II. La cellule est une masse structurée
On veut signifier par là que la cellule est douée d'organisation , c'est-à-dire formée de parties distinctes et réunies d'une façon déterminée.
1° La cellule est loin en effet de représenter une masse homogène, amorphe ou cristalline, à la façon des corps bruts. Le microscope nous y dévoile des éléments séparés, agencés suivant un type bien défini : à l'extérieur, une membrane plus ou moins accentuée, mais résistante et close, limitant ce singulier petit être pour l'isoler du monde extérieur et le protéger comme d'une sorte de manteau; à l'intérieur, une masse visqueuse, en apparence hyaline et homogène, émaillée de nombreux granules et portant dans son sein un corps particulier, le noyau, qui est lui-même nettement limité à sa périphérie et rempli d'un liquide hyalin où nagent des corps figurés, irréguliers de forme et de volume. Telle est dans ses traits les plus frappants la structure générale des organismes élémentaires.
2° Si compliquée qu'elle puisse paraître, cette structure ne présente cependant qu'une sorte de vue d'ensemble, un aperçu superficiel et macroscopique de l'édifice cellulaire. Approchons d'un peu plus près et, l'œil armé des meilleurs lentilles, examinons attentivement chacune
Fig. 32. — Gr. : 1/12. 1.
Cellules pigmentaires de la Rana esculenta, situées sous la peau.
A : état statique.
B : état dynamique.
On voit les nombreuses ramifications pi , en expansion , et anastomosées avec celles dé l'autre cellulle; ces anastomoses sont brisées lorsque la cellule rentre en repos, A.
n : noyau.
19° NOTIONS GÉNÉRALES
de ses assises ; nous y découvrirons des détails de sculpture vraiment merveilleux.
Considérons, par exemple, les cellules épithéliales de l'intestin du cloporte, fig. 33.
Leur protoplasme est hyalin et transparent, mais il est loin d'être homogène. Nous le voyons traversé dans tous les sens par des filaments rayonnants de la périphérie vers le noyau, et reliés les uns aux autres par des fils transversaux : véritable reticulmi dont les minces trabécules circonscrivent des mailles de diverse grandeur. Ces mailles sont occupées par une masse hyaline où nagent de nombreux granules séparés et que nous appelons enchylema.
En dehors du protoplasme, à la limite des cellules, se dessine une zone brillante, divisée en son milieu par une ligne plus sombre.
Celle-ci n'est autre que la membrane primaire , commune aux cellules juxtaposées ; tandis que les lamelles blanches qui la bordent représentent la membrane secondaire, qui est propre à chaque cellule, et s'est formée plus tardivement, fig. 34.
Mais que sont ces points réguliers qui scintillent à la surface libre des cellules? D'où vient ce réseau si marqué qui apparaît lorsque nous abaissons l'objectif, fig. 34 ? Les granules réfringents ne sont sans doute que les points de jonction des trabécules de la membrane primaire, tandis que les grandes mailles sous-jacentes appartiennent à la membrane secondaire.
Les membranes portent donc aussi un reticulum et un enchylema hyalin. Au milieu du protoplasme brille le noyau comme une perle fine. Il est traversé par des trabécules entrecroisées, formant ap-
Fig. 33. — Gr. : G, 1.
Épithélium de l'intestin du cloporte, m : membrane cellulaire épaisse. La ligne noire du milieu, accentuée à dessein, représente la membrane primaire; le double filet blanc qui la borde marque la membrane secondaire, pr : protoplasme réticulé, à reticulum rayonnant. Nous avons figuré quatre genres de reticulum dessinés sur le même intestin. Les deux cellules de gauche montrent le reticulum vide à'enchylema qui a été enlevé par la potasse, noyau avec son filament régulièrement pelotonné, donnant l'impression d'un reticulum véritable, noyau traité par NH^ qui a dissout la nucléine.
plasma nucléaire réticulé, bordé par la membrane du noyau.
n' : nucléoles plasmatiques.
nr
pn, n'
pn
paremment un réseau délicat. Mais regardons ces noyaux actionnés par l'aiguille, fig. 35 : toutes les trabécules y ont disparu pour faire place à
Fig. 34. — Gr. : G, 2.
Membranes des cellules précédentes mises
à digérer dans la potasse, m' : membrane primaire très finement réticulée et ponctuée aux angles du reticuliim ; en x, ainsi que sur la cellule de droite, elle a disparu ; à la limite de X, ses trabécules se désagrègent.
m'' : membrane secondaire beaucoup plus épaisse, à reticiilum grossier.
Fig. 35. — Gr. : G, 1.
B : noyau de l'intestin du cloporte.
On voit le reticuliim, étiré par l'aiguille, se dérouler et se transformer peu à peu en filaments continus.
n' : nucléole plasmatique resté en place au milieu du protoplasme nucléaire.
Fig. 36. — Gr. : L, 1.
