FILAMENT
Fig. 72. — Gr. : L, 1.
Deux noyaux de l'épiderme de la
Salamandra maculata.
noyau au repos : le filament nucléinien forme un réseau résultant de la soudure des circonvolutions aux points épaissis nr.
noyau entrant en division : le filament précédent s'est gonflé et régularisé ; ses circonvolutions sont redevenues libres et indépendantes.
ô et c
Fig. 73. — Gr. : 1/18, 1.
Noyaux du même animal.
noyau au repos, portant des traînées irrégulières de trabécules plus épaissies.
étapes intermédiaires entre A et ^' de la figure précédente. En b, les trabécules commencent à se séparer; en c, elles forment un filamant continu, mais non encore régularisé comme en A'.
NUCLÉINIEN ^'9
de certains auteurs) (') , fig 72, A. Mais cette soudure est tardive et accidentelle. Après la division, les jeunes noyaux possèdent un filament régulier et continu. Si ce filament perd peu-à-peu sa régularité, s'il se fusionne çà et là; c'est pour se rétablir bientôt dans son intégrité ; en effet, au moment où une nouvelle division se prépare , l'élément nucléinien reprend sa forme normale et primitive, celle de boyau continu, fig. 72 et 73.
3° On observe des faits semblables dans tous les noyaux au moment de la division. C'est alors surtout qu'il est aisé de constater que la structure réticulée n'existe pas en réalité. En se régularisant et en s'épaississant peu à peu, les trabécules deviennent de plus en plus distinctes les unes des autres, et l'on voit nettement qu'elles ne sont que les anses d'un même filament. Ce phénomène fait à peu près l'effet d'un fort grossissement à côté d'un faible. On peut du reste reproduire artificiellement cette forme pelotonnée il suffit d'y laisser arriver douce-
sur les noyaux réticulés et quiescents ment l'un ou l'autre des réactifs qui gonflent la nucléine. En prenant soin
(1) E. Klein : Ein 'Beitrag f. Kavitt. d. Struct. d. Zcllk.; Centralb. f. med. Wiss., 1879. — Retzius : Zitr Keinitt. v. <Tîau d. Zcllk. ; Biol. Unters., 1881. — Flemming : Zells., etc.; fig. 29 a, 80 et 81.
ANATOMIE DU NOYAU
d'arrêter à temps leiu- action, par des lavages et par l'addition d'une goutte d'alcool, d'acide acétique ou d'iode, on obtient des boyaux qui simulent grossièrement ceux qui précèdent la division.
4° Les noyaux, étirés accidentellement par l'aiguille, ne nous permettent pas seulement de constater l'existence d'un filament, jusque
là caché ou indistinct.
Fig. 74. —Gr. : G, 1.
Noyau étiré de l'intestin d'une Ligia.
On voit, des deux côtés, le prétendu reticiilum chromatique se transformer insensiblement en filaments continus et libres.
Fig. 75. — Gr. : D, 4.
Noyau isolé de \' Epidendron vanilla.
Ce noyau paraît réticulé parcequ'il est vu avec un objectif à petit angle.
ils' nous permettent aussi de pénétrer * la véritable nature du veticulum nucléaire. Le lecteur se rappelle les fig. 33 et 35, p. 190. On voit, dans la fig. 74, les prétendues trabécules du noyau se dérouler successivement à la façon du fil d'une pelotte , en un filament continu : c'est donc l'entrecroisement régulier des circonvolutions qui produit l'impression d'un réseau. Ces faits se constatent avec la plus grande facilité sur les noyaux des crustacés édriophthalmes et sur ceux des végétaux monocotylés, fig. 90.
5° Le traitement des noyaux, et l'instrument dont on se sert pour les examiner, ne sont pas sans exercer une grande influence sur la manière dont ils se présentent à l'observateur.
Sur des objets préparés sans délicatesse, ou soumis à des réactifs plus ou moins alcalins, le filament perd sa netteté : les circonvolutions, d'ailleurs très visibles, se ratatinent ou se fusionnent, en simulant des mailles. En traitant les cellules fraîches et intactes par le vert de méthyle, seul ou additionné d'une goutte d'acide osmique, on évite généralement ces inconvénients, et le boyau conserve son indépendance et sa continuité.
D'un autre côté, sous un faible grossissement ou avec des objectifs à petit angle, tous les noyaux, même ceux des fig. 50, 51 , 85, etc., paraissent réticulés. Pour résoudre et séparer les circonvolutions, il est nécessaire d'employer les meilleures lentilles, mais alors on y parvient presque toujours. Ce fait, que phis les conditions optiques sont favorables mieux on distingue les circonvolutions, suffirait à lui seul pour prouver que les noyaux doivent leur aspect réticulé à un phénomène plus apparent que réel, fig. 75,
Fig. 76. — Gr. : DD, 1.
Cellule d'un rameau de Chara fœtida adulte.
îj : noyaux multiples, où la nucléine se montre sous la forme de sphérules, ou de tronçons anguleux et séparés.
FILAMENT NUCLÉINIEN ^21
III. Le boyau nucléinien subit des modifications profondes : il peut se scinder en tronçons séparés ou en sphérules plus volumineuses; parfois il se dissout, ou disparaît totalement.
lo Le filament nucléinien s'altère et se dégrade avec l'âge, comme le protoplasme lui-même. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner les cellules vieillies des végétaux et des animaux; leurs noyaux ne présentent le plus souvent que des amas épars et irréguliers de nucléine. Tout le monde connaît les noyaux des cellules adultes des Chara, fig. 76. L'étude des feuilles à leurs divers âges est particulièrement intéressante sous se rapport. Celle des glandes filières des insectes ne l'est pas moins. Au moment où elle vont se résorber, leur boyau se scinde en tronçons ou en larmes irrégulières, disséminés sans ordre dans le plasma nucléaire, fig. 78 et 79.
