OBSERVATION SCIENTIFIQUE
valeur et le choix des faits, et suivant le degré de conformité qu'ils présentent entre eux. Dans certains cas cette probabilité devient si grande qu'elle équivaut à la certitude physique.
On ne peut nier cependant que cette certitude est beaucoup plus difficile à obtenir en biologie que dans les sciences physiques. En physique et en chimie l'observation est presque toujours iypiqtie : c'està-dire qu'elle représente exactement toutes les observations analogues qui ont été faites ou qui le seront à l'avenir. Chaque fois que l'on répète l'observation dans les mêmes circonstances, le résultat est identique. En biologie au contraire l'observation n'est q\i individuelle. A cause des variations incessantes des éléments organiques, comme nous le dir ons plus loin, les observations ne se copient jamais : de là l'immense travail de l'esprit pour en induire des lois générales, abstraction faite des difficultés pratiques et des causes d'erreurs beaucoup plus nombreuses dont est entourée l'observation des êtres vivants.
Enfin, des notions générales obtenues par l'induction, la raison peut procéder par déduction. Mais il faut se rappeler que les conséquences ainsi déduites, en supposant qu'elles le soient logiquement, ne sauraient avoir plus de valeur que les notions elles-mêmes d'où l'on est parti. La déduction consécutive à l'induction ne fait qu'étendre et multiplier les résultats de cette dernière, en conservant leur valeur.
Mais il arrive souvent, trop souvent même, hélas ! en biologie, que l'induction elle-même n'est pas applicable : la raison est impuissante à saisir les rapports des faits observés pour en tirer une loi. On recourt alors à l'hypothèse. « Où l'on ne sait pas on conjecture, « on devine, on suppose un rapport, une loi possible. Vérité peut-être, « erreur peut-être aussi, c'est à l'observation seule d'en décider » {*).
Rien de plus légitime que l'usage bien entendu des hypothèses en biologie. « L'œuvre du génie dans les sciences, dit avec raison « M. H. Martin (^), c'est la création des bonnes hypothèses. » Celles-ci ne sont en effet que des conséquences des faits, formulées avant le temps où elles se manifestent aux esprits ordinaires.
Mais le biologiste qui émet une hypothèse ne peut oublier qu'avant d'en avoir réalisé la vérification expérimentale, il doit la donner pour ce qu'elle est, en présenter les conséquences aussi pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pour de simples possibilités, comme une direction imprimée à de nouvelles recherches ; la considérer comme un doute émis, une question posée, un soupçon, disait Condillac('), tout au plus comme un problême mis en équation. « Raisonner à partir d'une « simple supposition de notre esprit, si ingénieuse qu'elle soit, comme « à partir d'une vérité démontrée, voilà l'abus; et je me hâte de re- « connaître qu'il n'en est ni de plus réprouvé par la logique, ni de « plus préjudiciable à la science (''). »
(') Is. G. Saint-Hilaire, Hist. natur. génér., t. I, p. 432.
(2) H. Martin, Philosophie spiritualiste de la nature, t. II, p. 108.
(3) CoNDiLLAc, Œiivres, 1798, t. II, p. 328. (■•<) Is. G. Saint-Hilaire, 1. c, p. 435.