CHAPITRE X
DE Li PENSfE.
Nous allons œfdateDant explorer un département biolagiqne, qui a été, des siècles durant, le domaine exclusif de la fantaisie métaphysique et qui en est encore le lieu d'asile, le dernier refuge. C'est qu'en effet, l'investigation scientiûque ne pouvait entreprendre avec quelque succès l'étude analytique des faits biologiques conscients, sans être armée de toutes pièces. Il fallait d'abord avoir acquis, par de patientes et innombrables recherches, une juste idée de l'organisation et de la vie ; il fallait avoir constaté, que le monde vivant et le monde minéral ne sont que des modes divers d'une même substance ; avoir épié pas à pas le mouvement circulaire des molécules matérielles, les avoir vues se vitaliser, puis se minéraliser dans le tourbillon nutritif; avoir distingué et coordonné les grandes propriétés organiques. En même temps, il était nécessaire de débrouiller lastnicture et la texture anatomiques de tous les êtres vivants, de les résoudre en systèmes, appareils, oi^anes, tissus et éléments anatomiques. Cela fait, il a été possible de classer les fonctions, comme on avait classé les oignes, et surtout de rattacher les propriétés fondamentales de la substance vivante aux tissus. Ou a vu que tous les éléments anatomiques se nourrissent, grandissent et se reproduisent; mais que sur ce fonds commun se greffent des propriétés spéciales à chaque espèce histologique, que la cellule épithéliale sécrète, que la fîhre musculaire se contracte, que la fibre nerveuse conduit les incitations motrices et sensitives; enfin, que tous les phénomènes de conscience ont pour
siège des cellules nerveuses. Ed effet, partout où il y a des phénomËnes évidemment conscients, ily a des centres nerveni. La pensée est sûrement une propriété de la cellule nerveuse. Il y a des cellules nerveuses conscientes, et sans elles il n'est poiat de phénomène psychique, humble ou snhlime. C'est l'idée que les Grecs avaient déjà expnmée dans une ingénieuse allégorie, en faisant sorlir Uînerve da cerveau de Jupiter. L'existence de ces cellules nerveuses est une condition nécessaire à la production des phénomènes de conscience, mais leur mode de groupement n'est qu'une condition secondaire de la pensée. Celle-ci existe avec tous ses modes principaux, aussi bien dans le chapelet nerveux ganglionnaire de la fourmi que dans le cerveau des mammifères. Pourtant, c'est une loi biologique, que la concentration des cellules nerveuses en grandes masses soit favorable au développement et à l'intensité des phénomènes psychiques. La chenille a plus de ganglions que l'insecte parfait ; le ganglion cérébroïdeest d'autant plus gros que l'insecte est plus intelligent. Enfin, chez les vertébrés, le développement intellectuel est d'autant plus grand que l'encéphale est plus volumineux.
Faut-il considérer comme autant de petits cerveaux les ganglions nerveux des invertébrés 7 Chaque rendement de la chaîne nerveuse centrale, chez les insectes, par exemple, a-t-il la faculté de sentir, de penser, de vouloir, pour son propre compte? Toute cette concaténation ganglionnaire est-elle une fédération nerveuse, dont chaque membre jouit d'une certaine indépendance et préside à la vie consciente du segment du corps qui lui correspond 7 11 y aurait , dans ce cas, une sorte de division régionale du travail nerveux conscient, et le ganglion cérébroîde ou sus-œsophagien n'aurait guère sur les autres que l'avantage de présider à la vision, et d'être en conséquence chargé de guider toute la cohorte échelonnée derrière