‹ La bigote, comédie en deux actesChapitre 65 sur 80 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Ça vous frappe ?

PAUL

Curieux!

M. LEPIC

Vous pouvez presque, d'après ce portrait, vous imaginer voire femme, quand elle aura l'âge de la mienne.

PAUL

C'est loin!

M. LEI'IC

Ça viendra !

PAUL

Madame Lepic n'est encore pas mal...

M. LEPIC

La fraîcheur de l'église la conserve.

PAUL

Bah! le proverbe qui dit : Tel père, tel fils, ne s'applique pas aux dames! Vous la connaissez?

M. LEPIC

Madame Lepic?

PAUL

Mademoiselle Henriette ?

M. LEPIC

C'est juste, vous pensez à vous.

PAUL

C'est mon tour.

M. LEPIC

Vous n'espérez pas que je vais vous parler de la fille comme de la mère ?

PAUL

Oh! Je sais ce que vaut mademoiselle Henriette.

M. LEPIC

C'est ce qu'elle vaudra qui vous préoccupe ? Ayez confiance !

PAUL

Oh! Je ne crains rien.

M. LEPIC

A la bonne heure !

PAUL

Elle est charmante ! J'en ferai ce que je voudrai... malgré le cure, n'est-ce pas ? Enfin ! Vous l'avez élevée?

M. LEPIC

Ah! non, non! C'est à madame Lepic que revient cette responsabilité. Henriette a grandi sous les jupes de sa mère. Après huit années dans un pensionnat qui n'était pas de mon choix. Elle a été reprise à la sortie, par sa mère; elle ne quitte pas sa mère, et sa mère ne quitte pas le curé!

PAUL

Vous avez souvent causé avec elle, un père ?

M. LEPIC

Moins souvent que le curé et madame Lepic n'ont chuchoté avec Henriette. Elle m'a échappé, comme sa mère ; vous la garderez mieux I

PAUL

Je suis sur qu'à travers les bavardages du curé, vous avez semé le bon grain !

M. LEPIC

Faites la récolte. Déjà elle aime mieux vous épouser que de prendre le voile, ce n'est pas mal.

PAUL

Et puis, nous nous aimons !

M. LEPIC

Pourvu que ça dure vingt-sept ans... et plus.

PAUL

Oui, je l'aime beaucoup, mademoiselle Henriette, et je vous la redemande.

M. LEPIC

Je n'ai qu'une parole; mais je peux vous la donner deux fois. Ma fille est à vous, elle, sa dot, et la petite leçon de mon expérience.

PAUL

Je n'ai pas peur.

M. LEPIC

Vous êtes un homme.

PAUL

Un ancien drag-on!

M. LEPIC

Ce n'est pas de trop!... Et qui sait? L'encens a empoisonné ma vie ; la vôtre n'en sera peut-être que parfumée!

PAUL, la main tendue.

Mon beau-père.

M. LEPIC

Monsieur...

PAUL

Oh 1 Mon gendre 1

M. LEPIC

Mon gendre, oui, mon gendre. Excusez-moi! C'est le mot gendre. Je m'y habituerai.

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