DES CELLULES ET DES FIBRES NERVEDSES
anatomique et dans toutes ses métamorphoses physiologiques l'effet d'une impression subie par l'extrémité terminale d'une fibre nerveuse sensitive. Que, par exemple, un corps dur heurte violemment un point quelconque de l'enveloppe cutanée, les molécules des libres nerveuses, brutalement touchées, entrent de proche en proche en vibration ; l'ébranlement se communique d'abord aux cellules de la moelle, puis à celles des couches optiques, puis aux cellules des circonvolutions cérébrales. Sans doute, cet ébranlement est modifié d'une façon d'ailleurs inconnue par son passage à travers ces centres cellulaires. Quoi qu'il en soit, en abordant les cellules superficielles des circonvolutions, l'ébranlement, la vibration, le mouvement moléculaire, quelle qu'en aoit la forme, éveille dans ces cellules un phénomène tout spécial, un phénomène de conscience, une sensation. Mais nous ne sommes encore qu'à la moitié du circuit. Les cellules sensitives ébranlées communiquent à leur tour leur ébranlement aux strates cellulaires sous-jacentes. Ces dernières cellules, un peu plus grosses que les cellules superficielles ou sensitives, un peu moins grosses que lescellules profondes ou motrices, sont vraisemblablement les cellules pensantes. Chez elles, l'ébranlement moléculaire se transforme en idées. L'ensemble de ces cellules pensantes constitue l'àme de l'organisme. Elles se rendent compte des causes de la douleur, combinent les moyens d'en éviter le retour, et leur décision communiquée aux couches corticales les plus profondes s'y métamorphose en volilions. En effet, les cellules profondes des couches corticales sont motrices ou plutôt volUives; elles ordonnent les mouvements musculaires nécessaires pour éviter le retour du choc douloureux, pour parer au danger. L'ordre est transmis d'abord le long des fibres cérébrales convergentes, puis à travers les cellules des corps striés et
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de la moelle épinière; enfin, par les filets moteurs des cordons nerveux périphériques, cet ordre arrive aux muscles chargés de l'exécuter. Le cycle est alors complet et Je froissement mécanique des extrémités de quelques iihres nerveuses sensibles a déterminé, comme une succession de détentes successives, une sensation, un raisonnement, une volition, des mouvements.
Telle est la série coraplfete, mais elle n'est pas toujours aussi nette. L'une ou l'autre, même l'une et l'autre des deux premières périodes peuvent faire défaut. Cela dépend des organismes et mÔme des organes. A coup sûr chacun des trois stades de cette circulation nerveuse mérite bien une petite étude particulière. Nous aurons donc à nous occuper de la motricité, de la sensibilité, de la
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DE LA MOTRICITE.
Dans le casque nous venons de citer à la finduchapiire précédent, la série des phénomènes peut se résumer, malgré sa complexité, en une brève formule. Une excitation périphérique est transmise par des fibres nerveuses à des cellules multipolaires, qui la transforment et la renvoient sous forme d'iucilatious motrices le long d'autres Ciels nerveux. On peut comparer grossièrement la cellule nerveuse ébranlée à un miroir qui réfléchit un rayon incident. Mais, quand l'ébranlement se transmet à travers le cerveau, sa réflexion ne s'opère pas si simplement et, chemin faisant, il s'éveille des phénomènes tout spéciaux, des phénomènes conscients, psychiques. 11 en est tout autrement, quand les centres nerveux conscients n'entrent point en jeu. Alors tout se passe silencieusement ; l'ébranlement moléculaire vient de la périphérie et y est renvoyé, sans que son va-et-vient soit perçu; il y a vraiment alors ce qu'on appelle en physiologie uneaction réflexe. Comme un très-grand nombre de phénomènes nerveux de tout ordre et de tout rang se peuvent ramener à de simples actions réflexes, il importe de parler avec quelques détails de ces actes primordiaux de la physiologie du système nerveux.
Trois cas principaux peuvent se présenter : le centre, qui est le siège de la réflexion motrice, est ou une simple cellule multipolaire, ou un centre nerveux ganglionnaire, ou la moelle épinière d'un vertébré.
