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CONNAISSANCES PRÉLIMINAIRES; PROGRAMIVIES DES ÉTUDES BIOLOGIQUES

I. Après avoir parcouru le domaine des sciences biologiques il convient , avant de nous éloigner, de jeter un coup d'oeil rapide sur ses rapports avec le domaine voisin des sciences physiques et chimiques. Ces rapports sont en effet des plus intimes. Les sciences physiques disait déjà Is. Geoffroy Saint-Hilaire (') sont les initiatrices et les tutrices des sciences biologiques comme celles-ci le sont des sciences médicales. Et plus loin (^) il ajoute ces paroles remarquables « Plus ou resserre leurs liens, « plus les fruits en sont heureux. Le mouvement de la science tend « de plus en plus à ramener les faits biologiques à des lois physiques, « comme autrefois les faits physiques à des lois mathématiques ; et le « moment n'est pas très éloigné où la physiologie tout entière, la fonc- « tion exceptée du système nerveux, méritera ce nom de physique ani- « maie et végétale ou de» physique organique , qu'elle a si longtemps porté « chez les anciens, qu'elle portait encore dans le XVI 11'^ siècle, et « qu'elle n'a complètement perdue que de nos jours , au moment même « où elle allait enfin le justifier. »

Elle le justifie en effet, de plus en plus. Sans vouloir prétendre que la biologie n'est qu'un problème complexe de physique et de chimie, comme on le dit si volontiers aujourd'hui, en ce sens que les forces physiques et chimiques agiraient seules dans les êtres vivants, il n'en est pas moins vrai cependant que c'est à la physique et à la chimie qu'il incombe exclusivement de nous fournir Vexplication mécanique des phénomènes biologiques. On ne peut donc plus songer à aborder la biologie sans posséder des connaissances très sérieuses dans ces deux branches.

Néanmoins il ne faudrait pas se méprendre sur le caractère de ces connaissances préliminaires.

Ce ne sont pas les détails infinis de ces sciences, de la chimie surtout , qui intéressent le biologiste , mais bien leurs procédés généraux et leurs principes fondamentaux qu'il devra appliquer à tous moments. Quant aux connaissances spéciales et détaillées, c'est en biologie qu'il doit les cueillir chemin faisant, spécialement dans les cours de cytologie et de biochimie. Aussi bien, la plupart de celles qu'il aurait puisées de mémoire dans le cours de chimie lui seraient pratiquement inutiles, et n'auraient d'ailleurs contribué en rien à lui donner la science ni à élever son esprit.

L'éducation technique est bien plus importante pour l'étudiant que ces connaissances détaillées. Il faut, comme le dit très bien

(2) Ibid., p. 275.

Gréard (') , qu'il sache manier les principaux instruments de physique et qu'il se soit familiarisé avec les manipulations de la chimie : sinon, il ne sera qu'un autodidacte qui, arrivé en biologie, sera arrêté à tout instant dans son travail, et perdra un temps considérable et précieux à s'instruire lui-même.

La biologie cellulaire, sujet qui nous touche de plus près, a des exigences particulières, d'ailleurs peu redoutables.

10 L'étude comparée de la cellule dans les deux règnes suppose, chez celui qui l'entreprend, les notions les plus générales d'histoire naturelle.

11 est facile d'en donner les raisons. D'abord le cytologiste est amené à employer certains termes techniques qui sont en usage en botanique et en zoologie; exiger de lui qu'il définisse ces termes, à mesure qu'ils se présentent, ce serait rendre sa tâche impossible. Ensuite, il est forcé, en choisissant ses exemples, de nommer différents groupes de végétaux et d'animaux : l'étudiant ou le lecteur qui serait tout à fait étranger aux classifications naturelles, aurait parfois de la peine à s'orienter. Mais qu'il ne s'effraie point! Les connaissances les plus générales, celles que tout homme instruit doit posséder aujourd'hui, sont habituellement suffisantes. Dans les cas particuliers, les éléments qu'il possède lui permettront toujours de recourir avec fruit aux traités de botanique et de zoologie pour élucider un point obscur ou se familiariser avec un objet inconnu. Il n'en faut pas davantage au cytologiste ni au médecin.

2° La cytologie requiert en outre quelques notions élémentaires des principaux tissus des animaux et des plantes.

En effet, si les cellules sont libres dans les protozoaires et les protophytes, il n'en est plus de même dans les êtres plus élevés; chez ces derniers, elles sont souvent engagées dans les tissus, et c'est là que le cytologiste doit aller les chercher. Il n'est donc pas étonnant qu'il soit parfois dans la nécessité de nommer ces tissus ou de relever certaines de leurs particularités : ici pour faciliter la résolution des préparations , là pour faciliter l'intelligence de la cellule elle-même. Aussi, la lecture d'un manuel très élémentaire d'histologie animale et d'histologie végétale ne peut-elle être que très profitable au cytologiste débutant, pour le diriger dans ses études.

