PAUL
C'est mon tour.
M. LEPIC
Vous n'espérez pas que je vais vous parler de la fille comme de la mère ?
PAUL
Oh! Je sais ce que vaut mademoiselle Henriette.
M. LEPIC
C'est ce qu'elle vaudra qui vous préoccupe ? Ayez confiance !
PAUL
Oh! Je ne crains rien.
M. LEPIC
A la bonne heure !
PAUL
Elle est charmante ! J'en ferai ce que je voudrai... malgré le cure, n'est-ce pas ? Enfin ! Vous l'avez élevée?
M. LEPIC
Ah! non, non! C'est à madame Lepic que revient cette responsabilité. Henriette a grandi sous les jupes de sa mère. Après huit années dans un pensionnat qui n'était pas de mon choix. Elle a été reprise à la sortie, par sa mère; elle ne quitte pas sa mère, et sa mère ne quitte pas le curé!
PAUL
Vous avez souvent causé avec elle, un père ?
M. LEPIC
Moins souvent que le curé et madame Lepic n'ont chuchoté avec Henriette. Elle m'a échappé, comme sa mère ; vous la garderez mieux I
PAUL
Je suis sur qu'à travers les bavardages du curé, vous avez semé le bon grain !
M. LEPIC
Faites la récolte. Déjà elle aime mieux vous épouser que de prendre le voile, ce n'est pas mal.
PAUL
Et puis, nous nous aimons !
M. LEPIC
Pourvu que ça dure vingt-sept ans... et plus.
PAUL
Oui, je l'aime beaucoup, mademoiselle Henriette, et je vous la redemande.
M. LEPIC
Je n'ai qu'une parole; mais je peux vous la donner deux fois. Ma fille est à vous, elle, sa dot, et la petite leçon de mon expérience.
PAUL
Je n'ai pas peur.
M. LEPIC
Vous êtes un homme.
PAUL
Un ancien drag-on!
M. LEPIC
Ce n'est pas de trop!... Et qui sait? L'encens a empoisonné ma vie ; la vôtre n'en sera peut-être que parfumée!
PAUL, la main tendue.
Mon beau-père.
M. LEPIC
Monsieur...
PAUL
Oh 1 Mon gendre 1
M. LEPIC
Mon gendre, oui, mon gendre. Excusez-moi! C'est le mot gendre. Je m'y habituerai.