Le premier cas s'observe chez certains protozoaires rudimentaîres, là où le système nerveux est réduit h quelques cellules épsrses, formant avec de rares Qbres
nerveuses un réseau à peine perceptible. Le second se présente normalement et fréquemment chez quanlilé d'invertébrés à système nerveux ganglionnaire. Chez les vertébrés, c'est le modeordinaire de fonctionnement du réseau nerveux sympathique. En effet, c'est en vertu d'actes réUexes inconscients, s'etfectuant dans les ganglions sympathiques (fig. 100), que ' les incitalions motrices
. sont transmises aux fi-
bres lisses de l'intestin, de reslomac, de la ves- ^sie, des vaisseaux sanguins; et, en résumé, presque tous les mouve- Fig. iM. meuts des appareils de
G«nglLonpéripbériqnBJuoin«ninifère;dei- la vie Végétative cheZ ICS du gan^i'nT''. «^linl'es""angUoiin>irc« VertébréS s'Opèreut CU moltipolaûHi; e, eellulH udipoUirei; f. yerlU d'actionS réfleXCfi
ganglionnaires.
Les cellules de la moelle épinière (fig. 101) ne semblent pas, quoi qu'on ait pu pré tendre, douées de sensibilité consciente, mais elles n'en sont pas moins fort actives, et la moelle épinière doit être considérée comme un centre réllexedes plus importants, spécialement pour les muscles de la vie de relation. Elle tient en effet sous sa dépendance un très-grand nombre de muscles, qui lui doivent celte de m [-contraction permanente qu'on appelle la Umiciti, et qui est la raison de la constante contraction des sphincters, de celle des muscles antagonistes, etc. Ce tonus dépend si bien de la moelle épinière, qu'il egt aboli instantané-
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inenl par la destruction de la. moelle, où les nerfs des muscles indiqués puisent leur motricité. Le même effet s'obtient d'ailleurs par la simple section des nerTs sensitifs correspondants. Le tonus musculaire résulte donc d'une véritable action rélleie, où le cerveau ne participe nullement, puisque, par sa séparation d'avec l'encéphale, la moelle ëpinière, bien loin de perdre son pouvoir réflexe, le possède au contraire à un bien plus haut degré. Que l'on pince, par exemple, une patte de grenouille décapitée, aussitôt l'animalla retire avec beaucoup plus d'énergie qu'il ne le faisail dans son état d'intégrité. Si l'on pince avec plus de force, l'action réflexe s'irradie sur les autres membres. Sur une grenouille décapitée et empoisonnée par la strychnine, le plus léger contact d'un point quelconque de la peau détermine des mouvements convulsifs presque généraux, tandis que, sur l'animal entier, on peut parfois toucher le bout central d'un nerf coupé, sans exciter le moindre mouvement réflexe.
Sur beaucoup de vertébrés, la décapitation n'empêche nullement des mouvements réflexes, complexes et associés, ayant toute l'apparence de mouvements volontaires. Tout le monde a entendu parler des célèbres expériences de Flourens. si souvent répétées et variées depuis. Privé de ses hémisphères cérébraux, un pigeon vole encore, quand on !e jette en l'air, aviile du grain, quand on lui en met dans le bec, etc. L'exfiérience est d'autant plus frappante, que le vertébré est plus inférieur et a par conséquent moins de cerveau. Par exemple, un poisson sans cerveau nage tout comme un poisson normal. Que si l'on pince la peau près de l'orifice anal sur une grenouille décapitée, on voit les pieds postérieurs de l'animal se porter d'abord vers le point irrité, puis s'étendre brusquement, comme pour repousser l'agresseur. Si l'on pince latéralement la peau du tronçon postérieur d'un triton, lequel cependant
DE LA MOTBICITK. i53
se compose seulement du tronc et des deux membres postérieurs, ce tronçon, aussitôt pincS, se recourbe latéralement, ainsi que ferait l'animal intact pour éloigner le point irrité du corps irritant (1).