Deux cellules en division du testicule du Lithobiiis forjîcatus (myriapode). m : membrane.
pr : protoplasme réticulé dont les trabécules s'orientent dans le sens longitudinal, particulièrement au fond du sillon e. On voit la transition entre ce reticiilum modifié et le reticiilum ordinaire.
fit : fuseau nucléaire provenant de l'étirement du reticiilum plasmatique et de la membrane du noyau.
cp, cp", ep', ép" : couronnes polaires de nucléine.
tg2
NOTIONS GENERALES
Fig. 37. — Gr. : G, 1.
Spermatoblastes de la larve d'une Chelonia.
pr : protoplasme ordinaire, finement et régulièrement réticulé.
pr' : le même protoplasme à la partie
inférieure de la cellule.
l,y : Le reticiilum s'accentue longitudinalement et se transforme insensiblement, de chaque côté des petits noyaux n , en un faisceau de filaments dont les adhérences seront résorbées pour former la queue q, et la partie antérieure qy des spermatozoïdes adultes. En même temps les noyaux n s'allongent pour former la tête tn qui, dans ce cas-ci, n'est point terminale.
nf : noyau femelle ou inactif, restant plongé dans une masse de protoplasme granuleux.
un filament continu dont les circonvolutions , jusque là pelotonnées , se
déroulent une à une (fig. 35)
N'oublions pas les réactifs. Voici le vert de méthyle : il colore les filaments; l'ammoniaque : les filaments sont dissous ; l'acide chlorhydrique concentré : ils disparaissent également. La membrane du noyau se dessine, les nucléoles sont dégagés, un nouveau reticuhm apparaît dont les mailles sont remplies de granules, fig. 33, n', pn.
Le noyau aurait-il donc aussi, à côté du filament de nucléine, un reticuluni et un enchylema plasmatiques?...
Ainsi les trois éléments cellulaires du cloporte sont également structurés. La membrane, le protoplasme et le noyau portent un reticulum spongieux dont les interstices sont remplis par une matière plastique enrobant des granules, ou par une substance homogène et plus ou moins solidifiée.
Cette organisation compliquée estelle propre à ces petits crustacés, comme le pensait Leydig? Il s'en faut. Nous trouvons au contraire, dans les diverses classes des deux règnes , des cellules de toutes les catégories qui sont frappantes par leur structure réticulée. Nous en avons déjà signalé quelques-unes fig. 1 et 2 , fig. 29, fig. 30 et 31. Le lecteur peut en outre consulter les fig. 39 à 42, et 45 à 47.
Cette structure se manifeste d'une manière remarquable dans certaines circonstances où la cellule est en travail : par exemple, dans la division cellulaire fig. 36 ; dans la formation des spermatozoïdes à l'intérieur des spermatoblastes fig. 37 ; dans la transformation d'une cellule ordinaire en cellule musculaire striée fig. 38, ainsi que pendant la fécondation fig. 27, etc.
Fig. 38. — Gr. : DD, 4.
Cellules musculaires longitudinales, fusionnées et anastomosées latéralement, de l'intestin d'une jeune lar\'e à! Hydrophilus piceus.
m : membrane épaisse.
n : noyaux multiples des cellules.
pr : reticulum plasmatique ordinaire.
si : endroits où le reticulum ordinaire s'ordonne en trabécules parallèles, entre lesquelles apparaîtront bientôt les trabécules transversales st.
my : en même temps la myosine se forme dans Venchylema , et s'y dépose sous la forme de granules.
Ceux-ci se fusionnent en une masse polyédrique occupant le centre des cases, maintenant achevées, du jeune reticulum musculaire.
Les diverses particularités de structure reproduites dans les figures susmentionnées, on le voit par la lecture de leurs légendes, ne sont que de simples modifications du reticulum plasmatique normal. Nous nous croyons donc autorisé à affirmer que la structure réticulée est un fait général, et qu'elle représente une des propriétés les plus fondamentales et les plus caractéristiques de la matière vivante.
30 Ce n'est point tout encore.
Nous pouvons admettre avec Naegeli que les corps organisés ont une constitution moléculaire caractéristique.
Les corps bruts sont formés de molécules physiques, cristallines ou non, retenues par la cohésion et entre lesquelles Téther seul peut circuler.
Les éléments de la cellule sont autrement constitués. D'après Naegeli ils représenteraient des agrégats de micelles : particules volumineuses , cristallines, assez distantes les unes des autres et disposées en séries linéaires et parallèles. Chacun de ces micelles serait lui-même entouré d'une atmosphère d'eau, qu'il condense et retient avec une grande affinité, et qui est appelée eau de constitution. Entre les rangées de micelles peuvent pénétrer librement, en se mélangeant aux atmosphères précédentes, l'eau extérieure et les gaz dissous.. Cette nouvelle eau se nomme eau d'imbibition.
Son introduction a pour eflPet immédiat d'écarter les séries de micelles les unes des autres et de gonfler notablement la matière vivante, mais sans la dissoudre ni l'altérer. Nous ne pouvons entrer dans plus de développement à ce sujet. Ces notions, quoique sommaires, suffisent pour nous donner une idée générale de l'organisation cellulaire.
194 NOTIONS GÉNÉRALES