2° Il n'est pas rare de rencontrer dans les tissus en pleine activité, à côté des cellules les plus remarquables par la constitution filoide de leur noyau, d'autres cellules dont la nucléine s'est fragmentée, sans raison apparente. Ce fait se constate facilement sur les épithéliums, fig. 77, et sur les glandes, fig. 110. Nous l'avons observé aussi plusieurs fois sur les noyaux du sac embryonnaire des végétaux, et sur ceux des cellules multinucléées. Ce phénomène semble assez fréquent.
Fig. 77. — Gr. : E,4.
Cellules épithéliales de l'intestin
d'un asticot, en activité, m : membrane.
rp : protoplasme avec son reticulum
délicat.
pc : sphérules de pepsine.
n : noyau. Le boyau nucléinien s'y est fragmenté.
ANATOMIE DU NOYAU
Fig. 78. — Gr. : DD, 2.
Fig. 79. — Gr. : F, i.
Fragment d'un noyau ramifié delà
Cellule de la glande filière de la larve
glande filière de la larve de
d'un microlépidoptere.
r Yponomeiita padella.
n : nombreux noyaux, issus du noyau ramifié adulte. On y voit les larmes de nucléine, irégulièrement répandues dans le plasma.
bn : boyau nucléinien débité en frag-
ments de toute grandeuf (noirs).
e : enclaves albuminoïdes (blancs).
3° Au lieu d'être accidentelle, la scission ou la dégradation du boyau de nucléine devient normale dans certaines catégories de cellules. Les œufs des animaux et les spermatozoïdes des deux règnes méritent," sous ce rapport, de fixer un instant notre attention.
A. Nucléine des œufs.
Le noyau de l'œuf végétal est régulièrement constitué : on trouve dans les vésicules embryonnaires, au moment de la fécondation, le filament pelotonné de nucléine des noyaux typiques de l'endosperme. C'est du moins ce que nous avons constaté dans les Zostera, Olivia, Paris, Majanthemum, Pedicularis, Campanula, etc.
Il n'en est généralement pas de même dans l'œuf animal.
ScHWANN (1839) a assimilé l'œuf à une cellule dont la vésicule germinative de Purkinje (') est le noyau , et les taches germinatives de Wagner (J), les nucléoles. Or, ces prétendus nucléoles représentent la partie nucléinienne du noyau. L'élément filoïde normal s'y est scindé et fusionné de bonne heure en un nombre variable de sphérules de nucléine, solides et homogènes. En effet :
1° Lorsque leur formation est achevée, ces sphérules sont les seules parties du noyau qui présentent les réactions de la nucléine : coloration franche par le vert de méthyle, dissolution dans les alcalis dilués, les acides forts, le phosphate disodique, etc.
(') Purkinje, Symbolœ ad ovi aviiim liistoriam a>ite iiiciibationem; Breslau, 1825 ; réédité à Leipzig en i83o.
(2) Wagner, Prodromus liistoriœ gcnerationis; Leipzig, i836. — Histoire de la génération et du développement, traduction; Bruxelles, 1841, p. 43.
Fig. 80. — Gr. : A, DD, 3; B et C, G, 3.
A. Jeune œuf àe brochet, rue : membrane cellulaire.
}-c : protoplasme de l'œuf.
Il : noyau. Le filament nucléinien commence à se scinder en tronçons irréguliers pour former les faux nucléoles, dont trois, en existent déjà.
B et C. Deux rioyaux plus âgés. En B, on voit les sphérules nombreuses, qui se fusionneront plus tard pour former les trois taches germinatives n' , en C. On remarquera dans ces deux noyaux, la membrane à double contour mn, et le plasma pn.
2° Il est possible, dans bien des cas, d'assister à leur formation aux dépens du boyau de nucléine, en suivant pas à pas le développement des œufs. Il est vrai que chez plusieurs animaux, les Ascaris par exemple, il est assez difficile de trouver dans les œufs, à leur début, un filament de nucléine normalement constitué. Souvent cependant on rencontre ce filament dans les plus jeunes œufs. Il en est ainsi dans les mollusques et les poissons. La fig. 80 représente la formation des taches de Wagner dans l'œuf du brochet. En A , on aperçoit encore bon nombre de circonvolutions nucléiniennes ; la scission a cependant commencé. Dans le noyau B, la scission est complète ; ce noyau contient un grand nombre de petites sphérules qui bientôt se fusionneront, pour former les trois taches germinatives de l'œuf arrivé à maturité, C. On peut constater des faits semblables dans les arthropodes. Choisissons comme exemple l'œuf des carabes. En général le filament s'y segmente assez tôt, fig. 81, A ; mais parfois il 5^ persiste longtemps, et il se présente alors, dans les œufs déjà volumineux, sous l'aspect qu'il possède dans les plus beaux noyaux des insectes. La fig. 82 représente un œuf de ce genre à moitié mùr ; les circonvolutions du boyau y sont nettement distinctes à la surface du noyau. On n'y rencontre pas de taches germinatives. On voit souvent un boyau semblable dans les œufs du grillon, de la taupe-grillon, etc.
3° Nous devons signaler encore, à propos des œufs des carabes, une particularité qui n'est pas sans importance, et qui doit sans doute se retrouver ailleurs. L'élément caractéristique du noyau, après s'être scindé de bonne heure, se reconstitue, pour se fragmenter à nouveau vers l'époque de la maturité et former de nouvelles taches de Wagner, fig. 81, A, B, C. Ces faits se constatent en observant l'ovaire depuis son sommet jusqu'à l'endroit occupé par les œufs mûrs.
FILAMENT NUCLÉINEIN
ANATOMIE DU NOYAU
Fig.