Des faits analoi^es ont été observés par M. Ch. Kobin sur le corps d'un homme décapité. «Le bras droit du supplicié, dit-il, se trouvant étendu obliquement sur le côté du tronc, la main à 23 centimètres en dehors de la hanche, je grattai la peau de la poitrine avec un scalpel, au niveau de l'auréole du mamelon, sur une étendue de 10 h il centimètres, sans intéresser les muscles sousjacents. Nous vîmes aussitôt le grand pectoral, le biceps, puis le brachial antérieur et les muscles couvrant l'épitrochlée se contracter successivemeut et rapidement. Le résultat fut un mouvement de rapprochement de tout le bras vers le tronc, avec rotation du bras en dedans et demiflexion de l'avant-bras sur le bras, véritable mouvement de défense, qui projette la main du côté de la poitrine jusqu'au creux de l'estomac (2). h
C'est bien la substance grise, c'est-i-dire cellulaire, de la moelle, qui sert de centre à ces actes rëUexes ; car il faut et il suffit que cette substance existe pour que les actes réflexes se produisent. Après avoir fait deux hémisections presque complètes de la moelle, van Deen obtenait encore des actions réflexes des quatre membres. Nous avons vu le professeur Schiff interrompre par plusieurs hémisections alternées la continuité de la substance blanche de k moelle sur un chat, ce qui n'empêchait point d'obtenir encore des contractions de l'iris, en pinçant la queue de l'animal.
Comme l'ont si bien démontré les célèbres expériences
(1) VulpiaD, Leçont lur la phi/tloiogi» giniralt et cvmparéeiitt lyi' limt Mnmtx, p. 417.
(1) Ch, Robin, Journal dt pliythlogie. Paris, 1B6S.
at LIVBE VI. CHAPITHE 111.
de Legallois, les diverses régions de lu moelle correspondent chacnne à une région spéciale du corps. Elles ont une certaine indépendance el, après une seclion, peuvent vivre longtemps en conservant leur excitabilité réflexe, pourvu que leur circulation capillaire ne soit pas entravée. Cette sorte de fédération des diverses régions de la moelle épinière confirme l'opinion, qui veut faire de ce centre nerveux des vertébrés unechalne ganglionnaire fusionnée.
On sait d'ailleurs qu'en dehors de toute viviseclion, il y a dans la moelle des centres fonctionnels normaux. Tel est le nœad vital des vertébrés supérieurs, ce point do quelques millimètres d'épaisseur, situé à l'origine de la moelle, et dont la destruction a pour résultat une mort instantanée, due àl'abolition des mouvements musculaires respiratoires. Tel est encore le centre cilio-spinsl, situé à la hauteur des deux premières racines nerveusee de la moelle dorsale et tenant sous sa dépendance presque toute la circulation capillaire de la tète. Tel est enfin le centre génitospinnl situé à lu région lombaire chez Tbomme.
Comme tous les tissus, le tissu nerveux ne fonctionne qu'à la condition de se nourrir ; aussi sa vitalité est-elle étroitement dépendante de l'intégrité de la circulation sanguine entre ses éléments. Mais, plus que tous les autres tissus, il est intermittent dans son mode de fonctionner. Une forte dépense de motricité épuise, pour un temps, les nerfs et la moelle. Pour eux, comme pour les muscles, on a constaté que leur réaction chimique, neutre à l'étal de repos, devient acide après le travail.
En résumé, la moelle épinière est un centre nerveux inconscient, un grand foyer d'actes réflexes. Elle tient vraisemblablement sous sa dépendance quantité de mouvements associés, concertés en apparence, mais qui, en réalité, s'effectuent le plus souvent sans l'intervention des centres conscients, des centres cérébraux. C'est pourquoi
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les petits de beaucoup de vertébrés marchent en naissant, alors que les hémisphères cérébraux fonctionnent peu ou point et, dans lous les cas, ne sauraient ordonner avec conscience des mouvements compliqués, que le jeune animal n'a pas appris à exécuter.
Le cerveau est, au contraire, chargé d'accomplir des aclee réfleies d'un autre ordre, qui souvent Iroublent dans leur exécution les actes inconscients de la moelle. C'est pourquoi ce dernier centre nerveux fonctionne avec plus d'énergie et est plus excitable, alors que, par une vivisection, il a été en quelque sorte délivré de Tintervention de son mobile voisin.