En deux mots : des connaissances sérieuses de physique et de chimie; des notions élémentaires de morphographie et de biotaxie animale et végétale : telles sont les connaissances préliminaires indispensables, mais suffisantes, pour aborder la cytologie et les études biologiques ultérieures.

(') L. c , plus haut, p. i3.

(2) Il consultera surtout les ouvrages les plus récents, par exemple : Ph. Van Tieghem, Traité de botanique; Paris, Savv, i883. Claus, Traité de ^oologie, traduit sur la 4™" édition allemande par Moquin- Tandon ; Paris Savy, i883.

II. S'il en est ainsi , le programme de la candidature en sciences naturelles, préparatoire à la médecine (') s'impose de lui-même. 1° La physique expérimentale (cours annuel);

2° La chimie, dans ce qu'elle a de plus général (cours annuel);

3° Les éléments de botanique (cours semestriel);

4° Les éléments de zoologie (cours semestriel).

Ces deux derniers cours étant faits dans le sens que nous venons d'indiquer : voilà tout ce qui nous semble naturellement requis pour cet examen.

Nous jugeons inutile, après ce que nous avons dit, pages 12 et suivantes, d'insister sur la nécessité de réduire les cours théoriques de physique et chimie et de les remplacer par des leçons pratiques faites par le professeur lui-même.

A notre avis , une leçon hebdomadaire de botanique et de zoologie devrait aussi être sacrifiée et consacrée aux démonstrations objectives , sinon aux travaux personnels des élèves.

La simplicité de ce programme est peut-être de nature à alarmer certains esprits timides ou prévenus. Mais qu'ils veuillent bien se rassurer.

Pour le justifier, nous pouvons d'abord citer l'exemple de l'Allemagne, exemple qui est toujours d'un grand poids dans les questions d'enseignement. D'après le décret du 2 juin i883 (2), qui a réglé définitivement les examens de médecine, la partie du « t e n t a m e n p h y s i c u m » ("') correspondante à notre candidature en sciences naturelles, comprend seulement la physique, la chimie, la zoologie et la botanique; c'est-à-dire précisément les matières que nous avons inscrites dans cette épreuve. En outre il y est dit que, dans la délibération, la zoologie et la botanique rétinies ne jouissent que d'un suffrage, tandis que la physique et la chimie ont droit, chacune, à un suffrage entier.

Nous avons réservé le complément obligé de notre programme pour la candidature en médecine, ou plus correctement, pour la candidature en biologie. Voici, en effet, comment nous comprenons cette épreuve.

Elle comporterait une année et demie d'études, et un seul examen(^).

(1) En y ajoutant les éléments de minéralogie et de géologie, ce programme convient également à la candidature en sciences naturelles proprement dite. Il est juste de laisser aux doctorats le soin d'approfondir les matières de leur programme.

(2) Centralblatt fur das deiitsche Reich, i883, n» 25, p. 191.

(3) Le (c tentamen physicum » comprend, comme on le sait, nos deux candidatures en sciences et en médecine. Voici les matières qu'on y voit figurer : la chimie, la physique, la botanique, la ^oologie, Vanatomie et la physiologie. Cet examen se fait après trois semestres. Du reste,, en Allemagne, les études de médecine ne durent que quatre ans. C'est peu, nous semble-t-il,

(*) La multiplicité trop grande des examens étouffe toute originalité sous une érudition factice et d'emprunt. - Bernheim, Dipl. de Dt es se. médicales; 1. c, ci-dessus, p. 16.

Son programme serait le suivant(*) :

1° Partie générale.

a) La cytologie et V histologie générales i^-).

b) La morphologie comparée des animaux.

2° Partie spéciale : l'anthropologie.

a) Morphologie et anatomie de l'homme (cours annuel).

b) Physiologie humaine (cours annuel).

c) Biochimie spéciale de l'homme (cours semestriel).

d) Psychologie (cours semestriel).

La partie générale remplirait à elle seule le premier semestre; la partie spéciale, les deux derniers.

Nous avons déjà dit que nous avions renoncé à faire des leçons théoriques de cytologie (•^). On devrait agir de même en biochimie. Quant aux autres cours, les démonstrations et les travaux pratiques y occuperont une place aussi large que possible.

En ce qui concerne la psychologie, nous devons avouer qu'elle serait peut-être mieux placée dans le doctorat. Quoiqu'il en soit, nous trouvons qu'elle est indispensable au biologiste aussi bien qu'au médecin.

Un mot seulement, pour finir, sur le doctorat spécial ès sciences biologiques('').

Les matières fondamentales de ce grade élevé seront, sans contredit, celles qui constituent la partie scientifique de la médecine(^). Cependant il ne serait pas inutile de revenir sur les branches principales de la candidature, en particulier sur la physiologie et sur la partie générale de notre programme. Mais nous ne pouvons traiter plus longuement ce sujet, sans sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Le lecteur comprend du reste notre pensée.

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